Un médecin sans histoire peut devenir un Mengele: défense de la filière L!

Chers élèves de troisième, germanistes ou pas, voici quelques pistes de réflexion pour ne pas vous priver d’une magnifique orientation !

Il n’ y a pas que la filière S dans la vie, quoi que puissent en dire certains !!

Je suis chagrinée de voir que la plupart d’entre vous semblent se destiner à de diverses orientations certes toutes prometteuses, mais sans aucune envie d’intégrer un jour une filière littéraire. Ce serait vous priver d’une réflexion passionnante que de ne pas réfléchir à toutes les possibilités offertes et à tous les métiers envisageables…

NON, la section L n’est pas une section « poubelle » ni une « voie de garage » !

NON, la section L n’est pas réservée aux « fumistes », aux « glandeurs », à ceux qui n’ont pas d’autres possibilités car trop faibles en maths ou en sciences économiques ! Et même si ce type de profil se rencontre, oui, mais pas plus qu’ailleurs, on trouve heureusement de « véritables littéraires » et des élèves et étudiants enthousiastes, brillants et cultivés.

NON, on ne devient pas « que prof » en préparant un bac L ! On devient aussi journaliste, employé-e de collectivités locales ou territoriale, rapporteur au Sénat, avocat, infirmière, communiquant, manager, patronne de PME, notaire, courtier en assurances, agent de voyage, guide touristique, traducteur, énarque, élève à Normale Sup ou à Sciences Po, cadre, préfet, artiste, intermittent du spectacle, producteur, acteur, directeur de maison de retraite, directrice d’hôpital, chauffeur de bus, psychologue, kiné, orthophoniste, routière, ministre, président de la république, architecte, commerçant…

Cette liste à la Prévert n’est pas exhaustive, mais soyez certains qu’elle est EXACTE, car un bac L mène certes à de classiques études littéraires, mais aussi au droit et aux sciences économiques, aux écoles d’arts et d’architecture, aux écoles de commerce ou aux filières de tourisme et de l’hôtellerie, voire même aux écoles d’infirmières, à tous les concours de la fonction publique, de gardien de la paix à l’ENA, et à mille autres voies plus variées les unes que les autres ! En effet, il existe en première et en terminale différentes options et spécialités, comme « droit et grands enjeux du monde contemporain », art, histoire des arts,  maths…Certaines écoles, comme les grandes écoles de commerce, recherchent depuis quelques années des candidats issus de la filière littéraire, justement au vu de leurs profils atypiques…

Je sais que nombre d’entre vous ont d’ores et déjà en tête de préparer un bac S ou ES ensuite… C’est une erreur pour certains d’entre vous, pour tous ceux qui, spontanément, aiment le monde de la littérature, des arts, pour tous ceux qui adorent l’histoire et la politique, qui aiment les langues, qui se plaisent à réfléchir au sujet du monde, de la société, de la culture… Ne vous laissez pas influencer par les diktats des maths, des sciences ou de l’économie – et d’ailleurs, on peut fort bien intégrer HEC ou Sciences PO après le bac L !

Songez aussi que si vous êtes déjà des musiciens ou des artistes et que vous baignez dans la culture depuis des années, vous êtes déjà empreints de cette sensibilité littéraire dont le monde et la société, à notre époque de « pertes de valeurs », ont plus que jamais besoin ! Comme je l’ai dit à certains de mes propres élèves, qui prétendaient par exemple que le recrutement en classes préparatoires littéraires favorisait les élèves issus de S  -ce qui est entièrement faux, bien entendu ! -, même les médecins reçoivent ENFIN une (petite) formation de psychologie et de sciences humaines, justement pour à nouveau « humaniser » leur métier qui fait de certains « pontes » des savants, certes, mais dénués de cœur !

Songez aussi que tous les régimes dictatoriaux du monde ont, depuis toujours, commencé par museler la culture et les sciences humaines, justement afin d’éradiquer la pensée et les libertés.

Bref : réfléchissez avant de vous faire embrigader par les sacro-saintes mathématiques. 🙂

Et je ferai bientôt un autre article de blog au sujet des filières technologiques et techniques, voire même des CAP, si décriés dans notre pays qui voudrait faire de chaque élève de collège un futur étudiant en oubliant que nous avons aussi besoin d’artisans et de spécialistes, d’agriculteurs, de bijoutiers…

Je repense à cet autre article, écrit il y a quelques années sur Le Post, lorsqu’il était question de qupprimer l’histoire en TS…

Souviens-toi du Vase de Soissons!

Moi, je trouve qu’on devrait aussi supprimer la philo, en S.

Et les lettres.

Et puis les langues, aussi.

Pour ce qui est des arts et de la musique, on est tranquilles, c’est déjà fait.

Parce qu’entre nous soit dit, ça commençait à bien faire, cette manie de vouloir faire de nos futurs médecins et/ou entrepreneurs des penseurs et des philosophes, qui plus est mélomanes, dotés du sens du Beau et accessibles aux brûlures de l’histoire!!!

C’est vrai quoi, pour remettre un os en place ou pour fermer une usine, pour vacciner un bébé ou pour vendre des avions à des chinois, il est totalement inutile de savoir qu’en Chine, on tue les petites filles et les citoyens tibétains.

Et puis pour aller faire des injections le WE dans quelque gymnase de banlieue, ou pour construire des autoroutes en Afrique, franchement, quel besoin aurait-on de savoir que bouana a colonisé Banania il y a quelques siècles, ou qu’un certain Pasteur a inventé un vaccin contre la rage?

Ne parlons même pas des idées. De la réflexion. De l’éducation aux valeurs. De ce qui fonde un peuple, une nation. Des passerelles entre les cultures…

Petite prof d’allemand de province, épuisée par d’incessants trajets-puisque nous n’avons plus d’élèves, je dois aller à leur rencontre, et ainsi éparpiller mes savoirs et mes forces, je me souviens pourtant de ce PDG d’un grand groupe international qui, lorsque je tentais encore de faire du bouche à bouche à ma discipline moribonde, m’assurait qu’il était INDISPENSABLE de connaître la langue d’un pays pour finaliser véritablement des contrats.

Certes, la langue de Shakespeare suffira pour commander du chien ou des sushis. Mais pas pour deviner les subtilités de ce qui se mumure derrière les tatamis ou les chars entourant une place…

Et la musique…Souvenons-nous de ces orchestres jouant dans les Camps, sous le regard bienveillant des officiers SS…Ils ne savaient plus faire la différence entre le Bien et le Mal, devenus inaccessibles à l’art “dégénéré”, mais émus, toujours, par ces violons du bal joués par des morts vivants.

L’homme, nous le savons bien, redevient bien vite un loup pour l’homme.

Dépourvu de son vernis social, mais surtout des valeurs qui fondèrent toutes nos civilisations – il n’est qu’à regarder deux excellents films récents, “Le Ruban Blanc” ou “La Route”, pour se convaincre des atrocités ordinaires -, il retourne, toutes griffes dehors, vers les sauvageries primitives.

Enfants soldats d’une Afrique déculturée, Talibans sanguinaires, oh vous, peuples soumis aux dictatures, que n’avez-vous pu entendre Mozart, que n’avez-vous pu découvrir les arts…

Nous avons tant de chance, en France.

En ces heures où l’identité nationale fait rage, souvenons-nous du Vase de Soissons.

Et de Saint-Louis sous le chêne, et des prises de nos Bastilles, et de Jaures et autres Jean Moulin…

Je ne comprends pas, mais alors pas du tout, comment un gouvernement si attaché au tricolore veuille subitement décolorer nos écoles et en effacer les traces vives!

Je suis tres en colère!

Nicolas disait qu’il avait pleuré, à Yad Vashem… Qu’il avait changé, à Yad Vashem!!!

Où sont donc passées les larmes de son devoir de mémoire?!!!

Alors ce matin, quelqu’un m’a dit de vous réciter Aragon…

“Je vous salue, ma France aux yeux de tourterelle,

Jamais trop mon tourment, mon amour jamais trop!

Ma France, mon ancienne et nouvelle querelle,

Sol semé de héros, ciel plein de passereaux…

Je vous salue, ma France où les vents se calmèrent!

Ma France de toujours, que la géographie

Ouvre comme une paume aux souffles de la mer

Pour que l’oiseau du large y vienne et se confie!

(…)

Heureuse et forte enfin qui portez pour écharpe

Cet arc-en-ciel témoin qu’il ne tonnera plus,

Liberté dont frémit le silence des harpes,

Ma France d’au-delà le déluge, salut!”

Laissons nos élèves libres de leurs opinions, offrons leur, en cette année de terminale où ils se feront terreau de nos avenirs, la possibilité de devenir des hommes et des femmes libres.

Un médecin sans histoire peut devenir un Mengele.

***

Je vous mets ci-dessous un article tiré d’un journal lycéen, le « Pépin », écrit par Julie Briot, une élève de TL qui vient d’être admissible à Sciences Po Paris sans même passer les écrits, juste sur son brillant dossier.

