Aimer l’été à Toulouse… #canicule

Aimer l’été à Toulouse …

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Accueillir.

Ne pas lutter.

Se laisser inonder, envahir, déborder par elle.

Mais ruser.

Oui, elle est partout, dans toute la France, sur toute l’Europe, elle fait fondre les glaciers de Norvège et mourir les ouvriers espagnols, elle nous suffoque, nous désespère : la canicule.

À nous, pauvres citadins enfermés dans nos étuves surchauffées, d’imaginer des échappatoires.

Prenons par exemple la corvée de vaisselle. Personnellement, je l’accomplis à la fraîche – toutes proportions gardées, les températures nocturnes, dans la ville rose, avoisinant les 32 jusque vers minuit 😊

C’est le moment de se la jouer dance floor à Ibiza, non ?

Franchement, faire barboter les mugs et les couverts dans un peu de produit vaisselle au son d’une électro endiablée m’évoque directement une torride soirée mousse. Un zeste de Despacito au rinçage, quelques mouvements de hanche pour naviguer jusqu’au buffet en imaginant aller au bar de la paillote, un soupçon de David Guetta pour couronner le tout, vous verrez, vous oublierez instantanément les langueurs accablées de la journée. À vous les déhanchés joyeux en récurant la poêle, comme si vous étiez à la soirée Miss tee-shirt mouillé du camping des Flots Bleus ou dans quelque soirée Blanche à St Trop…

Il suffit de si peu pour rêver aux ailleurs… Et de toutes façons, il est carrément impossible de partir en rando ou d’aller arpenter quelques forêts par 40 degrés à l’ombre…

Alors le matin, enfin vers 13 heures, quand j’émerge de ma nuit quasiment blanche, je me la joue campagne. Ambiance « Natures et découvertes » mâtinée de zénitude. À moi les playlists « chants d’oiseaux » et « alpages » de ma tablette. Un bon petit déjeuner avec des confitures Lidl qui semblent de venir de chez Fauchon disposées dans des coupelles, quelques rondelles de beurre demi-sel harmonieusement dentelées, une belle nappe blanche, et voilà : me voilà sur la terrasse d’un cinq étoiles non loin du Léman. Les pièces ont gardé la douceur apaisante de la fin de nuit, paraissant presque fraîches, et la journée s’annonce ainsi pratiquement respirable.

L’après-midi, c’est plage. Après la douche tiède au savon au monoï d’Yves Rocher (celui qui était le chouchou de ma Princesse 2), il suffira de s’enduire langoureusement d’huile prodigieuse (je garde comme une relique le minuscule flacon offert à Noël dernier par Princesse 1) avant de se prélasser sur un transat fauteuil devant le ventilateur tournant à plein régime en lisant À la recherche du temps perdu Marie-Claire pour se croire en quelque crique méditerranéenne. Je n’oublie pas de lancer la playlist « vagues » pour profiter du ressac et des cormorans, ni les petits verres en plastique garnis d’eau congelée disposés devant le susdit ventilo, donnant illico l’illusion d’une brise rafraîchissante.

En fin de journée, à l’heure où s’élèvent de chaque balcon des effluves de sardines grillées et que s’entrechoquent les verres de pastaga, nous allons dans les parcs. Avec cette impression de traverser un lotissement en bord de Grande Bleue avant d’arriver dans quelque arrière-pays où, entre chênes verts et garrigues, exploserait le chant des cigales.

Au coin de la rue, l’inénarrable Place Pinel a engrangé ses mystères et sa magie. Entre boulodrome et caniparc se dresse l’imposant kiosque à l’écho central et aux poteaux murmurants, tandis que les kabbalistiques tilleuls et platanes veillent sur les passants accablés de chaleur.

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Lovée paresseusement sur un banc devant le Jardin Japonais du parc Compans, je peux observer les sages sillons tracés au râteau sur les graviers non loin de la pagode. En admirant les nénuphars et les collines d’herbe rase, je me crois réellement au pays du Soleil Levant.

L’image contient peut-être : arbre, plante, ciel, plein air et nature

À moins que mes pas ne me portent vers le Jardin des Plantes, où les arbres plusieurs fois centenaires veillent sur les Toulousains reconnaissants qui cheminent entre catalpas et tilleuls, au gré des allées alanguies.

Il y avait cette rose chavirant dans le soir
Vaisseau pourpre et lumière pavillon des espoirs
Embaumant crépuscule et glissant veloutée
Barcarolle fragile en esquif des étés

Au creux des mille allées s’ébattaient des enfants
Landaus bleus et cerceaux comme en siècle d’antan
Au cristal de ces rires un guignol surgissait
La calèche promenait et les pleurs s’apaisaient…

http://www.oasisdesartistes.org/modules/newbbex/viewtopic.php?topic_id=89716&forum=2

Les dimanches, au kiosque, on peut guincher comme en bord de Marne, entre langoureuses milongas et lindy hop déchaîné… Et l’on se prend à rêver qu’à la rentrée, on franchira enfin le pas pour pousser la porte d’une école de danse et se la jouer Fame ou Argentine…

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Parfois, l’eau verte du Canal me mène presque jusqu’à la mer, quand je longe les rives envahies par les ajoncs et l’onde immobile où se mirent des saules et des platanes un peu fatigués.

L’image contient peut-être : arbre, plante, plein air et eau

Et bien sûr, auparavant, puisque les consignes de St Manu de Brégançon nous ordonnent d’aller « dans des endroits réfrigérés », j’ai le choix : emprunter ad libidum ma chère ligne 16 L1 dont la clim bruyante et glacée ravit mes amis les chauffeurs qui, du haut de leur bermuda sexy, se la jouent parfois guides de bus touristiques ; là, je peux m’imaginer découvrir les hauts-lieux de la vie toulousaine sans dépenser un cent de plus que mon abonnement Pastel, revisiter le monument aux Morts à François-Verdier, admirer la fleur de corail de la basilique Saint-Sernin…

Aucun texte alternatif disponible.

Ou encore profiter de ma dernière découverte estivale, elle aussi 100 % gratuite : flâner dans les allées propres et bien achalandées du Carrefour Market Compans dans le centre commercial « Reflets » et y jubiler en voyant des prix bien plus accessibles que dans mon habituel Casino Saint-Georges, avant de partir arpenter, en soirée, les méandres du superbe parc voisin…

Et Garonne… Ne pas oublier Dame Garonne, qui nonchalamment serpente entre briques et tuiles… Y marcher vous transporte immédiatement dans un tableau d’Henri Martin, et l’on se plaît à rêver à Bordeaux, la ville océane, qui accueillera les flots prêts à goûter au sel de l’Atlantique, et à nos chères Pyrénées dont on peut presque sentir la majesté et la fraîcheur… La nuit, les quais se font cour des miracles, accueillant toute la jeunesse toulousaine pour des nuits fauves et colorées.

L’image contient peut-être : plein air et eau

Enfin, les fontaines elles aussi ont un goût de plage, lorsque les enfants s’y ébattent comme si ils dévalaient des dunes, méduses aux pieds… Avec un peu d’imagination, derrière le Capitole, on pourrait presque entendre « Chouchous…Beignets aux pommes « et voir des parasols…

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Il existe aussi d’innombrables activités estivales permettant de pallier à l’infini un non départ en vacances lorsque l’on reste cloué chez soi par temps de canicule : ouvrir la malle des albums photos des enfants et se souvenir de la joie que nous avions à les confectionner, en ces temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître ; relire des lettres d’amour – idem pour les moins de 20 ans… ; jeter des factures payées depuis 10 ans ; se mettre au crochet ; découvrir un nouveau réseau social ( je viens par exemple de m’inscrire sur « Insta » et tente d’y poster les milliers de photos engrangées sur Facebook. Jonglant entre l’application layout qui permet de poster plusieurs images et l’indispensable Linktr.ee autorisant les supra narcissiques tels que moi à mettre des liens dans la « bio », je me la suis jouée geek et ai eu l’impression d’habiter avec Sheldon et Amy… À moi bientôt un flot de followers à faire pâlir Beyonce…)

https://www.instagram.com/sabine_aussenac/ ; jeter un œil sur ses anciens carnets d’adresse en tentant de se remémorer les visages de tous ces noms oubliés…

Lire, bien sûr ! Relire, découvrir, s’évader, dévorer, déguster, tout, pêle-mêle, les polars suédois de la médiathèque, les trouvailles de la boîte à livres de la rue, les mis de côtés pendant l’année, et puis les magazines, les fanzines…

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Ma vie comme un roman

Ma vie comme un roman
De mille cinq cent pages
Un suspense haletant
Et tant de personnages
Un style foisonnant
Beaucoup de mots tocsins
L’intrigue me plait bien
Ca fait passer le temps
Parfois c’est du théâtre
On dirait Cléopâtre
Sans les didascalies
Je me meurs je m’enfuis
On veut tuer la reine
Tous ces amants jaloux
Tragédie maux et peines
Catharsis qui rend fou
Je vis en roman russe
Karénine ou Lara
En mille bleus de Prusse
Je m’envole vers toi
Saga américaine
J’y parcours grandes plaines
Ils ont brûlé Tara
Mais Scarlett reviendra
Parfois en baie d’Along
Je me rêve un amant
Ma plume a les dents longues
Au gré des Hurlevent
Mon Heathcliff et mon Rhett
Me font tourner la tête
Parfois c’est un poète
Si jeune et si esthète
Je me coule en ses vers
J’y renais liberté
Diable au corps nuits d’enfer
Il m’offre éternité
Que jamais ne finisse
La saga de nos jours
Fleurs du mal ou clarisse
Oui j’aimerai toujours.

Et, aussi, se souvenir des chaines gratuites de notre box et du replay. Se faire toute une saison d’Alice Nevers, revoir Nord et Sud, faire découvrir Visconti à mon fils, m’abrutir devant les romances de la télé allemande : que du bonheur !

Enfin, la nuit… Pourquoi s’échiner à faire comme si de rien n’était en étouffant dans une chambre caniculaire ? Là encore, rêver… Se dire qu’on est dehors, à la belle étoile, dans quelque prairie embaumant les fleurs sauvages, ou sur une plage de sable blanc… S’endormir au son des grillons dont le stridulement nous bercera, imaginer un feu de camp non loin de nous et y voir des jeunes gens enlacés au son de quelque Hallelujah ou d’un standard d’Ed Sheeran, et, pourquoi pas, penser à une main caressant la nôtre.

In bed with Justin Nozooka

Le feu de camp me semble indispensable.

Et des étoiles. Bien sûr, il y aura des guitares, le ressac et cette légère brume qui descend sur l’océan.
A moins que nous ne soyons dans une prairie, l’amour en saison sèche, enveloppés dans ces myriades odorantes de foin coupé ; les cigales, assourdissantes, se sont tues à la levée de la lune, mais le doux frou-frou des grillons demeure, et ta main dans la mienne.

Nous ne sommes pas seuls, bien sûr. Ton été est celui de ta horde. Les bouteilles passent de rêve en rêve, une fille danse près du feu, elle est sublime, tout simplement.
Mais ta main est bien dans la mienne, malgré les petits froissements de mon âme, qui se lisent au coin de mes yeux verts.

Tu dis qu’ils ont la couleur de la forêt enchantée, celle de nos enfances.

Somme toute, le temps n’existe pas. Nous avons été des enfants, et nous restons les enfants du soleil. Qu’importe le fait que j’ai grandi avec Pimprenelle et Zorro, et toi en compagnie des Pokémons ?
A quinze ans, nous avons lu Rimbaud. A seize ans, nous avons écouté Morisson et Léo.
Arthur, Jim et Léo sont intemporels, tout comme cette nuit, notre nuit.

Il faut vivre. Maintenant. Tu me dis que tu as l’âge de quitter le monde, car tu en connais la laideur.

Viens, écoute les vagues, elles te disent les pays qui te tendent les bras, et ces cieux infinis qui murmurent là bas.
Viens, regarde les étoiles, elles brilleront un jour au-dessus de la maison où une femme donnera le sein à ton enfant.
Viens, prends-moi dans tes bras. Ne pense plus à ce mal qui envenime tes lèvres, ni à l’humain qui te maudit dans la fièvre.

Vois mes yeux qui lisent en toi et les plaines que je t’offre, tu y seras le cheval fou et les mille paysages.

Sens ma main sur tes cheveux et l’amour fou qui te caresse, et aime la nuit qui descend sur nos folies.

Nous partons dans les dunes où murmure la lune, ou à l’orée du bois éclairé par les Rhunes.

Justin Nozooka chuchote ses complaintes aux quatrains flamboyants, nos amis dansent et boivent les vins aux saveurs d’une absinthe.

Tu me coucheras sous les genêts sauvages ; tu ôteras délicatement mon infime corsage : en embrassant mes seins comme on goûte un poème, tu sauras mon amour que je deviens ta reine.
http://www.oasisdesartistes.org/modules/newbbex/viewtopic.php?topic_id=81059&forum=3

 

Il ne fait pas chaud. Il fait bon, vous aimez l’été, et même la canicule. Vous y repenserez avec une infinie nostalgie en rentrant, les soirs de brouillard et de neige sale fondue, portant un pull qui gratte et un gros sac de courses, après avoir raté un bus bondé.

Enfin, je dédie ce texte à tous les courageux et valeureux non aoûtiens qui travaillent dur et suent sang et haut, sur des échelles de chantiers, dans des salles d’opération surchauffées, devant des fourneaux fournaises, auprès de personnes âgées ou de malades en souffrance, dans des commissariats miteux, dans des bureaux non climatisés…

NB : THERMIDOR : mois de la chaleur , des bains 11ème mois du calendrier Républicain ( 20 juillet / 18 août )

Encore un été…


Encore un été sans la plage
Sans cigales et sans tournesols
Sans l’odeur du grand large
Et sans ombrage de parasols
Encore un été sans ce sable
Tendre fin et si doux
Sans rires joyeux et grandes tables
Sans cousinades et guilledoux
Encore un été sans Provence
Sans lavandes et sans froufrous
Sans marché à Saint-Paul de Vence
Sans festival au Puy du Fou
Encore un été sans valises
Faites et défaites gaiement
Sans robes légères insoumises
Sans regards brûlants des amants
Encore un été sans sourires
Sans ribambelles d’enfants
Sans monopoly sans fou rires
Sans prendre la clef des champs
Encore un été sans cerises
Sans courses folles en plein vent
Sans sursauts et sans surprises
Sans le parfum de l’Autan
Encore un été sans amis
Qui partageraient pâtes fraîches et rosé
Mozzarella salade de riz
Et plongeraient dans mon décolleté
Encore un été sans Paris
Sans arpenter les Champs
Sans bateau mouche café hors de prix
Sans Notre-Dame et touristes priant
Encore un été sans toi
Qui conduirait sur cette petite route
Qui me guiderait dans l’étroit
Passage de mes doutes
Qui tiendrait fermement ma main
Tout en haut de la falaise
Qui me montrerait Etretat
Et aimerait même mes fadaises
Qui découvrirait mes Cathares
En escaladant Montségur
Qui rirait de vieilles tares
Et me ferait sentir secure
Encore un été sans nous
Nous baignant nus sous la cascade
Et riant comme jeunes fous
Au gré des vents et cavalcades
Encore un été solitaire
Passé à faire et à défaire
A mettre petite vie en terre
En trébuchant sur lourdes pierres
Encore un été nomade
De juive errante dont seule patrie
Sera décidément aubade
Sornettes rêves et poésies.

 

http://www.refletsdutemps.fr/index.php/thematiques/actualite/ecrits/item/l-escarpolette

https://www.huffingtonpost.fr/sabine-aussenac/reforme-grandes-vacances_b_2769627.html

 

Grèce: thanatos et agape…J’ai maintenu ma vie, en chuchotant dans l’infini silence.

J’ai maintenu ma vie, en chuchotant dans l’infini silence…

Georges Séféris

 

 

Il n’est point de terre plus douce que sa propre patrie.


