Marcher deux par deux en se racontant des secrets… #interdiction du #portable à l’#école

 

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Marcher deux par deux en se racontant des secrets.

Disputer une partie de foot endiablée.

Aller s’assoir sur un banc et rêver.

Sauter à la corde.

Faire une bataille ou un tarot à l’ombre du tilleul.

Courir jusqu’à la grille en pariant sur la première arrivée.

Aller s’assoir sur un banc et lire un roman.

Discuter d’un programme vu à la télé ; pas forcément des Marseillais ou des Anges. On peut aussi parler d’une série.

Aller voir cette fille à qui personne ne parle, lui proposer un tour de cour, lui demander si elle aime sa nouvelle ville.

Aller s’assoir sur un banc et lire un poème.

Faire une ronde et se souvenir des comptines apprises en colo.

Réciter une poésie à un camarade.

Jouer à chat.

Marcher trois par trois et se raconter des secrets.

Aller s’assoir sur un banc et lire une pièce de théâtre.

Jouer à colin-maillard.

Se mettre debout sur un bloc de pierre et déclamer la déclaration des droits de l’homme.

Raconter ses vacances.

Parler de choses graves en réfléchissant à des solutions.

Marcher les yeux fermés en devinant les obstacles.

Aller s’assoir sur un banc et lire un magazine.

Parler tout bas d’une chose très belle, comme en caressant les mots.

Aller à la grille pour appeler le chat du concierge.

Partager un goûter.

Raconter son dimanche.

Jouer à trappe trappe.

Réciter une leçon à un camarade.

Regarder le ciel, les nuages, les oiseaux.

Avoir le fou-rire.

Faire des pronostics sur le match.

Aller se coucher sur un banc pour regarder le ciel à l’envers.

Jouer aux billes.

Marcher quatre par quatre et se raconter des secrets.

Sourire sans raison.

Pleurer, aussi, parfois, si on a le cœur lourd. Il y aura toujours un ami pour vous réconforter.

Se regarder dans les yeux et jurer qu’on sera toujours des ami(e)s.

Chanter à tue-tête.

S’entraîner pour un flash-mob.

Sauter à l’élastique.

Aller se coucher sur un banc et fermer les yeux en écoutant le brouhaha de la cour et/ou le vent dans les feuilles du platane de la rue.

S’accroupir sous le préau et regarder les arcs-en-ciel dans les flaques de la cour.

Écouter la pluie qui tombe et se souvenir de l’orage d’été, quand on se réfugiait dans la grange.

Marcher seul et penser aux secrets qu’on va raconter à la prochaine récré.

Demander de l’aide à un camarade très fort en maths.

Aider une camarade à faire son exercice d’anglais.

Proposer un jeu de ramasse déchets.

S’adosser au mur tout chaud, encore engourdi par le soleil de l’été, et rêver à ces deux longs mois de vacances.

Dessiner une marelle géante et y jouer.

Marcher avec la maîtresse ou avec le professeur principal et lui dire un secret tellement lourd qu’on ne peut même pas en parler à ses copains ou à ses parents. Savoir qu’on peut lui faire confiance.

Parler chiffons.

Jouer au beach volley sans sable.

Rire sous cape.

Aller se coucher sur un banc et attendre la sonnerie en comptant jusqu’à mille en espagnol.

Essayer d’attirer l’attention du surveillant d’éducation le plus mignon.

Dessiner des reproductions de tableaux sur le bitume.

Faire quelques postures de yoga.

Épater la galerie en dansant du hip-hop.

Embrasser quelqu’un derrière l’arbre de la cantine, tout doucement, pour la première fois.

Écrire un petit mot.

Respirer profondément en regardant la neige.

 

 

 

Se demander pourquoi on avait oublié tout cela durant de si longues années, lorsque les portables n’étaient pas interdits dans les écoles et les collèges.

 

3 idées inspirantes pour repenser les récréations à l’école

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http://www.lepoint.fr/education/interdiction-du-portable-a-l-ecole-et-au-college-un-texte-pour-rien-31-07-2018-2240468_3584.php

 

 

21 mesures pour réconcilier les élèves français avec l’apprentissage de l’allemand

21 mesures pour réconcilier les élèves français avec l’apprentissage de l’allemand -petit texte écrit d’après les 21 mesures de Cédric Villani autour des mathématiques

 

« Sehnsucht », de Heinrich Vogeler
  • 1 Il conviendrait avant tout de mettre en place la liberté d’enseignement des langues vivantes dès l’école maternelle, réellement, pas simplement sur le papier (et ne pas favoriser les langues régionales et/ou les langues maternelles des enfants issus de l’immigration au détriment de l’enseignement de l’allemand, de l’italien, du russe…) : Toutes les langues devraient être mises sur un pied d’égalité, chaque enfant devrait pouvoir apprendre l’arabe, l’italien, l’allemand, le bulgare, l’occitan…. Dans chaque ville et village de France, chaque école se devrait d’accueillir les enfants au son des langues du monde. Sus à l’hégémonie de l’anglais, à la frilosité culturelle, et vive l’Europe !

 

  • 2 Il faudrait ensuite permettre un continuum d’apprentissages de l’allemand dans le même sens, et permettre ainsi à l’élève ayant commencé une initiation à l’allemand en maternelle de continuer l’apprentissage de cette langue au primaire, puis au collège. Un élève changeant de région devrait pouvoir continuer à apprendre la et les langues choisies.

 

  • 3 Enfin, il faudrait remiser le système des « bilangues » aux oubliettes et par extension ce fameux « primat de l’anglais », avec une LV1 « anglais » obligatoire et permettre un large choix de langues dès la sixième, comme c’était le cas il y a une vingtaine d’années encore.

 

  • 4 Élargir par extension cet apprentissage à toutes les régions et à tous les niveaux coulerait de source : car c’est justement AUSSI dans les filières professionnelles que les élèves auraient intérêt à apprendre l’allemand, au vu de toutes les possibilités de stages et/ou d’emplois offertes non seulement outre-Rhin, mais aussi en Suisse…

 

  • 5 Afin de favoriser ces apprentissages, il conviendrait de permettre dans toutes les académies l’enseignement de l’allemand en maternelle et en primaire par les enseignants du second degré, et ne pas réduire cette fonction à la pratique des professeurs des écoles qui, de façon pyramidale, n’ont eux-mêmes souvent pas bénéficié de l’apprentissage de l’allemand et ne sont donc pas aptes à l’enseigner. Ce n’est que par ce biais qu’une telle réforme pourrait progressivement gagner l’ensemble des écoles, collèges et lycées de la République ; c’est déjà le cas dans certaines académies dans lesquelles, justement l’allemand se porte mieux d’ailleurs…

 

  • 6 En parallèle, il faudrait oser mettre en place une véritable campagne de communication nationale au sujet de l’apprentissage de l’allemand, campagne de publicité qui allierait les savoir-faire de l’éducation nationale et les supports logistiques des communautés territoriales et locales et qui pourrait s’appuyer sur des fonds d’investissement du privé, puisque nombre entreprises déjà partenaires du franco-allemand -AIRBUS, SIEMENS…- et engagées dans le fait européen auraient tout à gagner en s’associant à ce projet.

 

  • 7 Cette campagne de communication viserait aussi à restaurer une image « positive » de notre voisin allemand aux yeux du public ; car l’Allemagne est encore trop souvent vilipendée par certains extrémismes politiques – cf le pamphlet de Jean-Luc Mélenchon, « Le hareng de Bismarck », sous-titré « Le poison allemand » …- tout en demeurant terra incognita au niveau touristique, le tout mâtiné parfois de vagues relents revanchards, quand ce n’est pas « Angie » qui traitée de « Grosse Bertha »… Des affichages sur les panneaux publicitaires municipaux -abris bus, etc.- et des encarts dans la presse locale pourraient impacter favorablement les familles.

 

  • 8 Ainsi, tout comme l’Espagne qui s’affiche partout au niveau publicitaire comme « la » destination tourisme, l’Allemagne, mais aussi l’Autriche et la Suisse pourraient devenir des destinations touristiques prisées, et non pas de vagues entités qui, sur une carte de l’Europe, ne font rêver que les Migrants… Combien de Français ont-ils déjà passé un mois de vacances sur une île de la Baltique ou dans un village du Tyrol ? L’Allemagne, qui recèle pourtant des joyaux architecturaux, géographiques et culturels innombrables, demeure, aux yeux du Français lambda, aussi mystérieuse que la Papouasie… Nous aurions donc besoin de partenariats avec des offices de tourismes, de brochures traduites, de guides, de croisières, de circuits, bref, cet engouement pour l’outre-Rhin et Danube irait de pair avec un foisonnement économique qui ferait aussi le bonheur des filières touristiques (BTS tourisme et hôtellerie…)

 

  • 9 Justement, il serait temps aussi de renouer avec les partenariats, jumelages, échanges qui faisaient florès dans les années soixante et quatre-vingt et qui se sont étiolés au fil des ans… Toulouse, ma merveilleuse ville rose, n’est même pas jumelée avec une ville allemande ! Toulouse, capitale d’Airbus, fleuron du partenariat franco-allemand, vous avez bien lu, n’est PAS jumelée à une ville outre-rhénane… Et c’est la même chose au niveau des établissements scolaires qui, suite à la précarisation de notre fonction enseignante et à la multiplication des « BMP » – Blocs de Moyens Provisoires, entendez quelques heures sauvées face aux langues régionales et/ou émergentes… -depuis la disparition des bilangues et surtout depuis la nomadisation des enseignants titulaires devenus « TZR » (entendez Titulaires sur Zone de Remplacement et changeant chaque année de crèmerie), ne sont tout simplement plus en mesure de faire perdurer des échanges qui pourtant avaient fait le bonheur de générations d’élèves…

Car les échanges sont le sel de nos apprentissages, la mise en œuvre ultime de nos enseignements, la prise en main de la langue au niveau du quotidien, ils sont aux langues ce que le boulier est aux apprenants en mathématiques : on y devient synesthète, au-delà de l’intra-muros de l’école.

Heureusement, les assistants de langue sont là, souvent, pour pallier le manque d’interactivité réelle avec le pays partenaire. Il faudrait doubler, voire tripler leur nombre, afin que chaque collège et lycée de l’hexagone puisse bénéficier de cet encadrement vivifiant et concret.

 

  • 10 En effet, que vaut l’apprentissage d’une langue qui devient presque une langue morte si elle n’est parlée que dans le cadre scolaire et jamais in situ ? De la même façon que chaque élève devrait pouvoir chaque année partir quelques jours dans le pays des langues qu’il apprend, il faudrait aussi que cesse l’hégémonie culturelle de l’anglais dans les médias, la presse, dans le paysage audiovisuel hexagonal….

À quand la diffusion de chansons allemandes sur les radios françaises, à quand des émissions de variété – Nagui, si tu me lis… – où seraient invités aussi des chanteurs et des groupes allemands -et autrichiens… Car non, la variété allemande ne se résume pas à Camillo avec son « Sag warum » et aux marches militaires, et/ou aux chants traditionnels en culotte de cuir… Il y a eu de grands chansonniers que très peu d’élèves connaissent, mais il y a aussi des dizaines de groupes de rap, rock, indé, blues, soul, jazz, il y a de la vériétoche, des stars…Pourquoi cette omerta envers la culture musicale de nos voisins qui contribue grandement à la méconnaissance de l’Autre… ? À Toulouse, le festival « Rio Loco », qui invite chaque année des musiciens de différentes parties du globe, variant les tendances planétaires, pourrait par exemple ouvrir, une année, sa scène aux artistes allemands, autrichiens, suisses…

 

  • 11 À quand aussi une majorité de films que l’on pourrait voir sur toutes les chaînes, pas seulement sur ARTE, en VO ? Car les oreilles de nos petits élèves français, contrairement à celles de nos voisins des pays nordiques, ne sont absolument pas éduquées dans la langue de l’Autre… C’est très tôt que se forme l’habitude de l’écoute des langues étrangères, des sonorités nouvelles, et ce serait superbe si le PAF pouvait enfin s’ouvrir à ces différences…

Il serait bon aussi que nos programmes scolaires intègrent davantage le cinéma et la télévision allemande à leurs lignes directrices… Je me souviens de mon père qui, sans avoir jamais appris un seul mot de la langue de Goethe à l’école, se targuait d’avoir progressé à la vitesse de l’éclair par la seule écoute de la télévision regardée chez ses beaux-parents, à Duisbourg… Certes, dans nos cours, nous évoquons bien Wim Wenders par ci et Fatih Akin par-là, mais ce serait tellement bien d’avoir un réel accès à leurs œuvres via des sites dédiés… De même que nous pourrions utiliser bien davantage, via les nouvelles technologies, des émissions de télévision qui seraient aptes à faire progresser très rapidement les élèves !

