Palais de glace…


 

 Je suis la femme-bulle, enfermée dans son palais de glace. Prisonnière de mes morts, je vis derrière la vitre et vois passer la vie.

Elles sont là, toutes mes vies possibles, à portée de rêve…Il y a toutes ces maisons inconnues, ces hommes à aimer, ces rencontres improbables, ces métiers non exercés… Et si…Et puis les vies passées, les presqu’îles, les torrents, les fureurs océanes, tout ce magma mémoriel qui déferle et s’engouffre en chaque interstice de mes présents et pollue mes rivières…

Je suis en cet instant précis au milieu de ma vie, j’ai atteint la « mi route » de Desnos.

Et je me sens confluente, source et delta, comme prisonnière de cette banquise qui ne demande qu’à fondre. Je vois passer à la surface de mes glaces toutes ces images, toutes ces perspectives non saisies, et n’ose me dire qu’il est trop tard. Il ne peut être trop tard.

Il m’est tout simplement impossible de croire que la vie, ce n’est que ça, ce seul combat permanent entre les chiens et loups de ces mensonges, il m’est impossible de ne pas entendre, attendre la suite.

Éternelle rousseauiste-c’est la faute à Voltaire-, je sais les temps prédits de la bonté. Cette idée de planter un pommier, même si la fin du monde était pour demain, cette idée que la vie même est renaissance, mouvance, intensité toujours renouvelée, ne me quitte pas.

Il est miraculeux qu’il reste la lumière, disait Claude Vigée.

Ma vitre est légèrement embuée, et pourtant je vois passer mes rêves, encore et toujours.

Il y aurait eu ma vie parisienne. Si j’avais terminé ma khâgne, si je n’avais pas épousé un cheminot cégétiste pour fuir la coupe d’un conseiller général RPR de père…Avec mon boy friend d’alors, devenu un people du monde des lettres, nous aurions écumé le Flore et les Champs…Oui, je les vois, notre petit appartement du Marais, et nos nuits à Saint-Germain, et ma carrière de normalienne, puis de journaliste…En avais-je la carrure ?

Je me souviens de l’une de nos rencontres entre nos divorces respectifs, il m’avait invitée chez Lipp et m’éblouissait de son assurance, de ses mots, de son parisianisme. Je mesurai, l’espace d’une soirée, la béance entre nos deux univers, entre ma petite vie de provinciale maladroitement engoncée dans ses routines et les brillances du succès universitaire. J’avais presque perdu, à cette époque, l’habitude des mots, égarée en terre hostile, sommée de défendre ma pitance intellectuelle devant le cercle militant des amis de mon époux. C’était Pol Pot, je devais pratiquement faire mon méa culpa et me justifier de mes lectures, de mon amour du mot. J’étais orpheline, soudain, de cette vie qui aurait pu être mienne, si j’avais suivi la voix royale de « Normale ».

C’est ainsi que je me promène, orpheline de mes vies, tantôt femme d’à côté, ardente et passionnée, tantôt Scarlett enfin domptée, sans même un Rhett, sans même un Tara à reconstruire.

Il y aurait ce castel dont je serais la reine, et mes roses parfumées que je respirerais comme en tableau de Waterhouse. Je peux entendre crisser les graviers de mes rêves, et sentir le lilas embaumant nos parterres. Je suis la Dame des Sablonnières, ou Léopoldine aux Feuillantines, de grands arbres bruissent dans le parc où jouent nos enfants blonds, et j’écris sur cette petite table ancrée sous la glycine. J’aime ce jardin, qui respire chaque soir comme un poème d’Anna de Noailles ; j’entends le clapotis de la fontaine, et je te vois, assis à ton bureau, ta belle tête de penseur penchée sur quelque idée qui flâne.

Et nos arbres, tous nos arbres…Le marronnier et ses fruits polis que je récolte comme autant de galets de ma terre, l’allée de tilleuls sous laquelle nous avions échangé notre premier baiser, les cerisiers sous lesquels tu me nommes ta geisha à chaque printemps, et le cèdre bleu, mon cèdre, ma certitude. La peupleraie trouée de lumières, et puis la sapinière, comme échappée des Ardennes de mon enfance, silencieuse et pérenne.

Poétesse, ce lieu m’ancre et me ressource. L’été accueille nos stagiaires en écriture, et le festival de musique ancienne que nous avons créé. Jordi Savall est mon meilleur ami. La lecture de mes textes qu’il a accompagnés l’an passé a été retransmise en duplex sur Arte, ma mère en avait informé la terre entière.

Il m’arrive de descendre plus au sud, aimantée par la Toscane, par les ocres et les siennes, guidée par les cyprès.

Un enfant bruni par la lumière joue à l’ombre de la cour. J’ai lu un jour que Carole Bouquet vinifie en Toscane, et je me rêve pont entre deux rives, messagère de cette terre gorgée de soleil, offrant les grappes de ma vigne…Comme j’aurais aimé, oui, vivre en Italie, en éternelles vacances romaines, en petite mort à Venise, sculpturale et galbée, outrancière et légère, Madonne et courtisane…La Villa Médicis a été longtemps ma terre promise, j’y ai beaucoup appris. Traductrice, essayiste, comédienne, je me sens Beatrix et Joconde.

Mais je peux aussi me faire océane, traversant continents pour explorer le temps. La possibilité d’une île me ravit ; battue par les flots, la petite cabane abrite mes amours luxuriantes avec quelque artiste déchu. Je le rejoins les nuits de tempête, lorsque la mer tarde à me rendre mon époux, et pose nue devant la vitre embuée par nos étreintes. Les chroniques que j’envoie au Times respirent la passion, les embruns fouettent ma plume. Parfois je pars encore bien plus loin, vers ces contrées où je défends la cause de mes sœurs martyrisées. On parlerait de moi pour le Pulitzer. Bernard-Henri m’a proposé une écriture à quatre mains, j’y réfléchis.

L’Angleterre m’appelle souvent, j’accoste à Beachy Head et vais de cottage en vallon, comme habitée par cette histoire royale. L’exception britannique parle à mon cœur de midinette, et, lorsqu’une vielle main gantée soulève la dentelle devant le carreau gauchi orné d’ipomées pour me regarder traverser le village, je crois reconnaître Agatha.

Mais je préfère encore m’appeler Moïra. Tu aimes tellement mes cheveux de sorcière que tu m’as surnommée Sanguine. Depuis notre jardin d’hiver où poussent des palmiers, je vois la baie, violente et passionnée comme les longs romans pleins de bruit et de fureur que j’écris en souriant. Parfois, tu m’apportes un Darjeeling fumant et passes tendrement une main dans mes cheveux lumière, avant de rallumer le feu. Arrête, tu dis des bêtises. Le Goncourt, c’est pour les vrais écrivains…

Et puis il y a les villes, les villes tourmentées et les cités radieuses, les odeurs des marchés et les ruelles sombres, les façades éclairées et les jours de pénombre.

Tu m’as offert Venise, je t’ai guidé à Rome. Tu m’as demandée en mariage au pied du Golden Gate, jamais je n’oublierai ta main californienne aimant ma vieille Europe. New York est mon village, Calcutta me bouscule, mais toujours je reviendrai vers toi, eau verte de mon Canal du Midi.

 

Tiens…La vitre se fissure…Le verre se brise en milliers de nacres irisées, les fractales de mes vies semblent converger comme autant de particules élémentaires vers un réel tangible. Car la vie est là, allongée comme Garonne ondulant d’aise entre les neiges et l’océan, coulant impassible aux pieds de ma ville rose, m’attendant.

Il faudra bien le traverser, ce miroir, si je ne veux pas finir comme Nora dans sa Maison de poupée. Il faudra arrêter le train d’Anna et prévenir Vronski, il faudra aimer Brahms, décommander Julien Sorel.

Et dire adieu aux Feuillantines, aux Twin Towers et à l’enfer de mes dernières années.

Il faudra que je m’extirpe de ma gangue littéraire qui m’a protégée des jours sordides, il faudra que la chrysalide en éveil ose devenir papillon. Maintenant, c’est à mon tour d’écrire ces mots qui m’ont sauvée. La vitre pare balle dont je m’étais entourée saura faire place à l’immense.

Ne plus rêver ma vie.

Mais vivre mes rêves.

 

« Mi route

Il y a un moment précis dans le temps

Où l’homme atteint le milieu de sa vie

Un fragment de seconde

Une fugitive parcelle de temps plus rapide qu’un regard

Plus rapide que le sommet des pamoisons amoureuses

Plus rapide que la lumière

Et l’homme est sensible à ce moment. »

Desnos.

 

NB: Monsieur Roger Grenier, un des piliers de Gallimard, avait beaucoup aimé ce texte, ainsi que d’autres nouvelles… Grande Maison en a décidé autrement… Voilà des années qu’il dort dans mes tiroirs, ce cera mon cadeau de fin d’année…

 

 

 

 

Pour la Place Ducale où m’attendait Rimbaud…

Pour la Dame Garonne qui serpente toujours, pour la croix qui harponne notre beau Capitole, pour le soleil d’été sur nos briques en amour, pour l’Histoire en toits roses qui fait des cabrioles,

Bonne année aux amis de ma Ville Rose !

Pour le vaporarium où fument les passés, pour les monts enneigés qui nous sont espérances, pour soleil aux estives et miracles en névés, parce que nos Pyrénées ressemblent à une danse,

Bel an nouveau aux amis montagnols !

Pour Berlin qui résonne d’une histoire nouvelle, pour tous mes beaux étés d’une enfance arc-en-ciel, pour les pâtisseries, le Strudel et la bière, pour ma chère Allemagne dont souvent je suis fière :

Ein frohes neues Jahr à tous mes amis d’outre-Rhin et Danube !

Pour les avions qui volent vers le beau Saint-Laurent, pour les rouges et les ors des forêts de l’automne, pour les bleuets d’été qui font les tartes bonnes, pour le sirop qu’on mange entre amis en jasant,

Belle année neuve aux amis du Québec !

Pour le miel et le lait et les gefilte Fish, pour tant de violons dansant dans les ghettos, pour les chants séfarades et tous les Loubavitch, pour ma Yerushalaim aux senteurs d’abricots,

Chana tova à tous mes amis juifs !