Homère ; L’Odyssée

 

‘Le 2 octobre la veille de l’incendie, ils couraient vers moi lançant leur cartable par-dessus leur tête……..
J’ai pris une photo ce jour-là. Elle est là, devant moi .Le lendemain,il n’y avait plus rien de ma vie : ma femme et mes enfants étaient morts ; au-dessus du Tanneron s’effilochait une fumée noire. Je n’avais pas vu de flammes si hautes depuis le temps où brûlait le ghetto de Varsovie.
Alors aussi j’étais resté seul : de ma vie, alors aussi, il n’y avait plus rien, que moi vivant.
J’étais sorti des champs de ruines, j’étais sorti des égouts, j’étais sorti de Treblinka et tous les miens avaient disparus. Mais j’avais vingt ans, une arme au poing, les forêts de Pologne étaient profondes et ma haine comme un ressort me poussait jour après jour à vivre pour tuer.
Puis pour moi, après la solitude, semblait venu le temps de la paix : ma femme, mes enfants.
Et oui cet incendie, le Tanneron en flammes, le crépitement du feu, cette odeur et la chaleur comme à Varsovie. Et on m’a tout repris, tout ce qu’on avait semblé me donner : ma femme, mes enfants, ma vie. Une deuxième fois il ne reste que moi vivant.’

Martin Gray, Au nom de tous les miens

 

Ce roman m’a terrifiée lorsque j’étais enfant.

Les images venues de Grèce sont atroces. L’idée de ces gens morts enlacés, comme à Pompéi, est insupportable.

Il ne peut rester que la poésie et la musique.

Pour qu’un jour la vie continue…

 

Nous avons beau avoir brisé leurs statues,
nous avons beau les avoir chassés de leurs temples,
les dieux n’en sont pas morts le moins du monde.
Ô terre d’Ionie, c’est toi qu’ils aiment encore,
de toi leurs âmes se souviennent encore.
Lorsque sur toi se lève un matin du mois d’août,
une vie venue d’eux passe en ton atmosphère ;
une forme adolescente, parfois,
aérienne, indécise, au pas vif,
passe au-dessus de tes collines.

Constantin Cavàfis, Terre d’Ionie

https://www.youtube.com/watch?v=wS3_PYGT55U

Quand les mots tombent sur le corps de la nuit
On dirait des vaisseaux qui labourent les mers
Les hommes à bord semant et les femmes parlant
Parmi les baisers qui claquent
Des lézards passent dans les frissons des crêtes
D’une mer qui s’étend jusqu’au sable
Avec ressacs et clapotis
Peu avant que le soleil se lève quand résonnent
Les voix des rhapsodes de la matière
Et les clameurs d’un coq debout
Sur une colonne de sel des contrées du midi
Quand gonflent les désirs des multitudes sur le rivage
Qui s’avancent dans les rafales du vent
Sous les yeux des filles bienheureuses
Penchées les seins touchant l’onde
L’eau pure des ruisseaux
Jusqu’à sentir dans leur corps et leur âme
Sans conditions et sans limites
La montée acquise du plaisir.

(Extrait)

Andrèas Embirìkos , “Ce jour d’hui comme hier et demain”
***

https://www.youtube.com/watch?v=UxdXm56rL30

…Le printemps est insoluble.
Comment apprendre la flamme à la goutte ?
L’angoisse transcende la vie
rendant ainsi les plaisirs inutiles.
Ah, quel trou de ténèbres où naguère
tenant sur ma tête un coq pour affoler la nuit
j’ai hurlé soudain comme si l’on m’avait planté une balle :
— Un rosier au clair de lune !
Horreur, les secondes le dévorent !
Comment conserver le daimon intact ?
Mais si l’on ne peut — alors suffit, je pense
pour un bout de bénédiction, de guérison peut-être
ce chien rêveux, ce typhus gris…
Ave César !
Mes yeux sont des trouvailles de la mort.

(Extrait)

Nìkos Karoùzos , Poèmes dans l’obscurité

***
https://www.youtube.com/watch?v=Dbq1zIQ0IPU

Ce soir est comme un rêve qui nous grise ;
ce soir le val est un lieu enchanté.
Dans le pré vert que la pluie a quitté,
lasse, la jeune fille s’est assise.
Ses lèvres s’ouvrent, on dirait deux cerises ;
profond, son souffle plein de volupté
fait sur son sein doucement palpiter
une rose d’avril, la plus exquise.

Quelques rayons échappés aux nuées
hantent ses yeux ; un citronnier sur elle
a fait tomber deux gouttes de rosée
qui sur ses joues font deux diamants vermeils
et l’on croirait qu’une larme étincelle
tandis qu’elle sourit face au soleil.

(Extrait)

Còstas Karyotàkis , Còstas Karyotàkis

***

https://www.youtube.com/watch?v=38ZVerDj0Xk

Matin et toutes choses au monde
posées
à la distance idéale du duel.
On a choisi les armes,
toujours les mêmes,
tes besoins, mes besoins.
Celui qui devait compter un, deux, trois, feu
était en retard,
en attendant qu’il vienne
assis sur le même bonjour
nous avons regardé la nature.
La campagne en pleine puberté,
la verdure se dévergondait.
Loin des villes Juin poussait des cris
de sauvagerie triomphante.
Il sautait s’accrochant
de branche d’arbre et de sensations
en branche d’arbre et de sensations,
Tarzan de court métrage
pourchassant des fauves invisibles
dans la petite jungle d’une histoire.
La forêt promettait des oiseaux
et des serpents.
Abondance venimeuse de contraires.
La lumière tombait catapulte
sur tout ce qui n’était pas lumière,
et la splendeur érotomane dans sa fureur
embrassait même ce qui n’était pas l’amour,
et jusqu’à ton air morose.
Dans la petite église personne
à part son nom pompeux, Libératrice.
Un Christ affairé comptait
avec une passion d’avare
ses richesses :
clous et épines.
Normal qu’il n’ait pas entendu
les coups de feu.

Kiki Dimoula, Jungle

https://www.youtube.com/watch?v=Xsqa_LcHwnM

Pas sur Dieu ni les saints ni les rois affairés ,
Pas non plus sur l’amour autrement qu’il se doit ,
Je n’écrirai de vers , et je m’excuserai :
Poète assis , comptant les sujets sur ses doigts .
Je fleurirai le monde et les cours fastueuses ,
Les femmes , les ronds-points , les sentiments , les villes ,
Et ne salirai plus les traditions tueuses :
Ni la foi ni l’argent ni leurs maisons serviles .
Je dormirai , bien sûr , d’un sommeil éthylique
Souffrant ce cauchemar par la voie symbolique ….
Puis rirai au réveil de cette mascarade .
Car jamais , non jamais , je ne renoncerai ,
A versifier sans frein ni collier mes tirades .
Non par droit mais devoir , je nous blasphémerai .

Yannis Youlountas, Qu’ai-je le droit de dire?

***
https://www.youtube.com/watch?v=L_QI1ayFNN8

Divers extraits de Georges Séféris, depuis le site d’Esprits Nomades:

http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/seferisimages/Seferis.pdf

Il est temps que je parte. Je connais un pin qui se penche sur la mer. À midi, il offre
au corps fatigué une ombre mesurée comme notre vie, et le soir, à travers ses
aiguilles, le vent entonne un chant étrange comme des âmes qui auraient aboli la
mort à l’instant de redevenir peau et lèvres. Une fois, j’ai veillé toute la nuit sous cet
arbre. À l’aube, j’étais neuf comme si je venais d’être taillé dans la carrière. Si
seulement l’on pouvait vivre ainsi ! Peu importe…

***

Encore un peu
Et nous verrons les amandiers fleurir
Les marbres briller au soleil
La mer, les vagues qui déferlent.
Encore un peu
Élevons-nous un peu plus haut.

***

Donne-moi tes mains, donne-moi tes mains, donne-moi tes mains.
dans la nuit j’ai vu
la cime aiguë de la montagne,
regardant par-delà la plaine inondée
avec la clarté de la lune invisible,
en tournant la tête, j’ai vu
des pierres noires recroquevillées,
et ma vie comme une corde tendue
début et fin,
Moment final
mes mains.
Celui coulera qui soulève de grandes pierres
ces pierres je les ai soulevées tant que j’ai pu
ces pierres je les ai aimés tant que j’ai pu
ces pierres, mon destin.
Blessé par ma propre terre
torturé par ma propre tunique
condamné par mes propres dieux,
Ces pierres.
Je sais qu’ils ne savent pas, mais moi qui tant de fois ai suivi
le chemin qui va de l’assassin à la victime
de la victime au châtiment
du châtiment au prochain meurtre,
À tâtons
dans l’inépuisable pourpre
la nuit de ce retour
Quand les Erinnyes ont commencé à siffler
Parmi l’herbe maigre
J’ai vu des serpents mêlés avec des vipères
noués sur la génération maudite
Notre destin.
Voix jaillies de la pierre de sommeil
plus profondes ici où le monde s’assombrit.
mémoire du labeur ancré dans le rythme
frappé sur la terre par les pieds oubliés
Corps coulés dans les fondations
de l’autre fois, nus.
Yeux, yeux
fixés sur un point
que tu ne peux lire, comme tu le voudrais :
l’âme
qui se bat pour devenir ton âme
maintenant même le silence n’est plus à toi
ici où les meules ont cessé de tourner.

***

…On nous disait, vous vaincrez quand vous vous soumettrez.
Nous nous sommes soumis et nous avons trouvé la cendre.
On nous disait, vous vaincrez quand vous aurez aimé.
Nous avons aimé et nous avons trouvé la cendre.
On nous disait, vous vaincrez quand vous aurez abandonné votre vie.
Nous avons abandonné notre vie et nous avons trouvé la cendre.
Nous avons trouvé la cendre.
Il ne nous reste plus qu’à retrouver notre vie maintenant que nous n’avons plus rien.

 

O malheureux Ajax, qu’as-tu été, et qu’es-tu à cette heure ? C’est au point que tu mérites les pleurs de tes ennemis mêmes.

Sophocle

ImPulsTanz: ou quand Vienne fait valser les conventions! #carnetdevoyageVienne3

ImPulsTanz: ou quand Vienne fait valser les conventions!

https://www.impulstanz.com/

Aucune description de photo disponible.

Si vous vous imaginez que Vienne est simplement la capitale de la valse, emportés que vous êtes par vos fantasmes de l’élégance suprême des robes froufroutantes et des tenues de gala ondoyant sur les parquets vernissés au son du beau Danube bleu, vous retardez presque d’un demi-siècle!

Car peu de temps après le solstice d’été, l’ancienne capitale austro-hongroise va se transformer en capitale mondiale de la danse, avec son cultissime festival international de danse: ImPulsTanz, véritable flamboyance kaléidoscopique où au gré de scènes plurielles émaillent la cité, depuis le palais du festival jusqu’aux musées, en passant par des scènes ouvertes, le monde entier vient sauter, virevolter, ondoyer, étonner, se contorsionner, s’élancer, se lover, exploser, s’exposer au rythme de musiques variées, bien loin des ambiances surannées des salles de bal traditionnelles et des ballets classiques…

Le festival foisonne de talents confirmés mais offre aussi un tremplin à la génération montante, tout en permettant au grand public de se mesurer aux professionnels et de progresser grâce à d’innombrables ateliers, les fameux “Workshops”. Et l’on assiste ainsi à un véritable renversement des valeurs, quand, au sortir d’une galerie des glaces aux encorbellements baroques, on se retrouve soudain pris dans les rets explosifs d’un spectacle de musique électronique, observant des danseurs exploser la nudité et une corporéité déchaînée, ou lorsque l’on est plongé, juste après un face-à-face avec les toiles des maîtres de la Renaissance contemplées au KHM, le musée …, dans la furie cathartique d’une démonstration de danse africaine: ImPulsTanz fait battre le cœur de Vienne à cent à l’heure, quand les horloges rilkéennes du Livre des Heures battent soudain la chamade et s’affolent au rythme de la modernité, bien loin des beautés immuables faisant passer Vienne pour une ville presque frileusement lovée dans l’Histoire.

Bien sûr, comme dans tous les endroits hype de la planète, vous y rencontrerez un certain type de festivaliers, comme en Avignon, au festival de poésie de Sète, à Cannes ou à Salzburg… Ici, pas de smocking ni de queues de pie, pas de décolletés plongeants, ni d’ailleurs de tatouages trop grunges ou de look métalleux comme dans les scènes alternatives des festivals de rock. Le public se reconnaît dans ce que les Allemands et les Autrichiens appellent le “Flair”, le “style branché”, adorant flâner dans les endroits où il fait bon d’être vu en parlant culture et contemporanéité ; les garçons portent le catogan et un sac de jute à l’effigie du festival, les filles sont naturelles, mais élégantes malgré tout, ça fleure bon les grandes marques de soins nordiques et les Birkenstock… Les en-cas sont vegans et l’on boit des jus d’herbe ou des smoothies, c’est un peu comme en Ars-en-Ré ou à Saint-Trop. Vienne s’est boboïsée, aussi branchée, le temps d’un festival, que Berlin ou LA… Et, partout, la magie opère: la danse s’infiltre dans tous les recoins de l’agora, Vienne danse comme elle respire, faisant sauter les verrous des certitudes culturelles, plongeant à bras-le-corps vers la modernité!

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C’est en 1984 que le manager culturel Karl Regensburger et le chorégraphe Ismaël Ivo ont baptisé les premières Semaines internationales de la danse ( die Internationales Tanzwochen) dans la métropole culturelle autrichienne. C’est à partir de là que Vienne, lors des Sommertanzwochen, (les semaines estivales de la danse), sous la direction de six professeurs d’université, parmi lesquels figuraient des artistes à la renommée internationale comme Joe Alegado ou Christina Caprioli, au fil des vingt ateliers disséminés dans le centre sportif universitaire, se forge une nouvelle culture chorégraphique. Dès 1985, une semaine hivernale de la danse -Wintertanzwoche- vient parfaire cette aventure. Puis, sous l’égide de George Tabori, qui va offrir son théâtre der Kreis – l’actuelle Schauspielhaus Wien, la maison des spectacles viennoise – à l’accueil des spectacles, le festival, au départ composé d’ateliers, va ajouter un volet performatif  à ses scènes en 1988, donnant naissance à l’actuel ImPulsTanz, avec les participations de Marie Chouinard ou de Ko Mirobushi, dont les noms font aujourd’hui partie intégrantes des plus grands festivals de danse d’Europe.

Au fil des ans, la recherche s’est aussi invitée dans l’aventure, puisqu’en 1990 c’est avec ImPulsTanz research que Karine Saporta, Suzanne Linke, Nina Martin et Mary Overlie ont encadré les projets de recherche et des travaux de chorégraphes et de danseurs; depuis des chorégraphes des scènes internationales non seulement présentent leurs créations, mais dirigent les ateliers destinés aux jeunes chorégraphes et aux danseurs débutants, et/ou visitent aux-mêmes les ateliers de leurs pairs. De plus, depuis 1990, un ambitieux programme de bourses choisi parmi 1500 candidatures venues de 40 pays 60 danseurs qui pourront ainsi se perfectionner grâce au danceWEBStpipendienprogramm.

Le festival a grandi, passant des ateliers des débuts à une plate-forme d’envergure internationale, brassant les cultures, incubateur de talents grâce aux passerelles entre danseurs et chorégraphes aguerris et néophytes, et surtout rendez-vous incontournable pour les Viennois fiers de leur ville, pour les touristes émerveillés et les fidèles aficionados. En 2001, la scène des Young Choreographers Series permet pour la première fois aux jeunes talents d’utiliser le lieu pour proposer leurs créations et performances et acquérir ainsi, une renommée internationale, grâce à des résidences d’artistes; en 2005, c’est encore un autre volet festif qui profitera de l’hospitalité de la salle ovale du musée MQ, puis du vestibule du Burgtheater, quand la Partyschiene soçial deviendra le clou “lounge” des festivités viennoises. Enfin, le festival s’est doté d’un prix depuis 2008, avec la naissance des Prix des Jardins d’Europe (European Prize for Emerging Choregraphy), avant d’être lui-même couronné en 2012 par le prix Bank Austria Kunstpreis, le plus prestigieux des prix culturels d’Autriche.

