Et si… Happy birthday…!! #Noël #femme

Et si…

 

Il faisait chaud, tellement chaud.

L’éponge imbibée de vinaigre que venait de lui tendre une des soldates n’avait en rien étanché sa soif.

Elle jeta un coup d’œil rapide à sa main droite, sa bague avait été arrachée par le clou… Dommage, eut-elle encore la force de penser, c’est Jeanne qui la lui avait offerte…

Elle se souvint des derniers moments où elles avaient ri, toutes ensemble.

Elles avaient partagé le pain et le vin et même dansé un peu…

Jusqu’à ce que la treizième convive arrive, gâchant un peu l’ambiance. Pierrette n’avait pas voulu croire à cette histoire de reniement. Sacrée Pierrette, tellement solide, tellement fragile, pourtant…

Elle ferma les yeux. Toutes ces années… Tant de souvenirs, et pourtant, ces 33 années étaient passées si vite…

Tout se mêlait dans son esprit, depuis ses disputes avec les marchandes du temple, du haut de son adolescence houleuse, aux belles jarres de vin de Cana, en passant par l’eau lustrale du Jourdain, quand les douces mains de Jeanne l’avaient baptisée…

Elles en avaient parcouru, des chemins, avec ses amies, la courageuse Mathilde, la belle Marcia… Que de fous-rires, aussi, comme lorsqu’elles avaient marché sur l’eau, que de solitudes, pourtant, que de doutes, de tentations, de combats… Sa vie de femme mise au ban, malgré les tendresses de Jean de Magdala, toujours prêt à vouloir la frôler en prétextant quelques lavages de pied…

Marie lui avait aussi si souvent parlé de la première nuit, la nuit de l’étoile… Elle la connaissait par cœur, l’histoire de l’errance à travers Bethléem, de la paille de cette grange, de l’âne et du bœuf, des trois Reines Mages et de leurs encens…

Elle soupira.

Elle aurait aimé rester encore un peu ici-bas, mais elle savait que son temps était compté.

« Mère, mère, pourquoi m’as-tu abandonnée ? » gémit-elle soudain, envahie par une faiblesse somme toute bien humaine…

Soudain, une des deux larronnes se mit à chanter. Une belle mélopée, venue tout droit du pays des dattes et du miel.

Alors, elle aussi se redressa sur sa croix.

L’heure était proche. Elle avait une humanité à sauver. Ce n’était pas le moment de flancher. Elle regarda une dernière fois cette terre qu’elle aimait tant, sourit à Marie, agenouillée devant elle, puis s’abandonna à sa destinée, guidée par l’étoile, comme le jour de sa naissance.

***

 

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Le premier Noël de Johnny…

Le premier Noël de Johnny

 

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C’est Sacha qui lui ouvrit la porte. Incroyable ! Les petites rides au coin des yeux scintillaient de malice, et les deux compères s’étreignirent en s’écriant « Scoubidou woua !! », dans un immense éclat de rire…

Il aperçut, de loin, Romy, irradiante de beauté, qui lui fit un léger signe de tête, son port de cygne ne s’étant nullement démenti. Elle fumait, élégante, debout devant la cheminée, trinquant en souriant avec Thierry qui semblait, comme à son habitude, épater la galerie de quelque imitation.

Il se sentait léger, comme délivré, et tellement curieux d’être là, si bien entouré. De délicieuses effluves de dinde aux marrons s’échappaient d’une cuisine où brillaient des cuivres illuminés de parfums de gingembre et de cannelle.   Un vinyle tournait sur un vieux tourne-disque, grésillant entre deux accords de chants un peu jazzy, mais soudain, la voix éraillée de Louis s’éleva, tandis que Michael esquissait son célèbre pas de danse devant les yeux ébahis du rockeur.

  • Mais… ? C’est international, ici ? !!!
  • Merry Xmas, old fellow !

répondit Whitney de sa voix la plus suave, ondulant à travers la pièce envahie de brouhaha et enlaçant son vieil ami avec une infinie tendresse. Elle l’attira vers le salon, sublime dans son fourreau de satin rouge, faisant quelques vocalises pour obtenir le silence des autres invités.

Et en clin d’œil, il devint le centre de l’attention de la petite assemblée. Tous voulurent échanger quelques mots avec lui, demander des nouvelles de « là-bas » … Les hommes lui tapotaient gentiment le bras, le félicitant pour son courage ; Henri, pétillant comme à l’accoutumée, l’assura qu’ici aussi, le travail, c’était la santé ! Les femmes se pendaient à son cou en lui murmurant « chéri, tu nous manquais tellement », comme Barbara, qui l’accusa en plaisantant de lui avoir volé la vedette avec cette histoire d’aigle noir, le jour où…

Il balaya la pièce du regard ; les tables étaient splendidement décorées, et il perçut dans les sourires et les bienveillances quelque chose qui n’était pas sans rappeler un esprit de famille qui se serait superposé à ce fameux « Xmas spirit » que sa chérie aimait tant… Bien sûr, elle lui manquait. Et les petites aussi, cruellement, atrocement, mais, en même temps, il avait ressenti tellement d’amour l’autre jour qu’il lui semblait en avoir fait provision pour toute l’Éternité.

Une table attira particulièrement son attention, tant les joutes verbales y paraissaient animées et pleines de de sens; Jean le darda malicieusement de son œil bleu d’azur, l’invitant silencieusement à venir le rejoindre pour damner le pion à Max, encore en train de les abreuver d’un récit historique qui lassait un peu la compagnie… Gonzague, vêtu, comme au temps de sa folle jeunesse, d’une magnifique chemise bouffante, lui fit un signe de la main, alors qu’il s’approchait pour baiser celle de Simone, ébouriffante d’esprit et de beauté, éclipsant tous les autres convives de sa prestance naturelle.

C’était beau de voir les Anciens et les Nouveaux ainsi réunis, sous la houlette bienveillante de cet accueil en lumières. Michel passa, revêtu de la même chemise que Gonzague, fredonnant « Pour un flirt, avec toi » en lui faisant un clin d’œil, rejoignant Fats qui venait de faire crisser le siège du piano en se jetant dessus de tout son poids, hurlant de rire.

Il fit une pause intéressée devant une table qui parlait politique, Henri et François, à tu et à toi soudain, discutaient avec Nicole de « patronat » sous l’œil amusé d’Edmond, qui, tentait de son côté de traduire la discussion en allemand pour Helmut, lequel hochait la tête en sirotant une énorme chope de bière.

  • Ici, il n’y a qu’un seul patron, et c’est moi, s’écria en riant un grand barbu en sandales dont le badge disait « Je m’appelle Pierre ; Saint Pierre. »

Bien évidemment, il ne tarda pas à être hélé par la table où se tenaient, enlacées, accoudées, émues, brillantes et solidaires, les stars du 7° art, de ce monde qu’il avait, lui aussi, approché et tant aimé…La grande sauterelle faisait tourner Martin en bourrique en se moquant éhontément de son costume de « Cosmos 99 » qui, d’après elle, ressemblait trait pour trait à ses « pattes d’éph », mais en plus moche ; Jean-Christophe fourmillait d’anecdotes qu’il racontait dans un mélange de français et d’anglais à Mike, aussi élégant que son alter ego, Joe Mannix, tandis que Gisèle et Danielle se disputaient de délicats macarons en pouffant de rire devant les pitreries de Jean, qui, frisant sa moustache, tentait de dissuader Jeanne de chanter une fois encore son « tourbillon », qui lui semblait un peu déplacé, au vu des circonstances…Un peu pompette déjà, Victor essayait d’expliquer à John et Sam la signification du mot « brocante ».

L’heure tournait. Al et Prod’ étaient déjà au piano, enchaînant les cantiques en alternant leurs rythmes de soul et de rap sous les applaudissements des convives. Soudain, un autre grand type barbu, vêtu d’une sorte de djellaba, les mains bizarrement enrubannées, passa la tête par l’embrasure de la porte, hélant l’assemblée en souriant, expliquant que le stade était prêt. Marilyn, qui chaloupait vers lui en commençant à susurrer « Happy birthday Dji… », fut priée de se taire, il n’était pas minuit, et puis cette année, c’est la nouvelle vedette qui ouvrirait les festivités du 24 décembre…

Il suivit donc la petite foule et se retrouva comme par magie sur une scène magnifiquement éclairée, propulsé devant un micro tout décoré de gui et de houx, entouré de musicos en santiags. Il sourit. C’était facile, après tout. Oui, ça, il savait le faire, et mieux que personne. Certes, tout serait un peu différent, mais… après tout, il avait toujours su que sa croix lui indiquait le bon chemin…

Azzedine et Pierre, en grands pourparlers au sujet de sa tenue, lui expliquèrent brièvement que le concert serait dédié aux six petits anges tout récemment arrivés du sud-ouest, qui riaient comme des bossus, au premier rang, tout excités par leurs ailes, faisant cabrioles sur cabrioles pour épater les petites Anglaises qui, elles, avaient atterri ici après le concert d’Ariana Grande.

