Puella sum!#Notre-Dame #liberté #LGBT #pompiers #femmes #prixlittéraire #nouvelles

Ce texte a obtenu le premier « prix d’encouragement » au concours George Sand 2019.

http://www.concours-georgesand.fr/

Prix d’encouragement : 6 textes ont été distingués par le jury pour leur intérêt et leur qualité d’écriture.
Ils seront publiés par l’Harmattan dans le recueil 2019 « Il aurait suffi de presque rien» :

Texte 1 : Sabine AUSSENAC : Puella sum »

Paris, an de grâce 1255

Bertille leva les yeux, enchantée par le soleil du midi. Adossée au lourd portail, elle prit une profonde inspiration. Après une matinée passée à manier le taillant dans la pénombre du transept, elle eut soudain l’impression de se retrouver au bord de l’océan, chez elle, toute grisée d’enthousiasme. Des mouettes tournoyaient d’ailleurs non loin de l’immense chantier, poussant leurs cris familiers qui se perdaient dans le vacarme de la foule assemblée sur le parvis. Tout le petit peuple de Paris se croisait, se parlait, se regardait bruyamment dans ce savant désordre de la Cour des Miracles, tandis que la cathédrale, paisible vaisseau en partance pour l’éternité, s’élevait, année après année, siècle après siècle…

Bertille resserra les pans de sa chemise autour de sa poitrine, vérifiant que le bandage était bien en place, et repensa avec émotion au calme qui régnait dans son petit village breton… C’est là qu’elle avait appris à tailler le granit auprès de Jehan, son père : elle le suivait en cachette, délégant la garde des moutons à sa sœur, et observait, cachée dans les genêts, le moindre de ses gestes. Un soir, alors qu’elle n’avait pas huit ans, elle revint dans leur modeste maison battue par la grève nantie d’une roche polie, taillée et sculptée d’un ange aux ailes joliment déployées ; Jehan comprit que si le ciel ne leur avait donné ce fils qu’il espérait tant, c’était sans doute que Bertille suffirait à le remplacer ; il lui avait tout appris, lui transmettant son fabuleux savoir.

Lorsque l’architecte Jean de Chelles avait appelé les plus grands artisans du royaume afin de poursuivre la construction de Notre-Dame de Paris, Bertille n’avait pas eu à insister beaucoup : en dépit des craintes de sa mère, elle coupa ses longues tresses blondes à la diable et banda sa jeune poitrine en en étau si serré que bien malin eût été celui qui aurait pu deviner qu’elle n’était point un garçon… Au village, on raconta qu’elle était partie au couvent, et seul Martin, le fils du forgeron, son promis de toujours, était au courant de ce secret. C’est ainsi que la jeune fille secondait son père vaillamment, maniant le burin et la gouge et marquant parfois la pierre de quelque signe lapidaire, fière de lui apposer sa marque de tâcheron et de poser son empreinte féminine dans l’Histoire, elle qui aurait eu normalement sa place auprès du foyer ou aux champs… Chaque coup de maillet lui semblait faire sonner sa liberté à toute volée.

Dans la pénombre de la nef, lorsque résonnaient matines à travers les mille églises de Paris, Bertille avait, le matin même, gravé l’inscription en latin que lui avait apprise le jeune abbé qui parfois prenait les apprentis sous son aile, leur montrant durant sa pause enluminures et phrases en latin dans son immense bible … « Puella sum !» (« Je suis une fille ! »), avait-elle patiemment gravé dans le cœur tendre de la pierre située juste à l’embrasure de la montée vers la « forêt », la charpente si majestueusement entrelacée par les habiles fustiers… Elle y avait ensuite enchâssé un deuxième éclat de roche, scellant ainsi son secret. Seule Notre-Dame connaissait la vérité.

Son père l’attendait dans la loge réservée aux tailleurs de pierre, c’est là qu’il œuvrait depuis l’aube à la taille d’un énorme bloc destiné à consolider le pourtour de la rosace qui serait bientôt achevée. Soudain, une main de fer saisit Bertille au collet, tandis qu’un méchant murmure lui glissait à l’oreille de se taire. En reconnaissant le regard cruel du chanoine, elle se sentit prise au piège, tenta en vain de se débattre mais se retrouva très vite entravée dans l’une des allées du transept. On l’avait percée à jour, lui dit le prêtre de sa voix doucereuse et pleine de fiel, et le sort réservé aux pècheresses de son acabit serait terrible : on la jugerait comme une sorcière, puisqu’elle avait bravé la loi des hommes et celle de Dieu en se prétendant un homme. Au moment où la main avide du prélat allait se saisir du sein blanc qu’il avait commencé à frôler, tel un fauve jouant avec sa proie, en défaisant le bandage de Bertille, le lourd vantail s’abattit avec fracas et Jehan entra dans la cathédrale déserte en hurlant qu’il fallait lâcher sa fille. Lorsqu’il abattit son maillet sur la tête du démon déguisé en prêtre, le soleil dardant les vitraux de la rosace enveloppa la pierre d’un faisceau purpurin.

La chevauchée à travers Brocéliande, les bras ouverts de Martin qui l’attendait au village, les récits émerveillés de son père quand il rentra, des années plus tard, pour raconter la beauté des tours et du jubé, et puis une vie de femme simple, de la paille aux pourceaux, des langes de ses quinze enfançons aux toilettes des morts : rien ne put jamais effacer de la mémoire de Bertille le goût salé de la liberté et de la création… Il aurait suffi de presque rien pour que son rêve s’accomplisse, et, si ce dernier s’était brisé en chemin, le « Puella sum » en témoignerait néanmoins au fil des siècles : ainsi, dans la famille Letailleur, la légende dirait qu’une jeune fille déguisée en homme avait construit Notre-Dame, et que la preuve de cette incroyable imposture dormait sous le vaisseau de pierre…

Paris, 15 avril 2019

Sarah soulève délicatement le cadre et regarde la photo, comme elle le fait tous les soirs lorsque sonnent les vêpres… Le petit appartement coquet de la rue du Cloître-Notre-Dame est baigné de la belle lumière annonçant le crépuscule, et Sarah se souvient de cette dernière messe, après laquelle elle avait renoncé à ses vœux. Jamais elle n’avait regretté ce choix et elle sourit en regardant son Simon, si beau sur leur photo de mariage, à peine moins décharné que lorsqu’elle l’avait aimé au premier regard au Lutétia, mais resplendissant de joie : il avait fait partie des rares rescapés d’Auschwitz et, ayant survécu par miracle, s’était juré d’être heureux. La petite moniale bretonne avait définitivement quitté son passé et embrassé la foi juive avant de seconder Simon dans leur atelier du Sentier, à quelques encablures de Notre-Dame… C’est sur le parvis qu’ils avaient échangé leur premier et chaste baiser ; plus tard, Simon avait insisté pour que leurs futurs enfants se nomment « Letailleur » et pas « Zylberstein » : « On ne sait jamais », disait-il, pensif…

Soudain, une odeur âcre de brûlé saisit Sarah à la gorge. Au même moment, une immense clameur s’élève depuis la rue. Inquiète, la vieille dame écarte les voilages avant d’ouvrir précipitamment sa fenêtre : elle porte une main à son visage et blêmit, se cramponnant à la croisée. Ce qu’elle découvre à quelques mètres de son bel immeuble haussmannien est inimaginable, insupportable : Notre-Dame est en feu. D’immenses flammes lèchent l’horizon obscurci par un panache de fumée orangée, et Sarah manque défaillir en constatant que l’incendie semble d’une violence extrême. Son portable vibre, elle découvre le texto de son petit-fils, Roméo, laconique : « Je pars au feu. Je t’aime, mammig ! », puis elle reçoit un appel de son fils Jean qui devait venir manger et qui lui annonce, totalement paniqué, qu’il arrivera plus tôt que prévu : il s’inquiète, lui conseillant de fermer ses fenêtres. Sarah s’exécute, épouvantée par le spectacle dantesque qui se joue sous les yeux de centaines de badauds, et se dirige vers la chambre de Roméo pour fermer ses persiennes.

Voilà un mois que le jeune homme, désespéré, s’est réfugié chez sa grand-mère, ne supportant plus les disputes quotidiennes avec son père. Ce dernier l’avait élevé seul, son épouse étant morte en couches, et avait essayé de lui transmettre à la fois le goût de l’aventure de leurs ancêtres bretons et la solidité et l’histoire de leur lignée juive ; mais au fil des années, un fossé infranchissable s’était élevé entre un père de plus en plus rigoriste, ancré dans des certitudes et des bien-pensances et un fils de plus en plus enclin à la fronde et aux extrémismes… Jean, médiéviste passionné, professeur à la Sorbonne, ne vit que pour la quête exaltée de cette pierre gravée par une mystérieuse ancêtre dont il se raconte qu’elle aurait construit Notre-Dame. Il a embrassé la foi catholique et sa propre mère le traite parfois de « grenouille de bénitier », se moquant de ses engagements radicaux et de ses « manifs pour tous »… C’est bien là que le bât blesse entre les deux Letailleur, le père réprouvant les fréquentations du fils qui passe beaucoup de temps à écumer les bars du Marais…

Car Roméo, d’après Jean, a d’étranges relations : infatigable chantre des droits LGBT, athée, il milite à l’extrême-gauche et ne supporte plus les regards obliques de son père envers ses amis. Pompier de Paris, il commence aussi à souffrir au sein de sa caserne, subissant quolibets et railleries… Il n’a parlé à personne de son projet, se contentant de noircir les pages d’un journal qu’il a caché dans le bureau de la chambre où il s’est réfugié, chez sa grand-mère. Qu’il est difficile de faire partager à ses proches ce que l’on ressent lorsque l’on ne se comprend pas soi-même, lorsque depuis l’enfance on est tiraillé non seulement entre deux religions, deux appartenances, mais aussi entre deux sexes… Certes, le jeune homme trouve du réconfort auprès d’associations, mais il ne sait pas s’il aura réellement le courage d’aller au bout de son envie de transformation. Et pourtant il en est comme consumé de l’intérieur, brûlant de devenir « une » autre . Il a même choisi un prénom : Roméo deviendra Juliette.