À propos des TICE, il est dommage que si peu d’enseignants soient formés à toutes les innovations qui pourraient faire de nos cours de réels cyberespaces connectés… Il y a encore énormément de frilosités et de méconnaissances des nouvelles technologies, alors qu’elles sont bien entendu une aide précieuse. Lors d’un récent sondage que j’ai réalisé au sujet de l’ENT, il s’avère par exemple que nombre de collèges ne savent pas qu’une fonction « blog » est opérante sur notre espace de travail.

 

  • 12 Renouer avec un apprentissage de l’allemand passerait aussi par une réappropriation de la culture germanophone dans son ensemble… Pourquoi nos programmes hexagonaux sont-ils si poreux en ce qui concerne la littérature étrangère ? Apprendre les langues « étrangères » devrait aussi passer par le « culturel », par un maillage éducatif qui, très tôt, permettrait aux élèves du primaire de découvrir de petits poèmes d’auteurs allemand, aux élèves du collège de visiter des musées allemands, aux élèves du lycée de lire aussi du Rilke, du Thomas Mann, et pas simplement le contenu « factuel » des manuels d’apprentissage qui, s’ils permettent un apprentissage actanciel et actionnel et la mise en œuvre d’automatismes linguistiques, ne plongent pas assez les apprenants au cœur de la culture du pays partenaire. Ainsi, il est très rarement proposé l’option « littérature étrangère en langue étrangère » en allemand en filière L…

 

  • 13 C’est vrai, l’apprentissage des langues étrangères a réellement progressé… J’ai assisté récemment à une passionnante journée académique qui nous a proposé d’enseigner « la grammaire autrement ». Nous sommes si loin des listes de vocabulaire et des tableaux de déclinaison qui, une fois ingurgités, demeureraient lettre morte et produisaient l’inverse de l’effet escompté, à savoir des Français incapables de « pratiquer » la langue étrangère apprise à l’école… Cependant, en plus de 33 ans de service au sein de l’éducation nationale, j’ai vu passer mille et une réformes et j’ai « tout connu », depuis la période où l’on n’avait « pas le droit de faire écrire les élèves avant la Toussaint » -sic- au primat de l’écrit, et j’ai toujours habilement contourné les instructions officielles, faisant par exemple faire des « fichiers oraux » avant l’heure sur des cassettes que j’écoutais sur mon magnéto en faisant mon repassage, ou faisant lire un livre d’un auteur allemand -en français, mais en rédigeant ensuite un résumé-commentaire en allemand- dès le collège, pour que les élèves fassent connaissance avec la littérature allemande… Je pense que chaque professeur développe au fil de sa carrière des stratégies d’apprentissage qui lui sont propres et qui visent à « faire réussir ses élèves », et que de nos jours, grâce aux nouvelles technologies, plus aucun cours de langue ne peut passer pour « ennuyeux » ou « poussiéreux ». Il faut faire savoir cela aux parents, le leur marteler via des réunions d’information dès la maternelle, leur dire que « l’allemand, ce n’est pas difficile », qu’au contraire son enseignement est recommandé par les orthophonistes pour les élèves en difficulté (car c’est une langue « à tiroirs », logique…), bref, il faut dédiaboliser la langue qui, souvent encore, a mauvaise presse.

 

  • 14 Justement, et si la télévision arrêtait ENFIN de diffuser « La grande vadrouille » tous les quatre matins ? Car nous sommes bien au cœur du « paradoxe français », celui fait de notre pays à la fois le cancre en queue d’étude PISA et le fleuron des élites des « grandes écoles » et de l’obtention des Nobels… Ce même paradoxe fait que les médias continuent de nous abreuver avec des films réduisant les Allemands à de sombres abrutis décérébrés éructant en uniforme nazi alors même que malgré l’enseignement de la Shoah nombre d’élèves demeurent incapables de comprendre l’ampleur des génocides commis par le troisième Reich… Il faudrait à la fois réfléchir à cet ancrage historique du devoir de mémoire et à la vision d’une « nouvelle Allemagne » qui, justement, a su transcender son passé, par exemple en accueillant à bras ouverts des millions de Migrants. Il y a quelques jours encore des élèves de lycée n’ont su me dire à quoi correspondait le mot « Buche », cela ne leur évoquait rien, même associé au mot « Wald », (nous étions en pleine séquence « mythes et héros » sur la forêt allemande), jusqu’à ce qu’un élève, après que j’eus prononcé à la française le terme « Buchenwald » ne se souvienne d’un « truc nazi », sic… En première… Je rêverais d’un nouvel équilibre en ce sens : accomplir nos obligations de transmissions mémorielles tout en réhabilitant un engouement pour l’Allemagne d’aujourd’hui, tolérante, ouverte, engagée, humaine.

 

  • 15 Il faudrait aussi former TOUS les écoliers au fait européen, et ne pas réserver cette matière à une vague option destinée à quelques lycéens… Car c’est dès l’école primaire que devrait s’accomplir la certitude que notre Europe, loin d’être une entité impalpable, se doit d’être soutenue, connue de tous les citoyens, parcourue par un esprit de solidarité qui, forcément, passe aussi par la connaissance des langues de l’Autre. Et qui mieux que le « couple franco-allemand » pourra porter loin ce flambeau européen ?

 

  • 16 Ainsi, il faudrait que la « semaine de l’Europe » devienne enfin un événement visible, et pas seulement une action axée vers les milieux éducatifs et politiques. À quand une semaine de l’Europe maillant tous les territoires, intégrant par exemple l’associatif, les domaines médicaux, juridiques, commerciaux ? Pourquoi ne pas imaginer des partenariats en ce sens ?

 

  • 17 De même, la fameuse « semaine franco-allemande » demeure trop souvent un domaine réservé, se lovant par conséquent dans l’intra-muros du giron de l’EN… Tous les acteurs du système éducatif, su MEN aux établissements, se démènent pour célébrer l’anniversaire du Traité de l’Élysée, mais souvent les actions, pourtant superbes, restent cantonnées aux établissement, et c’est un peu « les franco-allemands parlent aux franco-allemands » : l’impact est minime. Cette semaine se devrait d’être réellement médiatisée et portée sur le devant de la scène.

 

  • 18 D’ailleurs, pourquoi toujours réduire l’enseignement de l’allemand à ce partenariat franco-allemand ? Les autres pays de langue allemande gagneraient aussi à être davantage mis en lumière dans les programmes, du collège au supérieur… J’ai cette année construit ma séquence « Mythes et héros » autour de l’Autriche, et il y aurait mille et une façons d’intégrer la Suisse, l’Autriche, et pourquoi pas la région germanophone de la Belgique dans des programmes d’échanges ou dans les manuels scolaires.

 

  • 19 Bien entendu, afin que l’enseignement des langues vivantes soit profitable, il faut aussi se donner les moyens de la réussite… Et franchement, avec deux heures par semaine en première et en terminale et avec si peu d’heures dès le collège, c’est tout simplement une gageure que de vouloir espérer que nos élèves atteignent un jour le niveau attendu par PISA ou simplement la réelle capacité de s’exprimer, oralement et à l’écrit, dans une langue étrangère. Cessons de nous voiler la face : ce n’est pas en mettant chaque année nos exigences au rabais (j’ai failli pleurer en corrigeant le bac blanc cette année, tant les items linguistiques étaient négligés au profit de la « compréhension » … ) que nos élèves, avec des heures de cours qui se réduisent comme peau de chagrin, parleront allemand, anglais ou arabe correctement !

 

  • 20 Il importe donc de revoir les dotations horaires à la hausse, et urgemment, afin que nous puissions enfin consacrer le temps nécessaire à la transmission. Et il serait intelligent, je trouve, de revenir, en langues aussi, aux fondamentaux prônés par Monsieur le Ministre de l’éducation en primaire… Et ces fondamentaux passeraient sans doute par une révision de nos exigences, car franchement, là, on lâche après le baccalauréat des élèves qui, souvent, se contentent d’un bagage minimum… Peut-être faudrait-il aussi réhabiliter la traduction… Oh, je ne demande pas que nous traduisions tous nos textes, mais enfin, il faut savoir raison garder et demeurer cohérents : La traduction est un exercice qui sera demandé dans la majorité des concours que nos étudiants passeront après le baccalauréat. La traduction est aussi un art, un moyen de transmission merveilleux, permettant à des milliards d’êtres humains de lire les ouvrages de l’Autre, de voir des films des autres cultures… Par quel miracle est-elle …interdite en cours de langue ?!

 

  • 21 Apprendre à parler allemand ne peut se résumer à savoir commander un coca à l’aéroport de Berlin, à pouvoir lire un extrait de Die Zeit ou à passer la « certification » pour déterminer si l’on a le niveau A2 ou B1. Non, apprendre une langue, c’est plonger vers l’Autre, se colleter avec son altérité qui fait aussi notre richesse, et c’est bien au travers de l’art, de toutes ces dimensions artistiques, culturelles et patrimoniales que l’élève se sentira apte à comprendre la langue du pays partenaire. J’espère ainsi que le rapport « Comment rénover l’enseignement des langues vivantes en France ? », dont seront en charge Madame l’Inspectrice Générale Chantal Manes Bonnisseau et Monsieur Alex Taylor nous ouvrira de vastes perspectives de réussite au service de nos apprenants. Certes, ce sont deux anglicistes qui ont été choisis pour mener à bien cette mission, mais je ne doute pas de leur objectivité.

 

Je précise que j’ai rédigé ces mesures il y a quelques semaines, après la sortie du rapport de Cédric Villani dans la presse, et que je ne comptais pas les publier sur mon blog avant la fin de l’année scolaire, afin de ne pas interférer dans une décision très attendue, mais que je profite de la nomination des responsables du rapport pour publier ce petit article, comme cela m’a été demandé par de nombreux collègues après une intervention sur un réseau social.

Participation au Printemps des Poètes d’un élève de collège
Exposé fait par un élève de seconde
Exposé d’un élève de première

« Je jette un coup d’œil distrait à la première page du livre et, soudain, les mots se font sens. Comme par magie, les lettres s’assemblent et j’en saisis parfaitement la portée. Moi, la lectrice passionnée depuis mon premier « Susy sur la glace », moi qui ruine ma grand-mère française en « Alice » et « Club des cinq », qui commence aussi déjà à lire les Pearl Buck et autres Troyat et Bazin, je me rends compte, en une infime fraction de seconde, que je LIS l’allemand, que non seulement je le parle, mais que je suis à présent capable de comprendre l’écrit, malgré les différences d’orthographe, les trémas et autres « SZ » bizarroïdes…

Un monde s’ouvre à moi, un abîme, une vie. C’est à ce moment précis de mon existence que je deviens véritablement bilingue, que je me sens tributaire d’une infinie richesse, de cette double perspective qui, dès lors, ne me quittera plus jamais, même lors de mes échecs répétés à l’agrégation d’allemand…Lire de l’allemand, lire en allemand, c’est aussi cette assurance définitive que l’on est vraiment capable de comprendre l’autre, son alter ego de l’outre-Rhin, que l’on est un miroir, que l’on se fait presque voyant. Nul besoin de « traduction », la langue étrangère est acquise, est assise, et c’est bien cette richesse là qu’il faudrait faire partager, très vite, très tôt, à tous les enfants du monde. Parler une autre langue, c’est déjà aimer l’autre.