Il s’avança. Au loin, derrière le rideau, le barbu lui montra un briquet qu’il alluma brièvement, clignant de l’œil, comme pour lui signifier qu’il serait bien temps de s’occuper des cantiques plus tard. Elvis, assis au premier rang, s’impatientait en arrangeant sa banane. Juste derrière lui, un inconnu nommé Jacques Aussenac pensait qu’il aurait aimé que sa femme adorée soit là pour écouter Johnny avec lui, presqu’un an après son départ. Son petit cousin François ne perdait pas une miette de l’ambiance, souriant à sa chère Maggie, qui battait déjà la mesure en pensant à ses filles chéries …

Une guitare déchira la nuit, et Johnny, très droit dans ses santiags, le regard plein de la magie de Noël, une immense tendresse lui faisant exploser le cœur, pour toutes ces âmes qu’il voyait, rassemblées en cette nuit du 24 décembre 2017, les âmes de tous ces migrants qui s’étaient noyés en traversant la mort pour gagner ce qu’ils croyaient être la liberté, les âmes des stars et des inconnus, les âmes de ceux qui croyaient au ciel et de ceux qui n’y croyaient pas, les âmes des touristes de Barcelone qui avaient volé dans les Ramblas vers ce soleil fou de la destinée, les âmes de toutes celles et de tous ceux qui avaient tant aimé vivre et qui à présent attendaient ses chansons, Johnny, notre Johnny, entonna « Allumer, le feu » de sa voix de stentor, faisant vibrionner les étoiles et déborder les océans. Et l’Univers tout entier bascula dans le rock and roll.

Et tandis que le barbu tapait la mesure de ses mains bandées, devant Jean qui faisait valser Jeanne, pieds nus et plein de charme, devant la foule en délire et Saint-Pierre médusé, Johnny ouvrit donc le bal de son premier Noël au paradis.

 

***

Dédié à mon ami Serge…et à tous les disparus de 2017…

 

 

Lorsque l’enfant paraît

Lorsque l’enfant paraît

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Lehmbruck Museum, Duisburg

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Il fait si froid. La jeune femme se blottit contre la botte de paille en grelottant. Soudain, un souffle chaud semble apaiser la morsure de cette nuit glaciale. L’âne et le bœuf, jusqu’à présent immobiles au coin de leurs mangeoires vides, se sont rapprochés, et respirent lourdement au-dessus du flanc bombé de la femme en gésine. Elle ne crie pas, les yeux rivés vers cette étoile si brillante, qui transperce de son éclat les poutres fragiles de l’étable. Lorsque l’enfant paraît, trois hommes imposants et majestueux se penchent par-dessus l’épaule du charpentier ému. Bethléem, soudain, défie le monde, l’univers, l’éternité.

Ils sont une dizaine, recroquevillés autour de la bougie vacillante. La soldatesque romaine les poursuit depuis des mois, mais l’apôtre a demandé de n’en avoir cure cette nuit-là. Il faut se souvenir, a-t-il dit. Il faudra toujours de souvenir, mille ans, deux mille ans durant, de l’étoile du Berger, de la Crèche et de la Vierge à l’Enfant. Quand les glaives s’abattent sur la petite assemblée en prières, un chant s’élève, et les martyrs meurent en allégresse.

La petite église romane frissonne, mais elle embaume, aussi. La Vierge Noire a été vêtue de ses mousselines d’azur, elle n’en est que plus belle, entourée des cierges et des branchages. Un à un, les paroissiens pénètrent dans la nef glaciale, accueillis par le sourire de leur curé. On entend les pas des villageois crisser dans la neige des Monts d’Auvergne, et les joues rosies des enfants ressemblent à des pommes d’api. La messe de minuit sera, comme toujours, en latin, et devant l’âtre rougeoyant, on se pressera autour des braises avant d’avaler un maigre souper de châtaignes. Mais les cœurs emplis de joie seront bénis par la Naissance.

Ils sont peu nombreux dans la chapelle de bois, mais les femmes ont tendu les murs de leurs patchworks multicolores, et les tartes aux pommes parfument déjà la pièce communautaire où s’ébattent les enfants. Trois familles sont mortes le mois précédant cette nuit spéciale, emportées par les fièvres et par les tomahawks de la tribu indienne des plaines voisines. Ils ont enterré les corps du bébé scalpé, de la mère épuisée, et de ce jeune couple qui arrivait tout juste des Pays Bas. Le pasteur monte en chaire, il va dire l’histoire de la Nativité, mais auparavant des chants s’élèveront dans la nuit claire du Wyoming, comme pour défier l’hostilité du Nouveau Monde.

On chante aussi dans ce baraquement pouilleux. Ou plutôt on murmure, mais ensemble. Une prisonnière a déroulé le petit papier sur lequel, en lettres plus que minuscules, est recopié le psaume  de Noël. Une autre a gardé depuis des semaines des morceaux de pain, qu’elle distribue de sa main décharnée, tandis que la seule fillette présente a reçu une poupée de morceaux de bois, habillée de bouts de tissus trouvés dans les bois de hêtres…Les femmes toussent, titubent, mais les yeux brillent, malgré les aboiements qui déchirent le camp, malgré la certitude de la mort qui glace les espérances. Les étoiles du ciel ne disparaîtront pas, non, et les chants murmurés éclatent comme autant de fragments de mémoires.

Les boubous multicolores ont envahi la nuit. Fièrement, les femmes ont décoré la petite chapelle de brousse, tandis que les hommes tentaient de garder l’entrée de leurs armes dérisoires. Les enfants chantent et jouent comme tous les enfants du monde, c’est Noël, après tout, même si les morts se comptent par centaines au sein des communautés chrétiennes du monde en cette nuit de décembre de l’an de grâce 2016. Tant d’églises brûlées, tant de prêtres et de religieuses assassinés et enlevés, tant de fidèles persécutés, oui, car les chiffres ne mentent pas, c’est bien la communauté chrétienne qui, au sein des religions mondiales, est la plus persécutée, la plus décimée.

Les Chrétiens sont bien, de par le monde, de l’Afrique à l’Asie, en passant par tous les autres continents, les nouvelles victimes des exactions religieuses.

Les Chrétiens sont les nouveaux juifs.

On les chasse, les torture, les enlève, les viole, les brûle.

Mais en cette nuit de Noël, pourtant, dans le monde entier, ils se réuniront, le cœur limpide, l’âme apaisée, la mémoire glorieuse, certains de commémorer un moment unique dans l’histoire de l’humanité.

Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté, de toutes les confessions, de toutes les terres.

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Le ventre tendu de la femme faisait encore ressortir sa maigreur. Son visage émacié, défiguré par la peur, ressemblait à quelque masque antique. Les soldats entouraient le petit groupe de réfugiés, parlaient fort, hurlaient en faisant des mouvements brusques avec leur kalachnikovs. Deux fillettes avaient déjà disparu depuis la veille. Tout le monde savait ce qu’il était advenu d’elles, jetées en pâtures aux mercenaires assoiffés de vengeance…

Elle recula à petits pas. Son compagnon, qui avait réussi à échapper à la vigilance des soldats, embusqué derrière un buisson desséché, lui faisait de petits signes. Elle parvint à le rejoindre, et ils quittèrent le camp, passant de tente en tente.

Le lendemain, l’homme réussit à trouver un abri. Une case abandonnée, dans un village fantôme. Il avait même récolté quelques feuilles de bananier, qu’il déposa délicatement sur une couche de terre. La famine et la guerre avaient décimé toute vie. Mais lorsque la jeune femme revint, après s’être longuement accroupie sous l’unique arbre du village, seule, sans un mot, serrant l’enfant dans ses bras minces comme des fétus, l’homme sourit.

Il coucha le nouveau-né sur les feuilles, et vit soudain arriver trois enfants, les mains chargées de présents : une bouteille d’eau pour sa compagne épuisée ; un linge pour recouvrir le bébé ; une galette de mil pour lui.

Au ciel d’ébène si pur du Soudan dévasté, une étoile soudain se mit à scintiller. Aminata commença à chanter une douce mélopée. Sur le chemin qui menait vers la brousse, des dizaines de villageois étaient déjà rassemblés, sans peur et sans haine. La vie était revenue.

