Lettre à une jeune poétesse…

À Rainer Maria Rilke

Un texte de 2011, splendidement mis en mots par mon amie Corinne:

Chère jeune poétesse!

Vous me demandez si vos poèmes méritent d’être nommés poèmes. Vous me demandez si vous êtes une poétesse.

Que vous répondre, chère jeune poétesse, que vous répondre, si ce n’est que la nuit vous sera vie.

La nuit, lorsque soufflera l’Autan et que Garonne gémira comme femme en gésine, vous le saurez.

La nuit, lorsque seul le rossignol entendra vos soupirs, vous le vivrez.

Vous vivrez ces instants où le mot se fait Homme, où quand d’un corps malade jaillit cette étincelle que d’aucuns nomment Verbe, quand certains la dédaignent; les étoiles apparaissent, et des mondes s’éteignent.

Vous me demandez, jeune amie, si vous êtes faite pour ce métier d’écrivain.

Mais écrire, belle enfant, ce n’est point un métier, ce n’est pas un ouvrage.

Poésie et argent ne font pas bon ménage, poésie est jalouse, et le temps est outrage.
Vous verrez le soleil dédaigner vos journées, et les ors, les fracas, les soirées et les fêtes, bien des autres y riront, se payant votre tête.

Seule au monde et amère, comme un fauve en cavale, vous lirez, vous irez, sachant mers et campagnes, portant haut vos seins doux, vos enfants en Cocagne. Loin de vous les amours, parfois quelque champagne.

Mais les mots, jeune amie, les mots, ils seront vôtres.

Vous les malaxerez comme on fait du pain frais, vous les disposerez en lilas et bouquets, vous en ferez des notes, des sonates, des coffrets.

Et quand au jour dernier vous serez affaiblie, vos mains seules en errance, votre bouche enfiévrée, on vous murmurera qu’on vous a tant aimée.

Mais il sera trop tard: vos vers auront fugué.

Alors soudain des peuples chanteront vos ramages, on vous récitera, des statues souriront; un écolier ému relira quelque page. Et un soir, quelque part, au fin fond d’un village, ou dans un bidonville, enfumé et bruyant, une jeune fille timide osera les écrire, ses premiers vers d’enfant, vous prenant en modèle.

Alors ma jeune amie, ce jour-là, doucement, comme en ronde éternelle:

vous serez poétesse.

 

Sabine Aussenac.

 

Aucun texte alternatif disponible.

Pour la Place Ducale où m’attendait Rimbaud…

Pour la Dame Garonne qui serpente toujours, pour la croix qui harponne notre beau Capitole, pour le soleil d’été sur nos briques en amour, pour l’Histoire en toits roses qui fait des cabrioles,

Bonne année aux amis de ma Ville Rose !

Pour le vaporarium où fument les passés, pour les monts enneigés qui nous sont espérances, pour soleil aux estives et miracles en névés, parce que nos Pyrénées ressemblent à une danse,

Bel an nouveau aux amis montagnols !

Pour Berlin qui résonne d’une histoire nouvelle, pour tous mes beaux étés d’une enfance arc-en-ciel, pour les pâtisseries, le Strudel et la bière, pour ma chère Allemagne dont souvent je suis fière :

Ein frohes neues Jahr à tous mes amis d’outre-Rhin et Danube !

Pour les avions qui volent vers le beau Saint-Laurent, pour les rouges et les ors des forêts de l’automne, pour les bleuets d’été qui font les tartes bonnes, pour le sirop qu’on mange entre amis en jasant,

Belle année neuve aux amis du Québec !

Pour le miel et le lait et les gefilte Fish, pour tant de violons dansant dans les ghettos, pour les chants séfarades et tous les Loubavitch, pour ma Yerushalaim aux senteurs d’abricots,

Chana tova à tous mes amis juifs !

Pour nos frimousses douces quand nous étions enfants, pour la Place Ducale où m’attendait Rimbaud, pour nos mères allemandes qui partageaient gâteaux, parce que la vie est belle comme un immense chant,

Bonne année aux amis des Ardennes !

Pour mon Alger la Blanche et les monts de l’Atlas, pour la voix de Fairuz qui allume le ciel, pour mille et une nuits où la voix se fait miel, pour Tunis et Beyrouth, pour nos voisins d’en face,

عام سعيد à tous mes amis du Maghreb !