Je ne sais pas encore, en ce petit matin, qui sont Novalis, Heine ou Nietzsche. Mais je devine que cette indépendance d’esprit me permettra, pour toujours, d’avoir une nouvelle liberté, et c’est aussi avec un immense appétit que je découvrirai bientôt la langue anglaise, puis le latin, l’italien…Car l’amour appelle l’amour. Lire en allemand m’aidera à écouter Mozart, à aimer Klimt, mais aussi à lire les auteurs russes ou les Haïkus. Cette matinée a été mon ode à la joie. Cet été là, je devins une enfant de l’Europe. »

 http://plus.lefigaro.fr/note/le-jour-ou-jai-su-lire-en-allemand-20100310-151834

** Quelques textes au service de l’enseignement de l’allemand ici:

http://www.sabine-aussenac.com 

https://www.huffingtonpost.fr/sabine-aussenac/professeur-allemand-la-grande-vadrouille-des_b_1252919.html

** Poésie allemande:

http://sabine-aussenac-dichtung.blogspot.fr/2015/04/komm-lass-uns-nach-worpswede-wandern.html

http://lallemagnetoutunpoeme.blogspot.fr/

** Textes autour de l’Allemagne et du franco-allemand:

Ich bin eine Berlinerin!

http://sabineaussenac.blog.lemonde.fr/2018/03/01/duisbourg-ma-jolie-ville-en-barque-sur-le-rhin/

http://raconterletravail.fr/recits/une-enfance-franco-allemande/#.WuTS4qSFPIV

http://sabineaussenac.blog.lemonde.fr/2014/07/20/nos-voisins-ces-inconnus-la-famille-klemm/

Lorelei et Marianne, j’écris vos noms: Duisbourg, le 18 juillet 1958

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le bac, cette Bar Mitsva de la République…

Baccalaureus

 

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Le mot « baccalauréat » viendrait du latin Bacca lauri, la baie de laurier…

Parfois, je ne suis pas d’accord avec Philippe Delerm. Dans « Piscine avant l’oral », le voilà qu’il nous narre un adolescent songeur, à l’orée d’une vie estivale dont il se sent exclu, tout en procrastinant nonchalamment au rythme des cigales…

Moi, j’aime les examens, je suis une bête à concours : je les aime tous, de l’élection des Miss à L’Eurovision (« France, two points… »), du Certif de nos grands-parents à l’élection de la plus belle Charolaise sous l’œil mouillé du Grand Jacques, du BEPC-où je connus ma première humiliation publique, ne sachant plus situer Carthage durant l’épreuve de latin-« Delenda est Carthago »…- aux multiples passages de l’agrégation, en passant par l’ENA et même la magistrature…

Passer un examen, et, à plus forte raison, un concours au nombre de places limitées, quel plaisir, quel challenge intellectuel, quelle extase même ! On est les Rois du Monde, on se penche comme Jack dans Titanic au bastingage du navire, la vie est à nous !

C’est simple, si je le pouvais, je repasserais mon bac chaque année ! Ah, ces interminables listes de vocabulaire, ces citations plus marquantes les unes que les autres, et le PNB du Japon, et le pacte germano-soviétique…

Je ne connais pas de plaisir plus intense que celui de la joute intellectuelle que l’on se livre à soi-même, dans le plus pur genre d’une disputatio, afin de convaincre le fainéant qui dort en soi qu’il s’agit de se retrousser les manches…L’écrit nous découvre stratège et philosophe, inventeur et fin politique ; nous sommes tous des Marie Curie. Rien n’est plus excitant à mes yeux que ces  heures passées à se colleter avec un sujet. Sa découverte, terra incognita à débroussailler ; les balisages en terre neuve ; les jalons posés pour dominer l’espace à définir : et, bien sûr, le paysage mental de la dissertation à modeler, à créer, à enfanter…

Et puis le jour des oraux, c’est l’Agora, nous voilà à haranguer une foule silencieuse au gré de nos jurys, il faut convaincre, se faire tribun. Souverain sur la matière et humble devant le jury, divine équation de la superbe contenue…

Le bac, le bachot comme le nommaient nos pères, c’est un peu la Bar Mitsva de la République, le rite initiatique de l’Occident. D’aucuns doivent arpenter des savanes et se balafrer les tempes, nos chers boutonneux, eux, échappent difficilement, au rythme des réformes visant à amener quasiment l’ensemble d’une classe d’âge au niveau universitaire, au stress de la Terminale. Professeurs et parents auront beau se plaindre de concert de la baisse du « niveau », nul n’est besoin de toge ou de médaille pour comprendre les affres de ces lycéens soudain privés, quelques jours durant, de leur pain quotidien…Adieu, heures passées devant Facebook et Snap’ à disserter savamment (« Tu kiff koi ?/ G jouer 5 heurs a Gladiatus trop for ! T ou ?/O laserkuest tu tamen ? ») : Le temps est à l’orage…

– Je t’interdis formellement de regarder ton smartphone !

– Mais m’man je bosse sur un site d’annales corrigées !!!!!

Ah, s’ils savaient, nos tendres, comme la vie est rude de l’autre côté du fleuve. Laissons leur encore un peu d’innocence, accordons leur un répit. Il ne faut pas leur dire.

Que la liberté sera violente. Que leurs rêves s’en iront, fleur au fusil, vers les sanglantes tranchées du réel. Que la vraie vie, c’est Verdun et le bombardement de Dresde réunis, sans aucun armistice, car les snippers ne lâchent jamais leurs cibles. Il ne faut pas leur dire. Que dans dix ans, ils n’écouteront plus NRJ, mais s’avachiront, moroses, devant leur écran plat, s’ils ont eu la mention, ou dans une petite cuisine de colocation, s’ils l’ont eu au rattrapage…Que « être déchiré » ne s’appliquera plus à leurs corps en éveil et à leurs cerveaux avides d’absolu, mais à un pantalon à recoudre-« allo, maman ?-

Lequel d’entre eux, en effet, ira vraiment au bout de ses espaces ? Pour un pianiste de concert, un physicien de renom, une actrice, combien de tâcherons de la vie ordinaire, combien de mamans épuisées par leur double journée, combien de visages fatigués dès lors qu’ils auront atteint le statut d’ « adulte jeune » ?

Alors couronnons les, nos Rois du Monde, guidons les non pas vers la sortie de l’enfance, comme si nous empruntions une sombre sortie de secours, mais offrons leur l’Entrée des Artistes ! Qu’ils franchissent tous une haie d’honneur, que nous leur déroulions le tapis rouge de l’avenir ! Ils l’auront, leur bac, et avec mention, encore, et c’est tête haute qu’ils iront jouer des coudes devant les grilles où les filles hurleront comme au passage d’une star et où les garçons seront tous des malabars…Aidons les à réussir, croyons en eux, disons leur qu’ils sont les meilleurs !!!

Expliquons leur aussi qu’ils sont désormais leur propre capitaine. Il ne tient qu’à eux d’éviter les eaux froides des chalands et de voir les Marquises. Au moment où les surveillants prononceront le fatidique « Vous pouvez retourner les sujets », ce ne sont pas seulement les verbes irréguliers et les formules de chimie qu’il faudra « recracher ».

Il faudra mettre les voiles : Réussir son bac, arriver à se colleter avec un sujet de philo comme on met le coup de poing à Bastille, voler par-dessus les difficultés d’une équation comme on saute au-dessus d’un portillon de métro, c’est prouver à la société, quelque soit le regard que l’on porte sur elle, que l’on est mûr pour en devenir acteur à temps complet.

On était intermittent du spectacle, on faisait le mariol dans la file de la « Nouvelle Star »…Le bac en poche, ce sera le ticket pour Baltard, on sera en finale, et pour la vie. On deviendra premier rôle, scénariste et producteur de tous ses films, et il s’agira de garder la tête haute, même si notre film n’est joué que dans quelques misérables salles de banlieue. Il faudra se relever, donner des interviews, travailler son texte, se faire connaître à l’étranger…

Mais le bac, on l’aura.

Et puis on se souviendra de la fierté inestimable de nos parents, de l’éclat d’amour absolu qui brillera dans leurs yeux. Et de ceux qui ont cru en nous, nos professeurs, nos amis.

« Le vent se lève.

Il va falloir tenter de vivre. » Paul Valéry.

Un médecin sans histoire peut devenir un Mengele: défense de la filière L!

Chers élèves de troisième, germanistes ou pas, voici quelques pistes de réflexion pour ne pas vous priver d’une magnifique orientation !

Il n’ y a pas que la filière S dans la vie, quoi que puissent en dire certains !!

Je suis chagrinée de voir que la plupart d’entre vous semblent se destiner à de diverses orientations certes toutes prometteuses, mais sans aucune envie d’intégrer un jour une filière littéraire. Ce serait vous priver d’une réflexion passionnante que de ne pas réfléchir à toutes les possibilités offertes et à tous les métiers envisageables…

NON, la section L n’est pas une section « poubelle » ni une « voie de garage » !

NON, la section L n’est pas réservée aux « fumistes », aux « glandeurs », à ceux qui n’ont pas d’autres possibilités car trop faibles en maths ou en sciences économiques ! Et même si ce type de profil se rencontre, oui, mais pas plus qu’ailleurs, on trouve heureusement de « véritables littéraires » et des élèves et étudiants enthousiastes, brillants et cultivés.

NON, on ne devient pas « que prof » en préparant un bac L ! On devient aussi journaliste, employé-e de collectivités locales ou territoriale, rapporteur au Sénat, avocat, infirmière, communiquant, manager, patronne de PME, notaire, courtier en assurances, agent de voyage, guide touristique, traducteur, énarque, élève à Normale Sup ou à Sciences Po, cadre, préfet, artiste, intermittent du spectacle, producteur, acteur, directeur de maison de retraite, directrice d’hôpital, chauffeur de bus, psychologue, kiné, orthophoniste, routière, ministre, président de la république, architecte, commerçant…

Cette liste à la Prévert n’est pas exhaustive, mais soyez certains qu’elle est EXACTE, car un bac L mène certes à de classiques études littéraires, mais aussi au droit et aux sciences économiques, aux écoles d’arts et d’architecture, aux écoles de commerce ou aux filières de tourisme et de l’hôtellerie, voire même aux écoles d’infirmières, à tous les concours de la fonction publique, de gardien de la paix à l’ENA, et à mille autres voies plus variées les unes que les autres ! En effet, il existe en première et en terminale différentes options et spécialités, comme « droit et grands enjeux du monde contemporain », art, histoire des arts,  maths…Certaines écoles, comme les grandes écoles de commerce, recherchent depuis quelques années des candidats issus de la filière littéraire, justement au vu de leurs profils atypiques…

Je sais que nombre d’entre vous ont d’ores et déjà en tête de préparer un bac S ou ES ensuite… C’est une erreur pour certains d’entre vous, pour tous ceux qui, spontanément, aiment le monde de la littérature, des arts, pour tous ceux qui adorent l’histoire et la politique, qui aiment les langues, qui se plaisent à réfléchir au sujet du monde, de la société, de la culture… Ne vous laissez pas influencer par les diktats des maths, des sciences ou de l’économie – et d’ailleurs, on peut fort bien intégrer HEC ou Sciences PO après le bac L !

Songez aussi que si vous êtes déjà des musiciens ou des artistes et que vous baignez dans la culture depuis des années, vous êtes déjà empreints de cette sensibilité littéraire dont le monde et la société, à notre époque de « pertes de valeurs », ont plus que jamais besoin ! Comme je l’ai dit à certains de mes propres élèves, qui prétendaient par exemple que le recrutement en classes préparatoires littéraires favorisait les élèves issus de S  -ce qui est entièrement faux, bien entendu ! -, même les médecins reçoivent ENFIN une (petite) formation de psychologie et de sciences humaines, justement pour à nouveau « humaniser » leur métier qui fait de certains « pontes » des savants, certes, mais dénués de cœur !

Songez aussi que tous les régimes dictatoriaux du monde ont, depuis toujours, commencé par museler la culture et les sciences humaines, justement afin d’éradiquer la pensée et les libertés.