****

 La ville hurlait et bruissait et criait et grondait. On avait l’impression de vivre dans quelque cauchemar. Ou plutôt d’y mourir.

Mary gémit. Elle errait depuis des jours et des jours, de foyer en foyer. Jo, son ami, à bout de forces, lui aussi, toussait à perdre haleine. Ils avaient épuisé toutes leurs réserves, et la jeune femme sentait que sa délivrance était proche.

Soudain, elle eut une idée, et enjamba simplement une balustrade. Voilà. C’était là. Elle accoucherait dans Central Park. Elle eut le temps de demander de l’aide à une passante bienveillante, puis s’enfonça dans la nuit, suivie de son compagnon et de leurs chiens.

Jo réussit à crocheter la serrure de la vieille cabane de l’abri aux oiseaux. Il était temps. Mary s’effondra à même le sol, prise de douleurs. Leurs deux chiens se postèrent près d’elle, et il sembla à Jo que leurs corps efflanqués faisaiten comme un rempart de dignité à son épouse.

Lorsqu’il tint le nouveau-né dans ses bras, au-dessus du braséro de fortune, alors que Mary se reposait un peu, il vit soudain comme un arc-en-ciel se dessiner dans la nuit new-yorkaise. Et cette lumière se confondit avec celle des phares de l’ambulance des services sociaux.

La neige avait déjà recouvert leurs traces, mais l’infirmier noir lui sourit en le félicitant. Il raconta en riant qu’une foule étrange s’était rassemblée devant les grilles, agenouillée et recueillie. « Hey, men, it’s amazing ! Is this boy the Lord ? My goodness, hey, I’m a muslim ! Shit ! »

***

 La mer, la mer allait revenir. C’était ce que sa grand-mère criait toutes les nuits, dans ses cauchemars. Mais Mako savait bien que ce n’arriverait plus. Elles étaient parties bien loin de la côté dévastée et de la Centrale…

Jôgo n’allait pas tarder. Mais Mako savait que les nouvelles seraient mauvaises ; elle avait entendu le poste. La radioactivité ne laissait pas de répit à leur avenir.

Et pourtant son ventre était rond comme un bol de thé retourné. Et elle sentait que le bébé allait naître, aussi sûrement que reviennent les fleurs de cerisier au printemps…

Jôgo et sa jeune compagne avaient perdu tous les leurs. Ils étaient seuls, et veillaient sur leur ancêtre. Cette nuit là, alors que la lune rouge éclairait le paravent, Mako poussa de toutes ses forces, comme le vent avait poussé la mer. Mais cette fois, c’est la vie qui revenait.

Des voisines arrivèrent au matin, en soques de bois et kimonos traditionnels, offrant à la jeune mère du riz parfumé, une branche de cerisier et un cerf-volant.

Elles racontèrent que des villageois s’étaient rassemblés durant la nuit, guidés par une étrange étoile. Il se murmurait que l’Empereur du Ciel était de retour. Au somment du mont Fuji, une neige immaculée berçait l’aube de ses tendresses.

Et de pays en pays, de ville en ville, de solitude en désert, de détresse en souffrance, la vie va et vient, en dépit des guerres et des hostilités ; et depuis plus de deux mille ans, des souffles chauds et des présents sont échangés au-dessus des couches de misère, et depuis plus de deux-mille ans, des étoiles guident les hommes vers des espoirs de paix.

Celui qui croit au ciel et celui qui n’y croit pas restent frères. De Fukushima au pays d’Obama, au Soudan, en Corée ou à New York,  et ce depuis la nuit des temps…Les femmes font des enfants, au plus profond des camps et des barbaries, et les hommes élèvent et protègent ces petits êtres, et tant que des bébés naîtront, envers et contre tout, au plus noir d’une nuit de décembre, au cœur des haines et des persécutions, alors des étoiles nouvelles apparaîtront dans le ciel de nos terres.

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************************************************************************************

Il faisait presque nuit dans la grange, et si froid. Mais le souffle des bêtes apaisait la jeune femme, qui berçait l’enfançon dans ses bras tremblants. Joseph était parti chercher de l’eau à la rivière. Soudain, une lanterne vacilla à l’entrée de la hutte, et trois silhouettes se découpèrent dans le ciel bleuté de l’aube. Marie aperçut aussi une grande lumière, en deçà du Levant. Elle leva les yeux vers les trois hommes et respira le parfum de leurs présents, toute éblouie par les odeurs de l’Orient.  Elle sourit et leur présenta, heureuse, l’Enfant au nom de Dieu.

« un trou dans la nuit

subitement envahi par un ange »

Alejandra Pizarni

Il est né, le Divin Enfant.

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« la révolte consiste à fixer une rose »…Mon année 2015

la révolte consiste à fixer une rose

à s’en pulvériser les yeux : mon année 2015…

A4 prends soin mon amour de la beauté du monde

Je me souviens.

De nos larmes et de l’effroi, de nos rires assassinés en ce 7 janvier 2015, de mon incommensurable chagrin devant la liberté souillée.

De la peur défigurant les visages, de ces hurlements, de l’innocence conspuée au gré d’un étalage.

De nos marches au silence bouleversant, de ces bougies qui veillent, de l’union sacrée du monde devant Paris martyrisée.

(….) la ville alors cessa

d’être. Elle avoua tout à coup

n’avoir jamais été, n’implorant

que la paix.

Rainer Maria Rilke, Promenade nocturne.

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Je me souviens.

De mes vacances de février en outre-Rhin, les premières depuis dix ans. Enfin sortie d’un épuisant burn-out social et financier, j’osai enfin revenir au pays de l’enfance.

De la maison de mes grands-parents allemands revisitée comme une forêt de contes, du souvenir des usines au bord du Rhin comme autant de merveilles.

Du froid glacial dans ce grand cimetière empli de sapins et d’écureuils où, en vain, je chercherai la tombe de mon grand-père.

De ma joie d’enfant en mordant dans un Berliner tout empreint du sucre des mémoires.

Un étranger porte toujours

sa patrie dans ses bras

comme une orpheline

pour laquelle il ne cherche peut-être

rien d’autre qu’un tombeau

Nelly Sachs, Brasiers d’énigmes.

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Je me souviens.

Des cris parsemant ce mois de mars qui jamais n’aura aussi bien porté le nom de guerre.

Des sourires explosés des corps d’athlètes de Florence, Camille et Alexis dans cet hélicoptère assassin. De tous ces anonymes mutilés au grand soleil de l’art, du Bardo couleur de sang.

Des 142 victimes yéménites si vite oubliées en cette Afrique au cœur devenu fou.

Des coups inutiles contre une porte blindée et de l’abominable terreur des enfants et des jeunes prisonniers d’un avion cercueil.

Un regard depuis l’égout

peut-être une vision du monde

 

la révolte consiste à fixer une rose

à s’en pulvériser les yeux

Alejandra Pizarnik, Arbre de Diane.

3

 

Je me souviens.

De Mare nostrum présentée à mon fils de 16 ans qui n’avait jamais vu la Méditerranée, oui, c’est possible, en 2015, même dans les meilleures familles si elles sont confrontées à une paupérisation.

De l’éblouissant soleil de Sète et des mouettes qui rient au-dessus du Mont Saint-Clair.

Des tombes grisonnantes et moussues du cimetière marin, où nous entendons la voix de Jean Vilar et le vent qui bruisse dans les pins en offrande.

De la plaque de l’Exodus devant la mer qui scintille et de mon émotion devant les couleurs de l’été des enfances, enfin retrouvées au cœur de cet avril.

Pourtant non loin de là 700 Migrants mouraient dans ces mêmes eaux turquoises, ma mer bien aimée devenue fosse commune en épouvante.

Et ailleurs aussi le vacarme déchirait l’innocence, quand 152 étudiants supplièrent en vain leurs bourreaux de Garissa, quand 7800 Népalais et touristes suffoquaient au milieu des drapeaux de prières aux couleurs de linceuls, quand une seule fillette, Chloé, succombait à la perversité d’un homme.

 

Un manteau de silence, d’horreur, de crainte sur les épaules. On est regardé jusqu’à la moelle.

Paul Valéry, Forêt.

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Je me souviens.

De ce contrat faramineux autour d’avions de chasse, pourtant signé par ma République avec un pays aux antipodes de la démocratie, qui maltraite les ouvriers et musèle les femmes.

Des voix d’outre-tombe de  Germaine Tillon, Genviève De-Gaulle-Antonioz, Jean Zay et Pierre Brossolette entrant au Panthéon, quand je tentai d’expliquer à des élèves malveillants la beauté du don de soi, au milieu de ricanements d’adolescents désabusés. De ma désespérance devant la bêtise insensible au sacrifice et aux grandeurs.

