Pour la Place Ducale où m’attendait Rimbaud…

Pour la Dame Garonne qui serpente toujours, pour la croix qui harponne notre beau Capitole, pour le soleil d’été sur nos briques en amour, pour l’Histoire en toits roses qui fait des cabrioles,

Bonne année aux amis de ma Ville Rose !

Pour le vaporarium où fument les passés, pour les monts enneigés qui nous sont espérances, pour soleil aux estives et miracles en névés, parce que nos Pyrénées ressemblent à une danse,

Bel an nouveau aux amis montagnols !

Pour Berlin qui résonne d’une histoire nouvelle, pour tous mes beaux étés d’une enfance arc-en-ciel, pour les pâtisseries, le Strudel et la bière, pour ma chère Allemagne dont souvent je suis fière :

Ein frohes neues Jahr à tous mes amis d’outre-Rhin et Danube !

Pour les avions qui volent vers le beau Saint-Laurent, pour les rouges et les ors des forêts de l’automne, pour les bleuets d’été qui font les tartes bonnes, pour le sirop qu’on mange entre amis en jasant,

Belle année neuve aux amis du Québec !

Pour le miel et le lait et les gefilte Fish, pour tant de violons dansant dans les ghettos, pour les chants séfarades et tous les Loubavitch, pour ma Yerushalaim aux senteurs d’abricots,

Chana tova à tous mes amis juifs !

Pour nos frimousses douces quand nous étions enfants, pour la Place Ducale où m’attendait Rimbaud, pour nos mères allemandes qui partageaient gâteaux, parce que la vie est belle comme un immense chant,

Bonne année aux amis des Ardennes !

Pour mon Alger la Blanche et les monts de l’Atlas, pour la voix de Fairuz qui allume le ciel, pour mille et une nuits où la voix se fait miel, pour Tunis et Beyrouth, pour nos voisins d’en face,

عام سعيد à tous mes amis du Maghreb !

Pour la brique et l’Autan qui bercèrent l’enfance, pour le Parc Rochegude et la nef haut dressée, pour les rocs du Sidobre où les fées caracolent, pour toute ma mémoire en pastel farandole,

Bel an nouveau à mes amis Tarnais !

Pour les tambours du Bronx et pour Geronimo, pour Tara reconstruite et pour chaque Stetson, pour mon cœur à jamais qui au bayou résonne, pour le jazz, la country, et même pour Macdo…

Happy new year pour tous mes amis américains !

Pour les collines douces qui flamboient en été, pour le foie gras divin et le bon Tariquet, pour l’ocre de la pierre qui dresse cathédrale, pour tous les souvenirs qui miroitent en cristal,

Une merveilleuse année aux amis gersois !

Pour le Parc Montsouris où m’attendent allumettes, pour cette Tour Eiffel qui la nuit caracole, pour garder en mémoire l’oral aux Batignolles, pour s’y trouver un jour en une immense fête :

Que 2018 illumine Paris et tous mes amis parisiens !

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Feu d’artifice à Paris.

Faites donc cette pause tant méritée : une Pause Guitare !

 

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Je me souviens.

De la chaleur vibrant sur la brique enflammée.

Des cris d’enthousiasme balayant l’espace de « Pratgrau’ », des silences précédant les applaudissements frénétiques devant la basilique, ou au Grand-Théâtre quelques années plus tard.

Des hirondelles tournoyant au-dessus de l’eau languissante du Tarn.

Du sourire de Laurent Voulzy lorsqu’il m’a prise par le bras.

Des ruelles enfiévrées d’allégresse et riant jusqu’au bout de la nuit, entre Palais de l’Évéché et cloître Saint-Salvy…

D’une demande de mariage au concert de Kenji.

Des grands arbres murmurant l’été, lovés dans l’écrin du superbe Parc Rochegude.

https://www.facebook.com/sabine.aussenac/media_set?set=a.10204749610676964.1073741863.1138188420&type=3

L’image contient peut-être : nuage, ciel, arbre et plein air

De cette soirée passée à m’enivrer d’accent québécois, les jambes encore flageolantes d’avoir tant dansé sur les rythmes celtiques, sur ce banc, grisée par l’odeur des tilleuls et par le sourire du « Conteux »…

Tous les Acadiens, toutes les Acadiennes

Du chapeau de Dylan, de l’air guilleret d’Hugues Auffray du haut de ses innombrables printemps, des coiffures folles des Shaka Ponk, des scènes alternatives bondissantes, de la passion de Sting, des tendresses de Bénabar, de l’air mutin de Camille…

Des petits matins aux couleurs de fête quand, encore embuée de notes bleues et de vacarme, je me délectais d’un café en observant l’été éclater peu à peu comme une grenade mûre, rafraîchie par la fontaine du Vigan…

De la longue conversation avec celui qui deviendrait mon ami, mon si cher Zachary Richard, quand d’une simple interview naît la passerelle entre l’ancien et le Nouveau monde, au gré des étincelles de la francophonie.

Je me souviens de tout cela, et je lis avec un intense bonheur la programmation de Pause Guitare 2017, en vous invitant à vous précipiter sur les réservations de ce fabuleux festival qui fait de la ville rouge l’une des places-fortes de l’été musical.

Courez !

Car comme l’annonce la prod, « Pause Guitare est un événement de premier choix à vivre pleinement au cœur de l’été, pour ceux qui aiment la musique, la découverte et la flânerie… La programmation décline ses atouts entre la grande scène « Pratgraussals » au plein coeur d’un grand parc, dans les rues de la charmante ville quelques bars et scènes « Les amis du jour d’oeuf », la « Caravane du Vladkistan » accueillent les concerts découvertes et gratuits, enfin des espaces à l’ombre du soleil et des étoiles comme Le Théâtre des Lices, L’Athanor et Le Grand théâtre proposent des spectacles plus intimes.