Jean, sa sacoche sous le bras, était justement en train de remonter le boulevard Montebello, flânant au gré des stands de bouquinistes, lorsqu’il a aperçu l’impensable. Son église, son pilier, sa clé de voûte, l’alpha et l’oméga de sa vie est en feu ! Éperdu, il pousse un cri d’horreur, à l’instar des passants qui, ébahis, ne peuvent détacher leurs regards du brasier. Jean, courant presque vers l’appartement de sa mère, se souvient de cette autre course effrénée, lorsqu’il avait joué à cache-cache avec les CRS des heures durant, à l’époque où il était encore de gauche et écumait le Boul’Mich au gré des manifs… Il n’avait dû son salut qu’à la gouaille fraternelle du Cardinal Marty, admonestant les policiers de son accent rocailleux après avoir abrité les jeunes manifestants dans la sacristie… « Eh bé ma caniche, c’était moins une, vous avez failli finir dans le panier à salade ! », leur répétait-il, jovial, après le départ des CRS. Passant devant un groupe de jeunes gens agenouillés au pied de la Fontaine Saint-Michel, qui, en larmes, chantent des cantiques à Marie, Jean implore intérieurement l’intercession de son cher Cardinal, lui demandant de sauver leur cathédrale…

Partout, on s’agite, les hommes semblent des fourmis désorientées grouillant en tous sens après un coup de pied dans leur fourmilière. Paris brûle-t-il à nouveau ? Car quand Notre-Dame se consume, c’est Paris tout entier, c’est la France même qui sont touchés : Jean croise des regards épouvantés, des visages défaits, des sanglots inconsolables ; il assiste au ballet des hommes du feu, songeant soudain à son fils, l’espérant assis dans l’appartement douillet de Sarah, n’osant imaginer son Roméo aux prises avec cet enfer ; on se bouscule, on hurle, on s’enlace, on détourne le regard avant de revenir, comme aimanté par la terreur, le déposer comme une colombe impuissante sur le toit embrasé de Notre-Dame qui semble n’être plus que flammes, tandis que de fragiles marionnettes que l’on devine désemparées tentent d’arroser le brasier…

Jean arrive enfin, à bout de souffle, sur le palier de sa mère qui lui ouvre en lui jetant un regard éploré et lui murmure d’une voix tremblante que Roméo est au feu. Il s’effondre sur le vieux fauteuil de son père avant de remarquer deux silhouettes familières qui se détachent dans l’embrasure de la fenêtre : Fatima, l’amie de toujours, l’ancienne couturière de l’atelier, et Roger, son époux, viennent d’arriver de La Courneuve pour soutenir Sarah. Jean se relève pour les embrasser et les remercier de leur présence, puis ils se tiennent là, silencieux, face à ce ciel de Paris qui embrase le crépuscule. Et c’est un seul et unique cri que poussent, à 19 h 45, Sarah, l’ancienne moniale convertie au judaïsme, Fatima, la musulmane voilée, Roger, le communiste pratiquant et athée et Jean, le fervent catholique, en voyant tomber la flèche terrassée. Et c’est une seule et même prière que murmurent les lèvres de ceux qui croient au ciel et de celui qui n’y croit pas, afin que survive la mémoire des pierres : en un seul élan consolatum, kaddish, salâtu-l-janâza et foi en l’Homme s’élèvent en miroir des opaques fumées et des télévisions, pleureuses de cette chorégie internationale, puisque le monde entier est venu au chevet de « Sa » Dame. Jean, terrassé par l’inquiétude, se détourne alors pour se réfugier dans la chambre de Roméo.

C’est là qu’il s’empare d’un cahier posé sur le bureau. D’une belle écriture ronde, son fils a calligraphié sur la couverture deux mots précédés d’une enluminure : « Puella sum »…  Et Jean, la gorge serrée, commence à découvrir son fils…

Roméo a la gorge tellement nouée qu’il peine à respirer. L’incendie ne semble plus du tout maîtrisable, et les pompiers, débordés, se battent contre des moulins, affrontant des colonnes de flammes, évitant la lave du plomb fondu, regardant, horrifiés, la légende des siècles s’évanouir en fumée. « Il faut sauver les tours ! », a hurlé le capitaine en encourageant ses hommes qui ressemblent à des Lilliputiens aux prises avec un dragon, et personne, en cette nuit apocalyptique, ne pense à se moquer des longs cheveux de Roméo et de son allure féline. Vers minuit, il est même le héros de la soirée, puisque c’est lui qui vient de prêter main forte à l’abbé Fournier, l’aumônier des pompiers de Paris, l’aidant à arroser le foyer et sauvant ainsi in extrémis de précieuses reliques et certains trésors de la cathédrale. Toute une rangée de camarades a applaudi Roméo lorsqu’il est sorti, chancelant, portant la Sainte Couronne, et lui, l’anarchiste, le bouffeur de curé toujours prêt à en découdre avec son père, s’est surpris à pleurer à chaudes larmes sous son casque… Mais à peine les reliques mises à l’abri, il est retourné au feu, qui, loin d’être circonscrit, menace à présent la nef et le transept…

C’est étrange. Plus le feu gagne du terrain, dévorant la charpente malgré le poids des siècles, insatiable contempteur du Beau, plus Roméo reprend confiance en lui et en la vie, lui qui, hier encore, ne savait s’il trouverait le courage de sa transition ou s’il devait se jeter dans la Seine depuis le Pont Mirabeau… Ce combat qu’il mène depuis des années envers lui-même et contre la société a en effet pâle allure face à ce duel titanesque entre les Hommes et les éléments : oui, Roméo veut devenir une fille, mais cette nuit n’est plus celle des destinées particulières, elle est celle du fatum qui broie et élève les êtres, celle de l’ultime lutte contre le démon du Mal, et les hommes sont bien peu de choses face à la puissance maléfique de ce feu carnassier, outrageant la Chanson du Royaume de France devenu République… Le jeune homme se sent plus que jamais dépositaire d’une puissance du Bien, et prêt à tous les sacrifices, bien décidé à « sauver ou périr »… Et, tenant sa lance comme Saint-Michel tenait son glaive face au dragon, actionnant l’eau lustrale et salvatrice comme Saint-Pierre faisant résonner ses clés, se promettant que son nouveau corps deviendrait le temple de son âme comme le demandait Saint-Augustin, Roméo ne sauve pas seulement Notre-Dame, mais toutes les Lumières du pays de France et toutes les prières venues s’y réfugier au fil des millénaires.

Vers quatre heures du matin, le feu ayant grandement diminué d’intensité, Roméo s’approche de la Rosace auréolée de l’or des dernières flammes, découvrant à l’abri d’une voussure une pierre descellée sous l’effet de la chaleur ; intrigué, il se penche vers la roche roussie et déchiffre, incrédule, la légende de la famille Letailleur : « Puella sum » C’est bien ce qui a été gravé d’une main ferme et habile sur la surface lapidaire par cette ancêtre dont le souvenir a perduré, de génération en génération, narrant la mémoire des simples, des humbles, des petites gens qui ont fait toute la trame de la Grande Histoire, et rappelant surtout le courage et l’audace de cette femme ayant bravé les conventions.  Bouleversé, Roméo enlève son casque malgré le danger et attrape le téléphone au fond de sa combinaison. Il photographie la pierre avant de retourner vers son combat, espérant que cet endroit serait préservé et loué à sa juste valeur.

C’est seulement vers dix heures que le jeune homme rentrera chez sa grand-mère, épuisé, mais heureux. Il aurait suffi de presque rien, titreront les médias, pour que Notre-Dame périsse entièrement, et, sans la vaillance et le combat des soldats du feu, la cathédrale aurait pu connaître une fin terrible. Roméo sourira à la capitale hébétée, il sourira à la Seine, langoureuse et apaisée après tous ces fracas nocturnes, il sourira aux passants étonnés de voir un jeune homme au visage maculé de suie semblant pourtant auréolé par la grâce, il sourira en entendant les sons familiers du petit matin parisien, toute cette vie revenue malgré le drame, car Paris et la France toujours se relèvent, outragés, brisés, martyrisés, mais libérés ! Il sonnera chez Sarah, les bras chargés de croissants, pour faire un pied de nez à la nuit blanche et à la mort noire, et en montrant, des larmes d’émotion dans les yeux, la photo de l’inscription à son père qui lui ouvrira la porte, il entendra la voix douce de Jean l’accueillir avec une infinie tendresse :

  • Bonjour, ma Juliette ! Puella es ! *

Le cri de joie poussé par Jean en voyant la pierre gravée résonnera dans toute l’Île de la Cité et même jusqu’au sourire de Bertille, sa chère ancêtre…

Et Sarah, époussetant sa photo de mariage quelque peu noircie par les scories, reposant le journal de son petit-fils sur son bureau, regardera le soleil se lever sur Notre-Dame presque déjà ressuscitée.

*(« Tu es une fille »)

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Un autre texte lauréat du concours George Sand:

La nostalgie des sirènes

Cette nouvelle a obtenu le premier prix au « Prix de la nouvelle Rotary-Charles Batut 2016-2017 du Rotary Club de Bourges.