Bref : réfléchissez avant de vous faire embrigader par les sacro-saintes mathématiques. 🙂

Et je ferai bientôt un autre article de blog au sujet des filières technologiques et techniques, voire même des CAP, si décriés dans notre pays qui voudrait faire de chaque élève de collège un futur étudiant en oubliant que nous avons aussi besoin d’artisans et de spécialistes, d’agriculteurs, de bijoutiers…

Je repense à cet autre article, écrit il y a quelques années sur Le Post, lorsqu’il était question de qupprimer l’histoire en TS…

Souviens-toi du Vase de Soissons!

Moi, je trouve qu’on devrait aussi supprimer la philo, en S.

Et les lettres.

Et puis les langues, aussi.

Pour ce qui est des arts et de la musique, on est tranquilles, c’est déjà fait.

Parce qu’entre nous soit dit, ça commençait à bien faire, cette manie de vouloir faire de nos futurs médecins et/ou entrepreneurs des penseurs et des philosophes, qui plus est mélomanes, dotés du sens du Beau et accessibles aux brûlures de l’histoire!!!

C’est vrai quoi, pour remettre un os en place ou pour fermer une usine, pour vacciner un bébé ou pour vendre des avions à des chinois, il est totalement inutile de savoir qu’en Chine, on tue les petites filles et les citoyens tibétains.

Et puis pour aller faire des injections le WE dans quelque gymnase de banlieue, ou pour construire des autoroutes en Afrique, franchement, quel besoin aurait-on de savoir que bouana a colonisé Banania il y a quelques siècles, ou qu’un certain Pasteur a inventé un vaccin contre la rage?

Ne parlons même pas des idées. De la réflexion. De l’éducation aux valeurs. De ce qui fonde un peuple, une nation. Des passerelles entre les cultures…

Petite prof d’allemand de province, épuisée par d’incessants trajets-puisque nous n’avons plus d’élèves, je dois aller à leur rencontre, et ainsi éparpiller mes savoirs et mes forces, je me souviens pourtant de ce PDG d’un grand groupe international qui, lorsque je tentais encore de faire du bouche à bouche à ma discipline moribonde, m’assurait qu’il était INDISPENSABLE de connaître la langue d’un pays pour finaliser véritablement des contrats.

Certes, la langue de Shakespeare suffira pour commander du chien ou des sushis. Mais pas pour deviner les subtilités de ce qui se mumure derrière les tatamis ou les chars entourant une place…

Et la musique…Souvenons-nous de ces orchestres jouant dans les Camps, sous le regard bienveillant des officiers SS…Ils ne savaient plus faire la différence entre le Bien et le Mal, devenus inaccessibles à l’art “dégénéré”, mais émus, toujours, par ces violons du bal joués par des morts vivants.

L’homme, nous le savons bien, redevient bien vite un loup pour l’homme.

Dépourvu de son vernis social, mais surtout des valeurs qui fondèrent toutes nos civilisations – il n’est qu’à regarder deux excellents films récents, “Le Ruban Blanc” ou “La Route”, pour se convaincre des atrocités ordinaires -, il retourne, toutes griffes dehors, vers les sauvageries primitives.

Enfants soldats d’une Afrique déculturée, Talibans sanguinaires, oh vous, peuples soumis aux dictatures, que n’avez-vous pu entendre Mozart, que n’avez-vous pu découvrir les arts…

Nous avons tant de chance, en France.

En ces heures où l’identité nationale fait rage, souvenons-nous du Vase de Soissons.

Et de Saint-Louis sous le chêne, et des prises de nos Bastilles, et de Jaures et autres Jean Moulin…

Je ne comprends pas, mais alors pas du tout, comment un gouvernement si attaché au tricolore veuille subitement décolorer nos écoles et en effacer les traces vives!

Je suis tres en colère!

Nicolas disait qu’il avait pleuré, à Yad Vashem… Qu’il avait changé, à Yad Vashem!!!

Où sont donc passées les larmes de son devoir de mémoire?!!!

Alors ce matin, quelqu’un m’a dit de vous réciter Aragon…

“Je vous salue, ma France aux yeux de tourterelle,

Jamais trop mon tourment, mon amour jamais trop!

Ma France, mon ancienne et nouvelle querelle,

Sol semé de héros, ciel plein de passereaux…

Je vous salue, ma France où les vents se calmèrent!

Ma France de toujours, que la géographie

Ouvre comme une paume aux souffles de la mer

Pour que l’oiseau du large y vienne et se confie!

(…)

Heureuse et forte enfin qui portez pour écharpe

Cet arc-en-ciel témoin qu’il ne tonnera plus,

Liberté dont frémit le silence des harpes,

Ma France d’au-delà le déluge, salut!”

Laissons nos élèves libres de leurs opinions, offrons leur, en cette année de terminale où ils se feront terreau de nos avenirs, la possibilité de devenir des hommes et des femmes libres.

Un médecin sans histoire peut devenir un Mengele.

***

Je vous mets ci-dessous un article tiré d’un journal lycéen, le « Pépin », écrit par Julie Briot, une élève de TL qui vient d’être admissible à Sciences Po Paris sans même passer les écrits, juste sur son brillant dossier.

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« DÉFENSE DE LA FILIÈRE LITTÉRAIRE

Les a priori sur la série littéraire sont nombreux. Dans l’imaginaire collectif lycéen, la L, c’est la filière, au choix : des drogués, des nuls, des glandeurs, ou alors des ‘‘artistes’’ (ce qui correspond en fait aux trois autres à la fois). Tandis que la S représente le travail, la rigueur, l’intelligence, le sérieux, et puis bien sûr la réussite professionnelle.

Mais d’où sortent ces préjugés ? Alors qu’en Italie, par exemple, le bac de lettres est considéré comme celui de l’excellence ?

Malheureusement, cela remonte à bon nombre d’années. L’esprit français a, depuis le XVIIème siècle, toujours privilégié la raison sur la sensibilité, ce qui est dans l’absolu constructif dans la formation intellectuelle ; mais, depuis le siècle dernier, on a considéré que les mathématiques et, par extension, les sciences exactes, étaient les seules disciplines faisant preuve de rationalité, de rigueur, et donc devaient être la valeur de référence de sélection des meilleurs élèves. Il s’ensuit que les parents ont poussé leurs enfants à aller dans les classes scientifiques, même si leurs prédispositions étaient littéraires, parce qu’elles étaient considérées comme celles de l’élite.

De plus, cette dynamique a été accentuée ces dernières années par certains politiciens de tous bords prêchant, par idéologie, sans l’avouer, la suppression de la transmission culturelle.

Ainsi, à cause de cette propagande, la série L a été désertée par les élèves. Et parce que de moins en moins de bacheliers sortent de cette série, les universités ou autres formations traditionnellement réservées aux littéraires ont été obligées d’ouvrir des enseignements aux S et ES, comme par exemple les prépas hypokhâgnes.

De là, on nous a répété que la série L offrait moins de débouchés, avec des enseignements inutiles qui ne produisent rien, que « les S conçoivent les cartons, les ES les fabriquent, et les L dorment dedans ». La suffisance de certains, qui se croient sérieusement l’élite de la nation, n’a d’égal que leur mépris pour les littéraires.

Mais, vous qui lisez ces lignes, je vous en supplie, NE CROYEZ PAS À TOUT CELA ! C’est tout simplement faux !

En aucune façon il ne faut considérer que les cours sont moins bons, moins intéressants ou moins utiles, que les bons élèves se trouvent en S et que les L sont mauvais ! La première chose que nous a dite notre professeur de français en première, c’est que, pour réussir, nous devions être plus rigoureux que les scientifiques.

Aucune filière n’est supérieure aux deux autres ; chacune privilégie une approche du monde différente. Les S favoriseront une vision analytique et expérimentale des phénomènes naturels ; les ES s’intéresseront à la société, de façon économique et sociologique ; et les L se préoccuperont de visions philosophiques et littéraires de l’homme.

Et la formation intellectuelle la moins riche n’est sans doute pas celle de la philosophie, du français, de l’art, de l’histoire, et des langues ; elle est peut-être d’ailleurs celle qui élargit le plus l’esprit, qui fait le plus grandir, et qui permet véritablement de dépasser nos présomptions de lycéens.

Chacun doit trouver sa voie dans la société. Et si la vôtre est l’étude des matières littéraires, la rédaction, l’analyse des textes qui ont fait notre culture et notre mode de pensée, en un mot la compréhension de ce que nous sommes aujourd’hui, eh bien, ne vous réfrénez pas ! Ne cédez pas à ceux qui vous diront que votre choix n’est pas réaliste et qu’il ne servira à rien.

Toutes les écoles valoriseront bien plus un bon candidat de L qu’un candidat moyen de S ou ES. Car ce que les recruteurs cherchent, ce sont des gens compétents, passionnés, enthousiastes, déterminés, et pour être de ceux-là, il vous faut aimer ce que vous faites. Ne choisissez pas votre série en fonction du métier que vous voulez faire, car s’il faut subir pour cela une formation qui ne vous plaît pas, il y a de grandes chances pour que le métier ne vous plaise pas non plus.

Si vous êtes vraiment littéraires et que vous vous dites ‘‘j’irai en S ou ES parce que je ne sais pas ce que je veux faire et que je ne veux pas me fermer de portes’’, eh bien, vous êtes dans l’erreur ; si ce que vous aimez est enseigné en L, alors vous voudrez opter pour des formations qui sont dans la ligne des cours de cette série, et donc que vous pourrez suivre avec un bac L en poche. En plus, si vous êtes polyvalent, vous pouvez continuer si vous le voulez les mathématiques en L.

Et si vous optez finalement pour une série S ou ES, que ce soit en toute connaissance de cause, en sachant que non, vous ne serez pas meilleurs que les autres. Que vous choisissez simplement de vous engager dans une filière spécifique, tout comme la L, et qui a ses avantages et ses inconvénients. Que si les L se détournent parfois des sciences, vous vous détournez de l’apprentissage intellectuel extrêmement riche des matières littéraires.

Alors, pour votre propre bien, dépassez vos préjugés sur la série littéraire ! Soyez libres, soyez les auteurs de vos choix, ne laissez pas les idées reçues décider pour vous. C’est là une attitude de vie que je vous propose : être acteur plutôt que spectateur.

Julie Briot, élève de terminale L  »

****

Quelques liens et idées trouvés au hasard du net:

Halte aux idées reçues, les filières littéraires ne mènent pas « nulle part ». Si elles peuvent conduire à l’enseignement ou la recherche, elles façonnent un esprit d’analyse et de synthèse, couplé à une grande culture générale et des qualités rédactionnelles recherchées par d’autres secteurs : communication, édition, journalisme…

Les débouchés

Les Lettres Classiques et Modernes orientent généralement vers la recherche ou l’enseignement. Cependant, d’autres débouchés sont possibles : la communication, l’édition, la documentation, les concours de l’administration… Les sciences du langage permettent aussi de travailler dans la communication, l’orthophonie, les industries de la langue. Vous pouvez aussi envisager de passer des concours de grandes écoles de journalisme ou de communication après la licence. Les CPGE, elles, préparent à certains concours de grandes écoles de journalisme ou encore l’École Normale Supérieure et les Instituts d’Études Politiques (IEP).

Les formations

À l’université, après le bac, les formations en lettres se décomposent en trois spécialités : les Lettres Modernes, les Lettres Classiques et les Sciences du Langage. Les deux premières sont consacrées à la littérature et la dernière à l’étude de la linguistique. Pour réussir en Lettres Classiques, il faut essentiellement connaître les langues anciennes telles que le latin et le grec. Les sciences du langage concernent l’étude du langage en termes scientifiques. Une bonne maîtrise des mathématiques est recommandée.
Les classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE) proposent une très bonne formation littéraire avec des spécialités en histoire, géographie, littérature ou en langue. Vous pouvez donc acquérir une très bonne culture générale.

Après un bac L (littéraire), l’université reste la voie privilégiée d’accès aux études supérieures pour les littéraires. Mais ils choisissent également d’autres débouchés, plus surprenants, comme les écoles de commerce !