Entre patrimoine et musiques actuelles, entre concerts gratuits en centre-ville et grande scène en pleine nature, Pause Guitare offre une aventure dédiée à la culture et au bien-être. »

Vous ne saurez plus où donner de la tête, entre les barbes imposantes des ZZ Top, la voix envoûtante de Vianney, les fêlures douces de celle de notre cher Adamo, les couleurs chaudes de la Femme Chocolat, les drilles enivrantes de Christophe Mae, le regard immense de notre inénarrable Renaud, sans oublier tous les autres artistes connus ou en devenir à découvrir sur la programmation, qui se partageront entre les différentes scènes…

Certes, la soirée de dimanche est complète, mais il reste des places pour les autres événements, et l’organisation vous surprendra, avec ces navettes pour rallier les différentes villes du Tarn, les délicieuses possibilités de restauration, et bien entendu la possibilité de profiter de votre festival pour (re)découvrir les tableaux du peintre fol au Musée Toulouse-Lautrec et pour admirer l’imposante nef de la majestueuse basilique Sainte-Cécile, voire même pour pousser votre curiosité jusqu’au village d’artistes niché au cœur du Moyen-Âge, Cordes sur ciel…

Pour réserver:

http://pauseguitare.bleucitron.net/

 

Faites donc cette pause tant méritée : une Pause Guitare !

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http://www.huffingtonpost.fr/sabine-aussenac/oyez-bonnes-gens-les-miracles-sont-de-retour/

Le vide est rempli par tes paroles…Pour Zachary Richard, chantre acadien de la Francophonie

Le vide est rempli par tes paroles…Pour Zachary Richard, chantre acadien de la Francophonie

Le vide est rempli par tes paroles…

 

20150710_201645

(en réponse à ce mot:  « Je te lis avec un plaisir qui est augmenté par le fait que le vent s’est calmé dans cette période habituée aux ouragans, et il me manque. Ce vide est rempli heureusement par tes paroles. Merci. » )

 

-hommage à mon ami, le chanteur Zachary Richard, à l’occasion de son anniversaire…

https://www.youtube.com/watch?v=m9WF4C0jRLg

Là-bas, au fin fond des bayous de Louisiane,
s’entrelacent moiteurs comme on aime une femme.
L’eau dormante frissonne, caressée par le temps,
et tu chantes les dormances de l’oiseau
voyageur de ta voix étonnement
douce, comme un ricochet dans les
verts éclats des mousses émeraude.

Là-bas, au fin fond des bayous de Louisiane,
les eaux folles des méandres épousent les
galions du vent et les rumeurs océanes :
les déferlantes ensauvagent l’espace, le lit
défait du fleuve est comme bataille
amoureuse, et au milieu coule ta voix rocailleuse qui
cogne et canonne contre
ouragans et marées noires, récif de beauté et d’espérance.

Ici, bien loin des bayous de Louisiane,
je n’ai qu’à glisser le cercle argenté dans le lecteur
d’émotions pour revoir tes mains parcourant
l’accordéon qui danse, tes yeux dardant
un public en transes, ton sourire comme un arc-en-ciel
en épousailles d’infini dans l’épure des temps.
Et ta voix me berce, archet promenant
la fougue ou la tristesse des violoneux en goguette,
resplendissante révolte des Marrons ou
tendre onyx de mille hirondelles.
Alors, émerveillée comme une enfant qui verrait
les étoiles, je marche à tes côtés sous vos grands arbres ployant
vers notre mère, la Terre, et te souris.

-hommage à mon ami, le chanteur Zachary Richard, à l’occasion de son anniversaire…

https://www.youtube.com/watch?v=tKGQmEMBsiI&index=25&list=PLnFWCyihzhw8iZCZu6x1xy72kAxvTB1w1

https://www.youtube.com/watch?v=P6DZci4zy0A

https://www.youtube.com/watch?v=XSfFDl5AQkA&list=PLnFWCyihzhw8iZCZu6x1xy72kAxvTB1w1&index=13

http://www.zacharyrichard.com/francais/concertsetnouvelles.php

http://www.zacharyrichard.com/francais/poesie.php

https://www.youtube.com/watch?v=3_AescSs6GA&list=PLnFWCyihzhw8iZCZu6x1xy72kAxvTB1w1

***

La poésie, c’est la chanson sous la guitare…Rencontre avec Zachary Richard

http://www.oasisdesartistes.org/modules/newbbex/viewtopic.php?topic_id=213830&forum=2

Quand la Librairie Privat se fait Malouinière aux briques roses…#Marathondesmots

Quand la Librairie Privat se fait  Malouinière aux briques roses…

L’image contient peut-être : une personne ou plus, personnes debout, ciel et plein air
Sur les remparts de Saint-Malo…

Le cœur de l’Afrique bat au rythme de ce douzième Marathon des Mots. Et ses métissages bariolés se tissent au fil des récits, des lectures et des conférences…

Ce soir, bien en deçà des Tropiques, c’est la Bretagne qui a vogué vers nos briques roses, bercée par la goélette poétique de Yann Queffélec et de Patrick Poivre d’Arvor, dans la jolie cave aux mots de la librairie Privat ; et avec elle c’est tout un océan qui a salé Dame Garonne, improbable et délicieuse rencontre de deux grandes régions du pays de France.