Pour la brique et l’Autan qui bercèrent l’enfance, pour le Parc Rochegude et la nef haut dressée, pour les rocs du Sidobre où les fées caracolent, pour toute ma mémoire en pastel farandole,

Bel an nouveau à mes amis Tarnais !

Pour les tambours du Bronx et pour Geronimo, pour Tara reconstruite et pour chaque Stetson, pour mon cœur à jamais qui au bayou résonne, pour le jazz, la country, et même pour Macdo…

Happy new year pour tous mes amis américains !

Pour les collines douces qui flamboient en été, pour le foie gras divin et le bon Tariquet, pour l’ocre de la pierre qui dresse cathédrale, pour tous les souvenirs qui miroitent en cristal,

Une merveilleuse année aux amis gersois !

Pour le Parc Montsouris où m’attendent allumettes, pour cette Tour Eiffel qui la nuit caracole, pour garder en mémoire l’oral aux Batignolles, pour s’y trouver un jour en une immense fête :

Que 2018 illumine Paris et tous mes amis parisiens !

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Feu d’artifice à Paris.

Et puis 2018 deviendra  souvenir…#vœux #bonne année 2018!

Il y aura des senteurs et des fruits ribambelles, rouges fraises des bois au détour du sentier, ou simplement oranges de cent clous piquées.

Il y aura des douleurs, des tristesses et des deuils, quand s’en va dans la nuit un grand-père épuisé, quand famille en aciers sur l’autoroute explose.

Il y aura des combats, des regrets et des doutes. On se retournera, on quittera la joute, et puis on reviendra, rage au cœur, vers le ciel, pour tonner ou maudire, pour supplier parfois, parce que vaincre est humain et que l’on perd souvent.

Il y aura des sourires, des inconnus qui passent, des regards échangés comme braise au foyer, et puis des vins levés, des anneaux, des nuits pourpres, quand on peut rire encore des défauts des aimés.

Il y aura des oiseaux, des brindilles croisées, des cigognes envolées vers l’Afrique enchantée, des moineaux qui pépient, des pic-vert qui dérangent, des coucous querelleurs et des mésanges azur.

Il y aura le patron, qui bougonne et qui tonne, l’inspecteur qui fulmine, le banquier qui maugrée, les impôts qui menacent, les huissiers griffes au vent, et puis les contredanses et les agios grinçants.

Il y aura les frontières envahies de guenilles, les enfants égarés qui appellent « maman », les barbelés meurtris de tant de corps souffrants, les navires qui béent après tous les naufrages, quand les yeux grands ouverts fixent les océans.

Il y aura le repas pour les vieux qui grelottent, les maraudes en hiver, pour donner soupe et riz, il y aura les sourires quand le chien affamé lui aussi a un os, sous la tente gelée, il y aura les espoirs de recouvrer un toit, ou tout simplement la dignité d’être vu en humain.

Il y aura les week-end, cotonneux sous la couette, fleurant le chocolat et les croissants au lit, ces heures au goût de temps, ces lectures immenses quand le salon se fait réceptacle du monde, et tous ces bains moussants aux galets vanillés.

Il y aura les lundis, le métro aux scories, les puanteurs des villes qui nous crachent au visage, les visages éteints, les passants renfrognés, les voitures qui passent comme mille furies, et ces longues semaines aux senteurs d’agonie.

Il y aura les soirées toutes emplies de jonquilles, quand même la banlieue ressemble à du lilas, et les cent tourterelles qui roucoulent au printemps, quand les toits de Paris se font tapis volants.

Il y aura les enfants qui dévorent la vie, leurs joues roses appelant nos baisers à l’envie, quand ils courent dans sable tout brûlant de leurs joies, vers les vagues allégresse et l’horizon en feu.

Il y aura nos attentes quand ils auront grandi, nos nuits blanches apeurées, comme dans leurs enfances, cette fois la fièvre s’appellera « sorties », nous les saurons heureux mais toujours en danger, puisque vivre, c’est risquer, et leur tour est venu.

Il y aura les campagnes au bon goût d’autrefois, les haies bordant les champs, les chênaies et les sentes, mais aussi tant de villes aux rumeurs enivrantes, quand les arts se répondent aux quatre coins du monde.

Il y aura les manifs, les colères et les cris, nos mille banderoles arpentant les allées, car les Grands nous enfument, ils nous plument gaiement, se gavant de nos vies quand les nôtres se noient.