Je dois confesser que côté danse, je suis une sorte de brontosaure rétif. En fait, un divan m’aiderait sans doute à y voir plus clair, mais je pressens au fond de moi que tout est lié au refus d’une professeur de danse classique de l’école municipale d’Albi qui, tout net, débouta le petit rat en herbe que je rêvais de devenir, pour cause de surpoids. Voilà donc des lustres que je ressasse cette immense frustration de n’être pas devenue étoile, et que mon seuil de tolérance à la danse se situe à une vague rediffusion du lac des cygnes, et en tutu, sinon rien! Mais en cet été 2017, après avoir repris l’avion pour la première fois depuis 33 ans (et d’ailleurs essuyé glorieusement une… tornade qui s’abattait sur Vienne!),  j’avais décidé d’affronter mes rancœurs et mes  craintes.

Et je n’ai pas été déçue; je suis ressortie de ce festival transformée, chamboulée, allégée et éblouie. C’est qu’il y en a vraiment pour tous les goûts, entre les ateliers et les scènes éclatées, comme le stipulait le journal du festival en 2017, le bien nommé “Falter”, le papillon, puisque tout spectateur va pouvoir papillonner au gré de ses humeurs et envies… Le journal proposait ainsi de la danse pour les “poètes urbains”, citant le workshop de la rappeuse et slameuse Yasmin Hafdeh; mais aussi des spectacles pour les “non textiles”, comme on dit chez nous, au Cap, puisque la célèbre chorégraphe Doris Uhlich, forte de son ancienne performance “more than naked”, allait à nouveau animer son atelier “every body more than naked”, tandis que les plus jeunes n’étaient pas oubliés, grâce à l’atelier “Becoming animal”, dans lequel les blondinets  devaient ramper, bondir et s’ébrouer en dansant…

Doris Uhlich a d’ailleurs proposé une autre transversalité avec sa “Seismic Night”: son comparse Michael Turinsky, virevoltant du haut de son fauteuil roulant, faisant écho aux soubresauts fantasques de Doris, elle-même juchée sur une étrange machine vrombissante, incarnait ainsi une nouvelle corporéité, certes abîmée, tordue, déviante, et pourtant oh combien vivante et flamboyante. Qu’elle tressaille frénétiquement sur son moteur de machine à laver caché dans cette énorme boîte à rythmes ou qu’elle se la joue presque “trans” avec d’immenses bottes à talons, la chorégraphe fait de cette nouvelle cour des miracles l’antichambre du paradis, quand les valides et les infirmes, enfin, se font face, debout, couchés, en phase, égaux.

Et ce spectacle m’a semblé être la quintessence de ce festival et de l’idée même de la danse, qui rêve, incarnée, tous les méandres et toutes les folies de l’esprit, message polyphonique de toutes les beautés du Vivant.

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Impulstanz 2018 ne nous décevra pas! Le programme bouillonne et fredonne, s’élance et se donne, gracieux et fantasque, loufoque et parfait: vous y découvrirez la crème des contemporanéités et les stars de toujours, et, je vous l’assure, Vienne à nouveau fera de chaque festivalier un danseur étoile!

Anne Teresa De Keersmaeker / Rosas "Rosas Danst Rosas" © Anne Van Aerschot

https://www.impulstanz.com/performances/2018/programme/

https://www.impulstanz.com/videogallery/aid5576/

Comme une valse de Vienne #carnetdevoyageVienne1

Comme une valse de Vienne

 

Il suffit de lever les yeux.

Partout, sans cesse, de jour comme de nuit.

La beauté se niche dans les moindres recoins de la ville, envahissant les places et les larges avenues, escaladant les façades, se profilant comme une ligne d’horizon pérenne et sublimée.

De Vienne, je ne connaissais presque rien, hormis quelques souvenirs ancrés en ma mémoire, plutôt diffus, car noyés dans un très beau périple cyclotouriste que, jeune mariée à peine sortie de l’enfance, j’avais fait à 19 ans, entre Autriche et Forêt-Noire… Et nous n’avions passé qu’une journée dans la capitale, campant vers le Danube, entre les pentes escarpées, les prairies verdoyantes et les chalets fleuris d’une Autriche idyllique.

Je me souvenais de la lumière de ce ciel d’octobre, lactescente et diffuse, de la fabuleuse  serre à papillons non loin de l’Albertina, de ce parc immense où nous poussions, jeunes Français émerveillés, nos vélos déjà un peu épuisés par les cimes et l’air alpin, et de ces deux imposantes nefs de pierre se faisant face, deux musées, le Kunsthistorisches Museum (Musée des Beaux-Arts) construits en regard parfaitement symétrique du Naturhistorisches Museum (Musée d’histoire naturelle). Mon compagnon avait voulu visiter le muséum, et je ne gardais donc en mémoire que des images d’art précolombien, de plumes multicolores, de reptiles et de masques africains.

Du reste, je ne savais rien. C’est pourquoi j’étais si impatiente, l’été dernier, de plonger dans l’Histoire et de mettre des images sur tous les fastes impériaux dont je parlais souvent à mes élèves sans les connaître vraiment.

L’accueil de l’Office de tourisme envers une blogueuse française fut d’ailleurs tout simplement fastueux, lui aussi ! Nantie du « Vienne Pass », précieux sésame me permettant de voyager en illimité sur le réseau si bien achalandé, je me vis aussi offrir l’accès à des dégustations prometteuses dans des hauts-lieux de la gastronomie viennoise, tandis que les musées et le festival ImPulsTanz m’invitaient à découvrir collections et manifestations estivales… La légendaire hospitalité autrichienne n’est pas un vain mot, j’en fis la merveilleuse expérience tout au long de mon séjour.

C’est en fait en rentrant de Vienne et en redécouvrant des ruelles pourtant si familières et aimées que je pris douloureusement conscience du manque soudain de toute cette historicité et des grands espaces viennois, et surtout de la sensation oppressante d’étroitesse ressentie dans ma ville rose après cette escapade austro-hongroise… Plonger, au retour d’une ville où tout n’est que « luxe, calme et volupté », dans laquelle de larges boulevards et de grandes artères abritent un air presque alpin et pur, tant la circulation est policée et fluidifiée par la multiplicité des transports en commun, dans le caractère médiéval des venelles toulousaines et dans ma ville bien-aimée que soudain je trouvais non plus rose, mais grise, sale, encombrée, me fit prendre conscience de la magnificence unique de cette ville qui aimante, depuis des siècles, les arts, la musique et le Beau.

L’architecture, poumon séculaire de Vienne, séduit d’emblée le visiteur qui se retrouve soudain en posture de figurant dans quelque film historique, ébloui par la virtuosité de ces palais rencontrés à chaque coin de rue, par tous ces atlantes soutenant à bras le corps des murs aux encorbellements déliés, par les flèches élancées du Stephansdom (la cathédrale Saint-Étienne) et par la coupole et les ors baroques de la Karlskirche, quand il n’est pas éberlué par les facéties d’un Hundertwasser et de sa maison gironde et multicolore…

La ville vous aspire comme un tourbillon coloré, tantôt en suspens dans les couloirs du temps, lorsqu’au détour de quelque toile de musée ou devant quelque statue languissante vous vous retrouvez face au Baiser de Klimt ou en tête à tête avec le regard émouvant de Sissi, tantôt  en phase totale avec la modernité, au gré des scènes virevoltantes ou saccadées du festival ImPulsTanz , des troquets alternatifs et des tags longeant le canal du Danube ou des expositions ultra contemporaines du Mumok, le musée d’art moderne.

J’écris ce texte en surveillant le bac philo, dont l’un des sujets est : « Peut-on être insensible à l’art ? ». À Vienne, c’est tout bonnement impossible, impensable. Car l’art est partout, vous environne, vous englobe, vous caresse, vous dorlote, vous surprend, vous émeut, s’immisce en vous comme un doux poison vous inoculant ad vitam aeternam comme un parfum de Habsbourg…

Même le plus réfractaire des visiteurs finira par arpenter en fiacre sonnant et trébuchant les pavés tapissant la cour de la Hofburg (le Palais impérial) en faisant allégeance à l’imposante statue de Marie-Thérèse avant de s’élancer à l’assaut des petites places ombragées et des mémoires vives : Vienne est comme un livre d’histoire à ciel ouvert dont l’art serait le firmament.

Et la musique, que dire de la musique… L’ancienne capitale austro-hongroise n’a pas usurpé son titre de « capitale européenne de la musique », quand on sait qu’aucun Viennois ne passe une année sans aller qui à l’opéra, qui à l’un des innombrables concerts proposés par une armada de jeunes gens perruqués et poudrés qui, du haut de leur habit bleu roi ou pourpre, arpentent les rues piétonnes aux alentours de la cathédrale ou les abords de la Haus der Musik, (la Maison de la musique, un fabuleux musée interactif)  pour proposer quelque messe, requiem ou symphonie…

Bien entendu, le divin enfant prodige n’est jamais loin, et même si la folie des « Mozart Kugeln », ces délicieuses bouchées (littéralement « boules de Mozart » !) de pâte d’amande et de pistache enrobées de chocolat et de colifichets à l’effigie du Maestro n’égale pas celle de Salzbourg, Wolfgang Amadeus accueille le néophyte du haut du parterre en forme de clef de sol agrémentant sa statue, qui se dresse au cœur du Burggarten.

Au bout des allées d’un autre parc de la ville, très prisé des habitants, le Stadtpark, c’est un autre géant de la musique qui, tout étincelant de dorures et violon fringant au bras, fait valser Vienne et son Danube bleu… Johann Strauss, de ses compositions intemporelles, emblèmes des crinolines tournoyantes, accroît encore le romantisme échevelé de la ville aux valses à mille temps, du célèbre « bal des débutantes » au concert du nouvel an retransmis dans le monde entier.

J’embrassai cette ville avec passion, bercée par les lumières de ces cieux immenses veillant sur ces constructions plus étonnantes les unes que les autres, de l’imposante bibliothèque aux fastes du palais de Schönbrunn, valsant d’un musée à l’autre entre le Museumsquartier, les statues du Belvédère et les larmes du Musée juif, émerveillée par la luxuriance émeraude des parcs émaillant la ville, amusée par la typicité chantante de l’accent viennois, et surtout bouleversée de ma rencontre avec cette « Mitteleuropa« , berceau de tant de plumes dévorées depuis l’adolescence…

Combien de fois avais-je été moi-même veillée par les anges rilkéens, éblouie par les nostalgies d’un Stefan Zweig et emportée par les pages foisonnantes d’un Joseph Roth? Mettre enfin des visages sur tout un pan de ma cosmogonie littéraire fut comme un aboutissement d’un long chemin. De même, ma rencontre avec des toiles mythiques comme celles de Klimt ou de Schiele, imaginées, contemplées virtuellement ou sur papier glacé, et soudain incarnées, a été cathartique…

J’aurai encore besoin de plusieurs textes pour vous parler de ces « viennoiseries » culturelles, artistiques, musicales, gustatives, et je vais vous quitter en aiguisant vos papilles avant une suite prochaine de ce petit récit de voyage… D’abord, pour moi, il y eut une émouvante rencontre avec Gutenberg ! Oui, c’est bien une statue de cet immense pourfendeur de nuits, de par l’onyx de ses encres d’imprimerie qui apportèrent la lumière au monde, qui orne la place où se dresse la vénérable institution culinaire Lugeck où j’ai dégusté mon premier Wiener Schnitzel… Imaginez un instant le fondant d’une viande aussi tendre qu’un Lied de Schubert, qui se découvre après un croquant aussi doré que les ornements du joyau baroque de Schönbrunn… Ce restaurant et ses célèbres escalopes de veau à la viennoise ont tenu toutes leurs promesses, foi de presque végétarienne très difficile en ce qui concerne la viande…

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Photo Flickr

Mais pour ressentir le cœur battant de la cité, il faut avant tout déguster une Würstel, comme la nomment les autochtones avec leur inénarrable accent mâtiné de dialecte ! Aussi gâtée qu’une héritière des Habsbourg, j’eus encore une fois la joie d’être invitée dans ce véritable monument national qu’est la « friterie-saucisserie » Bitzinger, au Würstelstand sis juste devant le musée de l’Albertina, où, entre un solide montagnard en culotte de cuir traditionnelle, deux Japonaises et un cadre en costume cravate, je manquai défaillir de plaisir en croquant dans la plus divine « Knack », comme disent les jeunes, de toute mon existence, entourée par les adorables sourires des cuistots, Naim, Sam et Costa, aux origines variées mais à l’âme et au doigté indéniablement viennois pur jus ! Car comme à Berlin, qui revendique haut et fort la recette secrète de la sauce de la « Currywurst », c’est bien, à Vienne, autour des barquettes de saucisses que l’habitant, quand il n’est pas dans l’un des célèbres cafés dont je vous parlerai plus tard, partage, dans un joyeux brassage sociétal, ce plaisir simple et urbain.

Il faudrait enfin évoquer les saveurs exquises des créations du glacier Eis Greissler, découvertes encore une fois grâce à la générosité de mes bienfaiteurs. Et je terminerai ce premier opus mémoriel en remerciant très chaleureusement toute l’équipe de l’office du tourisme, et en particulier Madame Bettina Jamy-Sowasser et Monsieur Florian Wiesinger, qui ont si gracieusement facilité mon séjour dans la capitale austro-hongroise. Et bien entendu Nathalie, qui se reconnaîtra…

Une année presque a passé, à rêver à ce premier voyage et à imaginer le suivant, à retravailler les rencontres et les impressions, les images et les éblouissements de la découverte. Car aller à la rencontre de Vienne, pour une binationale franco-allemande, c’est aussi oser le dépaysement linguistique, historique, géographique. Puisque l’Autriche n’est pas tout à fait le même pays que l’Allemagne, mais pas tout à fait un autre non plus…

 

De Vienne les enfants sont l’art et la musique

La lumière laiteuse envahit la cité,

Des Atlantes alanguis, forces fantastiques…

Ors baroques, clameurs, opéras, menuets :

De Vienne les enfants sont l’art et la musique.

 

Cent Mozart nous accueillent, perruqués et poudrés,

Virevoltant joyeux d’une douce folie.

La légende des siècles, au quartier des musées,

Resplendit en ses toiles comme un ange sourit.

 

Un fiacre dodeline sur le haut des pavés:

Ici chaque touriste devient empereur !

L’Histoire aux tons immenses caracole en palais

 

Quand tant de valses folles y déclinent bonheur.

Les Schnitzel et les Würstel, aux parfums éternels,

Font réponse aux beaux-arts de leurs appâts charnels. 

PS :Je vais aussi, délibérément, éviter les sujets politiques durant ces petits instantanés de voyage… Oui, je le sais, la peste brune a de nouveau ravagé le pays, mais d’une part je ne souhaite pas ici relayer des éléments concernant les dernières élections mais au contraire prendre de la hauteur, et d’autre part je sais qu’à Vienne, justement, la population est encore éclairée et non hostile aux Migrants.

http://www.stadt-wien.at/wien/touristinfo.html

https://www.viennapass.fr/

https://fr.wikipedia.org/wiki/Mozartkugel

http://www.lugeck.com/

https://www.bitzinger-wien.at/

https://www.eis-greissler.at/unsere-laeden/innere-stadt/

NB: crédits  photos Sabine Aussenac et Sylvan Hecht.

 

 

 

 

 

Toujours j’arriverai trop tard…#mai68

Toujours j’arriverai trop tard…

 

Sous le pommier de nos mémoires

 

Sous le pommier de nos mémoires, l’été.

Marelles océanes. Parcourir

passés comme en Santa-Maria,

souvenirs indiens, fièvres et turquoises.

Malgré mille et cent déboires garder

au cœur :

la vie.

 

Je n’ai strictement aucun souvenir de mai 68.