L’université après un bac L

64,7% des bacs L se dirigent vers l’université. Avec un filière phare : lettres et langues. Les lettres classiques pour les férus de langue ancienne, lettres modernes pour les accros aux analyses de textes. Souvent, ces études mènent à l’enseignement, par le biais du CAPES ou de l’agrégation, manquant de candidats dans ces spécialités, ou à une poursuite en master Métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation. Mais d’autres secteurs s’ouvrent également aux bacs L : métiers du patrimoine et du livre, journalisme et communication… Pour les polyglottes, les langues peuvent se mêler à une autre filière, ce sont les doubles cursus, lettres-langues, histoire-langues…, mais également s’étudier à temps complet. La licence langues, littératures et civilisations étrangères (LLCE) permet au bac L d’approfondir sa connaissance de la langue, de la culture, de la civilisation, pour l’enseigner, la traduire, l’étudier, ou exercer dans le tourisme. Quant à la filière langues étrangères appliquées (LEA), il s’agit d’étudier des langues étrangères en relation avec une discipline, commerce, économie…

En droit, les bacs L représentent 20% des inscrits en première année. Volume horaire important, nouvelles matières, il faudra s’accrocher dès la rentrée, et surtout, ne pas choisir ce cursus par hasard. À la sortie, des fonctions juridiques de prestige, mais sélectives, comme avocat, juge, notaire, et la possibilité de passer des concours administratifs (ENA, fonction publique…).

Nos bacs L se bousculent également en psychologie, mais la filière enregistre de nombreux abandons en cours de route : attention, le cursus est exigeant, et demande de bons résultats dans les matières scientifiques (beaucoup de statistiques). Et les sciences humaines et sociales offrent d’autres possibilités : sociologue, géologue, archéologue

En arts, on trouve diverses mentions pour les bacs L, arts plastiques ou du spectacle, musique, menant à l’enseignement, pour l’Éducation Nationale (postes se raréfiant), mais aussi asso, collectivités…, et aux concours des différentes écoles. Les sciences de l’éducation ouvrent la voie aux métiers du travail social, et à certains concours administratifs.
Et pourquoi pas l’économie-gestion ? La licence administration économique et sociale (AES), pluridisciplinaire, reste la plus adaptée aux L. Les débouchés : métiers de la banque, de l’assurance, des ressources humaines.

Bac L : Les classes prépas

7,9% des bacs L choisissent les classes préparatoires aux grandes écoles (7,8% CPGE lettres, 0,1% économiques, faible pourcentage s’expliquant par le niveau de maths important). Aujourd’hui, de nombreuses places restent vacantes dans ces classes : tentez votre chance ! Si le programme reste ardu, la classe prépa permet de ne pas se spécialiser immédiatement, laissant ouvertes les voies d’orientation, et de postuler pour de prestigieux concours : ENS (Écoles Nationales Supérieures), IEP (Instituts d’Études Supérieures), écoles de journalisme, Grandes Écoles, dont celles de commerce, qui apprécient de plus en plus les profils littéraires. Que ce soit en prépa lettres (A/L, la fameuse hypokhâgne puis khâgne), prépa lettres et sciences sociales (B/L), Chartres ou Saint Cyr, voire prépa commerce (mais mieux vaut passer par la voie réservée aux littéraires pour intégrer une école de commerce), il faudra s’adapter au rythme soutenu, au travail personnel important, mais rien d’insurmontable avec un peu de motivation et de passion. Filet de sécurité : la possibilité de repartir vers les bancs de la fac en cours de route.

Les filières courtes avec un bac L

Les bacs L optent surtout pour les BTS (10,5%), moins pour les DUT (2,1%). Une formation à la fois théorique et pratique en deux ans, souvent en alternance, pour une insertion immédiate sur le marché du travail, ou une poursuite à l’université (souvent en licence pro) ou en école spécialisée. Les BTS tourisme et communication attirent le plus, audiovisuel et photographie dans une moindre mesure. Certains vont même en hôtellerie et restauration, après une année de remise à niveau. Côté DUT, les bacs L sont friands d’information et communication et carrières sociales.

Les écoles accessibles après un bac L

Arts, communication (une centaine d’écoles), audiovisuel, paramédical (infirmiers, orthophonistes…), journalisme (une cinquantaine d’écoles, treize reconnues par la profession), les écoles spécialisées sont nombreuses… et ne se valent pas toutes ! Les tarifs d’inscription ne sont pas synonymes de qualité, il faudra impérativement regarder la reconnaissance du diplôme par l’État.

Quels métiers après un bac L ?

Les métiers accessibles après un bac L sont très nombreux puisque le bac L ouvre la porte à beaucoup de secteurs (le bac L est un bac général). Avant de s’intéresser à un métier, il faut donc se pencher sur un secteur qui vous intéresse. Une fois le secteur déterminé, il vous sera facile d’y trouver les métiers qui le composent ! Pour cela, vous pouvez utiliser notre « moteur de recherche métiers ».
D’une manière générale, le bac L offre des débouchés vers :
Les métiers des lettres et langues, les métiers de l’enseignement, les métiers de la communication, les métiers du tourisme, du droit, de la psychologie, des arts, de l’économie-gestion ou encore de l’audiovisuel.

Témoignage : Sandrine, 18 ans, Bac L

Littéraire dans l’âme, Sandrine a toujours souhaité étudier les lettres. «Aussi longtemps que je m’en souvienne, j’ai toujours eu une appétence pour la littérature, notamment pour les romans de Balzac, Zola ou Maupassant». C’est donc tout naturellement qu’une fois son bac L en poche, elle s’inscrit en licence de lettres modernes. «Histoire de la langue, Linguistique, Latin, Stylistique rhétorique, sciences du langage ou encore communication… les enseignements sont aussi intéressants que variés» estime Sandrine. D’ailleurs après la licence, elle se verrait bien en master communication afin d’exercer le métier de responsable communication dans une maison d’édition afin d’associer «travail et plaisir». «Promouvoir des auteurs et leurs romans et être payé pour cela, serait l’idéal» conclut Sandrine. Souhaitons-lui bonne chance.

http://www.etudes-litteraires.com/forum/forum11-la-filiere-litteraire.html

La carte et le territoire

La carte et le territoire

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Comme tout prof qui se respecte, qu’il pleuve ou qu’il vente, et même au cœur des vacances de Toussaint, mon premier geste fraîcheur du jeudi matin est la consultation du Saint Graal ; j’ai nommé le BO. Oui, comme d’autres font du yoga, regardent leur messagerie ou écoutent France Info, nous, les profs, espérons toujours, même à la veille de la retraite, dénicher l’info du siècle dans cette Bible devenue numérique ; un poste qui se libèrerait au lycée français de NY, celui où nous avions failli enseigner à 25 ans, ou notre auteur fétiche qui serait mis au programme de l’agreg, ou encore un pote de fac qui deviendrait IPR…

Ce matin, toutefois, les bras m’en sont tombés avant même ma correction de copies du jour… Sous mes yeux dessillés par l’étonnement se dessina soudain une bien étrange « Carte des langues vivantes ». En effet, même avant mon litre de thé vert, j’ai eu la finesse de remarquer que cette « carte » ne reposait pas sur une « carte » réelle, j’ai nommé ces bonnes vieilles cartes, pêle-mêle d’état-major, de France, du monde, du ciel, puisqu’elle est entièrement constituée non pas de reliefs, de villes, de frontières, de pictogrammes, mais simplement de mots et de phrases.

http://www.education.gouv.fr/pid285/bulletin_officiel.html?cid_bo=94580

Chouette, me suis-je dit en mon for intérieur, vous savez, celui qui a toujours été nul en coloriage : not’Cheffe a compris que l’interdisciplinarité passait aussi par l’allègement des programmes. Voilà qu’elle nous propose des cartes sans géo, puisque après tout, nous sommes nombreux à avoir compris sa réforme comme l’annonce d’un collège sans latin, sans allemand…

Intriguée, j’ai tout de même pris le temps de fouetter un matcha latte en beurrant mon pain sans gluten, avant de revenir découvrir à quelle sauce j’allais être croquée, malgré mon statut de presque Mère-Grand, par le Loup de la Réforme…

Bon, ça commence soft, après le bla-bla habituel, avec même un clin d’œil appuyé vers ce qui est, somme toute, déjà en place depuis des décennies, comme la possibilité d’apprendre des langues diverses et variées, hors des quatre piliers de base le plus souvent enseignés…

« Ainsi, la carte des langues permet d’impulser une politique linguistique cohérente et diversifiée. Elle conforte l’enseignement des quatre langues les plus enseignées (anglais, allemand, espagnol et italien) et encourage le développement des autres langues à plus faible diffusion dans notre système scolaire : arabe, chinois, grec moderne, hébreu, japonais, langues scandinaves, néerlandais, polonais, portugais, russe et turc. »

Vous me direz que rares sont les élèves à choisir le polonais, hormis ceux qui sont peut-être désireux de se lancer plus tard dans un commerce de Vodka, – et puis pourquoi le polonais et pas le roumain ou le serbo-croate ? Il est grand le mystère de l’EN… Mais j’ai connu, anecdote estampillée TZR, un chef d’et’ qui envoyait ses élèves en stage « en Pologne, parce que c’est un peu comme l’Allemagne, ils parleront aussi allemand en Pologne », sic… Bref, passons. Peut-être qu’un des membres de la commission ayant réfléchi à ce sujet est un lointain cousin de Valesa ou de Karol Wojtyła…

Vient ensuite le laïus connu de l’enseignement si important des langues régionales…

« La carte des langues prend en compte l’enseignement des langues vivantes régionales, qui reste régi par la circulaire n° 2001-166 du 5 septembre 2001 sur le développement de l’enseignement des langues et cultures régionales à l’école, au collège et au lycée… »

Ce n’est pas moi qui vais cracher dans la soupe régionale, après les jours de rêve passés l’été dernier à couvrir le Festival Interceltique pour ce blog…C’est simple, je ne peux plus manger de beurre salé sans entendre du biniou et suis devenue plus bretonne que les Chouans. Par contre, entendre les stations de métro annoncées en occitan dans le métro me fait toujours rougir de honte, surtout quand je vois l’œil hagard des rares touristes et le regard gêné de mes concitoyens…Bref, passons. Tout le monde sait la haute importance que revêt l’occitan dans un CV, lorsque l’on brigue une place chez Airbus ou un stage à UCLA…

C’est la suite qui vaut son pesant d’or :

« Dès le CP, il convient de proposer un choix de langues vivantes étrangères autres que l’anglais. Cette diversité doit bénéficier en particulier à l’enseignement de l’allemand.

L’enseignement de langues vivantes étrangères et régionales est dispensé par des professeurs des écoles ayant les compétences requises, par des professeurs du second degré volontaires ou par des assistants de langues vivantes étrangères et d’autres locuteurs natifs.