De ce mois de mai aux clochettes rougies par un énième « drame familial », dans le Nord, celui-là, deux tout petits assassinés par un père, comme chaque mois, silencieux hurlement au milieu du génocide perpétré dans le monde entier, depuis des millénaires, par les hommes violant, tuant, égorgeant, mutilant, vitriolant, brûlant vives leurs compagnes et souvent leurs enfants.

Je vous salue, ma France aux yeux de tourterelle(…)

Ma France, mon ancienne et nouvelle querelle,

Sol semé de héros, ciel plein de passereaux…

Louis Aragon.

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Je me souviens.

Des révisions du bac de mon puîné, des dissertations et des textes à apprendre, de Rimbaud et de Proust, de Verlaine et Stendhal, comme un collier de perles toujours renouvelé.

De ces adolescents déguisés en marquis pour une fête baroque, des duchesses et des contes, des froufrous et des rires, quand les joues de l’enfance en disputent avec les premières canettes de bière, quand on hésite entre un joint et un dessin animé…Chuuuuuuut. Prenez le temps…Profitez…On n’est pas sérieux, quand on a 17 ans le jour de la Saint-Jean…

Du soleil fou de Sousse qui voit mourir les sourires des touristes, de la plage rougie, et de la tête en pique d’un patron français, quand cet Islam qui prétend vivre la foi n’est que mort absurde et gratuite.

Des gospels montant vers ce ciel rougi de Charleston, quand un homme fauchera des vies noires dans une église, insulte à l’Amérique des droits civiques : j’ai fait un cauchemar, encore un…

 

Ce matin de juin s’est posé sur mon cœur

comme un vol de colombes sur la vieille petite église,

frémissant d’ailes blanches et de roucoulements d’amour

et de soupirs tremblants d’eau vive.

Louisa Paulin, Lo bel matin

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Je me souviens.

Du chapeau blanc de Dylan et de sa voix éraillée, d’Albi la Rouge toute vibrionnante des accords de Pause Guitare, de cette nuit passée sur un banc avec un « Conteux » acadien, et du sourire de Zachary Richard, aussi pur que dans nos adolescences lorsqu’il clamait « travailler, c’est trop dur ».

De notre conversation téléphonique où déjà la poésie avait traversé l’Atlantique au rythme des échanges, et de son incroyable présence, quand il offre au monde tous les ouragans de Louisiane et toutes les histoires de son peuple oublié.

De la brique rouge et de Sainte-Cécile comme un vaisseau dans la nuit, du Tarn empli d’accords virevoltants et de notes insensées, de ce mois de juillet aussi gai qu’un violoneux un soir de noces.

 

La nuit, quand le pendule de l’amour balance

entre Toujours et Jamais,

ta parole vient rejoindre les lunes du cœur

et ton œil bleu

d’orage rend le ciel à la terre.

Paul Celan, in Poésie-Gallimard

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Je me souviens.

De la Bretagne qui danse comme une jeune mariée au son de la Grande Parade, de Lorient enrubanné, des guipures et de l’océan dentelé qui tangue au son des binious.

Des flûtiaux et des cornemuses, de l’âme celte qui m’enivre, des jambes levées sous les robes de crêpe et des verts irlandais ; des Canadiens qui boivent et de la lune qui rit, des roses trémières caressées par la joie et de mon fils si heureux de danser le quadrille.

D’un autre port, au bout du monde, où 173 personnes périront dans les explosions causées par l’incurie des hommes.

Du courage de ces passagers de l’improbable, quand des boys modernes rejouent le débarquement dans un Thalys sauvé de justesse de la barbarie.  Quand un 21 août ressemble à une plage de Normandie.

 Le Bleu ! c’est la vie du firmament(…)

Le Bleu ! c’est la vie des eaux-l’Océan

et tous les fleuves ses vassaux(…)

John Keats, Poèmes et poésies.

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Je me souviens.

Du calme d’Angela Merkel annonçant qu’elle devenait la mère de l’Europe en ouvrant les bras de l’Allemagne aux réfugiés et Migrants.

D’une Mère Courage qui soudain fait du pays de l’Indicible celui de l’accueil, quand 430 000 personnes ont traversé la Méditerranée entre le 1er janvier et le 3 septembre 2015, et qu’une seule photo semble avoir retourné les opinions publiques…

Du corps de plomb du petit Aylan et des couleurs vives de ses vêtements, dormeur du val assassiné par toutes les guerres des hommes, à jamais bercé par les flots meurtriers de notre Méditerranée souillée.

De mon étonnement toujours renouvelé en cette rentrée de septembre, quand soudain chaque journée de cours me semble thalasso, tant c’est un bonheur que d’enseigner la langue de Goethe à ces enfants musiciens, surdoués et charmants, toute ouïe et en demande d’apprentissages : ma première année scolaire agréable dans mes errances de « TZR », sans trajets insupportables et sans stress pédagogique.

 

Il n’est d’action plus grande, ni hautaine, qu’au vaisseau de l’amour.

Saint-John Perse, Amers.

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Je me souviens.

De ces pauvres gens morts noyés en voulant sauver une voiture quand des enfants de Migrants continuent, eux, en ce mois d’octobre, à n’être sauvés par personne…

Des hurlements d’Ankara, quand 102 personnes perdent la vie au pied de la Mosquée Bleue, le Bosphore rougi de tout ce sang versé.

De cette famille lilloise décimée par le surendettement, un Pater Familias ayant utilisé son droit de mort sur les siens, mais nous sommes tous coupables, nous, membres de cette odieuse société de surconsommation.

Du silence de ma cadette en cet anniversaire de notre rupture de cinq longues années, de sa frimousse enjouée et de son bonnet rouge lors de notre dernière rencontre, il y a un siècle, avant qu’elle ne rompe les ponts. Du petit bracelet de naissance qui dort dans ma trousse et ne me quitte jamais. De ma décision de vivre, malgré tout.

Argent ! Argent ! Argent ! Le fol argent céleste de l’illusion vociférant ! L’argent fait de rien ! Famine, suicide ! Argent de la faillite ! Argent de mort !

Allen Ginsberg, in Poètes d’aujourd’hui, Seghers.

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 Je me souviens.

« De nos larmes et de l’effroi, de nos rires assassinés en ce 13 novembre 2015, de mon incommensurable chagrin devant la liberté souillée.

De la peur défigurant les visages, de ces hurlements, de l’innocence conspuée au gré d’une terrasse.

De nos marches au silence bouleversant, de ces bougies qui veillent, de l’union sacrée du monde devant Paris martyrisée. »

De cette structure cyclique qui a mutilé la Ville Lumière, de notre sidération, de la peur de mes enfants et des larmes de mes élèves, de la chanson « Imagine » entonnée en pleurant.

De Bamako et Tunis endeuillées elles aussi, de nos désespérances devant tant de victimes, et puis la terre, n’oublions pas la terre, qui se lamente aussi.

De la COP 21 qui passe presque inaperçue au milieu de tous ces bains de sang.

Si tu mérites ton nom

Je te demanderai une chose,

« Oiseau de la capitale » :

La personne que j’aime

Vit-elle ou ne vit-elle plus ?

Ariwara no Narihira, 825-879, in Anthologie de la poésie japonaise classique.

Place du Capitole, 14 novembre 2015
Place du Capitole, 14 novembre 2015

 

Je me souviens.

Du visage grimaçant de la haine et de la barbarie qui heureusement ne s’affichera PAS dans le « camembert ».

De nos piètres victoires, de mon pays où des jeunes votent comme des vieux aigris, de ma République en danger.

De toutes ces mitraillettes à l’entrée des églises, des santons menacés par les « laïcards » et par les djihadistes, d’un Noël au balcon, comme sous les tropiques.

De ces sabres lasers prétendument rassembleurs, quand tous ces geeks pourraient se retrousser les manches, réfléchir et agir.

D’une partie de croquet dans un jardin baigné de lumière et de douceur un 26 décembre, les maillets et les boules étant ceux de mon enfance allemande, le regard bienveillant de nos quatre grands-parents comme posé sur nous, microcosme familial dans le macrocosme de l’Europe si fragile, du monde si vacillant, de l’Univers si mystérieux.

De nos espérances.

De nos forces.

De nos amours.

Je me souviens de 2015.

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À la lumière de nos aïeux nous marchons.

Elle nous éclaire comme les étoiles de la nuit guidant le marcheur.

Al-Hutay’a, in Le Dîwân de la poésie arabe classique.

 

 

Enfin cette phrase, dédiée à tous ces disparus :

Je t’aimais. J’aimais ton visage de source raviné par l’orage et le chiffre de ton domaine enserrant mon baiser. (…) Aller me suffit. J’ai rapporté du désespoir un panier si petit, mon amour, qu’on a pu le tresser en osier.