Un véritable mascaret d’images a donc déferlé vers la Ville Rose. Les histoires croisées des deux écrivains voyageurs nous ont conté les fées des grèves et les embruns, les terres aux calvaires de granit rose et les noirceurs de l’Ancou. Complices de toujours, nos deux Bretons, l’un de sang, l’autre de sol, répondirent aux judicieuses questions du modérateur en un beau chiasme érudit et simple à la fois, l’incomparable douceur de la voix familière de Patrick contrastant agréablement avec le timbre âpre et profond de la voix de Yann, aussi sonore qu’une corne de brume.

Elle est là, la magie de notre Marathon des Mots ; dans le mystère de ces jardins extraordinaires qui naissent en quelques riches heures, quand la littérature s’incarne soudain en réalité, tous les imaginaires volatils solidement amarrés à un anneau comme péniche en Canal, voyages immobiles offerts au marathonien ébloui d’immenses.

Oubliant l’Autan pour rencontrer le vent d’ouest, nous voilà, petit peuple de Toulouse, à escalader le Grand Bé ou à troquer nos espadrilles contre une promenade en « ondine », dégustant les enfances de nos deux compères comme nous aimerions une glace au caramel au beurre salé. Et quand Yann a lu quelques pages du roman de son père, Henri Queffélec, Un recteur de l’île de Sein, évoquant les rigueurs austères de ce pays où il fait beau, certes,  « plusieurs fois par jour », mais où les hommes ont appris à lutter contre les éléments, le front de Patrick s’est froncé au récit des morts enfantines, en symbiose fraternelle avec le deuil éternel des parents orphelins.

Et nous aussi nous sentions en cousinades, quand nos écrivains racontèrent l’outrage fait à la langue bretonne honnie par les raideurs administratives. Notre Occitanie a vécu les mêmes ravages de l’uniformisation, et nos grands-pères aussi furent bâillonnés et privés de l’usage de leurs patois, avant que les calendrettes méridionales ne fassent écho aux écoles Diwan pour rétablir l’honneur des parlers perdus…

Je me demandais, justement, l’été dernier, au retour du FIL de Lorient,  pourquoi cette âme celte résonne si fortement dans les cœurs de millions de Bretonneux dispersés au gré du globe, quand notre culture occitane ne dépasse guère les frontières pyrénéennes ou les Monts de l’Aubrac…Nos invités nous décrirent la diaspora, fracture et lien à la fois, immense souffrance de ces Bretons expatriés, de la Galice en Acadie, mais aussi secret de la formidable liesse fédérative de ces peuples celtes qui aujourd’hui encore font exploser leurs retrouvailles, à grands coups de bagads et de biniou, de cornemuse et de Far Breton, quand notre « Qé Canto » a bien du mal à se chanter au-delà de Brive, malgré les talents d’un Nadau…

Pourtant, nous en avons, nous aussi, des légendes et des rivières, des granits et des fées, et nos forêts de la Grésigne ou de Buzet valent bien Brocéliande…

Je me souviens souvent du granit du Sidobre

Mais je suppose qu’il nous manque, à Toulouse, l’essentiel, malgré Dame Garonne qui ondule d’aise comme femme avenante : même si nous vivons à quelques encablures de Mare Nostrum, le grand absent est bien l’océan. Et c’est cet océan que tant Patrick Poivre d’Arvor que Yann Queffélec thématisent à l’envie dans leurs écrits, du Dictionnaire amoureux de la Bretagne du second aux Gens de Mer du premier, un océan qui donne autant qu’il reprend, au rythme de ses colères et de ses voluptés, bien plus fougueux que notre mer des Cyclades, quand l’ardoise menaçante des vents le transforme en nasse pour marins en perdition et que pleurent les veuves sur les rochers inconsolables…

Aucun texte alternatif disponible.
Petite prière non loin d’un oral d’agreg interne…

« Mon cœur de Breton bat toujours plus intensément auprès des flots, à proximité des tempêtes et de l’écume. »

PPDA, Nostalgie des choses perdues

« Et tout ça par le miracle d’une attirance antédiluvienne entre lune et mer, chacune étant la force et le remords de l’autre, tout ça parce que la mer monte… »

Yann Queffélec, Tendre est la mer

Nous sortîmes de cette rencontre le cœur ourlé de sel, ayant troqué les remparts de Carcassonne pour la cité Malouine, notre Occitanie toute trempée par les embruns, notre âme méridionale prête à danser la gigue sur la croix du Capitole.

Merci à Yann et à Patrick de leurs récits iodés, de ces épousailles fantastiques entre terre et mer qui font écho aux paroles d’un autre poète breton, Charles Le Quintrec : « Nous sommes d’un pays, d’une terre », nous explique-t-il, avant de rajouter : « Nous avons aussi à cœur de dire tous les pays et toutes les terres à partir des nôtres ». Aujourd’hui, des écrivains bretons ont raconté leurs terres en mouillant sur nos rades d’eau douce.

Et Toulouse est un port fluvial qui, toujours, leur permettra l’abordage.

http://www.lemarathondesmots.com/invites

Actualité de Yann Queffélec:

http://www.franceinfo.fr/emission/le-livre-du-jour/2015-2016/yann-queffelec-l-homme-de-ma-vie-27-10-2015-08-30

Actualité de Patrick Poivre d’Arvor:

http://www.europe1.fr/culture/theatre-patrick-poivre-darvor-un-pedopsychiatre-a-lecoute-sur-les-planches-2715445

Lettre à un ami qui a perdu des élections

Lettre à un ami qui a perdu des élections

1846 Dominique BREAU 

http://www.pressreader.com/canada/acadie-nouvelle/20151020/281496455131394/TextView

 

Je t’imagine, ce soir, comme un peu vidé de cette énergie qui toujours t’habite, quand tu chantes, quand tu contes, quand tu combats. Avoir tout donné, et rester dans le vide. Avoir tant parlé, et trouver le silence. Avoir tant rêvé, et revenir au réel.