Pour nos frimousses douces quand nous étions enfants, pour la Place Ducale où m’attendait Rimbaud, pour nos mères allemandes qui partageaient gâteaux, parce que la vie est belle comme un immense chant,

Bonne année aux amis des Ardennes !

Pour mon Alger la Blanche et les monts de l’Atlas, pour la voix de Fairuz qui allume le ciel, pour mille et une nuits où la voix se fait miel, pour Tunis et Beyrouth, pour nos voisins d’en face,

عام سعيد à tous mes amis du Maghreb !

Pour la brique et l’Autan qui bercèrent l’enfance, pour le Parc Rochegude et la nef haut dressée, pour les rocs du Sidobre où les fées caracolent, pour toute ma mémoire en pastel farandole,

Bel an nouveau à mes amis Tarnais !

Pour les tambours du Bronx et pour Geronimo, pour Tara reconstruite et pour chaque Stetson, pour mon cœur à jamais qui au bayou résonne, pour le jazz, la country, et même pour Macdo…

Happy new year pour tous mes amis américains !

Pour les collines douces qui flamboient en été, pour le foie gras divin et le bon Tariquet, pour l’ocre de la pierre qui dresse cathédrale, pour tous les souvenirs qui miroitent en cristal,

Une merveilleuse année aux amis gersois !

Pour le Parc Montsouris où m’attendent allumettes, pour cette Tour Eiffel qui la nuit caracole, pour garder en mémoire l’oral aux Batignolles, pour s’y trouver un jour en une immense fête :

Que 2018 illumine Paris et tous mes amis parisiens !

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Feu d’artifice à Paris.

De la part d’une truie gauloise, en réponse au texte d’Ivan Rioufol dans la Figaro

 

Qu’un prétendu journaliste employé dans un des plus grands quotidiens de l’hexagone ose mélanger un sursaut masculiniste et un machisme primitif à des relents islamophobes en faisant passer Le Monde pour une Pravda locale à la solde des Khmers rouges ne m’étonne même pas.

Car somme toute, la solidarité masculine n’a pas attendu le scandale Weinstein et la parole féminine –  j’insiste sur cet adjectif, sans avoir écrit « féministe » – ni l’écriture inclusive pour dominer le globe, de tous temps et dans toutes les civilisations, religions, politiques…

Oui, chers mâles blancs, je sais, ça fait mal.

D’ailleurs, étant pour ma part bien moins bornée que mon confrère du Fig, j’irai même jusqu’à écrire « chers mâles du monde entier »…

Oui, parce que quand on connaît les chiffres des violences sexuelles faites aux femmes en Inde, au Maroc ou dans d’autres pays où ne sévit pas le « mâle blanc », il est évident que les accusations de Monsieur Rioufol paraissent ridicules…

Oui, ça fait mal, je sais, de se sentir soudain avili, rabaissé, soumis à l’opprobre de toute une partie de l’humanité, à savoir des femmes ; je ne parle pas seulement des féministes, mais des femmes, de toutes les femmes, solidaires enfin, qui, sororalement, osent (même si mon correcteur d’orthographe me souligne ce mot…), prendre la parole ENSEMBLE.

Donc, le seul fait de dénoncer des actes de harcèlement ferait donc de nous des truies ?

Et alors même que cette parole s’est libérée dans le monde entier, et bien entendu aussi dans les pays arabes, nous, truies de garde, ne mettrions en cause que de vilains mâles blancs ? Ce pauvre Monsieur Rioufol doit décidément vivre en zone blanche, puisqu’il fait mine de pas avoir eu vent du succès mondial du hashtag #balancetonporc…

http://www.slate.fr/story/152684/mouvements-balancetonporc-metoo-exportent

Sachez, cher confère, que ce mouvement n’en est qu’à ses balbutiements. La révolution est en marche, et j’ose espérer que d’autres libérations verront le jour. La langue est, par exemple, en train de se libérer de la gangue masculiniste où l’avaient bâillonnée les savants et les censeurs de l’Académie. Les artistes, un jour, prendront leur vraie place dans la société, car comme le démontrent les chiffres de la SACD et du mouvement www.ousontlesfemmes.org, la parité est loin d’être acquise. La politique a commencé sa mue, les femmes conduisent depuis peu en Arabie saoudite, et, qui sait, peut-être verrons-nous un jour une papesse ?

Je fais comme vous, cher Ivan, je mélange tout, les mâles blancs et les Khmers rouge, les viols de Cologne et les gauloiseries…

Parce que vous avez raison, de l’oïkos du foyer dans lequel le mari bat sa femme comme plâtre avant de la violer, quand il ne l’égorge pas avant d’étouffer aussi leurs enfants, à l’agora du show biz où un gros porc de producteur tout puissant pelote et viole tout pan de chair fraiche passant à sa portée, il n’y a qu’un pas, celui des suprématistes blancs, mais aussi celui des Indiens spécialistes des viols de masse, ou encore des Marocains harcelant une jeune fille handicapée dans l’espace public…

Non, les hommes ne sont pas « tous des porcs », comme vous l’écrivez en vous gaussant de votre propre phrase. Mais il se trouve que pour un film avec Glenn Close décrivant un harcèlement d’une boss envers son employé, il y a des millions de femmes harcelées dans le monde.

Mais il se trouve aussi que partout, depuis la nuit des temps, dans toutes les civilisations, nous, les femmes, avons subi vos dominations, et ce dans tous les domaines.

Pour une Aliénor d’Aquitaine, combien de rois et d’empereurs ? Pour une Pythie, combien de grands prêtres ? Pour une Louise Labé, combiens de poètes ? Et si nous parlions aussi des mutilations sexuelles, des petites filles excisées et infibulées, des femmes girafes, des pieds mutilés des Chinoises ? Et si nous rajoutions la charge mentale permanente et le plafond de verre, et l’inégalité des chances à l’école ?

Oui, cher confrère, la vérité blesse et fait mal. Votre orgueil, vos fiertés de mâles -blancs, noirs, jaunes, rouges…- dominants en prennent un sacré coup. Oui, ils la ramènent moins, soudain, les mâles glorieux qui, levant le coude au bistrot, n’hésitaient à pincer les fesses de la petite serveuse, mais aussi ceux qui, depuis les bancs de l’Assemblée, se vantaient devant les micros ouverts de leurs multiples conquêtes…

Alors au lieu de venir nous servir vos cojones sur un plateau d’argent, mâtinées d’un indigeste et hors-propos gloubi boulga islamophobe qui n’a rien à voir avec la choucroute, mettez un peu votre fierté de côté et venez vous retrousser les manches pour construire, avec les femmes, vos égales, vos semblables, une nouvelle humanité !

Et relisez donc ce texte que j’avais écrit après l’affaire DSK et qui m’avait valu des torrents d’insultes sur Rue 89.

Un matin, le « French lover » disparut. Quelque part, entre la Grande pomme et Paris, comme un vol transatlantique qui soudain disparaîtrait des radars. Pourtant, il avait bonne presse, le French lover. Les femmes se l’arrachaient.

Le French lover, cette indescriptible particularité, cette « delikatesse » à la française, ce parfum subtil, à mi-chemin entre un défilé Dior et la baguette, croisement éternel entre l’Estaque et Les Champs, entre Les Planches et La Croisette. Le French lover, « kéké » des plages ou Président, PDG ou stagiaire, régnait en maître incontesté de ces dames…

C’est qu’on le voyait partout, et ce depuis des siècles. De la Montespan à Mazarine, il avait été de toutes les cours. Il arpentait le globe, sûr de sa superbe, Rolex au poignet et PSG au cœur. Les campings, aussi, et puis les chantiers, et même les commissariats…

« Ici, on baise français. » Et pourtant… Que de souffrances derrière cette appétence toujours renouvelée… C’est que le French lover cachait, en fait, des arrière-cours sordides ; la façade sentait bon les croisées d’hortensias et les apéritifs entre amis : s’y croisaient Brice de Nice et l’Ami Ricoré, au hasard de petits matins volés, de cinq à sept tendance ou de nuits parfumées au Numéro 5.

Mais au fin fond des jardinets ou des caves, derrière les marqueteries et les mondanités, caché par des étals ou des cartons, persistait le souffle rauque des violeurs de province, des maris violents, des oncles graveleux et des grands-pères incestueux.

Car le French lover vivait au pays où l’on n’arrive jamais sans se faire mettre la main aux fesses ou siffler devant un chantier, quand on ne terminait pas abattue comme un lapin devant une gendarmerie ou brûlée vive.

Oui : le French lover, avouons-le, ne pensait qu’au Q, au sien, à celui de sa femme, à ceux de toutes les femmes, et, si possible, sans entrave aucune.

Vous allez dire qu’encore une fois, je mélange tout, le machisme, les femmes battues et assassinées, le viol, l’inceste, la drague… Mais tout est lié, tout s’enchaîne, de ces cours de maternelle où des « grands » miment des actes sexuels aux fellations que l’on subit dans des cours de collège (mon propre fils, en CM1 dans une école catho tout ce qu’il y a de prude, est revenu il y a quelques années en me parlant du « Bâton de berger », explicité par l’instit elle-même. « Mais maman, tu ne connais pas la sodomie ? » Vous m’excuserez, ce n’est pas ma vision de « l’éducation sexuelle »…), des tournantes et des vitriolages des cités à la prostitution de luxe, des pervers narcissiques devenus monnaie courante aux blagues sordides que l’on se raconte à la machine à café ou dans les mariages, entre deux « Danse des canards ».

Car le French lover se confond avec « La Danse des connards », avec tous ces types franchouillards qui se baladent, sans arrêt, avec une bite à la place du cerveau, qu’ils soient dans un Sofitel ou au Aldi, à la plage ou sur un stade, au concert ou au bureau. (Voir le sketch de « La Drague » de Guy Bedos et Sophie Daumier)

David Vincent les a vus, ces envahisseurs à la quéquette volante, et moi aussi : ce sont les Français. Persuadés d’être les meilleurs amants du monde et les rois de la baise. Leur slogan ?

« Nous sommes tous des Rocco Siffredi. »

Et nous, les femmes, nous sommes leur joujou, leur bijou, leur doudou. On a l’impression qu’ils en sont tous encore au stade de l’oralité : ils mettent tout à la bouche, et leurs doigts dans toutes les prises.

