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Rose Ausländer, une grande voix juive de la Bucovine #essai #poésie #judaïsme #RoseAusländer #Allemagne #Ukraine

https://www.editionsbdl.com/produit/rose-auslander/

Enfin! Mon essai est sorti, tout bleu comme un ciel d’été enrobé du cercle stellaire! Merci à Jean-Luc Veyssy et aux éditions du Bord de l’Eau d’accueillir Rose et ses poèmes, et d’avoir permis l’existence de cet ouvrage passerelle entre poésie et judéité. Merci à Antoine Spire, le directeur de la superbe collection Judaïsme, pour son accompagnement, et à Laurent Cassagnau de l’ENS Lyon pour sa très belle préface. Voici la présentation de l’éditeur:

« Rose Ausländer, dont les poèmes sont traduits dans le monde entier, fait partie des figures majeures de la littérature allemande du vingtième siècle. Sa voix demeure pourtant quasi ignorée en France en dehors de cercles universitaires, alors même que son ami et compatriote Paul Celan la portait en haute estime et qu’elle est considérée comme l’une des grandes poétesses de la Shoah, au même titre que Nelly Sachs. C’est cette injustice que Sabine Aussenac a voulu réparer en retraçant les flamboyances culturelles de Czernowitz, la « petite Vienne » de la Bucovine, avant de fixer les béances du ghetto, de la Shoah et de l’exil, jusqu’à la renaissance en poésie de Rose Ausländer. Et c’est bien autour de cette césure fondamentale du génocide et de la problématique de la judéité que se noue le lien passionné de la poétesse à son public allemand, en miroir du rapport intime et universel la liant à son peuple et à sa religion. Lire cette poésie, c’est aussi se sentir transporté aux confins de la Mitteleuropa ou dans le staccato de l’exil new yorkais avant de se recueillir dans l’atmosphère épurée et stellaire de la langue-souffle d’une poétesse dont la voix ne vous quittera plus. »

J’ai voulu, en écrivant ce texte qui est aussi l’antichambre du roman que j’espère un jour publier autour de Rose, faire découvrir cette femme exceptionnelle et ses milliers de poèmes à un vaste lectorat francophone, tout en articulant ma recherche autour des liens entre sa poésie et le judaïsme.

La voix de Rose bouleversera les âmes sensibles à la poésie; son destin saura aiguiser la curiosité des passionnés d’Histoire; sa langue émerveillera les germanophiles; sa résilience, miroir d’une époque, inspirera tous les exilés, tous les opprimés; son courage devant la guerre, lors de la Shoah et face à la maladie forcera l’admiration de tous.

Et chacun de ses textes, petite lumière en écho aux étoiles qu’elle aimait tant, nous offre en quelque sorte la possibilité de devenir un Mensch… Mon essai, en effet, s’inscrit aussi dans une lutte incessante contre l’antisémitisme.

Enfin, n’oublions pas que Czernowitz, capitale de la Bucovine, se situe aujourd’hui en Ukraine… Lire Rose, c’est aussi dire non à toutes les guerres!

N’hésitez pas à me contacter via le formulaire de ce blog si vous souhaitez acquérir un ouvrage dédicacé. Je me tiens bien sûr à la disposition des librairies qui souhaiteraient organiser une rencontre, une séance de signatures, une lecture… Ce serait tout aussi passionant de pouvoir parler de Rose dans une bibliothèque ou une médiathèque, afin de sensibiliser les jeunes publics et les adolescents… Enfin, si des associations communautaires souhaitaient me recevoir pour parler de cet ouvrage, Rose et moi en serions ravies!

Un dernier appel à destination de l’édition: Helmut Braun, le découvreur, l’ami et le légataire de Rose Ausländer, devenu aussi un proche collaborateur, m’a chargée de traduire certains recueils de Rose… Nous sommes donc à la recherche d’un accueil en poésie….

https://www.lyrikline.org/de/gedichte/noch-bist-du-da-555

Noch bist du da

Wirf deine Angst
in die Luft

Bald
ist deine Zeit um
bald
wächst der Himmel
unter dem Gras
fallen deine Träume
ins Nirgends

Noch
duftet die Nelke
singt die Drossel
noch darfst du lieben
Worte verschenken
noch bist du da

Sei was du bist
Gib was du hast

Pour le moment tu es encore là

Jette ta peur
en l’air

Bientôt
ton temps sera passé
bientôt
le ciel poussera
sous l’herbe
tes rêves tomberont
dans le Néant

Pour le moment encore
l’oeillet embaume
la grive chante
pour le moment encore
tu as la chance d’aimer
d’offrir des mots
pour le moment tu es encore là

Sois ce que tu es
Donne ce que tu as

https://avecmavalisedesoieroseauslander.home.blog/2019/05/11/avec-la-valise-de-soie-un-voyage-sur-les-traces-de-rose-auslander/

 

Voter Le Pen, c’est noyer un migrant #MLP #Présidentielles #extrêmedroite

Voter Le Pen, c’est noyer un migrant.

Voter Le Pen, c’est regarder des noirs de Louisiane, lynchés par des Le Pens.

Voter Le Pen, c’est aimer la balle qui a tué Lennon, JFK ou Martin Luther King.

Voter Le Pen, c’est comme une quenelle.

Voter Le Pen, c’est tenir le lance-flamme qui tue Romy dans « Le Vieux Fusil. »

Voter Le Pen, c’est dénoncer Anne Franck.

Votre Le Pen, c’est noyer un migrant.

Voter Le Pen, c’est violer Jeanne d’Arc.

Voter Le Pen, c’est interdire Woodstock.

Voter Le Pen, c’est faire assoir Rosa Parks et couper les cheveux d’Angela Davis.

Voter Le Pen, c’est porter des galons de Waffen SS.

Voter Le Pen, c’est passer le 93 au karcher.

Voter Le Pen, c’est noyer un migrant.

Voter Le Pen, c’est brûler l’église d’Oradour.

Voter Le Pen, c’est conduire les enfants du Vel d’Hiv jusqu’au train.

Voter Le Pen, c’est dessiner un cochon sur une mosquée.

Voter Le Pen, c’est apprendre à son chien à mordre les Arabes.

Voter Le Pen, c’est rêver de gégène et d’Algérie Française.

Voter Le Pen, c’est noyer un migrant.

Voter Le Pen, c’est tenir le fouet du kapo dans le camp.

Voter Le Pen, c’est penser que les noirs sont inférieurs aux Le Pens.

Voter Le Pen, c’est risquer une France 100% bleu marine.

Voter Le Pen, c’est oublier 68, les pavés et la plage.

Voter Le Pen, c’est traiter les homos de « pédés » et les lesbiennes de « gouines ».

Voter Le Pen, c’est faire du « triangle rouge » un triangle des Bermudes où les libertés seront oubliées.