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« DÉFENSE DE LA FILIÈRE LITTÉRAIRE

Les a priori sur la série littéraire sont nombreux. Dans l’imaginaire collectif lycéen, la L, c’est la filière, au choix : des drogués, des nuls, des glandeurs, ou alors des ‘‘artistes’’ (ce qui correspond en fait aux trois autres à la fois). Tandis que la S représente le travail, la rigueur, l’intelligence, le sérieux, et puis bien sûr la réussite professionnelle.

Mais d’où sortent ces préjugés ? Alors qu’en Italie, par exemple, le bac de lettres est considéré comme celui de l’excellence ?

Malheureusement, cela remonte à bon nombre d’années. L’esprit français a, depuis le XVIIème siècle, toujours privilégié la raison sur la sensibilité, ce qui est dans l’absolu constructif dans la formation intellectuelle ; mais, depuis le siècle dernier, on a considéré que les mathématiques et, par extension, les sciences exactes, étaient les seules disciplines faisant preuve de rationalité, de rigueur, et donc devaient être la valeur de référence de sélection des meilleurs élèves. Il s’ensuit que les parents ont poussé leurs enfants à aller dans les classes scientifiques, même si leurs prédispositions étaient littéraires, parce qu’elles étaient considérées comme celles de l’élite.

De plus, cette dynamique a été accentuée ces dernières années par certains politiciens de tous bords prêchant, par idéologie, sans l’avouer, la suppression de la transmission culturelle.

Ainsi, à cause de cette propagande, la série L a été désertée par les élèves. Et parce que de moins en moins de bacheliers sortent de cette série, les universités ou autres formations traditionnellement réservées aux littéraires ont été obligées d’ouvrir des enseignements aux S et ES, comme par exemple les prépas hypokhâgnes.

De là, on nous a répété que la série L offrait moins de débouchés, avec des enseignements inutiles qui ne produisent rien, que « les S conçoivent les cartons, les ES les fabriquent, et les L dorment dedans ». La suffisance de certains, qui se croient sérieusement l’élite de la nation, n’a d’égal que leur mépris pour les littéraires.

Mais, vous qui lisez ces lignes, je vous en supplie, NE CROYEZ PAS À TOUT CELA ! C’est tout simplement faux !

En aucune façon il ne faut considérer que les cours sont moins bons, moins intéressants ou moins utiles, que les bons élèves se trouvent en S et que les L sont mauvais ! La première chose que nous a dite notre professeur de français en première, c’est que, pour réussir, nous devions être plus rigoureux que les scientifiques.

Aucune filière n’est supérieure aux deux autres ; chacune privilégie une approche du monde différente. Les S favoriseront une vision analytique et expérimentale des phénomènes naturels ; les ES s’intéresseront à la société, de façon économique et sociologique ; et les L se préoccuperont de visions philosophiques et littéraires de l’homme.

Et la formation intellectuelle la moins riche n’est sans doute pas celle de la philosophie, du français, de l’art, de l’histoire, et des langues ; elle est peut-être d’ailleurs celle qui élargit le plus l’esprit, qui fait le plus grandir, et qui permet véritablement de dépasser nos présomptions de lycéens.

Chacun doit trouver sa voie dans la société. Et si la vôtre est l’étude des matières littéraires, la rédaction, l’analyse des textes qui ont fait notre culture et notre mode de pensée, en un mot la compréhension de ce que nous sommes aujourd’hui, eh bien, ne vous réfrénez pas ! Ne cédez pas à ceux qui vous diront que votre choix n’est pas réaliste et qu’il ne servira à rien.

Toutes les écoles valoriseront bien plus un bon candidat de L qu’un candidat moyen de S ou ES. Car ce que les recruteurs cherchent, ce sont des gens compétents, passionnés, enthousiastes, déterminés, et pour être de ceux-là, il vous faut aimer ce que vous faites. Ne choisissez pas votre série en fonction du métier que vous voulez faire, car s’il faut subir pour cela une formation qui ne vous plaît pas, il y a de grandes chances pour que le métier ne vous plaise pas non plus.

Si vous êtes vraiment littéraires et que vous vous dites ‘‘j’irai en S ou ES parce que je ne sais pas ce que je veux faire et que je ne veux pas me fermer de portes’’, eh bien, vous êtes dans l’erreur ; si ce que vous aimez est enseigné en L, alors vous voudrez opter pour des formations qui sont dans la ligne des cours de cette série, et donc que vous pourrez suivre avec un bac L en poche. En plus, si vous êtes polyvalent, vous pouvez continuer si vous le voulez les mathématiques en L.

Et si vous optez finalement pour une série S ou ES, que ce soit en toute connaissance de cause, en sachant que non, vous ne serez pas meilleurs que les autres. Que vous choisissez simplement de vous engager dans une filière spécifique, tout comme la L, et qui a ses avantages et ses inconvénients. Que si les L se détournent parfois des sciences, vous vous détournez de l’apprentissage intellectuel extrêmement riche des matières littéraires.

Alors, pour votre propre bien, dépassez vos préjugés sur la série littéraire ! Soyez libres, soyez les auteurs de vos choix, ne laissez pas les idées reçues décider pour vous. C’est là une attitude de vie que je vous propose : être acteur plutôt que spectateur.

Julie Briot, élève de terminale L  »

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Quelques liens et idées trouvés au hasard du net:

Halte aux idées reçues, les filières littéraires ne mènent pas « nulle part ». Si elles peuvent conduire à l’enseignement ou la recherche, elles façonnent un esprit d’analyse et de synthèse, couplé à une grande culture générale et des qualités rédactionnelles recherchées par d’autres secteurs : communication, édition, journalisme…

Les débouchés

Les Lettres Classiques et Modernes orientent généralement vers la recherche ou l’enseignement. Cependant, d’autres débouchés sont possibles : la communication, l’édition, la documentation, les concours de l’administration… Les sciences du langage permettent aussi de travailler dans la communication, l’orthophonie, les industries de la langue. Vous pouvez aussi envisager de passer des concours de grandes écoles de journalisme ou de communication après la licence. Les CPGE, elles, préparent à certains concours de grandes écoles de journalisme ou encore l’École Normale Supérieure et les Instituts d’Études Politiques (IEP).

Les formations

À l’université, après le bac, les formations en lettres se décomposent en trois spécialités : les Lettres Modernes, les Lettres Classiques et les Sciences du Langage. Les deux premières sont consacrées à la littérature et la dernière à l’étude de la linguistique. Pour réussir en Lettres Classiques, il faut essentiellement connaître les langues anciennes telles que le latin et le grec. Les sciences du langage concernent l’étude du langage en termes scientifiques. Une bonne maîtrise des mathématiques est recommandée.
Les classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE) proposent une très bonne formation littéraire avec des spécialités en histoire, géographie, littérature ou en langue. Vous pouvez donc acquérir une très bonne culture générale.

Après un bac L (littéraire), l’université reste la voie privilégiée d’accès aux études supérieures pour les littéraires. Mais ils choisissent également d’autres débouchés, plus surprenants, comme les écoles de commerce !

L’université après un bac L

64,7% des bacs L se dirigent vers l’université. Avec un filière phare : lettres et langues. Les lettres classiques pour les férus de langue ancienne, lettres modernes pour les accros aux analyses de textes. Souvent, ces études mènent à l’enseignement, par le biais du CAPES ou de l’agrégation, manquant de candidats dans ces spécialités, ou à une poursuite en master Métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation. Mais d’autres secteurs s’ouvrent également aux bacs L : métiers du patrimoine et du livre, journalisme et communication… Pour les polyglottes, les langues peuvent se mêler à une autre filière, ce sont les doubles cursus, lettres-langues, histoire-langues…, mais également s’étudier à temps complet. La licence langues, littératures et civilisations étrangères (LLCE) permet au bac L d’approfondir sa connaissance de la langue, de la culture, de la civilisation, pour l’enseigner, la traduire, l’étudier, ou exercer dans le tourisme. Quant à la filière langues étrangères appliquées (LEA), il s’agit d’étudier des langues étrangères en relation avec une discipline, commerce, économie…

En droit, les bacs L représentent 20% des inscrits en première année. Volume horaire important, nouvelles matières, il faudra s’accrocher dès la rentrée, et surtout, ne pas choisir ce cursus par hasard. À la sortie, des fonctions juridiques de prestige, mais sélectives, comme avocat, juge, notaire, et la possibilité de passer des concours administratifs (ENA, fonction publique…).

Nos bacs L se bousculent également en psychologie, mais la filière enregistre de nombreux abandons en cours de route : attention, le cursus est exigeant, et demande de bons résultats dans les matières scientifiques (beaucoup de statistiques). Et les sciences humaines et sociales offrent d’autres possibilités : sociologue, géologue, archéologue

En arts, on trouve diverses mentions pour les bacs L, arts plastiques ou du spectacle, musique, menant à l’enseignement, pour l’Éducation Nationale (postes se raréfiant), mais aussi asso, collectivités…, et aux concours des différentes écoles. Les sciences de l’éducation ouvrent la voie aux métiers du travail social, et à certains concours administratifs.
Et pourquoi pas l’économie-gestion ? La licence administration économique et sociale (AES), pluridisciplinaire, reste la plus adaptée aux L. Les débouchés : métiers de la banque, de l’assurance, des ressources humaines.