Il y aura les semailles, les moissons au blé blond, les raisins si juteux que le vin en poudroie, les cerises au jus noir qui nous fait bouche ardente, il y aura les poulardes rôties parmi les aulx, et même des boulghours pour transcender vegans.

Il y aura les ailleurs, les famines terribles, les enfants si bombés que leurs ventres en implosent, les mères décharnées aux seins vides et pendants, et tous ces hurlements des continents perdus.

Il y aura les barbus qui dégainent la haine devant les innocences, en faisant des charniers. Il y aura les terreurs, quand au soir parfumé on parsème des bombes au prétexte d’un dieu qui n’est qu’un prête-nom. Il y aura les courages des survivants debout, refusant les infâmes, qui nous diront très fort que l’amour est vainqueur.

Il y aura cet été aux foins doux qui picotent, les hirondelles en ronde au-dessus de Paris, la montagne envahie de criquets qui sautillent, le monoï aux peaux nues et le pastis toujours.

Il y aura des orages et nos robes mouillées, des aquilins chantants, des tempêtes en furie, cet Autan qui rend fol et les calmes d’après, quand les feuilles parsèment tant de parcs esseulés.

Il y aura des musées envahis de touristes, ce tableau de Vermeer et nos yeux embrumés, et puis cette chapelle dont les fresques passées font frissonner Marie, quand nous irons pensifs y déposer un cierge, pour nos fautes passées ou nos cent avenirs.

Et puis un bel automne, la rentrée en cartables, nos sourires en pensant aux encriers d’antan, internet qui s’affole, nos ados affalés, les vendanges odorantes, les valises à vider.

Il y aura le houx vert et le gui aux baisers, les guirlandes, les comptes qui se vident quand les enfants rêveront à l’impossible étoile, les tablées regorgeant de victuailles tendres, les aïeux qui rouspètent devant tant de gâchis, et puis le réveillon, les voitures brûlées, les douze coups de minuit comme espérances folles.

Il y aura eu la vie, la colère et la joie, les ressacs et les nuits, les couchants et les aubes, les horloges arrêtées, les avions qui s’écrasent et les bébés qui naissent, il y aura eu la mort et la guerre et la paix et les hommes si fous et les femmes si belles et les enfants qui jouent au milieu des gravats, il y aura eu des millions de premiers baisers si tendres, de l’Arctique qui fond à l’Australie qui brûle, les méridiens qui chantent que notre terre est ronde et que jamais il ne mourra :

L’Amour.

Et puis 2018 deviendra  souvenir.

Sabine Aussenac

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***

rappel:

mes vœux 2017:)

 

Je vous souhaite un torrent et des oiseaux sauvages

 

 

Je vous souhaite un torrent et des oiseaux sauvages, et ces grues qui s’envolent vers leurs pays lointains, et aussi des enfants aux yeux gourmands et sages, dévorant des bonbons comme au premier matin.

Je vous souhaite la joie, qui crépite et qui chante, surprenante parfois et allégresse enfin, la joie des collégiennes qui pouffent et qui pépient, oiselles folles dansant à l’orée de leurs vies.

Je vous souhaite du pain fleurant bon la campagne, le pain d’avant les villes, tout gonflé de levain, avec mies ondulantes, le pain aux belles tranches toutes ornées de saindoux.

Je vous souhaite du temps, celui qu’on apprivoise, le temps de ces horloges au balancier serein, le temps qui goutte à goutte nous ramène au silence, à tous ces autrefois qui nous voulaient du bien, le temps des diligences, des voyages en bateau, du transsibérien et des péniches lentes.

Je vous souhaite printemps débordant de jonquilles, avec des prés si verts qu’on en oublie la nuit, et puis mille clairières où palpite une biche, ses grands yeux vous offrant la confiance et la paix.

Je vous souhaite la mer, une plage au matin qui se donne au soleil, quand vaguelettes tendres sont caresses à nos âmes, et puis ce sable blanc, tout ourlé de destin.

Je vous souhaite des livres, des romans incroyables, et tant de nuits passées à en suivre la vie, et puis de vrais poètes, qui vous offrent en un mot l’univers paradis.

Je vous souhaite la foule qui ondule aux gradins, et puis les ballons ronds comme autant de sourires, mais aussi l’Ovalie, que chacun soit heureux.

Je vous souhaite ce ventre nubile et jaillissant qui soudain portera de doux rires à venir, et aussi les mains douces de cette aïeule folle, acceptons de l’aimer quand elle ne se sait plus.