Voter Le Pen, c’est conspuer Jaurès, Brecht et Mandela.

Voter Le Pen, c’est noyer un migrant.

Voter Le Pen, c’est battre une femme, et aussi des enfants.

Voter Le Pen, c’est interdire la pilule, et la PMA, aussi.

Voter Le Pen, c’est regretter le Ku Klux Klan, l’apartheid et Louis Seize.

Voter Le Pen, c’est jeter les Arabes à la Seine.

Voter Le Pen, c’est préférer Pétain à De Gaulle, et Hitler à Churchill.

Voter Le Pen, c’est noyer un migrant.

(reprise d’un texte hélas déjà écrit…
https://sabineaussenac.blog/2017/04/28/voter-blanc-cest-noyer-un-migrant-fnjamais-pasmapresidente/ )

http://www.arnoldlagemi.com/?p=836

Son Vercors, son pays, son ancre à tout jamais #Alpes #Isère #JacquesLamoure #nature

Son Vercors, son pays, son ancre à tout jamais

**

Comme en traits enfiévrés ses idées se consument

Par ces encres aux contours en lavis irisés,

Où tels torrents fougueux mille vies en musées

Semblent un écho cascade à sa maison aux runes.

**

Il y a là un grand aigle rappelant les montagnes,

Des visages en des troncs qui dansent tarentelle ;

C’est une tour de livres devenant autant d’ailes,

Et ces herbes douceurs quand la mort bat campagne…

**

Son Vercors, son pays, son ancre à tout jamais

Où nature et culture en symbiose il disait,

Il en chantait les gens et les bêtes et les pierres,

**

Par cent photos jaunies, par tant objets glanés,

Pour les vies de ses humbles, envol d’éternité :

Jacques Lamoure et ses encres nous emportent en lumières.

***

Bravo aux plumes lauréates de ce superbe concours et merci aux organisatrices d’avoir retenu mon texte pour le magnifique recueil!

J’ai eu beaucoup de plaisir à découvrir la personnalité extraordinaire de Jacques Lamoure.

Je vous engage à cliquer sur les liens, en particulier sur les deux premiers!

https://france3-regions.francetvinfo.fr/auvergne-rhone-alpes/villard-lans-entrons-insolite-maison-musee-jacques-lamoure-549658.html

https://www.vercors-tv.com/1998-La-maison-musee-de-Jacques-Lamoure_v1058.html

https://www.ledauphine.com/culture-loisirs/2021/12/03/un-concours-de-poesies-autour-de-jacques-lamoure

https://www.villarddelans-correnconenvercors.com/offres/maison-du-patrimoine-villard-de-lans-fr-3286940/

La lettre de Jacques… Bonne #SaintValentin!

Ce texte avait, il y a quelques années, remporté le concours de nouvelles de la ville de Brive sous le titre « La robe orange ».

La lettre de Jacques

« Quelques mots, encore suffisamment à chaud, pour te dire combien cette soirée-nuit me fut agréable, flatteuse, inquiétante… »

La lettre de Jacques est toujours dans le tiroir de ma table de nuit. Les soirs de pleine lune ou de grande solitude, je la touche du bout de l’âme, comme on caresse un chat qui ronronne…Je la connais par cœur, elle me dit à la fois que je ne peux être aimée, mais que je le serai un jour, elle m’est souffrance et espérance.

Jacques était, est toujours d’ailleurs, le guitariste et accompagnateur d’un poète de mes amis. C’était une de ces nuits d’hiver où l’on a envie de faire fondre la neige, où le printemps frappe furieusement aux vitres embuées. J’avais mis ma robe orange, celle qui sent déjà l’été, elle respire comme une nuit de la musique, elle flamboie comme un feu au parfum de sanguine. J’ai couru dans Toulouse pour rallier ce petit estaminet où se donnait une soirée « poésie et érotisme », et j’ai découvert Jacques, timide et tendre, un peu le faire valoir de mon ami, son double et son miroir…Il y avait surtout des personnes âgées, un peu choquées, mais faisant mine de ne pas l’être, et mon farceur et très coquin de Yannis jouait avec le feu du verbe et des chairs, en corps à corps poétique, son regard aiguisé fouillant les corps devenus temples de l’âme et des mots.

Lors de notre première rencontre, je m’étais immédiatement interdit tout sentiment et toute attirance pour ce baladin incroyablement charismatique, séducteur impénitent, depuis peu en couple avec une non moins sulfureuse artiste. Ce soir là, il rayonnait de son aura habituelle, mais je n’avais d’yeux que pour ce Jacques, dont l’allure simple et dégingandée et le visage de Bee Gees me bouleversaient, tout comme sa voix, son jeu et ses regards. Puis nous nous assîmes pour partager une pizza, et je me souviens surtout du moment où Jacques me regarda dans les yeux et m’assura, si sérieusement, comme j’avais demandé du miel sur ma pizza quatro, que puisque l’on me surnommait« Bienchen », petite abeille, en allemand, je devais piquer les cœurs…

« Je garderai le souvenir de ton élégance colorée, de la finesse de ton esprit, de l’acuité de ton humour, de la tension palpable de ton émotion vibrante et d’une forme de détresse désespérée et polie… »

La nuit était bien entamée, déjà arrosée au Tariquet et toute bruissante de mots, et nous n’avions, tous les trois, aucune envie de nous quitter. Ils me raccompagnèrent, puis montèrent boire un dernier verre dans mon petit appartement du quartier des Demoiselles. C’était une de ces nuits valise où s’entassent tous les vêtements d’une vie, on les plie soigneusement, on les déplie, on se demande si on les amène en vacances ou si on les laisse au placard…Une de ces nuits compartiment de train, lorsque se retrouvent en huis clos délicieusement obscur, rythmé par quelques arrêts et crissements de frein,-« Mesdames et messieurs, notre train est arrivé en gare des Aubrais »- des passagers qui parleront jusqu’au petit matin, lorsqu’une gare parisienne avalera dans son anonymat les confidences nocturnes…

J’étais meurtrie, je venais de vivre une terrible expérience d’abandon, cumulée à celle d’un deuxième divorce difficile. Je faisais ma forte, ma Wonder Woman, ma cheftaine toujours prête à remonter le camp, ma working girl d’avant le onze septembre, celle qui croyait encore à l’Amérique. Je riais, mais en même temps j’expliquais que je ne voulais plus jamais aimer. Yannis, lui, le don juan du Lauragais, souriait de son air de Chat Murr et nous observait, Jacques et moi, comme un chercheur analyse ses souris blanches. Nous devenions un laboratoire expérimental. Jacques et moi étions visiblement en train de vivre un coup de foudre, et Yannis, libertin impénitent, nous titillait afin de nous voir passer à l’acte.