Bac L : Les classes prépas

7,9% des bacs L choisissent les classes préparatoires aux grandes écoles (7,8% CPGE lettres, 0,1% économiques, faible pourcentage s’expliquant par le niveau de maths important). Aujourd’hui, de nombreuses places restent vacantes dans ces classes : tentez votre chance ! Si le programme reste ardu, la classe prépa permet de ne pas se spécialiser immédiatement, laissant ouvertes les voies d’orientation, et de postuler pour de prestigieux concours : ENS (Écoles Nationales Supérieures), IEP (Instituts d’Études Supérieures), écoles de journalisme, Grandes Écoles, dont celles de commerce, qui apprécient de plus en plus les profils littéraires. Que ce soit en prépa lettres (A/L, la fameuse hypokhâgne puis khâgne), prépa lettres et sciences sociales (B/L), Chartres ou Saint Cyr, voire prépa commerce (mais mieux vaut passer par la voie réservée aux littéraires pour intégrer une école de commerce), il faudra s’adapter au rythme soutenu, au travail personnel important, mais rien d’insurmontable avec un peu de motivation et de passion. Filet de sécurité : la possibilité de repartir vers les bancs de la fac en cours de route.

Les filières courtes avec un bac L

Les bacs L optent surtout pour les BTS (10,5%), moins pour les DUT (2,1%). Une formation à la fois théorique et pratique en deux ans, souvent en alternance, pour une insertion immédiate sur le marché du travail, ou une poursuite à l’université (souvent en licence pro) ou en école spécialisée. Les BTS tourisme et communication attirent le plus, audiovisuel et photographie dans une moindre mesure. Certains vont même en hôtellerie et restauration, après une année de remise à niveau. Côté DUT, les bacs L sont friands d’information et communication et carrières sociales.

Les écoles accessibles après un bac L

Arts, communication (une centaine d’écoles), audiovisuel, paramédical (infirmiers, orthophonistes…), journalisme (une cinquantaine d’écoles, treize reconnues par la profession), les écoles spécialisées sont nombreuses… et ne se valent pas toutes ! Les tarifs d’inscription ne sont pas synonymes de qualité, il faudra impérativement regarder la reconnaissance du diplôme par l’État.

Quels métiers après un bac L ?

Les métiers accessibles après un bac L sont très nombreux puisque le bac L ouvre la porte à beaucoup de secteurs (le bac L est un bac général). Avant de s’intéresser à un métier, il faut donc se pencher sur un secteur qui vous intéresse. Une fois le secteur déterminé, il vous sera facile d’y trouver les métiers qui le composent ! Pour cela, vous pouvez utiliser notre « moteur de recherche métiers ».
D’une manière générale, le bac L offre des débouchés vers :
Les métiers des lettres et langues, les métiers de l’enseignement, les métiers de la communication, les métiers du tourisme, du droit, de la psychologie, des arts, de l’économie-gestion ou encore de l’audiovisuel.

Témoignage : Sandrine, 18 ans, Bac L

Littéraire dans l’âme, Sandrine a toujours souhaité étudier les lettres. «Aussi longtemps que je m’en souvienne, j’ai toujours eu une appétence pour la littérature, notamment pour les romans de Balzac, Zola ou Maupassant». C’est donc tout naturellement qu’une fois son bac L en poche, elle s’inscrit en licence de lettres modernes. «Histoire de la langue, Linguistique, Latin, Stylistique rhétorique, sciences du langage ou encore communication… les enseignements sont aussi intéressants que variés» estime Sandrine. D’ailleurs après la licence, elle se verrait bien en master communication afin d’exercer le métier de responsable communication dans une maison d’édition afin d’associer «travail et plaisir». «Promouvoir des auteurs et leurs romans et être payé pour cela, serait l’idéal» conclut Sandrine. Souhaitons-lui bonne chance.

http://www.etudes-litteraires.com/forum/forum11-la-filiere-litteraire.html

Calcium de l’âme, de Sophie Chérer: indispensable lecture!!!

Calcium de l’âme

 

Sophie Chérer

 

Extrait de

Lire est le propre de l’homme, l’école des loisirs, 2011.

http://www.ecoledeslettres.fr/actualites/education/lire-est-le-propre-de-lhomme-de-lenfant-lecteur-au-libre-electeur/

 

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 Le Premier ministre, Pierre Mendès France, s’adresse solennellement à la radio, la veille au soir de la rentrée des classes, à tous les écoliers du pays. Il commence par leur avouer son amour des grandes vacances. Lui aussi, à leur âge, voulait qu’elles durent toujours. Et, très vite, il se pose avec eux la question: Pourquoi rentrer à l’école alors qu’on est si bien, chez soi ou dehors, à jouer? Et il répond sans ambiguïté: parce que l’école existe pour donner des forces aux enfants qu’ils sont aujourd’hui, pour les cultiver, pour leur permettre de grandir et de devenir les adultes accomplis dont leur pays, et le monde, auront besoin demain.

Depuis ce temps, aucun homme politique n’a plus parlé ainsi à l’enfance et à la jeunesse de son pays, avec cette confiance et ce respect profond, sur ce ton exemplairement républicain : libre d’esprit, égal d’humeur, et fraternel.

Pourquoi ?

Les temps ont changé. Une clique de cyniques dangereux est arrivée au pouvoir, qui réussit à faire passer un foulard ou une kippa sur la tête, une croix ou une médaille autour du cou, pour des déclarations de guerre à l’humanité, tandis qu’elle-même étale en toute impunité les signes par milliers, extérieurs comme intérieurs, de la vraie religion de l’époque : fric, finance, marchés boursiers, performance, technologie, flexibilité. Tout, jusques et y compris l’école, doit à présent obéir à ce commandement : être rentable. Procurer une rente, donc. Mais au fait, à qui?

Les réformes successives de l’Éducation nationale donnent au grand public, embrumé par les grands médias, l’impression d’avoir échoué l’une après l’autre, analyse Jean-Claude Michéa, l’un des sociologues les plus avisés de notre temps, qui n’est pas par hasard admirateur de George Orwell. Or elles n’ont pas échoué l’une après l’autre, elles ont réussi dans leur ensemble. À quoi ? À mettre en application un programme élaboré dans les années soixante-dix par les hommes de pouvoir, politiciens et chefs d’entreprises, membres de la commission Trilatérale, de 124 l’OCDE, du FMI, de l’OMC, de la Banque mondiale, et plus tard du G5, 7, 8, 20, partez ! et autres instances dirigeantes : pour être compétitif face aux puissances émergentes du XXIe siècle, l’Occident industrialisé allait avoir besoin, d’une part, d’une élite autoreproductrice constituée de 10 à 20 % de la population, cultivée, matériellement aisée, affranchie à tous points de vue, et, d’autre part, d’une masse constituée des 80 à 90 % restants, sous-développée intellectuellement, inculte, surendettée. Des petits consommateurs en rangs par deux, drogués aux gadgets, principalement préoccupés de suivre les modes imposées, incapables de remise en question, privés d’esprit critique et de références. Bridés par la trouille de perdre leur place.

Les moyens d’arriver à cette fin ne manquaient pas, ils ont été utilisés méthodiquement. Suppressions de postes, fermetures de classes, suréquipement technique au détriment de la pré- sence, suppression de l’histoire par-ci, de la philosophie par-là, du grec ancien ailleurs, de la poésie partout… Bref, remplacement des humanités par les inhumanités. Nous y sommes.

Nous, êtres humains, avons cessé d’être des êtres de langage. Nous sommes devenus des êtres de force de vente et de pouvoir d’achat. Ce qui nous est inutile, voire nuisible, nous est présenté comme indispensable. Ce qui nous est vital, la splendeur de la nature, la vie de l’esprit, le temps de vivre, la curiosité intellectuelle, l’amitié avec quelques grands hommes et femmes du passé, nous est présenté comme vain, trop coûteux, non rentable, irréaliste.

Mendès France est resté dans quelques mémoires pour avoir été le doux dingue qui ordonnait la distribution d’un verre de lait à chaque écolier à la récréation. Son discours extraordinaire de fin de vacances sur le sens de l’école, de l’apprentissage et, par conséquent, de la vie, suffit à montrer qu’il avait l’intention de s’occuper aussi d’une autre sorte de recalcification. Les scientifiques nous l’apprennent : c’est entre trois et quinze ans que l’organisme humain assimile le mieux le calcium. C’est durant cette période de douze ans qu’il se bâtit un squelette, une colonne vertébrale à toute épreuve. Ensuite, il est (un peu) trop tard.

 Eh bien, il existe un calcium de l’âme.