Je vous souhaite l’été tout brûlant de cigales, le ressac qui murmure et les cheveux au vent, la montagne à gravir, le marché qui bourdonne, et mille mirabelles au panier rebondi.

Je vous souhaite la paix qui fait de nos déserts cette rose éclatante quand l’arme est déposée, la paix des lendemains, la paix dans les familles, la paix qui fraternise au Noël des tranchées.

Je vous souhaite un automne aux couleurs de vendanges, quand cette guêpe tangue d’avoir tant butiné, quand les grappes sont lourdes comme ventre de femme portant cette promesse comme on chante un secret.

Je vous souhaite l’amour, celui qui nous élève en calcinant joyeux tous nos doutes apaisés, celui des océans devenus des cours d’eau, quand le delta est source et la pluie fécondée, l’amour qui envahit, tourneboule et chavire, l’amour immaculé des amants de toujours.

Je vous souhaite des noces, des tablées de cousins, des épousailles folles, farandoles et festins, quand sous le grand tilleul on a dressé couverts, et que l’accordéon fait l’amour aux étoiles.

Je vous souhaite maisons aux draps de lin émus, surprenantes cuisines aux cuivres odorants, et des tapis moelleux qui rêvent d’Orient, quand un piano distrait rencontre un Darjeeling et que de la fenêtre on guette un beau retour.

Je vous souhaite un grand parc bondissant d’écureuils, des lilas audacieux, la chênaie toute fière, et cette roseraie qui ploie sous vermillons, la fontaine dressée vers ce patio dolent où comme en crinoline vous attendrez vos rêves.

Je vous souhaite un hiver tout ourlé de guirlandes, des cannelles enivrant le gingembre et le gui, des joues rosies d’enfants, un sapin odorant, et vos pas sur la neige qui crissent et qui s’enfoncent dans la ouate fragile de nos Noëls d’antan.

Je vous souhaite un travail, une tâche accomplie, ce qui relie les hommes et partage la terre, peut-être création, thaumaturge ou d’ilote, mais un travail surtout, pour demeurer debout.

Je vous souhaite courage si la nuit est partout, si un mal vous dévore, si la faim vous poursuit, si l’amour s’est enfui sous les traits d’une blonde, si on vous a trahi.

Je vous souhaite espérance des grands soirs aux drapeaux, quand on croyait en l’Homme en reniant les Dieux, car pour changer le monde il faut d’abord rêver.

Je vous souhaite des villes aux bruissements exquis, des klaxons en délire, des musées en folies, la culture partout, la musique hors les murs, le piano sur la place et les artistes en vol.

Je vous souhaite l’école en forêt buissonnière, l’instituteur qui rit et rassure et rayonne, les passions dévorantes pour l’atome ou le vers, l’école qui accompagne et le riche et le pauvre dans la fraternité.

Je vous souhaite des plages sous tous vos pavés, et l’imagination défiant les pouvoirs, des chars rouillant au loin, le lilas et les roses unis vers le destin.

Je vous souhaite mémoire de tant de vies des hommes, pour ne pas oublier les charniers et les camps, pour les enfants perdus à chérir dans les guerres, celles du temps présent, celles qu’on n’entend plus, celles qui surviendront malgré tous nos efforts.

Je vous souhaite la force, pour transcender l’horreur, les éclats des obus fracassant la Syrie, les migrants qui se noient dans cette mer atroce, les peurs du Bataclan et tous nos chers Charlie. Pour oublier Bruxelles et les cris des enfants, Nice vêtue de noir, Berlin ensanglantée et tous ces êtres éteints qui étaient de lumière, qui de notre planète ont fait un cimetière, pour oublier que l’Homme décapite et éventre, pour oublier les femmes qui partout sont souillées.

Pour oublier les maux, les souffrances et les nuits, ceux qui sont si malades, ceux qui errent sans vie dans nos villes sans cœur, pour oublier réel qui souvent n’est que fiel.

Je vous souhaite confiance en un monde nouveau, que l’Humain se relève, que tous les gens qui rêvent dessinent leurs destins, je vous souhaite de changer la vie, de transformer nos mondes, et que 2017 s’envole comme mille hirondelles vers un soleil nouveau.

Et si… Happy birthday…!! #Noël #femme

Et si…

 

Il faisait chaud, tellement chaud.

L’éponge imbibée de vinaigre que venait de lui tendre une des soldates n’avait en rien étanché sa soif.

