Toutes en terrasse !!!!!

Toutes en terrasse !!!!!

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Il y avait eu ce reportage. Engluée dans la préparation des fêtes et dans le travail, je m’étais dit que j’attendrais les vacances pour en parler. J’ai eu du mal à m’en remettre, d’ailleurs ; proche de la nausée en regardant ces zones de non droit, puis des larmes d’émotion en voyant le courage de la « brigade des mères »…Je repensais à mon roman, Free d’Hommes, cette histoire d’un monde inversé où les femmes auraient eu le pouvoir depuis la nuit des temps, mais basée sur nos réalités, et aux dizaines de textes déjà écrits sur le sujet, à mes petites élèves qui, entre elles, s’appellent plus souvent « sœur » que « meuf »…

https://francais.rt.com/france/30405-femmes-indesirables-dans-cafe-classe-politique-choque

J’étais presque épuisée ; laminée par cette impression de déjà vu, effrayée par la violence des propos, éperdue par la perspective de cet avenir si sombre, avec la double contrainte terrible des islamistes et du FN, qui fait de notre France une antichambre d’Alep, exsangue de ces luttes entre DAESH et régime de barbarie…C’est surtout à Alep que je pensais, d’ailleurs, ces derniers jours…

http://www.oasisdesartistes.org/modules/newbbex/viewtopic.php?topic_id=217777&forum=2

Pour un peu, je me serais tue. Jusqu’à ce que j’entende cette phrase, aujourd’hui :

Historiquement, dans les cafés ouvriers, il n’y avait pas de femmes.

https://francais.rt.com/france/30813-cafe-interdit-femmes-sevran-benoit-hamon-relative-cafes-ouvriers

Pas de femmes…

C’est vrai, cher Benoît, tu permets que je t’appelle Benoît, hein, puisque tu n’es plus mon ministre, juste un candidat qui pense naïvement jouer sur la corde sensible de quelques barbus alléchés par un lâche aveuglement…

Oui, tu as tout à fait raison, hormis quelques soulardes à la Gervaise, et quelques Goulues de petite vertu plongées dans l’absinthe pour oublier le corps contrefait des peintres, elles n’étaient pas légion, les femmes,  dans les cafés ouvriers…Vous étiez bien, entre hommes, à commander plus tard des Picon Bière en discutant du Tour et en faisant le tiercé pendant que Bobonne, le filet de provisions à la main, poussait le landau jusqu’à la maison où, jour après jour, elle récurait les sols et les couches en attendant que tu rentres le soir pour lui flanquer sa dose.

Et tu as raison, c’est vraiment trop cool, au Bled, comme le justifient certaines personnes du reportage au sujet duquel tu as eu le bonheur de t’exprimer, de se promener dans des rues propres – ça me rappelle toujours mon arrière-grand-mère allemande, cette expression, va savoir pourquoi, elle aussi, elle disait que « les rues étaient propres sous le Führer », comme quoi, le « nazislamisme » doit bien exister quelque part…- dans des rues où seules les djellabas s’étalent entre deux thés à la menthe, aux terrasses de ces cafés que tu aimerais peut-être voir fleurir dans notre douce France, dans des rues dépourvues de la « souillure féminine »…

Parce que tu as raison, historiquement, dans les rues non plus, il n’y avait pas de femmes, pas de femmes au volant, par exemple.

Femme au volant, mort au tournant, on est bien d’accord. Comme toi, je regrette infiniment ce temps où seuls quelques messieurs aux moustaches en guidon de vélo osaient lâcher leur petite reine pour tourner la manivelle de leur traction. Et je t’approuve totalement d’être en empathie visible avec les pays où les femmes n’ont pas le droit de conduire ! Non mais où irait-on, c’est vrai, si on permettait aux femelles de se saisir de cet outil de libération qu’est la voiture ?! Elles finiraient sans doute par vouloir travailler…

Parce que tu as raison, cher Benoît, historiquement, dans les usines, les bureaux, les lycées, les hôpitaux, il n’y avait pas de femmes. Ou bien seulement dans dévouées à des tâches ingrates, à de menues besognes de soin, de ménage…Somme toute, et c’est incroyable, parce que historiquement, dans les fonctions sacerdotales non plus, il n’y avait pas de femmes, c’est grâce aux églises pourtant que certaines femmes ont commencé à « travailler » dans l’extra-muros, hors du foyer, comme les nonnes dans les hospices ou les maladreries, ou dans les écoles de jeunes filles…

Sais-tu, toi qui prétends un jour diriger la France qui fut des Lumières, qu’il y a quelques jours, en Afghanistan, des femmes ont été assassinées car elles partaient travailler, comme tous les jours, à l’aéroport ?

http://www.lexpress.fr/actualites/1/monde/afghanistan-des-hommes-tuent-cinq-femmes-employees-d-un-aeroport_1861389.html

Mais enfin, qu’allaient-elles y faire, elles qui auraient dû se trouver tranquillement à étouffer sous leurs burqas du silence, au lieu de prétendre à la liberté…

Mais tu as raison, historiquement, dans les écoles, déjà, il n’y avait pas de femmes. C’est dès l’enfance, en effet, qu’il convient de museler ce sexe qui ose avoir la tentation de vivre et d’aimer apprendre. Malala t’en parlerait mieux que moi, elle qui a bêtement pris une balle dans la tête en allant à l’école, quelle petite dinde. Je n’ai toujours pas compris pourquoi on lui a donné ce prix. Une petite fille, ça doit rester à la maison, suivre les traces de sa mère, et apprendre jour après jour les gestes ancestraux de la soumission au Maître. Et si par mégarde elle osait vouloir sortir du rang, il faudrait veiller à ce qu’elle conserve malgré tout une place subalterne.

C’est d’ailleurs ce qui se passe partout, dans le monde entier, dans toutes les civilisations, depuis des millénaires, n’est-ce-pas, cher Benoît ? Parce que oui, historiquement, aux postes clé, il n’y avait pas de femmes. Ni dans la vie civile, ni dans la vie religieuse, ni dans les arts, ni dans les armées…Certes, tu vas évoquer une Cléopâtre ou une Margaret, une Angela ou une Louise Labé, une Aliénor d’Aquitaine ou une Hilary, mais nous savons toi et moi qu’elles ne sont que les arbres qui cachent la forêt, fulgurantes étoiles dans la nuit de l’anonymat de milliards d’ilotes et de laissées pour compte. D’ailleurs, il parait que tu n’auras qu’une seule adversaire du deuxième sexe lors de votre primaire de la Belle Alliance Populaire. Je te souhaite du courage, d’ailleurs, et je partage ton ire bien compréhensible ; je te le dis et te le répète, oui, mille fois oui, tu as raison, c’est indéniable, historiquement, les femmes ne se mêlaient pas de politique, elles parlaient chiffons et couches-culottes pendant que leurs époux tâtaient de la bouteille, et je déplore avec toi que ces satanées suffragettes aient osé braver les interdits pour réclamer de faire partie de l’Agora…

Mais oui, enfin, tout le monde le sait…Historiquement, c’est vrai, les femmes n’avaient pas le droit de vote ! Ni celui de faire des études ! Ni de divorcer ! Ni de faire des chèques ! Ni de prendre un amant ! (Je te rassure, c’est toujours assez mal vu !) Ni d’entrer dans de grandes écoles ! Ni dans l’armée ! Historiquement, en France, mais aussi ailleurs, les femmes, tu as raison de nous le rappeler, n’étaient sur terre que pour donner la vie, et, accessoirement, pour prodiguer plaisirs et voluptés aux hommes (avec ou sans leur consentement, car, historiquement, c’est vrai, il y a peu d’hommes qui se font violer par des femmes – mais je sais d’ores et déjà que d’aucuns oseront venir me parler de statistiques inverses et/ou d’hommes battus dans les commentaires…).

http://www.refletsdutemps.fr/index.php/thematiques/actualite/societe/item/egorger-vos-fils-vos-compagnes

Car historiquement, il n’y avait pas beaucoup d’hommes battus dans les morgues ou les hôpitaux. Par contre, je te le confirme, le ratio est toujours bon, aucun souci à se faire, il y a bien en France encore une femme qui meurt de violences conjugales tous les trois jours, et des milliers de viols. Historiquement, il n’y a pas eu non plus beaucoup d’hommes châtrés dans le monde, quand des millions de femmes ont été et sont encore excisées ou infibulées. Historiquement, il n’y a pas eu non plus tellement d’hommes brûlés vifs sur les bûchers de leurs épouses décédées, ni d’hommes vitriolés car ils avaient commis l’adultère, ni d’hommes lapidés pour les mêmes raisons. Oui, Benoît, mon cher Benoît, tu es dans le vrai, je me demande pourquoi nous sommes là, nous, spectatrices de ce reportage, à nous étonner, voire à nous offusquer.