Alors voilà : l’un d’entre eux, là, il y a quelques jours, a pris le jus. C’était couru d’avance. Et qu’il y ait eu court-circuit ou pas – l’Histoire nous le dira – le fait est là : le French lover a été pris la main dans le sac.

Alors on pourra crier, tempêter, s’énerver, pester contre les NY Cops que l’on adulait pourtant la veille dans « Les Experts » ou « NYPD Blues », on pourra se gausser du puritanisme US à grands coup d’anti-américanisme primaire et ourdir toutes les théories du complot que l’on veut – les forums sur le net sont EDIFIANTS de débilité à ce sujet… –, ce scandale politico-médiatique fera date pour les femmes de tous les pays.

Car le French lover en a pris pour son grade. Si tout cela n’est effectivement qu’une terrible méprise et/ou une affabulation, nous retiendrons que le moment est venu pour le monde de reconnaître la parole des femmes.

Femmes violées d’Afrique, femmes lapidées d’Afghanistan, femmes humiliées d’Europe, femmes asservies de France, emprisonnées, torturées, ennuyées, harcelées, femmes-objets, femmes souffre-douleur, relevez-vous : DSK vous a libérées.

Le French lover est mort. Il a disparu, remplacé par l’air hagard d’une présomption d’innocence qui semble malgré tout bien affectée.

Vive notre liberté. Vive les femmes. Vive l’amour. Et que naisse, enfin, le respect. Que l’on puisse enfin porter des jupes en banlieue et rentrer seule du cinéma, que nos enfants apprennent enfin que le sexe se vit à deux, et, si possible, pas avant un certain âge, ni attachée dans de grandes salles sombres pleines de bruit et de fureur et/ou vissé derrière un écran tout collant. C’est pas mal, un lit, pour faire l’amour. Entre personnes consentantes, et si possible post-pubères. Qu’advienne l’égalité des chances, l’égalité des sexes.

 

J’avais tort…Il a fallu attendre l’affaire Weinstein pour enfin libérer la parole.

Mais gageons que malgré des discours franchouillards et gaulois de pseudo journalistes réactionnaires, les femmes sont bel et bien en marche…

 

Une dernière chose : pour aller plus loin, n’hésitez pas à jeter un œil à ce petit roman :

https://www.thebookedition.com/fr/free-d-hommes-p-122971.html

https://www.amazon.fr/Free-dhommes-Sabine-Aussenac-ebook/dp/B00JZWH5RK/ref=asap_bc?ie=UTF8

-quant à mes textes sur les violences faites aux femmes, vous les trouverez entre autres dans la partie centrale de

www.sabine-aussenac.com

Article de Rioufol :

http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2017/10/26/31003-20171026ARTFIG00253-ivan-rioufol-le-male-blanc-l-ennemi-de-ces-dames.php

Cette terreur féministe, soutenue par une presse toujours prête à traquer la bête, est d’autant plus incommodante qu’elle épargne le sexisme importé en Europe par la culture musulmane.

Les hommes? Tous des cochons. C’est du moins ce qu’affirment les féministes, dans une victimisation communicative. Harvey Weinstein, le magnat de Hollywood heureusement éreinté pour ses agressions contre de nombreuses actrices, est devenu le symbole de l’impunité masculine. Au prétexte de dénoncer la domination misogyne dans le show-biz, longtemps étouffée par la gauche morale américaine, une misandrie s’exprime en retour, sans retenue. Le philosophe Pierre-André Taguieff avait, dès juin 2016 (Revue des deux mondes), perçu l’ampleur de ce mouvement qui explose aujourd’hui: «Les ayatollettes de l’antisexisme androphobe (…) ne peuvent penser la libération de la femme qu’à l’aune de la criminalisation de l’homme», écrivait-il. Ce qui s’exprime ces jours-ci sur Twitter, relayé par les médias, est un amas de dénonciations, mais aussi de haines, de vengeances, de règlements de comptes, d’exhibitions intimes. Dans cette dialectique de lutte des sexes, tout doit disparaître du peu qu’il reste de patriarcat.

La pensée progressiste, toujours prête au pire pour soutenir de prétendues luttes émancipatrices, se pâme devant le tout-à-l’égout. Il inonde les réseaux sociaux, grâce aux mouchards anonymes: ils croient, cette fois, être dans le sens de l’histoire. «La parole libérée», a titré «Le Monde» sur sa une, lundi, sans s’arrêter aux lynchages que subissent des personnalités jetées en pâture. En 1975, le même quotidien avait salué «Phnom Penh libérée» en applaudissant les Khmers rouges. Toutes proportions gardées, bien sûr, une même fascination pour les idéologies éradicatrices se laisse voir: dans la nouvelle pensée unique qui s’abat, le mâle blanc est un prédateur à éliminer. Juliette Binoche, qui dit n’avoir jamais rien subi de Weinstein, explique néanmoins: «Le masculin doit sortir de son côté animal pour aller vers son humanité (…) Le chemin c’est le féminin, c’est une force qui doit descendre en lui. Il doit se laisser gagner, comme une bête après avoir trop couru.» Les hommes? Tous des sous-hommes.

Faut-il rappeler à ces femmes en guerre contre les hommes que la grande majorité d’entre eux ne sont pas des porcs, à moins qu’elles ne soient dès lors des truies ?

Cette terreur féministe, soutenue par une presse toujours prête à traquer la bête, est d’autant plus incommodante qu’elle épargne le sexisme importé en Europe par la culture musulmane. Hormis Tariq Ramadan, l’idéologue islamiste accusé de viol par une ancienne salafiste devenue féministe, seul l’homme occidental est forcément coupable, en vertu d’un essentialisme qui ne fait pas de quartiers. Une même filiation revancharde unit la sociologue Irène Théry, qui se réjouit de voir « la honte peu à peu changer de camp», à Delphine Ernotte, la patronne de France Télévision. Quand celle-ci déclarait en 2015: «On a une télévision d’hommes blancs de plus de 50 ans, et ça, il va falloir que ça change», elle exprimait, en effet, une détestation raciale qui s’épanouit depuis lors tous azimuts. Seules les minorités immigrées, et singulièrement celles venues d’Afrique et du Maghreb, restent à l’abri des foudres du nouvel ordre moral. La parole libérée, cette foutaise, n’est pas pour les femmes soumises des cités.

Dans la nuit du Nouvel An 2016, les 1200 agressions sexuelles commises en Allemagne (notamment à Hambourg et Cologne) par 2000 jeunes Maghrébins furent excusées par de nombreuses néoféministes, au nom d’un antiracisme vidé de son sens. Pour avoir reconnu, dans ces actes, «le rapport malade à la femme» du monde arabo-musulman, l’écrivain algérien Kamel Daoud fut accusé d’islamophobie par un collectif de sociologues et d’historiens français. L’actuel projet du gouvernement, qui vise à verbaliser le harcèlement de rue dont des femmes sont victimes dans les quartiers d’immigration, est critiqué par ces mêmes militantes de la délation. Elles estiment que ce texte pénaliserait «les hommes des classes populaires et racisées» (comprendre: non blanches). Impossible dès lors de prendre au sérieux ces furies de la castration. Elles voient dans la moindre gaudriole un prétexte à s’ériger en victimes permanentes. Non, désolé : les hommes ne sont pas ce qu’en disent ces harpies qui les déshumanisent.

Hommage à 1968?

Faut-il rappeler à ces femmes en guerre contre les hommes que la grande majorité d’entre eux ne sont pas des porcs, à moins qu’elles ne soient dès lors des truies? Beaucoup de celles qui se disent humiliées et harcelées en font autant: elles usent de Twitter comme d’un tribunal, sans juges, ni avocats. Dans sa littérale chasse à l’homme, la pensée «progressiste» s’épargne de s’arrêter sur ses propres turpitudes. C’est elle qui s’enchantait de la vulgarité du plug anal érigé place Vendôme, ou du «vagin de la reine», à Versailles. Ces jours-ci, le «Domestikator» trône devant Beaubourg, à Paris: l’«œuvre» suggère un acte zoophile, qui n’indigne que la SPA. Les tenants des bonnes mœurs préfèrent s’acharner sur le réalisateur Roman Polanski, coupable de relations sexuelles avec une mineure dans les années 1970. Mais l’apologie de la pédophilie était alors défendue par l’idéologie soixante-huitarde. «Le Monde», «Le Nouvel Observateur», «Libération» – ces tragiques dames patronnesses d’aujourd’hui – hébergeaient les pétitionnaires de la libération sexuelle des enfants.

C’est d’ailleurs le cinquantenaire de la « révolution» de 1968, qui prônait de «jouir sans entraves» et invitait à se laisser aller à ses pulsions, qu’Emmanuel Macron compte célébrer l’année prochaine. Daniel Cohn-Bendit, qui vantait la « fantastique sexualité d’un gosse», devrait être appelé par le chef de l’État à travailler à cette commémoration de la libération des mœurs. Or ceux de 68 ont leur part dans l’irrespect de la femme, devenue ce corps consommable. Si le mouvement apporta une joyeuse impertinence, cette révolte des enfants gâtés du baby-boom atteint surtout des sommets dans le manichéisme, le jeunisme, le relativisme, ces caractéristiques qui se retrouvent dans le macronisme, qui est tout sauf une rupture. Le slogan phare du «CRS=SS» se décline désormais en «Balance ton porc». Ce sectarisme est protégé par le pouvoir. Ce n’est pas de son côté que viendront les résistances au robespierrisme des redresseuses de torts.

La gauloiserie, pas la violence

Que les choses soient claires : le respect de la femme, infantilisée et malmenée dans la culture coranique, structure la civilisation européenne. La culture française accepte la gauloiserie, mais certainement pas la violence, physique ou morale. Dans ces cas, seules la loi et la justice ont le pouvoir de sanctionner les violeurs et les agresseurs. » Ivan Rioufol

Mon bel Amour, lettre écrite pour un concours littéraire à Meaux : « Meaux d’amour »

Un bien joli concours que celui organisé par l’association des commerçants de Meaux, « Le plus beau des Meaux d’amour 2017″…Le jeu consistait, à l’occasion de la Saint-Valentin, à écrire un poème ou une lettre d’amour en y intégrant des noms de commerces meldois…

J’ai souhaité faire d’une pierre deux coups et rendre hommage à toutes les femmes qui se battent encore ou qui ont lutté contre un cancer du sein.