René Char, La compagne du vannier.

 

 

 

Nativités

Nativités

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 Elle marchait dans la nuit noire, son ventre pointant vers le ciel sans lune. Il se tenait près d’elle, portant leur balluchon. Il observait la silhouette gracile, mais vacillante, et admirait la force et le courage dont elle faisait preuve malgré l’adversité. Nul ange cette nuit pour veiller sur leur route, nulle comète au ciel pour effacer leurs doutes. Ils étaient seuls dans la belle campagne entourant Bethléem, seuls, sans abri, alors même que Marie ressentait déjà les souffrances de l’enfantement.

La jeune femme s’accrochait au bastingage crasseux de ce qui se prétendait barque mais n’était qu’un rafiot sordide. Elle tremblait, non de peur, mais de froid, malgré la couverture moisie que son compagnon avait jetée sur son épaule. Elle pouvait sentir les petits coups de pied au creux de son ventre, et n’espérait qu’une chose : qu’elle soit sur la terre ferme avant l’arrivée de cet enfant…

Elle se tenait près du cadre du salon, devant la photo où ils se souriaient, heureux, dans ce jardin ensoleillé où s’égayaient leurs noces…Elle faisait rouler l’alliance autour de son doigt amaigri et ses larmes coulaient, silencieuses mers de sel, tant elle avait peur de partir vers l’hôpital sans lui à ses côtés. Leur enfant allait naître et ne connaîtrait pas le visage de son père, de ce père martyrisé en pleine allégresse musicale par un soir de novembre…

Quelques heures plus tard, elle hurlait, défigurée par la tristesse autant que par la souffrance. Mais chaque cri lui semblait délivrance, elle qui n’avait pas réussi à pleurer depuis les événements…Et lorsqu’enfin la sage-femme lui tendit sa petite fille, encore rosie et poisseuse, qui déjà de sa bouche avide cherchait le sein gonflé de sa mère, elle se sentit apaisée et libre, et comprit qu’elle serait forte pour deux, pour lui, pour leur fille qui grandirait heureuse, cadeau de la vie, malgré la mort. Elle la nommerait Nour, un prénom arabe qui signifie « lumière », pour dire au monde que la nuit n’y tomberait pas.

Elle avait vu couler la barque et se noyer des dizaines de gens, dans cette nuit infernale où les vagues devenaient ouragans, quand les enfants hurlaient et que leurs mères se débattaient en vain. Elle ne savait pas comment elle avait réussi à nager jusqu’au sable gris de cette plage déserte. Elle s’arc-bouta sous la lune et poussa, de ses dernières forces, et eut la joie d’entendre vagir son nouveau-né avant de jeter un dernier regard, déjà terni, vers des étoiles aveugles. La secouriste qui trouva l’enfant, encore accroché au ventre de sa mère, glacé mais vivant, le nomma « Moïse ». Sa mère fut enterrée dans l’immense fosse commune où gisaient les Migrants, sans même un nom pour marquer sa sépulture.

Il faisait presque nuit dans la grange, et si froid. Mais le souffle des bêtes apaisait la jeune femme, qui berçait l’enfançon dans ses bras tremblants. Joseph était parti chercher de l’eau à la rivière. Soudain, une lanterne vacilla à l’entrée de la hutte, et trois silhouettes se découpèrent dans le ciel bleuté de l’aube. Marie aperçut aussi une grande lumière, en deçà du Levant. Elle leva les yeux vers les trois hommes et respira le parfum de leurs présents, toute éblouie par les odeurs de l’Orient.  Elle sourit et leur présenta, heureuse, l’Enfant au nom de Dieu.

« un trou dans la nuit

subitement envahi par un ange »

Alejandra Pizarnik

(Arbre de Diane)

 

Il faudrait ne pas aimer Noël

Il faudrait ne pas aimer Noël

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« Il faudrait ne pas aimer Noël, savoir renoncer à ces cannelles folles et aux bougies du temps… »

Avoir cette liberté des contempteurs de fêtes, ce mépris des « gauchistes » pour toutes ces bombances, cette détestation morale pour les étalages éhontés de nos opulences occidentales.

Hélas. Moi, j’ai Noël chevillé au corps et à l’âme. Je suis une indécrottable enfant émerveillée, de celles qui fouillent tous les placards à la recherche des cadeaux, mes grands yeux n’attendant que ce moment magique où l’on retient son souffle entre les joues rosies avant que ne tinte la clochette annonçant le passage du vieux bonhomme en rouge…

Bon, d’accord, je vous le concède, j’aime toutes les fêtes, et, s’il ne tenait qu’à moi, je ferais aussi Hanoucca, le nouvel an chinois et l’Aïd ! Mais Noël possède à mon sens cette chaleur particulière, de celle qui rayonne depuis les vertes contrées de l’enfance comme un rappel toujours renouvelé des bontés de l’âme humaine.

Maman commençait les pâtisseries annuelles bien avant les fêtes, parfois plusieurs mois avant ! Les feuilles rougeoyaient encore dans les hêtraies lorsque notre cuisine se parfumait déjà de cannelle et de candy, quand ma mère confectionnait des boîtes entières de « Plätzchen » allemands, ainsi que la lourde brioche traditionnelle parsemée de raisins secs et fourrée de pâte d’amande, le « Stollen »…Nous décorions la maison très tôt, en particulier de la couronne d’Avent, tressée de véritables branches de sapin et ornée de rouge et or, au centre de laquelle quatre bougies étaient allumées les dimanches précédents Noël.

Certes, nous feuilletions les catalogues de jouets et rêvions à nos cadeaux, mais nous trouvions aussi la patience de regarder brûler ces bougies dominicales en écoutant des chants de Noël, tandis que parfois, durant les véritables hivers de ces années d’avant le réchauffement climatique, de doux flocons tourbillonnaient au dehors…

Nous respections la tradition germanique en ouvrions nos cadeaux le 24 décembre au soir, selon un cérémonial immuable, la fameuse clochette symbolisant le passage non pas du Père Noël mais de « Christkind », l’enfant Jésus, qui apportait donc nos présents. La stéréo s’époumonait de Tino Rossi ou de cantiques teutons tandis que des « bougies magiques » menaçaient d’incendier le sapin en crépitant de mille feux et que nous nous précipitions vers les « tas » éparpillés aux quatre coins du salon, nous, les quatre garnements impatients et émerveillés…

Je sais gré aux heures sup’ faites par mon cher père, à la générosité extrême de mes grands-parents allemands et aux seventies glorieuses de ces Noëls où nous étions royalement gâtés, entre jouets, manque-disques, livres, parfums, vêtements…, tandis que maman avait confectionné de petites assiettes de Plätzchen de mandarines et de Marzipan que nous montions ensuite dans nos chambres en même temps que nos « tas » de cadeaux…Je me rappelle de ce sentiment de toute puissance et de paix qui m’assaillait lorsque, couchée dans mon lit d’enfant, je contemplais mes trésors avant de m’assoupir…Sans doute était-ce là la vilaine flamme du méchant capitalisme triomphant qui menaçait de me consumer ; mais peut-être aussi la petite étincelle du don et du bonheur des partages…

Car très vite j’appris aussi à FAIRE des cadeaux, et je me souviens de cette petite améthyste montée sur un jonc d’or que maman et moi nous ré offrions chaque année en un joyeux échange !

Pas de messe de minuit chez nous, aucune nostalgie donc pour des soirées glaciales autour d’une crèche vivante, ou pour des pas feutrés sur la neige jusqu’à l’entrée illuminée de quelque chapelle…Nous mangions les sempiternels toasts de saumon, une « délicatesse » en ce temps-là, avant de regarder ensemble un programme consensuel…Je crois que j’ai vu mes premiers Parapluies de Cherbourg un 24 décembre, et, croyez-le ou non, je n’en suis toujours pas remise…Mais bon sang, pourquoi n’est-elle pas descendue de cette voiture avec la petite Françoise ?? J’en pleure à chaque rediffusion.