Car franchement, tout est justifiable, non ? Grâce à ta parade historique, il t’est facile de pactiser avec le non-dit et de tenter de fermer les yeux sur la misogynie du communautarisme islamique…Le problème, vois-tu, cher Benoît, c’est que ma nouvelle chef, ton amie Najat, nous parle à longueur de textes officiels d’égalité des sexes, d’égalité des chances, et que moi, simple enseignante, je te le dis haut et fort, avec elle, avec des millions de Françaises :

La femme est l’égale de l’homme.

Et ce même si, historiquement, « il n’y avait pas de femmes dans les cafés ouvriers ». Alors cette femme, cette petite beurette ultra maquillée et sans voile, cette gazelle belle comme 400 vierges réunies, elle a le droit de venir s’assoir pour pianoter sur son 6S et pour commander un café -et même un kir, si elle a, par hasard ou par miracle, décidé de ne PAS appliquer les dictats de sa communauté. Cette autre femme, cette quinqua un peu fatiguée parce qu’elle a fait des ménages toute la journée, elle aussi elle a le droit de venir d’assoir pour prendre une bière ou un thé avant de rentrer pour faire le ménage chez elle et nourrir ses trois garçons. Cette maman africaine, le ventre lourd et les seins gonflés, avec ses jumeaux dans la poussette et son boubou bariolé, elle aussi elle peut pousser la porte d’un café pour commander un chocolat chaud et lire un magazine. Et les trois étudiantes en archi aussi, toutes emmitouflées dans leurs parkas et presque nues sous leurs tee shirt, elles ont le droit de rigoler comme des tordues en parlant de la soirée de la veille.

Et ça, dans la France entière ! Dans les bars de Paname et dans les troquets de Lorient où la mousse caracole au son des musiques celtiques ; dans les estaminets de la Canebière où Escartefigue taquinait Honorine ; dans les cafés de nos villages, ceux où peut encore d’appuyer sur le formica et apercevoir des carafes Suze ; aux terrasses gorgées de soleil où, à l’ombre des platanes, on entend vibrer les cigales en dégustant une orangeade ; sous les coupoles art déco des merveilleux cafés d’antan, ou au zinc collant d’un boui boui du 93 ; tu te souviens, Benoît, le « je suis en terrasse » ?

Toutes en terrasse, vite !

On va y entrer, cher Benoît, un jour, dans ces cafés de non-droit. Oui, parce que tu sais, historiquement, il y aura toujours une Rosa Parks pour ne pas se lever dans un bus, une Ségolène pour oser la bravitude et une Antoinette Fouque pour écrire un Dictionnaire des Créatrices.

http://www.desfemmes.fr/dictionnaire-des-creatrices/

Je vais te dire une dernière chose : hormis le fait que tu avais été mon ministre, je ne savais pas grand-chose de toi. Maintenant, je vais juste essayer de t’oublier.

Parce que historiquement, je ne crois pas que tu laisseras un souvenir impérissable aux femmes.

**

http://archives-lepost.huffingtonpost.fr/article/2011/12/22/2666216_le-principal-porte-un-costume.html

http://sabineaussenac.blog.lemonde.fr/2016/08/26/eternelles-burqas-du-silence-burkini/

http://www.refletsdutemps.fr/index.php/thematiques/culture/litterature/item/l-autre-monde-de-sabine-free-d-hommes-sabine-aussenac

http://www.thebookedition.com/fr/free-d-hommes-p-122971.html

Le rossignol et la burqa…-une ancienne nouvelle…

http://rue89.nouvelobs.com/2011/05/21/le-french-lover-est-mort-la-femme-est-libre-205037

 

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« la révolte consiste à fixer une rose »…Mon année 2015

la révolte consiste à fixer une rose

à s’en pulvériser les yeux : mon année 2015…

A4 prends soin mon amour de la beauté du monde

Je me souviens.

De nos larmes et de l’effroi, de nos rires assassinés en ce 7 janvier 2015, de mon incommensurable chagrin devant la liberté souillée.

De la peur défigurant les visages, de ces hurlements, de l’innocence conspuée au gré d’un étalage.

De nos marches au silence bouleversant, de ces bougies qui veillent, de l’union sacrée du monde devant Paris martyrisée.

(….) la ville alors cessa

d’être. Elle avoua tout à coup

n’avoir jamais été, n’implorant

que la paix.

Rainer Maria Rilke, Promenade nocturne.

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Je me souviens.

De mes vacances de février en outre-Rhin, les premières depuis dix ans. Enfin sortie d’un épuisant burn-out social et financier, j’osai enfin revenir au pays de l’enfance.

De la maison de mes grands-parents allemands revisitée comme une forêt de contes, du souvenir des usines au bord du Rhin comme autant de merveilles.

Du froid glacial dans ce grand cimetière empli de sapins et d’écureuils où, en vain, je chercherai la tombe de mon grand-père.

De ma joie d’enfant en mordant dans un Berliner tout empreint du sucre des mémoires.

Un étranger porte toujours

sa patrie dans ses bras

comme une orpheline

pour laquelle il ne cherche peut-être

rien d’autre qu’un tombeau

Nelly Sachs, Brasiers d’énigmes.

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Je me souviens.

Des cris parsemant ce mois de mars qui jamais n’aura aussi bien porté le nom de guerre.

Des sourires explosés des corps d’athlètes de Florence, Camille et Alexis dans cet hélicoptère assassin. De tous ces anonymes mutilés au grand soleil de l’art, du Bardo couleur de sang.

Des 142 victimes yéménites si vite oubliées en cette Afrique au cœur devenu fou.

Des coups inutiles contre une porte blindée et de l’abominable terreur des enfants et des jeunes prisonniers d’un avion cercueil.

Un regard depuis l’égout

peut-être une vision du monde

 

la révolte consiste à fixer une rose

à s’en pulvériser les yeux

Alejandra Pizarnik, Arbre de Diane.

3

 

Je me souviens.

De Mare nostrum présentée à mon fils de 16 ans qui n’avait jamais vu la Méditerranée, oui, c’est possible, en 2015, même dans les meilleures familles si elles sont confrontées à une paupérisation.

De l’éblouissant soleil de Sète et des mouettes qui rient au-dessus du Mont Saint-Clair.

Des tombes grisonnantes et moussues du cimetière marin, où nous entendons la voix de Jean Vilar et le vent qui bruisse dans les pins en offrande.

De la plaque de l’Exodus devant la mer qui scintille et de mon émotion devant les couleurs de l’été des enfances, enfin retrouvées au cœur de cet avril.

Pourtant non loin de là 700 Migrants mouraient dans ces mêmes eaux turquoises, ma mer bien aimée devenue fosse commune en épouvante.

Et ailleurs aussi le vacarme déchirait l’innocence, quand 152 étudiants supplièrent en vain leurs bourreaux de Garissa, quand 7800 Népalais et touristes suffoquaient au milieu des drapeaux de prières aux couleurs de linceuls, quand une seule fillette, Chloé, succombait à la perversité d’un homme.

 

Un manteau de silence, d’horreur, de crainte sur les épaules. On est regardé jusqu’à la moelle.

Paul Valéry, Forêt.

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Je me souviens.

De ce contrat faramineux autour d’avions de chasse, pourtant signé par ma République avec un pays aux antipodes de la démocratie, qui maltraite les ouvriers et musèle les femmes.

Des voix d’outre-tombe de  Germaine Tillon, Genviève De-Gaulle-Antonioz, Jean Zay et Pierre Brossolette entrant au Panthéon, quand je tentai d’expliquer à des élèves malveillants la beauté du don de soi, au milieu de ricanements d’adolescents désabusés. De ma désespérance devant la bêtise insensible au sacrifice et aux grandeurs.

De ce mois de mai aux clochettes rougies par un énième « drame familial », dans le Nord, celui-là, deux tout petits assassinés par un père, comme chaque mois, silencieux hurlement au milieu du génocide perpétré dans le monde entier, depuis des millénaires, par les hommes violant, tuant, égorgeant, mutilant, vitriolant, brûlant vives leurs compagnes et souvent leurs enfants.

Je vous salue, ma France aux yeux de tourterelle(…)

Ma France, mon ancienne et nouvelle querelle,

Sol semé de héros, ciel plein de passereaux…

Louis Aragon.

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Je me souviens.

Des révisions du bac de mon puîné, des dissertations et des textes à apprendre, de Rimbaud et de Proust, de Verlaine et Stendhal, comme un collier de perles toujours renouvelé.

De ces adolescents déguisés en marquis pour une fête baroque, des duchesses et des contes, des froufrous et des rires, quand les joues de l’enfance en disputent avec les premières canettes de bière, quand on hésite entre un joint et un dessin animé…Chuuuuuuut. Prenez le temps…Profitez…On n’est pas sérieux, quand on a 17 ans le jour de la Saint-Jean…

Du soleil fou de Sousse qui voit mourir les sourires des touristes, de la plage rougie, et de la tête en pique d’un patron français, quand cet Islam qui prétend vivre la foi n’est que mort absurde et gratuite.