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Mon bel Amour,

 

Je me souviens.

De mon effroi soudain à l’annonce du résultat, de mon malaise, en rentrant chez moi, quand je m’étais effondrée dans les bras de la préparatrice de la pharmacie de la Cathédrale. Elle ne disait rien, elle avait compris en lisant l’ordonnance, elle se contentait de caresser ma main en me regardant avec empathie.

Je me souviens.

De ces mois nauséeux et sombres, durant lesquels je n’étais plus qu’une ombre titubant dans la nuit de mes angoisses, malgré l’affection des miens et la sollicitude du corps médical. Mutilée, terriblement seule face à la maladie, je ne voyais même plus la bonté de mes proches, persuadée que ma vie n’était plus que mascarade odieuse, entre les rendez-vous médicaux et les souffrances. Ma cinquantaine, que j’avais rêvée douce et apaisée, pleine de rires et de voyages, emplie de projets, une fois les enfants partis, malgré mon célibat, se révélait donc antichambre de la mort.

Je me souviens.

De ce livre feuilleté par cette belle journée de juin embaumée de tilleuls, en flânant au milieu des étagères du Monde d’Arthur. On y parlait de résilience et de corps à guérir, d’âmes à rencontrer et d’esprits apaisés, et de joie, aussi, malgré les épreuves. J’avais souri à la vendeuse, et puis je m’étais promenée au jardin des Trinitaires, bercée par une douce brise, me souvenant soudain du murmure des peupliers qui m’enchantait tant lorsque j’étais enfant.

C’est là que tu m’avais abordée, me demandant ton chemin, un peu perdu encore dans la cité meldoise que tu venais de découvrir.

Je me souviens.

De mon étonnement lorsque tu m’avais souri en me rencontrant à nouveau à la Fromagerie, de nos échanges autour du Brie et du Camembert, de mon fou rire devant ton ignorance presque totale au sujet de nos fromages. Il faut dire que chez toi, là-bas, en Californie, on ne consomme que de vagues pavés sous vide… Je ne me rappelais même plus de la dernière fois où j’avais eu le fou rire… Lorsque je t’ai avoué cela, tu m’as aussitôt dit qu’il fallait fêter cet événement, et tu m’as entraînée au bistrot La Jeanneke pour m’y inviter à prendre une bière. Je t’ai dit que je ne buvais pas, tu m’as traitée de mormone, j’ai éclaté de rire à nouveau, sans oser cependant te parler de tous ces médicaments qui guidaient mon existence… Nous avons devisé tantôt gaiement, tantôt sérieusement toute la soirée, tout devenait simple, évident. Ton enfance à New York, mes premiers pas en bord de Marne, la Sorbonne et UCLA, ta femme partie trop tôt, mon époux trop volage, mes élèves adorés et tes étudiants dans ton nouveau poste à Marne-la-Vallée, nos enfants déjà grands, tes rêves…

Je me souviens.

De mon silence soudain au milieu du brouhaha de la brasserie, de ma gêne, de la rougeur qui envahissait mon visage. Mais qu’étais-je en train de faire ? Quelle folle étais-je, d’avoir accepté ce dîner avec un parfait inconnu, et puis qu’est-ce-que je m’imaginais ? Qu’il allait m’écouter parler de mes rêves brisés, de l’annonce de ce cancer qui avait mutilé la femme que j’étais, quelques mois auparavant ? Qu’il me raccompagnerait chez moi, mon bel Américain, pour caresser mes longs cheveux auburn avant de s’apercevoir qu’il s’agissait d’une perruque ?

Je me souviens.

De ma course folle dans la nuit, en larmes, après avoir brutalement interrompu notre soirée et payé ma part devant le serveur interloqué, puisqu’il nous avait vu rire aux éclats et discuter toute la soirée. De tes appels incessants. Et puis de la lettre trouvée un matin dans ma boîte aux lettres, dans laquelle tu citais des poètes et me disais que j’étais belle, au fond de moi, en mon âme, et que tout le reste n’y changerait rien : tu étais tombé fou amoureux de moi. Ce jour-là, je pris mon courage à deux mains et j’osai pousser la porte du salon de Frédéric Chabane, et, malgré ma gêne, je lui demandai s’il pouvait mettre un peu d’ordre sur mon crâne d’oiselle dégarnie. Figaro me sourit et me répéta que j’étais superbe, avec ou sans cheveux, et que cette petite coupe à la Jean Seberg m’irait comme un gant. Il était temps que j’enlève cette perruque, et puis il m’ordonna d’aller faire un tour chez Monique Lingerie, en me faisant un clin d’œil appuyé ! Rien de mieux que de s’occuper un peu de soi, m’assura-t-il…

Glwadys me dit la même chose, durant de longues séances où elle m’aida à retrouver un « chemin vers moi », m’expliquant que ma route avait été sans doute sinueuse, mais qu’il fallait que je me redresse, en confiance, pour oser aimer l’horizon. Il y aurait de nouveaux voyages, et je devais baisser ma garde, et me laisser aimer. J’écoutais chez elle des musiques envahissantes et douces, et je me prenais à rêver à nouveau ; et, toujours, c’est ton beau visage que je voyais en fermant mes yeux fatigués, ta bonté, tes yeux rieurs, ta fossette irrésistible.

Je me souviens.

De ton coup de sonnette en ce dimanche matin, les mains chargées de viennoiseries et de ces délicieux gâteaux de la Maison Aucuit, et de ton grand rire en découvrant mon appartement, qui ressemblait trait pour trait à ton loft de Frisco : nous avions accroché les mêmes peintures aux murs et lisions les mêmes livres. J’ai frissonné quand tu as frôlé ma joue de ta main douce, j’ai pleuré quand tu as dégrafé mon chemisier, j’ai souri quand tu m’as murmuré que j’étais tellement belle, tellement belle même avec un seul sein, j’ai gémi quand tu m’as portée vers la chambre, je t’ai regardé au fond des yeux quand tu as crié que tu m’aimais.

Je me souviens.

De tout ce monde qui se pressait dans notre beau théâtre Gérard Philipe pour la Première de « El Cid », de ta main qui serrait la mienne et qui soudain, au moment où l’Infante parlait du « si charmant poison », passa à mon doigt cette bague de saphir, de diamant et de rubis que tu avais achetée la veille chez Frédéric Parisse, me murmurant qu’elle était bleue blanche et rouge comme ton nouveau pays ; mais aussi bleue comme l’océan californien que tu me montrerais bientôt, blanche comme le brie qui nous avait rendus amoureux, et rouge comme ta folle passion pour moi…

Je me souviens.

De ce quatorze février où nous échangeâmes mille confidences joyeuses à la petite table de la Maison Meldoise, de ton air d’extase en goûtant nos spécialités, de ces billets d’avion que tu m’offris au dessert, et des applaudissements de tout le restaurant lorsque tu demandas ma main, à genou, la main sur ton cœur, ton accent américain faisant fondre tout le personnel.

Je laisserai, mon Amour, cette lettre sous ton oreiller, ce soir, pour que tu saches la force de ce qui nous lie, la puissance de cet amour qui résonne en moi comme le grand soleil qui chauffe notre automne.

Et je me souviendrai, toujours, de ce moment :

Je suis au bras de mon fils aîné et je marche vers l’autel de la cathédrale. Nos enfants réunis sur le banc lustré par les ans nous sourient. Les cloches ont sonné à tous vents et les pommiers sont en fleurs ; tu m’attends, les yeux brillants, et je t’entends encore me murmurer à l’oreille, devant dame Marne qui nous berçait de ses flots tendres, ce vers de Michaux que nous aimons  tant :

« Faute de soleil, sache mûrir dans la glace ».

 

Une très belle lecture au théâtre Gérard Philipe…Vous pouvez retrouver d’autres textes mis en voix ici:

https://www.facebook.com/tgpmeaux/

Many rivers to cross

 

 

Hypokhâgne, janvier 1978.

Un bar enfumé, quelque part dans le vieux Toulouse.

Nous sommes en mai…

« Encore un printemps de passé, je me souviens de ce qu’il y eut de tendre »…

Véronique et moi sommes assises en face l’une de l’autre, un peu jeunes encore, agnelles presque effarouchées devant tous ces loups de la nuit toulousaine, perdues au milieu du bruit et de la fumée…Téléphone hurle dans l’hygiaphone, nous découvrons les « tapas » et faisons semblant d’aimer ce drink obligé qu’est la vodka orange. Nos amis de la clique des « Bagnérais » en sont à leur troisième tournée, les blagues se font lourdes…

Je suis atrocement triste. D’un côté de la table, Pierre. Je viens de le rencontrer, je ne sais pas encore qu’il va devenir mon premier mari et le père de mes deux princesses.J’ai à peine dix-huit ans.Nous sommes sur le point de « sortir ensemble »…Nous sommes tombés doucement amoureux, au hasard d’une colocation, j’aime ses cheveux d’ange et ses grands yeux mordorés, et il craque sur mon look d’étudiante rebelle- longues robes indiennes, patchouli, et même Birkenstocks, bien avant Madonna !-

De l’autre côté de la table, Joshua, Josh, mon bel amant américain…Enfin, amant est un grand mot ! A l’époque, mes amoureux avaient  droit à quelques furtives étreintes, à un petting  genre banquette arrière de Chevrolet, et dormaient sur le tapis, au pied de mon lit de virginale hypokhâgneuse.