Le lendemain, nous partions à l’autre bout du département, fêter Noël chez mes grands-parents français. Point d’opulence ici dans la modeste ligne de cadeaux disposés dans le bureau de papi, au pied d’un petit sapin ; nous recevions des cadeaux « utiles », des encyclopédies, des dictionnaires, mais aussi tout l’amour de mamie qui confectionnait minutieusement ses fruits cachés de dattes et de pâte d’amande et ses festins royaux…

Il y eut aussi quelques Noël passés chez mes grands-parents allemands, encore plus brillants et lumineux, envahis de sensations, de parfums et d’étincelles, comme autant de lumignons de bonheur…J’ai une photo où cette petite fille aux joues rondes contemple une maison de poupées comme elle regarderait le monde, un univers entier rassemblé dans les rêves à venir…

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Plus tard, nous eûmes la joie de nous disputer joyeusement les « enveloppes » dans lesquelles notre cher père, devenu conseiller général, glissait de généreuses étrennes. Le grand jeu entre nous, les quatre grands enfants, consistait à se piquer les dites enveloppes ! Hélas, un jour arriva où chacun partit festoyer dans sa nouvelle famille, et rares sont à présent les années où nous arrivons à nous retrouver tous ensemble…

J’ai bien sûr reproduit les traditions. Je hurle de joie en voyant les premiers « Stollen » dans les rayons du LIDL –souvent dès la fin septembre !-, je m’abime les mains en confectionnant ma couronne d’Avent, je « m’éclate » à expliquer le Noël teuton à mes élèves, les abreuvant de recettes et organisant un dernier cours festif et coloré, et j’ai bien entendu fait briller les yeux de mes propres enfants au fil de nos innombrables Noëls, toujours anticipés par les chaussures mises devant la porte pour le 6 décembre, avec la Saint-Nicolas…

Pourtant, les choses ont bien changé…L’une de mes princesses boude depuis cinq ans, notre dernier Noël commun date de 2009…Il y eut aussi nombre de fêtes catastrophiques ces dernières années, entre les « spécial gastro » et différentes querelles, entre enfants aux humeurs belliqueuses et rancunières et parents ronchons ou aigris, le clou ayant été un 24 décembre où, une dispute ayant éclaté entre saumon et foie gras, je passais la nuit à tchatter avec un copain feuj qui me consola du mieux qu’il put (il faut dire qu’il est l’un de mes meilleurs amis depuis qu’il a coécrit mon mémoire de DEA sur la poésie de la Shoah et qu’il m’a abreuvée de James Blunt joué à la guitare au téléphone alors même que nous ne nous étions jamais vus, il y a dix ans) avant de partir « en juive », justement, dès potron-minet, me retrouvant le 25 au matin dans la gare désaffectée en compagnie d’un clochard ivre et de deux prostituées avinées, me jurant qu’on ne m’y reprendrait plus…

Mais je ne renoncerai pas. Je fêterai Noël jusqu’à mon dernier souffle, malgré le regard oblique de mon banquier et les remarques acerbes des pisse-vinaigre qui conspuent la société de consommation, malgré les solitudes et les rancœurs. Je penserai aux différents cadeaux des uns et des autres au fil des mois, les cachant ensuite dans quelque placard avant d’emberlificoter du fil doré autour de jolis emballages, et je m’époumonerai sur « Noël ensemble » en décorant le sapin.

Et puis j’installerai la crèche, qui, cette année, est veillée sur mon balcon par le doux sourire d’un bouddha, universelle et altermondialiste, parce que somme toute, ne l’oublions pas, Noël reste l’anniversaire du petit Jésus, et que de cela aussi je suis fière, comme de nos cathédrales, de nos vierges noires et des chemins menant à Compostelle. J’aime cette idée de faire partie de ces chemins millénaires au-dessus desquels scintillent des étoiles, bergères de nos vies.

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Enfin, j’attends encore celui qui m’emmènera marcher à Central Park avant de regarder tourbillonner flocons et new-yorkais sur l’immense patinoire, tandis que des christmas carols retentiront à tous les coins de rue, avant que nous ne dînions, moi dans ma robe fourreau de velours rouge, au coin de la cinquième avenue…Quand je vous dis que je suis optimiste et que je crois au Père Noël…

http://sabineaussenac.blog.lemonde.fr/2013/12/24/lorsque-lenfant-parait/

Il faudrait ne pas aimer Noël

Savoir renoncer à ces cannelles folles et

aux bougies du temps. Le sapin en Ardennes, statue de

Commandeur.

Loin des arcades deviner

éternelles Abyssinies.

Il faudrait ne pas aimer Noël.

Une poupée à Auschwitz, plus tard, ses yeux

de pierre vide. Osselets de ma mémoire et, au loin :

les fumées.

http://www.refletsdutemps.fr/index.php/thematiques/actualite/item/opinion-le-noel-des-personnels-et-autres-creches

Sainte-Lucie, fêtons la lumière!

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Le voici revenu, le temps de la lumière,

Celui qui nous rend beaux, celui qui nous rend frères.

Le vent souffle et les eaux en nos villes déferlent,

Mais tels mille palais nous décorons chaumières.

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Quand les suies de novembre font des vies des scories,

Et que des brumes blêmes les lambeaux nous étiolent,

Nous saurons ravauder lumignons et bougies,

Petites mains de l’ombre devenues cent lucioles.

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Il faudra aux fenêtres piquer tant de lampions

Que la lune pâlira devant nos ribambelles,

Et que l’étoile au ciel, devenue vain fanion,

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Sourira de nos nuits qui se font étincelles.

Tu tiendras ma couronne et me dira ton ange,

Quand en Sainte-Lucie je t’offrirai mes hanches.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Sainte-Lucie_(f%C3%AAte)

Le Noël des personnels et autres crèches…

 

 

 

Le Noël des personnels et autres crèches…

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http://www.bernis.fr/fr/actualite/42965/noel-personnel-communal

Lorsque j’étais enfant, papa m’emmenait toujours au « Noël des personnels » de son lycée. Je possède encore cette photo où, inquiète, je lève les yeux vers un Père Noël qui visiblement m’impressionnait énormément. Mais je me souviens aussi des cadeaux au pied de l’immense sapin installé dans le hall, tout comme j’ai en mémoire les classes décorées d’étoiles de notre école primaire, et les beaux bricolages de mes enfants lorsqu’ils étaient en maternelle.

Et les crèches…Ma grand-mère française me prenant par la main pour me montrer les joues roses de l’enfançon couché devant l’église, et mon père, il y a quelques années encore,  emmenant mes enfants en voiture faire le tour des crèches illuminant la petite ville paisiblement blottie dans les senteurs de Noël…D’aussi loin que je me souvienne, un immense sapin a aussi toujours dominé les places des nombreuses villes dans lesquelles j’ai habité : La Place Ducale de Charleville, le Vigan, à Albi, la Place du Capitole dans ma Ville Rose, la place de Jaude à  Clermont-Ferrand…Orné d’une étoile guidant les enfants vers leurs rêves, il veillait sur cette atmosphère souvent, c’est incontestable, trop commerciale, rappelant aux petits et aux grands l’origine sacrée de cette fête millénaire…

Ça, c’était avant.

Avant que des femmes ne viennent voiler nos libertés occidentales de leurs niquabs grillageant le soleil, avant que des petites filles de sixième ne refusent d’aller à la piscine sous prétexte que les garçons de leur classe iraient aussi, avant que la religion ne devienne un enjeu sociétal et n’obsède nos gouvernants, et, je le conçois, à juste titre, car je suis la première à m’inquiéter des multiples dérives qu’implique l’islamisation à outrance de nos sociétés, entre les cantines hallal et le petit guide du patient musulman, entre l’exportation du conflit judéo-palestinien et les souffrances extrêmes des jeunes filles issues de l’immigration, soumises à des mariages forcées, à l’interdiction de la jupe, etc, etc. Mais mon propos en ce deuxième Avent n’est PAS de hurler avec les loups du FN, non, je voudrais simplement mettre en garde le Législateur.