Elle jeta un coup d’œil rapide à sa main droite, sa bague avait été arrachée par le clou… Dommage, eut-elle encore la force de penser, c’est Jeanne qui la lui avait offerte…

Elle se souvint des derniers moments où elles avaient ri, toutes ensemble.

Elles avaient partagé le pain et le vin et même dansé un peu…

Jusqu’à ce que la treizième convive arrive, gâchant un peu l’ambiance. Pierrette n’avait pas voulu croire à cette histoire de reniement. Sacrée Pierrette, tellement solide, tellement fragile, pourtant…

Elle ferma les yeux. Toutes ces années… Tant de souvenirs, et pourtant, ces 33 années étaient passées si vite…

Tout se mêlait dans son esprit, depuis ses disputes avec les marchandes du temple, du haut de son adolescence houleuse, aux belles jarres de vin de Cana, en passant par l’eau lustrale du Jourdain, quand les douces mains de Jeanne l’avaient baptisée…

Elles en avaient parcouru, des chemins, avec ses amies, la courageuse Mathilde, la belle Marcia… Que de fous-rires, aussi, comme lorsqu’elles avaient marché sur l’eau, que de solitudes, pourtant, que de doutes, de tentations, de combats… Sa vie de femme mise au ban, malgré les tendresses de Jean de Magdala, toujours prêt à vouloir la frôler en prétextant quelques lavages de pied…

Marie lui avait aussi si souvent parlé de la première nuit, la nuit de l’étoile… Elle la connaissait par cœur, l’histoire de l’errance à travers Bethléem, de la paille de cette grange, de l’âne et du bœuf, des trois Reines Mages et de leurs encens…

Elle soupira.

Elle aurait aimé rester encore un peu ici-bas, mais elle savait que son temps était compté.

« Mère, mère, pourquoi m’as-tu abandonnée ? » gémit-elle soudain, envahie par une faiblesse somme toute bien humaine…

Soudain, une des deux larronnes se mit à chanter. Une belle mélopée, venue tout droit du pays des dattes et du miel.

Alors, elle aussi se redressa sur sa croix.

L’heure était proche. Elle avait une humanité à sauver. Ce n’était pas le moment de flancher. Elle regarda une dernière fois cette terre qu’elle aimait tant, sourit à Marie, agenouillée devant elle, puis s’abandonna à sa destinée, guidée par l’étoile, comme le jour de sa naissance.

***

 

http://pourainsidire.canalblog.com/archives/2007/10/12/6503528.html

j_sus

Ses yeux bleu-soleil comme un ciel de Provence: hommage à Jean d’Ormesson

Ses yeux bleu-soleil comme un ciel de Provence

 

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Ses yeux bleu-soleil comme un ciel de Provence,

Chaque phrase majesté, un hommage à la France,

Son sourire une danse où se pâmaient les Belles :

Notre Jean rayonnait comme mille étincelles.

 

 

Élégant et subtil il parcourait les mots,

Chevalier de la prose, des poèmes et du Beau.

La Pléiade l’accueillit tel un fils bien-aimé,

Car chacun de ses livres de succès se parait.

 

 

Il portait haut les verts, le bicorne mutin

Et les ors fabuleux de notre Académie.

Mais c’est aussi les humbles qu’il savait tant aimer,

 

 

Tout ce peuple de France qui le lui rendait bien.

Un bel homme de droite, que la gauche adulait,

Esprit rare qui toujours sut célébrer la vie.

Il me faudrait mille ans…

Bigăr Waterfall Caras Severin, Roumanie

https://www.youtube.com/watch?list=UUFdl9eVjbA5839cwS_CSYWA&v=AtCBE6UiQs0

Il me faudrait mille ans.

Pour rester une enfant et devenir adulte, pour vivre intensément et être catapulte, pour savoir la douceur d’un couchant apaisé, découvrir la Toscane ou avoir mes bébés.
Comment faire le tour de cette vie immense, comment trouver le temps des danses et décadences, être mère et amante, lire Dante, prendre tous ces trains et les avions qui chantent ?

Frissonner au matin lorsque le jour poudroie, marcher en toute neige et ne pas avoir froid, savoir faire du feu et les tartes aux groseilles, comprendre le chinois et le vol des abeilles ; jouer du clavecin, et puis du violon en un bal en Irlande, découvrir les sonates et rester la rockeuse de diamants, hésiter entre arpèges et soirées de défonce. Comment apprivoiser cet infini qui gronde, ce tsunami du temps, cette mort par seconde ?