Des gospels montant vers ce ciel rougi de Charleston, quand un homme fauchera des vies noires dans une église, insulte à l’Amérique des droits civiques : j’ai fait un cauchemar, encore un…

 

Ce matin de juin s’est posé sur mon cœur

comme un vol de colombes sur la vieille petite église,

frémissant d’ailes blanches et de roucoulements d’amour

et de soupirs tremblants d’eau vive.

Louisa Paulin, Lo bel matin

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Je me souviens.

Du chapeau blanc de Dylan et de sa voix éraillée, d’Albi la Rouge toute vibrionnante des accords de Pause Guitare, de cette nuit passée sur un banc avec un « Conteux » acadien, et du sourire de Zachary Richard, aussi pur que dans nos adolescences lorsqu’il clamait « travailler, c’est trop dur ».

De notre conversation téléphonique où déjà la poésie avait traversé l’Atlantique au rythme des échanges, et de son incroyable présence, quand il offre au monde tous les ouragans de Louisiane et toutes les histoires de son peuple oublié.

De la brique rouge et de Sainte-Cécile comme un vaisseau dans la nuit, du Tarn empli d’accords virevoltants et de notes insensées, de ce mois de juillet aussi gai qu’un violoneux un soir de noces.

 

La nuit, quand le pendule de l’amour balance

entre Toujours et Jamais,

ta parole vient rejoindre les lunes du cœur

et ton œil bleu

d’orage rend le ciel à la terre.

Paul Celan, in Poésie-Gallimard

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Je me souviens.

De la Bretagne qui danse comme une jeune mariée au son de la Grande Parade, de Lorient enrubanné, des guipures et de l’océan dentelé qui tangue au son des binious.

Des flûtiaux et des cornemuses, de l’âme celte qui m’enivre, des jambes levées sous les robes de crêpe et des verts irlandais ; des Canadiens qui boivent et de la lune qui rit, des roses trémières caressées par la joie et de mon fils si heureux de danser le quadrille.

D’un autre port, au bout du monde, où 173 personnes périront dans les explosions causées par l’incurie des hommes.

Du courage de ces passagers de l’improbable, quand des boys modernes rejouent le débarquement dans un Thalys sauvé de justesse de la barbarie.  Quand un 21 août ressemble à une plage de Normandie.

 Le Bleu ! c’est la vie du firmament(…)

Le Bleu ! c’est la vie des eaux-l’Océan

et tous les fleuves ses vassaux(…)

John Keats, Poèmes et poésies.

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Je me souviens.

Du calme d’Angela Merkel annonçant qu’elle devenait la mère de l’Europe en ouvrant les bras de l’Allemagne aux réfugiés et Migrants.

D’une Mère Courage qui soudain fait du pays de l’Indicible celui de l’accueil, quand 430 000 personnes ont traversé la Méditerranée entre le 1er janvier et le 3 septembre 2015, et qu’une seule photo semble avoir retourné les opinions publiques…

Du corps de plomb du petit Aylan et des couleurs vives de ses vêtements, dormeur du val assassiné par toutes les guerres des hommes, à jamais bercé par les flots meurtriers de notre Méditerranée souillée.

De mon étonnement toujours renouvelé en cette rentrée de septembre, quand soudain chaque journée de cours me semble thalasso, tant c’est un bonheur que d’enseigner la langue de Goethe à ces enfants musiciens, surdoués et charmants, toute ouïe et en demande d’apprentissages : ma première année scolaire agréable dans mes errances de « TZR », sans trajets insupportables et sans stress pédagogique.

 

Il n’est d’action plus grande, ni hautaine, qu’au vaisseau de l’amour.

Saint-John Perse, Amers.

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Je me souviens.

De ces pauvres gens morts noyés en voulant sauver une voiture quand des enfants de Migrants continuent, eux, en ce mois d’octobre, à n’être sauvés par personne…

Des hurlements d’Ankara, quand 102 personnes perdent la vie au pied de la Mosquée Bleue, le Bosphore rougi de tout ce sang versé.

De cette famille lilloise décimée par le surendettement, un Pater Familias ayant utilisé son droit de mort sur les siens, mais nous sommes tous coupables, nous, membres de cette odieuse société de surconsommation.

Du silence de ma cadette en cet anniversaire de notre rupture de cinq longues années, de sa frimousse enjouée et de son bonnet rouge lors de notre dernière rencontre, il y a un siècle, avant qu’elle ne rompe les ponts. Du petit bracelet de naissance qui dort dans ma trousse et ne me quitte jamais. De ma décision de vivre, malgré tout.

Argent ! Argent ! Argent ! Le fol argent céleste de l’illusion vociférant ! L’argent fait de rien ! Famine, suicide ! Argent de la faillite ! Argent de mort !

Allen Ginsberg, in Poètes d’aujourd’hui, Seghers.

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 Je me souviens.

« De nos larmes et de l’effroi, de nos rires assassinés en ce 13 novembre 2015, de mon incommensurable chagrin devant la liberté souillée.

De la peur défigurant les visages, de ces hurlements, de l’innocence conspuée au gré d’une terrasse.

De nos marches au silence bouleversant, de ces bougies qui veillent, de l’union sacrée du monde devant Paris martyrisée. »

De cette structure cyclique qui a mutilé la Ville Lumière, de notre sidération, de la peur de mes enfants et des larmes de mes élèves, de la chanson « Imagine » entonnée en pleurant.

De Bamako et Tunis endeuillées elles aussi, de nos désespérances devant tant de victimes, et puis la terre, n’oublions pas la terre, qui se lamente aussi.

De la COP 21 qui passe presque inaperçue au milieu de tous ces bains de sang.

Si tu mérites ton nom

Je te demanderai une chose,

« Oiseau de la capitale » :

La personne que j’aime

Vit-elle ou ne vit-elle plus ?

Ariwara no Narihira, 825-879, in Anthologie de la poésie japonaise classique.

Place du Capitole, 14 novembre 2015
Place du Capitole, 14 novembre 2015

 

Je me souviens.

Du visage grimaçant de la haine et de la barbarie qui heureusement ne s’affichera PAS dans le « camembert ».

De nos piètres victoires, de mon pays où des jeunes votent comme des vieux aigris, de ma République en danger.

De toutes ces mitraillettes à l’entrée des églises, des santons menacés par les « laïcards » et par les djihadistes, d’un Noël au balcon, comme sous les tropiques.

De ces sabres lasers prétendument rassembleurs, quand tous ces geeks pourraient se retrousser les manches, réfléchir et agir.

D’une partie de croquet dans un jardin baigné de lumière et de douceur un 26 décembre, les maillets et les boules étant ceux de mon enfance allemande, le regard bienveillant de nos quatre grands-parents comme posé sur nous, microcosme familial dans le macrocosme de l’Europe si fragile, du monde si vacillant, de l’Univers si mystérieux.

De nos espérances.

De nos forces.

De nos amours.

Je me souviens de 2015.

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À la lumière de nos aïeux nous marchons.

Elle nous éclaire comme les étoiles de la nuit guidant le marcheur.

Al-Hutay’a, in Le Dîwân de la poésie arabe classique.

 

 

Enfin cette phrase, dédiée à tous ces disparus :

Je t’aimais. J’aimais ton visage de source raviné par l’orage et le chiffre de ton domaine enserrant mon baiser. (…) Aller me suffit. J’ai rapporté du désespoir un panier si petit, mon amour, qu’on a pu le tresser en osier.

René Char, La compagne du vannier.

 

 

 

Communiqué de presse: Sabine Aussenac n’est PAS « auteur à Riposte Laïque »

Communiqué de presse:

« Sabine Aussenac, professeur et écrivain, auteur de nouvelles et poèmes ayant remporté de nombreux prix littéraires, publiée en revues et en impression à la demande, blogueuse, engagée depuis de nombreuses années dans divers combats en faveur de la laïcité, du rapprochement entre les peuples, des droits des femmes et des opprimés, n’est PAS « auteur à Riposte Laïque », comme le prétend ce média. »

Ayant demandé depuis de nombreuses années à ce site de retirer l’un de mes textes -que je ne renie pas, car il concernait les libertés des femmes et les valeurs de la République et de la laïcité- de son portail internet, car je ne souhaite pas voir mon nom associé à ce ramassis d’insultes islamophobes et de propos haineux et déviants, je n’ai jamais obtenu gain de cause. Le 4 juillet 2015, j’ai à nouveau posé une demande, espérant acter deux mois plus tard la possibilité de déposer plainte auprès de la CNIL et de Google afin que mon nom ne soit plus associé à ce site d’extrême-droite, aux relents pétainistes et nauséabonds. En l’absence de réponse du site, j’ai fait un nouveau mail copié collé sur un réseau social, ne mâchant pas mes mots, très en colère de voir que sur les résultats de recherche en ligne ce site apparaît en première page des recherches me concernant.