Et bravo à Ninon Amey, auteur de « La vie en rose » pour le 2ème Prix!

https://rotarybourges.fr/category/prix-de-la-nouvelle-rotary-bourges/

 

http://www.20minutes.fr/monde/129280-20061226-deux-ans-apres-tsunami-lasie-recueille-silence

 

Dix ans. Dix ans déjà… Comme le temps est farceur, ce grand géant aux ailes de soie, qui nous pétrit dans ses filets d’argent comme un menu fretin… Je sais encore le goût de cette mangue sucrée et du sel sur ta peau que j’embrassais en regardant le large, au matin de décembre, si loin de notre Armorique, là-bas, dans les lointains…

Tu m’avais demandé de garder la surprise, et je n’avais rien dit. Tes yeux bandés jusqu’à l’aéroport, et puis l’interdiction d’écouter les annonces, je t’avais pris ton caban bleu en souriant, et puis Salomé qui riait de toutes ses petites dents cristallines, en s’écriant :

  • Maman, maman, moi je sais, mais je garde le secret !

Le caban bleu était sagement rangé dans la valise, et Salomé nous rapportait chaque matin des poignées de coquillages enchantés, toute heureuse de sa complicité avec la petite marchande de jus de fruits. Tu me fixais de tes grands yeux pervenche et me nommais ton Breton adoré, me répétant à l’envie que ce voyage était un cadeau formidable.

Ce jour-là, nous devions arpenter les collines à dos d’éléphant, et j’étais parti téléphoner au bar, le seul endroit où j’arrivais à capter correctement. J’ai appelé Bernard, à la pêcherie, et lui ai demandé des nouvelles. Tout allait bien, les hommes étaient en mer, le temps à l’orage, mais rien d’anormal en cet hiver breton qui disputait à la houle quelques accalmies. Nous avons plaisanté, j’ai raconté à mon frère les exploits de mes deux sirènes, toutes dorées du soleil des tropiques, et en parlant je vous voyais, au loin, qui observiez la mer depuis la piscine de l’hôtel. Tu étais belle, mon amour, les mains sur tes hanches déjà rebondies par ta grossesse, et tu tenais Salomé par l’épaule.

Vous sembliez fixer l’horizon, et d’autres touristes s’étaient approchés de vous. J’ai écourté la conversation, demandant à Bernard d’embrasser nos parents, quand il irait à Noirmoutier pour Noël, et j’ai raccroché en pensant aller chercher le cornac derrière la terrasse.

J’avais hâte de vous prendre par la main, vous, les femmes de ma vie, pour vous montrer les cheminements secrets des paysages de ce bout du monde, si différents de nos noroîts et de nos granits, et je m’apprêtais à vous appeler par la fenêtre du bar quand j’ai entendu le mugissement.

Plus fort qu’une corne de brume. Plus âpre que le vent dans les gréements des chalutiers. Plus sombre que la nuit quand elle parcourt les landes. Le bruit semblait déferler sur Pukhet comme un grain quand il saisit nos hommes au plus fort de l’océan, il emportait les peurs des serveurs soudain affolés et les rires des jeunes Thaïs qui chantaient dans l’arrière-salle.

Tu t’es retournée. J’ai vu par la vitre ouverte que tu me cherchais du regard, ta main avait saisi la menotte de Salomé et j’ai vu que ta bouche formait mon prénom. Notre fille, les yeux exorbités, hurlait « papa » en s’élançant vers l’hôtel, et la vague est arrivée au moment où je me suis précipité vers vous.

Tu as disparu, aussitôt, et Salomé avec toi.

Le mur d’eau saumâtre avait tout emporté sur son passage, les chaises pliantes, les arbres, les bungalows, et les touristes.

Quelques fractions de secondes plus tard, la vague avait atteint l’hôtel, et je m’étais retrouvé à nager sous cet océan fétide et épouvantable, avalant des algues, suffoquant, me cognant à des corps éventrés, reprenant ma respiration lors de mes rares remontées à la surface de ce cauchemar, jusqu’à ce que j’arrive à agripper le montant de la rampe et à me hisser jusqu’aux étages supérieurs en hurlant vos deux noms…

La violence des flots m’avait presqu’entièrement dévêtu. Je grelottais d’effroi et me tins un moment immobile derrière la balustrade de stuc, apercevant ce couple de Belges enlacés, accrochés au pilier central de la terrasse, le vieil homme donnant un dernier baiser à sa compagne avant de lâcher prise, hébété. Un bébé hurlait, seul, dans une poussette, sa mère l’avait mis en sécurité avant de plonger vers le centre de la pièce pour chercher un autre enfant, elle m’avait jeté un coup d’œil implorant en me confiant ce Moïse qui serait sans doute orphelin.

J’entendais aussi des barrissements affolés, et je me rendis compte que de l’autre côté de l’hôtel les pachydermes se débattaient en tous sens et semblaient s’être détachés de leurs énormes chaines. Je voyais par les baies vitrées déchiquetées que les éléphants s’enfuyaient vers les collines, suivis par des hordes de survivants couverts de boue.

Toute cette scène n’avait pas duré plus de cinq minutes, et c’est à ce moment-là que je décidai de plonger vers vous, mes chéries adorées, mes amours, mes étoiles. Il fallait que je vous retrouve. Tu avais sans doute nagé en tenant notre petite Salomé par la main, toi, ma sirène, celle que je surnommais mon Ariel bretonne, tant tu nageais bien…

J’avais foi en toi, en vous. Je me souvenais soudain de ce premier été, quand tu m’avais bousculé sur le ponton en courant avec ta sœur pour te jeter dans les vagues glacées, et quand du haut de tes sept ans tu m’avais affirmé que jamais je ne te battrai à la course… Il y en avait eu, des étés de grand vent, et des nuits aux étoiles, et des feux de la Saint-Jean, et des galets gardés comme autant de talismans… Nous nous étions promis l’un à l’autre par une nuit d’orage, tes yeux clairs me disaient que jamais aucun autre ne toucherait ta peau douce, et ma main guidait la tienne le long du chemin des douaniers, et nos vingt ans nous donnèrent raison, quand nos familles ont dansé sous les chênes et que nous nous aimions à perdre la raison…

Ma sirène… Tu l’avais traversée, ta Manche, me laissant comme un fou en arpentant la grève, et puis tous ces trophées, ces coupes… Ma nageuse, ma belle océane, seule notre Salomé t’avait un peu gardée loin des houles et de notre côte aux dentelles, et puis la petite maison aux ardoises argentées, nos roses trémières, et la pêcherie qui te faisait rire, quand je te montrais les navires et que tu me jurais que tu nageais plus vite que le bel Erwan ne guidait nos bateaux hors du chenal… Tu étais mon phare et j’étais ta boussole, et quand nous nous promenions dans Brocéliande je te nommais ma fée.

J’étais certain de te retrouver. Et j’ai plongé.

J’ai nagé à contre-courant, j’ai revu le Belge qui flottait à l’envers, et puis la mère de famille, sa fille accrochée contre son sein, toutes les deux les yeux grands ouverts vers le soleil de cette Thaïlande épouvantée. J’ai bu l’eau chaude du large mêlée aux pourritures des égouts, j’ai vu ces cadavres jonchant les rues, j’ai avalé le monde et l’univers et ma vie, j’ai prié, oh, comme j’ai prié.

Je ne t’ai pas trouvée. Alors j’ai marché. Trois jours durant, la boue séchée collant à mon corps blessé et suintant la peur, j’ai marché dans les ruelles enchevêtrées par l’horreur et dans la jungle des corps qui béaient dans l’effroi de la catastrophe. J’ai soulevé chaque sari, chaque morceau de tissu dans les morgues, j’ai erré dans les hôpitaux de fortune, j’ai hurlé ton nom et celui de notre fille, j’ai laissé des petits mots à la façade de chaque pan de mur encore debout. Je n’étais plus qu’un mort-vivant, je ne m’alimentais pas, je marchais sans me rendre compte que ma jambe était gangrenée, sans comprendre que j’avais perdu l’usage de mes oreilles, car je n’entendais presque plus rien, tant l’eau et les effluves sordides avaient attaqué mes sens, et j’étais pourtant persuadé que vous étiez quelque part au milieu de cet enfer. Tu étais si forte, mon amour, et tu nageais si bien, il m’était une évidence que tu avais survécu, et que tu m’attendais quelque part, bien vivante, notre enfant grandissant en ton sein et la petite Salomé, la mini sirène, comme je l’appelais, en train de jouer dans le sable de quelque baie protégée.

Non ?

C’est Bernard qui est venu me chercher. La police et deux médecins m’ont maîtrisé, j’ai eu plusieurs piqures, et ne me suis réveillé qu’à l’arrivée du long courrier à Orly. Il paraît que j’ai crié si fort dans le hall d’arrivée que les douaniers ont cru à un attentat, et ensuite j’ai passé de longues semaines dans cette grande maison aux allures de château, errant dans un parc sous de beaux marronniers en fleurs, et je haïssais ce printemps quand toi et nos enfants vous pourrissiez au bout du monde. Je me souviens du sourire triste de maman, et de tous ces regards de nos hommes, ces fiers-à-bras qui, les larmes aux yeux, m’ont accueilli à mon retour, eux qui avaient si souvent vaincu les lames sournoises de notre Atlantique en furie et qui eussent tant aimé que la mer t’épargne, toi aussi…

 

Dix ans. Dix ans, et me voilà à nouveau sur le sable de Pukhet… Rien n’est plus pareil, presque tous ceux avec qui nous avions lié amitié ont disparu… La petite marchande de jus de mangue n’est plus, ni la famille du cornac, ni le patron de l’hôtel, ni ses cinq filles qui babillaient comme des oiselles exotiques en riant avec nous quand le soleil ourlait la plage…

Dieu que c’est difficile de revoir ces paysages où le paradis est devenu enfer. Mais je le devais à ce pays en deuil, je le devais à tous ces courages, aux mémoires des disparus, à cette maman dont je sais aujourd’hui le prénom et dont j’ai protégé le bébé, et à nos amis du bout du monde… Je voulais être présent lors des commémorations du tsunami, pour dire mon admiration devant ce pays reconstruit. Chaque marin de nos équipages a donné de sa personne pour aider ces inconnus soudain si proches, Erwan est revenu quatre étés de suite pour former des pêcheurs, et Bernard a créé cette association d’aide aux orphelins… Oui, il y a eu comme un pont de bonté entre nos côtes du bout du monde, et chaque tempête bretonne nous rappelle la violence de ce tsunami meurtrier. La terre est ronde et les hommes doivent s’y entraider…

Un rire cristallin m’appelle, et je tourne la tête vers la plage où, sur ce ponton de bois tressé, notre grande Salomé pousse ton fauteuil. La petite Nour court derrière vous, et je me souviens.