J’ai beau chercher, fouiller, scruter ma mémoire, interroger les photos, mes parents… : rien, nada.

C’est comme si j’étais amnésique.

Pourtant, j’avais sept ans. Et déjà le goût de la mémoire, du récit, des souvenirs… J’ai d’ailleurs, dans les recoins de mes armoires, de nombreux cahiers d’écolière…

Certes, Albi, préfecture du Tarn, lovée entre plaine vauréenne et contreforts du Rouergue, était loin de l’agitation parisienne, et même excentrée par rapport aux liesses toulousaines des enfants des républicains espagnols…

Mais tout de même… Rien. Pas un souvenir de manif, ni d’école fermée, encore moins de plage cachée sous les pavés. Dans ma belle ville rouge, entre rives du Tarn et musée Toulouse-Lautrec, au pied de l’immense nef de briques flamboyantes, la vie somnolait encore, de l’angélus de l’aube à l’angélus du soir…Nous portions des blouses grèges et des nattes serrées, trempions nos plumes dans l’encre violette et ne savions pas ce qu’était un garçon, puisque nous étions une « école de filles », entre rondes enfantines et châtiments corporels, faisant résonner nos « tacs tacs » dans la cour embaumée de tilleuls.

À la maison, le pater familias avait tous les droits. Ma mère partait « aux commissions » avec son filet à provision, chez l’épicier, le boucher, le boulanger, en ces temps d’avant les grandes surfaces. Nous allions à l’école à pied, seuls, malgré « le fou », un voisin exhibitionniste qui tua sa mère à coups de hache par une nuit de pleine lune. Le martinet claquait sur nos mollets dénudés si nous ne nous tenions pas bien à table ; nous vivions dehors, dans les jardins du quartier et dans notre impasse, nous jouions à la marchande, aux gendarmes et aux voleurs, et, parfois, regardions « Zorro » et « Sébastien parmi les hommes », dont je chantais le générique par cœur. Mehdi a été le premier homme de ma vie, avec Jean-Didier, le seul garçon que je connaissais, en fait, un jeune toulousain qui venait en vacances chez sa grand-mère albigeoise, notre voisine.

Elle s’appelait Caramel

Parfois, la nuit. L’effraie hurlait sur la plus haute branche

Dans le jardin du voisin un fou

s’expose à la lune.

D’Albi la rouge je ne sais rien. Plus tard,

la brique  percera les exils.

Elle s’appelait Caramel. Une petite fille ronde, bille de clown,

yeux mappemonde. Ses joues avaient

un goût de sel.

Elle me regardait dans le miroir, me souriait matin et soir.

Je est une autre.

Dans cette vie simple et réglée comme du papier à musique, calquée sur le rythme des saisons et de l’autorité des adultes sur les enfants, absolument non digitale, toute entière vouée à la réalité, il fallait obéir. À la maîtresse, bien entendu, qui avait absolument tous les droits, dont celui de nous tirer les oreilles, de nous faire tendre nos mains jointes afin qu’elle y assène des coups de règle en fer, et même de nous « déculotter », oui, en nous faisant monter sur une chaise au beau milieu de la cour, en pleine récréation…

Nous n’apprenions que par cœur. Tout, absolument tout était à retenir, non seulement les récitations, mais aussi les numéros de départements, la configuration de la France avec ses fleuves et des montagnes, les pétales et les sépales, les dates de l’histoire de France et les folies de Louis le Hutin, les règles de l’accord du participe passé, les tables de multiplication, les leçons de morale, Saint-Louis et son chêne… Assises deux par deux devant nos tables à casier, sanglées dans nos tabliers, il fallait écouter, répondre, travailler sans relâche et arriver en forme aux « compositions trimestrielles », où nous avions à restituer tout ce savoir engrangé…

Mon enfance est née au Mont Gerbier des Joncs

Tilleul de la cour

et encre violette,

mon enfance est

née au Mont Gerbier des Joncs.

Rangs serrés, nattes sages. Non mixité polissonne

d’impitoyables pipelettes.

Bouboule, Hitler, Frida Oum Papa, La grosse : Poil de Carotte,

aide-moi…Je suis La petite Chose.

Saint-Louis sous le chêne veille sur la pipe de papa. Nous sommes toutes

des institutrices de province.

Je me souviens de toutes mes maîtresses, et avec une immense tendresse. Non, je n’ai pas été traumatisée. Non, le fait d’apprendre par cœur n’a pas fait de moi un être froid et dénué de sensibilité, incapable de réfléchir par lui-même. Cela m’a, je pense, donné un cadre d’apprentissage, des habitudes, des facilités. Et bien sûr cela m’a donné l’occasion de me rebeller contre cette rigueur permanente, puisque, forcément, cela a aiguisé aussi mon appétence pour la rêverie, la flânerie. Certes, nous n’avions ni internet, ni portable, mais entre le cadre dictatorial de l’école (qui, malgré la rudesse des demoiselles des écoles, n’était absolument pas dénuée de bienveillance -j’ai sur mon bureau une carte postale écrite en 1966 par ma maîtresse de CP… -) et les longs moments passés dehors, en autonomie, grande était la place laissée à l’imagination…S’il n’était pas interdit d’interdire, je maintiens que l’imagination était déjà très largement au pouvoir…

Car nous avions, évidemment, des livres ! Et quels merveilleux vecteurs d’escapisme que ces passerelles vers l’inconnu, le merveilleux et l’ailleurs…Fidèles compagnons de l’école de la république, ils m’ont tout donné, tout appris. En 1968, je lisais déjà bien, puisque, née en 61,  j’étais entrée à l’école en CP, et je dévorais allègrement les malheurs de Sophie ou les enquêtes de détective d’Alice, plongée tantôt dans la France de l’ancienne noblesse, tantôt dans la vie trépidante d’une jeune américaine, découvrant aussi le Livre de la jungle et le Petit Prince…La télévision avait fait son entrée au salon avec « Nounours », l’année de mes cinq ans, et je rêvais aussi déjà devant Blanche-Neige ou Cendrillon et les dessins animés de Disney…

Andersen, je pense à vous

Andersen, je pense à vous.

Vos contes ont été mes mots du déchiffrage. Aucun naufrage ne résistera

à ces rochers : la lecture alpha et omega, agora des

révoltes.

Je suis la survivante. Sur l’île déserte des réels,

consolatum des idées.

Et puis Suzy sur la glace, mon premier Rouge et Or ; Anna K., l’Idiot, Julien S. ou Scarlett, je vous

ai tant aimés.

Glace sans tain de la lectrice qui s’émerveille des boucles et des ponts ; écrire,

comme on apprend à marcher.

Chaque lettre est un phare.

La musique n’était pas en reste, et mes parents éclairés me faisaient tout écouter. Il parait que je reconnaissais la Pastorale à 3 ans et que je voulais épouser Antoine un peu plus tard, celui qui ne voulait pas se faire couper les cheveux. Je me souviens aussi du rock que ma mère nous faisait danser au son de Bill Haley et de ses comets…

Étions-nous malheureux dans notre famille biparentale classique, entre les étés à la mer et en Allemagne, pays de maman, et l’école, avec cette ritualité apaisante ? Non.

Franchement, non. Certes, nous n’étions pas éparpillés entre des activités « épanouissantes » et des « libertés », des  « droits », certes, nous étions soumis à cette autorité pérenne que constituaient la maîtresse dans l’agora, et les parents dans l’oîkos, avec les gifles parfois balancées par maman si nous étions insolents ou cassions un verre, et les fessées -déjà beaucoup plus rudes- données, le soir, plusieurs heures après la « bêtise », par papa, qui n’y allait pas de main morte, d’ailleurs, nous marbrant l’arrière-train de ces grandes pattes velues… Mais sincèrement, j’ai beau me creuser la cervelle, je ne vois mon enfance d’avant soixante-huit que comme un espace où nous, les enfants, étions rassurés par un cadre immuable et structurant.

En fait, mon tout premier « souvenir » de 68 date de…1972, quand la semaine des quatre jeudis est devenue celle des quatre mercredis…

https://www.la-croix.com/Actualite/France/Quand-le-jeudi-est-devenu-mercredi-_NG_-2004-03-12-588775

Il me semble me souvenir des discussions ayant précédé cet événement, quand ma mère en parlait avec d’autres mamans lors de réunions tupperware…. Mais la terre continua de tourner malgré cette révolution, je gardai ma blouse en passant au collège, un collège de filles, là encore, puisque j’ai « vu » mon premier garçon à l’école simplement bien plus tard, en première, quand mes parents déménagèrent d’Albi à Castres. Bien sûr, peu à peu, la fillette se transformant en adolescente avait remarqué des changements sociétaux : la mode, déjà, métamorphosa peu à peu nos tenues « années soixante » (robes sages, cols claudine, socquettes…) en stylismes plus seventies…À nous les pattes d’ eph, les sabots suédois, les blouses paysannes …

Autour de moi, dans le cadre familial et amical, aucune modification notable ne se fit jour. Nous continuâmes à manger ensemble à midi (je ne dégustai mon premier repas à la cantine qu’au lycée de Castres, à 15 ans…), à aller en vacances en famille à la mer, à notre maison de campagne, en Allemagne …  Des nouvelles libertés induites par la révolution de mai dont le poste nous abreuvait, des naturistes du Cap d’Agde aux communautés du Larzac, des soutiens-gorge jetés au feu à la pilule, aucune n’arriva jusque dans notre petite ville de province, toujours aussi douillettement lovée entre deux méandres du Tarn…

C’est donc dans mon nouveau lycée de Castres, un an avant le bac, dans le lycée « autogéré » de la Borde-Basse, que je fis, enfin, mes premières expériences « révolutionnaires » … À moi, enfin, les AG contre je ne sais plus quelle loi, les premières discussions politiques, les essais de plus en plus audacieux de looks « post soixante-huitards » -ah, les beaux chemisiers de grand-père, les robes indiennes, le patchouli et le santal, les foulards de soie, les premières Birkenstock rapportées d’Allemagne…, qui transformèrent peu à peu la jeune fille rangée en « bab’ » nostalgique d’un temps qu’elle n’avait pas connu… Et, surtout, les lectures éclairantes jusqu’au bout de la nuit, en écoutant Dylan ou Santana, un bâtonnet d’encens au jasmin dodelinant sur son support en forme de lotus… Lire, lire, lire encore, pour comprendre ce qui avait changé dans le monde et que je n’avais pas vu ni su …

Kerouac et sa route, Malraux et ses guerres, Neruda et ses solitudes ; Allen Ginsberg et son regard voilé par les substances hallucinogènes, Simone de Beauvoir et son deuxième sexe, et puis, bien sûr les « nouveaux philosophes » ; le tout en dévorant en parallèle les romans russes, Steinbeck, Stendhal, Balzac, Rimbaud, Baudelaire, Zola, et en écoutant attentivement les protest songs de Dylan, en étant fourrée au cinéma plusieurs soirs par semaine, et au ciné-club du lycée, pour découvrir « Z », la nouvelle vague, Godard, mais aussi en dansant, dans nos premières boums, au son des Bee Gees et de Plastic Bertrand …

Je n’ai pas tellement aimé les « années quatre-vingt » … Je nous trouvais, nous, les jeunes, tellement moins flamboyants que nos aînés… La nostalgie, déjà, me prenait à la gorge, je regrettais à la fois, au début, les fifties, aimantée que j’étais par le rock&roll, la série « Happy days » et par West Side Story, puis, au fil des ans, le début des seventies, totalement imbibée de culture pop révolutionnaire américaine, écoutant les trois albums de Woodstock des heures durant, jouant Neil Youg à la guitare, ne rêvant que de partir vivre en communauté à Big Sur quand, en France, mes pairs dansaient, cheveux coupés courts et en post punkitude, sur Desireless …Une chose était sûre, un phare dans ma vie, une certitude : je ne vivrais jamais comme avait vécu ma mère, soumise au diktat financier d’un époux. Je travaillerais, si possible comme journaliste -je voulais étudier en Californie ou en Allemagne et devenir grand reporter pour la presse écrite… Depuis l’enfance et la photo de Kim courant sous le Napalm, je faisais des listes de ce que j’emporterais dans ma jeep… (NDR : oui, bon, je sais, je suis prof depuis 1984 et n’ai pas le permis. Mais quand même, si on avait plusieurs vies…)

Étudiante et jeune mariée, je fis un vague retour à la terre dans le fin fond de la Montagne Noire, y croisant une famille de vrais « babos » éleveurs de chèvre, un prof de yoga, et rédigeant en parallèle mon mémoire de maîtrise sur les alternatifs allemands… Encore une fois, l’herbe m’apparaissait bien plus verte de l’autre côté du Rhin : il me semblait que les Allemands vivaient réellement cet héritage de leur « Mai Revolution », entre les premiers « squats » de Kreuzberg, les « Atomkraft nein danke ! » et les soubresauts de la Rote Armee Fraktion quand nous, en France, étions rentrés dans le rang…

Les soleils de nos robes indiennes

Ils me reviennent

les soleils de nos robes indiennes.

Liberté m’aimeras-tu ?

Patchouli d’encens,

combattre toutes déveines. Woodstock c’était

tous les matins.

Impostures et compromis :

vieillir ne sera pas

pensable.

Plus tard, bien plus tard, au fil de ma longue carrière d’enseignante, je compris que nous avions peut-être un peu malmené notre propre histoire, nous méprenant souvent au sujet des idées de Mai, qui dérivèrent tant, à mes yeux, qu’un beau jour, j’allais jusqu’à…voter à droite, écœurée par les programmes de plus en plus creux,  par les enseignants de primaire de mes propres enfants, par les difficultés sociétales liées à la permissivité à outrance, au règne absolu des « droits » de l’enfant et de l’élève et à l’éducation anti-autoritaire qui, ayant chassé les maîtres de leur enseignement ex cathedra, leur avait aussi enlevé tout le respect qui leur était pourtant, avant comme après 68, dû…

Je sais, c’est compliqué. La vie est compliquée, mon rapport à l’Histoire est complexe, ma vie de métissages européens est confuse, et ma vision de 68 est floue. Car je suis à la fois dans la nostalgie de ce que je n’ai pas vécu, de ces années ayant précédé 68 -manifs anti guerre du Vietnam , beat generation…-, dans le respect devant certaines idées neuves indispensables qui ont d’ailleurs guidé ma propre vision de l’existence (Dolto, « le bébé est une personne », le féminisme… ), mais aussi dans le désarroi au vu des dérives éducatives ayant engendré, osons le dire, la « chienlit » dans certains lieux de l’éducation nationale devenues zones de non droit…

J’éprouve en tous cas, tout au fond de moi, une immense tendresse pour l’espérance de ce printemps-là, pour ces jeunes gens aux yeux brillants, pour les discours passionnés, pour toutes ces luttes qui m’ont permis somme toute de vivre avec, au cœur, ce « devoir d’insolence », d’être une femme libre, affranchie des conventions, depuis le surnom de « die rote Rosa » que je portais dans les travées du Mirail toujours (déjà) en grève jusqu’à mes petites rebellions de quinqua jamais rentrée réellement dans le rang… Et même si j’ai pu voter à droite, au fond de moi je me sentirai toujours plus proche d’un groupe de jeunes aux cheveux longs jouant de la guitare sur la plage en fumant de l’herbe bleue que d’une tablée de banquiers ventripotents sirotant un whisky…

Tout cet avril qui fut le nôtre

Tituber,

Helen Keller sans volonté.

Kim nue sous le napalm. Se savoir journaliste, mais condamnée

à devenir maîtresse d’école. « Tu feras

hypokhâgne, ma fille ».

Tout cet avril qui fut le nôtre, tous ces printemps

assassinés. Mai s’échappe sans moi, enfance en

pavés. Rater Woodstock, maison bleue

aux grands frères.

Toujours j’arriverai trop tard.

NB:

Ce texte paraîtra dans Reflets du temps fin juin, puisque le magazine a eu la bonne idée de demander à ses rédacteurs « leur mai 68″…

http://www.refletsdutemps.fr/

PS:

Bravo si vous lisez ce texte en pleine Coupe du Monde de foot!!