Mais Jacques vivait en couple. Et n’avait en aucune façon l’intention de déroger à ses règles d’engagement. Quant à moi, partagée entre mes meurtrissures et l’émerveillement de la découverte, j’osais lui avouer au fil de la nuit qu’il me plaisait, beaucoup, mais que je ne croyais plus du tout possible qu’un homme me rendre heureuse. Je me sentais comme une midinette en vêtements gothiques. Mon cœur guimauve battait soudain très fort, alors que j’étais certaine de l’avoir enfermé dans un cercueil plombé.

                « Sache aussi que ta ‘déclaration’ a arrosé un narcissisme incertain qui s’en est trouvé quelque peu renfloué.

Éloigne de toi que ton comportement ait pu me choquer. J’ai trouvé extrêmement touchante cette parole sans détour et indifférente aux convenances. »

L’aube approchait. Il y eut des vers et des rires, des fou rires et des frôlements, des airs de jazz très tendres et comme une dernière danse, peu à peu l’espace se rétrécissait et nos barrières tombaient, Yannis s’éclipsa pour téléphoner et nous laisser en proie à l’ultime tentation, je pouvais sentir battre le cœur de Jacques comme battent les cœurs des statues des « Visiteurs du soir », mais seuls nos regards s’embrassèrent, s’embrasèrent.

                « Un rien peut-être te sépare-t-il d’autre chose et du commencement d’une histoire différente, dans laquelle le sourire, les matins légers et les nuits incandescentes auraient leur place…Tu vois, ce qui est arrivé hier prouve que tout est possible. Le fait que, pour diverses raisons, je ne sois pas disponible, ne me contredit pas et n’y change rien.

Ne vis surtout pas cette soirée comme un nouvel échec ou le sombre d’une triste continuité. Garde le souvenir d’une rencontre riche et belle qui ne présage que du meilleur pour toi… »

J’ai écouté Jacques. Le petit soldat s’est remis en route, malgré le plomb tout fondu. Il  y a eu les guimauves et les meurtrissures, et ces petits matins légers et ces nuits incandescentes jetées en pâture aux acheteurs, il y a eu les appels d’offre sur le net et les rencontres d’infortune, et les perles aux cochons avec des mots cristal au milieu du souffre, et les blessures, les mensonges, les trahisons. Savoir séparer le sublime du sordide, oser vivre, tout simplement…

Et je garde la lettre de Jacques. Là, tout près de mon baldaquin et du ciel de lit étoilé, et dans mon cœur, qui dégouline toujours comme du chocolat chaud sur des profiteroles, prêt à être dégusté, dévoré, aimé.

« Je sais la facilité de cette parole mais aies confiance. Tu as des trésors à offrir. Tu es une femme éminemment précieuse, charmante, lucide, drôle…Va ton chemin et fais mentir les pensées qui te font souffrir et ceux qui te les ont mises en tête. »

Comme j’aimerais qu’il ait raison. Comme j’aimerais qu’il y ait un paradis, chantait Julos Beaucarne après la mort de sa femme tuée par un homme devenu fou. Où sont les Jacques ? Plus le temps passe, plus ils se font rares, tantôt aigris par des vies sombres, tantôt veules, tantôt nostalgiques… Et tous ces Jacques gays, ces Jacques mariés, ces Jacques ventripotents, tristes, inaccessibles, ces fantômes ou fantoches…

Le matin nous surprit dans sa lumière de réalité retrouvée, comme un projecteur plaque un voleur contre un mur. Nous avions volé cette nuit, elle nous avait appartenu, précieuse, unique, hors du temps. Très fiers d’avoir résisté aux appels à la lubricité de notre cher poète, nous nous regardions, émus, en pleine conscience, comme les survivants d’un crash aérien, liés à jamais par un fatum implacable. Dans ma petite cuisine illuminée d’un beau soleil d’hiver, nous nous prîmes en photo, un « pola » d’antan pour égayer les routes. Le jour s’était levé et avec lui la certitude que la nuit nous avait été champ de blé, comme dans la chanson de Fugain. C’était une belle histoire.

Je n’ai jamais reçu les photos. Je n’ai jamais revu Jacques. Les mots, eux, m’ont rattrapée et aimée, je le dois aussi à Yannis et à ses vers contagieux. Il semblerait que le virus de la poésie se transmette plus facilement que la maladie d’amour.

« J’ai demandé à Yannis d’effacer les photos, car je n’ai pas envie d’entretenir un leurre affectif quelconque que je sais ne pas être capable d’assumer.

Un jour, très proche je te le souhaite, la photo se fera avec un autre et nul ne sera alors besoin d’utiliser un flash pour trouver la lumière. Il te suffira d’ouvrir les yeux. »

….

Je t’aime

Je le dis dans l’air fragile des aubes

Je le dis à l’arc-en-ciel décoloré

Je le dis devant le bonheur calcifié

Je le dis dans la nuit aux étoiles muettes

Je le dis aux silences

Je le dis à l’inconnu qui tremble au portail rouillé de sa vie

Je le dis à mes enfants chaque matin en faisant ma salutation au soleil

Je le dis à mes amis, les intimes, les nouveaux, les éternels

Je le dis au tournesol et au sapin, à la tourterelle et aux ennuis

Je n’attends pas que le vent m’en rapporte l’écho

Je le dis comme un chiffre

Je le dis comme un cadeau

Je le dis comme une grâce

Je le dis même si l’on me trouve ridicule

Je le dis comme un printemps contre l’éternel hiver des mondes

Je le dis comme un soleil

Je le dis comme une merveille

Je le dis comme l’alpha et l’Omega de ma survie:

Je t’aime.

**********

دوستت دارم.

میگویم: در نازک هوای شفاف صبح گاهی

میگویم: به رنگین کمان شسته شده از رنگ

میگویم: به شادکامی از دست رفته

میگویم: در سکوت ستاره ای شبانگاهی

میگویم: حتا اگر کسی نخواهد گوش کند

میگویم: به غریبی که پشت میله های زندان زندگی میلرزد

میگویم: به فرزندانم، هر بامداد، با سلام روشن خورشید

میگویم: به دوستانم، دوستان دیروزیم، امروزیم، ابدیم

میگویم: به گلهای آفتاب گردان، به درختان صنوبر

میگویم: به قمری های غمگین، به تپشهای مضطرب قلبم

میگویم: بی آنکه از باد انتظار پژواکی داشته باشم

میگویم: همچون کلامی رمزآلود

میگویم: همچون سوغاتی از راه دور

میگویم: همچون رحمتی نابهنگام

میگویم: حتا اگر به من بخندند، مسخره ام کنند

میگویم: همچون بهاری که به مصاف زمستان جاوید زمین میرود

میگویم: همچون خورشیدی که میدرخشد

میگویم: همچون لذتی جان بخش

میگویم: چون این کلام الفبای زندگی من است، دلیل زنده ماندنم:

دوستت دارم.