Je me souviens de cet appel du consulat deux mois après mon retour. Je me souviens de ta voix chaude au téléphone, quand tu m’as appris ton amnésie, et aussi que Salomé n’avait rien, mais que tu avais perdu le bébé. Je me souviens de tes grands yeux pervenche quand tu es apparue sur le tarmac de l’aéroport, toi, ma sirène, ma chérie à présent dépourvue de l’usage de tes jambes, mais vivante, oh, si vivante… Je me souviens de la naissance de notre Nour, notre « lumière », la petite sœur de notre belle Salomé, notre renaissance.

Nous voulions revenir ensemble à Pukhet, pour dire à la vie que nous ne lui en voulions pas, puisque nous étions ensemble. Là-bas, en Bretagne, chez nous, tu t’occupes à présent de ces enfants polytraumatisés dans un centre, et tu leur murmures chaque jour qu’eux aussi, ils nageront à nouveau vers la lumière.

Je te souris. Je vous souris. Je vous aime, mes sirènes.

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En hommage à tous les disparus et aux victimes de ce tsunami du 26 décembre 2004…

https://fr.wikipedia.org/wiki/S%C3%A9isme_et_tsunami_de_2004_dans_l%27oc%C3%A9an_Indien

http://www.lefigaro.fr/cinema/2014/12/26/03002-20141226ARTFIG00012-tsunami-de-2004-comment-la-culture-s-en-est-emparee.php

Le rossignol et la burqa…-une ancienne nouvelle…

Le rossignol et la burqa

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« Du voile abandonné jaillissait aube neuve, et la jeune fille, remontant sur la scène, dédia son prix à ses parents, à la Tunisie reconstruite, et à l’avenir.  Le rossignol avait gagné : son hymne à la nuit avait touché les cœurs. »

10 juin 2011

Elle osait à peine respirer. Par chance, le lourd tapis du couloir amortissait ses pas. En passant devant la chambre de ses parents, elle entendit le souffle lourd de son père, cette respiration hachée par le labeur. Arrivée devant la porte d’entrée, elle déverrouilla un à un les trois loquets ; année après année, elle avait apprivoisé ces serrures, crochetant son propre logis…

Pieds-nus, elle se faufila sur le sol bétonné de la coursive, avant de pousser la porte de l’appartement d’en face. Elle regarda sa montre ; parfait, elle était à l’heure : exactement 4 heures 30 du matin.

Huit ans. Huit ans déjà que Nour se levait, pratiquement toutes les nuits, à 4 heures 25. Elle n’avait même plus besoin de réveil, réglée comme une horloge, sautant de son lit nuit après nuit, quelle que soit la fatigue accumulée durant la journée. Sa lourde tresse de petite collégienne avait cédé la place à une opulente chevelure auburn, coiffée à la diable ; ses yeux de princesse de l’Atlas s’étaient ourlés de khôl ; les rondeurs de l’enfance avaient disparu. Esther l’attendait, enveloppée dans son sempiternel peignoir rose, un bol de thé fumant à la main. Elles s’enlacèrent.

  • Comment va mon rossignol ce matin ? Pas trop fatiguée ?
  • J’ai fini la dissert sur Kant…je me suis couchée à une heure…
  • Ma gazelle, tu es meshugge, majnouna !!! Tu vas t’épuiser !

Nour éclata de rire en entendant sa vieille amie employer, comme à son habitude, ce mélange de yiddish et d’arabe. Ici, à la cité, c’était Babel, et, si les bandes s’entretuaient parfois pour un kilo d’herbe volée, les adultes, eux, avaient fini par fraterniser.

Puis elle souleva le couvercle du Steinway, caressa les touches, inspira profondément et s’élança, comme une enfant qui court vers sa mère. La musique lui tendait les bras. Et les premières notes des Nocturnes, le morceau qu’elle répétait pour l’audition de fin d’année, s’élevèrent dans la nuit, se heurtant aux murs capitonnés du salon d’Esther, prisonniers de cet intime, mais garants de la liberté d’expression de Nour. Car la jeune femme ne pouvait jouer qu’en secret, protégée dans l’alcôve bienveillante de sa voisine, sous l’œil aveugle de la cité  endormie.

12 juin 2011

La petite cuisine sentait le thé à la menthe et l’amlou, cette pâte d’amandes et de miel au parfum ensoleillé. Fatima, la maman de Nour, fabriquait des pâtisseries pour les grandes surfaces de la cité.

  • Nour, ma fille, prends encore un peu de thé !
  • Maman, tu sais bien que je ne peux rien avaler le matin…Allez, je file au métro, j’ai une colle de français. A ce soir !
  • Va, ma fille, et fais attention à toi !

Nour dévalait déjà les escaliers quatre à quatre. Le vieil ascenseur était en panne, une fois de plus. Devant la barre HLM, la cité s’éveillait, radieuse sous le soleil toulousain, malgré les carcasses calcinées, les canettes abandonnées et les papiers gras. Sous un ciel inondé d’hirondelles, le lac de la Reynerie miroitait. Un court instant, Nour s’imagina être sur une plage tunisienne…

La rame bondée se frayait un chemin à travers la ville rose. Assise sur un strapontin, la jeune fille pianotait, inlassablement, sur ses genoux. Il ne restait que quinze jours avant l’audition, et à peine dix avant le concert aux Jacobins…Nour savait que sa vie entière se jouerait, là, en quelques heures, en quelques minutes, lorsque ses notes deviendraient, ou pas, un passeport pour une nouvelle liberté. Elle songea à ses cousins de Tunisie, aux cris et aux morts, mais aussi aux extases de la liberté retrouvée. Elle se sentait, elle aussi, dépositaire d’une révolution.

Elle revit la petite fille aux joues rondes, et David, son voisin et ami, le petit fils d’Esther. Tout étoilés de sueur, les deux enfants étaient montés boire un peu de jus de grenade ; en se régalant, Nour avait écouté jouer la vieille dame, et avait immédiatement compris que cette eau là la désaltèrerait à jamais. En un instant, elle était tombée amoureuse de la musique et du piano, tout comme elle l’était déjà de David, depuis sa plus tendre enfance, depuis ces longues vacances que le petit parisien passait chez Esther, lorsque ses parents, concertistes, partaient en tournée.

Ce jour là, Nour et sa voisine avaient scellé un pacte, malgré leur grande différence d’âge, malgré les luttes fratricides qui opposaient leurs peuples ; la musique les fit sœurs de sang. Mais ce pacte devint rapidement une alliance de l’ombre. Nour avait encore en mémoire les hurlements de son père lorsqu’il avait découvert cette arche de l’Alliance. En se rendant compte que sa fille passait désormais plus de temps chez leur voisine juive qu’à aider sa mère en cuisine, il était sorti de ses gonds et avait menacé l’enfant d’un exil au « bled » et d’un mariage arrangé.

Ce jour-là, la musique de Nour perdit la vue. Elle devint l’Helen Keller de sa cité, une Helen Keller inversée, à qui la nuit, mystérieusement, rendait soudain la parole, la vue, l’ouïe, tous ces sens en kaléidoscope de beauté, restitués chaque matin à 4 h30…Affectueusement, Esther nommait sa jeune amie « ma princesse aux mille et une notes ». Car comme Shéhérazade, qui racontait chaque soir une histoire à son sultan pour avoir la vie sauve, Nour jouait pour sa vie. Certes, en cachette, dans l’opacité du monde cloîtré de l’appartement d’Esther, mais avec l’intime conviction que seules ces respirations-là la maintenaient en vie, lui donnaient la force d’affronter son quotidien.

Car il lui en avait fallu, de la volonté, à la petite collégienne de banlieue, pour se hisser jusqu’en hypokhâgne, pour échapper aux terribles statistiques d’une société où la plupart de ses camarades, aujourd’hui, étaient soit déjà mariées au bled, soit en CAP de coiffure, quand elles ne restaient pas des journées entières à traîner, désœuvrées, sur les bancs de la cité. Nour avait même été pressentie par le proviseur du lycée du Mirail pour intégrer l’une de ces classes préparatoires spéciales « banlieues », mais elle avait préféré rester auprès des ses siens et fréquentait le prestigieux lycée Fermat, tout en suivant, là aussi, dans le plus grand secret, un cursus parfait au conservatoire de région. Et il semblait, aux dires de ses professeurs, et d’Esther qui la faisait répéter chaque nuit, que l’épure de son talent s’affinait au fil des ans.

Sa seule tristesse était ce terrible secret, qu’elle aurait tant voulu partager avec les êtres qui lui étaient les plus chers. Mais elle ne pouvait s’épanouir pleinement que durant ces heures nocturnes où ses notes se libéraient, comme ces fleurs dont le merveilleux parfum ne s’exhale qu’après le couchant…Oui, Nour était une Belle de nuit.