Mais est-ce bien important ?

Je t’imagine, ce soir, avoir marché avec ta Blonde dans une érablière, où vous aurez vu des feuilles qui rougissent et senti le froid de l’hiver en naissance piquer le bout du nez de vos princesses. Marcher pour oublier l’échec, pour dompter la déception.

Toi, tu n’as pas à rougir. Même si les pourcentages sont faibles, même si ces 2,3 % sont pour toi une déception, et que tu imaginais que les habitants de par chez toi auraient pris à plus vive allure le virage vert.

Ici, bien loin de par vos contrées acadiennes, là où le Saint-Laurent se nomme Garonne, j’ai été, moi aussi, il y a bien longtemps, candidate « verte » sur la toute première liste écolo briguant le Capitole…Nous non plus n’avions rien gagné, même pas le score qui aurait permis un remboursement de la campagne. Je te parle d’un temps où Tchernobyl n’avait pas explosé, où nous ne connaissions pas le mot « OGM », d’un temps où même mes amies baba cool cuisinaient avec de l’huile de palme.

C’est vrai qu’on pourrait imaginer qu’aujourd’hui, en notre terre dévastée par les ouragans, quand nos enfants meurent de leucémies provoquées par des pesticides, quand nos villes sont englouties par des tsunamis, nos concitoyens seraient plus clairvoyants…

Pourtant, tu as parlé à chacune, à chacun. Tes vidéos étaient un concentré de vérité et de lucidité, lorsque, t’adressant tantôt aux jeunes, tantôt aux retraités, tantôt aux femmes, tantôt aux actifs, tu tentais de persuader les foules de voter vert ! Ces vidéos étaient toutes différentes, ciblées, sincères. Pour preuve la dernière, encore en ligne :

https://www.facebook.com/dominiquebreaupvc/videos/vb.1626160900938119/1681302392090636/?type=3&theater

Mais j’adorais aussi:

ou

ou encore

sans oublier

Dominique, ne lâche rien ! Ta présence efficace tout au long de cette campagne, malgré toutes tes autres occupations, a prouvé que tu disposais du charisme et de l’énergie qui font les leaders dont nous avons besoin. Ton métier de « Conteux» fait aussi de toi quelqu’un qui écoute, car quand on parle aux gens, on sait aussi les écouter…

http://www.dominiquebreau.com/

Quant à ton métier de chanteur, il a fait ses preuves pour galvaniser les foules : tu as en toi assez d’allégresse pour changer de l’eau en vin, ou un petit score en une future victoire !

https://www.youtube.com/watch?v=XE8c-0FCDQw

Oui, c’est vrai, ce soir vous ne pouvez que constater que malgré toute votre clairvoyance et vos engagements, une majorité de gens, que ce soit ici en Europe, ou chez vous, là-bas, en lointaine Acadie, ne sont pas encore prêts à renoncer à un certain aveuglement…

http://enr.elections.ca/National.aspx?lang=f

Je dois avouer que je ne me prétends absolument pas spécialiste de la politique canadienne. J’ai vu qui a été élu, je n’ai aucune opinion particulière à ce sujet. Je sais simplement une chose, c’est que j’ai suivi TA campagne, et que je l’ai trouvée d’une sincérité totale. C’est exactement ce qui m’importe, au moment où notre Europe fait face non seulement, comme le monde entier, à des enjeux climatiques et environnementaux majeurs, mais la guerre si proche et à cet afflux de personnes déplacées : le monde a besoin de bonnes volontés.

Alors même si le résultat n’a pas été à la hauteur de vos espérances, ne renonce pas !

Et en attendant une future victoire, profite de l’hiver à venir pour peaufiner ces airs et ces histoires sont tu as le secret, avant de venir ré enchanter nos contrées sudistes au gré des festivals : ne t’inquiète pas, le public vote pour toi !

http://votezdominique.partivert.ca/

 

 

 

La poésie, c’est la chanson sous la guitare…Rencontre avec Zachary Richard

La poésie, c’est la chanson sous la guitare

 

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http://www.zacharyrichard.com/francais/home.php

Vous le connaissez tous. Certes, les plus jeunes d’entre nous, les enfants de l’Ancien Monde, de la vieille France, n’ont peut-être pas entendu souvent cette chanson ; mais moi, je me souviens de mon coup de cœur absolu pour cette voix aux tessitures multiples, pour cet accent rocailleux, et pour la poésie fabuleusement humaniste de ce standard qui nous a longtemps bercés…

Alors vous pensez bien que quand le service de communication de Pause Guitare m’a tout simplement envoyé le numéro de téléphone de MONSIEUR Zachary Richard à Montréal, pour un « phoner », comme disent nos anglophones québécois, mon sang n’a fait qu’un tour.

Quelle simplicité ce fut que de mener cette belle « jasette » à bâtons rompus, comme si nous nous nous étions toujours connus…Il m’en a dites, des vérités, des simplicités, des évidences, et plus encore lors de notre entrevue avant son concert albigeois, m’invitant même gentiment à partager le souper de sa joyeuse drille de musiciens déjantés. Certes, quelques cheveux d’argent volent autour des paroles enchantées, mais cette belle âme a grandi au fil de ses apprentissages, et le personnage, loin de se contenter des certitudes d’un artiste, s’est enrichi de nombreux nouveaux défis.

Et puis il y a eu le doux regard de la pétillante Claude, son infatigable manageuse et compagne, et cette certitude : rencontrer Zachary Richard ne laisse personne indifférent.