Traduit par Hossein Mansouri

***

Ich liebe Dich

Ich sage es in der dünnen Luft des Morgens.

Ich sage es vor dem verwaschenen Regenbogen.

Ich sage es vor dem verkalkten Glück.

Ich sage es in der sternenstillen Nacht.

Ich sage es auch, wenn niemand mir zuhört.

Ich sage es dem Fremden, der so einsam am Lebensgitter zittert.

Ich sage es meinen Kindern, jeden Morgen beim Sonnengruss.

Ich sage es meinen Freunden, den urigen, den neuen, den ewigen.

Ich sage es der Sonnenblume und der Tanne,

der Turteltaube und den Sorgen.

Ich erwarte nicht,

dass der Wind es mir als Echo zurückbringt.

Ich sage es wie eine Chiffre.

Ich sage es wie ein Geschenk.

Ich sage es wie eine Gnade.

Ich sage es auch, wenn man mich lächerlich und skurril findet.

Ich sage es wie ein Frühling gegen den ewigen Winter der Welt.

Ich sage es wie eine Sonne,

ich sage es wie eine Wonne.

Ich sage es, weil es für mich

ein Alpha und Omega des Überlebens bedeutet:

„Ich liebe Dich. »

***

La première nuit avec toi

La première nuit avec toi- a été belle.

Catamaran sur vagues inconnues,

île et tabou, se

cogner à tous les angles, en sourire pourtant: le chemin

est long.

La première nuit avec toi- a fait du bien.

Soudain sentir le monde entier, une respiration

après le temps-poussière. Manger rouille et pierres,

repas du deuil. Et maintenant se dire:

glace à la lavande et jus de tournesols.

La première nuit avec toi- a été douce.

Se regarder et se toucher, papillons

aux chants légers, livre d’heures sans soucis.

Elle avait disparu: la peur.

**

Die erste Nacht mit Dir…

Die erste Nacht mit Dir- war schön.

Ein Segeln durch unbekannte Wellen,

Insel und Tabu, sich

an allen Ecken wehtun, dabei lächeln: der Weg

ist lang.

Die erste Nacht mit Dir- tat gut.

Plötzlich die ganze Welt spüren, ein Aufatmen

nach staubiger Zeit. Rost und Steine essen,

Mahlzeit der Trauer. Und nun hieß es:

Lavendeleis und Sonnenblumensaft.

Die erste Nacht mit Dir- war sanft.

Sich ansehen und antasten, Schmetterlinge

durch luftige Lieder, kummerlose Stunden.

Sie war verschwunden: die Angst.

Une émission autour de Rose Ausländer #27janvier #Shoah #HolocaustRemembranceDay

À l’occasion de la Journée Internationale dédiée à la mémoire des victimes de la Shoah, la radio canadienne CKCU a consacré une émission à Rose Ausländer.

https://cod.ckcufm.com/programs/414/55040.html

Lien du podcast:

https://cod.ckcufm.com/programs/ondemand-player.html?id=55040&token=FSubCnCFS3%24u8l%22Pj%5BeK%23d%22thhhC%2AO-VcqstT%7DoR-6i%3CDX0%2B%264

Lien vers l’écoute de poèmes de Rose:

https://www.lyrikline.org/fr/poemes/bukowina-i-545

***

Les osselets de la mémoire, un de mes anciens poèmes…

Les osselets de la mémoire
Les enfants morts et leurs regards
Une poupée perdue un soir
Pourquoi est-il toujours trop tard

Je pense que j’étais Anna
Rachel Sarah ou Déborah
Je m’imagine avant l’enfer
Avant les vents broyant nos fers

Qui me dira pourquoi je tremble
En rescapée des infamies

Mon judaïsme en souffle ami
Un doux shabbat qui me ressemble

C’est comme si je l’avais vécue
Cette autre enfance aux pas perdus
Les cris la honte et l’indicible
Lorsque l’amour fut inaudible

J’ai peur de monter dans les trains
Toute fumée m’est âme morte
Comme si mille tendres mains
Me demandaient de rester forte

Depuis toujours je suis l’écho
De ces détresses et des sourires
Les enfants juifs peuvent mourir
Je soufflerai à Jéricho

Toutes les poussières d’étoiles
Moi la petite goy timide
Je serai d’Exodus la voile
Les rires morts en ciel limpide.

Je ne suis pas folle mon amour… #JeanJacquesBeineix #cinéma #37,2 #Diva les #films de nos #20ans

Les films de nos 20 ans, de nos 30 ans…

Subway, le sourire dément de Christophe Lambert, les patins de Jean-Hugues Anglade, l’air tendrement triste d’Isabelle Adjani. Éros et thanatos dans le métro, bouleversant. Je ne traverse jamais Paris sans voir ce trio bousculer ma jeunesse.

Tchao Pantin, la bonhomie meurtrière de Coluche, les jambes interminables et le regard intense d’Agnès Soral, la désespérance de Richard Anconina. Une éternelle histoire de vengeance, aussi vieille que l’humanité. Je n’ai pas le permis, mais chaque station service me rappelle le deuil du petit loubard attendrissant.

L’été meurtrier, les cigales déchirant le sourire d’Isabelle, encore elle, l’air de Pierrot ahuri d’Alain Souchon, et toujours éros et thanatos,  en Provence. Un jour, lors d’une dispute, j’ai jeté le roman éponyme dans l’eau de la Méditerranée. Gondolé, usé, je crois qu’il renferme encore le sable de nos jeunesses.

La femme d’à côté, la voix terriblement douce de Depardieu terriblement fort, et Fanny Ardant, sa voix rauque tellement sensuelle. On se damnerait pour ces voix. Nous sommes tous adultérins, le contraire est impensable.

J’ai épousé une ombre, Nathalie Baye, fragile femme puissante… Depuis, je ne peux me retrouver dans les toilettes d’un train sans penser à une bague, à une robe et à un accident; j’ai toujours imaginé croiser Francis Huster en buvant un Sauternes.

Le vieux fusil, le rire de Romy, la tendresse pataude de Philippe Noiret, les fulgurances du lance-flammes aspergeant la pierre tutélaire de Bruniquel. Le pardon n’existe pas. Et pourtant, la beauté demeure.

37,2 le matin, le piano lancinant comme la mélopée des vagues, l’amour fou de Betty, son visage énucléé, la folie plus forte que l’amour. Et pourtant je souris en arpentant la plage de Gruissan, la plage de nos 20 ans, la plage de nos 30 ans.

Dédié à Jean-Jacques Beineix.