Les enfants, au fond d’eux, en sont parfaitement conscients. Ils ont soif de paroles fortes, de lectures nourrissantes, de textes qui ne les laissent pas seuls avec leurs questions, leurs tourments, leurs désirs, leurs angoisses, d’exemples d’adultes qui leur donnent envie de grandir, d’expériences fondatrices qui les animent et les structurent au moment où ils en ont le plus besoin, et où ils sont le plus aptes à les retenir par toutes leurs fibres, à en faire un miel capable de couler leur vie durant. Alors ne perdons pas une occasion de leur offrir des exemples de beauté, de justesse, de liberté, d’indépendance, de chants d’amour au monde. Les livres en sont pleins. Ne nous contentons pas de pleurer des larmes de crocodile sur les cadavres de Jacqueline de Romilly ou de Jean Ferrat. De multiples formes de désobéissance civile sont déjà à l’œuvre. Relayons-les. Amie princesse de Clèves, quand tu tombes sous les crachats d’un cuistre, un ami sort de l’ombre à ta place, brandit ton effigie, offre ton histoire, lit dans ton cœur, t’aime et te fait aimer.

Mais ne nous lassons pas non plus d’argumenter, d’exposer, d’expliquer partout où nous avons  l’occasion de rencontrer des enfants et des adolescents, que quelqu’un, quelque part, a intérêt – un intérêt morbide – à ce qu’ils soient incultes, incapables de penser et de parler (car on peut très bien savoir lire, écrire et compter – qui sont des moyens – si c’est en méconnaissance complète des fins: la parole et la pensée libres, à quoi bon?).

Pensons à leur faire découvrir aussi une phrase décidément méconnue de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, en son article 2, qui dit que «les droits naturels et imprescriptibles de l’homme» sont «la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l’oppression ».

 La résistance à l’oppression.

 

Conseils de lecture :

– Tableau noir : résister à la privatisation de l’enseignement, de Gérard de Sélys et Nico Hirtt, éditions EPO, 2004 ;

– La Destruction de l’enseignement élémentaire et ses penseurs, de Liliane Lurçat, éditions François-Xavier de Guibert, 2004 ;

– L’Enseignement de l’ignorance, de Jean-Claude Michéa, éditions Climats, 1999.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Sophie_Ch%C3%A9rer

 

Cinq façons de ne pas devenir fou après un attentat #Bruxelles

Cinq façons de ne pas devenir fou après un attentat

(Hommage à toutes les victimes, dans tous les pays…)

 

A4 prends soin mon amour de la beauté du monde

 

  • Boire un thé. Non, pas simplement un thé préparé avec un sachet, fusse-t-il de mousseline.

Prendre sa plus belle théière, la bleue, en porcelaine du Devon, ou la transparente, qui laisse voir éclore les délicates fleurs de cerisier.

Y verser une poignée de votre meilleur thé, d’un de ceux qui vous transportent au-delà des neiges du Mont Fuji ou des sentiers escarpés du Népal. Choisir un nom prometteur, tel que « Nuit à Venise » ou « Thé des poètes », regarder les brisures délicates des feuilles venues d’Orient, les bleus sombres de quelque plante rare et les baies roses s’épanouir en corolle, calices offerts à l’éternité de cet instant.

S’assoir en silence et boire à petits gorgées, recueillie comme une Geisha, rêveuse comme une Lady regardant s’éloigner son amant à dos d’éléphant, dans le vacarme des Indes Impériales.

Oublier les hurlements des survivants et des sirènes.

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  • Aller marcher. Nul besoin de partir en treck ou sur les chemins de Compostelle. Non, simplement se diriger d’un bon pas vers le square tout proche, celui que l’on ne remarque même plus tant les ombelles familières des pissenlits et les silhouettes apaisantes des grands marronniers nous semblent faire partie du quotidien, au même titre que la machine à café ou que les jouets des enfants qui jonchent le tapis.

Lever les yeux. Observer la lumière douce qui s’ébroue entre les branches toutes frémissantes de ce vert printanier, guetter un écureuil imaginaire, avoir envie de grimper dans ce géant tutélaire, d’y jouer les barons perchés, de se blottir dans la canopée murmurante.

Baisser les yeux. Compter chaque brin de cette herbe neuve qui même en cœur de ville nous parait soudain steppe, pampa, grandes plaines du Wyoming. Un microcosmos fertile, qui bientôt s’emplira de grillons que nous « tutions » dans nos enfances, une couverture infinie sur laquelle nous pourrions presque nous allonger. S’imprégner de tout ce vert, de l’émeraude des feuilles enroulées de ce lilas, du vert mousse des petits lichens modestement agrippés au creux de la grille du parc, du vert pomme de ces bambous qui se caressent au gré de l’Autan.

Oublier le carmin et les vermillons de l’horreur.

Crédits Sylvan Hecht

  • Lire un roman. N’importe lequel, du moment que c’est un roman.

Un roman de gare, un harlequin à trois sous, dans lequel le fils d’une comtesse désargentée se fait maître d’hôtel et sera remarqué par une riche héritière ; un roman russe où s’égrènent des noms si compliqués que vous devrez prendre des notes pour ne pas confondre Natacha Anastasia Vronski et sa cousine, un roman où tintinnabulent des troïkas qui filent devant l’avancée des Rouges voulant s’emparer de la datcha, un roman de 1000 pages où Anna ou Lara embrassent passionnément la vie ; un roman japonais, figé comme l’eau dormante qui veille sur les cercles parfaits tracés dans les gravillons entourant la pagode, dans lequel seul murmure légèrement le papier de riz lorsque les paravents s’écartent pour laisser passer ce plateau délicatement orné d’un ikebana parfait ; un roman norvégien, où l’on l’entend fondre les neiges lorsque l’héroïne part pagayer sur les eaux vives du fjord, riant devant le vert étincelant des grands sapins et plongeant nue vers ces profondeurs, pour oublier ce frère qui en aime une autre.

Oublier tous ces autres personnages, ces êtres de chair et de sang que l’on vient de voir blastés ou emplis de clous rouillés.

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  • Regarder un enfant. N’importe lequel, un grand, un petit, un beau, un moche, un riche, un pauvre, un noir, un blanc, un des Cités, un de Neuilly, un fils de paysan, un intello, un costaud, un binoclard, un Migrant, un cousin. Un enfant.

Rester simplement avec lui. Si c’est un bébé, voir l’agilité sans nom avec laquelle il porte son petit pied potelé à sa bouche ; croiser son regard plein de confiance et apercevoir la perle de sa première dent lorsqu’il rit aux éclats.

Regarder jouer la fillette aux joues roses, qu’elle ait de grands yeux noirs apeurés par une longue marche depuis les Balkans ou qu’elle soit en maternelle en Vendée : observer le soin qu’elle prend de sa poupée, les câlins infinis qu’elle lui prodigue. De même, s’émerveiller de l’habileté de ce garçonnet qui empile des légos comme s’il construisait déjà sa vie, ou de l’intelligence qui pétille dans celle ou celui qui désigne du doigt des centaines d’objets qu’il reconnaît dans son imagier, avant même que de savoir parler.

Passer un peu de temps avec votre adolescent. Regardez-le parler à ses centaines d’amis et partager des #Jesuisvivant, ou lire Rimbaud à quatre heures du matin, ou dévorer une tartine de Nutella une demi-heure après un repas pantagruélique. Aimer sa faim. Aimer leur vie. Leur appétit.

Oublier la soif de mort de ces décérébrés qui ont choisi l’enfer.

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  • Parler à tout le monde. Aux amis de toujours, ceux qui se souviennent de votre bouille d’enfant ou de vos chagrins adolescents, ceux avec lesquels vous avez pris des coups de matraque ou chanté autour du feu vaillant d’un camp scout, ceux qui vous ont vu lors de votre premier rallye, ou dans votre premier job d’été ; ceux-là mêmes que vous pouvez appeler encore après minuit, ils sont rares, mais ils existent. Justement, c’est le moment de les appeler, même si vous ne les avez pas vus depuis dix ou vingt ans.

Aux camarades, aux collègues, à tous ces êtres qui foisonnent autour de vous et auxquels vous ne prêtez plus attention, voire même qui vous agacent, voire même que vous détestez…Les aigris, les grincheux, les pisse-vinaigre, les fiers-à-bras, les dragueurs, les pimbêches, les pétasses, les connards. Parlez-leur. Offrez un café, apportez des chocolats, riez. Même Loana mérite qu’on s’intéresse à elle –et d’ailleurs, comment a-t-elle fait pour mincir ?

Et puis parler aux inconnus. Au chauffeur du bus qui bade devant le feu, à la vieille voisine qui vous racontera ses premiers émois pour un soldat allemand, à la factrice, à la vendeuse du LIDL, au SDF qui pourtant sent si mauvais. Lui aussi est un humain.

Oublier la déshumanisation de ceux qui ont hier conspué le Vivant.