14 juin 2011

La classe retenait son souffle. La plupart des étudiants avaient les yeux rougis, car ils venaient juste d’entendre le texte de Salim, racontant la mort de son frère Abdel, un journaliste, lors des émeutes qui avaient ébranlé l’Egypte. Le concours était passé, et c’était par pur plaisir que les étudiants se réunissaient, en attendant les résultats de Normale. Ce jour-là, les professeurs de langue étaient à l’honneur, et les élèves parlaient des ponts entre les peuples, des langues qui se font passerelles, des libertés.

Nour lisait le texte qu’elle avait préparé pour son professeur de chinois. Mademoiselle Li Wong pleurait doucement, se demandant par quelle grâce cette jeune Française pouvait percevoir les méandres de l’histoire de son peuple. Mais elle devinait. Elle devinait que ce matin-là, la Garonne confluait avec le Yang Tsé, et que Nour, si elle réussissait son concours, irait bien plus loin que le café de Flore. Car la jeune littéraire ne se contenterait pas d’écrire….Nour lisait son texte « Liberté, je joue ton nom ».

L’air d’été bruissait de lumière. Des notes cristallines s’élevaient depuis le vantail de la petite chapelle de pierres blanches humblement dressée au milieu de ce pré tourangeau. Les Variations Goldberg de Bach semblaient se fondre au ciel d’azur et aux parfums estivaux. Les spectateurs, bien trop nombreux pour la modeste nef, couchés dans l’herbe, fermaient les yeux, bercés par la musique des anges.

Dans la douce pénombre, accueillie et protégée par les solides murs de pierre, la jeune pianiste jouait, les yeux fermés, cette partition qui l’avait à la fois hantée et soutenue de si longues années. Les images d’un autre temps se bousculaient dans sa tête. C’était la première fois qu’un public, à nouveau, l’entendait jouer. Elle devait se souvenir, une dernière fois, pour ne jamais oublier ceux qui n’étaient pas revenus. Elle jouait pour eux, et aussi pour l’insouciante petite fille qu’elle avait été, dont les yeux graves et le cœur pur avait rencontré, dans son pays du soleil levant, cette musique baroque qui s’était faite arc-en-ciel, alliance entre l’occident et l’orient, pont culturel, avant d’être brisée par les diktats insensés du Grand Timonier…

Des heures. Des jours. Des nuits. Des siècles. Au début de sa détention dans les geôles politiques chinoises, Zhu Xia Mei était arrivée à conserver une notion du temps, grâce au rapide de  Shanghai qu’elle entendait siffler chaque soir, mais depuis son transfert dans ce qu’elle supposait être les confins de la Mongolie, elle avait perdu même ce dernier repère. Elle gisait, ce matin-là, au milieu d’une mare de sang. Elle était à présent bien loin du pays de l’ici-bas. Sa sœur de cœur avait été tuée là, sous ses yeux, dans une infinie cruauté, et Mei entendait encore les affres de ses hurlements et les suppliques adressées à leurs tortionnaires. Elle n’avait plus qu’une envie : partir, mourir, elle aussi, fuir cette épouvante sans nom, les coups, les humiliations, cette déshumanisation qui avait fait d’elle, la jeune pianiste de renom, la belle jeune fille cultivée et lettrée, l’insouciante amoureuse des vents et des rêves, une bête apeurée, terrifiée, un squelette sans nom ni visage, qui, dans ses rares moments de lucidité, elle le savait, ressemblait à ces poètes juifs assassinés, à ces êtres englués dans la nuit et le brouillard, dont son professeur d’histoire française lui avait si bien expliqué l’atroce destin. Eluard lui revint soudain en mémoire.

« L’idée qu’il existait encore

Lui brûlait le sang aux poignets »

C’est ce que dit le condamné à mort dans « Avis »

Et Mei se récita intérieurement ce poème, les yeux mi-clos. Elle se souvint du vers suivant,

 «C’est tout au fond de cette horreur

Qu’il a commencé à sourire… »

Mei n’était plus dans sa geôle sordide. Elle n’entendait plus les chaînes des forçats, les gémissements des accouchées à qui l’on avait arraché leurs nouveaux nés, les rires gras et les insultes des gardiens si fiers de leurs humiliations. Mei était à nouveau cette petite écolière aux nattes sages, si pleine d’espérances et d’envies, qui ne vivait que pour la musique et la poésie. Mei était à nouveau cette adolescente passionnée de baroque et de littérature française, la plus brillante de sa promotion, toute entière bercée par la beauté du monde. A quatorze ans, elle avait fait la connaissance de Johann Gottlieb Goldberg, ce jeune prodige du clavecin qui avait enchanté le grand Kantor de Leipzig en jouant ses divines arias. Mei et Gottlieb avaient le même âge, et les quelques siècles qui les séparaient n’avaient guère d’importance. Leurs deux prénoms signifiaient « bénis des Dieux », et la jeune pianiste faisait l’admiration de publics immenses en interprétant ces Variations Goldberg qui, pour un soir, reliaient la Grande Muraille au Rhin. On l’avait surnommée la « Lorelei chinoise », elle, la petite nixe du Yang Tsé, et c’est justement cette sublime alchimie entre l’âme et la culture qui avait provoqué la hargne des dirigeants à son encontre.

Elle se redresse, relève la tête, et, elle aussi, du fond de son horreur, commence à sourire. Non, elle ne mourrait pas. Elle sortirait de ce camp, de cette pénombre pestilentielle, elle témoignerait de ces abjections. Et, surtout, elle jouerait à nouveau. Il lui semble entendre toutes ces voix chères qui s’étaient tues depuis longtemps, comme dans un rêve familier. Sa maman qui lui chantait des comptines au-dessus de son berceau de jonc tressé ; les psalmodies des bonzes qui murmuraient d’apaisantes litanies dans la douceur des encens ; son vieux professeur de piano, Monsieur Tran, dont la rigueur lui avait ouvert les libertés infinies de la création.

Elle n’est plus dans ce camp de Mongolie, elle n’est plus prisonnière de la folie des hommes. En un instant, elle abroge elle-même sa peine, elle brise ses chaînes et s’évade. Elle décide d’un soleil resplendissant et d’étoiles multicolores, elle se fait démiurge, et rejoint son camarade à quatre mains, bien loin des folies communautaires et des chasses aux sorcières contre l’esprit. Zhu Xia Mei décide de vivre, et, surtout, de jouer de la musique, et, ce faisant, de parcourir le monde comme si elle en était particule élémentaire et non plus privée

Elle joue. Des heures. Des jours. Des nuits. Des siècles. Sonates, arias, concertos, cantates, elle se fait femme-orchestre, symphonie d’un nouveau monde, libérant les notes de leur gangue de mort, explorant l’infini. Ses doigts martèlent la terre nue de son cachot, la pierre rêche des murs, l’argile sèche des briques qu’elle devait transporter. La nixe du Yang Tsé façonne les notes de sa poigne de fée, indifférente aux aboiements des gardiens, aux privations, aux abjections.

Et ce sont les Variations Goldberg qui l’aident à survivre, à relever l’âme, à garder le cœur haut et l’espérance folle. Lorsqu’elle joue les douces arias du vieux Jean Sébastien, elle n’est plus au fond de son enfer, mais elle vogue au-delà du Rhin, au-dessus des sombres forêts de sapins de Thuringe. Du pays des musiciens et des philosophes, qui avait engendré l’horreur, elle ne garde que la beauté, elle devient gardienne de l’âme allemande, doublement rebelle face à tous les fascismes de l’humanité, elle devient ambassadrice d’une paix qui ne peut qu’aboutir. Elle parcourt  toujours et encore les méandres de sa mémoire, révélant chaque variation à son souvenir, aiguisant les silences, fuselant les béances. Du néant surgit un être de lumière. Zhu xia Mei, petit papillon aveugle, se cogne à toutes les vitres de son ciel plombé, mais résiste, et répète, inlassablement, cette musique muette. Ces Variations qui n’étaient, au départ, que douce récréation pour un musicien presque fatigué, elle en fait une re-création, une genèse, elle en renaît, intacte, purifiée, libérée.

Les dernières notes s’estompaient dans l’azur tourangeau, tournoyant dans le ciel comme des hirondelles ivres de printemps. Le public, fasciné, se relevait, étourdi, ébloui d’infini. La jeune femme apparut dans le vantail de la chapelle, telle une jeune mariée, portée par l’amour et le rêve, par son amour pour la musique et par cette foi inéluctable dans la beauté du monde. Elle salua son public et s’inclina cérémonieusement devant lui, avant de laisser éclater son bonheur simple. « Que ma joie demeure… », écrivait Jean Sébastien.

18 juin 2011

Les élèves de la classe de Monsieur Leduc devaient ce jour visiter le musée de la Résistance et de la Déportation. Nour avait insisté pour qu’Esther leur serve de guide. Cette année-là, la poésie de la Shoah était au programme du concours, et la jeune fille n’avait pas seulement travaillé le piano chez sa voisine. Des heures durant, assises sur le canapé de la vieille dame, elles avaient lu ensemble Rose Ausländer et Nelly Sachs, et tous ces vers dépeignant les brasiers et les camps. Et après avoir joué ses Nocturnes, encore et encore, jusqu’à la perfection, Nour se plongeait dans une autre nuit, écoutant Esther lui dire les souffrances de la petite fille du ghetto de Varsovie.

Elle lui avait expliqué le numéro ancré dans sa chair, et les cris de Sarah, sa maman, concertiste, elle aussi, quand les soldats avaient détruit le piano à coup de hache, et brûlé les partitions de Chopin, et puis le train, et ces nuits où les femmes continuaient, malgré tout, à se dire des poèmes, à chantonner des chants yiddish…Et puis elle avait emmené Esther  écouter Imre Kertesz au TNT, et elles avaient ri, comme toute la salle, en entendant le délicieux vieux monsieur, Prix Nobel de littérature, critiquer Adorno et dire que oui, la poésie était possible après la nuit d’Auschwitz, et la musique, et la joie. Et Nour l’avait cité dans sa dissertation de concours, aux côtés de Sophocle : « Rien qui vaille la joie ! » Elle en avait aussi parlé à sa cousine, professeur de philosophie à Tunis, et les jeunes femmes savaient que les dictatures finissent toujours par s’effondrer.