***

Nos étés de contrebande -texte de 2009

Allumer la lumière te regarder dormir rapporter les premières tulipes fermer les yeux crier en découvrant la toile comment savais-tu que c’était ce tableau revoir Bruges te faire découvrir le Béguinage regarder le ciel dentelé faire claquer les contrevents sur l’océan courir vers les rochers lire ensemble sur l’un de ces fauteuils anglais remettre une bûche crépiter d’aise aimer ta main frôlant mes cheveux tes lèvres sur mon cou m’alanguir croquer dans la première cerise sentir ce jus acidulé faire un vœu te regarder rire en zigzaguant sous le jet d’eau comme j’aurais aimé être la mère de tes enfants ne pas penser aux impossibles plutôt décoller pour New York serrer ta main j’ai toujours eu peur en avion mais tu ne risques rien ma chérie j’adorerais mourir avec toi on jouerait aux Tours Jumelles arrête tes blagues idiotes mais je plaisante allez souris à ton petit Paul Auster manger des baggles saluer La Liberté jouer à Love Story te faire découvrir les châteaux cathares Sète te raconter l’Exodus nous barbouiller de jus de groseilles te lécher le coin des lèvres hum c’est bon c’est sucré s’étourdir tu es fou encore oui n’arrête pas recommence tu me tues non n’arrête pas je m’en fiche personne ne regarde oh bonjour Madame Ouztairi oui vous avez raison il va repleuvoir les draps qui claquent dans le jardin les odeurs de lavande les cigales toujours les cigales même à Paris ne jamais oublier cet été-là les vols fous des hirondelles toujours tu me trouveras toujours belle ces foins coupés où tu m’entoures de tes bras de vingt ans la clairière où dansent les fées cette chambre tendre où tout intimidé tu joues les grands seigneurs en tremblant d’envie ta passion joyeuse tes mains d’organdi qui jalonnent ma peau de dentelles câline tes yeux qui me mangent ta bouche enhardie qui explore et dévore et parsème ma vie jamais je ne serai rassasiée de tes tendresses je fais provision de soleil d’éternel d’infini je mets nos folies en conserve je me fais gardienne de nos songes il suffira de relire le millésime pour avoir en bouche l’âpreté de ton désir violent la profondeur de nos jouissances les découvertes immenses les rives océanes de nos étés de contrebande volés murmurés fracturés nos étés où je jouerai Betty de 37,2 mais ne t’inquiète pas je ne suis pas folle mon amour, juste de toi, juste de toi.

https://short-edition.com/index.php/fr/auteur/sabine-aussenac

Je suis Pays de France, et je me tiens debout #CharlieHebdo #attentats

Peut être une image de mur de briques

Je suis Pays de France,

et je me tiens debout.

**

Je suis la passerelle

entre peuples lointains,

un creuset des sourires,

un infini destin.

Je suis le garde-fou

contre l’intolérance,

ce grand phare qui brille,

un flambeau qui jaillit.

Je suis la vie qui danse

en immense rivière

de nos espoirs dressés.

**

Je suis Pays de France,

et je me tiens debout.

Je suis l’enfant qui joue

à ses mille marelles,

regardant ces ballons

aux éclats d’arc-en-ciel.

Je suis l’aïeul qui tremble,

son regard ne faiblit

quand mémoire caresse

les fiertés de sa vie.

Je suis femme au beau ventre

palpitant d’espérance.

Tout enfant en son sein

sera nommé Français,

elle est la Marianne,

et elle nous tient la main.

**

Je suis Pays de France,

et je me tiens debout.

Tu as voulu salir

tous nos siècles de lutte,

croyant que de tes fers

tu ôterais le jour.

Tu as en vrai barbare

conspué l’innocence,

éventrant d’un seul geste

une nation de paix.

Mais nulle arme ne peut

gommer nos insolences,

nul canon ne saurait effacer

ces couleurs, ces dessins magnifiques,

ces libertés qui dansent,

et nul boucher ne fera de nos cœurs

des agneaux.

**

Je suis Pays de France,

et je me tiens debout.

Tu es ce porc ignoble qui

attend les cent vierges

en violant tant de femmes

dont tu voiles les corps.

Tu es coupeur de têtes,

tu es sabre levé, tu es balle qui tue,

mais tu ne comprends pas

que tout ce sang versé ne devient que lumière.

Tu attends paradis

mais iras en enfer,

car ton Dieu punira toute ta route impie.

**

Je suis Pays de France,

et je me tiens debout.

Je suis le poing levé,

quand de douleur intense

d’un pays tout entier le cœur

s’est arrêté.

Je suis la place immense,

un vaisseau de courage,

un grand galion qui vole,

en espoir rassemblé.

Je suis la dignité, le partage et l’audace,

je suis mille crayons

qui dessinent soleils,

je suis cette ironie au devoir d’insolence,

je suis million de pages,

et le feutre qui offre

ces immenses fous-rires,

je suis l’impertinence,

comme une encre jetée

pour amarrer demain.

**

Je suis Pays de France,

et je me tiens debout.

7 janvier 2015

Peut être une image en noir et blanc de 5 personnes, personnes debout et intérieur

Le souffle… #bonneannée2022 #happynewyear #Icantbreath

Peut être une image de crépuscule, nature et nuage

Le souffle. C’est lui qui nous a tant manqué, en 2021…

Toutes ces insupportables suffocations, au gré des continents et des éléments devenus fous… Les dizaines d’enfants noyés de ma chère Allemagne, au zénith d’un été soudain meurtrier ; les vieillards emportés par la récente tornade, virevoltant dans l’œil américain d’un cyclone incontrôlable ; les femmes enceintes, agrippées au dérisoire rebord d’un canot surchargé, hurlant avant de sombrer dans une mer ogresse dévoreuse de migrants ; les pompiers du Colorado, dévastés et impuissants dans leur lutte contre l’un de ces « super feus » ; les Afghanes, étouffant sous la charia et les burqas ; toutes ces femmes mortes étranglées, égorgées ou brûlées vives par leur compagnon, sous le joug de violences conjugales ; et les centaines de milliers de victimes du Covid, du Brésil à l’Afrique du Sud, en passant par notre vieille Europe, luttant jusqu’à leur plongée dans le coma ou jusqu’à la mort pour inspirer avidement quelques goulées de cet air que le virus soudain leur refuse…

Le souffle : il a fait défaut, plus que d’ordinaire, à des millions d’êtres à travers la planète, en cet an 2021 qui a vu cet air raréfié, vicié, emprisonné au fil des catastrophes et de la pandémie, des guerres et des violences…

La respiration, devenue impossible lorsque l’on se noie, lorsque l’on suffoque sous les fumées, lorsque les poumons sont envahis par le virus, lorsqu’une main assassine vous ôte la vie, cette respiration, ce pneuma, il semblerait que les colères de la terre et les folies des hommes veulent nous en priver…

Alors pour l’an neuf à venir, ce droit au souffle, à la respiration, c’est ce que je vais vous souhaiter, tout simplement ; ce que je vais nous souhaiter, aux quatre coins du globe et toutes vies confondues, afin que renaisse notre liberté de respirer à pleins poumons !