Josh venait de Dartmouth, je l’avais abordé en pleine rue.Juif bouddhiste, il jouait divinement du saxo, pratiquait la méditation transcendantale et citait Rimbaud et Heine dans le texte. Vers Noël, nous avions métissé nos désirs et j’avais goûté à ses charmes Californiens , me rêvant à Big Sur et me sentant prête à partir pour Ellis Island…Josh était incroyablement tendre et respectueux, je peux encore sentir la douceur de sa main se posant, telle une plume, sur la mienne…

Il était parti outre-Rhin, et, Pénélope volage, je n’avais pas su l’attendre…En fait, j’avais si peur de son « autre » départ, de son retour aux USA, que je m’étais réfugiée dans la banale certitude d’un amour intra muros, aux couleurs de brique rose…

Ai-je senti, ce soir là, que mon destin basculait ? Que j’étais en train de choisir entre le Pacifique et Mare Nostrum, entre les communautés bohèmes de Greenwich Village et un lotissement en banlieue Toulousaine, entre les Rocheuses et la douceur du Lauragais ? Ai-je aussi pressenti que, sous le vent, quelque soit mon choix, ma vie ne serait qu’ouragans et naufrages ? Car je divorcerais, après 12 ans d’une union difficile, et Josh s’est ôté la vie quelques années plus tard, seul et épouvanté…

Toujours est-il que, soudain, quand Jimmy Cliff s’est mis à chanter de sa belle voix rocailleuse ses « many rivers to cross », ce sont des torrents de larmes qui ont jailli de mes yeux, à brûle pourpoint et sans raison apparente…J’avais dix-huit ans et je descendais soudain des fleuves impassibles, je plongeais dans l’eau froide des chalands et je voyais, comme Ophélie, l’infini terrible effarer mon innocence et casser mes espoirs…

Je me souviens de mes larmes, de Véro qui pleurait aussi, de nos sourires tout embrumés.Je me souviens de Véro qui m’a pris la main et l’a caressée doucement, sous les rires glauques et vulgaires des Bagnérais. Je me souviens du regard lointain de Pierre, qui ne comprenait pas grand- chose, et, surtout, du regard intensément bleu de Josh, qui ne me quittait plus, de son sourire, de notre souffrance et de sa dignité, car il avait compris qu’il repartirait seul outre-atlantique.

Grandir, c’est apprendre à choisir. Ce soir là, j’ai préféré l’autoroute balisée au sentier de traverse, j’ai choisi la banalité alors que l’infini me tendait les bras…Ce soir là, j’ai traversé seule la rivière, refusant la main de Josh, qui pourtant me tendait la vie, la vraie.

Je le regrette encore aujourd’hui.

***

Et…La maman de Josh!

My american mum : Bobbi Katz !

Le vide est rempli par tes paroles…Pour Zachary Richard, chantre acadien de la Francophonie

Le vide est rempli par tes paroles…

 

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(en réponse à ce mot:  « Je te lis avec un plaisir qui est augmenté par le fait que le vent s’est calmé dans cette période habituée aux ouragans, et il me manque. Ce vide est rempli heureusement par tes paroles. Merci. » )

 

-hommage à mon ami, le chanteur Zachary Richard, à l’occasion de son anniversaire…

https://www.youtube.com/watch?v=m9WF4C0jRLg

Là-bas, au fin fond des bayous de Louisiane,
s’entrelacent moiteurs comme on aime une femme.
L’eau dormante frissonne, caressée par le temps,
et tu chantes les dormances de l’oiseau
voyageur de ta voix étonnement
douce, comme un ricochet dans les
verts éclats des mousses émeraude.

Là-bas, au fin fond des bayous de Louisiane,
les eaux folles des méandres épousent les
galions du vent et les rumeurs océanes :
les déferlantes ensauvagent l’espace, le lit
défait du fleuve est comme bataille
amoureuse, et au milieu coule ta voix rocailleuse qui
cogne et canonne contre
ouragans et marées noires, récif de beauté et d’espérance.

Ici, bien loin des bayous de Louisiane,
je n’ai qu’à glisser le cercle argenté dans le lecteur
d’émotions pour revoir tes mains parcourant
l’accordéon qui danse, tes yeux dardant
un public en transes, ton sourire comme un arc-en-ciel
en épousailles d’infini dans l’épure des temps.
Et ta voix me berce, archet promenant
la fougue ou la tristesse des violoneux en goguette,
resplendissante révolte des Marrons ou
tendre onyx de mille hirondelles.
Alors, émerveillée comme une enfant qui verrait
les étoiles, je marche à tes côtés sous vos grands arbres ployant
vers notre mère, la Terre, et te souris.

-hommage à mon ami, le chanteur Zachary Richard, à l’occasion de son anniversaire…

https://www.youtube.com/watch?v=tKGQmEMBsiI&index=25&list=PLnFWCyihzhw8iZCZu6x1xy72kAxvTB1w1

https://www.youtube.com/watch?v=P6DZci4zy0A

https://www.youtube.com/watch?v=XSfFDl5AQkA&list=PLnFWCyihzhw8iZCZu6x1xy72kAxvTB1w1&index=13

http://www.zacharyrichard.com/francais/concertsetnouvelles.php

http://www.zacharyrichard.com/francais/poesie.php

https://www.youtube.com/watch?v=3_AescSs6GA&list=PLnFWCyihzhw8iZCZu6x1xy72kAxvTB1w1

***

La poésie, c’est la chanson sous la guitare…Rencontre avec Zachary Richard

http://www.oasisdesartistes.org/modules/newbbex/viewtopic.php?topic_id=213830&forum=2

« la révolte consiste à fixer une rose »…Mon année 2015

la révolte consiste à fixer une rose

à s’en pulvériser les yeux : mon année 2015…

A4 prends soin mon amour de la beauté du monde

Je me souviens.

De nos larmes et de l’effroi, de nos rires assassinés en ce 7 janvier 2015, de mon incommensurable chagrin devant la liberté souillée.

De la peur défigurant les visages, de ces hurlements, de l’innocence conspuée au gré d’un étalage.

De nos marches au silence bouleversant, de ces bougies qui veillent, de l’union sacrée du monde devant Paris martyrisée.

(….) la ville alors cessa

d’être. Elle avoua tout à coup

n’avoir jamais été, n’implorant

que la paix.

Rainer Maria Rilke, Promenade nocturne.

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Je me souviens.

De mes vacances de février en outre-Rhin, les premières depuis dix ans. Enfin sortie d’un épuisant burn-out social et financier, j’osai enfin revenir au pays de l’enfance.

De la maison de mes grands-parents allemands revisitée comme une forêt de contes, du souvenir des usines au bord du Rhin comme autant de merveilles.

Du froid glacial dans ce grand cimetière empli de sapins et d’écureuils où, en vain, je chercherai la tombe de mon grand-père.

De ma joie d’enfant en mordant dans un Berliner tout empreint du sucre des mémoires.

Un étranger porte toujours

sa patrie dans ses bras

comme une orpheline

pour laquelle il ne cherche peut-être

rien d’autre qu’un tombeau

Nelly Sachs, Brasiers d’énigmes.

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Je me souviens.

Des cris parsemant ce mois de mars qui jamais n’aura aussi bien porté le nom de guerre.

Des sourires explosés des corps d’athlètes de Florence, Camille et Alexis dans cet hélicoptère assassin. De tous ces anonymes mutilés au grand soleil de l’art, du Bardo couleur de sang.

Des 142 victimes yéménites si vite oubliées en cette Afrique au cœur devenu fou.

Des coups inutiles contre une porte blindée et de l’abominable terreur des enfants et des jeunes prisonniers d’un avion cercueil.

Un regard depuis l’égout

peut-être une vision du monde

 

la révolte consiste à fixer une rose

à s’en pulvériser les yeux

Alejandra Pizarnik, Arbre de Diane.

3

 

Je me souviens.

De Mare nostrum présentée à mon fils de 16 ans qui n’avait jamais vu la Méditerranée, oui, c’est possible, en 2015, même dans les meilleures familles si elles sont confrontées à une paupérisation.

De l’éblouissant soleil de Sète et des mouettes qui rient au-dessus du Mont Saint-Clair.

Des tombes grisonnantes et moussues du cimetière marin, où nous entendons la voix de Jean Vilar et le vent qui bruisse dans les pins en offrande.

De la plaque de l’Exodus devant la mer qui scintille et de mon émotion devant les couleurs de l’été des enfances, enfin retrouvées au cœur de cet avril.

Pourtant non loin de là 700 Migrants mouraient dans ces mêmes eaux turquoises, ma mer bien aimée devenue fosse commune en épouvante.

Et ailleurs aussi le vacarme déchirait l’innocence, quand 152 étudiants supplièrent en vain leurs bourreaux de Garissa, quand 7800 Népalais et touristes suffoquaient au milieu des drapeaux de prières aux couleurs de linceuls, quand une seule fillette, Chloé, succombait à la perversité d’un homme.

 

Un manteau de silence, d’horreur, de crainte sur les épaules. On est regardé jusqu’à la moelle.

Paul Valéry, Forêt.

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Je me souviens.

De ce contrat faramineux autour d’avions de chasse, pourtant signé par ma République avec un pays aux antipodes de la démocratie, qui maltraite les ouvriers et musèle les femmes.

Des voix d’outre-tombe de  Germaine Tillon, Genviève De-Gaulle-Antonioz, Jean Zay et Pierre Brossolette entrant au Panthéon, quand je tentai d’expliquer à des élèves malveillants la beauté du don de soi, au milieu de ricanements d’adolescents désabusés. De ma désespérance devant la bêtise insensible au sacrifice et aux grandeurs.

De ce mois de mai aux clochettes rougies par un énième « drame familial », dans le Nord, celui-là, deux tout petits assassinés par un père, comme chaque mois, silencieux hurlement au milieu du génocide perpétré dans le monde entier, depuis des millénaires, par les hommes violant, tuant, égorgeant, mutilant, vitriolant, brûlant vives leurs compagnes et souvent leurs enfants.

Je vous salue, ma France aux yeux de tourterelle(…)

Ma France, mon ancienne et nouvelle querelle,

Sol semé de héros, ciel plein de passereaux…

Louis Aragon.

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Je me souviens.

Des révisions du bac de mon puîné, des dissertations et des textes à apprendre, de Rimbaud et de Proust, de Verlaine et Stendhal, comme un collier de perles toujours renouvelé.

De ces adolescents déguisés en marquis pour une fête baroque, des duchesses et des contes, des froufrous et des rires, quand les joues de l’enfance en disputent avec les premières canettes de bière, quand on hésite entre un joint et un dessin animé…Chuuuuuuut. Prenez le temps…Profitez…On n’est pas sérieux, quand on a 17 ans le jour de la Saint-Jean…

Du soleil fou de Sousse qui voit mourir les sourires des touristes, de la plage rougie, et de la tête en pique d’un patron français, quand cet Islam qui prétend vivre la foi n’est que mort absurde et gratuite.