A midi, Nour déjeuna avec David. Il était venu de Paris, puisqu’il avait terminé lui aussi son semestre à la Sorbonne, pour le concert aux Jacobins et à l’audition de fin d’année. Les deux jeunes gens longèrent ensuite Garonne, qui ondulait d’aise en cette superbe journée, et Nour expliqua à David que ce soir, elle jouerait voilée. Elle allait emprunter le niqab de sa tante Aïcha, très pratiquante. Car la presse serait là, pour l’ouverture anticipée du festival « Piano aux Jacobins », et elle ne pouvait prendre le risque de faire découvrir son secret juste avant ses examens au conservatoire. Elle serait incognito, une cendrillon en pantoufle de vair, et son Niqab de soliste serait sa robe arc-en-ciel.

La lune était pleine. C’était l’une de ces nuits où l’été explose en sa prime jeunesse, et le jour semblait avoir gagné pour toute éternité le combat pour la lumière. Le soleil, enfant capricieux, ne se résignait pas à quitter ce ciel encore bleuté, tandis que la lune dorait déjà les jardins du cloître des Jacobins. La presse avait mitraillé Nour, lorsque la jeune femme avait surgi en niqab sous le « palmier » de l’église, et ses professeurs l’avaient soutenue malgré les quolibets de la foule. De toutes manières, dès que les premiers accords des Variations Goldberg avaient jailli du piano installé au milieu des statues et des Simples, et que Bach s’était promené entre la sauge et le thym, et les gisants couchés sous les dalles, l’assemblée, médusée, avait oublié la burqa de la jeune fille. Ne demeurait que la musique. Déchirant la nuit comme une offrande.

Plus tard, presqu’au matin, les deux jeunes gens s’étaient assis sur un banc, sous les tilleuls de la promenade entourant la basilique Saint-Sernin. La ville rose dormait, Saint-Sernin sonnait matines, et David osa demander à Nour de l’épouser, lui murmurant qu’elle était, depuis toujours, sa Basherte, sa moitié. Et là, sous le clocher de la plus grande basilique romane d’Europe, au cœur de la ville refuge des républicains espagnols, une jeune française musulmane sourit en  répondant « Oui, habibi ! » à son roi David.

25  juin 2011

Ahmed et Fatima s’étaient mis sur le trente-et-un. Nour leur avait expliqué qu’il s’agissait d’une sorte de distribution des prix, organisée par le lycée à l’occasion des résultats de Normale Sup’. La Dépêche était ouverte sur la table basse. La une titrait sur « Le rossignol et la burqa », et la photo de « la mystérieuse concertiste » s’étalait en pleine page. Toute la journée, les commérages avaient couru dans la cité. La presse nationale s’était aussitôt emparée de l’affaire, France Info avait dépêché David Abiker, France 3 avait enquêté au cœur même de la cité.

Madame Delpoux, le professeur principal de Nour, attendait les parents de la jeune fille sur le parvis des Jacobins. Elle les accueillit en souriant et les informa d’un petit changement de programme. La distribution aurait lieu dans les locaux voisins du conservatoire, pour des raisons pratiques. N’osant rien répliquer à ce qu’il savait être une représentante de l’autorité éducative, Ahmed suivit sans broncher la jeune femme à travers le dédale de briques roses conduisant au conservatoire. Une foule nombreuse se pressait déjà à l’entrée, des parents, des enfants et des adolescents anxieux, et puis la presse, encore, mise dans la confidence par le directeur du conservatoire et par Esther ; car cette occasion serait belle, oui, de dévoiler à la fois un talent et un secret, et dire à un pays que en pleine crise identitaire que les femmes, courageuses, volontaires, et libres, malgré toutes les entraves des religions et des haines fratricides, étaient bien l’avenir de l’homme. Les professeurs de Nour connaissaient son histoire. Il était plus que temps que sa nuit devienne un jour.

Ahmed et Fatima furent conduits dans le grand auditorium. Interloqués, ils assistèrent au discours du directeur, puis aux premières auditions. Fatima, elle, avait déjà compris. Elle se doutait depuis si longtemps de ce que cachaient les cernes de sa princesse…Ahmed allait se lever pour maugréer, quand le silence de fit dans l’assemblée. Une jeune silhouette en niqab s’avançait vers la scène. Le directeur se tenait à ses côtés, et raconta brièvement comment « la jeune fille », dont il n’avait pas prononcé le nom, était devenue celle que la presse avait déjà surnommée « le rossignol à la burqa ». Il raconta les années de labeur, les privations de sommeil, la volonté, et la joie, la joie indicible lorsque l’on entendait jouer cette jeune femme. Elle allait donc jouer, après ces centaines de nuits de secret, les Nocturnes, qu’elle présentait pour le premier prix du conservatoire.

Nour s’inclina devant son public et joua. Elle joua pour l’adolescente émerveillée qui avait découvert Chopin et l’amour infini pour la musique. Elle joua pour Esther et pour Sarah, sa maman morte à Birkenau. Elle joua pour ses camarades de classe qui partageaient Nelly Sachs et Paul Celan avec elle, pour que la fugue de la mort ne revienne jamais. Elle joua pour ses amies de la cité, pour qu’elles trouvent, elles aussi, la place qui leur revenait dans ce pays que toutes aimaient. Elle joua pour la petite Mei aux longues nattes, pour ses années de prison, pour celle qui avait su recouvrer la liberté de penser et de jouer, sans jamais quitter l’espérance. Mais elle joua avant tout pour ses parents, qui avaient quitté leur soleil et la mer miroitante, pour sa grand-mère au bled, elle joua pour la femme qu’elle était devenue, nuit après nuit, pour avoir le droit, enfin, elle aussi, de jouer au grand jour. Et surtout, elle joua pour la paix. Car elle aimait un jeune homme de confession juive, depuis toujours, et elle voulait porter ses fils. Nour, dont le prénom signifiait « lumière », voulait enfin sortir de la nuit.

Un silence assourdissant succéda à la dernière note. Nour se leva.

Elle se dirigea vers le devant de la scène, et vit, à travers la fente de son niqab, ses parents, au premier rang, et David, aux côtés d’Esther. Tous pleuraient d’émotion. Alors, lentement, elle leva son voile, et la cascade de cheveux auburn jaillit autour de son visage éclairé par la grâce. Saisissant le micro que lui tenait le directeur, elle s’adressa à son père et lui dit : « Ismahli, ya abi », « pardon, papa ».

La foule, alors, se leva, se déchaîna, applaudit à tout rompre, pendant que crépitaient les flashs et que les roses étaient jetées par dizaines sur la scène. Ahmed et Fatima montèrent sur la scène, et Nour se jeta dans les bras de ses parents, avant d’aller embrasser Esther, puis David.

Du voile abandonné jaillissait aube neuve, et la jeune fille, remontant sur la scène, dédia son prix à ses parents, à la Tunisie reconstruite, et à l’avenir.  Le rossignol avait gagné : son hymne à la nuit avait touché les cœurs.

24 juin 2015

L’avion se posa sur la piste brûlante, et Nour serra la main se son époux en souriant. Dans quelques heures, elle jouerait dans la bande de Gaza, en compagnie des autres membres de l’Orchestre pour la Paix, cet ensemble composé de musiciens juifs et arabes. Les jumeaux Sarah et Farid étaient restés à la cité, et regarderaient la rediffusion du concert avec leurs deux grands-mères, puisqu’Esther faisait officiellement partie de la famille. Ahmed ne dirait rien, mais Nour savait qu’une larme de fierté coulerait dans son cœur. Et que tard dans la nuit, peut-être vers 4 h30, un peu avant la prière, il écouterait, encore et encore, les Nocturnes que sa fille avait enregistrés avec l’orchestre.

(Nouvelle ayant remporté le Prix de l’Encrier Renversé de Castres)

***

D’autres textes autour du vivre-ensemble ici:

http://sabineaussenac.blog.lemonde.fr/2015/09/02/jesuislalaicite-nouvelles-reflexions-poesies-et-theatre-autour-de-la-laicite/

L’enfant des Matelles, nouvelle qui sera publiée dans le recueil du concours George Sand 2015

L’enfant des Matelles

 

Le village des Matelles
Le village des Matelles

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La cathédrale de Maguelone

 

Elle marchait depuis des heures, et vacillait sous le poids de l’enfant, fragile fétu sur son dos encore zébré des marques du fouet. Les cigales, impitoyables, semblaient chanter un requiem dans cette magnifique lumière estivale ; elle se souvenait du sentier qui serpentait entre pins et genêts, et arriva enfin sur la place des Matelles. Elle s’écroula devant le puits, face contre terre, et son âme ciselée par la foi des Bonshommes s’éleva pour rejoindre ses sœurs parties au bûcher, là-bas, de l’autre côté des garrigues, à Montségur. Elle avait réussi ce qu’elle avait promis à Dame Esclarmonde : l’enfant et le Livre étaient saufs.