Qu’un air nouveau jaillisse en nos corps et nos esprits, qu’un souffle infini lie les hommes à leur terre, et que ces pneumas mêlés nous libèrent des peurs, des petitesses, des noirceurs et des atrocités !

Puissent les peuples apprendre à respecter leurs terres afin que la nature ne gronde pas trop fort… Puissent les éléments demeurer sereins afin de ne pas dévorer trop d’innocents… Puissent les puissants et les simples respecter leurs semblables, ne pas les entraîner dans des guerres et des exodes, ne pas les mutiler gratuitement… Puisse le covid peu à peu se laisser dompter…

Sortons ! Ouvrons nos fenêtres et nos âmes ! Rencontrons-nous sereinement, prudemment en notre pandémie si meurtrière, et un jour, bientôt, j’espère, follement à nouveau !

Et humons ces effluves qui font le sel de nos existences, afin qu’au gré des mois et des saisons cette année neuve se fasse barquerolle légère et enivrante :

il y aura la délicatesse de la fleur d’oranger des galettes de l’Épiphanie, le murmure gourmand de la frangipane et les gouleyances du cidre ; puis les inénarrables parfums de crépons et de confetti des carnavals, et peut-être, pour les chrétiens, cette suie odorante marquée sur le front, en souvenance des âtres et des repentances.

S’en suivront ces légers papillonnements des jonquilles et des crocus, promesses de printemps, et puis, pour ceux qui trouvent la montagne belle, un dernier shoot de parfum de neige fraîche et de tartiflette, quand d’autres préfèreront inspirer les sels des embruns ; n’oublions pas les fragrances urbaines : oui, la ville peut s’inspirer et être inspirante, il n’y pas que des rats, à Paris ! Je garde au creux de moi l’inoubliable odeur grasse et lourde de la U-Bahn du Duisbourg de mon enfance, et celle des trottoirs englués de la suie de la Ruhr, elle m’accueille dès que j’arrive en Rhénanie, ma madeleine sidérurgique adorée…

Et puis le lilas : il viendra à nous, glorieux et grisant, tout un monde en mauve et blanc, ébouriffant comme une cocotte en jupons. Sentez-vous cette Mouna, cette brioche pascale, accompagnée des grains de sucre perlant les oreillettes? Et ces tresses au pavot, et cette absence de fragrance du pain azyme ? Car les Pâques, juives et chrétiennes, puisent leurs singularités culinaires dans le manque, l’exil, la disparition, pour que rayonnent ensuite l’amour et le partage…

Le printemps sera là, 2022 ne nous en privera pas : il faudra s’arrêter sous chaque pommier, sous chaque cerisier, observer un instant la finesse ourlant les pétales, le rosi des nervures, et écouter les bourdonnements, en levant la tête pour voir cavaler les cumulonimbus d’avril… Au soir venu, tous ces parterres arrosés donneront le tournis, emplissant les jardins de miracles embaumant villes et campagnes.

Il reviendra aussi, le temps des cerises, et nous serons comme des enfants fous en croquant ce jus sucré qui éclatera en nos palais, et nous inspirerons à pleins poumons ces premières soirées douces, aussi belles que celles de nos seize ans… Souvenez-vous à l’avance de la pétillance folle de ce petit rosé, le premier de nos apéros de fin d’année scolaire ; oui, nous, les filles, nous aurons déjà acheté un flacon de d’Huile prodigieuse ou de monoï, et nous humerons nos bras scintillants déjà mordorés… Vous, messieurs, je gage que vous aurez déjà fait plusieurs soirées foot entre potes, je peux sentir d’ici l’odeur de bière mâtinée de tabac et de chips, celle de la fête et des liesses…

Juillet ! Déjà ! Mi-temps de l’an neuf ! J’en connais beaucoup qui vont être comme fous un certain soir de l’Aïd, ce sera doux et festif de retrouver les parfums sucrés de pâtisseries et les délices des couscous aux mille épices… Quelle joie de dévorer les senteurs inouïes des coriandre, safran, cannelle, curry, fenugrec ou harissa… Au dehors, l’odeur de l’herbe coupée nous fera chavirer aussi sûrement qu’un slow des Scorpions.

Si vous fermez les yeux, je sais que vous avez en tête ce moment précis où, quand on arrive du Nord de la France, la route de la mer commence à onduler au gré de la garrigue et à insuffler aux vacanciers ces balsamiques bruiselants d’étés : le thym, le romarin, la sarriette, les lavandes, antichambres des sables, autant d’escales joyeuses qui annoncent l’air marin et les nuits estivales…

Et notre été sera magnifique ! Un kaléidoscope bouleversant de beautés, entre odeurs de foins coupés et de myrtilles sauvages, entre marinades citronnées et pastis fous, entre limonades et piperades… Nous respirerons ces iodes et ces névés, ces sous-bois et ces salles de musées, ces venelles et ces sentes, grisés de vents et de douceurs, de découvertes et d’aventures… Si nous restons en ville, nous rirons, éclaboussés de l’eau des fontaines, et le goudron fondu de l’asphalte brûlant sera notre boussole.

La rentrée ? Il faudra l’aimer ! Se souvenir de cette colle à l’amande qui nous rendait accros, et du parfum de cartable neuf. Passer la main dans les cheveux de nos enfants encore tout empreints des soleils, profiter de leur chaude tendresse innocente.

Septembre nous offrira les frissonnantes promesses des vendanges à venir, et ces prunes et ces figues toutes gorgées des sucres de l’été, croquer dedans sera comme un souffle de vacances, radieuse mémoire des nuits d’été où les hirondelles criaient si haut dans le ciel. Et puis bien vite galoperont vers nous ces forêts odorantes, toutes emplies de cèpes et de fougères, et les fumerolles des petits matins sur les labours – mais non, je plaisante, je sais bien que vous qui me lisez vivez le plus souvent en ville : alors ce seront les appels odorants du petit noir au café du coin, et, bientôt, ceux du marchand de marrons chauds…

Fermez les yeux, gonflez vos poumons, imaginez-vous déjà à l’orée de Noël 2022… Il y aura l’acidulé des mandarines, le tendre des cannelles, les couchants mordorés aussi sublimes qu’un pain d’épices gonflé de saveurs, et puis peut-être cette première neige aux flocons irisés, aussi pure qu’un souffle de nouveau-né…

Oui, l’an neuf sera magnifique. Nous saurons à nouveau inspirer et expirer, et respirer les parfums de vie, et nous aimer.