Des gospels montant vers ce ciel rougi de Charleston, quand un homme fauchera des vies noires dans une église, insulte à l’Amérique des droits civiques : j’ai fait un cauchemar, encore un…

 

Ce matin de juin s’est posé sur mon cœur

comme un vol de colombes sur la vieille petite église,

frémissant d’ailes blanches et de roucoulements d’amour

et de soupirs tremblants d’eau vive.

Louisa Paulin, Lo bel matin

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Je me souviens.

Du chapeau blanc de Dylan et de sa voix éraillée, d’Albi la Rouge toute vibrionnante des accords de Pause Guitare, de cette nuit passée sur un banc avec un « Conteux » acadien, et du sourire de Zachary Richard, aussi pur que dans nos adolescences lorsqu’il clamait « travailler, c’est trop dur ».

De notre conversation téléphonique où déjà la poésie avait traversé l’Atlantique au rythme des échanges, et de son incroyable présence, quand il offre au monde tous les ouragans de Louisiane et toutes les histoires de son peuple oublié.

De la brique rouge et de Sainte-Cécile comme un vaisseau dans la nuit, du Tarn empli d’accords virevoltants et de notes insensées, de ce mois de juillet aussi gai qu’un violoneux un soir de noces.

 

La nuit, quand le pendule de l’amour balance

entre Toujours et Jamais,

ta parole vient rejoindre les lunes du cœur

et ton œil bleu

d’orage rend le ciel à la terre.

Paul Celan, in Poésie-Gallimard

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Je me souviens.

De la Bretagne qui danse comme une jeune mariée au son de la Grande Parade, de Lorient enrubanné, des guipures et de l’océan dentelé qui tangue au son des binious.

Des flûtiaux et des cornemuses, de l’âme celte qui m’enivre, des jambes levées sous les robes de crêpe et des verts irlandais ; des Canadiens qui boivent et de la lune qui rit, des roses trémières caressées par la joie et de mon fils si heureux de danser le quadrille.

D’un autre port, au bout du monde, où 173 personnes périront dans les explosions causées par l’incurie des hommes.

Du courage de ces passagers de l’improbable, quand des boys modernes rejouent le débarquement dans un Thalys sauvé de justesse de la barbarie.  Quand un 21 août ressemble à une plage de Normandie.

 Le Bleu ! c’est la vie du firmament(…)

Le Bleu ! c’est la vie des eaux-l’Océan

et tous les fleuves ses vassaux(…)

John Keats, Poèmes et poésies.

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Je me souviens.

Du calme d’Angela Merkel annonçant qu’elle devenait la mère de l’Europe en ouvrant les bras de l’Allemagne aux réfugiés et Migrants.

D’une Mère Courage qui soudain fait du pays de l’Indicible celui de l’accueil, quand 430 000 personnes ont traversé la Méditerranée entre le 1er janvier et le 3 septembre 2015, et qu’une seule photo semble avoir retourné les opinions publiques…

Du corps de plomb du petit Aylan et des couleurs vives de ses vêtements, dormeur du val assassiné par toutes les guerres des hommes, à jamais bercé par les flots meurtriers de notre Méditerranée souillée.

De mon étonnement toujours renouvelé en cette rentrée de septembre, quand soudain chaque journée de cours me semble thalasso, tant c’est un bonheur que d’enseigner la langue de Goethe à ces enfants musiciens, surdoués et charmants, toute ouïe et en demande d’apprentissages : ma première année scolaire agréable dans mes errances de « TZR », sans trajets insupportables et sans stress pédagogique.

 

Il n’est d’action plus grande, ni hautaine, qu’au vaisseau de l’amour.

Saint-John Perse, Amers.

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Je me souviens.

De ces pauvres gens morts noyés en voulant sauver une voiture quand des enfants de Migrants continuent, eux, en ce mois d’octobre, à n’être sauvés par personne…

Des hurlements d’Ankara, quand 102 personnes perdent la vie au pied de la Mosquée Bleue, le Bosphore rougi de tout ce sang versé.

De cette famille lilloise décimée par le surendettement, un Pater Familias ayant utilisé son droit de mort sur les siens, mais nous sommes tous coupables, nous, membres de cette odieuse société de surconsommation.

Du silence de ma cadette en cet anniversaire de notre rupture de cinq longues années, de sa frimousse enjouée et de son bonnet rouge lors de notre dernière rencontre, il y a un siècle, avant qu’elle ne rompe les ponts. Du petit bracelet de naissance qui dort dans ma trousse et ne me quitte jamais. De ma décision de vivre, malgré tout.

Argent ! Argent ! Argent ! Le fol argent céleste de l’illusion vociférant ! L’argent fait de rien ! Famine, suicide ! Argent de la faillite ! Argent de mort !

Allen Ginsberg, in Poètes d’aujourd’hui, Seghers.

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 Je me souviens.

« De nos larmes et de l’effroi, de nos rires assassinés en ce 13 novembre 2015, de mon incommensurable chagrin devant la liberté souillée.

De la peur défigurant les visages, de ces hurlements, de l’innocence conspuée au gré d’une terrasse.

De nos marches au silence bouleversant, de ces bougies qui veillent, de l’union sacrée du monde devant Paris martyrisée. »

De cette structure cyclique qui a mutilé la Ville Lumière, de notre sidération, de la peur de mes enfants et des larmes de mes élèves, de la chanson « Imagine » entonnée en pleurant.

De Bamako et Tunis endeuillées elles aussi, de nos désespérances devant tant de victimes, et puis la terre, n’oublions pas la terre, qui se lamente aussi.

De la COP 21 qui passe presque inaperçue au milieu de tous ces bains de sang.

Si tu mérites ton nom

Je te demanderai une chose,

« Oiseau de la capitale » :

La personne que j’aime

Vit-elle ou ne vit-elle plus ?

Ariwara no Narihira, 825-879, in Anthologie de la poésie japonaise classique.

Place du Capitole, 14 novembre 2015
Place du Capitole, 14 novembre 2015

 

Je me souviens.

Du visage grimaçant de la haine et de la barbarie qui heureusement ne s’affichera PAS dans le « camembert ».

De nos piètres victoires, de mon pays où des jeunes votent comme des vieux aigris, de ma République en danger.

De toutes ces mitraillettes à l’entrée des églises, des santons menacés par les « laïcards » et par les djihadistes, d’un Noël au balcon, comme sous les tropiques.

De ces sabres lasers prétendument rassembleurs, quand tous ces geeks pourraient se retrousser les manches, réfléchir et agir.

D’une partie de croquet dans un jardin baigné de lumière et de douceur un 26 décembre, les maillets et les boules étant ceux de mon enfance allemande, le regard bienveillant de nos quatre grands-parents comme posé sur nous, microcosme familial dans le macrocosme de l’Europe si fragile, du monde si vacillant, de l’Univers si mystérieux.

De nos espérances.

De nos forces.

De nos amours.

Je me souviens de 2015.

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À la lumière de nos aïeux nous marchons.

Elle nous éclaire comme les étoiles de la nuit guidant le marcheur.

Al-Hutay’a, in Le Dîwân de la poésie arabe classique.

 

 

Enfin cette phrase, dédiée à tous ces disparus :

Je t’aimais. J’aimais ton visage de source raviné par l’orage et le chiffre de ton domaine enserrant mon baiser. (…) Aller me suffit. J’ai rapporté du désespoir un panier si petit, mon amour, qu’on a pu le tresser en osier.

René Char, La compagne du vannier.

 

 

 

À la Une

Et l’Arctique frissonne: des poèmes pour la Journée de la Terre

Une conférence pour changer le monde, un sommet de la terre, et quelques poèmes pour en dire la beauté primitive et essentielle.

Mais aussi et surtout les blessures infligées par l’Homme, devenues ouragans et tornades, tempêtes et tsunamis, incendies, explosions nucléaires et dévastations…

Il n’est jamais trop tard. Martin Luther disait qu’à la veille de la fin du monde il planterait néanmoins un pommier en son jardin. Agissons !
Ensemble, nous serons.

Chants tutélaires des tribus rassemblées

 

Longtemps, ils s’étaient couchés de

bonne heure, quand barrissaient

bêtes des forêts

émeraude. Puis vint

le feu.

Liberté adoubée aux grottes,

bisons et sanguines.

Au ventre rond

des femmes, l’Humanité

s’éveille.

Chants tutélaires des tribus rassemblées.

 

 Le jazz est mort

 

Bayou balayé. Des eaux fourbes serpentent

en chantant. La vague déchire

alligators éventrés avant de

déguster la Ville.

Scarlett inachevée pleure sa Louisiane

noyée. Le jazz est

mort. Ouragan mélomane,

et chimie dans les

ports.

 

Et l’Arctique frissonne

 

Vois le trou rougi ! Tu te

penches, mais nul phoque n’y meurt. Ta banquise

a fondu

et l’Arctique frissonne.

Alcools, rennes perdus des innocences, les igloos

te regardent, eskimo boréal qui

boit au lait d’un Cercle devenu fou.

 

La Canopée, cantatrice chauve

 

Le fleuve lisse avale les lianes

des mémoires.

Orpailleurs vilipendent les terres

calcinées, la Canopée, cantatrice chauve,

surplombe les silences.

Un hamac balance ta tristesse

aux seins lourds.

Vie poisseuse au vert émeraude des temps

enfuis.

 

Sur des haïkus déserts

 

Delta et source

en un même

chagrin. Yeux vides

des mères. La vague a laissé cerfs-volants

aux branches énuclées.

Saumâtres, les âmes

mortes geignent au Tsunami.

La fleur de cerisier flotte, seule,

sur des haïkus déserts.

 

Dans les bouleaux déchus

 

Des sapins au corps tordu se convulsent

de haine. Silence des écureuils.

Sibérie des silos esseulés,

légumes dégénérés, enfants nés sans

tête.

La Centrale perle ses eaux mortes en

neige avariée.

Les femmes n’engendrent plus que ce vent obscène

venu pleurer dans

les bouleaux

déchus.

 

 Le bush se contorsionne

 

Flammes, feux-follets des enfers,

le bush se contorsionne.