Le texte écrit en 2010 est MA propriété, et je n’ai jamais demandé à ce qu’il soit mis en ligne sur ce site; l’eussé-je fait qu’il serait mon droit absolu de demander son retrait, puisque ces mots m’appartiennent et ne sont pas du domaine public. Ce texte figure encore sur l’un de mes blogs, et y a toute sa place.

En attendant l’action de la CNIL et de Google et les poursuites que je vais engager en diffamation pour injure publique, au vu de DEUX textes me concernant parus cette semaine sur le site, dans lesquels je suis publiquement insultée, vilipendée, puis traînée dans la boue dans des commentaires, textes ayant donné lieu à de nombreux mails d’insultes, où je suis, par exemple, nommés « pute socialo » ou « suceuse de muzz », je souhaite rectifier publiquement les choses et me dissocier totalement de ce site réactionnaire, fasciste et diffusant une parole de haine anti-républicaine.

Pour rappel, voici en miscellanées quelques textes écrits au fil des ans en faveur de la solidarité, du rapprochement entre les peuples et les cultures, des engagements anti-racistes et de la lutte contre tous les obscurantismes:

 http://sabineaussenac.blog.lemonde.fr/2015/04/16/400notjustanumber-400-migrants-et-le-silence/

– http://sabineaussenac.blog.lemonde.fr/2015/06/19/le-rossignol-et-la-burqa-et-lacademie-barenboim-said/

– http://sabineaussenac.blog.lemonde.fr/2015/06/21/elle-te-plait-pas-ma-chanson/

 http://sabineaussenac.blog.lemonde.fr/2013/12/03/je-porte-en-moi-souvent-mille-juifs-qui-suffoquent/

– http://sabineaussenac.blog.lemonde.fr/2015/01/20/je-me-souviens-une-fable-de-la-citoyennete/

– http://www.huffingtonpost.fr/sabine-aussenac/myriam_1_b_1371928.html

– http://www.huffingtonpost.fr/sabine-aussenac/front-national-presidentielle_b_1464158.html

– http://www.huffingtonpost.fr/sabine-aussenac/mandela-day-aux-cesars_b_1300910.html

– http://sabineaussenac.blog.lemonde.fr/2014/02/10/ilan-halimi-8-ans-deja/

– http://www.terredisrael.com/infos/les-osselets-de-la-memoire-par-sabine-aussenac/

– http://www.huffingtonpost.fr/sabine-aussenac/la-shoah-cest-has-been_b_1676229.html

– http://sabineaussenac.blog.lemonde.fr/2013/11/15/javais-des-amis-en-afrique/

– http://sabineaussenac.blog.lemonde.fr/2014/07/13/comme-de-longs-echos-qui-de-loin-se-confondentpaix/

– http://www.tribunejuive.info/france/lautre-cote-de-moi

– http://short-edition.com/oeuvre/tres-tres-court/il-s-appelle-farid

Enfin, en ce qui concerne les attaques commises envers ma plume, mes écrits, ma personne en tant qu’écrivain, je laisse les lecteurs libres d’apprécier mes productions…

De Toulouse à Tafraout

De Toulouse à Tafraout
Il n’y a qu’une seconde
Car depuis quelques jours nous partageons la route
Et grâce à toi j’ai appris à relire le monde.

Les ocres bleus de ton village
Font écho à mes pages :
J’ai trébuché une nuit d’avril sur tes mots envoûtants
Et me voilà enfin, les yeux le cour chantant

Découvrant des ailleurs, des magies, des beautés,
Ensorcelée déjà par ces roches et ces pierres
Me sentant fée des sables et câline sorcière
Et t’offrant de mon âme les fines aspérités.

Du Café St Sernin au Café des Délices
Je t’envoie folies douces et lumières stellaires.
Sans doute un jour boirons nous un pastis,
Moi la Toulousaine et toi, mon Prince des déserts.

Garonne ouvrira ses flancs ondulant d’aise
Quand le long de berges dolentes tu raconteras les braises
D’un soleil dardant ses pointes acérées
Et plongeant ses lumières dans le Drâa asséché.

Une mer nous sépare mais nos cours sont jumeaux,
Je me sens ta gazelle et tu te dis mon loup.
Mes timides violettes tu cueilleras beaucoup
Je serai ta rose des sables toute ouverte à nouveau.

Le palmier des Jacobins se penchera vers tes ruelles
Blanches. Briques rouges et chapeau de Napoléon
Danseront sarabande, ma cité gasconne se fera caravelle :
Sur l’eau verte du canal vers l’Orient nous voguerons.

Ton oasis charnue aux amandiers en fleur
Croisera en pays de cocagne le pastel aux couleurs
De tes roches azuréennes, et Mohammed Khaïr Eddine
Ecoutera le jazz de Claude en sourdine.

Au loin mes Pyrénées se profilent, grandioses et enneigées,
Tandis que ton Atlas domine en majesté
Paysages lunaires, poussières laminées
D’un vent en cousinage à mon Autan voilé.

Les sororités de nos textes en goguette
Se bousculent et se croisent à en perdre la tête.
Mes millions de toits roses se prosternent vers la Mecque,
Nos croyances et respects illuminent la fête

Elle sera belle, limpide, pure et chatoyante
Cette rencontre de deux cours du Prince et de l’Infante
Mon cour vibre de miel et je fonds, indolente,
Vers toi mon bel ami dont je serai l’amante.

Ubi et orbi à Garissa…

Ubi et orbi à Garissa…

Faith
Faith

 

Maria
Maria

 

Elisabeth
Elisabeth

 

Dadly
Dadly

 

alex
Alex
Doreen
Doreen

 

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priscilla
Priscilla
Jacintha
Jacintha
Isaac
Isaac
Veronica
Veronica

 

Pour un peu, on guetterait les hirondelles…Un ciel bleu d’azur, le lilas presque sorti du bois, et toutes ces jonquilles embrassant les timides violettes, en chaque recoin des jardins de notre Ville Rose…

Oui, ce sont de belles Pâques, les enfants iront gaiment quêter les œufs après mille agapes dominicales, et parfois même on ira à la messe pascale, ou, simplement, on allumera le poste pour regarder urbi et orbi, et le grand monsieur calotté nous parlera de Dieu, de ses ouailles et de ses Saints- et de son fiston, aussi, fraîchement revenu parmi les siens.

Étrangement, pourtant, je n’ai pas le cœur à la fête. N’allez pas me demander pourquoi je me sens plus meurtrie qu’il y a quelques mois, quand, pourtant, les chaînes d’info nous faisaient entrevoir en boucle les grands yeux noirs des enfants yazidis et des chrétiens persécutés à travers un Moyen Orient à feu et à sang… Plus encore que lors de la précédente attaque contre une école, où, pourtant, là aussi, une centaine d’étudiants avaient été massacrés par des talibans, à Peshawar…Devant les images de l’horreur souillant l’enfance, je m’étais sentie anéantie, tout comme  après la boucherie perpétrée par le barbare de Norvège…

http://www.leparisien.fr/international/pakistan-59-rebelles-tues-apres-le-massacre-de-l-ecole-de-peshawar-19-12-2014-4387063.php

Cependant, sans doute parce que la tuerie de Garissa me revoie à la fois à ma condition de chrétienne et d’enseignante, aujourd’hui, je pleure en pleine conscience ces 149 victimes de Garissa…Car en tant que professeur, je suis toujours effondrée quand des barbares s’en prennent sciemment à la jeunesse. Et en tant que chrétienne, en pleine conscience de ce qui est en train de se produire à travers le monde, je partage les mots du Saint-Père lorsqu’il harangue le peuple du monde en pointant du doigt l’Innommable : les chrétiens meurent par milliers, dans l’indifférence générale, assassinés simplement au nom de leur Foi.