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https://www.youtube.com/watch?v=sghdhJBUe3s

 

Amis bien aimés,

Ma Loulou est partie pour le pays de l’envers du décor, un homme lui a donné neuf coups de poignard dans sa peau douce. C’est la société qui est malade, il nous faut la remettre d’aplomb et d’équerre, par l’amour et la persuasion.

C’est l’histoire de mon petit amour à moi arrêté sur le seuil de ses 33 ans. Ne perdons pas courage ni vous ni moi. Je vais continuer ma vie et mes voyages avec ce poids à porter en plus et nos deux chéris qui lui ressemblent. Sans vous commander, je vous demande d’aimer plus que jamais ceux qui vous sont proches. Le monde est une triste boutique, les coeurs purs doivent se mettre ensemble pour l’embellir, il faut reboiser l’âme humaine.

Je resterai sur le pont, je resterai un jardinier, je cultiverai mes plantes de langage. A travers mes dires, vous retrouverez ma bien aimée, il n’est de vrai que l’amitié et l’amour. Je suis maintenant très loin au fond du panier des tristesses ; on doit manger chacun, dit-on, un sac de charbon pour aller au paradis. Ah comme j’aimerais qu’il y ait un paradis, comme ce serait doux les retrouvailles…

En attendant, à vous autres, mes amis d’ici-bas, face à ce qui m’arrive, je prends la liberté, moi qui ne suis qu’un histrion, qu’un batteur de planches, qu’un comédien qui fait du rêve avec du vent, je prends la liberté de vous écrire pour vous dire ce à quoi je pense aujourd’hui :

je pense de toutes mes forces, qu’il faut s’aimer à tort et à travers.

Julos

Nuit du 2 au 3 février 75

***

Texte dédié en particulier à tous mes amis de Belgique, ma troisième patrie.

http://www.huffingtonpost.fr/sabine-aussenac/bruxelles-belgique-division-flamand-wallon_b_1966015.html

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Le réveil des gazelles: hommage aux femmes du Printemps Arabe

Le réveil des gazelles

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Engrangeant les derniers rayons du couchant, les enfants couraient dans la rue déserte. Le couvre-feu était tombé depuis quelques instants, Fatima allait les appeler.

 Soleil tant vaincu

Vent rêvant aux palmiers

Dorment les gazelles

Mais ce soir ne ressemblait pas aux autres soirs. De loin semblait enfler une rumeur, aussi folle qu’une tempête de sable. Ahmed sortit en courant et hurla quelque chose aux voisins, le portable collé à l’oreille. En quelques instants, tout le monde se rassembla ; les femmes parlaient fort, les hommes lisaient le journal du soir, les jeunes pianotaient comme des fous sur leurs I Phones.

– Tunis, ils sont tous à Tunis ! cria Zohra, dont le fiancé était avocat dans la capitale. Et ils sont dans la rue, partout, des milliers ! Papa, prête-nous la voiture, je pars aussi !

– Ma fille, tu es majnouna, tu es folle, s’emporta Ahmed, presque tremblant.

– Mais Fatima, sa femme, tendait déjà les clefs à leur fille

– Va, ma fille, va rejoindre nos frères et nos fils.

Zohra courait déjà, gazelle gracieuse et élancée. Ses trois amies d’enfance la suivaient. On les surnommait les princesses du désert, et elles étaient unies comme les doigts de la main. Khadija la future sage-femme, Asma qui étudiait le droit et le journalisme, Aziza qui avait déjà créé son site de mode sur internet, et elle, Zohra, qui parlait cinq langues et qui commençait sa thèse de politique internationale.

Dorées de doux miel

Khôl ourlant tendres regards

En études les gazelles

Dans la voiture qui fonçait à travers le couchant, Zohra avait laissé le volant à Asma, et ne quittait pas l’écran de son portable. De statut Facebook en Twitt, les mots couraient comme des étoiles filantes, et la colère des jeunes de leur pays, de toutes ces forces vives, semblait tempête ou ouragan. Les quatre amies parlaient vite, elles se regardaient grandir au fil de leur chemin, au fur et à mesure que les palmiers et les dunes faisaient place aux blancheurs de la capitale, tout au long de ces 111 kilomètres de poussière, elles prenaient conscience qu’elles roulaient vers leur destin. Elles savaient déjà qu’elles ne seraient pas seulement mères au foyer comme leurs mamans et grands-mères, mais à cet instant, elles devenaient femmes et flammes, prenaient le contrôle de leurs vies.

Voilées ou offertes

Aux cent cris de la victoire

Galopent les gazelles

La voiture ne leur fut bientôt plus d’aucune utilité. Dès les faubourgs, elles descendirent, et marchèrent, main dans la main. La nuit était chaude comme une nuit d’été, malgré le froid de janvier. Les visages étaient gais comme un mariage, malgré la lutte qui couvait. Les cris étaient purs comme un cri de femme en gésine, malgré les douleurs de la naissance : car un peuple allait donner vie à une nation. Il semblait qu’un pays entier soit descendu chanter, malgré l’orage de feu. Les jeunes filles se perdaient dans cet océan humain, heureuses et effrayées, au hasard des sourires sous les voiles ou des cris d’étudiants en colère, et Asma mitraillait les visages et les mots de son portable, envoyant directement les images à son journal.

Au réveil, il était midi. Et Ben Ali partit quelques heures plus tard.

Librement au vent

Indomptées et rebelles

Chantent les gazelles

Le retour au village se fit tel en convoi de noce. Et les youyous des femmes accueillirent les enfants de l’aube neuve. Vive la liberté !

***

Nouvelle ayant remporté, avec ses haïkus, le concours de l’Iroli en 2011…

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C’était bien, c’était chouette : hommage à Michel Delpech

C’était bien, c’était chouette : hommage à Michel Delpech

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Il est parti la veille de mon anniversaire, et je lui en sais presque gré, puisque tout au long du jour j’ai pu faire découvrir à mon fils les sourires de Laurette, les folies de l’île de Wight et les brumes du Loir-et-Cher. Les larmes aux yeux mais le sourire aux lèvres, mon gâteau couleur de

Bien sûr, nous le savions tous. Au gré d’un mot de son ami Drucker ou de quelque reportage, nous tous, oui, nous le savions : que les jours ici-bas de notre ami Michel étaient comptés. Et pourtant je fais partie de ces innombrables anonymes qui, aujourd’hui, sont brusquement orphelins d’un frère.

Un frère malgré tout quelque peu incestueux…Je dois à Michel mes premiers émois d’adolescente, lorsque ses chemises blanches et son sourire ravageur me faisaient voler loin, loin de mes carcans embourgeoisés et que je rêvais à ce garçon à la beauté désarmante comme à un Prince Charmant…

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https://www.youtube.com/watch?v=sJuFkpIYfUk

Il était de tous les samedis chez Maritie et Gilbert Carpentier, ses pattes d’eph’ et ses jabots virevoltant sur scène, entre les neiges du Lac Majeur et les complaintes de Mike Brant, son charisme rivalisant avec sa jovialité, en ces temps bénis où les Français se contentaient des cuisses des Clodettes en guise de Journal du Hard, et où les jeunes, le samedi soir, ne brûlaient ni joints ni voitures, se contentant des baloches où, justement, Marianne n’était pas conspuée, simplement « jolie »…

https://www.youtube.com/watch?v=SxJpnEjIIH4

Je n’étais qu’une enfant aux joues innocentes, en ces seventies débutantes, mais je percevais l’effervescence apaisée de cette époque où, dans mon souvenir, les adultes savaient rire, se détendre, comme en apprenance de vie après les années gaulliennes…Ces grandes tablées champêtres au hameau près de « notre campagne », quand on écoutait C Gérôme ou Dave, et puis les fêtes de village et les concerts de province, et, toujours, les paillettes, annonciatrices des années disco…

https://www.youtube.com/watch?v=yrn0MsKAWDU

Il est là, le Michel de mon enfance, celui que mon premier mari, le cégétiste, m’interdirait, des années plus tard, d’écouter, parce que cette « variétoche » n’était plus de mise, et qu’il était de bon ton, chez les post soixante-huitards, de n’idolâtrer que les grands chansonniers et les rockeurs engagés…Il fallait s’enivrer de Led Zep et brûler Julien Clerc, renoncer à la télé et ne lire que des BD…Oh triste, triste est la dictature du prolétariat…

C’est d’ailleurs peu après ces moments-là que notre Michel a traversé, lui aussi, le désert. Jamais je n’ai pu le lui dire en face, alors que j’aurais tant aimé l’interviewer en le croisant en un festival d’été,  mais aujourd’hui j’ose le dire haut et fort : je continuais à frissonner de plaisir en entendant sur quelque Radio Nostalgie « Les divorcés » se regarder en chiens de faïence encore pleins d’amour, tout comme j’ai ensuite acheté une compil de chansons françaises pour rêver, de temps à autre, au bonheur…Sa voix, cette voix à l’incomparable velours, et aux tessitures comme autant de madeleines, m’était indispensable…