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C’est cette langue imagée et forte qui frappe de prime abord, la même que celle des textes de ses chansons et poèmes. Les images percutantes font écho à ces « r » qui roulent comme le roulis des océans, et j’entends dans les mots tous les siècles de notre histoire commune. Zachary me parle avec ferveur de notre Sud-Ouest, et explique que si, en France, tout est différent, les tournesols et le soleil lui tiennent particulièrement à cœur ; il évoquera l’amitié qui le lie à notre Francis, quand d’Astafort à la Nouvelle-Orléans meurtrie, un pont de solidarités musicales aidera à panser les plaies du bayou.

C’est dans ce beau pays du Sud des États-Unis qu’il vivra son premier souvenir musical ;  parfois il allait, lui, l’enfant unique, avec son jeune voisin issu d’une famille de dix-huit enfants, écouter la musique chez les « créoles » ; ses yeux brillent à l’évocation de ces deux jeunes « chatons » émerveillés par l’allégresse de ces sons authentiques et joyeux. Cette musique source vive, cette musique capable de chanter le coton, le bayou et les inégalités, cette musique qui des souffrances crée de la joie, elle deviendra sa raison d’exister.

Il va m’en parler, de cette Louisiane –appuyer sur le « i » !-, et bien sûr de son Acadie, que je découvrirai avec délices tout au long de Pause Guitare

http://sabineaussenac.blog.lemonde.fr/2015/07/11/tous-les-acadiens-toutes-les-acadiennes/

Il évoquera l’origine du mot « cadien », prononcé « cajun » en Louisiane, me parlera des deux pistes étymologiques, entre cette « Arcadie » grecque et l’autre origine linguistique, qui viendrait de la langue des indiens Micmacs et signifie « terre fertile »…

https://fr.wikipedia.org/wiki/Micmacs

Car pour Zachary Richard, l’Acadie représente à la fois un élément fondateur des Amériques et un symbole de la francophonie, une sorte de passerelle entre l’ancien et le nouveau monde ; en parlant des nombreux vestiges historiques qu’on est en train de mettre à jour, le chanteur poétise l’espace incroyable de ce territoire qui n’est ni pays ni peuple, métissé dans ses frontières et pérenne dans cet appétit de survivance et de reconnaissance. Notre ami est aussi un lecteur, et il a dévoré les ouvrages de l’historien Gilles Havard :

 http://www.amazon.fr/Histoire-lAm%C3%A9rique-fran%C3%A7aise-Gilles-Havard/dp/2082100456

Car en cette immense terre acadienne, trop longtemps boudée par les chercheurs, qui s’étire du Saint-Laurent à l’Acadie tropicale et jusqu’en outre-Atlantique, avec les exilés de Belle-Ile ou de Saint-Malo, bat le cœur de la francophonie si chère à Zachary, cette francophonie qu’il avait si bien chantée dans Réveille

Mon grand-grand-grand père

Est venu de la Bretagne,

Le sang de ma famille

Est mouillé l’Acadie.

Et là les maudits viennent

Nous chasser comme des bêtes,

Détruire les familles,

Nous jeter tous au vent.

Lui qui avait grandi au milieu des influences souvent contraires de deux cultures, entre le rêve américain et les airs joués par les radios et la télévision et les racines européennes familiales, puisque ses grands-parents étaient de la dernière génération unilingue francophone de la Louisiane, lui qui a compris très tôt l’humiliation subie par sa culture minoritaire, va un jour se faire le chantre de cette notion de résistance. Sa Louisiane sera aussi son combat, afin que la langue des ancêtres ne se perde pas dans l’uniformité de l’anglicisation forcée, afin que le « cajun » devienne l’un des symboles de la francophonie.

Ma Louisiane

Oublie voir pas qu’on est Cadien,

Mes chers garçons et mes chères petites filles.

On était en Louisiane avant les Américains,

On sera ici quand ils seront partis.

Ton papa et ta mama étaient chassés de l’Acadie,

Pour le grand crime d’être Cadien.

Mais ils ont trouvé un beau pays,

Merci, Bon Dieu, pour la Louisiane.

Jamais Zachary ne perd le fil de cette résistance qui va de pair avec le fait de vivre en milieu minoritaire, quand on est bousculé par la notion que l’Autre vous inculque : vous seriez de culture inférieure…Car même au Québec, cette tendance à l’infériorisation n’est jamais bien loin, alors même que les chiffres sont impressionnants : imaginez donc que ce sont bien 33 millions de francophones, la moitié de la population française, qui vivent sur le continent nord-américain, et Zachary insiste sur cette évidence identitaire qui fait de la francophonie à travers le monde une polyphonie plurielle et unique que Léopold Sedar Senghor résumait ainsi : « L’humanisme se tisse autour de la terre. »

Longtemps, Zachary Richard en a presque voulu aux Français de bouder quelque peu la francophonie, de ne pas comprendre tous les enjeux de cette belle présence à préserver.  Il s’imaginait en sauveur de la langue française, et il est vrai que son interprétation de Réveille au premier Congrès mondial acadien à Shédiac, en 1994, avait marqué les esprits ! Mais en même temps, il affirme qu’aucune chanson ne doit se faire propagande…

Pourtant, il est le veilleur, le prophète, le diseur :

 

Et sans vouloir interférer dans les politiques des hommes, la passion dont il fait preuve dans ses récits est malgré tout aussi contagieuse que les airs entraînants de ses chansons : elle sait se faire entendre ; car Zachary n’a pas sa langue dans sa poche, et, s’il m’explique que la Louisiane a su panser les plaies laissées par Katrina, il demeure aussi persuadé que nous sommes à l’orée d’un désastre écologique majeur. Les 800 millions de litres de pétrole déversés dans le golfe du Mexique laisseront des séquelles pour plusieurs générations, puisque la marée noire n’a pas seulement souillé les faunes et flores locales, mais a exporté au fin fond des Amériques ses effluves de mort, via les migrateurs et les courants…Sa chanson Le Fou nous appelle à agir, « tous ensemble, ensemble tous »…

C’était le 20 avril,

Dans le tranché de Macondo.