Par ailleurs, conformément à la Charte de qualité franco-allemande pour les écoles maternelles bilingues signée le 22 janvier 2013, un réseau d’écoles maternelles a été mis en place depuis la rentrée 2014. Il a vocation à favoriser les échanges entre les écoles et les structures allemandes équivalentes ainsi que les échanges interacadémiques. Les écoles maternelles bilingues sont encouragées à rejoindre ce réseau. »

Ce matin, donc, j’ai appris avec joie qu’il existait un réseau d’écoles maternelles bilingues, et qu’on nous l’avait caché. Me voilà donc à fredonner du Pharell Williams en tartinant mon Rübenkraut – divinissime confiture allemande trouvée chez http://www.heimat-de.fr/index.php/fr/-, toute heureuse à l’idée que, sur le modèle des « Calandreta », nos écoles bilingues en occitan, l’hexagone allait peut-être bientôt se peupler de…, voyons, comment pourrions-nous les nommer, de « Bochinettes », « Teutonnettes », « Bayernettes », « Merkelettes » ??? Mais ma joie fut de courte durée, lorsque je me souvins, malgré la cruelle absence de référent pictural, du terme « carte »…Bon sang mais c’est bien sûr, ces métissages-là seraient sans doute réservés aux régions jouxtant la ligne Maginot…. Aussitôt, les images d’Epinal d’enfants blonds de Göttingen jouant au cerceau avec Marius et Jeannette s’évaporèrent, comme les effluves de mon thé fumant…

Je séchai cependant bien vite mes larmes en lisant cet incroyable présent de narration, ou plutôt de déclaration, pour un peu, je me serais crue chez les Chtis et les Marseillais qui, eux aussi, ne semblent dominer que ce temps-là : « L’enseignement EST dispensé par des professeurs du second degré volontaires » !! Alors là, je peux vous assurer que c’est fort de café ! 20 ans que je suis TZR, 20 ans que je demande à enseigner en primaire, justement pour faire remonter la courbe descendante des effectifs, 20 ans que le Rectorat oppose son droit de véto en affirmant que cet enseignement est dévolu…aux professeurs des écoles (lesquels n’ayant souvent PAS fait d’allemand, etc etc, pas besoin de vous faire un dessin.) Bref, passons.

http://www.huffingtonpost.fr/sabine-aussenac/manque-eleves-germanophones_b_1775203.html

J’ai gardé le meilleur pour la fin :

« L’article 39 de la loi du 8 juillet 2013 d’orientation et de programmation pour la refondation de l’École de la République rappelle en outre la nécessité d’assurer une continuité des apprentissages entre le primaire et le collège. L’article 8 de l’arrêté du 19 mai 2015 relatif à l’organisation des enseignements dans les classes de collège prévoit que les élèves qui ont bénéficié de l’enseignement d’une langue vivante étrangère autre que l’anglais ou d’une langue régionale à l’école élémentaire peuvent se voir proposer, en plus de la poursuite de l’apprentissage de cette langue, de commencer l’anglais dès la classe de sixième. Le cas échéant, une dotation horaire spécifique peut être attribuée à cette fin. Tout élève ayant étudié à l’école primaire une langue vivante étrangère ou régionale autre que l’anglais peut par conséquent poursuivre l’apprentissage de cette langue en classe bilangue. Il en est de même pour les élèves ayant suivi un enseignement de langues et cultures d’origine (Elco) et qui pourront attester du niveau A1 à la fin de l’école élémentaire.

À compter de la rentrée 2016, l’enseignement de la LV2 débute en classe de cinquième. De ce point de vue, il convient de proposer un choix varié de langues vivantes aux élèves afin de garantir une diversité linguistique. Cette offre de langues au collège, définie dans le cadre de la carte académique des langues, prend en compte à la fois l’offre proposée aux élèves du primaire, l’offre proposée par les lycées généraux, technologiques et professionnels et les différents dispositifs offerts par ces lycées (sections européennes, sections internationales, sections binationales : Abibac, Bachibac, Esabac). »

Soit je suis débile et j’ai fait grève et manifesté pour rien, soit NVB a reculé. Va falloir qu’on m’explique. Car nous qui avons tempêté, écume aux lèvres, contre la suppression des bilangues, nous lisons soudain que ces dernières « pourront être maintenues », mais…dans des cas bien précis, c’est-à-dire lorsque les élèves auront bien appris une autre langue que l’anglais au primaire.

J’en appelai à mon ami Wiki pour vérifier une notion…

SOPHISTES : « Leurs détracteurs (dont le plus célèbre fut Platon) estiment que, n’ayant en vue que la persuasion d’un auditoire, que ce soit dans les assemblées politiques ou lors des procès en justice, les sophistes développent des raisonnements dont le but est uniquement l’efficacité persuasive, et non la vérité, et qui à ce titre contiennent souvent des vices logiques, bien qu’ils paraissent à première vue cohérents : des « sophismes ». Les sophistes ne s’embarrassaient pas de considérations quant à l’éthique, à la justice ou à la vérité. »

Sophiste, oui, voilà le mot qui me vint à l’esprit tandis que je me servais un autre verre de jus d’orange, tentant de décrypter l’impossible nœud gordien de cette pseudo promesse de vente outre-rhénane…Car si je me base sur ma seule académie d’origine, celle que traverse nonchalamment Garonne, hormis un village aveyronnais dont l’IPR nous a dit qu’il résistait tel un village gaulois, avec je ne sais combien d’écoliers apprenant la langue de Goethe, ici, c’est bien le désert des Tartares ; Gers, Tarn, Lot…voilà des départements où plus aucun élève de primaire ne chante l’alphabet de Mozart en mangeant des bretzels…

Bref, passons. Je vous épargne la suite, qui concerne la prétendue non suppression des Abibacs et autres joyeusetés européennes, et les descriptions de tout ce qui est déjà existant par rapport au lycée et qui évite soigneusement l’essentiel, c’est-à dire la vérité par rapport aux dotations horaires misérables de l’enseignement des langues en France, qui fait de nos lycéens la risée du monde, qu’ils tentent de draguer sur une plage, de passer un entretien en anglais ou, un jour, de faire de la politique…

https://www.youtube.com/watch?v=qLo4kK620Wc

Je vous épargne le don de joyeux avènement promis par la mise en place de la réforme, les réunions et autres stages où nous discuterons au lieu de travailler.

Je vous épargne l’annonce d’une « Semaine des langues », puisque nous, vaillants germanistes, organisons déjà depuis des lustres une semaine franco-allemande pour commémorer le traité de l’Élysée, une chouette semaine en janvier où les germanistes parlent aux germanistes et prêchent depuis des décennies dans le vide en brassant beaucoup d’énergie bi nationale, faute de réelle campagne de communication menée à l’échelle gouvernementale et relayée par des moyens modernes.

Et j’attends avec une impatience non dissimulée la suite des festivités :

Une carte du latin, avec des descriptifs spartiates des programmes à suivre par  ceux qui vont mourir et salueront néanmoins César avec dignité ?

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Européenne…

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Quelle connerie la guerre

Qu’es-tu devenue maintenant

Sous cette pluie de fer

De feu d’acier de sang

 Prévert, Barbara

Souvent, je l’imagine, ma maman. Le visage défiguré par la terreur, les mains agrippées à celles de sa propre mère tentant sans doute de faire un rempart de son corps à ceux de ses quatre enfants, dans le vacarme assourdissant des bombardements.

Encore aujourd’hui, ma mère tressaille en entendant un avion survoler l’azur de son petit paradis tarnais. Elle est pourtant bien loin de sa Rhénanie natale, et bien de l’eau a coulé dans le Rhin depuis ces années où, petite fille aux nattes blondes et aux yeux si clairs, elle espérait le retour de son père parti sur le front russe en tremblant sous les bombes des Alliés, son ventre criant famine quand elle cherchait des épluchures de pommes de terre pour les dévorer…

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Mon père, lui, n’a de la guerre presque que des souvenirs joyeux. Ils n’étaient pas bien malheureux, son grand-frère et lui, dans le petit village de la campagne tarnaise depuis lequel mon grand-père français aidait les Maquisards, cachant des armes sous les tuiles et continuant sans doute à déguster les cochonnailles préparées par ma grand-mère.

J’ai grandi entre les récits de ces deux enfances si différentes, écartelée parfois dans ma propre mémoire, tandis qu’à l’école des petites pestes écervelées de mon école de filles me surnommaient « Hitler », quand les métissages n’étaient pas encore à la mode et que les familles respectives de nos parents, de nos courageux parents, apprenaient à se connaître et à dépasser les brûlures de l’Histoire.

http://raconterlavie.fr/recits/une-enfance-franco-allemande/#.VUzZRPntmko

Point n’est besoin d’avoir épluché les ouvrages de psycho généalogie pour comprendre que deux sangs différents couleront toujours dans mes veines, et que je suis l’humble produit d’une fabuleuse réconciliation. Toujours retentiront en moi les sirènes qui épouvantaient ma mère, mais aussi les clameurs d’allégresse de la libération de Toulouse. Et je porte encore les griffures des petits doigts des millions d’enfants sacrifiés dans les chambres à gaz, l’empreinte de la Shoah s’étant inscrite dans ma culpabilité d’enfant de la troisième génération comme un tatouage au bras d’un prisonnier…

https://www.youtube.com/watch?v=tmMsR3fZjb0

http://www.refletsdutemps.fr/index.php/thematiques/culture/histoire/item/comme-de-longs-echos-qui-de-loin-se-confondent-2

Je sens aussi le froid mordant de l’Ukraine bleuir les lèvres de ce grand-père allemand que j’ai chéri plus que tout au monde. Et j’entends d’autre part aux vacances la voix claire encore de mon oncle français me rapporter les récits de la fin de la guerre…

http://www.oasisdesartistes.org/modules/newbbex/viewtopic.php?topic_id=53927&forum=18

Alors quand des élèves  soupirent en m’entendant leur demander ce que l’Europe signifie pour eux, quand certains ne savent pas qu’il y a eu une autre guerre sur notre continent depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, quand je les sens indifférents aux mots paix, mémoire, patrie, réconciliation, Europe, mon sang mêlé ne fait qu’un tour.

Car cette année, à Toulouse, au lendemain de ce 8 mai où le monde entier commémore de concert la fin des années de barbarie et de violences, nous inaugurerons le 9 mai, journée de l’Europe, cette semaine de l’Europe qui fêtera les 65 ans de la déclaration de Robert Schuman :

http://esl.ut-capitole.fr/semaine-de-l-europe-a-toulouse-516478.kjsp

http://www.europe-toulouse.eu/?p=2400

Et il me semble capital de sensibiliser les jeunes à l’importance de notre Union Européenne, symbole du pouvoir de la Paix. Je ne veux pas aujourd’hui polémiquer autour de la crise, de la dette grecque, de la pseudo nouvelle hégémonie de l’Allemagne, d’éventuelles sorties de l’Euro. Je tairai les innombrables critiques des eurosceptiques et des empêcheurs de construire en rond, et puis les phrases perfides de ceux qui, encore aujourd’hui, me disent parfois que « dans le sud-ouest, il est encore difficile de pardonner, c’est pour cela que l’allemand est en perte de vitesse… »

Non, je voudrais m’incliner devant ceux qui ont su, malgré les outrages et les horreurs, redonner du sens à la fraternité et au pardon, osant faire du paysage dévasté de nos contrées européennes un nouveau tableau de prospérité et de partages. Je voudrais remercier mes quatre grands-parents d’avoir osé se réunir à la table d’un mariage en août 1959, quelques années à peine après que la botte de l’occupant nazi ait dévasté notre pays, pour festoyer ensemble malgré les millions de victimes, pour s’assoir ensemble sur les bancs d’une petite chapelle et dans un hôtel de ville, osant ainsi faire partie des pionniers de l’esprit européen.

http://www.poesie-sabine-aussenac.com/cv/portfolios/image_je-suis-la-sourciere

Mon grand-père allemand dans son hameau tarnais; et une tablée familiale avec mes grands-parents français...
Mes deux grands-pères..

Je voudrais remercier nos parents qui nous ont élevés avec bon sens et respect des traditions, nous permettant de grandir dans la richesse de deux cultures, dans le bilinguisme et l’ouverture d’esprit, entre foie gras et pâtisseries allemandes, entre Goethe et Hugo, nous prouvant chaque jour que leur choix avait été le bon, puisque leur couple a lui aussi résisté à l’usure du temps, comme le couple franco-allemand, toujours et encore « le moteur de l’Europe ».

Ainsi je me sens  Tarnaise, Toulousaine, française, mais aussi Rhénane, allemande, et, encore et toujours, européenne.

J’ai l’Europe chevillée au corps et au cœur, de l’Hymne à la joie au jingle de l’Eurovision, des discours de Schuman aux libertés de l’espace Schengen, petite occitane rêveuse et blondinette en « Dirndl », et, surtout, avec la certitude que la paix durable n’est le fruit que des combats, de ces combats des Grands qui signent les traités et prononcent les discours, mais aussi de ces millions de combats quotidiens des humbles qui osent la fraternisation et qui se retroussent les manches pour que plus jamais ne retentisse l’alarme.