Il faut lire les épouvantables récits des survivants. J’en veux énormément aux médias pour avoir, même localement, occulté dans un premier temps le paramètre ontologique du massacre, parlant simplement de la tuerie « dans une université », sans en expliquer les causes et les détails…

http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20150402081934/

Il faut lire et relire les témoignages de ces jeunes qui ont été soumis à des barbaries d’un autre âge, les femmes parfois obligées de se baigner dans le sang de leurs camarades, ou épargnées dans un premier temps, par leurs meurtriers lisant le Coran et psalmodiant qu’ils épargneraient les femmes, avant de les achever malgré tout, exactement comme lors de la tuerie de Charlie-Hebdo.

http://www.nbcnews.com/news/world/teen-survivor-garissa-kenya-college-massacre-found-alive-n335606

Il faut lire et relire les récits de  tris sélectifs auxquels ont été soumis les étudiants, dans cette file assassine ramenant l’humanité à la lie des méthodes nazies, quand sur de sombres quais de gare ont séparait, devant des bouleaux muets et blancs, les enfants de leurs mères.

http://www.france24.com/fr/20150403-attaque-universite-kenya-assaillants-methode-sarcasme-garissa-shebab-somalie/

Il faut oser regarder les images de cette salle de classe ensanglantée, où deux jeunes filles s’étreignent dans le baiser de la mort, quand nous, Européens, nous sommes affectivement identifiés des semaines durant  aux cris des victimes de l’Airbus dont les journalistes-vautours abreuvaient nos soirées ; pas question ici de sombrer dans l’immonde comparaison des souffrances, mais force est de reconnaître que là où le monde entier a, en 48 heures, pris des mesures pour éviter un nouveau carnage aérien, en changeant le fonctionnement des portes de cockpit, ce même monde est en train en ce dimanche de festoyer tranquillement, qui pour Pâques, qui pour Pessah, ignorant superbement les corps mutilés et les âmes broyées de Garissa.

À l’heure où j’écris ce texte, le Souverain Pontife prononce sa bénédiction d’urbi et orbi. « Ce n’est pas de la faiblesse, mais la force véritable. Celui qui porte en soi la force de Dieu n’a pas besoin de la violence, mais il parle et il agit avec la force de la beauté, de la vérité et de l’amour ».

J’aimerais qu’il ait raison, j’aimerais tant qu’il ait raison. De parler de pardon, de parler des souffrances à accepter, mais je doute. Oh combien je doute, de cette paix qui tarde tant à venir, et de l’intelligence des hommes. Je doute et je vous demande, vous qui me lirez, de réfléchir, chacun à votre mesure, à ce que nous pourrions faire pour que cessent les barbaries. Commençons par nous sourire, à nous comprendre, à nous respecter, ici, en Pays de France où hier encore de jeunes étudiants voulaient violenter une mosquée. Commençons par cesser de vilipender les « kébabs », à cesser de vouloir mettre au pouvoir une blonde dont les mots doucereux sont aussi dangereux que les dérapages de son connard de révisionniste de père.

Mais en même temps osons partager ouvertement et fortement le deuil de ces milliers de chrétiens persécutés à travers le monde, au lieu de simplement nous gaver d’agneau pascal et de lapins en chocolat, héritiers d’une tradition qui nous semble immuable mais qui, si nous réfléchissions un peu plus loin que le bout de notre nez déjà rougi par l’apéro pascal, est réellement menacée par les barbaries de l’EI, de Boko Haram et des immondes Shebab.

Pour les jeunes étudiants de Garissa, pour les jeunes garçons et les jeunes filles fauchés en plein bonheur, moi qui ne sais plus prier, j’écris. Je crie.

Pensez à eux.

Soyons Kenya.

https://www.facebook.com/DZ.Wall/posts/650646598370587

« À quoi pensaient-elles ??

L’image a beaucoup défilé sur nos fils d’actualité, un nouveau massacre, un nouvel acte barbare perpétré par des monstres sanguinaires, un nouveau crime contre l’humanité . Cette fois ci au Kenya.

Un détail a cependant attiré mon attention et j’ai zoomé sur les corps du fond, deux jeunes étudiantes qui s’enlacent durant leur dernier moment.

Du coup ces deux victimes ne sont plus des anonymes, des inconnues, des chiffres sans visages, des statistiques sans noms. Ce sont deux jeunes filles avec une histoire, une vie, une famille, des amis, des rêves et des envies .

Des sœurs ou des copines, les meilleures amies au monde ou de parfaites étrangères réunies l’instant où la fatalité a frappé.

À quoi pensaient-elles ??

À la vie qui se termine avant d’avoir commencé ??

À un père qui a vendu bœufs et charrue pour que sa fille étudie ??

À une mère qui ne mange peut être pas à sa faim pour que ses enfants aient un meilleur destin ??

À un jeune homme qui fait battre le cœur et d’un sourire charmeur oublier les malheurs ??

Aux rêves simples, aux grandes ambitions, aux plans du futur, aux désillusions ??

À la famille, aux amis, à leur dévastation à l’annonce de leur exécution ??

Au monde qui va probablement les ignorer, trop pauvres, trop foncées, et certainement pas des « Charlie » ??

À leurs bourreaux et leurs gourous, les monstres à folle foi et horribles lois ??

À leur humiliation, rampant dans le sang, obligées à appeler leurs parents avant l’exécution ??

Aux vacances, aux retrouvailles, à l’espoir d’un miracle qui puisse les sauver ??

Nul ne sait à quoi elles pensaient, mais ce qui est certain c’est que dans ce moment de malheur, d’horreur et d’extrême douleur elles se sont enlacées dans un dernier souffle de tendresse, dans un dernier geste de compassion, dans un dernier effort de réconfort, dans un dernier élan de solidarité. Martyres de la folie des fous d’Allah, elles sont parties dans la beauté des préceptes de leur religion, aimer et aider son prochain, avec l’image de la vierge Marie qui leur tend les bras et leur sourit, ignorant complètement la laideur des rires sadiques des obscurantistes qui criaient « joyeuses pâques » sur un ton sarcastique.

T.A »

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Il y a un an…

http://sabineaussenac.blog.lemonde.fr/2014/04/19/devenons-les-passeurs-de-lumiere/

Et en pensées encore vers cet autre génocide…:

http://sabineaussenac.blog.lemonde.fr/2014/05/07/les-mains-de-baptistin-une-nouvelle-en-memoire-aux-victimes-du-Rwanda/

 

 

 

 

 

Nos chers départements

 

Nos chers départements

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Nous guettions les voitures du haut du muret de pierres sèches, lorsqu’elles foulaient le thym et les herbes folles du sentier, serpentant jusqu’à notre toit du monde tarnais. Lorsqu’elles tournaient, au coin de la source, ce sont les plaques que nous regardions en premier, tout en écoutant les joyeux coups de klaxon. Le 33 annonçait les cousins de Bordeaux, le chat Titus et des semaines de rires et chatouilles, de confidences et de promenades ; le 31, c’était une plaque rare, celle des cousins de Vacquiers, les quatre frères farceurs qui nous tiraient les tresses et nous poursuivaient jusqu’au ruisseau ; un été, j’en vins à guetter le 08, car nous avions repris contact avec ces amis des Ardennes, où mon père était un temps allé civiliser le Nordiste, et j’avoue que les beaux yeux de Franck me semblaient couleur de Meuse : je savais que nous évoquerions la Place Ducale, nos enfances et Rimbaud…

Nos départements. Nos chers départements. Ceux dont nous apprenions, les doigts pleins d’encre violette, la liste interminable que nous n’utilisions qu’assis, sans ceinture, dans la 404 qui nous menait vers les plages, l’été, ou vers l’autre côté de moi, là-haut, en terre rhénane…Je les revois, les jeux de nos enfances sans game boy, ni IPod, ni smartphone, quand seuls les paysages et les voitures croisées ou dépassées égayaient nos trajets : il y avait le 11, qui nous faisait passer la Montagne Noire et nous offrait, à peine dépassée Labastide-Rouairoux, le concert des cigales et cette belle odeur de garrigue…Et puis le 34, tellement festif, tellement estival, l’apercevoir au dos d’une DS nous amenait d’un coup d’un seul à sentir la brûlure du sable sous nos pieds nus, il nous guidait vers Sète, vers sa digue et son cimetière marin…En « montant » vers l’outre-Rhin, on en croisait, des 75, et l’immanquable « Parisien, tête de chien » résonnait dans la Peugeot, tandis que notre père nous reparlait de ses années à l’ENSET de Saint-Cloud et que notre mère nous racontait l’année où elle avait été fille au pair chez Piem.

Plus tard, j’ai grandi. Sans passer jamais mon permis, mais je sillonnais notre belle région en vélo, et rêvais, là aussi, en voyant passer les 12 qui fleuraient bon le Roquefort, les 46 aussi éblouissants que le Quercy Blanc, les 09 aux allures de névés et de torrents…Parce que les départements, et leurs fameux numéros, pour moi qui détestait les maths, c’était le repère de cette France que j’aimais tant, joli découpage aussi précieux que les dentelles de l’Histoire, aussi logique et attachant que les spécialités qui faisaient et font toujours leurs renommée…Pensez-donc, à Toulouse, ma chère ville rose, impossible de trouver un « poumpet » (prononcer « poummpètt » ), ce délicieux étouffe-chrétiens au parfum inimitable, pourtant fabriqué à quelques encablures du Capitole…

http://lesfeesmaisons.canalblog.com/archives/2012/09/21/25151273.html

Vous ne pourrez pas non plus acheter de « Melsat », ce boudin blanc tarnais, pourtant si apprécié passé Revel ou Lavaur…

http://www.keldelice.com/produits-du-terroir/vente/melsat

C’est que si nos régions ont du talent, comme dit la Réclame, nos départements en ont encore plus, chaque commune recelant en ses recoins la véritable couleur de la France…Et c’est aussi de cela qu’il sera question dimanche, lorsque vous irez, bien sûr, voter !