J’ai entendu crier,

Et j’ai vu l’explosion.

Le tour s’est effondré,

À la perte de beaucoup de vie.

Et depuis la marée noire

N’arrête pas de s’étirer.

http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/environnement/2015/04/17/001-explosion-deepwater-horizon-zachary-richard-louisiane-consequences-deversement.shtml

Zachary me la raconte, sa Louisiane meurtrie, et, moi qui depuis mon enfance me rêve à Tara, ayant même appelé ma cadette Scarlett, je le vois et je l’entends, le bayou martyrisé…

http://www.zacharyrichard.com/lyrics/crissurlebayou.html

Comme si c’est trop tard,

Comme si la bataille était perdue,

Tout le monde proche de

S’retourner de bord et

Courir se cacher dans le grand bois.

Comme si aucune graine

Poussait dans cette terre

Sèche et poussiéreuse

Et que la Saint-Médard s’annonçait

Sans pitié.

Comme si rien

Même bien amarré

Pouvait résister

De se faire garocher

D’un bord à l’autre

Dans ce vent grand comme

Le Plus Gros Ouragan.

Car Zachary me parle de cette double contrainte effrayante et insoluble à laquelle sont confrontés les habitants de la Louisiane, enchaînés qu’ils sont financièrement à l’industrie pétrolière qui les nourrit tout en les dévastant, beaucoup s’estimant pris « entre l’arbre et l’écorce », nombreux étant aussi ceux qui ont « pactisé avec l’ennemi » en acceptant de belles sommes pour devenir nettoyeurs de goudron en abandonnant la pêche ; il paraîtrait même que certains rêveraient d’une nouvelle marée noire…Et pourtant la chaîne alimentaire suffoque sous les séquelles, tandis que l’érosion côtière gagne du terrain. D’une part, l’économie de la Louisiane demeure attachée au prix du baril du pétrole, de l’autre, le littoral se rétracte à un rythme effrayant, les digues n’offrant plus de protection devant les ouragans qui menacent, l’écosystème étant devenu aussi fou que le climat…Et dans le Nouveau-Brunswick, l’autre partie de l’Acadie, nombreux sont aussi les clairvoyants qui tirent la sonnette d’alarme…

http://www.ledevoir.com/environnement/actualites-sur-l-environnement/444425/port-petrolier-a-belledune-offensive-juridique-des-micmacs

Zachary le martèle, en écho aux Hubert Reeves, Pierre Rabbi et autres défenseurs de notre terre : la question n’est pas de savoir si une catastrophe majeure se produira, mais quand elle arrivera…En l’entendant, je repense à la « force des mots-tocsin » de Maïakovski, le poète russe…Et toujours et encore c’est l’émotion qui se dégage de ses paroles et de nos échanges, cette émotion qui transparaît dans chacun de ses mots, à l’image de sa sensibilité artistique, toujours à fleur de peau, et de sa carapace d’homme, fragile comme de la soie et solide comme son destin de conteur et de chantre ; il parle de son vécu, et peu à peu se tisse autour de la confidence ce lien ténu qui va au-delà des tempos du concert, ce lien de la parole.

Car en peu France le savent, pourtant Zachary Richard, qui a plus d’une corde à son arc puisqu’il a aussi écrit des albums pour enfants et réalisé de remarquables documentaires autour des migrateurs et de l’histoire acadienne, est aussi un poète reconnu, qui a publié cette année Outre le Mont, son quatrième opus de poésie.

http://www.zacharyrichard.com/francais/poesie.php

Il me citera Arthur H qui, lui aussi, mêle dans ses œuvres musicalité et jeux des mots vivants,  et me l’affirme :

« La poésie, c’est la chanson sous la guitare… »

Certes, la poésie a mauvaise réputation, réputée élitiste, ardue, dépassée…Mais les nouvelles technologies permettent d’extraordinaires partages dans l’oralité, une oralité chère au chanteur qui nous offre des lectures percutantes de ces textes, permettant ainsi à sa poésie d’être entendue, et pas simplement lue en son for intérieur.  Il faut l’entendre déchirer le silence, cette voix de Bretonneux des siècles passés, quand elle nous parle en vers, en haïkus ou en liberté, musicale et émouvante…Dans les poésies de Zachary passent des moiteurs et des vertiges, des rêves et des hanches à caresser, on y sent battre le cœur des hommes et celui d’une terre…

http://www.zacharyrichard.com/lyrics/bebecreole.html

http://www.zacharyrichard.com/lyrics/Ce_vieux_reve_use.html

Car musique et poésie sont une seule et même chose, et la poésie lui semble un port d’attache, dit-il en citant Yeats et la force de son écriture…Son premier maître aura été Gary Snyder, l’autre grand chantre de la beat generation avec Allen Ginsberg, qui enseignera   son premier mantra à Zachary : après une enfance catholique, il pratique le bouddhisme depuis plusieurs décennies.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Gary_Snyder

Mais, si vous n’êtes pas capable de montrer
ces vallées et ces montagnes
pour ce qu’elles sont,

qui pourra,
vous amener à percevoir que vous êtes ces vallées et ces montagnes ?