L’autre côté de moi sur la rive rhénane… #Europe #9mai

La noce, 9 août 1959: à la petite chapelle de Saint-Hippolyte, dans le Tarn.

 

J’ai dix ans.

Je suis dans le jardin de mes grands-parents allemands, à Duisbourg. Plus grand port fluvial d’Europe, cœur de la Rhénanie industrielle, armadas d’usines crachant, en ces années de plomb, des myriades de fumées plus noires les unes que les autres, mais, pour moi, un paradis…

Allemagne, année zéro: Anneliese et Erich, juste après la guerre…

J’adore la grande maison pleine de recoins et de mystères, la cave aménagée où m’attendent chaque été la poupée censée voyager en avion tandis que nous arrivons en voiture-en fait, la même que chez moi, en France !-, la maison de poupées datant de l’enfance de ma mère, avec ses petits personnages démodés, les magnifiques têtes en porcelaine, la finesse des saxes accrochés dans le minuscule salon… J’aime les tapis moelleux, la Eckbank, ce coin salle à manger comportant une table en demi lune et des bancs coffre, les repas allemands, les mille sortes de pain, les charcuteries, les glaces que l’on va déguster chez l’Italien avec mon arrière-grand-mère…

Yvan le terrible, à l’ENSET de Cachan…
Gesche, la petite « Romy »…Jeune fille au pair chez Piem, à Paris…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je savoure avec un infini plaisir les trajets dans la quatre cent quatre familiale, les maisons qui changent d’allure, les briquettes rouge sombre remplaçant peu à peu notre brique toulousaine et la pierre, les seaux de chocolat Côte-d’or achetés à Liège, les petites barrières en croisillon de bois, les longues formalités à la Douane- c’est surtout au retour que mon père cachait des appareils Grundig et le Schnaps !

Ma mère, Gesche; à gauche « Oma Wieb », mère de ma grand-mère, assise au fond à droite; à côté d’elle ma tante Elke…
Une « surpat’ dans la cave aménagée de Duisbourg, fifties rugissants…

 

 

 

 

 

 

 

 

J’aime aussi les promenades au bord du Rhin, voir défiler les immenses péniches, entendre ma grand-mère se lever à cinq heures pour inlassablement tenter de balayer sa terrasse toujours et encore noircie de scories avant d’arroser les groseilliers à maquereaux et les centaines de massifs… J’adore cette odeur d’herbe fraîchement coupée qui, le reste de ma vie durant, me rappellera toujours mon grand-père qui tond à la main cette immense pelouse et que j’aide à ramasser le gazon éparpillé… Et nos promenades au Bigger Hof, ce parc abondamment pourvu de jeux pour enfants, regorgeant de chants d’oiseaux et de sentes sauvages, auquel on accède par un magnifique parcours le long d’un champ de blés ondoyants… C’est là tout le paradoxe de ces étés merveilleux, passés dans une immense ville industrielle, mais qui me semblaient azuréens et vastes.

Yvan à Paris…

 

Gesche avant une ‘Radtour’, une randonnée en vélo…C’est ainsi qu’elle avait rencontré Yvan…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je parle allemand depuis toujours, puisque ma mère m’a câlinée dans la langue de Goethe tandis que mon père m’élevait dans celle de Molière. Ce bilinguisme affectif, langagier, culturel, me fonde et m’émerveille.

C’est une chance inouïe que de grandir des deux côtés du Rhin…

De gauche à droite « Papu », mon grand-père, Peter, Elke, « Mutti », ma grand-mère que nous appelions tous ainsi, et mes parents; fiançailles…

J’aime les sombres forêts de sapins et les contes de Grimm, mais aussi les lumières de cette région toulousaine où je vis et les grandeurs de cette école de la République dont je suis une excellente élève, éduquée à l’ancienne avec des leçons de morale, les images d’Épinal de Saint-Louis sous son chêne et tous les affluents de la Loire… Ma maman a gardé toutes les superbes traditions allemandes concernant les fêtes, nos Noëls sont sublimes et délicieux, et elle allie cuisine roborative du sud-ouest et pâtisseries d’outre-Rhin pour notre plus grand bonheur, tandis que même Luther et la Sainte Vierge se partagent nos faveurs, puisque ma grand-mère française me lit le Missel des dimanches et ma mère la Bible pour enfants, ce chiasme donnant parfois lieu à quelques explications orageuses…

Bien sûr, il y a les autres. Les enfants ne sont pas toujours tendres avec une petite fille au visage un peu plus rond que la normale, parfois même habillée en Dindl, ce vêtement traditionnel tyrolien, qui vient à l’école avec des goûters au pain noir et qui écrit déjà avec un stylo plume- je serai je pense la première élève tarnaise à avoir abandonné l’encrier…

Les noces européennes…Albert et Marie-Louise, mes grands-parents français; Janine, ma tante, et Jacques, le frère de mon père.

Un jour enfin viendra où l’on m’appellera Hitler et, inquiète, je commencerai à poser des questions…Bientôt, vers onze ans, je lirai le Journal d’Anne Franck et comprendrai que coule en moi le sang des bourreaux, avant de me jurer qu’un jour, j’accomplirai un travail de mémoire, flirtant longtemps avec un philosémitisme culpabilisateur et avec les méandres du passé. Mon grand-père adoré, rentré moribond de la campagne de Russie, me fera lire Exodus , de Léon Uris, et je possède aujourd’hui, trésor de mémoire, les longues et émouvantes lettres qu’il envoyait depuis l’Ukraine, où il a sans doute fait partie du conglomérat de l’horreur, lui-même bourreau et victime de l’Histoire… Il écrivait à ma courageuse grand-mère, qui tentait de survivre sous les bombes avec quatre enfants, dont le petit Klaus qui mourra d’un cancer du rein juste à la fin de la guerre, tandis que ma maman me parle encore des avions qui la terrorisaient et des épluchures de pommes de terre ramassées dans les fossés…

Erich et Anneliese, lors d’un voyage dans les Alpes…

Cet été là, je suis donc une fois de plus immergée dans mon paradis germanique, me gavant de saucisses fumées et de dessins animés en allemand, et je me suis cachée dans la petite cabane de jardin, abritant des hordes de nains de jardin à repeindre et les lampions de la Saint-Martin. J’ai pris dans l’immense bibliothèque Le livre de la jungle en allemand, richement illustré, et je compte en regarder les images. Dehors, l’été continental a déployé son immense ciel bleu, certes jamais aussi limpide et étouffant que nos cieux méridionaux, mais propice aux rêves des petites filles binationales… Le Brunnen, la fontaine où clapote un jet d’eau, n’attend plus qu’un crapaud qui se transformerait en prince pour me faire chevaucher le long du Rhin et rejoindre la Lorelei. Je m’apprête à rêver aux Indes flamboyantes d’un anglais nostalgique…

Mes deux grands-pères: Albert, le résistant; Erich, soldat de la Wehrmacht.
Ils construisent ensemble la maison de campagne de mes parents, dans le Tarn…
Papu et Papi, et la plaque « DU »: Duisbourg…

Je jette un coup d’œil distrait à la première page du livre et, soudain, les mots se font sens. Comme par magie, les lettres s’assemblent et j’en saisis parfaitement la portée. Moi, la lectrice passionnée depuis mon premier Susy sur la glace, moi qui ruine ma grand-mère française en Alice et Club des cinq , qui commence aussi déjà à lire les Pearl Buck et autres Troyat et Bazin, je me rends compte, en une infime fraction de seconde, que je LIS l’allemand, que non seulement je le parle, mais que je suis à présent capable de comprendre l’écrit, malgré les différences d’orthographe, les trémas et autres SZ bizarroïdes…

Un monde s’ouvre à moi, un abîme, une vie.

C’est à ce moment précis de mon existence que je deviens véritablement bilingue, que je me sens tributaire d’une infinie richesse, de cette double perspective qui, dès lors, ne me quittera plus jamais, même lors de mes échecs répétés à l’agrégation d’allemand… Lire de l’allemand, lire en allemand, c’est aussi cette assurance définitive que l’on est vraiment capable de comprendre l’autre, son alter ego de l’outre-Rhin, que l’on est un miroir, que l’on se fait presque voyant. Nul besoin de traduction, la langue étrangère est acquise, est assise, et c’est bien cette richesse là qu’il faudrait faire partager, très vite, très tôt, à tous les enfants du monde.

Parler une autre langue, c’est déjà aimer l’autre.

Oma, la mère d’Erich: mon arrière-grand-mère allemande, Sophie.

Je ne sais pas encore, en ce petit matin, qui sont Novalis, Heine ou Nietzsche. Mais je devine que cette indépendance d’esprit me permettra, pour toujours, d’avoir une nouvelle liberté, et c’est aussi avec un immense appétit que je découvrirai bientôt la langue anglaise, puis le latin, l’italien… Car l’amour appelle l’amour. Lire en allemand m’aidera à écouter Mozart, à aimer Klimt, mais aussi à lire les auteurs russes ou les Haïkus. Cette matinée a été mon Ode à la joie.

Cet été là, je devins une enfant de l’Europe.

Janine, Marie-Louise, Gesche et la petite Sabine sur la terrasse de la maison de Saint-Hippolyte …

**

Toute l’histoire de mes parents:

Lorelei et Marianne, j’écris vos noms: Duisbourg, le 18 juillet 1958

Limoges mes croissants

Limoges mes croissants.

La quatre-cent-quatre de papa, et presque la Belgique. Chocolat Côte d’Or en apnée frontalière.

Les gouttes se chevauchent sur la vitre embrumée.

Les briques se font brunes, Ulrike ma poupée a pris l’avion.

Au réveil, je suis au bled : mon métissage à moi a la couleur du Rhin.

***

L’autre côté de moi

 

L’autre côté de moi sur la rive rhénane. Mes étés ont aussi des couleurs de houblon.

Immensité d’un ciel changeant, exotique rhubarbe. Mon Allemagne, le Brunnen du grand parc, pain noir du bonheur.

Plus tard, les charniers.

Il me tend « Exodus » et mille étoiles jaunes. L’homme de ma vie fait de moi la diseuse.

Lettres du front de l’est de mon grand-père, et l’odeur de gazon coupé.

Mon Allemagne, entre chevreuils et cendres.

***

Petite nixe sage

 

Cabane du jardinier. Petite nixe sage, je regarde

les images.

Les lettres prennent sens. La langue de Goethe, bercée à mon cœur, pouvoir soudain la lire.

Allégresse innommable du bilinguisme. L’Autre est en vous. Je est les Autres.

Cet été là mon Hymne à la joie.

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(Re) naissances-s

(Re) naissances-s

 

Parfois, on se sent un peu infantilisé par cette « grosse mamelle tiède de l’éducation nationale » – citation que je dois à Denis Fontaine, professeur d’art plastique et artiste-, et on a envie de dépasser un peu ce monde qui est souvent le seul que l’on a connu, d’un statut d’élève à celui de professeur, après le bref passage à la case étudiante…

C’est aussi en ce sens que j’ai commencé à écrire, un soir d’avril 2008, le 30, plus précisément, en trébuchant sur les mots d’un poète amazigh sur un site de partage de poésie :

http://www.oasisdesartistes.org/modules/newbbex/viewtopic.php?topic_id=52568&forum=18

«  23/4/2008 De: Tafraout Maroc

Poésie,poète et lecteur( dédié à Abdeslam Nassef )

Dédié à Abdeslam Nassef

Il y a poésie et poésie. Tout ce qui s’écrit et qui prétend être poésie ; n’est pas du tout poésie. La poésie est un besoin quotidien comme l’air ; c’est le pain spirituel du poète. Le poète écrit tout d’abord pour son plaisir. Tout poète qui écrit a une intention et il n’existe pas de création neutre ou d’écriture blanche et innocente. Le poète ne peut pas plaire à tout le monde. Le poète est un vieil enfant qui s’arme de mots pour casser le nez à ses aînés. Le poète est un révolté contre l’ordre établi. Le poète est engagé pour des causes sociales ou politiques. Le poète peut être mystique ou profane, romantique ou réaliste, surréaliste ou symboliste, imprécateur ou lèche-bottes, enfant chéri sous la tutelle paternelle politique et sociale ou enfant espiègle trouble-fête. Le poète peut être inclassable, hermétique, simpliste, fade, meneur de foules ou tout simplement prophétique. Le poète peut être nul ou talentueux. Le poète est toujours un être humain qui ne pourrait aucunement traiter des thématiques inconnues à ses semblables. Le poète doit être conscient de sa sensibilité, de sa motricité, de sa vocation, de sa signature, de ses limites, du respect de ses lecteurs et du devenir de sa création.

Au café au sein de la cacophonie, je me fraie mon destin de poète. Tel un prédateur, je guette les mots (la langue est un gibier rare et très prisé) au lieu de prêter oreille fine à la médiocrité lot des mentalités restreintes ; je leur tends mes pièges ; je veille à ce que l’appât soit attrayant et le piège bien camouflé et quand le mots mord dans l’appât ,il est sans faille pris dans le piège tendu de mains expertes. (…)

Le poème une fois composé et à la portée du lecteur ; c’est son destin d’être lu et commenté, apprécié ou déprécié par le lectorat. Les jugements catégoriques, les lacunes de lecture à la va-vite, l’acharnement à toujours vouloir coûte que coûte émettre un commentaire de la part du lecteur pourrait nuire au poème et au poète. C’est une passion que de lire un poème; c’est tout un plaisir et un art de que lire un poème. Si le lecteur au lieu d’émettre aveuglément et avec une ignorance évidente des commentaires blessants ou dénigrants, mieux vaudrait ne rien dire. Si le lecteur ignore comment apprécier un poème, ce n’est pas la faute à l’auteur ni à personne de même. La compréhension exige l’attention et l’intérêt. Le poète a son monde intérieur qu’il dévoile à peine car tellement jaloux de cette magie-là qu’il possède. Le poème est comme un enfant dont le poète a peur qu’il soit maltraité par le lecteur. Le poème qui mérite la survie survivra malgré tout. Le poète qui est reconnu l’est car il est véridiquement poète ; le vrai poète méconnu et mal compris sera ultérieurement reconnu. La beauté, la bonté, la sagesse, la générosité demeurent des vertus qui ne meurent.

Amitiés

Farid . »

  30/4/2008 23:21
Plume d’or

Inscrit le: 30/4/2008

De: Neiges sud sapins lumières

Envois: 1148

Re: Poésie,poète et lecteur( dédié à Abdeslam Nassef )

Farid,

Au détour d’une douce et solitaire soirée en terre gasconne, j’ai trébuché sur ce site et me suis pris l’âme dans vos mots, d’une infinie sagesse, d’un beau réconfort.
Merci pour ce message d’outre-mare nostrum, aussi précis qu’un mirage qui se profile au détour d’une dune, muvant et ferme, défintivement vrai.

Je vous offre « ma »poétesse ce soir, celle à qui j’ai dédié un petit travail universitaire, « Rose Ausländer, une poétesse juive en sursis d’espérance ».
Puisse ses mots venir vous trouvez, sinon, je vous la traduirai.

Salam,
Sabine.

Oh, bien sûr, j’avais déjà balbutié quelques textes auparavant, rédigé mon mémoire de DEA sur la poésie de Rose Ausländer en 2005, et puis surtout commis année après année d’indigestes dissertations d’agreg au fil de mes tentatives de passages de concours -concours que je travaillais pas, d’ailleurs souvent, je ne lisais même pas les œuvres…Mon texte sur notre maison de campagne, « Les Rochers du Moulin du Roy », avait été publié dans la Revue du Tarn ; j’avais ébauché quelques textes pour un concours de nouvelles de… Marie-Claire !