Il me faudrait mille ans.

Pour lire tous les livres, parler les langues anciennes, me faire ballerine et me mettre en cuisine, pour aller au Pérou ou aux confins des mondes, pour aimer tous ces hommes au regard d’amadou, ou bien un seul amour que je rendrais si fou.

Je ne veux renoncer à l’appétit intense, je suis celle qui dit et qui vibre et qui danse, je me veux courtisane et amie et infante, je ne veux pas choisir.
Quand je ferme les yeux parfois je revois ces rayons de lumière où dansaient si graciles les infinies poussières. Je me sens particule élémentaire, de ma propre existence à peine locataire. « Si Dieu me prête vie » me disait ma grand-mère…Si Dieu me prête vie je n’aurais pas assez de ce temps dévolu pour aimer assez bien tous mes frères ici bas, et l’indienne en sari et le clochard d’en bas, pour adopter chinoise jetée aux détritus, pour élever mes enfants au regard ingénu, pour aider mes amis en chaque coin de rue.

Comment trouver la route ? Eviter nos déroutes ? Est-ce que j’aime Brahms ? Pourquoi dois-je choisir entre Bach et Johnny, pourquoi ne puis-je être Janis et Dame de Fer, mettre un jour un tailleur le lendemain pattes d’eph ? Pourquoi choisir la route et grandes découvertes plutôt que coin du feu et cultiver ma vigne ?
Quand aurai-je le choix ? Je me voudrais sereine et vraiment accomplie, je ne suis que vilaine aux sabots d’infinis, jamais en paix des braves, toujours dans la bravade et l’éternel regret…

Il me faudrait mille ans.

Pour donner naissance et allaiter bébés, pour écrire mes livres et ne pas renoncer. Découvrir Mexico et tous les Béguinages, adorer les Buddhas et prier en couvent, et puis manifester et taguer le réel, m’engager me mouiller me retrousser les manches, aider les sans papiers scier les vieilles branches, goûter tous mes fantasmes, oser en rire enfin, et revoir tous les films et relire tout Proust.

Parcourir la Bretagne aller à Compostelle, construire ce chalet et restaurer la grange, planter les ipomées élaguer ce vieux chêne apprendre à faire la sauce et rester mince toujours. Pour aller en Floride et aussi à Big Sur, écouter l’opéra mais danser sur les Stones, pour ne pas oublier la jeune fille en fleur qui jamais ne voulait perdre sa vie à la gagner, pour l’enfant que j’étais si tendre et si fragile, pour la femme accomplie qui choisit ses amants, pour l’aïeule à venir qui fera confitures, ou plutôt comme Maude saura parfum de neige…

La liberté d’une île. Le désert des tartares. Les grandes pyramides. Les lagons les Grands Lacs le Mont Blanc et les chutes, ma vie me bouscule comme en Niagara, et je roule aveuglée par mes rêves en défaite ne pouvant renoncer à ce sens de la fête. Mon rêve familier me hante en comète explosive, c’est celui d’une pièce inconnue découverte en mes murs, et je crie et je chante en découvrant heureuse comme une constellation, nouvelle Belletégueuse, et je parcours la pièce en m’y rêvant joyeuse…Au matin de ce rêve récurrent et magique, je me vis en futur et me sais à venir.

Il me faudra mille ans.

Pour enfin parcourir les couleurs de la terre, connaître les musées et les peintres et leurs cieux. Pour oser m’envoler sans parcours ni repère, pour faire les bons choix en agaçant les Dieux, pour ne plus regretter, pour enfin m’apaiser, pour te surprendre un jour quand tu auras grandi et aller à nos noces en robe d’organdi, pour en rire avec toi en nos folies ultimes, pour aller tout de go aux confins des ultimes, pour devenir sérieuse et ne plus m’affoler, pour me faire hirondelle comme on construit l’été. J’apprendrai la patience.

J’aurai mille impudences mais serai respectée, on lira mes intenses et je serai aimée. J’aurai droit à la plage sans me sentir coupable, et tous les murs brisés de forteresse ancienne auront capitulé devant un amour vrai.

Ce sera mon noël et mon temps des cerises, ma cité de la joie bruissera de cigales, tu m’attendras debout en aimant mes silences et ne m’accuseras pas de te faire une offense.

Il y aura les voyages et le retour au port, et l’odeur des vendanges en éternel retour, et les mots ribambelles et les cœurs paradis : séculaire et légère, elle sera l’heure exquise.