Un diable de Tasmanie se consume, des kangourous

fondus, fumerolles funestes,

fuient Lucifer.

Soleil darde sa mort, peaux

laiteuses des surfeurs, bientôt parcheminées

de scories

cancéreuses. L’arborigène

pleure, la terre rouge plie.

 

En Vendée orpheline

 

Lucioles au marais, feux-follets

comme un phare. Pré salé des

roses trémières,

Ré, ta blancheur.

La tempête a gonflé les maisons

apeurées. Enfançons

surpris hurlent en eau saumâtre.

En Vendée orpheline, un vieux Chouan

a pleuré.

 

Ces vers en peupleraie

 

Farandoles des tribus,

guirlande de

peuplades, comme accrochées à l’arc-en-ciel

des temps.

Terre, alma mater souillée de nos

violences, ton climat

derviche tourneur,

comme en vengeance.

Toujours je dirai

tes beautés, hommage aux

ancêtres innocents.

Granit des souvenances, ces vers

en peupleraie, au halo des lumières.

 

D’autres textes, consacrés aux peuples anciens, aux tribus disparues ou dévastées, parsèment encore ce recueil que vous trouverez sur Amazon et qui cherche un éditeur…

« Paru à l’occasion de la Journée de la Terre, le recueil de poésies de Sabine Aussenac est une offrande à la mémoire des hommes et de leur planète qui agonise. Dans une langue épurée, l’auteur évoque ces tribus disparues, mais aussi les cicatrices que la Nature exacerbée inflige à notre humanité à la dérive. Entre allégresse solaire et déserts erratiques, ces chants tutélaires des tribus rassemblées résonneront à vos cœurs comme un tambour des retrouvailles. »

Nous vous ferons préférer le Thalys…

Nous vous ferons préférer le Thalys…

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(à la manière du bloc-notes de Bouvard)

 

Thalys : train à grande vitesse desservant anciennement différents pays de l’UE, aujourd’hui Moyen-Orient-Express étape favorite de touristes salafistes.

Marines : descendants des boys venus mourir en héros sur les côtes de Normandie, à priori en vacances dans l’Ancien Monde. En fait toujours prêts à en découdre avec des nazislamistes.

Jean-Hugues Anglade : a quitté depuis longtemps ses rollers de Subway, mais toujours prompt à briser des vitres ou à s’en prendre aux agents assermentés des transports.

Kalachnikov : nouveau bagage très en vue dans les trains. Peut servir de canne à des personnes âgées, et/ou à attraper des valises malencontreusement coincées au-dessus des sièges.

Chargeur : remplace avantageusement un iPhone ou une tablette pour égayer un voyage entre Amsterdam et Paris.

Employés SNCF « en larmes derrière un talus », sic : les descendants de ceux qui faisaient monter les juifs dans les wagons plombés, sans doute. –je dis ça je dis rien…

Employés SNCF « s’enfermant dans la motrice » : lointains cousins du commandant du Concordia.

Français anonyme ayant sauvé des vies : et si c’était Nicolas Sarkozy ?

François Hollande : heureux de retrouver l’esprit du 11 janvier en remettant la Légion d’Honneur.

 

 

 

 

La poésie, c’est la chanson sous la guitare…Rencontre avec Zachary Richard

La poésie, c’est la chanson sous la guitare

 

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http://www.zacharyrichard.com/francais/home.php

Vous le connaissez tous. Certes, les plus jeunes d’entre nous, les enfants de l’Ancien Monde, de la vieille France, n’ont peut-être pas entendu souvent cette chanson ; mais moi, je me souviens de mon coup de cœur absolu pour cette voix aux tessitures multiples, pour cet accent rocailleux, et pour la poésie fabuleusement humaniste de ce standard qui nous a longtemps bercés…

Alors vous pensez bien que quand le service de communication de Pause Guitare m’a tout simplement envoyé le numéro de téléphone de MONSIEUR Zachary Richard à Montréal, pour un « phoner », comme disent nos anglophones québécois, mon sang n’a fait qu’un tour.

Quelle simplicité ce fut que de mener cette belle « jasette » à bâtons rompus, comme si nous nous nous étions toujours connus…Il m’en a dites, des vérités, des simplicités, des évidences, et plus encore lors de notre entrevue avant son concert albigeois, m’invitant même gentiment à partager le souper de sa joyeuse drille de musiciens déjantés. Certes, quelques cheveux d’argent volent autour des paroles enchantées, mais cette belle âme a grandi au fil de ses apprentissages, et le personnage, loin de se contenter des certitudes d’un artiste, s’est enrichi de nombreux nouveaux défis.

Et puis il y a eu le doux regard de la pétillante Claude, son infatigable manageuse et compagne, et cette certitude : rencontrer Zachary Richard ne laisse personne indifférent.

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C’est cette langue imagée et forte qui frappe de prime abord, la même que celle des textes de ses chansons et poèmes. Les images percutantes font écho à ces « r » qui roulent comme le roulis des océans, et j’entends dans les mots tous les siècles de notre histoire commune. Zachary me parle avec ferveur de notre Sud-Ouest, et explique que si, en France, tout est différent, les tournesols et le soleil lui tiennent particulièrement à cœur ; il évoquera l’amitié qui le lie à notre Francis, quand d’Astafort à la Nouvelle-Orléans meurtrie, un pont de solidarités musicales aidera à panser les plaies du bayou.

C’est dans ce beau pays du Sud des États-Unis qu’il vivra son premier souvenir musical ;  parfois il allait, lui, l’enfant unique, avec son jeune voisin issu d’une famille de dix-huit enfants, écouter la musique chez les « créoles » ; ses yeux brillent à l’évocation de ces deux jeunes « chatons » émerveillés par l’allégresse de ces sons authentiques et joyeux. Cette musique source vive, cette musique capable de chanter le coton, le bayou et les inégalités, cette musique qui des souffrances crée de la joie, elle deviendra sa raison d’exister.

Il va m’en parler, de cette Louisiane –appuyer sur le « i » !-, et bien sûr de son Acadie, que je découvrirai avec délices tout au long de Pause Guitare

http://sabineaussenac.blog.lemonde.fr/2015/07/11/tous-les-acadiens-toutes-les-acadiennes/

Il évoquera l’origine du mot « cadien », prononcé « cajun » en Louisiane, me parlera des deux pistes étymologiques, entre cette « Arcadie » grecque et l’autre origine linguistique, qui viendrait de la langue des indiens Micmacs et signifie « terre fertile »…

https://fr.wikipedia.org/wiki/Micmacs

Car pour Zachary Richard, l’Acadie représente à la fois un élément fondateur des Amériques et un symbole de la francophonie, une sorte de passerelle entre l’ancien et le nouveau monde ; en parlant des nombreux vestiges historiques qu’on est en train de mettre à jour, le chanteur poétise l’espace incroyable de ce territoire qui n’est ni pays ni peuple, métissé dans ses frontières et pérenne dans cet appétit de survivance et de reconnaissance. Notre ami est aussi un lecteur, et il a dévoré les ouvrages de l’historien Gilles Havard :

 http://www.amazon.fr/Histoire-lAm%C3%A9rique-fran%C3%A7aise-Gilles-Havard/dp/2082100456

Car en cette immense terre acadienne, trop longtemps boudée par les chercheurs, qui s’étire du Saint-Laurent à l’Acadie tropicale et jusqu’en outre-Atlantique, avec les exilés de Belle-Ile ou de Saint-Malo, bat le cœur de la francophonie si chère à Zachary, cette francophonie qu’il avait si bien chantée dans Réveille

Mon grand-grand-grand père

Est venu de la Bretagne,

Le sang de ma famille

Est mouillé l’Acadie.

Et là les maudits viennent

Nous chasser comme des bêtes,

Détruire les familles,

Nous jeter tous au vent.

Lui qui avait grandi au milieu des influences souvent contraires de deux cultures, entre le rêve américain et les airs joués par les radios et la télévision et les racines européennes familiales, puisque ses grands-parents étaient de la dernière génération unilingue francophone de la Louisiane, lui qui a compris très tôt l’humiliation subie par sa culture minoritaire, va un jour se faire le chantre de cette notion de résistance. Sa Louisiane sera aussi son combat, afin que la langue des ancêtres ne se perde pas dans l’uniformité de l’anglicisation forcée, afin que le « cajun » devienne l’un des symboles de la francophonie.

Ma Louisiane

Oublie voir pas qu’on est Cadien,

Mes chers garçons et mes chères petites filles.

On était en Louisiane avant les Américains,

On sera ici quand ils seront partis.

Ton papa et ta mama étaient chassés de l’Acadie,

Pour le grand crime d’être Cadien.

Mais ils ont trouvé un beau pays,

Merci, Bon Dieu, pour la Louisiane.

Jamais Zachary ne perd le fil de cette résistance qui va de pair avec le fait de vivre en milieu minoritaire, quand on est bousculé par la notion que l’Autre vous inculque : vous seriez de culture inférieure…Car même au Québec, cette tendance à l’infériorisation n’est jamais bien loin, alors même que les chiffres sont impressionnants : imaginez donc que ce sont bien 33 millions de francophones, la moitié de la population française, qui vivent sur le continent nord-américain, et Zachary insiste sur cette évidence identitaire qui fait de la francophonie à travers le monde une polyphonie plurielle et unique que Léopold Sedar Senghor résumait ainsi : « L’humanisme se tisse autour de la terre. »

Longtemps, Zachary Richard en a presque voulu aux Français de bouder quelque peu la francophonie, de ne pas comprendre tous les enjeux de cette belle présence à préserver.  Il s’imaginait en sauveur de la langue française, et il est vrai que son interprétation de Réveille au premier Congrès mondial acadien à Shédiac, en 1994, avait marqué les esprits ! Mais en même temps, il affirme qu’aucune chanson ne doit se faire propagande…

Pourtant, il est le veilleur, le prophète, le diseur :

 

Et sans vouloir interférer dans les politiques des hommes, la passion dont il fait preuve dans ses récits est malgré tout aussi contagieuse que les airs entraînants de ses chansons : elle sait se faire entendre ; car Zachary n’a pas sa langue dans sa poche, et, s’il m’explique que la Louisiane a su panser les plaies laissées par Katrina, il demeure aussi persuadé que nous sommes à l’orée d’un désastre écologique majeur. Les 800 millions de litres de pétrole déversés dans le golfe du Mexique laisseront des séquelles pour plusieurs générations, puisque la marée noire n’a pas seulement souillé les faunes et flores locales, mais a exporté au fin fond des Amériques ses effluves de mort, via les migrateurs et les courants…Sa chanson Le Fou nous appelle à agir, « tous ensemble, ensemble tous »…

C’était le 20 avril,

Dans le tranché de Macondo.