Et au travers de notre terre si fabuleuse ces millions de parfums, de fragrances, de senteurs, d’odeurs se croiseront en mille méridiens fraternels, depuis les bortchs capiteux aux délicates fleurs de sakura, en passant par les orangeraies californiennes et par les effluves de tiaré…

Que 2022 nous rende notre droit à la respiration, fondamental, aussi impérieux que nos libertés.

We can breath. We will breath. Peace on earth!

Peut être une image de fruit et nature

https://sabineaussenac.blog/tag/bonne-annee/

En ouvrant le dormant réveillé #documentaire #Francis Fourcou #Stralsund #LesPortesdeStralsund #Allemagne

http://Par Dr. Hans Jürgen Groß — Travail personnel, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=37898111
Place de l’hôtel de ville, Stralsund

Il n’est pas courant de voir un film sur l’Allemagne réalisé par un Français. C’est donc avec une grande curiosité que j’ai découvert, au hasard d’une rencontre, le remarquable travail que Francis Fourcou a consacré à l’autre « Venise du Nord », la ville hanséatique de Stralsund, et à ses portes. « Les portes de Stralsund », quel titre étrange pour nous, habitants de l’Hexagone, si peu au fait des particularités et des richesses de notre voisin germanique dont nous ne connaissons souvent, hélas, que quelques clichés touristiques.

C’est à un lent cheminement que nous convie le réalisateur, rythmé par la mélodie sans cesse renouvelée de quelques accords d’orgue et par le ressac de la Baltique que les Allemands nomment « mer de l’Est », « Ostsee »… Francis Fourcou est un habitué des chemins ; son Camino, il l’a par exemple arpenté de Garonne à Collioure, au gré du chemin de halage du Canal du Midi, arpentant les Corbières, escaladant les citadelles du Vertige cathare, en déambulation poétique entre Serge Pey, l’une des voix majeures de la poésie contemporaine (publié dans la Blanche de Gallimard, rien que ça !)  et Antonio Machado, dans Serge Pey et la boîte aux lettres du cimetière, en 2018.

Le cinéaste aime à fouler ainsi les traces de l’Histoire, détricotant les destinées, caméra sur l’épaule, avec l’œil aiguisé du documentariste et son âme de poète. C’est aussi le cadeau qu’il a fait au public avec Laurette 1942 lorsqu’en 2016 il nous a offert l’histoire de cette jeune volontaire de la Cimade, engagée auprès des internés de différents camps français du sud de la France, puis dans la Résistance. Car le réalisateur malaxe le temps long du passé tout en posant habilement des jalons pour rêver l’avenir, en questionnement permanent sur les noirceurs et les peurs qui agitent l’humanité, comme dans Le Juste et la Raison, un documentaire consacré à la démarche presque spirituelle d’un couple de psychiatres toulousains, avant d’imaginer à ce qui nous unit par-delà les haines fratricides, au gré des magnifiques dialogues interreligieux de son opus Convivencia

Et c’est bien là le sens profond des réflexions cinématographiques de ce Toulousain passé par Louis Lumière et ayant déjà fait plusieurs fois le tour de cette terre qu’il aime à nous montrer : que ce soit au son des bâtons avec lesquels le poète Pey frappe le sol ou en modulant les discours de Jaurès qu’il envoie outre-Atlantique, ou simplement dans les silences méditatifs ourlant les merveilleuses lumières d’un couchant sur la Baltique, Francis Fourcou prête sa voix à la bonté et à la bienveillance de ceux qui, toujours, tenteront de changer la vie et de transformer le monde.

Wolf Thormeier est de ceux-là, un artisan de Stralsund que le réalisateur accompagne lors de ses restaurations d’une des portes de la cité hanséatique. Très vite, l’on se retrouve emporté par la puissance narrative et cinématographique du sujet : le documentaire est agencé si magistralement qu’une synesthésie saisit le spectateur au gré des plans fixes ou des travellings, bercé par cette voix off qui raconte l’Allemagne et les soubresauts de son histoire tout en voyant se profiler tantôt la silhouette vénitienne de Stralsund, filmée de telle sorte que l’on se croirait dans la lagune d’une toute autre mer, tantôt l’albâtre des lumineuses falaises de Rügen, aussi immuables que sur les toiles de Caspar David Friedrich, quand il nous semble en même temps respirer l’odeur des copeaux de bois ou des laques tout en entendant la ligne de fuite de l’orgue… Il n’en fallait pas moins pour rendre hommage au travail minutieux de ce grand gaillard du Nord, toujours affublé de son bandana de pirate et de ses lunettes rondes, un John Lennon ébéniste qui « imagine », lui aussi, une « fraternité humaine » en restaurant bien plus que les portes de sa chère cité de la Baltique…

Öffnet Türen: Der Stralsunder Restaurator Wolf Thormeier gibt einen Einblick in die Stralsunder Haustürenlandschaft.
https://www.ostsee-zeitung.de/Vorpommern/Stralsund/Hingucker-Historische-Haustueren2

Francis Fourcou le répète : les ports aussi sont des portes, creusets des chemins maritimes et des échanges, et Stralsund ne déroge pas à la règle, ville ourlée par une mer que se partagent entre autres l’ambre letton, les forêts de Rügen -le parc national de Jasmund est classé au patrimoine de l’UNESCO…- ou les nocturnes de Chopin, une mer dont les secrets gisent dans les grands fonds où dorment encore des navires et des sous-marins échoués… Cette thématique de la porte, battant ouvert ou fermé séparant l’oïkos de l’agora, soutient toute la symbolique de cette réflexion cinématographique confinant à un conte philosophique dont l’héroïne serait ce grand vantail d’abord échoué comme un oiseau blessé qui, au fil des soins apportés par Wolf, va peu à peu recouvrer sa place dans la société allemande si blessée par sa propre histoire et permettre ainsi, en miroir, à cette société d’exister à nouveau en liberté.

Comme elle est radieuse, la cité hanséatique, lorsque le soleil perce la brique de cet incroyable hôtel de ville dont l’immense façade projette une ombre dentelée sur la place, ce jeu d’ombres et de lumières rappelant au spectateur combien ce pays a traversé de nuits avant d’oser, à nouveau, se dire démocratie… Comme il est touchant, Wolf, quand il entonne à la guitare l’une des plus anciennes chansons du répertoire folklorique allemand, dont la mélodie remonte au dix-huitième siècle et dont le texte parle d’amour et de secrets portés dans le vent !

http://www.meck-pomm-hits.de/kunst-kultur/niederdeutsch/liedtexte-plattdeutsch/dat-du-min-leevsten-bust-text/

Ces secrets-là se dessinent en filigrane autour des mots du restaurateur, quand le rabot évoque la Hanse, quand le pinceau murmure les destructions liées à la seconde guerre mondiale, quand l’enduit se fait passeur des entraves politiques du régime policier de la RDA : les différentes couches de peinture étouffant la porte restaurée symbolisent bel et bien cette histoire allemande dont les aléas ont à plusieurs reprises enfermé les peuples dans les nasses des dictatures.