Et je l’ai toujours revendiquée, cette liberté-là : oui, on a le droit d’aimer Leo Ferré et Michel Delpech, Sheila et Brel, Bach et U2 !

https://www.youtube.com/watch?v=Sze86HFr0x0

Comme je la déteste, notre France des clivages et des partis, cette France frileuse et boudeuse qui voudrait compartimenter l’amour et la beauté, et qui a produit la triste incurie de notre jeunesse fragmentée et inculte…Michel, justement, hormis son come back avec un album reprenant ses plus grands succès en duos, n’a pas eu la chance de connaître un « revival » à l’image des Sheila et autres Annie Cordy devenues icones de dance floor…

https://www.youtube.com/watch?v=7nb-BQ3yTTs

Pourtant, les textes et les mélodies de ses derniers albums demeurent d’une finesse rare, tout aussi émouvants que le reste de sa discographie, démontrant que notre Michel a bien été un l’un de ces « chanteurs populaires » qui d’un mot d’un seul savent ressusciter chez tout un chacun les douceurs des mémoires…

https://www.youtube.com/watch?v=mNGcs2SraLQ

Tout comme est bouleversante la profondeur de sa pensée, telle qu’il nous l’a explicitée lors de la parution de ses confessions spirituelles…

http://www.amazon.fr/Jai-os%C3%A9-Dieu-Michel-DELPECH/dp/2750907624

En ces jours sombres où la vie, pour tant de bourreaux sanguinaires, semble ne plus avoir aucun prix, je trouve bouleversantes la fraicheur et la confiance avec lesquelles  Michel parle de la mort, et, au-delà, des immenses beautés de cette vie qu’il chérit tant…

https://www.youtube.com/watch?v=akSnSGkb10Q

Parce qu’il avait grandi, notre Michel, au gré des années écornant les pattes d’eph’ au profit d’une belle maturité engagée et sereine, malgré la maladie et les épreuves. Sa magnifique lettre aux Chrétiens d’Orient en témoigne, tout comme le courage et la dignité dont il a fait preuve.

« Que ferais-je à votre place? C’est plutôt ainsi que je veux me poser le problème. Je l’ignore. Il faut toujours de l’héroïsme pour être chrétien : la voix du Christ est ardue. Je ne vous dirais pas de fuir comme des couards, mais de suivre votre conscience. Il ne faut pas chercher l’épreuve, ce serait du masochisme, mais chaque épreuve est là pour nous édifier; elle fait souffrir deux fois plus lorsqu’on ne voit pas ce qu’elle peut nous apporter. Je crois à la communion des saints, à l’efficacité de la prière. Le soir de Noël, je prierai pour vous, et pour tous les hommes. Je vous demanderai, à vous aussi, de prier pour nous. »

http://www.la-croix.com/Archives/2013-12-21/Chers-freres-d-Orient-.-Michel-Delpech-chanteur-Le-soir-de-Noel-je-prierai-pour-vous-2013-12-21-1079307

Si tu savais, cher Michel, comme je regrette de ne pas avoir croisé au moins une fois ton beau regard d’amadou et ton sourire charmeur…Je te dédie ces modestes impressions en te racontant comment, pour les quatre-vingt ans de mon père, un ami de mon fils, venu spécialement chanter pour nous, a fait rougir ma sœur en lui disant qu’elle était jolie, avant de faire pleurer mon oncle, un ancien chasseur…

https://www.youtube.com/watch?v=dF0I-yxOzNA

Parce que tu es « de ma famille », comme dirait Jean-Jacques, de cette famille des temps heureux, des temps légers et badins…

J’ai appris aujourd’hui que Laurette, en fait, s’appelait Christiane. Mais tu sais, Michel, ça nous est égal. Parce qu’avec toi, c’était bien, c’était chouette. J’ai l’âme en peine, mais on y retournera vers tes chansons, toujours…

https://www.youtube.com/watch?v=KJNDUJflo_c

Et ça restera bien, ça restera chouette.

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« la révolte consiste à fixer une rose »…Mon année 2015

la révolte consiste à fixer une rose

à s’en pulvériser les yeux : mon année 2015…

A4 prends soin mon amour de la beauté du monde

Je me souviens.

De nos larmes et de l’effroi, de nos rires assassinés en ce 7 janvier 2015, de mon incommensurable chagrin devant la liberté souillée.

De la peur défigurant les visages, de ces hurlements, de l’innocence conspuée au gré d’un étalage.

De nos marches au silence bouleversant, de ces bougies qui veillent, de l’union sacrée du monde devant Paris martyrisée.

(….) la ville alors cessa

d’être. Elle avoua tout à coup

n’avoir jamais été, n’implorant

que la paix.

Rainer Maria Rilke, Promenade nocturne.

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Je me souviens.

De mes vacances de février en outre-Rhin, les premières depuis dix ans. Enfin sortie d’un épuisant burn-out social et financier, j’osai enfin revenir au pays de l’enfance.

De la maison de mes grands-parents allemands revisitée comme une forêt de contes, du souvenir des usines au bord du Rhin comme autant de merveilles.

Du froid glacial dans ce grand cimetière empli de sapins et d’écureuils où, en vain, je chercherai la tombe de mon grand-père.

De ma joie d’enfant en mordant dans un Berliner tout empreint du sucre des mémoires.

Un étranger porte toujours

sa patrie dans ses bras

comme une orpheline

pour laquelle il ne cherche peut-être

rien d’autre qu’un tombeau

Nelly Sachs, Brasiers d’énigmes.

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Je me souviens.

Des cris parsemant ce mois de mars qui jamais n’aura aussi bien porté le nom de guerre.

Des sourires explosés des corps d’athlètes de Florence, Camille et Alexis dans cet hélicoptère assassin. De tous ces anonymes mutilés au grand soleil de l’art, du Bardo couleur de sang.

Des 142 victimes yéménites si vite oubliées en cette Afrique au cœur devenu fou.

Des coups inutiles contre une porte blindée et de l’abominable terreur des enfants et des jeunes prisonniers d’un avion cercueil.

Un regard depuis l’égout

peut-être une vision du monde

 

la révolte consiste à fixer une rose

à s’en pulvériser les yeux

Alejandra Pizarnik, Arbre de Diane.

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Je me souviens.

De Mare nostrum présentée à mon fils de 16 ans qui n’avait jamais vu la Méditerranée, oui, c’est possible, en 2015, même dans les meilleures familles si elles sont confrontées à une paupérisation.

De l’éblouissant soleil de Sète et des mouettes qui rient au-dessus du Mont Saint-Clair.

Des tombes grisonnantes et moussues du cimetière marin, où nous entendons la voix de Jean Vilar et le vent qui bruisse dans les pins en offrande.

De la plaque de l’Exodus devant la mer qui scintille et de mon émotion devant les couleurs de l’été des enfances, enfin retrouvées au cœur de cet avril.

Pourtant non loin de là 700 Migrants mouraient dans ces mêmes eaux turquoises, ma mer bien aimée devenue fosse commune en épouvante.

Et ailleurs aussi le vacarme déchirait l’innocence, quand 152 étudiants supplièrent en vain leurs bourreaux de Garissa, quand 7800 Népalais et touristes suffoquaient au milieu des drapeaux de prières aux couleurs de linceuls, quand une seule fillette, Chloé, succombait à la perversité d’un homme.

 

Un manteau de silence, d’horreur, de crainte sur les épaules. On est regardé jusqu’à la moelle.

Paul Valéry, Forêt.

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Je me souviens.

De ce contrat faramineux autour d’avions de chasse, pourtant signé par ma République avec un pays aux antipodes de la démocratie, qui maltraite les ouvriers et musèle les femmes.

Des voix d’outre-tombe de  Germaine Tillon, Genviève De-Gaulle-Antonioz, Jean Zay et Pierre Brossolette entrant au Panthéon, quand je tentai d’expliquer à des élèves malveillants la beauté du don de soi, au milieu de ricanements d’adolescents désabusés. De ma désespérance devant la bêtise insensible au sacrifice et aux grandeurs.

De ce mois de mai aux clochettes rougies par un énième « drame familial », dans le Nord, celui-là, deux tout petits assassinés par un père, comme chaque mois, silencieux hurlement au milieu du génocide perpétré dans le monde entier, depuis des millénaires, par les hommes violant, tuant, égorgeant, mutilant, vitriolant, brûlant vives leurs compagnes et souvent leurs enfants.

Je vous salue, ma France aux yeux de tourterelle(…)

Ma France, mon ancienne et nouvelle querelle,

Sol semé de héros, ciel plein de passereaux…

Louis Aragon.

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Je me souviens.

Des révisions du bac de mon puîné, des dissertations et des textes à apprendre, de Rimbaud et de Proust, de Verlaine et Stendhal, comme un collier de perles toujours renouvelé.