Car lorsque j’entends toutes ces polémiques autour des crèches qui n’auraient plus leur place dans l’espace public, je m’inquiète. Tout comme je ris sous cape en voyant fleurir, aux quatre coins de l’Hexagone, des manifestations autour de la Nativité qui, elles, ne semblent pourtant déranger personne…

http://www.letelegramme.fr/morbihan/lanester/marche-de-noel-le-personnel-municipal-en-fete-samedi-13-06-12-2014-10452162.php

Et il suffit de regarder en arrière pour se souvenir de l’harmonie et de la quiétude dans lesquelles nous vivions, en bonne entente avec les autres communautés religieuses. Force est de constater que la communauté juive, par exemple, n’a jamais interféré d’une quelconque façon sur le « Noël » français. Il existait même une connivence autour de nos sacralités communes, Noël et Hanoukka étant célébrés à quelques semaines d’intervalle. Les bouddhistes, attendant joyeusement leur Nouvel An chinois, n’ont jamais non plus omis de réserves au sujet de la fête de la Nativité. Quant aux athées, je ne pense pas qu’ils soient nombreux à « boycotter » Noël…Il est évident, même, que la plupart des citoyens français considèrent cette fête comme une simple « tradition » et empiètent le pas à ces réflexes commerciaux et familiaux, ayant bien souvent oublié le fameux « esprit de Noël » au profit des orgies gustatives et dépensières qui, entre chapon farci et IPhone 6, ont depuis longtemps relégué l’histoire de la naissance de Jésus dans cette modeste paille au rang de vague légende presque effacée des mémoires…

Longtemps, en témoignent les joutes joyeusement relayées par la littérature et le cinéma, les Pepone et  les Don Camillo se sont livrés à de petites querelles de clocher bon enfant, la figure tutélaire du Curé et celle de l’Instituteur à la Pagnol organisant théâtralement une France aux deux visages, dans laquelle les « Laïcards » bouffaient du curé tandis que ce dernier veillait sur des fidèles de plus en plus clairsemés, de l’Angélus de l’aube à l’Angélus du soir ; le Français en avait pris son parti , jonglant lui aussi avec la tradition, Janus d’un jour lorsqu’il s’agissait de faire bonne  figure catholique en traînant ses sabots devenus  Louboutins à la Messe de Minuit avant de plonger dans le foie gras et les huitres…Aucune polémique ne venait entacher l’espace public, hormis celle des contempteurs de fêtes qui en appelaient à l’ascèse et critiquaient les dérives commerciales, mais qui ne pesaient pas lourd face aux yeux brillants des enfants du monde entier !

Car Noël, n’en déplaise à ses détracteurs, est bien célébré aux quatre coins de la planète, et ce depuis plus de 2000 ans. Des bikinis australiens relevés par un joli bonnet de Père Noël aux chants sacrés du Noël orthodoxe, des gospels des petites églises baptistes aux cadeaux offerts par les familles musulmanes françaises à leurs enfants « pour qu’ils puissent eux aussi profiter de la tradition », -du vécu, je vous le promets-, la fête explose, illuminant les cœurs des hommes. Et en France, avant cette fameuse –et indispensable- loi sur la Laïcité, nous fêtions Noël, laissant nos amis juifs construire leurs cabanes pour Souccot, et nos amis musulmans égorger leur mouton pour l’Aïd, et les rayons des grands magasins se gorgeaient de cornes de gazelles à ce moment-là, et, l’un dans l’autre, tout le monde y trouvait son compte.

Je souhaiterais que la loi sur la Laïcité reste à sa place.

C’est bon, nous avons compris son message essentiel : pas de voile sur les photos de passeport, pas de crucifix dans les salles de cours, pas de buddha géant sur les places- euh…il y en a eu, un jour ?- c’est simple, direct et efficace.

Toute dérive supplémentaire devrait être honnie.

Les maires FN s’appuyant éhontément sur ce texte pour exclure des enfants musulmans des cantines devraient être voués aux gémonies électorales. Mais les maires Front de gauche ou prétendument dans l’air du temps en exigeant de bouter les crèches hors du Royaume de Navarre en arguant qu’elles n’y ont plus leur place exercent un abus de pouvoir ; ils confondent tradition et religion, et, si on écoute leur discours sectaire, dans quelques années, ils demanderont aussi l’abolition des « illuminations » de Noël, voire la suppression des jours fériés, voire même l’abandon des traditions culinaires.

Sus à la bêtise liberticide de quelques élus confondant tradition séculaire et rites religieux, élus qui sont les premiers à se taire lorsque une jeune femme juive est violée et rançonnée parce qu’appartenant à la communauté israélite ou à demander que les associations juives ne puissent pas manifester à Toulouse-du vécu- aux côtés des associations antiracistes…Élus qui sont les premiers à exiger des droits pour les étrangers issus de l’immigration, élus qui depuis 30 ans martèlent « touche pas à mon pote ! » tout en sapant les traditions culturelles françaises, élus qui accueillent à bras ouvert la « diversité » mais ne luttent pas contre l’antisémitisme et se taisent devant les massacres de chrétiens.

Cette année, les deux établissements scolaires dans lesquels j’exerce, l’un en tant que « personnel rattaché », l’autre en tant que professeur, organisent un « Noël des personnels ». Sont-ils hors-la-loi ? Comme les millions de Français qui emmèneront leurs bambins aux joues rosies par l’excitation au « Noël des impôts », ou au « Noël de la Mairie » ? Ouvrez les yeux, Monsieur le Législateur, et laissez-nous chanter les cantiques de nos enfances, et pas seulement dans le silence feutré des églises ! Laissez les sapins se dresser, pleins d’étoiles, laissez les gens se prendre dans les bras, laissez les marchés de Noël scintiller de gourmandises, et laissez les santons avancer vers la Sainte-Nuit de Noël ! Hier, à Toulouse, devant mon majestueux Capitole, une chorale baptiste était là, en accord avec la Municipalité, au cœur du vin chaud et des badauds ravis, applaudissant les gospels : était-ce un crime ?

Non. Car si vous interdisez les crèches, il faudrait AUSSI interdire :

  • Les Marchés de Noël envahissant l’espace public
  • Les « Arbres de Noël » des personnels
  • Les décorations des villes

http://www.luchonmag.com/VIDEO-Debut-des-Pastorales-de-Nadau–ce-week-end_a480.html

 Etc, etc…

Et, à ce compte-là, il faudrait aussi interdire les prédicateurs qui arpentent les places en brandissant des versets du Coran et demandent de l’argent pour des Mosquées-tous les dimanches, aux Puces de Saint-Sernin et, j’imagine, partout en France…

Nul n’a le droit de nous priver de Noël.

Cette fête est une fête du PATRIMOINE CULTUREL français. Et je demande dès aujourd’hui son classement au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Suis-je bête : Noël est…déjà classé au patrimoine mondial !!

http://www.unesco.org/culture/ich/index.php?lg=fr&pg=00011&RL=00865

PS: ce vieux texte, écrit dans « Le Post »…

http://archives-lepost.huffingtonpost.fr/article/2011/12/23/2666816_bon-anniversaire-p

Le ventre tendu de la femme faisait encore ressortir sa maigreur. Son visage émacié, défiguré par la peur, ressemblait à quelque masque antique. Les soldats entouraient le petit groupe de réfugiés, parlaient fort, hurlaient en faisant des mouvements brusques avec leur kalachnikovs. Deux fillettes avaient déjà disparu depuis la veille. Tout le monde savait ce qu’il était advenu d’elles, jetées en pâtures aux mercenaires assoiffés de vengeance…

Elle recula à petits pas. Son compagnon, qui avait réussi à échapper à la vigilance des soldats, embusqué derrière un buisson desséché, lui faisait de petits signes. Elle parvint à le rejoindre, et ils quittèrent le camp, passant de tente en tente.

Le lendemain, l’homme réussit à trouver un abri. Une case abandonnée, dans un village fantôme. Il avait même récolté quelques feuilles de bananier, qu’il déposa délicatement sur une couche de terre. La famine et la guerre avaient décimé toute vie. Mais lorsque la jeune femme revint, après s’être longuement accroupie sous l’unique arbre du village, seule, sans un mot, serrant l’enfant dans ses bras minces comme des fétus, l’homme sourit.

Il coucha le nouveau-né sur les feuilles, et vit soudain arriver trois enfants, les mains chargées de présents : une bouteille d’eau pour sa compagne épuisée ; un linge pour recouvrir le bébé ; une galette de mil pour lui.

Au ciel d’ébène si pur du Soudan dévasté, une étoile soudain se mit à scintiller. Aminata commença à chanter une douce mélopée. Sur le chemin qui menait vers la brousse, des dizaines de villageois étaient déjà rassemblés, sans peur et sans haine. La vie était revenue.***

La ville hurlait et bruissait et criait et grondait. On avait l’impression de vivre dans quelque cauchemar. Ou plutôt d’y mourir.

Mary gémit. Elle errait depuis des jours et des jours, de foyer en foyer. Jo, son ami, à bout de forces, lui aussi, toussait à perdre haleine. Ils avaient épuisé toutes leurs réserves, et la jeune femme sentait que sa délivrance était proche.

Soudain, elle eut une idée, et enjamba simplement une balustrade. Voilà. C’était là. Elle accoucherait dans Central Park. Elle eut le temps de demander de l’aide à une passante bienveillante, puis s’enfonça dans la nuit, suivie de son compagnon et de leurs chiens.

Jo réussit à crocheter la serrure de la vieille cabane de l’abri aux oiseaux. Il était temps. Mary s’effondra à même le sol, prise de douleurs. Leurs deux chiens se postèrent près d’elle, et il sembla à Jo que leurs corps efflanqués faisaient comme un rempart de dignité à son épouse.