J’ai entendu crier,

Et j’ai vu l’explosion.

Le tour s’est effondré,

À la perte de beaucoup de vie.

Et depuis la marée noire

N’arrête pas de s’étirer.

http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/environnement/2015/04/17/001-explosion-deepwater-horizon-zachary-richard-louisiane-consequences-deversement.shtml

Zachary me la raconte, sa Louisiane meurtrie, et, moi qui depuis mon enfance me rêve à Tara, ayant même appelé ma cadette Scarlett, je le vois et je l’entends, le bayou martyrisé…

http://www.zacharyrichard.com/lyrics/crissurlebayou.html

Comme si c’est trop tard,

Comme si la bataille était perdue,

Tout le monde proche de

S’retourner de bord et

Courir se cacher dans le grand bois.

Comme si aucune graine

Poussait dans cette terre

Sèche et poussiéreuse

Et que la Saint-Médard s’annonçait

Sans pitié.

Comme si rien

Même bien amarré

Pouvait résister

De se faire garocher

D’un bord à l’autre

Dans ce vent grand comme

Le Plus Gros Ouragan.

Car Zachary me parle de cette double contrainte effrayante et insoluble à laquelle sont confrontés les habitants de la Louisiane, enchaînés qu’ils sont financièrement à l’industrie pétrolière qui les nourrit tout en les dévastant, beaucoup s’estimant pris « entre l’arbre et l’écorce », nombreux étant aussi ceux qui ont « pactisé avec l’ennemi » en acceptant de belles sommes pour devenir nettoyeurs de goudron en abandonnant la pêche ; il paraîtrait même que certains rêveraient d’une nouvelle marée noire…Et pourtant la chaîne alimentaire suffoque sous les séquelles, tandis que l’érosion côtière gagne du terrain. D’une part, l’économie de la Louisiane demeure attachée au prix du baril du pétrole, de l’autre, le littoral se rétracte à un rythme effrayant, les digues n’offrant plus de protection devant les ouragans qui menacent, l’écosystème étant devenu aussi fou que le climat…Et dans le Nouveau-Brunswick, l’autre partie de l’Acadie, nombreux sont aussi les clairvoyants qui tirent la sonnette d’alarme…

http://www.ledevoir.com/environnement/actualites-sur-l-environnement/444425/port-petrolier-a-belledune-offensive-juridique-des-micmacs

Zachary le martèle, en écho aux Hubert Reeves, Pierre Rabbi et autres défenseurs de notre terre : la question n’est pas de savoir si une catastrophe majeure se produira, mais quand elle arrivera…En l’entendant, je repense à la « force des mots-tocsin » de Maïakovski, le poète russe…Et toujours et encore c’est l’émotion qui se dégage de ses paroles et de nos échanges, cette émotion qui transparaît dans chacun de ses mots, à l’image de sa sensibilité artistique, toujours à fleur de peau, et de sa carapace d’homme, fragile comme de la soie et solide comme son destin de conteur et de chantre ; il parle de son vécu, et peu à peu se tisse autour de la confidence ce lien ténu qui va au-delà des tempos du concert, ce lien de la parole.

Car en peu France le savent, pourtant Zachary Richard, qui a plus d’une corde à son arc puisqu’il a aussi écrit des albums pour enfants et réalisé de remarquables documentaires autour des migrateurs et de l’histoire acadienne, est aussi un poète reconnu, qui a publié cette année Outre le Mont, son quatrième opus de poésie.

http://www.zacharyrichard.com/francais/poesie.php

Il me citera Arthur H qui, lui aussi, mêle dans ses œuvres musicalité et jeux des mots vivants,  et me l’affirme :

« La poésie, c’est la chanson sous la guitare… »

Certes, la poésie a mauvaise réputation, réputée élitiste, ardue, dépassée…Mais les nouvelles technologies permettent d’extraordinaires partages dans l’oralité, une oralité chère au chanteur qui nous offre des lectures percutantes de ces textes, permettant ainsi à sa poésie d’être entendue, et pas simplement lue en son for intérieur.  Il faut l’entendre déchirer le silence, cette voix de Bretonneux des siècles passés, quand elle nous parle en vers, en haïkus ou en liberté, musicale et émouvante…Dans les poésies de Zachary passent des moiteurs et des vertiges, des rêves et des hanches à caresser, on y sent battre le cœur des hommes et celui d’une terre…

http://www.zacharyrichard.com/lyrics/bebecreole.html

http://www.zacharyrichard.com/lyrics/Ce_vieux_reve_use.html

Car musique et poésie sont une seule et même chose, et la poésie lui semble un port d’attache, dit-il en citant Yeats et la force de son écriture…Son premier maître aura été Gary Snyder, l’autre grand chantre de la beat generation avec Allen Ginsberg, qui enseignera   son premier mantra à Zachary : après une enfance catholique, il pratique le bouddhisme depuis plusieurs décennies.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Gary_Snyder

Mais, si vous n’êtes pas capable de montrer
ces vallées et ces montagnes
pour ce qu’elles sont,

qui pourra,
vous amener à percevoir que vous êtes ces vallées et ces montagnes ?

Gary Snyder, Montagnes et Rivières sans fin

Cependant, il a beau méditer durant des heures, c’est bien à travers la musique que lui vient l’éveil, l’illumination, et j’en aurai la confirmation en le voyant, lui, le taiseux qui, lors du souper, intériorisait ses émotions avant le concert, soudain se transformer en comète ! Il me l’avait dit, qu’une seule scène lui apportait davantage que des heures de zazen, et le swing absolu qu’il a offert au public albigeois ne l’a pas contredit…La tête, affirme-t-il, est là pour le rêve, le cœur pour sentir, et les pieds pour danser, et la musique aussi devient une forme de spiritualité, quand l’art se fait relation aux autres, altruisme, tout en étant aussi garde-fou, soulagement devant les brisures du monde.

Ce soir-là, à Albi, dans le magnifique théâtre de la Scène Nationale, nous avons d’ailleurs frôlé le drame : Zachary avait perdu son accordéon, son célèbre accordéon, indispensable à son spectacle, perdu entre Montréal, le Maroc et la Ville Rose, et le chanteur était prêt à aller en découdre avec les autorités aéroportuaires pour retrouver son bébé…L’accordéon diatonique, lui-même pont entre les cultures, introduit par un juif allemand dans cette musique de « violoneux » des bayous, sans doute à l’époque où la première ligne de chemin de fer rallia Lafayette, a fait ainsi danser les chapelets de villages qui se construisirent au rythme de la modernité, quand l’Acadie peu à peu découvrait le monde…

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C’est bien cette Acadie-là que Zachary va nous conter dans son prochain spectacle, un projet polychrome très abouti, mêlant de grandes reproductions en visuel photographique ou pictural sur la scène et tableaux vivants en chansons : les valeurs du peuple cajun résonneront ainsi, au gré de l’Histoire qui racontera les Grands et les humbles, les héros et les victoires.

« …j’entends les chuchotements

de mes ancêtres, venus de loin. »

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Il y a les Samuel de Champlain et les Jean Saint-Malo, les colonisateurs et les esclaves, et tout ce passé encore d’une actualité brulante dans cette Amérique où l’on tire des jeunes noirs comme des lapins, où l’on assassine  des fidèles de couleur dans les églises…

Et quand résonne le chorus répété du mot « liberté », ce n’est pas, pour Zachary Richard, un vain mot : c’est un appel à une culture de la tolérance, car « ce n’est pas en fermant les portes, en ayant peur et en nourrissant les ténèbres que nous allons avancer. » Devant les intolérances effrayantes du monde, il nous faut puiser dans nos humanités les forces de résistance et de résilience. Nous n’avons d’autre choix que celui d’avancer vers la lumière.

http://www.zacharyrichard.com/lyrics/L_univers.html

 

L’univers

Quand je vois les étoiles dans la nuit

Scintillaient avec autant de beauté
Je me demande, d’où vient l’univers.

L’univers, c’est les planètes et la terre
La noirceur et la lumière.
L’univers, c’est moi et toi et tout ce qui existe autour.
Il faut remplir l’univers avec ton amour.

Et l’amour fait partie de l’univers
Bien qu’il n’ait pas de poids ni de matière.
L’amour est un aussi grand mystère.

L’univers, c’est les planètes et la terre
La noirceur et la lumière.
L’univers, c’est moi et toi et tout ce qui existe autour.
Il faut remplir l’univers avec ton amour.

Et pourtant ce n’est pas très clair.
Mais je me sens beaucoup moins solitaire
Sachant que tu es dans l’univers.

L’univers, c’est les planètes et la terre
La noirceur et la lumière.
L’univers, c’est moi et toi et tout ce qui existe autour.
Il faut remplir l’univers avec ton amour.

***

Je sais, ce texte est un peu long pour un « article de blog ». Si vous avez eu le courage de lire jusqu’ici, sachez encore que la rencontre avec l’univers de Zachary a été pour moi importante, d’une insondable profondeur. Ses mots en échos aux miens, nos poésies croisées en  ribambelles, et quelque part des ailes d’hirondelles, voletant au gré des cieux acadiens et toulousains…

Neuf hirondelles voltigeant

dans le crépuscule.

Il y en aura une qui

Nichera seule.

 

Après ces jours de froid,

leurs gazouillis

comme baume

 

Sur mon esprit.

http://www.zacharyrichard.com/lyrics/Neuf_hirondelles.html

***

Si j’avais les ailes des hirondelles,

Je traverserais les montagnes et la mer.

Pour me poser tout près de toi me belle.

D’où je ne volerais jamais.

 

La vie est éphémère…

http://www.zacharyrichard.com/lyrics/les_ailes_des_hirondelles_fr.html

***

Texte dédié au grand petit garçon Émile, petit-fils de Zachary et Claude, et partenaire musical !