Les portes, nous dit encore Wolf, sont le visage d’une maison ou d’un bâtiment. Et quand Francis Fourcou nous affirme de son bel accent toulousain que le restaurateur va « ouvrir le dormant réveillé », avec cette merveilleuse image du dormant de la porte qui évoque bien sûr ce peuple allemand et aussi une ville englués dans l’immobilisme, stratifiés dans une histoire souvent sombre, le spectateur perçoit l’immense émotion qui fait de Wolf un alchimiste ; la peste brune et les képis des Vopos vont s’effacer devant l’incomparable lumière de la Baltique, la brique de l’église Saint-Nicolas s’éclairant du même corail qu’à Toulouse, ce corail que le soleil arrose sur l’église Saint-Sernin, en belle passerelle européenne des peuples réconciliés. Car cette ex Allemagne de l’Est elle aussi s’est réveillée, a su sortir des années difficiles de la dictature qui faisait de chaque personne frappant à une porte un potentiel danger. Ne demeurent que la lumière qui irradie aussi depuis les célèbres falaises de craie toutes proches, et un sens de l’accueil envers tous ces gens qui naviguent depuis d’autres mers vers l’Allemagne et l’Europe, même si, outre-Rhin comme en France, les démons du populisme grattent toujours à la porte…

Francis Fourcou, lui aussi, est un passeur, un passeur de mots, d’images et d’histoires, et ce film saura sans aucun doute trouver son public, en Allemagne comme ailleurs. Il a d’ores et déjà reçu un accueil enthousiaste à Stralsund, comme en témoigne cet article, car les Allemands ont à présent envie de décrypter leur propre histoire et, comme le restaurateur, d’en gratter les différentes couches afin de ne garder que le Bon et le Beau.

Le public français, qui connaît si peu les paysages et les villes allemandes, aura sûrement aussi un coup de cœur pour ces Portes de Stralsund et, pourquoi pas, l’envie d’aller visiter cette Allemagne si proche et si lointaine à la fois. D’autres villes de l’est attendent encore une renaissance en lumière, et méritent que l’on lève les yeux vers les frontons encore frissonnants des grands vents de l’Histoire, comme Görlitz, la belle endormie de la frontière polonaise, tandis que d’autres cités déjà radieuses offrent déjà au visiteur leur superbe éclat, telles Dresde ou Leipzig.

Fichier:Peterskirche Goerlitz.jpg
Görlitz, Peterskirche, Wikipedia, creative commons.

Oui, il faut aller en Allemagne ! Ce n’est qu’ensemble que nous conserverons une identité européenne si précieuse car synonyme de paix. Ce film en témoigne.

http://www.allemagnevoyage.com/regions/Mecklembourg/stralsund.html

Pour n’oublier personne, n’oublions pas qu’un film est aussi un travail d’équipe ; il convient de saluer le remarquable engagement de toute cette petite constellation entourant le réalisateur, comme par exemple au son la fidèle Agnès Mathon, qui accompagne Francis Fourcou depuis longtemps, ou bien encore la talentueuse comédienne Ilka Vierkant qui prête sa voix allemande au film. Enfin, n’oublions pas que le talent est une affaire de famille, puisqu’un certain Paul Fourcou a assisté son père lors du tournage. En allemand, on dit que « la pomme ne tombe pas loin de l’arbre » !

À Toulouse, le film sera projeté lundi 18 octobre à 19 heures à la Maison de l’Occitanie, dans le cadre de la dynamique Quinzaine franco-allemande. (11, rue Malcousinat.)

Aucune description de photo disponible.
La « mer de l’Est » à Sellin; crédits Sabine Aussenac.

Caspar David Friedrich

*

Dunkle Wege der

Tannen. Wurzeln, Mutterboden, und im Weiten

das Licht.

Insularität der Wälder, Bäume,

aus der Ostsee geboren.

*

Wächter werden am

Baluster des Schwindels, ein Wanderer

über dem Nebelmeer.

Am Königsstuhl jeder Schritt

eine Brandung.

*

Perlmuttmilchig weihen

die Kreidefelsen ins

Malen ein.

Eine Möwe schwebt ins

Weiße.

Rügen, illuminatio

der Schönheit.

*

Caspar David Friedrich

*

Sentes sombres des

sapins. Racines, humus, et au loin

la lumière.

Insularité des bois, arbres enfantés

en Baltique.

*

Se faire guetteur à

la balustre des vertiges, voyageur au-dessus

de la mer de nuages.

Au Königsstuhl chaque pas est

ressac.

*

Entrer en peinture

au gré des nacres et des lactescences

des falaises de craie.

Une mouette se fond dans

la blancheur.

À Rügen, s’illuminer

d’intense.

https://www.senscritique.com/contact/Francis_Fourcou/34660

Rose Ausländer, l’autre grande voix juive de la Bucovine #poésie #essai #judäisme #Shoah

J’ai la grande joie de vous annoncer que mon essai sur Rose Ausländer, « Rose Ausländer, l’autre grande voix juive de la Bucovine », paraîtra courant 2022 dans une superbe collection de la très belle maison d’édition Le Bord de l’Eau

Lire Rose, c’est tout d’abord être aveuglé par l’empreinte de ce linceul lancinant de la Shoah, décryptant dans cet ossuaire testimonial l’itinéraire cette exilée, de la Bucovine à NY jusqu’à l’Allemagne qui deviendra paradoxalement sa terre d’accueil. Cependant, au fil de la découverte plus pointue de l’œuvre abondante de cette poétesse atypique, au gré de l’hétérogénéité de cette langue éclatée et polymorphe, allant de la célébration rilkéénne des débuts à l’indicible pneuma caractérisant les dernières productions poétiques, on en vient à comprendre le silence ausländerien, cette légèreté de l’essence poétique d’une survivante chantant encore le lilas de l’enfance malgré « le lait noir de la mémoire ».

C’est justement cet équilibre entre l’être et le néant, cette force résiliente qui sous-tend toute l’œuvre de la « poétesse de Düsseldorf », voix majeure de la littérature allemande : « Ecrire, c’était vivre. C’était survivre. »

https://www.editionsbdl.com/

« Inventer

un

poème

signifie

être mis au monde

et courageusement chanter

d’une naissance à l’autre »

Quant à mon roman sur Rose, il est toujours en cours d’écriture…

https://avecmavalisedesoieroseauslander.home.blog/