Et un jour, étrangement, d’un seul coup d’un seul, le 30 avril, j’ai compris qu’il était temps de renouer avec le vœu pieux formulé dès l’âge de huit ans, quand j’avais écrit dans une rédaction que je voulais écrire, comme Andersen. C’est vraiment grâce à ce petit électrochoc de la rencontre littéraire, sur les pages d’expression de ce site, que je me suis soudain souvenue de la dizaine de cahiers que mon amie Marie-Claude et moi-même noircissions, sur les bancs du lycée… La poésie… Celle que nous avions découverte dans les cours de notre cher Monsieur Crostes, que nous déclamions, cheveux au vent, sur les rives du lac de la Borde-Basse, dévorant Rimbaud, Baudelaire, Eluard… Avant de coucher nous-mêmes nos émotions sur ces petits mots échangés en cours de maths (« petit mot », explication à l’intention des jeunes lecteurs : SMS écrit sur un bout de papier et passé de la main à la main dans une salle…) et dans nos cahiers…

C’est ainsi que je m’inscrivis sur « Oasis ». Sur ce site, je devins Rosam, puis Scarlett, puis Louandrea. C’est là aussi que je découvris les « réseaux sociaux », peu de temps avant Facebook (« Delechat », un poète d’Oasis et peintre, alias le talentueux Tony Sossi, devint d’ailleurs mon premier « ami Facebook » !), les joies des discussions en ligne, au gré des amitiés avec des poètes de tous les pays…

http://www.artzoom.org/pdf/tonysossi_30.pdf

Car sur Oasis se retrouvent aussi de nombreux poètes du Maghreb. J’ai l’honneur de fréquenter depuis dix ans maintenant deux poètes marocains de grand talent, Farid et Mostafa, qui sont mes frères en littérature et en humanité. Même si nous ne nous sommes jamais rencontrés, j’ai un immense respect envers leur talent et nourris une réelle affection pour ces poètes ! J’ai d’ailleurs eu la joie de préfacer le dernier livre de Mostafa Houmir, dont les cartes postales ornent mon bureau…

https://fr.wikipedia.org/wiki/Mohamed_Farid_Zalhoud

Si j’ai pris différents « pseudos » pour écrire sur Oasis, c’est que… j’ai parfois pris part à quelques discussions houleuses, et ai été « bannie »… J’en souris aujourd’hui, mais Oasis est une grande famille, et, comme dans toute famille qui se respecte, il y a parfois des pleurs et des grincements de dents… Quoiqu’il en soit, même si j’ai bien peu le temps de participer à ce forum aujourd’hui, en raison d’obligations diverses, et même si les textes qu’on y trouve ne sont pas toujours du niveau de « la Blanche » de Gallimard, la poésie y est VIVANTE. Et  à quelques encablures de la fin du Printemps des poètes et juste avant le Marché de la poésie, je voudrais insister sur cette parole poétique plurielle qui fleurit sur internet et qui est trop souvent oubliée et décriée.

Quelle désolation, en France, que ces querelles de clocher autour d’un art minoré de force, avec d’une part ces « concours de poésie «-vaches à lait des organisateurs qui parfois réclament des sommes folles et offrent ensuite trois poussières de livres et des « médailles », comme à des généraux-poètes-, et où l’on exige de surcroît souvent de la « poésie classique », et d’autre part les grandes maisons qui paradoxalement ne publient que l’épure de la modernité, loin de tout classicisme.
Car un bon poète est un poète « mort », ou alors un poète dont de rares mots, jetés sur page blanche comme neige fragile, nous interpellent faiblement, derniers mohicans d’un art compassé, qui se murmure en alcôves de mots, ou qui se beugle, lorsque les dits poètes se piquent de hurler leur modernité en festivals de rues, nouveaux baladins, faisant du poème un gueuloir…Et il est bien difficile d’oser se « dire poète » (mais je le fais…) si l’on n’est ni un chantre de la poésie moderne si « minimaliste » et surtout sans rires, sans vers (le vers, c’est péché…), souvent sans musicalité, ni un « bruissonnant », s’époumonant au gré de scènes ouvertes dans d’étranges variations vocales…

Au milieu de ces assourdissants silences, circulant presque sous le manteau, se vendent les « revues », caviar intellectuel circulant parmi une élite d’initiés… Pour « en être », bien sûr, il faut se plier aux carcans de la modernité, car l’alexandrin en est banni, le sonnet chassé, et la rime exilée.

Mais tout autour, loin des places fortes -et souvent un peu élitistes, parisiennes, boboïsées…- que sont les manifestations publiques dédiées, se pressent donc ces milliers d’internautes poètes et/ou amoureux de la poésie, décriés par certains, car dépeints comme maladroits, et parfois méprisés, car traités ouvertement, sur d’autres forums ou dans des essais, d’incultes.. .Alors que leurs mots sont merveilles vives, cristaux de vérité, pépites parfois…

Car la poésie VIVANTE, c’est aussi la leur…Et je tenais ce soir à remercier l’équipe des créateurs et modérateurs de m’avoir accueillie en ce lieu qui m’a…donné des ailes…

http://www.oasisdesartistes.org/modules/newbbex/search_auteurs.php?uid=13361

29/6/2008 23:05

Curriculum vitae

Rhénane 

Pour les étés de mon enfance

Bercés par une Lorelei

Parce que née de forêts sombres

Et bordée par les frères Grimm

Je me sens Romy et Marlène

Et n’oublierai jamais la neige 

Rémoise 

Pour un froid matin de janvier

Parce que l’Ange au sourire

A veillé sur ma naissance

Pour mille bulles de bonheur

Et par les vitraux de Chagall

Je pétille toujours en Champagne

Carolopolitaine 

Pour cinq années en cœur d’Ardennes

Et mes premiers pas en forêt

Pour Arthur et pour Verlaine

Et les arcades en Place Ducale

Rimbaud mon père en émotion

M’illumine en éternité

Albigeoise 

Pour le vaisseau de briques rouges

Qui grimpe à l’assaut du ciel bleu

Pour les démons d’un peintre fol

Et ses débauches en Moulin Rouge

Enfance tendre en bord de Tarn

D’une inaliénable Aliénor 

Tarnaise 

Pour tous mes aïeuls hérétiques

Sidobre et chaos granitiques

Parce que Jaurès et Lapeyrouse

Alliance des pastels et des ors

Arc-en-ciel farouche de l’Autan

Montagne Noire ma promesse  

Occitane

De Montségur en Pays Basque

De la Dordogne en aube d’Espagne

Piments D’Espelette ou garigues

De d’Artagnan au Roi Henri

Le bonheur est dans tous les prés

De ma Gascogne ensoleillée

Toulousaine 

Pour les millions de toits roses

Et pour l’eau verte du canal

Sœur de Claude et d’Esclarmonde

Le Capitole me magnétise

Il m’est ancre et Terre promise

Garonne me porte en océan

Bruxelloise

Pour deux années en terre de Flandres

Grâce à la Wallonie que j’aime

Parce que Béguinage et Meuse

Pour Bleus de Delft et mer d’Ostende

En ma Grand Place illuminée

Belgique est ma troisième patrie 

Européenne 

Pour Voltaire Goethe et Schiller

Pour oublier tous les charniers

Les enfants blonds de Göttingen

Me sourient malgré les martyrs

Je suis née presqu’en outre-Rhin

Lili Marleen et Marianne 

Universelle 

Pour les mots qui me portent aux frères

Par la poésie qui libère

Parce que j’aime la vie et la terre

Et que jamais ne désespère

Pour parler toutes les langues

Et vous donner d’universel.

(« Rosam »)

http://www.oasisdesartistes.org/modules/newbbex/search_auteurs.php?uid=14042

8/6/2009 2:13

J’aurais aimé sauver Celan

 

J’aurais aimé sauver Socrate

Jeter sa ciguë aux orties

Conspuer tous ces démocrates

Faire d’Athènes son paradis

J’aurais aimé sauver Werther

Charlotte ne vaut pas une messe

Fou d’un bas bleu là le bât blesse

J’aurais enrayé revolver

J’aurais aimé sauver Rimbaud

Le rendre fou d’une vraie femme

Son Ophélie son oriflamme

J’aurais vendu tous ses chameaux 

J’aurais aimé sauver James Dean

Au carrefour de l’impensable

J’aurais été sa Marilyn

Diamant dans sa décapotable 

J’aurais aimé sauver Celan

L’empêcher de goûter la Seine

Pont Mirabeau couleur de haines

Les méridiens coupés de sang

J’aurais aimé sauver le monde

Soeur Emmanuelle en Bruce Willis

Avec l’amour comme seule police

Capable d’arrêter les secondes 

Mais je ne sais que mélanger

Brasser les mots les injustices

Mes héros sur papier coucher

En attendant nouveau solstice.

(« Scarlett »)

 

http://www.oasisdesartistes.org/modules/newbbex/search_auteurs.php?uid=15405

31/10/2015 2:23

La pastorale du ciel

Pastorada del cèl

La poësia

es lutz e dança,

palomba dins la nuèit,

revolum del cant de las fuehlas,

terra nòstra e vin d’alegrança,

sosc inatengible dins la votz d’amor.

La poësia

es crit de revòlta que canta

come los ausels,

ama de fuòc sacrat,

breçairòlas del lop e croisada de la colomba,

raives de las montanhetas,

luna e esteletas : pastorada del cèl.

La poësia

es lo silenci de fum,

la Menina e l’ostal, sorga e fòrça,

alas blancas, e aigueta que camina sus

mon còr.

***

Sabine Aussenac, en occitan. 

La pastorale du ciel 

La poésie

c’est la lumière et la danse,

palombe dans la nuit,

tourbillon du chant des feuilles,

notre terre et vin d’allégresse,

songe inaccessible dans la voix d’amour.

La poésie

c’est un cri de révolte qui chante

comme les oiseaux,

âme du feu sacré,

berceuses du loup et croisade de la colombe,

rêves de petites montagnes,

lune et étoiles: la pastorale du ciel.

La poésie

c’est le silence de la brume,

la grand-mère et la maison, source et force,

ailes blanches, et eau vive qui chemine sur

mon cœur.

(« Louandrea »)

Merci aussi infiniment à mon amie Geneviève, qui a créé tout au long de ces années de magnifiques mises en pages à mes textes et m’a toujours été un précieux soutien…

Et bien sûr à Adeline, créatrice du site.

Tout naturellement, un jour, je suis redevenue « Sabine Aussenac ». L’écriture m’avait beaucoup aidé, d’ailleurs, durant de longues et sombres années où, suite à un divorce international et aux escroqueries de mon ex époux, je m’étais retrouvée confrontée à une descente aux enfers, subissant un surendettement et une lourde paupérisation. Il n’a plus jamais été question de me taire, vis-à-vis de quiconque.

26/12/2009

Quand on connaît Voltaire on ne peut plus tomber

On m’a dit de me taire et je me suis levée :

Quand on connaît Voltaire on ne peut plus tomber ;

Quand on meurt seul à terre en pays dépeuplé,

En songeant à naguère et aux vents déployés.

On m’a dit de partir, alors j’ai insisté ;

Tous ces mots à franchir, et Verlaine qui pleurait…

Mon cœur git en déroute, éternel vagabond :

Un métèque qui doute, sans logis et sans nom.

On m’a dit de l’attendre, alors j’ai patienté.

Quand on aime on est tendre : Othello le sentait.

Ophélie sans ses voiles, en apnée des soleils,

Orpheline ou marquise :je bois l’eau des merveilles,

Mais demeure insoumise aux apprentis tyrans.

Balafrée en mon âme je provoque à tous vents.

Voilà, la boucle est bouclée : il est des choses qui perdurent, de l’enfance à la mort, quand on sent qu’on doit aimer cet enfant qui veille en nous et qui, déjà, devinait nos routes. Mon écriture a grandi, s’est déployée différemment ; j’ai remporté de nombreux concours de poésie, mais surtout de nouvelles, j’ai écrit deux romans, (Jim, si tu me lis…), je « blogue », couvre des festivals… La poésie m’arrive aussi parfois en allemand (j’ai remporté le prix de poésie de Hildesheim) et en occitan…

http://sabine-aussenac-dichtung.blogspot.fr/2015/04/komm-lass-uns-nach-worpswede-wandern.html

Elle demeure ma source vive.

http://www.poesie-sabine-aussenac.com/cv/portfolios/une-poupee-dans-la-ghouta

Et j’aimerais qu’elle aussi prenne une place essentielle dans la société, qu’elle ne soit pas cantonnée à un seul « Printemps des poètes » de quelques semaines, ou à un seul « Marché » parisien… Puisque mon ministre a décidé de « revenir aux fondamentaux », je souhaiterais aussi que les enfants aient la possibilité d’apprendre à nouveau des poèmes par cœur, de découvrir, au fil de leur scolarité, les auteurs, leur lecture et leur déclamation…

http://www.tv5monde.com/TV5Site/publication/galerie-263-2-Demain_des_l_aube_a_l_heure_ou_blanchit_la_campagne.htm

Internet, vous le voyez, est merveilleux. Bien utilisé, il nous permet de superbes voyages et des échanges passionnés. La poésie y est vivante, sachons la débusquer, la partager. Je salue ici tous les auteurs de notre « Oasis » qui m’a été terre adoptive. Et bien sûr les merveilleux poètes que j’ai aussi eu l’occasion de croiser sur d’autres réseaux sociaux, que je lis avec un infini plaisir. Certains, reconnus et édités, parcourent le monde et lisent leurs textes au Festival de poésie de Sète, d’autres font simplement le bonheur de leurs lecteurs, sur la toile ou ailleurs… Salah Stétié, Khal Torabully, José Le Moigne, Volker C. Jacoby, Jacques Viallebesset, Suzanne Dracius, Éric Dubois,, Martine Biard, François Teyssandier, Xavier Lainé, Evelyne Charasse, Mohamed El Jerroudi, Robert Notenboom, Élaine Audet… je vous embrasse !

Pour terminer, je souhaite vous offrir les mots d’une merveilleuse poétesse iranienne dont le fils, Hossein, un ami, avait traduit en persan « ma » poétesse de la Shoah, Rose Ausländer.

***

PS : Bon anniversaire, chère Marie-Claude, enfant du premier mai et des libertés…

 06/08/78…

« Le ciel
Une maison bleue
Un champ de blé
Des fleurs
Une fille
Une guitare
Des enfants
Des gens
Elle parle quatre langues
A étudié Hölderlin et Dante
C’est sa maison
Perdue au milieu des bois
C’est sa vie
Souvent entourée d’amis
Manger son pain
Pétri à la main
Et les fruits de son verger
Soleil
Bonheur
A travers chaque sourire
On offre son cœur
Plus de rancœur
Culture intelligence
Mais plus de concurrence
Seulement amour et paix
Peut-être à jamais. »

***

http://www.oasisdesartistes.org/modules/newbbex/viewtopic.php?topic_id=76681&forum=4

 

15/5/2009 

Les soleils de nos robes indiennes (Scarlett et Marie)

De patchouli ou de verveine
Elles combattaient toutes déveines
Tressant fils d’or et rêves tendres
Tissées sur la carte du Tendre

Woodstock c’était tous les matins
Des fleurs Dylan ou Donovan
Thé au jasmin et vent d’autan
Nous nous rêvions loin du satin

Il nous fallait de la campagne
Nous détestions tous les champagnes
Si pures si fières de nos envies
Hostiles à tous les compromis

Toutes les fêtes nous étaient d’ambre
Et nos émois de palissandre
Quand il gelait à pierre fendre
Et qu’il fallait savoir attendre

Le jour prochain toujours trop loin
Et le mot « libre » pour refrain
En plis froissés les jours de cendre
Elles ravivaient l’aube à surprendre

En elles s’engouffrait tout printemps
En leur odeur de bleu lavande
Brise légère sur vieille lande
Couleur grand large au mauvais temps

Des jours anciens ils nous reviennent
Les soleils de nos robes indiennes
Quand il fait froid dans la mémoire
Et que la lune nous est noire

Nous les ressortons au grand jour
Tous nos tissus couleur d’amour
Bleues nos maisons tout comme l’herbe
Jamais nous ne serons acerbes

Car ces voilages au goût santal
Lorsque nous deux petites vestales
Parcourions rêves en femmes fatales
Nous ont pétri un idéal

Marie-Claude et Sabine

**

http://www.poesie-sabine-aussenac.com/cv/portfolios

http://www.sabineaussenac.com/cv/portfolios/document_rose-auslander-une-poetesse-juive-en-sursis-d-esperance

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21 mesures pour réconcilier les élèves français avec l’apprentissage de l’allemand

21 mesures pour réconcilier les élèves français avec l’apprentissage de l’allemand -petit texte écrit d’après les 21 mesures de Cédric Villani autour des mathématiques

 

« Sehnsucht », de Heinrich Vogeler

  • 1 Il conviendrait avant tout de mettre en place la liberté d’enseignement des langues vivantes dès l’école maternelle, réellement, pas simplement sur le papier (et ne pas favoriser les langues régionales et/ou les langues maternelles des enfants issus de l’immigration au détriment de l’enseignement de l’allemand, de l’italien, du russe…) : Toutes les langues devraient être mises sur un pied d’égalité, chaque enfant devrait pouvoir apprendre l’arabe, l’italien, l’allemand, le bulgare, l’occitan…. Dans chaque ville et village de France, chaque école se devrait d’accueillir les enfants au son des langues du monde. Sus à l’hégémonie de l’anglais, à la frilosité culturelle, et vive l’Europe !