Lorsqu’il tint le nouveau-né dans ses bras, au-dessus du braséro de fortune, alors que Mary se reposait un peu, il vit soudain comme un arc-en-ciel se dessiner dans la nuit new-yorkaise. Et cette lumière se confondit avec celle des phares de l’ambulance des services sociaux.

La neige avait déjà recouvert leurs traces, mais l’infirmier noir lui sourit en le félicitant. Il raconta en riant qu’une foule étrange s’était rassemblée devant les grilles, agenouillée et recueillie. « Hey, men, it’s amazing ! Is this boy the Lord ? My goodness, hey, I’m a muslim ! Shit ! »***

La mer, la mer allait revenir. C’était ce que sa grand-mère criait toutes les nuits, dans ses cauchemars. Mais Mako savait bien que ce n’arriverait plus. Elles étaient parties bien loin de la côté dévastée et de la Centrale…

Jôgo n’allait pas tarder. Mais Mako savait que les nouvelles seraient mauvaises ; elle avait entendu le poste. La radioactivité ne laissait pas de répit à leur avenir.

Et pourtant son ventre était rond comme un bol de thé retourné. Et elle sentait que le bébé allait naître, aussi sûrement que reviennent les fleurs de cerisier au printemps…

Jôgo et sa jeune compagne avaient perdu tous les leurs. Ils étaient seuls, et veillaient sur leur ancêtre. Cette nuit là, alors que la lune rouge éclairait le paravent, Mako poussa de toutes ses forces, comme le vent avait poussé la mer. Mais cette fois, c’est la vie qui revenait.

Des voisines arrivèrent au matin, en soques de bois et kimonos traditionnels, offrant à la jeune mère du riz parfumé, une branche de cerisier et un cerf-volant.

Elles racontèrent que des villageois s’étaient rassemblés durant la nuit, guidés par une étrange étoile. Il se murmurait que l’Empereur du Ciel était de retour. Au somment du mont Fuji, une neige immaculée berçait l’aube de ses tendresses.

Et de pays en pays, de ville en ville, de solitude en désert, de détresse en souffrance, la vie va et vient, en dépit des guerres et des hostilités ; et depuis plus de deux mille ans, des souffles chauds et des présents sont échangés au-dessus des couches de misère, et depuis plus de deux-mille ans, des étoiles guident les hommes vers des espoirs de paix.

Celui qui croit au ciel et celui qui n’y croit pas restent frères. De Fukushima au pays d’Obama, au Sodan, en Corée ou à New York,  et ce depuis la nuit des temps…Les femmes font des enfants, au plus profond des camps et des barbaries, et les hommes élèvent et protègent ces petits êtres, et tant que des bébés naîtront, envers et contre tout, au plus noir d’une nuit de décembre, au cœur des haines et des persécutions, alors des étoiles nouvelles apparaîtront dans le ciel de nos terres.

Il est né, le Divin Enfant.

Happy Birthday, Djéseuss !!!!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

24 poèmes pour l’Avent!

Venez partager le calendrier de l’Avent poétique!

Dix décembre:

 

A4 Je me souviens du Petit Chose

 

Neuf décembre:

A4 Elle sera

 

Huit décembre (en retard, fiston malade!)

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Sept décembre, deuxième Avent!

 

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Six décembre, Saint-Nicolas!

A4 la peau douce A4

Cinq décembre!

L’enlèvement au sérail A4

Quatre décembre:

 

4A Je suis ta petite Françoise Sagan

Trois décembre:

A4 prends soin mon amour de la beauté du monde

Deux décembre:

A4 Cent roses blesséesmini

sainte lucie A4

Retrouvez-moi chaque jour, à partir du premier décembre, pour partager le calendrier de l’Avent poétique! Je posterai un texte et serai ravie d’y lire les vôtres! Je lirai tous les jours les commentaires et afficherai vos textes!!

Donnez aussi les liens vers vos œuvres, puisque Noël approche à grands pas! Ainsi, nous aurons une belle vitrine poétique comme autant de flocons de mots…

N’hésitez pas à diffuser cette farandole, et retrouvez-nous aussi sur la page Facebook de l’événement:

https://www.facebook.com/events/341852362684164/?fref=ts

Premier Avent!

Il est venu le doux temps de l’Avent

Humez frissons oyez clochettes

Joues cramoisies des petits enfants

Soleil timide tapi en sa cachette

Il est venu le doux temps du sapin

Piqué au vif par mille boules mises

Au gré des rires de tant de beaux lutins

Tout juste descendus de leur blanche banquise

Il est venu le doux temps des bougies

Lumignons vacillants à fenêtre embuée

Que la lumière soit en nos cœurs assagis

Et que nos mains tendues soient fête partagée

Il est venu le doux temps des parfums

Vin chaud cannelle sombre cardamone et gingembre

Mon marché de Noël ma maison aux embruns

Le pain d’épice aura sa belle couleur d’ambre

Il est venu le doux temps des vœux

Cartes anglaises dentelées étoiles scintillantes

Ressortons nos stylos faisons pause un peu

Amis perdus ou très chers retrouvons les ententes

Il est venu le doux temps des cantiques

Chérubins carillons angelots glorifiés

Lançons alléluias dans toutes les boutiques

Ecouter Sinatra c’est le jazz sanctifié

Il est venu le doux temps des Rois Mages

Et puis le Père Noël et le Saint-Nicolas

Rudolf le petit renne sage comme une image

C’est l’anniversaire du p’tit Jésus et ils seront tous là

Il est venu le doux temps de Noël

Ors profonds flocons fous et guirlandes

Emmitouflés dans douce ribambelle

Aimons-nous sans faiblir faisons fleurir Sahel.

 

 

 

Noël en cours d’allemand:) Un avant-goût depuis la Ville Rose…

Frohe Weihnachten! Bientôt Noël, la plus grande fête allemande!


Dimanche, ce sera le premier dimanche de l’Avent: en effet, en Allemagne et dans les pays de langue allemande, on est déjà dans l’atmosphère de Noël, la fête la plus importante de l’année, dès ce jour-là. On fabrique une couronne en sapin, ornée de quatre bougies qui seront allumées une à une, chaque dimanche, jusqu’à Noël:
Le 6 décembre, on fêtera aussi la célèbre « Saint-Nicolas »! Les enfants mettront leurs chaussures devant la porte de leur chambre, et, s’ils ont été sages, ils recevront des sucreries et des cadeaux. Attention, ce n’est pas comme en Belgique, où l’on célèbre Noël par anticipation ce 6 décembre; mais c’est une tradition importante, et parfois, même, les enfants recevront une petite surprise tous les matins…http://gfvimoutiers.pagesperso-orange.fr/Coutumes/noel.de/nikolaus.html
Mais…ce n’est pas tout! Les enfants allemands adorent aussi ouvrir les petites fenêtres de leur Calendrier de l’Avent: der Adventskalender. Ainsi, chaque matin, on ouvre une petite fenêtre derrière laquelle se cache un chocolat!
Nous partagerons bien sûr cette ambiance festive au collège! Je vous ai déjà acheté quatre calendriers, un par classe, et, dès lundi, nous terminerons chaque cours (si vous avez « été sages »!!) par un quizz; et les chocolats seront distribués…Attention, si la classe a un comportement dérangeant… le chocolat du jour sera offert…à un professeur wink!smiley
Les thèmes des quizz:
– En troisième: savoir donner des noms de pays en allemand
– En quatrième: trouver des villes allemandes
– en cinquième: trouver des noms d’animaux, d’arbres, de fleurs
– en sixième, puisque vous l’avez appris avec notre assistante, les aliments!
Nous préparerons aussi une petite fête de fin d’année -une par classe!- mais attention, seulement si VOUS apportez des pâtisseries de Noël faites maison, les fameux « Plätzchen »!
Je vous donnerai bientôt de délicieuses recettes! Comme:
Bien sûr, nous apprendrons aussi un chant de Noël, comme:
Enfin, pourquoi ne décorerions-nous pas notre belle salle , déjà enrichie par vos exposés, de quelques touches de couleurs, avec des guirlandes, ou même une couronne d’Avent?
Pour terminer, je vous signale que vous trouvez, de nos jours, des sucreries de Noël allemandes dans de nombreux magasins, comme le « Marzipan » -pâte d’amandes entourée de chocolat-ou le « Stollen », (le gâteau de Noël), ou comme des pains d’épices. Vous en trouverez à très bon prix dans la chaîne de magasins LIDL-d’origine allemande- mais aussi d’excellente qualité dans la boutique « Heimat », à Toulouse, qui offre, dans un très joli cadre familial, de superbes choix de gâteries de Noël, en plus de toutes les denrées en provenance d’outre-Rhin!
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