Gary Snyder, Montagnes et Rivières sans fin

Cependant, il a beau méditer durant des heures, c’est bien à travers la musique que lui vient l’éveil, l’illumination, et j’en aurai la confirmation en le voyant, lui, le taiseux qui, lors du souper, intériorisait ses émotions avant le concert, soudain se transformer en comète ! Il me l’avait dit, qu’une seule scène lui apportait davantage que des heures de zazen, et le swing absolu qu’il a offert au public albigeois ne l’a pas contredit…La tête, affirme-t-il, est là pour le rêve, le cœur pour sentir, et les pieds pour danser, et la musique aussi devient une forme de spiritualité, quand l’art se fait relation aux autres, altruisme, tout en étant aussi garde-fou, soulagement devant les brisures du monde.

Ce soir-là, à Albi, dans le magnifique théâtre de la Scène Nationale, nous avons d’ailleurs frôlé le drame : Zachary avait perdu son accordéon, son célèbre accordéon, indispensable à son spectacle, perdu entre Montréal, le Maroc et la Ville Rose, et le chanteur était prêt à aller en découdre avec les autorités aéroportuaires pour retrouver son bébé…L’accordéon diatonique, lui-même pont entre les cultures, introduit par un juif allemand dans cette musique de « violoneux » des bayous, sans doute à l’époque où la première ligne de chemin de fer rallia Lafayette, a fait ainsi danser les chapelets de villages qui se construisirent au rythme de la modernité, quand l’Acadie peu à peu découvrait le monde…

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C’est bien cette Acadie-là que Zachary va nous conter dans son prochain spectacle, un projet polychrome très abouti, mêlant de grandes reproductions en visuel photographique ou pictural sur la scène et tableaux vivants en chansons : les valeurs du peuple cajun résonneront ainsi, au gré de l’Histoire qui racontera les Grands et les humbles, les héros et les victoires.

« …j’entends les chuchotements

de mes ancêtres, venus de loin. »

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Il y a les Samuel de Champlain et les Jean Saint-Malo, les colonisateurs et les esclaves, et tout ce passé encore d’une actualité brulante dans cette Amérique où l’on tire des jeunes noirs comme des lapins, où l’on assassine  des fidèles de couleur dans les églises…

Et quand résonne le chorus répété du mot « liberté », ce n’est pas, pour Zachary Richard, un vain mot : c’est un appel à une culture de la tolérance, car « ce n’est pas en fermant les portes, en ayant peur et en nourrissant les ténèbres que nous allons avancer. » Devant les intolérances effrayantes du monde, il nous faut puiser dans nos humanités les forces de résistance et de résilience. Nous n’avons d’autre choix que celui d’avancer vers la lumière.

http://www.zacharyrichard.com/lyrics/L_univers.html

 

L’univers

Quand je vois les étoiles dans la nuit

Scintillaient avec autant de beauté
Je me demande, d’où vient l’univers.

L’univers, c’est les planètes et la terre
La noirceur et la lumière.
L’univers, c’est moi et toi et tout ce qui existe autour.
Il faut remplir l’univers avec ton amour.

Et l’amour fait partie de l’univers
Bien qu’il n’ait pas de poids ni de matière.
L’amour est un aussi grand mystère.

L’univers, c’est les planètes et la terre
La noirceur et la lumière.
L’univers, c’est moi et toi et tout ce qui existe autour.
Il faut remplir l’univers avec ton amour.

Et pourtant ce n’est pas très clair.
Mais je me sens beaucoup moins solitaire
Sachant que tu es dans l’univers.

L’univers, c’est les planètes et la terre
La noirceur et la lumière.
L’univers, c’est moi et toi et tout ce qui existe autour.
Il faut remplir l’univers avec ton amour.

***

Je sais, ce texte est un peu long pour un « article de blog ». Si vous avez eu le courage de lire jusqu’ici, sachez encore que la rencontre avec l’univers de Zachary a été pour moi importante, d’une insondable profondeur. Ses mots en échos aux miens, nos poésies croisées en  ribambelles, et quelque part des ailes d’hirondelles, voletant au gré des cieux acadiens et toulousains…

Neuf hirondelles voltigeant

dans le crépuscule.

Il y en aura une qui

Nichera seule.

 

Après ces jours de froid,

leurs gazouillis

comme baume

 

Sur mon esprit.

http://www.zacharyrichard.com/lyrics/Neuf_hirondelles.html

***

Si j’avais les ailes des hirondelles,

Je traverserais les montagnes et la mer.

Pour me poser tout près de toi me belle.

D’où je ne volerais jamais.

 

La vie est éphémère…

http://www.zacharyrichard.com/lyrics/les_ailes_des_hirondelles_fr.html

***

Texte dédié au grand petit garçon Émile, petit-fils de Zachary et Claude, et partenaire musical !

 

 

Tous les Acadiens, toutes les Acadiennes

Tous les Acadiens, toutes les Acadiennes

 

https://noellarichard.wordpress.com/2012/10/11/original-painting-2/musique-acadienne-4-2/
https://noellarichard.wordpress.com/2012/10/11/original-painting-2/musique-acadienne-4-2/

 Y a dans le sud de la Louisiane

Et dans un coin du Canada

Des tas de gars, des tas de femmes

Qui chantent dans la même langue que toi

Mais quand ils font de la musique

C’est celle de Rufus Thibodeaux

Ils rêvent encore de l’Amérique

Qu’avait rêvée leur grand-papa

Qui pensait peu, qui pensait pas

 

Tous les Acadiens, toutes les Acadiennes

Vont chanter, vont danser sur le violon

Sont Américains, elles sont Américaines

La faute à qui donc ? La faute à Napoléon

 

Le coton c’est doux, c’est blanc, c’est chouette

Pour s’mettre de la crème sur les joues

Mais ceux qui en font la cueillette

Finissent la journée sur les genoux

Et puis s’en vont faire d’la musique

Comme celle de Rufus Thibodeaux

Pour oublier que l’Amérique

C’est plus celle de leur grand-papa.