Sabine Aussenac.

http://www.sabineaussenac.com/

 

Ou pas (Hommage aux victimes des attentats #Bataclan)

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Putain ils assurent les gars incroyable ça déchire grave c’est vraiment dommage que Fred soit pas là il aurait kiffé grave en plus j’adore le look du type à la batterie faudra que je pense à me dégotter un blouson aux Puces un de ces quatre attends c’est quoi ça merde des pétards n’importe quoi ça craint c’est pas cool en plein concert oh merde non c’est pas des pétards putain ça tire là non je rêve ça tire sur nous putain ils déconnent là les gars de la sécurité y a un dingue qui nous vise ou quoi pas le choix je me jette au sol je vais ramper jusqu’à la scène et me planquer je rêve et dire que la semaine dernière on a encore fait l’exercice de PPMS avec les gamins j’ai passé l’heure à les rassurer je rigolais intérieurement je me disais que c’était du grand n’importe quoi leurs lois sur la sécurité l’état d’urgence tout ça bon cool mec respire un grand coup ça va le faire oh non la fille devant moi vient de se prendre une balle elle hurle et son ventre m’éclate à la gueule je détourne le visage une seconde trop tard quel con j’ai du boyau sur la joue mais je m’en balance complet parce que là ça tire de plus en plus fort je rampe comme un fou je ne vois plus rien j’ai du sang sur les yeux c’est un cauchemar bon ils font quoi là les flics elle est où la police putain de bordel quand on a besoin d’elle et les pompiers putain quoi merde on est en France en 2015 on paye des impôts pour être protégés non ça beugle de partout ça tire je crois qu’ils sont plusieurs j’ai vu des gens arriver à partir par des portes de derrière la scène semble vide mais je vais jamais arriver à passer les mecs et les nanas sont agglutinés au sol devant moi y en a des dizaines qui pissent le sang qui hurlent qui appellent leur mère je vois la blonde qui m’avait filé du feu dans la queue qui me regarde avec les yeux emplis d’effroi elle est touchée on dirait elle me supplie du regard de rester avec elle je cherche au fond de ma poche je tire mon bandana je lui file et je l’aide à entourer son bras ça pisse dru elle en a plein son chemisier blanc je lui murmure ça va aller reste cool reste au sol ne parle pas et juste là on entend les mecs s’approcher je vois rien j’ai la tête penchée vers le sol je bouge pas je suis couvert de sang et de bouts de cervelle putain pourvu qu’ils pensent que je suis mort putain Seigneur si t’existes et que là tu me files un coup de main je te jure je fais tout ce que tu veux genre je vais voir mes parents chaque semaine je touche plus un verre de ma vie j’arrête Tinder je passe le CAPES au lieu de jouer les contractuels depuis des années je me range des voitures putain je te jure attends là ça craint ils tirent apparemment sur tous les gens qui leur adressent la parole qui disent pitié pitié épargnez moi j’ai des enfants bam une rafale ils descendent tout ce qui bouge on est des lapins dans leurs phares ils nous foncent dessus comme des malades je veux pas voir ça je veux me réveiller Seigneur faites que je me réveille merde non ils m’ont touché je sens une douleur atroce qui explose mon genou ils m’ont tiré dessus les salauds je bouge pas je mords ma main jusqu’au sang faut qu’ils croient que je suis mort je bouge pas un cil je suis un cadavre je suis un cercueil je suis ailleurs je n’existe pas putain on dirait que ça a marché ils sont partis à l’autre bout de la salle punaise je regarde vers le bas mon jean est rouge vif je chope un truc qui traîne par terre sous une nana qui regarde vers le ciel vide avec ses grands yeux ouverts horrifiés je crois que c’est un tee shirt il est plein de trucs mouillés mais je m’en sers comme d’un garrot putain voilà enfin ça me sert de m’être farci la formation de secouriste l’an dernier allez mon gars t’es fort t’es un killer tu vas t’en sortir t’es John McClane je sais maintenant pourquoi je préfère Bruce Willis à Woody Allen au moins ça peut servir de bouffer des pizzas devant Piège de Cristal allez respire t’es encore là attends je sens que je pars non c’est trop con pas maintenant non non putain c’est pas vrai ça a pas changé combien de temps je suis resté dans les vaps je glisse un œil à ma montre merde deux heures chuis resté deux heures dans ce boxon y a moins de bruit que tout à l’heure on dirait on entend presque plus rien sauf de temps en temps un sanglot ou un cri suivi d’une rafale ils vont finir par partir non c’est pas possible je les entends de nouveau s’approcher j’ose lever les yeux ils sont jeunes merde mon âge ils regardent de l’autre côté je me glisse sous un type qui a l’air complètement froid déjà je fous ma tête sous son torse et je prie putain je prie de nouveau Allah Vishnou Jéhovah Bouddha allez les gars qui que vous soyez je m’en tape je suis avec vous j’irai au temple chaque dimanche putain ils arrivent ils vont voir le mec bouger avec ma respiration pourvu qu’ils tirent sur lui il s’en fout il est mort putain allez ou alors qu’on en finisse tant pis pour tous ces pays que j’ai pas vus tant pis pour mon job de toutes façons j’y croyais à moitié tant pis pour ce putain d’amour de toutes façons depuis Mathilde j’y crois plus mais je jure je jure devant Dieu que si je m’en sors je prends mon billet pour NY et je lui hurle devant la Statue de la Liberté que je l’aime depuis des années putain quel con j’ai été de l’avoir laissée filer ils arrivent ils tirent mais ouf ils ont dégainé sur son bide la balle frôle mon visage mais je vais bien merci merci merci Seigneur et puis merde ça tire encore non ils sont encore plus nombreux mais c’est pas vrai ah non on dirait que les flics sont là enfin j’espère je vois des corps qui bougent autour de moi je croyais que c’étaient des cadavres non c’était un leurre c’est l’armée des ombres ou la nuit des morts vivants je sais pas mais bordel on dirait le clip de Thriller du coup je tente de me relever aussi je pousse un beuglement d’enfer mais c’est bon plus personne ne tire j’essaye de ramper sur un côté et là la blonde de tout à l’heure qui tient un mec par la main me dit de la suivre elle me tend l’autre main on avance éclopés débraillés ensanglantés on gémit y a des grands gars en cagoule et uniforme qui nous montrent une porte je passe sur des dizaines de corps à terre y a des jeunes des vieux des gamins des couples encore enlacés les yeux grands ouverts une gamine éventrée un vieux motard barbu qui fait un doigt d’honneur dans son sang y a des trucs horribles genre on dirait la Syrie ou les camps de la mort mais je m’en fous je suis là je vais peut-être m’en tirer je sors c’est la nuit mais c’est fini fini fini