 

  • 2 Il faudrait ensuite permettre un continuum d’apprentissages de l’allemand dans le même sens, et permettre ainsi à l’élève ayant commencé une initiation à l’allemand en maternelle de continuer l’apprentissage de cette langue au primaire, puis au collège. Un élève changeant de région devrait pouvoir continuer à apprendre la et les langues choisies.

 

  • 3 Enfin, il faudrait remiser le système des « bilangues » aux oubliettes et par extension ce fameux « primat de l’anglais », avec une LV1 « anglais » obligatoire et permettre un large choix de langues dès la sixième, comme c’était le cas il y a une vingtaine d’années encore.

 

  • 4 Élargir par extension cet apprentissage à toutes les régions et à tous les niveaux coulerait de source : car c’est justement AUSSI dans les filières professionnelles que les élèves auraient intérêt à apprendre l’allemand, au vu de toutes les possibilités de stages et/ou d’emplois offertes non seulement outre-Rhin, mais aussi en Suisse…

 

  • 5 Afin de favoriser ces apprentissages, il conviendrait de permettre dans toutes les académies l’enseignement de l’allemand en maternelle et en primaire par les enseignants du second degré, et ne pas réduire cette fonction à la pratique des professeurs des écoles qui, de façon pyramidale, n’ont eux-mêmes souvent pas bénéficié de l’apprentissage de l’allemand et ne sont donc pas aptes à l’enseigner. Ce n’est que par ce biais qu’une telle réforme pourrait progressivement gagner l’ensemble des écoles, collèges et lycées de la République ; c’est déjà le cas dans certaines académies dans lesquelles, justement l’allemand se porte mieux d’ailleurs…

 

  • 6 En parallèle, il faudrait oser mettre en place une véritable campagne de communication nationale au sujet de l’apprentissage de l’allemand, campagne de publicité qui allierait les savoir-faire de l’éducation nationale et les supports logistiques des communautés territoriales et locales et qui pourrait s’appuyer sur des fonds d’investissement du privé, puisque nombre entreprises déjà partenaires du franco-allemand -AIRBUS, SIEMENS…- et engagées dans le fait européen auraient tout à gagner en s’associant à ce projet.

 

  • 7 Cette campagne de communication viserait aussi à restaurer une image « positive » de notre voisin allemand aux yeux du public ; car l’Allemagne est encore trop souvent vilipendée par certains extrémismes politiques – cf le pamphlet de Jean-Luc Mélenchon, « Le hareng de Bismarck », sous-titré « Le poison allemand » …- tout en demeurant terra incognita au niveau touristique, le tout mâtiné parfois de vagues relents revanchards, quand ce n’est pas « Angie » qui traitée de « Grosse Bertha »… Des affichages sur les panneaux publicitaires municipaux -abris bus, etc.- et des encarts dans la presse locale pourraient impacter favorablement les familles.

 

  • 8 Ainsi, tout comme l’Espagne qui s’affiche partout au niveau publicitaire comme « la » destination tourisme, l’Allemagne, mais aussi l’Autriche et la Suisse pourraient devenir des destinations touristiques prisées, et non pas de vagues entités qui, sur une carte de l’Europe, ne font rêver que les Migrants… Combien de Français ont-ils déjà passé un mois de vacances sur une île de la Baltique ou dans un village du Tyrol ? L’Allemagne, qui recèle pourtant des joyaux architecturaux, géographiques et culturels innombrables, demeure, aux yeux du Français lambda, aussi mystérieuse que la Papouasie… Nous aurions donc besoin de partenariats avec des offices de tourismes, de brochures traduites, de guides, de croisières, de circuits, bref, cet engouement pour l’outre-Rhin et Danube irait de pair avec un foisonnement économique qui ferait aussi le bonheur des filières touristiques (BTS tourisme et hôtellerie…)

 

  • 9 Justement, il serait temps aussi de renouer avec les partenariats, jumelages, échanges qui faisaient florès dans les années soixante et quatre-vingt et qui se sont étiolés au fil des ans… Toulouse, ma merveilleuse ville rose, n’est même pas jumelée avec une ville allemande ! Toulouse, capitale d’Airbus, fleuron du partenariat franco-allemand, vous avez bien lu, n’est PAS jumelée à une ville outre-rhénane… Et c’est la même chose au niveau des établissements scolaires qui, suite à la précarisation de notre fonction enseignante et à la multiplication des « BMP » – Blocs de Moyens Provisoires, entendez quelques heures sauvées face aux langues régionales et/ou émergentes… -depuis la disparition des bilangues et surtout depuis la nomadisation des enseignants titulaires devenus « TZR » (entendez Titulaires sur Zone de Remplacement et changeant chaque année de crèmerie), ne sont tout simplement plus en mesure de faire perdurer des échanges qui pourtant avaient fait le bonheur de générations d’élèves…

Car les échanges sont le sel de nos apprentissages, la mise en œuvre ultime de nos enseignements, la prise en main de la langue au niveau du quotidien, ils sont aux langues ce que le boulier est aux apprenants en mathématiques : on y devient synesthète, au-delà de l’intra-muros de l’école.

Heureusement, les assistants de langue sont là, souvent, pour pallier le manque d’interactivité réelle avec le pays partenaire. Il faudrait doubler, voire tripler leur nombre, afin que chaque collège et lycée de l’hexagone puisse bénéficier de cet encadrement vivifiant et concret.

 

  • 10 En effet, que vaut l’apprentissage d’une langue qui devient presque une langue morte si elle n’est parlée que dans le cadre scolaire et jamais in situ ? De la même façon que chaque élève devrait pouvoir chaque année partir quelques jours dans le pays des langues qu’il apprend, il faudrait aussi que cesse l’hégémonie culturelle de l’anglais dans les médias, la presse, dans le paysage audiovisuel hexagonal….

À quand la diffusion de chansons allemandes sur les radios françaises, à quand des émissions de variété – Nagui, si tu me lis… – où seraient invités aussi des chanteurs et des groupes allemands -et autrichiens… Car non, la variété allemande ne se résume pas à Camillo avec son « Sag warum » et aux marches militaires, et/ou aux chants traditionnels en culotte de cuir… Il y a eu de grands chansonniers que très peu d’élèves connaissent, mais il y a aussi des dizaines de groupes de rap, rock, indé, blues, soul, jazz, il y a de la vériétoche, des stars…Pourquoi cette omerta envers la culture musicale de nos voisins qui contribue grandement à la méconnaissance de l’Autre… ? À Toulouse, le festival « Rio Loco », qui invite chaque année des musiciens de différentes parties du globe, variant les tendances planétaires, pourrait par exemple ouvrir, une année, sa scène aux artistes allemands, autrichiens, suisses…

 

  • 11 À quand aussi une majorité de films que l’on pourrait voir sur toutes les chaînes, pas seulement sur ARTE, en VO ? Car les oreilles de nos petits élèves français, contrairement à celles de nos voisins des pays nordiques, ne sont absolument pas éduquées dans la langue de l’Autre… C’est très tôt que se forme l’habitude de l’écoute des langues étrangères, des sonorités nouvelles, et ce serait superbe si le PAF pouvait enfin s’ouvrir à ces différences…

Il serait bon aussi que nos programmes scolaires intègrent davantage le cinéma et la télévision allemande à leurs lignes directrices… Je me souviens de mon père qui, sans avoir jamais appris un seul mot de la langue de Goethe à l’école, se targuait d’avoir progressé à la vitesse de l’éclair par la seule écoute de la télévision regardée chez ses beaux-parents, à Duisbourg… Certes, dans nos cours, nous évoquons bien Wim Wenders par ci et Fatih Akin par-là, mais ce serait tellement bien d’avoir un réel accès à leurs œuvres via des sites dédiés… De même que nous pourrions utiliser bien davantage, via les nouvelles technologies, des émissions de télévision qui seraient aptes à faire progresser très rapidement les élèves !

À propos des TICE, il est dommage que si peu d’enseignants soient formés à toutes les innovations qui pourraient faire de nos cours de réels cyberespaces connectés… Il y a encore énormément de frilosités et de méconnaissances des nouvelles technologies, alors qu’elles sont bien entendu une aide précieuse. Lors d’un récent sondage que j’ai réalisé au sujet de l’ENT, il s’avère par exemple que nombre de collèges ne savent pas qu’une fonction « blog » est opérante sur notre espace de travail.

 

  • 12 Renouer avec un apprentissage de l’allemand passerait aussi par une réappropriation de la culture germanophone dans son ensemble… Pourquoi nos programmes hexagonaux sont-ils si poreux en ce qui concerne la littérature étrangère ? Apprendre les langues « étrangères » devrait aussi passer par le « culturel », par un maillage éducatif qui, très tôt, permettrait aux élèves du primaire de découvrir de petits poèmes d’auteurs allemand, aux élèves du collège de visiter des musées allemands, aux élèves du lycée de lire aussi du Rilke, du Thomas Mann, et pas simplement le contenu « factuel » des manuels d’apprentissage qui, s’ils permettent un apprentissage actanciel et actionnel et la mise en œuvre d’automatismes linguistiques, ne plongent pas assez les apprenants au cœur de la culture du pays partenaire. Ainsi, il est très rarement proposé l’option « littérature étrangère en langue étrangère » en allemand en filière L…

 

  • 13 C’est vrai, l’apprentissage des langues étrangères a réellement progressé… J’ai assisté récemment à une passionnante journée académique qui nous a proposé d’enseigner « la grammaire autrement ». Nous sommes si loin des listes de vocabulaire et des tableaux de déclinaison qui, une fois ingurgités, demeureraient lettre morte et produisaient l’inverse de l’effet escompté, à savoir des Français incapables de « pratiquer » la langue étrangère apprise à l’école… Cependant, en plus de 33 ans de service au sein de l’éducation nationale, j’ai vu passer mille et une réformes et j’ai « tout connu », depuis la période où l’on n’avait « pas le droit de faire écrire les élèves avant la Toussaint » -sic- au primat de l’écrit, et j’ai toujours habilement contourné les instructions officielles, faisant par exemple faire des « fichiers oraux » avant l’heure sur des cassettes que j’écoutais sur mon magnéto en faisant mon repassage, ou faisant lire un livre d’un auteur allemand -en français, mais en rédigeant ensuite un résumé-commentaire en allemand- dès le collège, pour que les élèves fassent connaissance avec la littérature allemande… Je pense que chaque professeur développe au fil de sa carrière des stratégies d’apprentissage qui lui sont propres et qui visent à « faire réussir ses élèves », et que de nos jours, grâce aux nouvelles technologies, plus aucun cours de langue ne peut passer pour « ennuyeux » ou « poussiéreux ». Il faut faire savoir cela aux parents, le leur marteler via des réunions d’information dès la maternelle, leur dire que « l’allemand, ce n’est pas difficile », qu’au contraire son enseignement est recommandé par les orthophonistes pour les élèves en difficulté (car c’est une langue « à tiroirs », logique…), bref, il faut dédiaboliser la langue qui, souvent encore, a mauvaise presse.

 

  • 14 Justement, et si la télévision arrêtait ENFIN de diffuser « La grande vadrouille » tous les quatre matins ? Car nous sommes bien au cœur du « paradoxe français », celui fait de notre pays à la fois le cancre en queue d’étude PISA et le fleuron des élites des « grandes écoles » et de l’obtention des Nobels… Ce même paradoxe fait que les médias continuent de nous abreuver avec des films réduisant les Allemands à de sombres abrutis décérébrés éructant en uniforme nazi alors même que malgré l’enseignement de la Shoah nombre d’élèves demeurent incapables de comprendre l’ampleur des génocides commis par le troisième Reich… Il faudrait à la fois réfléchir à cet ancrage historique du devoir de mémoire et à la vision d’une « nouvelle Allemagne » qui, justement, a su transcender son passé, par exemple en accueillant à bras ouverts des millions de Migrants. Il y a quelques jours encore des élèves de lycée n’ont su me dire à quoi correspondait le mot « Buche », cela ne leur évoquait rien, même associé au mot « Wald », (nous étions en pleine séquence « mythes et héros » sur la forêt allemande), jusqu’à ce qu’un élève, après que j’eus prononcé à la française le terme « Buchenwald » ne se souvienne d’un « truc nazi », sic… En première… Je rêverais d’un nouvel équilibre en ce sens : accomplir nos obligations de transmissions mémorielles tout en réhabilitant un engouement pour l’Allemagne d’aujourd’hui, tolérante, ouverte, engagée, humaine.

 

  • 15 Il faudrait aussi former TOUS les écoliers au fait européen, et ne pas réserver cette matière à une vague option destinée à quelques lycéens… Car c’est dès l’école primaire que devrait s’accomplir la certitude que notre Europe, loin d’être une entité impalpable, se doit d’être soutenue, connue de tous les citoyens, parcourue par un esprit de solidarité qui, forcément, passe aussi par la connaissance des langues de l’Autre. Et qui mieux que le « couple franco-allemand » pourra porter loin ce flambeau européen ?

 

  • 16 Ainsi, il faudrait que la « semaine de l’Europe » devienne enfin un événement visible, et pas seulement une action axée vers les milieux éducatifs et politiques. À quand une semaine de l’Europe maillant tous les territoires, intégrant par exemple l’associatif, les domaines médicaux, juridiques, commerciaux ? Pourquoi ne pas imaginer des partenariats en ce sens ?

 

  • 17 De même, la fameuse « semaine franco-allemande » demeure trop souvent un domaine réservé, se lovant par conséquent dans l’intra-muros du giron de l’EN… Tous les acteurs du système éducatif, su MEN aux établissements, se démènent pour célébrer l’anniversaire du Traité de l’Élysée, mais souvent les actions, pourtant superbes, restent cantonnées aux établissement, et c’est un peu « les franco-allemands parlent aux franco-allemands » : l’impact est minime. Cette semaine se devrait d’être réellement médiatisée et portée sur le devant de la scène.

 

  • 18 D’ailleurs, pourquoi toujours réduire l’enseignement de l’allemand à ce partenariat franco-allemand ? Les autres pays de langue allemande gagneraient aussi à être davantage mis en lumière dans les programmes, du collège au supérieur… J’ai cette année construit ma séquence « Mythes et héros » autour de l’Autriche, et il y aurait mille et une façons d’intégrer la Suisse, l’Autriche, et pourquoi pas la région germanophone de la Belgique dans des programmes d’échanges ou dans les manuels scolaires.

 

  • 19 Bien entendu, afin que l’enseignement des langues vivantes soit profitable, il faut aussi se donner les moyens de la réussite… Et franchement, avec deux heures par semaine en première et en terminale et avec si peu d’heures dès le collège, c’est tout simplement une gageure que de vouloir espérer que nos élèves atteignent un jour le niveau attendu par PISA ou simplement la réelle capacité de s’exprimer, oralement et à l’écrit, dans une langue étrangère. Cessons de nous voiler la face : ce n’est pas en mettant chaque année nos exigences au rabais (j’ai failli pleurer en corrigeant le bac blanc cette année, tant les items linguistiques étaient négligés au profit de la « compréhension » … ) que nos élèves, avec des heures de cours qui se réduisent comme peau de chagrin, parleront allemand, anglais ou arabe correctement !