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C’est bien la chanson de Michel Fugain que j’avais en tête, en découvrant le programme de Pause Guitare autour de la scène « Expérience Acadie »…Il faut dire que pour les nous, les Français de la vieille France, l’Acadie se résume hélas à quelques clichés glanés ici et là, entre quelques leçons de géographie de l’enfance, un ou deux accords de quelque violoneux et une vision bien peu claire de ce pays-territoire disséminé depuis la côte orientale du Canada jusqu’en pays cajun, dont nous ignorons que la diaspora est passée par le Maine, Los Angeles et même nos port de Bretagne…

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Je passais, moi, justement, au cœur d’Albi la Rouge, me préparant à aller écouter Status Quo et Moriarty à « Pratgrau », quand, juste avant le Pont Vieux, j’ai été happée par cette scène acadienne que je n’avais pas encore pu apprécier, tant la richesse de notre festival nous accapare en tous sens ! Imaginez quelques badauds qui soudain se font foule, les touristes se mêlant aux festivaliers et, malgré la température caniculaire, renonçant à une petite glace à l’ombre du Pontié pour se jeter au pied de l’estrade, aimantés par cette musique métissée et joyeuse et par le magnifique « bœuf » que nous ont « jammé » les musiciens des trois groupes réunis : Daniel Léger, La Virée et Prenez Garde.

Très vite, au fil des chansons, le public s’est laissé griser ; une communion totale s’est établie entre nos lointains cousins et leurs spectateurs albigeois, car nos musiciens réunis ont réellement « mis le feu » avec leur enthousiasme communicatif. Jamais je n’avais ressenti autant d’allégresse lors d’un « off », une joie pure, un bonheur à faire frissonner la brique de Sainte-Cécile et à faire déborder le Tarn !

Il faut dire qu’ils s’étaient bien trouvés, nos joyeux lurons acadiens…Il y avait là les cinq artistes de Prenez Garde réunis autour du violon en folie de Marie-Andrée Gaudet et de la gouaille festive du conteur Dominique Breau aux multiples talents, pour ne citer qu’eux…Mêlant répertoire traditionnel et humour, la connivence de leurs jeux respectifs devint une évidence…

http://www.prenezgarde.ca/

Et puis une partie de la troupe de La Virée a occupé l’espace aussi, faisant rêver les Tarnais avec leur fougue où la gigue se mêle au rock pour faire valser les frontières…

http://www.laviree.com/

N’oublions pas Daniel Léger, qui dans sa polyvalence artistique se partage entre le documentaire, l’écriture et la musique, ce raconteur d’histoire nous ayant communiqué son incroyable énergie du haut de sa guitare électrisant la foule.

http://www.danielleger.com/

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Plus tard, j’aurai le privilège d’échanger à bâtons rompus avec quelques membres des groupes, aussi chaleureux dans le dialogue qu’ils l’avaient été sur la scène. Et ils m’ont raconté ces lointains qui pour nous sont autant de terres neuves et inconnues, leur Nouveau Brunswick, « l’autre province du Canada », seule province officiellement bilingue, dont un tiers de la population est francophone. Leur lien avec la francophonie est extrêmement fort, car ils se sentent les dépositaires de cette histoire qui les lie à la France.

Je rentrerai ensuite dans mon hébergement albigeois et, dans la moiteur estivale, passerai plusieurs heures à rêver devant ces contrées aux noms exotiques de la baie de Fundy, de la baie des Chaleurs, des îles de la Madeleine, des rivières Ristigouche et Petitcodiac, et à redécouvrir l’histoire de cette Acadie qui a profondément marqué ses habitants formant une nation au territoire sans frontières réellement définies.

Car très vite, mes joyeux musiciens vont évoquer le « Grand Dérangement », cette déportation qui, de 1755 à 1763, a éradiqué une bonne partie du peuple acadien et l’a laissé exsangue et éparpillé des deux côtés de l’Atlantique. Qui, en notre vieille Europe toujours prompte à commémorer les (hélas) si nombreux génocides, se souvient de ces Acadiens chassés, scalpés, obligés de se cacher dans les forêts comme les « Nègres marrons » de Louisiane, leurs frères de douleur ?

https://fr.wikipedia.org/wiki/Grand_D%C3%A9rangement

Ce passé assombri par de multiples violences et humiliations explique sans doute, me disent les musiciens, l’attachement de nos Acadiens aux valeurs pacifistes, encore renforcées après le traumatisme de la mort de milliers de soldats pendant la dernière guerre ; leur musique est une musique festive, dont l’allégresse se veut revanche sur la vie et ancrage dans la jouissance de leurs terres quasi insulaires de ce Nouveau Brunswick et des bayous cajuns de la belle Louisiane.

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Et s’ils aiment jouer en France, c’est qu’un accueil particulièrement chaleureux leur est réservé, leur musique étant, chez nous, une denrée rare et précieuse, alors qu’en Acadie, elle « fait partie des meubles » ! Un peu plus tard, lors d’une autre nuit albigeoise, le conteur et musicien Dominique Breau me racontera encore comment cette musique lui tient à cœur, lui qui a eu mille vies et est passé d’un métier manuel au maniement extraordinaire des mots qu’il conte à travers le monde, tout en les chantant dans le groupe Prenez Garde. Il me dira que chaque écorchure d’un peuple ou d’un être peut devenir résilience, quand on sait partager la beauté et les arts.

http://www.dominiquebreau.com/

Car l’Acadie est aussi une terre des arts, dont je vous laisse parcourir les ivresses :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_l%27art_en_Acadie