Les femmes se pressèrent bientôt autour de la dépouille martyrisée, et ce fut la vieille Marie qui se chargea du petit endormi, malgré sa douleur de voir son unique fillotte ensanglantée sur la terre sèche de la place ; elle prit l’enfançon et écarta délicatement les guenilles de bure jusqu’à la fine dentelle emmaillotant son torse. Oui, la marque était là, sur l’épaule gauche, c’était bien Bérenger, sauvé du Bûcher pour continuer à porter le flambeau cathare au-delà des siècles. Le message apporté par les Parfaits du chemin avait bien été entendu, de pierre en pierre, de village en village, depuis la citadelle du Vertige jusqu’à ce petit hameau niché entre terre et mer. L’enfant serait sauvé, et élevé dans la justice et la liberté, conformément au souhait des siens. Il serait le conquérant de la liberté neuve. Ses yeux soudain s’ouvrirent, deux billes d’ébène reflétant pourtant la nuée azuréenne de cet été de plomb ; le jeune regard innocent croisa celui de l’aïeule en un sourire empli de confiance. Marie, qui tenait fermement le Livre,  serra le bambin dans ses bras.

Quelques jours plus tard, un cheval galopait entre terre et mer, sur la fine bande de sable reliant la lagune au continent. Il avait fallu traverser le massif de la Gardiole, échapper à la vigilance des sentinelles de Maguelone et se frayer un passage vers l’horizon chargé de vagues. La cathédrale des Sables se dressait fièrement sur son îlot d’immensité, et la chapelle Saint-Augustin attendait l’orphelin en ses pierres matricielles. Le chanoine portier ouvrit au visiteur et son regard bienveillant fut comme un baiser sur le front pur de l’enfant. D’autres garçonnets accoururent, et un prénom fut murmuré, puis répété, et acclamé : « Bérenger ! Bérenger ! » La lourde porte se referma sur l’allégresse.

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Hannah ouvrit les yeux. Elle s’était encore endormie, après ses heures de recherche dans la bibliothèque. Honteuse de cet assoupissement, elle s’étira et revint peu à peu au réel. Tout lui revint en mémoire, l’exposition, ses lectures, l’éblouissante lumière languedocienne, et son étrange certitude qu’elle avait une mission à accomplir, ici-même, si loin de Berlin et de ses travaux sur la République de Montferrand. Passionnée d’histoire française, la jeune femme était venue profiter des paysages marins et des ressources culturelles, et passait un merveilleux été, entre l’obscurité des pages de mémoire et les sables miroitants de la lagune. Un été salin et lumineux, dont les silences et les pénombres de ses recherches contrastaient avec les bruissements incessants de la mer, lorsque la doctorante venait cueillir le point du jour, éblouie et reconnaissante. Elle profitait aussi de son séjour pour s’activer au sein d’une association caritative internationale et donnait chaque jour de son temps en venant distraire des enfants dans le nouveau camp de migrants tout juste arrivés de Vintimille après de longues semaines sur l’île de Lampedusa…

Les rêves avaient commencé dès son arrivée à l’aéroport ; à peine avait-elle foulé la terre méridionale que déjà une sorte de vertige l’avait saisie, un état de semi-conscience. Et puis il y avait eu cet inconnu, un SDF sans doute, au regard perçant, enveloppé dans sa drôle de houppelande ; il s’était dirigé vers elle alors qu’elle s’apprêtait à prendre possession de sa voiture de location et lui avait murmuré ces mots étranges avec un fort accent yiddish qui l’avait interloquée.

– Bérenger est le fils d’Esclarmonde. Tu dois le dire au monde. Sous la tribune des chanoines, tu trouveras le vœu du moine.

Incrédule, elle n’avait pas eu le temps de répondre, et l’inconnu avait disparu dans la foule bigarrée des cohortes de touristes. Depuis, la jeune universitaire alternait les longues promenades dans les villages frappés de chaleur et la bienfaisante plongée dans les méandres de l’Histoire. Elle tentait de comprendre comment, au milieu des tourmentes de ce Moyen Âge encore obscurci par les luttes fratricides entre princes, au gré des bûchers et autres inquisitions, un « don de joyeux avénement » avait pu passer de génération en génération d’évêque.

Elle venait encore de relire ses notes, et trouvait décidément passionnante l’histoire de cette première « République » en royaume de France, peu connue en dehors des cénacles d’initiés, qui renfermait pourtant en germe tous les idéaux de l’époque moderne. Car c’est bien aux habitants de ce petit village des Matelles, non loin du château de Montferrand, que l’évêque avait accordé différents privilèges emplis de lumière, en conquête de modernité. Elle se pencha à nouveau sur le parchemin numérisé :

« En 1293, l’évêque Bérenger de Frédol accorda une grande liberté aux gens pauvres de la vallée de Montferrand : compacientes et companionem habentes gencium pauperum vallis nostre Monferrandi… »… « C’est la première fois que nous voyons apparaître le don de joyeux avénement, dû par les habitants de Montferrand à tout nouvel évêque de Maguelone… »

Hannah tressaillit. « Bérenger », c’était bien le prénom cité par le clochard de l’aéroport… Elle décida de repartir vers la plage, pour tenter de percer à jour cette mystérieuse énigme. Toute engourdie encore, elle sortit vers le boulevard des Moures, et se demanda une fois de plus qui était cet enfant qu’elle voyait grandir en rêve, nuit après nuit, songe après songe, depuis son arrivée en terre occitane. Elle l’avait vu emmailloté de linges ensanglantés et mis au sein de la nourrice à l’ombre des Matelles ; elle l’avait aperçu, ballotté sur le cheval qui le menait vers l’asile de la nef des sables, fragile témoin de l’Histoire ; elle l’avait regardé  devenir un garçonnet malicieux, sa coupe au bol et ses vêtements presque sacerdotaux contrastant avec la sagesse impudente de son regard perçant ; et ce rêve, toujours le même rêve, lorsque elle le voyait se relever la nuit et étudier de longs textes cabalistiques et regarder le ciel chargé d’étoiles noires…

 

Bérenger, seul, au milieu de la placette du couvent, aperçut la lune, comme accrochée à la mer. Le doux son de Complies était loin, mais bientôt sonneraient Mâtines, et il avait encore tant de pages enluminées à lire et à comprendre avant le lever du jour et l’angélus de l’aube. Il aimait ces heures nocturnes, les seules qui lui appartenaient vraiment, car il sentait qu’il redevenait l’enfant des lumières sous la pâleur lunaire. Jour après jour, sa mission grandissait, et, tandis qu’il s’instruisait à l’école des moines tout en admirant la mer fouettant la cathédrale des Sables, ses nuits étaient consacrées à des réminiscences ancestrales.

Sa mère lui apparaissait souvent en songe, en sa belle robe de bure blanche, souriante malgré les flammes qui léchaient les remparts de Peyrepertuse : il la voyait donner son bébé endormi à la jeune servante, et aussi le manuscrit, ce livre d’or de la Parole, que la jeune fille cachait sur son sein en promettant de protéger ces deux trésors. Parfois, aussi, il revoyait la vieille femme qui l’avait emmené en lieu sûr, et cet homme qui chaque lune pleine revenait et l’instruisait dans  la foi des Bonshommes ; ils partaient marcher sur la grève et, bercé par les vagues protectrices, Bérenger apprenait peu à peu qui étaient ces femmes et ces hommes si enclins à l’ascèse et à la pureté, et au partage des biens de la terre. Les eaux miroitantes se faisaient réceptacle de leur foi pourtant décrétée parjure par les autorités ecclésiales, et les récits et enseignements se poursuivaient dans cet immense bénitier d’azur.

Bérenger savait qu’il était l’Élu. C’est lui que les mains des Consolants avaient désigné pour garder la flamme du savoir cathare ; un jour, lorsqu’il aurait intégré les plus hautes fonctions, quand il aurait fait ses preuves comme chanoine de Béziers, puis comme sous-chantre de Saint-Nazaire, avant de devenir évêque de Béziers, puis de Maguelone, il pourrait devenir le pont, la passerelle entre les lumières du catholicisme et celles des Parfaits.

La cathédrale des Sables, îlot de croyance enchâssé dans la majesté de la Méditerranée, reliée à la terre ferme par cette étroite bande lagunaire, formait un microcosme de pureté dans le macrocosme du Beau. Bérenger, l’enfant des Matelles, deviendrait le chantre d’une religion d’exception, et savait déjà qu’il pourrait un jour tenter de recréer une petite enclave des miracles : sa « République de Montferrand » serait la nouvelle citadelle du vertige.

 

Le lendemain, Hannah avait passé la matinée dans le camp, et s’était prise d’affection pour un jeune garçon tout juste arrivé de Lampedusa ; aphasique, il demeurait immobile sous la bâche centrale, et un médecin allemand avait raconté à Hannah comment, avec d’autres chrétiens d’Orient, il s’était embarqué pour fuir les exactions et avait perdu toute sa famille dans l’un des terribles naufrages récents, Mare nostrum étant devenue le tombeau de mille innocences. La jeune fille avait alors offert un maillot de la « WM », la coupe du monde de l’été précédent, au petit, qui, par miracle, s’était alors dénudé en éclatant de rire, enfilant le vêtement noir, rouge et or.

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Une marque de naissance brillait sur son épaule, et, arborant fièrement son nouveau tee-shirt qui semblait l’avoir réconcilié avec l’enfance, le garçonnet avait tendu les bras vers Hannah, bouleversée par cette scène. Il lui avait ensuite chuchoté quelques phrases en araméen, et c’est en souriant que la jeune femme, la seule dans le camp à comprendre cette langue ancienne, avait téléphoné au consulat, avant même d’appeler sa famille.

Razi lui avait raconté la nuit noire des eaux profondes, l’espérance de ses parents et de sa grande sœur, après le viol des deux jumelles égorgées, à l’idée d’une nouvelle vie en France ou en Angleterre, et puis les hurlements de terreur lorsque l’enfer avait recommencé ; et enfin les mains inertes des noyés, sous la lumière glacée de la lune, unique témoin de l’horreur. Razi avait murmuré, et Hannah avait écouté, le berçant dans la douce lumière du midi. Elle avait pris sa décision sans même la comprendre. Elle s’installerait aux Matelles et y ouvrirait un orphelinat tout en poursuivant ses recherches.