De ces adolescents déguisés en marquis pour une fête baroque, des duchesses et des contes, des froufrous et des rires, quand les joues de l’enfance en disputent avec les premières canettes de bière, quand on hésite entre un joint et un dessin animé…Chuuuuuuut. Prenez le temps…Profitez…On n’est pas sérieux, quand on a 17 ans le jour de la Saint-Jean…

Du soleil fou de Sousse qui voit mourir les sourires des touristes, de la plage rougie, et de la tête en pique d’un patron français, quand cet Islam qui prétend vivre la foi n’est que mort absurde et gratuite.

Des gospels montant vers ce ciel rougi de Charleston, quand un homme fauchera des vies noires dans une église, insulte à l’Amérique des droits civiques : j’ai fait un cauchemar, encore un…

 

Ce matin de juin s’est posé sur mon cœur

comme un vol de colombes sur la vieille petite église,

frémissant d’ailes blanches et de roucoulements d’amour

et de soupirs tremblants d’eau vive.

Louisa Paulin, Lo bel matin

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Je me souviens.

Du chapeau blanc de Dylan et de sa voix éraillée, d’Albi la Rouge toute vibrionnante des accords de Pause Guitare, de cette nuit passée sur un banc avec un « Conteux » acadien, et du sourire de Zachary Richard, aussi pur que dans nos adolescences lorsqu’il clamait « travailler, c’est trop dur ».

De notre conversation téléphonique où déjà la poésie avait traversé l’Atlantique au rythme des échanges, et de son incroyable présence, quand il offre au monde tous les ouragans de Louisiane et toutes les histoires de son peuple oublié.

De la brique rouge et de Sainte-Cécile comme un vaisseau dans la nuit, du Tarn empli d’accords virevoltants et de notes insensées, de ce mois de juillet aussi gai qu’un violoneux un soir de noces.

 

La nuit, quand le pendule de l’amour balance

entre Toujours et Jamais,

ta parole vient rejoindre les lunes du cœur

et ton œil bleu

d’orage rend le ciel à la terre.

Paul Celan, in Poésie-Gallimard

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Je me souviens.

De la Bretagne qui danse comme une jeune mariée au son de la Grande Parade, de Lorient enrubanné, des guipures et de l’océan dentelé qui tangue au son des binious.

Des flûtiaux et des cornemuses, de l’âme celte qui m’enivre, des jambes levées sous les robes de crêpe et des verts irlandais ; des Canadiens qui boivent et de la lune qui rit, des roses trémières caressées par la joie et de mon fils si heureux de danser le quadrille.

D’un autre port, au bout du monde, où 173 personnes périront dans les explosions causées par l’incurie des hommes.

Du courage de ces passagers de l’improbable, quand des boys modernes rejouent le débarquement dans un Thalys sauvé de justesse de la barbarie.  Quand un 21 août ressemble à une plage de Normandie.

 Le Bleu ! c’est la vie du firmament(…)

Le Bleu ! c’est la vie des eaux-l’Océan

et tous les fleuves ses vassaux(…)

John Keats, Poèmes et poésies.

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Je me souviens.

Du calme d’Angela Merkel annonçant qu’elle devenait la mère de l’Europe en ouvrant les bras de l’Allemagne aux réfugiés et Migrants.

D’une Mère Courage qui soudain fait du pays de l’Indicible celui de l’accueil, quand 430 000 personnes ont traversé la Méditerranée entre le 1er janvier et le 3 septembre 2015, et qu’une seule photo semble avoir retourné les opinions publiques…

Du corps de plomb du petit Aylan et des couleurs vives de ses vêtements, dormeur du val assassiné par toutes les guerres des hommes, à jamais bercé par les flots meurtriers de notre Méditerranée souillée.

De mon étonnement toujours renouvelé en cette rentrée de septembre, quand soudain chaque journée de cours me semble thalasso, tant c’est un bonheur que d’enseigner la langue de Goethe à ces enfants musiciens, surdoués et charmants, toute ouïe et en demande d’apprentissages : ma première année scolaire agréable dans mes errances de « TZR », sans trajets insupportables et sans stress pédagogique.

 

Il n’est d’action plus grande, ni hautaine, qu’au vaisseau de l’amour.

Saint-John Perse, Amers.

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Je me souviens.

De ces pauvres gens morts noyés en voulant sauver une voiture quand des enfants de Migrants continuent, eux, en ce mois d’octobre, à n’être sauvés par personne…

Des hurlements d’Ankara, quand 102 personnes perdent la vie au pied de la Mosquée Bleue, le Bosphore rougi de tout ce sang versé.

De cette famille lilloise décimée par le surendettement, un Pater Familias ayant utilisé son droit de mort sur les siens, mais nous sommes tous coupables, nous, membres de cette odieuse société de surconsommation.

Du silence de ma cadette en cet anniversaire de notre rupture de cinq longues années, de sa frimousse enjouée et de son bonnet rouge lors de notre dernière rencontre, il y a un siècle, avant qu’elle ne rompe les ponts. Du petit bracelet de naissance qui dort dans ma trousse et ne me quitte jamais. De ma décision de vivre, malgré tout.

Argent ! Argent ! Argent ! Le fol argent céleste de l’illusion vociférant ! L’argent fait de rien ! Famine, suicide ! Argent de la faillite ! Argent de mort !

Allen Ginsberg, in Poètes d’aujourd’hui, Seghers.

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 Je me souviens.

« De nos larmes et de l’effroi, de nos rires assassinés en ce 13 novembre 2015, de mon incommensurable chagrin devant la liberté souillée.

De la peur défigurant les visages, de ces hurlements, de l’innocence conspuée au gré d’une terrasse.

De nos marches au silence bouleversant, de ces bougies qui veillent, de l’union sacrée du monde devant Paris martyrisée. »

De cette structure cyclique qui a mutilé la Ville Lumière, de notre sidération, de la peur de mes enfants et des larmes de mes élèves, de la chanson « Imagine » entonnée en pleurant.

De Bamako et Tunis endeuillées elles aussi, de nos désespérances devant tant de victimes, et puis la terre, n’oublions pas la terre, qui se lamente aussi.

De la COP 21 qui passe presque inaperçue au milieu de tous ces bains de sang.

Si tu mérites ton nom

Je te demanderai une chose,

« Oiseau de la capitale » :

La personne que j’aime

Vit-elle ou ne vit-elle plus ?

Ariwara no Narihira, 825-879, in Anthologie de la poésie japonaise classique.

Place du Capitole, 14 novembre 2015
Place du Capitole, 14 novembre 2015

 

Je me souviens.

Du visage grimaçant de la haine et de la barbarie qui heureusement ne s’affichera PAS dans le « camembert ».

De nos piètres victoires, de mon pays où des jeunes votent comme des vieux aigris, de ma République en danger.

De toutes ces mitraillettes à l’entrée des églises, des santons menacés par les « laïcards » et par les djihadistes, d’un Noël au balcon, comme sous les tropiques.

De ces sabres lasers prétendument rassembleurs, quand tous ces geeks pourraient se retrousser les manches, réfléchir et agir.

D’une partie de croquet dans un jardin baigné de lumière et de douceur un 26 décembre, les maillets et les boules étant ceux de mon enfance allemande, le regard bienveillant de nos quatre grands-parents comme posé sur nous, microcosme familial dans le macrocosme de l’Europe si fragile, du monde si vacillant, de l’Univers si mystérieux.

De nos espérances.

De nos forces.

De nos amours.

Je me souviens de 2015.

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À la lumière de nos aïeux nous marchons.

Elle nous éclaire comme les étoiles de la nuit guidant le marcheur.

Al-Hutay’a, in Le Dîwân de la poésie arabe classique.

 

 

Enfin cette phrase, dédiée à tous ces disparus :

Je t’aimais. J’aimais ton visage de source raviné par l’orage et le chiffre de ton domaine enserrant mon baiser. (…) Aller me suffit. J’ai rapporté du désespoir un panier si petit, mon amour, qu’on a pu le tresser en osier.

René Char, La compagne du vannier.

 

 

 

Île voyageuse…La Toussaint des Migrants…

Iscla viatjaira

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La doçura dal solelh di cementeris

dins lo florir de la pauta,

nis jamai trobat.

Vos agaita:

les reis de santal e de canèla,

las rainas, filhas d’Etiopia,

les vistons esbleugissents coma robins.

 

Immobila coma l’amarina a l’aiga,

la cara del no-res

s’ascla e se perla d’aiganha,

calinha la sau dins

la pòussa alisada dei matins e dei nuèits,

sens alas ni batèu.

 

Iscla viatjaira

pren los còsses,

una crotz dins lo vent,

d’un òme e d’una femna,

d’una Menina e d’una Nena,

sins Angelùs,

la mar sobeirana es clòt e ersaja,

lençol d’amor e de lutz blosa.

 

Île voyageuse

 

La douceur du soleil des cimetières

dans la fleur de la boue,

nid jamais trouvé.

Je vous regarde :

les rois du santal et de la cannelle,

les reines, filles d’Ethiopie,

les pupilles éblouissantes comme des rubis.