Je ne vais pas dans ce petit texte vous parler des compétences dévolues à nos élus, puisque de toutes façons, elles sont encore un peu floues…Mais je peux vous dire, en tant que fille d’un Conseiller Général honoraire, le dévouement sans faille dont mon père a fait preuve durant les longues années où il a été taillable et corvéable à merci, s’impliquant jour et nuit dans la vie de son canton, œuvrant à l’amélioration du quotidien de centaines de familles, répondant au téléphone, parfois même en patois, parfois même pour un souci de bestiaux égarés, et, toujours, avec sincérité. Même si je n’ai pas toujours partagé ses opinions politiques, je peux vous assurer que les élus locaux font battre le cœur de la Nation et en sont le maillon fort, car ils occupent le terrain, car ils sont, loin des ors de la République, au plus près de ses joies et de ses peines.

Alors dimanche, votez ! Souvenez-vous de l’institutrice qui frappait vos mains tremblantes de sa règle de bois lorsque vous hésitiez à placer la Marne ou la Haute-Loire…Et, si possible, ne votez pas FN…Ne laissez pas un parti aux relents de fascisme salir nos belles provinces, ne laissez pas le Bleu Marine envahir les Lumières de la République de ses outrances populistes et de ses déviances identitaires, quand tant d’autres élus se proposent, ensemble, enfin en binômes de femmes et d’hommes égaux en droits et en devoirs, de colorier avec vous l’image de cette France que nous aimons tant !

Nous, les petits, les humbles, les sans-voix, donnons de la voix, justement, pour que les ombres du 3° Reich, du Franquisme et de l’Italie Mussolinienne ne planent pas sur nos départements. Bien sûr, des problèmes, nous en rencontrons, et je ne nierai ni l’insécurité, ni les déviances crapuleuses, ni la menace terroriste. Mais je sais aussi qu’un vote identitaire n’est JAMAIS la bonne réponse, et que seuls des élus réellement républicains, qu’ils soient du PS, de l’UMP, du Front de Gauche, du Centre, ou Verts, pourront être à la hauteur de nos attentes.

Alors dimanche, votez, votez pour la République, votez pour la belle France que nous aimons, votez pour les petits «  Pays », qui, de l’Artois jusqu’au Pays Basque, au long des fleuves qui serpentent et des Nationales qui nous mènent jusqu’à la mer, font de nos départements le plus beau pays du monde !

http://www.huffingtonpost.fr/sabine-aussenac/journees-patrimoine-2012_b_1867589.html

http://www.arnoldlagemi.com/?p=836

http://www.huffingtonpost.fr/sabine-aussenac/front-national-presidentielle_b_1464158.html

http://www.oasisdesartistes.org/modules/newbbex/viewtopic.php?topic_id=152741&forum=2

Lettre à un jeune voyageur

Quitter Paris, me demandes-tu ?
Tu me dis la vitesse, et les gens, et le stress.
Tu m’écris que tu ne peux plus vivre « ici ».

Je ne sais que te dire, mon tendre et jeune ami. Si ce n’est d’écouter et ton cœur et ta vie. Parcourir ses voyages, oser prendre des trains, c’est aussi quelque part le pari d’un demain.

Il faudra découvrir, et oser, et plonger. Dans des villes inconnues, aux senteurs différentes, en des terres où les femmes seront moins insolentes.

Tu verrais à Bordeaux une ville océane, des embruns, des secrets, des voiliers immobiles. Et puis non loin de là ces vignobles aux tons roux, où l’automne vendange les soleils les plus fous.

A Toulouse les cambrures d’une Espagne affolée, tant de nuits où Garonne prend des airs d’Alhambra ; tu lirais notre histoire en mon beau Capitole, tu saurais qu’en l’Autan mes écrits caracolent…

Si tu vas à Marseille, ton passé sourira. Arme-toi de sourires plutôt que de courage, et sache qu’au-delà des rumeurs malveillantes, la blancheur algéroise est parfois bienveillante.

Lyon saurait t’accueillir en secrètes traboules, tu verrais des soieries, et quand tu serais ivre d’avoir bu tant de foules, tu irais vers les Alpes respirer en névés.

Mais peut-être veux-tu parcourir les silences, quitter ports et fracas, découvrir les absences ? La campagne saurait te donner abondance, quand les vents sont les seuls à parler au marcheur, quand les blés et les bois te seront un seul toit…

Rimbaud lui est parti, il allait vers l’Afrique, mais sa muse est restée, toute seule, en sa Meuse.

Garde, toi, tous tes mots, ils seront ton armure, ta potion, ton calice, quand des plaines du Nord aux soleils de Galice tu iras vers ta vie comme on aime une étoile.

Je t’attendrai toujours, pour te dire parfois, quand les nuits seront belles, les secrets des abeilles et des textes-soleils.

Les 17 victimes de la barbarie conspuées à Toulouse

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Ce soir, dans ma Ville Rose, le sieur Dieudonné maintient son spectacle, et les autorités l’ont approuvé, malgré les événements tragiques de ces derniers jours, de ces journées où notre Pays des Lumières a été frappé en son cœur par une indicible barbarie.

Ce soir, au Zénith de Toulouse, les 17 victimes des attentats terroristes vont être assassinées une deuxième fois, par le pseudo spectacle d’un homme qui, depuis des années, conspue et la République et les juifs, qui, depuis des années, se moque des valeurs fondamentales de fraternité et d’égalité, pactise avec des dictateurs, se moque ouvertement des millions de morts de la Shoah, et qui a déjà été condamné plusieurs fois.

Ce soir, j’ai encore plus de tristesse et de gêne, en sachant que 17 personnes sont mortes dans des conditions atroces, épouvantables, ayant été abattues comme des chiens, avec des gestes rappelant ceux des criminels nazis, par des hommes habités par une haine définitive et totale de la République, commandités par des bourreaux sanguinaires, incultes, engagés dans une guerre contre une civilisation qu’ils espèrent éradiquer, comme ils éradiquent déjà toute liberté dans les contrées où ils sévissent, conspuant par là-même l’Islam, les valeurs sacrées du Coran et tous les musulmans.

Ce soir, dans ma Ville Rose, je me souviendrai que Cabu, Charb, Wolinski, Tignous, Honoré, Michel, Bernard, Elsa, Moustapha sont morts debout, en scène, comme Molière, défendant les idées de notre République quand Dieudonné les roule dans la boue de ses infâmes quolibets. Les idées de la liberté, alors que le pseudo « humour » de ce prétendu comique ne s’en prend qu’à de mêmes cibles. Je me souviendrai de la barbarie de ces armes de guerre faisant exploser notre jeunesse et nos convictions, notre insouciance et nos rires.

Ce soir, dans ma Ville Rose, je me souviendrai que l’innocent Frédéric, qui veillait à la maintenance d’un journal, a été tué par les bouchers dont Dieudonné a souvent fait, dans ses spectacles, l’apologie.

Ce soir, dans ma Ville Rose, je me souviendrai que Ahmed, un musulman achevé, à terre, par un prétendu porteur de la parole d’Allah, tout comme Franck, son collègue policier, tout comme Clarissa, abattue, de dos, policière municipale, sont mort au service de notre République, les armes à la main, morts pour que nous puissions vivre libres, nous tous, citoyens de France. Ils sont morts sous les balles de ceux avec lesquels Dieudonné a pactisé en se rendant dans des pays où cette apologie du crime est ouvertement diffusée, tout comme il diffuse depuis des lustres une parole haineuse, incitant à la guerre civile et aux débordements.

Enfin, je me souviendrai tout particulièrement, dans ma Ville Rose, des quatre victimes dont nous ne connaissons pas encore le prénom, mortes simplement car elles faisaient des courses dans un hypermarché Casher et qui, comme l’écrit la Dépêche, « étaient sans doute juives ». Ne le seraient-elles pas, le problème reste le même : elles sont mortes, assassinées, par un individu ayant délibérément ciblé un symbole de la communauté juive pour y commettre ses crimes, tout comme un certain Mohamed Merha a froidement abattu, dans ma Ville Rose, en mars 2012, quatre enfants juifs et un rabbin, tirant une fillette de 8 ans par les cheveux avant de lui mettre une balle dans la tête. Dieudonné, ce prétendu humoriste que moi, Sabine Aussenac, simple professeur d’allemand et écrivain du dimanche, je considère comme un terroriste, a, depuis des années, fait l’apologie d’un antisémitisme primaire et violent, conspuant la Shoah et l’ensemble de la communauté juive.