 

  • 20 Il importe donc de revoir les dotations horaires à la hausse, et urgemment, afin que nous puissions enfin consacrer le temps nécessaire à la transmission. Et il serait intelligent, je trouve, de revenir, en langues aussi, aux fondamentaux prônés par Monsieur le Ministre de l’éducation en primaire… Et ces fondamentaux passeraient sans doute par une révision de nos exigences, car franchement, là, on lâche après le baccalauréat des élèves qui, souvent, se contentent d’un bagage minimum… Peut-être faudrait-il aussi réhabiliter la traduction… Oh, je ne demande pas que nous traduisions tous nos textes, mais enfin, il faut savoir raison garder et demeurer cohérents : La traduction est un exercice qui sera demandé dans la majorité des concours que nos étudiants passeront après le baccalauréat. La traduction est aussi un art, un moyen de transmission merveilleux, permettant à des milliards d’êtres humains de lire les ouvrages de l’Autre, de voir des films des autres cultures… Par quel miracle est-elle …interdite en cours de langue ?!

 

  • 21 Apprendre à parler allemand ne peut se résumer à savoir commander un coca à l’aéroport de Berlin, à pouvoir lire un extrait de Die Zeit ou à passer la « certification » pour déterminer si l’on a le niveau A2 ou B1. Non, apprendre une langue, c’est plonger vers l’Autre, se colleter avec son altérité qui fait aussi notre richesse, et c’est bien au travers de l’art, de toutes ces dimensions artistiques, culturelles et patrimoniales que l’élève se sentira apte à comprendre la langue du pays partenaire. J’espère ainsi que le rapport « Comment rénover l’enseignement des langues vivantes en France ? », dont seront en charge Madame l’Inspectrice Générale Chantal Manes Bonnisseau et Monsieur Alex Taylor nous ouvrira de vastes perspectives de réussite au service de nos apprenants. Certes, ce sont deux anglicistes qui ont été choisis pour mener à bien cette mission, mais je ne doute pas de leur objectivité.

 

Je précise que j’ai rédigé ces mesures il y a quelques semaines, après la sortie du rapport de Cédric Villani dans la presse, et que je ne comptais pas les publier sur mon blog avant la fin de l’année scolaire, afin de ne pas interférer dans une décision très attendue, mais que je profite de la nomination des responsables du rapport pour publier ce petit article, comme cela m’a été demandé par de nombreux collègues après une intervention sur un réseau social.

Participation au Printemps des Poètes d’un élève de collège

Exposé fait par un élève de seconde

Exposé d’un élève de première

« Je jette un coup d’œil distrait à la première page du livre et, soudain, les mots se font sens. Comme par magie, les lettres s’assemblent et j’en saisis parfaitement la portée. Moi, la lectrice passionnée depuis mon premier « Susy sur la glace », moi qui ruine ma grand-mère française en « Alice » et « Club des cinq », qui commence aussi déjà à lire les Pearl Buck et autres Troyat et Bazin, je me rends compte, en une infime fraction de seconde, que je LIS l’allemand, que non seulement je le parle, mais que je suis à présent capable de comprendre l’écrit, malgré les différences d’orthographe, les trémas et autres « SZ » bizarroïdes…

Un monde s’ouvre à moi, un abîme, une vie. C’est à ce moment précis de mon existence que je deviens véritablement bilingue, que je me sens tributaire d’une infinie richesse, de cette double perspective qui, dès lors, ne me quittera plus jamais, même lors de mes échecs répétés à l’agrégation d’allemand…Lire de l’allemand, lire en allemand, c’est aussi cette assurance définitive que l’on est vraiment capable de comprendre l’autre, son alter ego de l’outre-Rhin, que l’on est un miroir, que l’on se fait presque voyant. Nul besoin de « traduction », la langue étrangère est acquise, est assise, et c’est bien cette richesse là qu’il faudrait faire partager, très vite, très tôt, à tous les enfants du monde. Parler une autre langue, c’est déjà aimer l’autre.

Je ne sais pas encore, en ce petit matin, qui sont Novalis, Heine ou Nietzsche. Mais je devine que cette indépendance d’esprit me permettra, pour toujours, d’avoir une nouvelle liberté, et c’est aussi avec un immense appétit que je découvrirai bientôt la langue anglaise, puis le latin, l’italien…Car l’amour appelle l’amour. Lire en allemand m’aidera à écouter Mozart, à aimer Klimt, mais aussi à lire les auteurs russes ou les Haïkus. Cette matinée a été mon ode à la joie. Cet été là, je devins une enfant de l’Europe. »

 http://plus.lefigaro.fr/note/le-jour-ou-jai-su-lire-en-allemand-20100310-151834

** Quelques textes au service de l’enseignement de l’allemand ici:

http://www.sabine-aussenac.com 

https://www.huffingtonpost.fr/sabine-aussenac/professeur-allemand-la-grande-vadrouille-des_b_1252919.html

** Poésie allemande:

http://sabine-aussenac-dichtung.blogspot.fr/2015/04/komm-lass-uns-nach-worpswede-wandern.html

http://lallemagnetoutunpoeme.blogspot.fr/

** Textes autour de l’Allemagne et du franco-allemand:

Ich bin eine Berlinerin!

http://sabineaussenac.blog.lemonde.fr/2018/03/01/duisbourg-ma-jolie-ville-en-barque-sur-le-rhin/

http://raconterletravail.fr/recits/une-enfance-franco-allemande/#.WuTS4qSFPIV

http://sabineaussenac.blog.lemonde.fr/2014/07/20/nos-voisins-ces-inconnus-la-famille-klemm/

Lorelei et Marianne, j’écris vos noms: Duisbourg, le 18 juillet 1958

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une poupée dans la Ghouta  

Une poupée dans la Ghouta

 

 

http://www.poesie-sabine-aussenac.com/cv/portfolios/une-poupee-dans-la-ghouta

 

Sur un tas de cendre humaine une poupée est assise

Ou plutôt serrée dans les bras autrefois potelés d’une enfant.

C’est l’unique reliquat de la vie qui autrefois fut normale

Dans l’ancien verger de Damas. Quand l’oasis charnue embaumait

De ses fastes les paisibles villages où seul régnait l’ordre du châwî.

Là où était la beauté se tient, éventré, le désordre.

Là où palpitait l’eau vive, l’‘addân, les peupliers aux lignes accablées ne boivent plus que

Leur mémoire.

La poupée les a vus :

Les enfants aux yeux fixes tournés vers le ciel impitoyable, leurs petites mains encore

Suppliantes accrochées à leurs gorges de tourterelles suppliciées,

Quand le gaz faisait de leurs rires un enfer.

Les mères portant à bout de bras les bébés émaciés au ventre ouvert

Dépecé empli du déluge de fer de feu d’acier de sang, les mères portant le fruit de leurs

entrailles soudain réduit en charpie, piétas portant leur croix.

La poupée les a entendus :

Les bombes déchiquetant la nuit de leurs hurlements incessants les fracas sans nom

Des Maisons des immeubles des écoles des hôpitaux des fermes éplorées

Quand là où la main de l’homme avait forgé demain, soudain tout redevenait poussière

Du passé.

Les cris des vieillards aux djellabas rougies, les gémissements des mamans aux abayas

soudain empourprées, les pleurs des bébés aux linges vermeils. Puis

Le silence.

La poupée a de la chance car elle est protégée. Protégée par cette enfant

Survivante qui a caché les yeux de son jouet, car ce jouet est l’unique autre survivant dans

Le verger cimetière contemplé par un monde devenu fou et aveugle et paralysé

Un monde sourd aux appels

Des enfants de la Ghouta de Damas d’Alep

Comme il est sourd aux appels des enfants qui suffoquent dans l’eau bleue devenue noire

De Mare nostrum.

Les yeux de la poupée ne verront pas la bombe qui tuera cette enfant.

La terre est bleue comme une orange

Les hommes sont faits pour s’entendre pour se comprendre pour s’aimer

Je dis « tu » à tous ceux qui s’aiment

Et la poésie sauvera le monde…

Ou pas, dans le printemps de la Ghouta

Quand nous célébrons le Printemps des poètes.

La poupée est aveugle.

Mais l’enfant, elle, nous regarde, nous regarde, nous regarde.

Sabine Aussenac.

 

Inspiré par :

 

Une poupée à Auschwitz

 

 

 

Sur un tas de cendre humaine une poupée est assise

C’est l’unique reliquat, l’unique trace de vie.

Toute seule elle est assise, orpheline de l’enfant

Qui l’aima de toute son âme. Elle est assise

Comme autrefois elle l’était parmi ses jouets

Auprès du lit de l’enfant sur une petite table.

Elle reste assise ainsi, sa crinoline défaite,

Avec ses grands yeux tout bleus et ses tresses toutes blondes,

Avec des yeux comme en ont toutes les poupées du monde

Qui du haut du tas de cendre ont un regard étonné

Et regardent comme font toutes les poupées du monde.

 

Pourtant tout est différent, leur étonnement diffère

De celui qu’ont dans les yeux toutes les poupées du monde

Un étrange étonnement qui n’appartient qu’à eux seuls.

Car les yeux de la poupée sont l’unique paire d’yeux

Qui de tant et tant d’yeux subsiste encore en ce lieu,

Les seuls qui aient resurgi de ce tas de cendre humaine,

Seuls sont demeurés des yeux les yeux de cette poupée

Qui nous contemple à présent, vue éteinte sous la cendre,

Et jusqu’à ce qu’il nous soit terriblement difficile

De la regarder dans les yeux.

 

Dans ses mains, il y a peu, l’enfant tenait la poupée,

Dans ses bras, il y a peu, la mère portait l’enfant,

La mère tenait l’enfant comme l’enfant la poupée,

Et se tenant tous les trois c’est à trois qu’ils succombèrent

Dans une chambre de mort, dans son enfer étouffant.

La mère, l’enfant, la poupée,

La poupée, l’enfant, la mère.

Parce qu’elle était poupée, la poupée eut de la chance.

Quel bonheur d’être poupée et de n’être pas enfant !

Comme elle y était entrée elle est sortie de la chambre,

Mais l’enfant n’était plus là pour la serrer contre lui,

Comme pour serrer l’enfant il n’y avait plus de mère.

Alors elle est restée là juchée sur un tas de cendre,

Et l’on dirait qu’alentour elle scrute et elle cherche

Les mains, les petites mains qui voici peu la tenaient.

De la chambre de la mort la poupée est ressortie

Entière avec sa forme et avec son ossature,

Ressortie avec sa robe et ses tresses blondes,

Et avec ses grands yeux bleus qui tout pleins d’étonnement

Nous regardent dans les yeux, nous regardent, nous regardent.

 

Mosche Shulstein

Ces voix toujours présentes
Anthologie de la poésie contemporaine européenne concentrationnaire

 

 

Des enfants partagent un masque à oxygène dans un hôpital de la Ghouta orientale après une attaque présumée au gaz du régime syrien, le 22 janvier 2018 à Douma ( HASAN MOHAMED / AFP/Archives )

 

https://www.francetvinfo.fr/monde/revolte-en-syrie/syrie-les-enfants-de-la-ghouta-racontent-la-guerre_2625644.html

https://aa.com.tr/fr/politique/syrie-la-ghouta-orientale-une-ville-de-d%C3%A9bris-/1077470

 

http://books.openedition.org/iremam/749?lang=fr

« Deux secteurs très bien irrigués, à l’ouest et à l’est, encadrent un secteur moins bien doté au sud ; bénéficiant d’un apport supplémentaire d’eau venue de l’Hermon, la Ghouta occidentale, autour des villages de Kafarsousse et de Darayya, a de riches jardins où sont associés arbres fruitiers, vignes et cultures de légumes ; moins arrosé, le secteur sud est planté en oliveraies sur les terres proches de la ville ; puis s’étendent des champs ouverts de céréales avec des vergers par taches. C’est la Ghouta orientale qui offre la plus grande étendue de vergers et la plus grande variété de cultures : jardins maraîchers près de la ville, puis vergers occupant l’ensemble du champ, associés aux cultures de légumes, au chanvre ou aux céréales, tandis que les noyers bordent les canaux ; plus loin, la densité des arbres diminue, le paysage s’ouvre, des rideaux de peupliers séparent les champs plantés en céréales ou en chanvre ; les oliveraies et les vignes s’étendent sur les terres moins humides des territoires nord et nord-est (villages de Berzé, Harasta, Douma). Consommés frais à la belle saison, ou mis en conserve pour l’hiver, les fruits et les légumes de la Ghouta suffisent au ravitaillement de Damas.

A l’est et au sud-est de l’oasis, une vaste zone de campagne ouverte, envahie par l’eau l’hiver, brûlée par le soleil l’été, s’étend jusqu’aux deux lacs, celui d’Ataïbé, déversoir du Barada, et celui de Hijané, déversoir de l’Aouajouaj, qui irrigue une vallée située quelques kilomètres au sud. C’est le Merj, ou « prairie », zone pauvre de pâturages et de cultures de céréales.

La Ghouta est, pour une bonne part, une région de petites propriétés, mais la bourgeoisie ou la classe au pouvoir à Damas a toujours essayé, à la fois pour l’agrément du séjour et pour les revenus qu’elles procuraient, de mettre la main sur les terres de l’oasis. Les grandes propriétés sont nombreuses surtout dans l’est et le sud-est de l’oasis et dans le Merj ; elles sont souvent exploitées en métayage, ou confiées à un représentant du propriétaire qui les fait travailler par des ouvriers agricoles.

Partout l’habitat est strictement groupé, en gros villages tassés sur eux- mêmes au centre de l’oasis, en fermes appelées « hoch », comprenant, groupés autour d’une ou deux cours, la maison du propriétaire, les logements des ouvriers et les dépendances ; ce dernier habitat indique la présence de grandes propriétés. La vie de la communauté est réglée par le tour d’eau ; pour chaque canal principal, un chaïkh al-nahr règle les éventuels conflits entre les villages, tandis qu’un châwî veille dans chaque village au respect des droits de chacun. »

 

 

Le Printemps de Pinel, #Printempsdespoètes

http://www.poesie-sabine-aussenac.com/cv/portfolios/ich-liebe-dich

Amis toulousains et d’ailleurs,  venez  partager des poèmes dans le kiosque de la Place Pinel à l’acoustique unique au monde!
Apportez vos textes, je lirai les miens, vous direz les vôtres, ce sera le Printemps de Pinel!
Contact:

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Inspiré par le thème du Printemps des Poètes 2018, l’Ardeur…

Quand l’Ardeur devient folle au renouveau de mars…

Quand l’Ardeur devient folle au renouveau de mars,
Elle rayonne en nos villes en une immense farce,
Fait des nuits des soleils, des étoiles des jours,
Et en cent poésies elle déclame l’Amour.

Quand l’Ardeur se réveille, primevère en rosée,
Après tous ces hivers qui nous laissent agacés,
Elle transcende joyeuse les fusils et les peines,
Nos envies hirondelles s’y élancent en vraies reines.

Quand l’Ardeur se réveille, au Printemps des Poètes,
On entend des clameurs, des youyous, des silences…
C’est la mer qui déferle en nos pavés offerts,

C’est la neige qui fond, de New-York à la Mecque,
Et tant de mots qui crient qui résonnent et qui dansent
Que les Hommes enfin se regardent en frères.

PS: une alternative au kiosque sera aussi d’écouter la poésie en appartement…Ce Printemps des poètes sera le vôtre!
Je serai-s ravie de venir dire mes textes chez vous, en lecture seule ou en partage musical, et ces lectures peuvent être suivies d’une conférence autour de la poésie.

Sabine Aussenac.