 

Immobile comme l’osier dans l’eau,

le visage du néant

se fend et se perle de rosée,

caresse le sel dans

la poussière lisse des matins et des nuits,

sans ailes ni bateau.

 

Île voyageuse

emporte les corps,

une croix dans le vent,

d’un homme et d’une femme,

d’une grand-mère et d’une fillette,

sans Angélus,

la mer souveraine est fosse et ondoie,

linceul d’amour et de pure lumière.

 

 

 

 

 

 

Le chant des hommes

Le chant des hommes

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Dans cette grotte humide et sombre, elle le tient, ce petit être étrange et vagissant, et le serre contre sa peau nue. Dehors soufflent les vents, dehors mugissent les bêtes, terribles et sanguinaires. Le feu n’existe pas, la seule chaleur reçue par ce nouveau-né sera la douce étreinte de sa mère. Et elle l’enveloppera aussi de sa voix, psalmodiant maladroitement des sons encore à mi-chemin entre le grognement animal et le chant ; ce sera guttural et tendre, et la mère bercera instinctivement son petit d’homme, pour l’apaiser.

Dans la belle villa romaine, une patricienne se détend. L’implacable soleil de l’Apulie darde ses rayons sur les cyprès qui semblent veiller en antichambre des Dieux. La matrone a organisé toutes les activités domestiques et porte à présent son dernier-né contre elle. Elle a soulevé sa tunique et lui donne ce lait matriciel si précieux, et ce faisant elle chantonne un air ancien, où il est question de collines et de louves, de combats et de victoires, qui fera de son beau petit garçon un citoyen courageux.

L’Empire du milieu est comme un océan de bruits et de fureurs, mais dans l’étroite  jonque qui tangue sur le long fleuve jaune règne une atmosphère de paix. La jeune maman a enfin terminé la vente de ses épices, elle a mangé quelques poignées de riz et a ouvert ses bras à sa fillette emmaillotée. Elle sourit à son trésor qu’elle a réussi à sauver de l’infanticide en offrant le double de sa dot à son époux…Puis elle berce la fillette d’un bras, tandis que de l’autre elle dirige habilement la frêle embarcation dans les méandres du fleuve. Elle chante une  mélodieuse rengaine, lancinante et amusante, où elle promet de toujours protéger sa fillette du monde.

La nourrice sourit à l’enfançon du roi. Le palais tout miroitant de glaces rivalise de beauté avec les jardins à la Française où gazouillent les jets-d’eaux. Des courtisanes s’égayent parmi les allées de buis, telles des volées de moineaux, soulevant leurs crinolines en pouffant de rire, tandis que la Favorite s’avance au bras du souverain. Nul ne s’intéresse vraiment au descendant royal, si malingre et maladif que ses parents eux-mêmes l’ont presque abandonné, mais la nourrice, après l’avoir abreuvé de son mieux d’un lait salvateur, le soulève vers l’astre dont s’inspire son père et le fait tournoyer en chantonnant qu’un jour lui aussi fera feux d’artifices. Elle chante et le berce, et c’est tout un peuple qui, encore, aime son roi.

La poétesse a posé le fin pinceau qui vient de dessiner la belle arabesque d’une fleur de cerisier. Elle a délicatement fouetté le thé dans le petit bol de terre, agenouillée dans son magnifique kimono de soie rouge, son chignon d’ébène piqué de longues épingles de corne, son teint d’albâtre aussi pur que la neige qui ourle le Mont Fuji. Elle ne sait pas encore que dans quelques minutes un tsunami va balayer des millénaires de tradition, emportant sa maison comme un fétu de paye, tandis que la centrale déversera son poison vers les hommes à nouveau irradiés. Quand la vague arrivera, elle serrera ses jumeaux tout contre elle, car elle était en train de leur chantonner une superbe berceuse, tendre comme les pétales des cerisiers en fleurs, délicate comme le tourbillon du thé vert, apaisante comme la forêt où jaillissent les sources.  Son chant d’amour avant la vague de mort, plein de beauté et d’allégresse.

Dans le baraquement sinistre, puant la mort, la femme offre un sein émacié au petit visage bleui de froid. L’appel du matin va bientôt résonner des aboiements mortels, et elle sait qu’elle fera partie de la prochaine cohorte des damnés, celle qui ira, d’un pas soumis, vers les âcres fumées. Elle chante, Sarah, elle chante le pays du lait et du miel, et les toques fourrées de son village, elle chante les papillotes et la carpe farcie, les yeux noirs de son Yankel et le violon de son père, elle chante en berçant son enfant déjà mort, qu’elle a elle-même étranglé aux premières lueurs d’une aube aussi morte que les millions de disparus.

Dans la case assoupie par le silence, la mère est seule avec son nouveau-né. Elle est revenue de la capitale pour enterrer son père et s’étonne de ne plus entendre les klaxons et les rires. Ici, les seules taches de couleur sont les boubous des femmes, le temps semble s’être figé dans une Afrique pourtant si mouvementée. La femme fait habilement basculer le petit corps souple de son dos vers son sein, et elle sourit en voyant les petites billes sombres la regarder en riant. Elle porte l’enfant vers la lumière, vers ce village calme, enfin pacifié, et psalmodie une belle mélopée où il est question de lions qui pardonnent aux gazelles.

 

Un enfant dort, seul dans un berceau. Sa chambre est équipée de toutes les nouvelles technologies connectées, un baby phone le relie au salon de ses parents, un Ipod est posé sur la commode, près de la table à langer rutilante, tandis qu’un casque léger entoure sa tête où palpite une fontanelle bombée.

Une berceuse chante à ses oreilles fermées, des airs dans une langue inconnue, peut-être en anglais, ou même en chinois.

Certes, on lui parle et le change et on le nourrit et on l’aime et on l’éveille en lui faisant écouter Mozart et en lui parlant en anglais.

Mais souvent il est seul. La nuit, lorsqu’il a peur et faim et froid. Il réclame le corps tendre de sa mère et sa voix apaisante, mais elle a appris qu’il ne faut pas dormir avec son enfant. Le jour, entre les tétées qui sont en fait des biberons savamment dosés. Bientôt il sera seul avec d’autres enfants chez une nounou, puis, un jour, tout seul, dans la cour de l’école. Il sera entouré de technologies ultra-perfectionnées et d’adultes spécialisés dans ce que la société nomme « l’éducation », mais il aura, de longues années durant, été privé de ce lien ontologique qui, de tous temps, dans toutes les civilisations, a relié les nourrissons à leur mère lorsqu’elles bercent leurs enfants en chantant.

Personne ne l’aura bercé longuement, en d’interminables nuits où il aura eu mal aux dents ou au ventre. Personne ne lui aura chanté les chansons de son peuple, ce chant des hommes qui, de tous temps pourtant, ont chanté pour leurs enfants. Peut-être un jour d’ailleurs vivra-t-il, à quelques mois à peine, dans deux maisons, et deux Ipod veilleront alors sur son sommeil toujours aussi solitaire.

Un jour, un psychiatre bienveillant lui parlera d’abandonnisme et de frustrations, avant de lui faire une longue ordonnance.

Jamais ses parents ne lui auront chanté de berceuses. Puisque aujourd’hui, le 30 octobre 2015, une étude révèle que 10% des nourrissons s’endorment, seuls,  avec un casque sur les oreilles.

 

 

 

 

 

Coma un sospir d’aigueta… Mon premier #poème en #occitan…

Coma un sospir d’aigueta

Un ramat d’ausèls coma un rocol d’amor,

un vòl dels blats a l’entorn d’un cèl,

sus mon còr s’es pausat coma un sospir d’aigueta.

Comme un soupir d’eau vive

Une volée d’oiseaux comme un roucoulement d’amour,

un vol de blés autour d’un ciel,

sur mon cœur s’est posé comme un soupir d’eau vive.

Premier poème en occitan, écrit en piochant dans les mots de Louisa Paulin…

La poétesse Louisa Paulin

Ce texte fait partie des « Mémoires d’Autan », ouvrage ayant reçu le Prix Camille Pujol lors des Jeux Floraux toulousains de 2020.

http://jeuxfloraux.fr/15.html

« * Une médaille d’Académie égalementà Mme Sabine Aussenac, de Toulouse,  pour son poème « Et les pivoines »

  * Le Prix Camille-Pujol à Mme Sabine Aussenac, de Toulouse, pour son ouvrage Mémoire d’Autan. »

https://www.thebookedition.com/fr/memoires-d-autan-p-371712.html

Mes Mémoires d’Autan sont des miscellanées poétiques entremêlées de réflexions autour de l’être-soi d’un Sud-Ouest baigné par l’Atlantique et Mare nostrum, illuminé par nos campagnes gorgées de tournesols, et bien sûr surtout, pour moi, toulousain et tarnais ; alternances de nouvelles, d’essais et de poèmes en ancrage de cette terre d’Oc qui m’est chère, ces textes vivent au gré des méandres de Garonne et de l’Histoire ancienne ou contemporaine de la Ville Rose et du Grand-Sud…