 

Oui, ce soir, dans ma Ville Rose, 17 victimes du terrorisme vont mourir une deuxième fois.

Ce soir, je serai Charlie, je serai Ahmed, Franck, Clarissa, et je serai juive, moi qui ne le suis pas.

Dieudonné était déjà venu à Toulouse il y a quelques mois, j’avais écrit ce texte qui a été repris dans la Voix du Midi :

http://www.voixdumidi.fr/dieudonne-a-toulouse-tribune-libre-dune-toulousaine-revoltee-25908.html

 

« Toulousain, souviens-toi ! Souviens-toi de ce 19 août 1944, quand ta Ville Rose a été libérée du joug de l’Occupant nazi. Souviens-toi du ciel bleu et de ta France aux yeux de tourterelle, au sol semé de héros. Car ils s’étaient levés, les Forain-François Verdier, les Alain Savary, pour dire non à l’ogre brun, celui qui dévorait nos enfants juifs déportés vers les Camps.

Toulousain, souviens-toi ! Souviens-toi de ta ville qui, au fil des siècles, ouverte comme une paume aux souffles de la mer, a su, passerelle entre les peuples et les civilisations, se dresser contre le mal et les obscurantismes. Dame Carcasse et toutes les Esclarmonde ont lutté, depuis leurs remparts, contre les contempteurs de cathares, et tu étais là, toi, Toulousain, pour dire ce qui, alors, te semblait juste. Plus tard Jean Calas criera son innocence, et ta brique rose tremble encore de l’injustice et des procès.

 

 » Toulousain, ton histoire mûrit au soleil de la diversité… «    

Toulousain, souviens-toi ! Souviens-toi de ta culture, de l’audace et du chant doublement habitée ! Toi, dont la ville a accueilli la première Académie, l’Académie des Jeux floraux, dans cette terre d’Oc riche de nos troubadours et de l’inaliénable Aliénor. Toi que Garonne a bercé de ses ondulations de femme libre, toi qui sait aller, grâce à Riquet, des effluves océanes jusqu’aux garrigues aux cent cigales, le long du Canal aux eaux vertes que Pagnol a si bien chantées, toi dont l’histoire mûrit au soleil de la diversité, souviens-toi que tu es un homme libre.

Toulousain, souviens-toi ! Souviens-toi que l’on vient de loin saluer dans ta ville tes audaces, tes richesses, tes intelligences, quand les grands avions volent vers l’avenir et que le peuple est habile à ces travaux qui font les jours émerveillés…Toulousain, ta patrie c’est Airbus, c’est ce partage entre les nations, quand l’Europe s’unit pour oublier les armes, c’est cette ville arc-en-ciel, aux couleurs du partage, ce témoin qu’il ne tonnera plus, plus jamais.

 

 » Toulousain, souviens-toi que nous sommes des juifs toulousains depuis ce 19 mars 1962 «    

Toulousain, souviens-toi ! Souviens-toi qu’il y a deux ans un homme a tiré des enfants juifs et leur père comme des palombes s’envolant dans l’Autan, avant de faire éclater la tête d’une fillette aux boucles bondes qui s’appelait Myriam. Souviens-toi du soudain silence des harpes, quand notre Ville Rose devint blême à nouveau, blême de honte, noire de colère, quand nous fûmes des milliers à dire notre indignation et nos tristesses de voir que la paix avait abandonné à nouveau notre nid ! Souviens-toi que nous sommes tous des juifs toulousains depuis ce 19 mars 2012.

Toulousain, souviens-toi ! Souviens-toi de ta ville fière depuis des siècles, de toutes nos églises et de leurs angélus, des ouvriers d’Espagne accueillis en héros, de cette brique rouge qui sonne les révoltes, de Garonne qui gronde comme un peuple debout. Souviens-toi de cela, le 22 février, lorsque tu auras cette envie d’aller voir Dieudonné. »

 

http://sabineaussenac.blog.lemonde.fr/2015/01/09/je-suis-pays-de-france-et-je-me-tiens-debout/

 

Je suis Pays de France,

 

et je me tiens debout.

 

 

Je suis la passerelle

 

entre peuples lointains,

 

un creuset des sourires,

 

un infini destin.

 

Je suis le garde-fou

 

contre l’intolérance,

 

ce grand phare qui brille,

 

un flambeau qui jaillit.

 

Je suis la vie qui danse

 

en immense rivière

 

de nos espoirs dressés.

 

 

 Je suis Pays de France,

 

et je me tiens debout.

 

 

Je suis l’enfant qui joue

 

à ses mille marelles,

 

regardant ces ballons

 

aux éclats d’arc-en-ciel.

 

Je suis l’aïeul qui tremble,

 

son regard ne faiblit

 

quand mémoire caresse

 

les fiertés de sa vie.

 

Je suis femme au beau ventre

 

palpitant d’espérance.

 

Tout enfant en son sein

 

sera nommé Français,

 

elle est la Marianne,

 

et elle nous tient la main.

 

 

Je suis Pays de France,

 

et je me tiens debout.

 

 

Tu as voulu salir

 

tous nos siècles de lutte,

 

croyant que de tes fers

 

tu ôterais le jour.

 

Tu as en vrai barbare

 

conspué l’innocence,

 

éventrant d’un seul geste

 

une nation de paix.

 

Mais nulle arme ne peut

 

gommer nos insolences,

 

nul canon ne saurait effacer

 

ces couleurs, ces dessins magnifiques,

 

ces libertés qui dansent,

 

et nul boucher ne fera de nos cœurs

 

des agneaux.

 

 

Je suis Pays de France,

 

et je me tiens debout.

 

 

Tu es ce porc ignoble qui

 

attend les cent vierges

 

en violant tant de femmes

 

dont tu voiles les corps.

 

Tu es coupeur de têtes,

 

tu es sabre levé, tu es balle qui tue,

 

mais tu ne comprends pas

 

que tout ce sang versé ne devient que lumière.

 

Tu attends paradis

 

mais iras en enfer,

 

car ton Dieu punira toute ta route impie.

 

 

Je suis Pays de France,

 

et je me tiens debout.

 

 

Je suis le poing levé,

 

quand de douleur intense

 

d’un pays tout entier le cœur

 

s’est arrêté.

 

Je suis la place immense,

 

un vaisseau de courage,

 

un grand galion qui vole,

 

en espoir rassemblé.

 

Je suis la dignité, le partage et l’audace,

 

je suis mille crayons

 

qui dessinent soleils,

 

je suis cette ironie au devoir d’insolence,

 

je suis million de pages,

 

et le feutre qui offre

 

ces immenses fous-rires,

 

je suis l’impertinence,

 

comme une encre jetée

 

pour amarrer demain.

 

 

Je suis Pays de France,

 

et je me tiens debout.

 

 

Dédié à Cabu, Wolinski, Charb, Frédéric, Ahmed, Franck, Elsa, Michel, Bernard, Honoré, Tignous, Moustapha, Clarissa, et aux victimes dont j’entends parler à l’heure où j’écris ce texte, dans l’épicerie casher…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Comme en instance d’orage

Comme en instance d’orage

L’air, un peu différent. Comme en instance d’orage.

La pluie, cette pluie presque d’été, qui pourrait annoncer un arc-en-ciel.

Qui pourrait, oui. Mais sera-t-elle capable de laver l’affront fait hier, en ce 25 mai 2014, à la Démocratie ?

Prendre le bus, croiser tous ces visages. En apparence, rien n’a changé. Ce sont les mêmes personnes qui rentrent du travail, ce sont les mêmes enfants qui reviennent en chantonnant de l’école. Il y a les SDF fatigués devant la boulangerie, les Roms qui mendient, on se presse, on court dans les couloirs du métro, on prend RV chez le dentiste.

Contemplant cette vie qui gronde, je me demande si, au lendemain du 30 janvier 1933, les Allemands eux-aussi ont vaqué à leurs occupations, comme si de rien n’était. Si les visages, comme dans Toulouse ruisselante aujourd’hui, sont demeurés les mêmes, inchangés, n’entendant ni le souffle de l’Histoire, ni les hurlements des enfants juifs et Roms dans les Camps, ni les bombes des bombardements tapis qui bientôt souilleraient, à jamais, le pays des Penseurs et des Philosophes.

Je vous écoute, dans vos radios, vos télés, par écrans interposés. Tout un pays anéanti, ou presque. Presque, car, aussitôt, en lieu et place d’une réelle interrogation sociétale et profonde, voilà que les panem et circenses médiatiques nous servent un nouveau scandale, une de ces affaires tonitruantes qui tombent, vous l’avouerez, à pic. Histoire de ne pas se passer la patate chaude de ce vote dont les autres médias européens et internationaux se repaissent, histoire de plutôt faire de la bouillie sarkoziste, grâce à ces financement occultes étrangement révélés ce jour, que de poser les véritables questions.