Hannah était ensuite repartie vers la cathédrale et s’était réfugiée à l’ombre de la nef pour visionner les photos prises lors de sa récente escalade de Peyrepertuse. Comme elle aimait ce pays aux collines odorantes, et la beauté farouche des paysages languedociens, perles sauvages sises au cœur des mondes… La nature y semblait toujours hésiter entre le minéral et le végétal, témoin du combat apaisé entre l’eau, la terre et le ciel. Elle avait gravi lentement le sentier escarpé menant aux ruines, entendant mugir le silence des siècles. Arrivée au somment de la forteresse, elle avait pu enfin imaginer les garrigues embrasées et les cris des suppliciés. Les vestiges de pierre lézardaient au soleil, témoins éternels des bûchers du passé, comme autant de souvenirs des incuries de l’Homme…

À présent, elle se reposait et se préparait à vivre une merveilleuse soirée estivale, puisque le festival de musique ancienne commencerait dans quelques heures, ici même. Le petit Razi, dont le prénom signifait « un secret », lui avait confié un coquillage qu’elle caressait d’une main rêveuse, se demandant comment la vie pouvait offrir tant de beautés et de d’atrocités dans l’immense ballet des destinées…

Un frôlement la fit tressaillir. Une chauve-souris voletait près des vitraux, décrivant de grands cercles étranges.  Soudain, l’animal plongea en direction de la tribune des chanoines, et s’immobilisa, s’accrochant par les pattes juste au-dessus de l’un des sièges. Elle se souvint alors de la prédiction du vieil homme, à l’aéroport. Curieuse, elle s’approcha, et vit que l’animal était pendu au-dessus d’une plaque patinée par les ans, où elle déchiffra une inscription latine et un nom : « Bérenger de Frédol ». Elle sourit, amusée de cette coïncidence, de cette synchronicité des présages…Cela ne signifiait rien, sans doute, c’était simplement un clin d’œil de la nature à la culture…Mais alors qu’elle  poursuivait sa déambulation, les yeux rivés vers les chatoyances des vitraux, sa main caressant distraitement la pierre lissée d’un immense bénitier, elle trébucha sur une anse de fer rouillée qui dépassait légèrement du sol :

  • Enfin, enfin, mein Kindele, tu as trouvé le passage ! s’exclama un homme d’une voix douce, avec un léger accent allemand sous-tendant un impressionnant parler méridional. Elle sursauta en se retournant,  et reconnut l’individu qui l’avait abordée le jour de son arrivée.

Portant  beau sa longue barde d’érudit, il se présenta. David Steinfeld avait quatre ans lorsqu’il avait été emmené au camp d’internement de Rivesaltes. Il avait été très vite séparé de ses parents, effondrés après leur arrestation si près de la frontière, alors qu’ils fuyaient l’Allemagne nazie. Un prêtre avait réussi à le faire évader et l’avait caché dans les monts de Lacaune, jusqu’à la Libération, et puis les choses s’étaient enchaînées ; converti au christianisme, il avait été ordonné moine, puis s’était spécialisé dans l’étude du catharisme.

  • Oui, Hannah ; un enfant juif devenu moine, qui étudie le catharisme. L’Exodus est parti de Sète, non loin d’ici, vers la terre d’Israël, et moi je suis celui qui suis resté, le témoin. Je suis le Passeur des secrets.
  • Le Passeur ? Hannah souriait, incrédule et ravie…La lumière semblait enfin éclairer les rêves confus et incessants de ses nuits.
  • Tu le sais, Kindele : les Justes n’appartiennent à personne, ils sont les relieurs d’âmes. «  Religion » vient de « religere », relier. Mais c’est toi que j’attendais. Toi seule étais désignée pour servir de pont entre les astres. C’était écrit. Tu es l’Élue. Tu es celle que Bérenger avait devinée au travers des siècles, tu es l’âme de la Parfaite Esclarmonde, et tu es aussi le cœur de tous les hommes bons.
  • Mais…qu’attendez-vous de moi ? Je ne suis qu’étudiante en histoire médiévale…
  • C’est à toi à présent qu’appartient la lumière. Nos cathares avaient conquis la liberté, comme les Justes, comme les passagers de l’Exodus…D’une conquête à l’autre, les idées de lumière demeurent ! Ta mission sera de libérer la parole, et de raconter la croisée des possibles. Il me semble aussi qu’un enfant à nouveau t’aidera dans tes lectures, dans tes recherches. Tu l’as déjà rencontré, et même déjà aimé. Celui qui sauve un enfant sauve toute l’humanité… Vous êtes l’Occident et l’Orient réuni sur le divan de l’espérance, vous êtes la paix. Comme la musique de ce soir, qui chantera l’épopée cathare, mais aussi les voix sépharades…Ensemble, nous nous serons forts, et nous irons vers la lumière.

 

Bérenger écrivait. Il continuait le manuscrit sacré. Il racontait, classait, expliquait, exégète et copiste, scribe et philosophe, témoin et acteur de l’Histoire. Il était la mémoire des temps, le puits sans fond et la bibliothèque d’Alexandrie, il était le Verbe, le pneuma, le souffle de vie, pierre rouge de Petra en Jordanie et colonne de Palmyre…Le jour, il demeurait l’évêque éclairé, le concepteur de la République de Montferrand, petite démocratie où s’estompaient les trois ordres, où oratores, bellatores et laboratores vivaient presqu’en une agora de libertés. La nuit, il noircissait les pages de son journal, immense volume répertoriant l’histoire du catharisme, ses pensées, ses rêves prémonitoires, sorte de bulle papale mâtinée de Talmud et de sagesse sarrasine,  message et mémoire, passerelle entre l’ancien et le nouveau, flambeau et livre d’or. Il savait qu’un jour viendrait où Dieu serait décrété mort, mais que bien des peuples pourtant se déchireraient en Ses noms…Il savait que toujours la sagesse aiderait à la paix.

Bérenger fit lui-même sceller l’ouvrage sous la tribune, puis cadenasser la petite trappe. Il connaissait exactement le visage de celle qui en trouverait la voie. C’était le même visage que celui de sa mère, Esclarmonde, le beau visage du don, de l’intelligence et de la bonté.

Et il connaissait aussi les mains de cette femme, ces mêmes mains qui donnaient le Consolament aux mourants, lorsque Esclarmonde, sa mère chérie, soulageait les âmes, ces mains qui ouvriraient délicatement la boîte de Pandore du Bien, de longs siècles plus tard, en cette obscurité estivale, entre les cigales chantant leur ode à la joie au creux des vignes et les premières notes de musique médiévale s’élevant dans la nef…

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 Hannah, comme habitée par l’âme ancienne de la Parfaite, et guidée par le vœu du moine devenu évêque de Maguelone, souleva délicatement la pierre et découvrit le manuscrit, qui l’attendait, qui attendait que sa voix d’historienne réhabilite la sagesse de celui qui avait transcendé les inquisitions et apaisé les bûchers. Elle déchiffra les premières lignes, toutes ourlées de la beauté des enluminures, et balbutia, émue, les mots de la Sagesse :

« Bérenger est le fils d’Esclarmonde. Tu dois le dire au monde. Sous la tribune des chanoines, tu trouveras le vœu du moine. »

Dehors, le soleil embrassait la lagune, tandis que les festivaliers, médusés par la beauté de la cathédrale des Sables, s’apprêtaient à s’illuminer d’immense. Le programme métissé de l’ouverture du festival annonçait un spectacle de musique sépharade médiévale et de chants autour de Montségur, dont tous les bénéfices iraient au camp de migrants et aux enfants orphelins…Jordi Savall, tout juste débarqué de l’aéroport, le cœur empli de notes à la croisée des cultures, frôla devant le bénitier  une belle jeune femme au regard lointain et la salua d’un sourire, avant de se diriger vers le chœur où ses musiciens installaient déjà leurs pupitres et accordaient leurs luths.

Elle serrait un gros livre contre elle et lui sourit en retour. Une lumière séraphique chatoyait le long des travées. Hannah rayonnait et songeait à Razi et aux enfants d’Orient qui l’attendaient ; ils seraient bientôt tous les enfants des Matelles. Et grandiraient dans la confiance et l’amour.

Son épaule gauche, joliment dénudée, laissait entrevoir une marque de naissance.

http://www.compagnons-de-maguelone.org/index.php/patrimoine%3Cbr%3Eet-culture

http://www.musiqueancienneamaguelone.com/

.savall

Rappel 2014:

http://www.concours-georgesand.fr/resultat.html

http://sabineaussenac.blog.lemonde.fr/2014/05/07/les-mains-de-baptistin-une-nouvelle-en-memoire-aux-victimes-du-rwanda/

Les résultats 2015 sont arrivés. Les voici, ci-dessous. Détails ici-même et sur le site dans la semaine. Félicitations aux lauréates, aux publiées, à toutes celles dont le manque de réussite cette année n’aura tenu qu’à un fil, ou plutôt à une ligne, et bravo à toutes celles qui ont eu l’énergie et le talent d’écrire une nouvelle.

Anne Marie ALLIOT CHÂTEL est notre Nouvelle George Sand 2015 pour Toucher la lumière
Alice PARRIAT recevra le Prix jeune auteure pour La nuit des mouches à feu
La publication dans le recueil 2015 sera également proposée à
Jenane WHABY pour Deuxième étoile à droite
Anne Camille CHARLIAT pour A l’aube lorsque domine encore la nuit
Christine BORIE pour Ne rentre pas trop tard
Magalie BREMAUD pour Fiat lux
Sabine AUSSENAC pour L’enfant des matelles