Faites que jamais ne revienne

Le temps du sang et de la haine

Car il y a des gens que j’aime

A Göttingen, à Göttingen.

https://www.youtube.com/watch?v=s9b6E4MnCWk

Je m’incline ainsi ici devant ces milliers de collègues qui, de part et d’autre du Rhin, ont organisé tant d’échanges scolaires bien avant les superbes organisations actuelles et qui, depuis des décennies, ont permis aux enfants de nos deux pays de découvrir le pays de l’Autre !

http://www.education.gouv.fr/pid25535/bulletin_officiel.html?cid_bo=88421

Vive la paix, vive l’Europe, et vive le couple franco-allemand !

https://www.youtube.com/watch?v=GBaHPND2QJg

http://www.huffingtonpost.fr/sabine-aussenac/prix-nobel-union-europeenne_b_1960721.html

Ma mère et sa belle-mère...
Ma mère et sa belle-mère…

Curricumum vitae…

Rhénane

Pour les étés de mon enfance
Bercés par une Lorelei
Parce que née de forêts sombres
Et bordée par les frères Grimm
Je me sens Romy et Marlène
Et n’oublierai jamais la neige

Rémoise

Pour un froid matin de janvier
Parce que l’Ange au sourire
A veillé sur ma naissance
Pour mille bulles de bonheur
Et par les vitraux de Chagall
Je pétille toujours en Champagne

Carolopolitaine

Pour cinq années en cœur d’Ardennes
Et mes premiers pas en forêt
Pour Arthur et pour Verlaine
Et les arcades en Place Ducale
Rimbaud mon père en émotion
M’illumine en éternité

Albigeoise

Pour le vaisseau de briques rouges
Qui grimpe à l’assaut du ciel bleu
Pour les démons d’un peintre fol
Et ses débauches en Moulin Rouge
Enfance tendre en bord de Tarn
D’une inaliénable Aliénor

Tarnaise

Pour tous mes aïeuls hérétiques
Sidobre et chaos granitiques
Parce que Jaurès et Lapeyrouse
Alliance des pastels et des ors
Arc-en-ciel farouche de l’Autan
Montagne Noire ma promesse

Occitane

De Montségur en Pays Basque
De la Dordogne en aube d’Espagne
Piments d’Espelette ou garigues
De d’Artagnan au Roi Henri
Le bonheur est dans tous les prés
De ma Gascogne ensoleillée

Toulousaine

Pour les millions de toits roses
Et pour l’eau verte du canal
Sœur de Claude et d’Esclarmonde
Le Capitole me magnétise
Il m’est ancre et Terre promise
Garonne me porte en océan

Bruxelloise

Pour deux années en terre de Flandres
Grâce à la Wallonie que j’aime
Parce que Béguinage et Meuse
Pour Bleus de Delft et mer d’Ostende
En ma Grand Place illuminée
Belgique est ma troisième patrie

Européenne

Pour Voltaire Goethe et Schiller
Pour oublier tous les charniers
Les enfants blonds de Göttingen
Me sourient malgré les martyrs
Je suis née presqu’en outre-Rhin
Lili Marleen et Marianne

Universelle

Pour les mots qui me portent aux frères
Par la poésie qui libère
Parce que j’aime la vie et la terre
Et que jamais ne désespère
Pour parler toutes les langues
Et vous donner d’universel.

Théâtre …à l’italienne! Les Journées du Théâtre Lycéen au TNT.

 

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Elle était là, l’Italie, le 10 avril, sur la grande scène du TNT. Vibrionnante de soleil, éclatante de rêves, foisonnante comme une rue de Naples, fébrile comme une scène de Fellini, embaumant l’atmosphère « comme un parfum de basilic dans l’assiette du monde »…

La centaine d’élèves issus de neuf lycées de notre académie, ayant pratiqué le théâtre au sein de leur établissement, étaient venus présenter à un public conquis leurs créations autour du thème de L’Oiseau vert de Carlo Gozzi, en écho à la création de Laurent Pelly, dans le cadre du partenariat entre le TNT et l’académie de Toulouse.

Cette magnifique manifestation, qui s’inscrit superbement aux côtés de « Jeunes au cinéma », du Prix d’écriture Claude Nougaro ou des « Projets d’Avenir », était donc la septième édition de ces Journées du Théâtre Lycéen qui transforment la scène du TNT en une pépinière de jeunes talents plus éblouissants les uns que les autres !

Il fallait les voir, nos jeunes, faisant mine d’être décontractés avant le spectacle, dansant nonchalamment au son des accords du groupe Down Jacket dans le hall, comme on danse à seize ans, pleins de grâce et d’innocence…

https://www.facebook.com/pages/Down-Jacket/298938433449965?fref=ts

https://onedrive.live.com/redir?resid=8DAAE5B306BE4C6!18012&authkey=!AGaTWRqNZbCkq9Q&ithint=video%2cmp4

Mais j’ai pu aussi accompagner les lycéennes de Saint-Sernin cachées derrière la porte avant leur entrée en scène, tremblantes comme des biches aux abois à l’idée de la lumière, toutes inquiètes et pétrifiées de trac… C’est qu’il en fallait, du courage, pour monter sur cette scène qu’ont magnifiée les plus grands…

Le résultat des mois d’intense préparation a été à la hauteur de leurs espérances. Le public ne s’est pas ennuyé une minute, applaudissant à tout rompre. C’est le lycée Gabriel Fauré de Foix qui a ouvert le bal, avec un habile montage de la Divine Comédie et d’autres pièces. Mêlant airs culinaires et saveurs théâtrales, les lycéens ont, dans un déferlement de couleurs et d’audaces, restitué la belle ambiance festive de cette Italie dont ils scandèrent le nom.

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Le lycée Maréchal Soult de Mazamet, lui, avait choisi de présenter de façon plus classique les Cancans, de Goldoni, nous offrant dans une mise en scène colorée le portrait des rumeurs qui nous semblèrent étrangement actuelles… Les ragots des lavandières s’entrechoquaient aux rires des marchands de Venise dont le bel accent tarnais emporta le public…

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Vint ensuite, avec le lycée Clémence Royer de Fonsorbes,  un amusant mélimélo de deux pièces enchevêtrées, l’Oiseau vert parodié et Six personnages en quête d’auteur se disputant le premier rôle dans un fracas de gags et dans un joyeux désordre très applaudi.

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Le lycée du Caousou, de Toulouse, avait choisi de revisiter le Baron perché d’Italo Calvino, évoquant les soubresauts de révolte de l’adolescence face à l’immuable marche du monde. Il était beau, Côme, épris de liberté du haut de son arbre, ne cédant jamais au conformisme de ses aînés…

https://onedrive.live.com/redir?resid=8DAAE5B306BE4C6!17996&authkey=!AC8Lv_robhaNWZ0&ithint=video%2cmp4

Le lycée agricole d’Auzeville avait travaillé dix séquences de la Fête, de Spiro Simone, nous emportant dans les gestes répétés d’un quotidien entrecoupé par la fête, virevoltant dans cette ronde inachevée et burlesque.

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Au lycée Saint-Exupéry de Blagnac, on s’était approprié l’âme de Fellini, mêlant les scènes les plus époustouflantes de la Dolce Vita et d’autres chefs d’œuvres qui soudain transformèrent le TNT en grand écran… Nous aurions presque cru apercevoir le visage de Marcello et de Monica…

Le lycée Pierre d’Aragon de Muret, lui, nous offrit Dario Fo et son Apocalypse différée, facétie experte d’un imaginaire bien proche du réel, nos jeunes mimant les illusions perdues d’un monde à la dérive.

La grande surprise nous vint du lycée Saint-Sernin de Toulouse, quand soudain quatre groupes de jeunes se postèrent à différents angles de la salle, dans une scène éclatée, obligeant le public à de savantes contorsions pour entendre leur balade du jeune Jean Baptiste, librement adaptée de Bruits d’eaux de Marco Martelli, en écho bouleversant des centaines de migrants s’échouant et périssant dans les eaux de mare nostrum et de l’Adriatique… Même leurs chuchotements, si audibles malgré le seul murmure, figèrent la salle dans une émotion quasi cathartique…

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https://onedrive.live.com/redir?resid=8DAAE5B306BE4C6!17988&authkey=!APVEVZUi2-7y6oU&ithint=video%2cmp4

Enfin, en véritable apothéose de cette soirée inoubliable, le lycée du Castella de Pamiers nous offrit une composition chorale et fantaisiste de la vie de Silvio B., régalant les spectateurs de divers délires colorés et décalés.

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N’oublions pas non plus les intermèdes, assurés par des jeunes de différents lycées dans une joyeuse créativité annonçant les divers tableaux.

https://onedrive.live.com/redir?resid=8DAAE5B306BE4C6!17984&authkey=!ABaWOmvsFqzNmmQ&ithint=video%2cmp4

La salle applaudit longuement les acteurs en herbe, vedettes d’un soir et héros d’une vie, portant en eux les germes d’un talent certain et les promesses de tous ces avenirs bariolés que nous leur souhaitons tant…

https://onedrive.live.com/redir?resid=8DAAE5B306BE4C6!17973&authkey=!AIUDrYwiJsjtGBQ&ithint=video%2cmp4

Et comme l’avaient souligné en introduction Laurent Pelly, accompagné de Madame la Rectrice et de la représentante de la Région, chacun a eu conscience du rôle capital que le théâtre et, par là-même, les arts, peuvent jouer dans la construction de toutes ces identités lycéennes et citoyennes…

C’est bien ces promesses de l’aube, d’ailleurs, dont nous regrettons tant la mort annoncée, avec ces réformes successives qui peu à peu érodent les richesses de notre système scolaire, quand la réforme si contestée du collège supprime les dotations dédiées aux clubs, aux chorales, aux activités diverses, quand les heures de latin ou d’allemand sont menacées de disparition, comme ont été mises à mort tant d’options au lycée… Oui, la blogueuse du Monde est aussi (et avant tout !) prof d’allemand, et je sais bien que jamais mes futurs élèves n’auront l’occasion de jouer une quelconque scène de Schiller ou de Brecht, quand presqu’aucune école primaire de l’académie ne propose de l’allemand en initiation, quand deux heures suffiront à peine pour apprendre les rudiments de la langue de Goethe…

C’est bien l’inverse qu’il conviendrait de mettre en place : l’art au service de l’école, le théâtre dès la maternelle, et pourquoi pas, un jour, les Journées de la Poésie Lycéenne au TNT… Car nos jeunes ont aussi besoin de s’exprimer, d’apprendre autrement que dans les livres, ces livres qu’ils ne lisent plus, et surtout de réinvestir la réalité, pour échapper à la dictature des écrans… Et cette réalité, ne la trouveraient-ils pas avant tout dans le rêve qu’offrent l’art, la culture et la création ?

« On enseigne tout aux gens, sauf à vivre. » Marcelle Auclair.

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Et le 28 mai , les lycéens du Caousou ont à nouveau joué…dans le Cloître du lycée!

https://onedrive.live.com/redir?resid=8DAAE5B306BE4C6!20475&authkey=!AI_jlB-UJ7l7Ku8&ithint=video%2cmp4

 

http://www.oasisdesartistes.org/modules/newbbex/viewtopic.php?topic_id=69555&forum=2

http://archives-lepost.huffingtonpost.fr/article/2009/12/08/1829601_souviens-toi-du-vase-de-soissons.html

 

 

 

 

 

Noël en cours d’allemand:) Un avant-goût depuis la Ville Rose…

Frohe Weihnachten! Bientôt Noël, la plus grande fête allemande!