Et moi j’ai honte. Honte pour mon propre pays dont le monde se gausse, honte pour cette mémoire outragée. Et surtout, je souhaiterais que « nos » responsables, enfin, se remontent les manches, pour désamorcer la bombe du populisme et de la xénophobie.

Il ne devrait pas être très compliqué de contenter les petites gens, de se rendre compte que personne ne peut, décemment, vivre avec une misérable retraite inférieure au SMIC. Il ne devrait pas être très compliqué d’oser enfin prendre l’argent là où il dort scandaleusement, pour aider les Petits et les Humbles, mais aussi ces classes moyennes engorgées, surendettées, prises entre le marteau et l’enclume, gagnant trop pour recevoir de l’État Providence, mais pas assez pour sortir de la spirale des découverts et des dettes. Il ne devrait pas être très compliqué, que l’on soit gaulliste ou socialiste, voire même centriste, de se retrousser les manches pour sortir de la Crise, pour rassurer ces ouailles électorales qui, ne sachant plus à quel Saint se vouer, ont fini par voter pour le Diable…

Ce qui sera plus difficile, ce sera de lutter contre le racisme, la xénophobie, la peur de l’Autre, de cet « autre » que d’aucuns stigmatisent par un voile ou un minaret tandis, mais parfois aussi en évoquant ce fameux « complot judéo-maçonnique »…Car l’électeur bleu Marine mélange allègrement les phobies et les dérives, idolâtrant la « Quenelle » libre, conspuant d’une main la « Shoah-ananas » et jetant joyeusement de l’autre du sang de porc contre la Mosquée de quartier…

Comme il est fragile, l’équilibre de la Démocratie…Comme elle est fine, cette ligne de crêtes qui slalome au gré de notre Histoire, des pogroms aux ratonnades, de l’Affaire Dreysfus à la gégène…Et comme il est aveugle, celui qui croit voter pour la France Libre quand il offre sa voix au démon du protectionnisme et de la Peur.

Ne conviendrait-il pas enfin d’éduquer ce petit peuple de France, qu’il soit dans les cités où l’on n’ose plus se mettre en jupe ou dans les zones pavillonnaires où des milices se créent ? Ne conviendrait-il pas enfin de regarder la vérité en face, de ne plus occulter les véritables problèmes, d’oser prendre les difficultés liées à l’immigration et aux dérives islamistes, qui elles-mêmes engendrent l’islamophobie, à bras le corps, afin de ne pas attiser la flamme du FN ?

Il conviendrait que les médias fassent, par exemple, devoir de mémoire, pour rapidement rappeler, par quelques pages choc, par quelques émissions tonitruantes, comment les populismes ont, toujours, mené les nations à leur perte.

Mais il conviendrait aussi d’éduquer et de canaliser « celui par qui le scandale arrive », à savoir ce bouc  émissaire de « l’Étranger », qu’il soit à mendier devant nos grilles ou à brûler les voitures un soir de désœuvrement…

Il est temps, plus que temps, de semer à nouveau la parole démocratique, laïque et pacifique de notre État de droit dans l’anarchie liberticide des banlieues.

Il est temps, plus que temps, de redonner leur liberté à ces filles grillagées derrière leurs voiles d’un autre temps, et de trouver des solutions intelligentes pour faire de nos cités des démocraties participatives, et non plus des zones de non droits.

Plutôt que de nous lamenter sur la ghettoïsation, permettons par exemple à de grandes enseignes de travailler là où même la police ne se rend plus…Une médiathèque et quelques projets culturels ne suffisent pas à oxygéner des univers devenus coercitifs, où il n’y a plus de brassage social. Il faudrait, dans nos banlieues, des FNAC, des librairies, et pas seulement des échoppes diffusant de la littérature coranique ; il faudrait, dans nos « Quartiers », des Monoprix, des Séphora, et pas simplement des boutiques vendant du thé vert et des babouches ; il faudrait, dans nos cités, faire advenir une normalité qui jamais n’a eu cours, quitte à être un peu dirigiste, quitte à prendre quelques mesures radicales pour évincer les Mohamed Merah en puissance des coursives où ils rêvent d’en découdre en Syrie, alors que notre économie a besoin de leur force, de leur dynamisme, de leur richesse !

Hier, les Français ont dit, ont hurlé, ont craché leurs peurs, leurs phobies, leurs hantises. Mais je refuse de baisser les bras. Il n’y a pas, m’a appris mon père, de problèmes : il n’y a que des solutions.

Alors au-delà de ma colère contre ces électeurs qui n’ont pas vu plus loin que le bout de leur nez, je vous demande, mesdames et messieurs nos dirigeants, et mesdames et messieurs de l’opposition, et mesdames et messieurs les nouveaux élus, de réfléchir à ce qui se cache derrière ce camouflet, et de vous battre.

La France mérite mieux que de vivre la peur au ventre. La France mérite que nous nous engagions pour sa démocratie. La France mérite d’accueillir, mais aussi d’éduquer et d’intégrer ces populations qui ont d’infinies richesses à nous offrir, si nous leur permettons de ne pas rester à la marge, mais de devenir partie intégrante de notre système qui, s’il n’est pas parfait, a le mérite de reposer sur des siècles de tolérance et de diversité.

Le problème, ce soir, ce n’est pas seulement sur ce vote pour un parti populiste et d’extrême-droite, mais c’est la genèse de cette action rétrograde et indigne.

Je compte sur vous, je compte sur nous. La France a besoin de nous tous.

http://archives-lepost.huffingtonpost.fr/article/2011/12/22/2666216_le-principal-porte-un-costume.html

Sabine Aussenac.

Dear Time Magazine

Dear Time Magazine,

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A full cover. A friendly face. Millions of people will see and read your sentences about Marine le Pen and the Front National.

Thank you, dear Time Magazine. Really, thanks for making such an incredible publicity to such a dangerous person. To such a dangerous party.

You say that this political party could be compared to the american Tea Party. You seems to consider that Marine le Pen could be an usual, banal, normal leader.

Thanks for this brilliant conclusion.

I’m sure that the young norwegian victims from Anders Breivik would have appreciate your way to describe our little frenchie Iron Lady: you know, Breivik’s ideas are so close to Madame le Pen’s war against Muslim power in Europe…

http://www.huffingtonpost.com/2012/07/22/anders-behring-breivik-attacks-norway-massacre-anniversary_n_1692813.html

Yes, I agree with you, we have not to ask us if the Front National is dangerous, and I sure that the many turkish victims of german neo Nazis could have share your these: burning houses with lots of Turkish and black children is not a crime, it’s just …

http://en.wikipedia.org/wiki/Solingen_arson_attack_of_1993

Yes, in fact, how do you call this?

And how do you call “Shoah”, in english? Oh, yeap, I remember, I think you say “Holocaust”, isn’t it? This old european story, a few million people burning and dying and a man, a certain Hitler, such a respectable politician, full of legality and proud to be the Führer of a new world order, on this 30 January 1933…

You think I’m crazy? You think I’m dreaming? You think I’m just a german teacher and not a journalist or essayist, not able to give a sense to history and politics?

Perhaps you’re wright. And perhaps it’s true, that certain liberal ideas from Marine le Pen about Europe, about health care reform or ecology can be compared to the program from the Tea Party.

But in France, you know, two years ago, in my “pink city” Toulouse, a man shout jewish kids down, in their jewish school, just because they were jewish. A few years ago, a yong man called Ilan Halimi was tortured weeks along, before being murdered and burned. Just because he was jewish. But in France, last autumn, a man called Dieudonné, pretending he was an humorist, invented a new way to say “hi”, making a inversed nazi salutation with this arm, called “quenelle”. In all his shows, this man made a joke about the “Shoah”, singing “Shoah- ananas”, as if the holocaust could be a funky fucking good song and joke about fruits.

http://www.veteranstoday.com/2014/01/04/the-courage-of-the-quenelle/

I don’t know if you know that Marine le Pen’s father, Jean-Marie le Pen, often made this sort of jokes about the holocaust.

http://mondediplo.com/1998/05/08igou

I don’t know if you know that Marine le Pen herself often speaks and laugh with persons of the neo nazi circles.

http://forum.doctissimo.fr/viepratique/politique/compagnie-skinheads-neonazis-sujet_11432_1.htm

 

Dear Time Magazine, I always learned and thought that YOU were one of the best, brilliant, neutral, impartial, respectable and intelligent newspaper of the world.

Today I’m sad, I feel upset and I ask you to apologize for your apology of non-sense.

 

Sabine Aussenac.

http://www.best-poems.net/editors/1293

http://www.amazon.fr/Sabine-Aussenac/e/B00K0ILDZS/ref=ntt_athr_dp_pel_1