Dimanche, ce sera le premier dimanche de l’Avent: en effet, en Allemagne et dans les pays de langue allemande, on est déjà dans l’atmosphère de Noël, la fête la plus importante de l’année, dès ce jour-là. On fabrique une couronne en sapin, ornée de quatre bougies qui seront allumées une à une, chaque dimanche, jusqu’à Noël:
Le 6 décembre, on fêtera aussi la célèbre « Saint-Nicolas »! Les enfants mettront leurs chaussures devant la porte de leur chambre, et, s’ils ont été sages, ils recevront des sucreries et des cadeaux. Attention, ce n’est pas comme en Belgique, où l’on célèbre Noël par anticipation ce 6 décembre; mais c’est une tradition importante, et parfois, même, les enfants recevront une petite surprise tous les matins…http://gfvimoutiers.pagesperso-orange.fr/Coutumes/noel.de/nikolaus.html
Mais…ce n’est pas tout! Les enfants allemands adorent aussi ouvrir les petites fenêtres de leur Calendrier de l’Avent: der Adventskalender. Ainsi, chaque matin, on ouvre une petite fenêtre derrière laquelle se cache un chocolat!
Nous partagerons bien sûr cette ambiance festive au collège! Je vous ai déjà acheté quatre calendriers, un par classe, et, dès lundi, nous terminerons chaque cours (si vous avez « été sages »!!) par un quizz; et les chocolats seront distribués…Attention, si la classe a un comportement dérangeant… le chocolat du jour sera offert…à un professeur wink!smiley
Les thèmes des quizz:
– En troisième: savoir donner des noms de pays en allemand
– En quatrième: trouver des villes allemandes
– en cinquième: trouver des noms d’animaux, d’arbres, de fleurs
– en sixième, puisque vous l’avez appris avec notre assistante, les aliments!
Nous préparerons aussi une petite fête de fin d’année -une par classe!- mais attention, seulement si VOUS apportez des pâtisseries de Noël faites maison, les fameux « Plätzchen »!
Je vous donnerai bientôt de délicieuses recettes! Comme:
Bien sûr, nous apprendrons aussi un chant de Noël, comme:
Enfin, pourquoi ne décorerions-nous pas notre belle salle , déjà enrichie par vos exposés, de quelques touches de couleurs, avec des guirlandes, ou même une couronne d’Avent?
Pour terminer, je vous signale que vous trouvez, de nos jours, des sucreries de Noël allemandes dans de nombreux magasins, comme le « Marzipan » -pâte d’amandes entourée de chocolat-ou le « Stollen », (le gâteau de Noël), ou comme des pains d’épices. Vous en trouverez à très bon prix dans la chaîne de magasins LIDL-d’origine allemande- mais aussi d’excellente qualité dans la boutique « Heimat », à Toulouse, qui offre, dans un très joli cadre familial, de superbes choix de gâteries de Noël, en plus de toutes les denrées en provenance d’outre-Rhin!
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À l’école du Colonel Teyssier…

 

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Colette, elle s’appelait Colette. Lorsqu’un entrefilet dans le journal annonça son décès, et qu’on parla de de sa famille, de ses enfants, comme me le raconta ma mère, je refusais de le croire.
Car pour moi, Colette avait dix ans. C’était une petite fille vive, espiègle et enjouée, notre modèle à toutes, à l’école de filles Colonel Teyssier…

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C’est qu’il n’y avait pas de garçons, rue du Colonel Teyssier, non, juste une bande de petites chipies à longue frange, qui, en cette fin de sixties de province, plongeaient encore studieusement les porte-plumes dans les encriers au teint d’albâtre. J’adorais plus que tout la cérémonie de fin d’année, lorsque les meilleures d’entre nous étaient autorisées à baigner les dits récipients comme en un sacre : il fallait voir l’eau lustrale dépouiller les encriers des derniers vestiges de l’encre violette, et tous les petits ruisselets au parfum de Mont Gerbier de Jonc couler vers l’été, vers les « grandes vacances »…

Notre année était rythmée par les saisons. La rentrée sentait les vendanges et les pommes, déjà un peu suries ; nous étions là, toutes endimanchées en ce jour de grand peur, tenant la main de nos mères. Les pères, en ce temps là, restaient à l’usine, au fournil, au bureau. Nous écoutions nos mamans se raconter leur été, Saint-Trop’ ou La Bourboule, ou, simplement, la ferme des grands-parents…

Nos pieds bronzés portaient encore la marque des méduses, celles que nous ne quittions pas, voltigeant sur les pierres au-dessus des rivières. Nos peaux de bébés Cadum, embaumant l’Ambre Solaire, étaient cachées sous nos tabliers à carreaux ; heureusement, car la mode enfantine des années soixante était une pure horreur ! Mais nous n’en avions cure, pas fashionitas pour deux sous, ignorant, en ce temps béni où les seules « marques » étaient celles de la « réclame » alimentaire ou cosmétique, que nos petites-filles vendraient un jour leur âme pour un caleçon Freegun…

Et puis « elle » tapait dans ses mains, et nous nous envolions comme des oiseaux dociles, toutes gaiettes de retrouver nos tables à casiers et les grandes cartes où languissait la France.

Oh, « elle » ne savait pas ce qu’était un « référentiel bondissant », ni ne nous donnait des cours d’éducation sexuelle. C’est qu’en ces temps-là, voyez-vous, si quelques-uns de nos parents s’éclataient dans de rares  communautés libérées des diktats de la bourgeoisie, la plupart d’entre eux vivaient sagement dans une France à la Chabrol, étouffée encore par le poids des bien-pensances…La contrepartie positive pour nous, fillettes rêveuses, était qu’hormis de sombres Bruay-en-Artois, nos retours de classe étaient sûrs : les pédophiles n’attaquaient pas à tous les coins de rue, et les affiches de hardcore se terraient dans l’ombre des revues spécialisées…

Nos maîtresses, donc, s’appelaient encore des « demoiselles des écoles » ; parfois toutes jeunettes, elles-mêmes presque des enfants, cueillies par l’Ecole Normale, ce Couvent des Temps Modernes. Leurs idées étaient simples comme une règle de trois ; il fallait obéir, apprendre et respecter.

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Elle me semble loin, l’école du Colonel Teyssier, mais je connais encore le nom de toutes mes maîtresses, tant leur empreinte a marqué mon vécu d’écolière…
Le CP, je l’avais fait dans les Ardennes, petite sœur d’un Rimbaud évadé, dans la sombre Charleville. J’ai encore sur mon bureau la carte que Madame Michelet, ma maîtresse du cours préparatoire, m’avait ensuite envoyée dans le Tarn. Puis la douce Mademoiselle Fabre m’enseigna l’addition et le passé composé, avant que la terrible Madame Séguré, revêche comme une craie séchée, ne me fasse mourir sous les robinets et les trains. Madame Carayon, au CM1, était connue dans tout le département pour ses fessées mémorables : elle déculottait les récalcitrantes en les faisant monter sur une chaise au milieu de la cour… Qui subissait son ire une seule fois marchait droit jusqu’au bachot, marqué par l’humiliation et les quolibets…Enfin, Madame Fouillade nous guidait vers la sixième : « Ma petite Sabine, disait-elle, un jour, tu nous écriras des livres, je le sais… » Elle aimait tant mes « rédactions » que j’ai compris grâce à elle que j’avais le droit de détester les maths…

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Notre école ressemblait à s’y méprendre à celle du Grand Meaulnes. Le temps s’y était arrêté, comme emprisonné dans ces pupitres griffonnés, leçon de choses immuable, égrené simplement par la marche des saisons.

Venaient d’abord les marronniers et leurs fruits tout polis, qui nous servaient de billes ; leurs rousseurs annonçaient les premières neiges. Les guirlandes de Noël ensuite osaient s’afficher aux côtés du sapin, en une époque où la laïcité s’accommodait encore des traditions ; notre cantine, par contre, n’était pas hallal. Rares étaient les fillettes qui y déjeunaient, d’ailleurs…Nous rentrions sagement pour la pause méridienne, entre Danièle Gilbert et le martinet tapi sous la commode, si nous ne filions droit…
Puis le grand tilleul se mettait à embaumer toute la cour, tant et si bien que nous en ramassions même les fleurs, dont nos maîtresses se confectionnaient sans doute des infusions miellées, le soir, en corrigeant nos cahiers de compositions.

Enfin, quand les hirondelles revenaient tournoyer sur les classes, nous savions que l’ennui serait bientôt de retour, ce long ennui de nos deux mois d’été, quand, du 14 juillet aux douceurs de septembre, nous n’aurions plus le droit de copier au tableau…
La cour résonnait de nos modes enfantines ; je me souviens de rondes ânonnées à l’infini, le fermier dans son pré battait sa femme, et entre les deux, mon cœur balançait. Le facteur ne passera jamais, chantions-nous en riant, bien loin du « Jeu du foulard » et du « Petit pont massacreur »…Oh, certaines filles étaient pestes, et s’arrachaient les cheveux, mais personne, non, personne n’est mort étranglé avec son écharpe, ou piétiné par ses pairs…
Quant à nos journées, bien loin de la semaine des quatre jeudis, elles semblaient infiniment longues, tant nous apprenions de choses, entre la phrase de morale du matin et les tables, et puis le subjonctif, et Louis, dit le Hutin…

À l’école du Colonel Teyssier, j’ai appris comment poussent les pommes et pourquoi meurent les rois ; j’ai empli des cahiers de mes pleins et de mes déliés, tandis qu’Emile Verhaeren et Prévert débroussaillaient mon âme. Un jour, j’ai même récité Aragon, et depuis ce jour-là je me sais patriote, et j’emmerde tous ceux qui hurlent au FN lorsque je dis aimer « ma France où les vents se calmèrent ».

Je vous salue, ma France, tu n’es pas à le Pen, ni aux politiciens qui salissent nos vies, tu es à notre Histoire, et tu es l’avenir ; et surtout tu es européenne, aujourd’hui, et c’est bien…
Et puis tous ces enfants qui, dans ce monde nouveau où les règles ont changé, ne savent plus pourquoi on écoute un adulte, il faut leur raconter que la vie est jolie, il faut leur faire apprendre les tables et des poèmes, et puis les rassurer : oui, on peut être heureux, à l’école.
À l’école du Colonel Teyssier, j’ai été une petite fille heureuse.

 

C’est ce jeune en colère, qui apprend le mot « Mai »…

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C’est ce jeune en colère, qui apprend le mot « Mai »…

C’est cette radio qui se met à danser, musicale et nouvelle, sans les flashs mortifères des infos répétées.

C’est cet enfant joyeux, un ballon à la main, qui commence à sourire en voyant les drapeaux.

C’est cette femme âgée, qui dodeline de la tête, qui en quelques instants se revoit en 36 : lorsque la joie au cœur et les jupes légères on partait à la mer comme on quitte un hiver, les mollets bien trempés et la fleur au sourire.

C’est cette enfant timide, aux lunettes carrées, qui soudain oui se lève et suit les révoltés : elle dit non à son prof, elle dit non à son père. Aujourd’hui elle sera révolutionnaire.

C’est ce jeune en colère, qui apprend le mot « Mai », qui ne savait pas jusqu’à hier qu’on pouvait résister.

C’est la femme épuisée, qui se lève aux aurores, dont les aubes sont blanches et ont goût de charnier, qui rejoint au soleil ses amies qui défilent ; aujourd’hui on verra même les sans papiers.

C’est le temps des cerises même au cœur des chantiers, quand on a en mémoire les Communes et les chants : ce pays se souvient qu’il a su exister.

C’est pour tous nos grands-pères qui arpentaient les mines, pour les foules en colère, pour les arbres de Mai. Pour nos vies en Bastilles qui enferment les rêves, pour ces jours guillotines qui nous fauchent en chemin.

C’est pour dire aux enfants que la rue peut descendre, que les peuples ensemble sont plus fort que les Grands, et qu’il faut à présent oser dire et comprendre, parce que souvent ancêtres ont souffert dans leur sang.

C’est pour Rosa la Rouge malgré tous les goulags, pour Gavroche et Arlette, malgré lourdes erreurs, et pour tous les lilas enlacés à vos roses, car jamais ne pliera le roseau des espoirs.

C’est un matin qui chante, en mémoire de hier. Quand demain se prépare en action, mais sans guerres.

C’est la quinqua pimpante aux enfants allaités, qui devrait oublier qu’elle a nourri la France, c’est celui qui travaille depuis l’adolescence, c’est l’écrivain debout qui ne veut pas s’assoir.

C’est cette liberté de rester ou de vivre, de garder un métier si passion nous anime, ou d’aller profiter d’une vie qui s’enfuit, quand le corps déjà faible demande juste répit.

C’est l’essence qui manque, c’est le train qui s’ennuie, c’est l’usine assoupie au plus fort des cadences, c’est la classe oubliée car le maître est parti : c’est la Grève générale.

Et aujourd’hui j’en suis.

Sabine Aussenac, professeur titulaire « TZR », certifiée depuis 1984, ayant son poste fixe depuis 1995.

En poste « hors zone » avec plus de 6 heures de trajets par jour.

 

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http://www.huffingtonpost.fr/sabine-aussenac/les-tzr-ces-roms-de-l-education-nationale_b_1852799.html