 

ou pas

 

 

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#balancetonporc et LE roman de l’égalité rêvée: « Free d’hommes », pour reconstruire un monde nouveau!

L’Homme a une puissance singulière qui se compose de la réalité de la force, et de l’apparence de la faiblesse.

Victorine Hugo.

Extrait du roman « Free d’hommes », en recherche d’éditeur…

Chapitre 1

 

Votre sexe n’est là que pour la dépendance. Du côté de la barbe est la toute puissance.

Moliéra (Jeanne-Basptistine Poquelin)

 

–           Alors, poupon, on se promène ?

Maxime passa non loin de l’échafaudage et, instinctivement, rentra un peu la tête dans les épaules et resserra les pans de son duffle coat marine autour de lui.

Elles étaient là, souriantes, debout sur les planches, insensibles au grand vent, truelle à la main, et, dès qu’elles le virent, les sifflets et les appels fusèrent :

–           Montre nous voir tes trésors, chéri !

–           T’es bon, hein, dis-le, que t’es bon !

Il pressa le pas sans même sourire. Il détestait ces moments où il se sentait livré aux regards avides de ces femelles costaudes et presque primitives. Oh, il n’avait rien contre les artisanes, la mère de son ami Kévin était maçonne, elle aussi, gaie comme une pinsonne, et chantait les romances de leur pays d’origine à tue-tête quand elle taillait les haies du jardinet ; hormis les samedis où elle forçait un peu trop sur le curaçao et battait le père de Kévin comme plâtre, ma foi, elle était charmante et toujours prête à rendre service.

Le pavillon était tout proche. Il se détendit un peu. Encore quelques rues, et il serait en sécurité. Depuis l’agression de Jacques, la semaine dernière, tout le quartier était en émoi, et son père, terrifié, lui avait fait la morale chaque matin. Sa belle-mère, Marielle, bien peu charitable ces derniers temps, l’avait même surnommé « Paule mouillée »… Et Paul, son peignoir serré autour de lui, regardait partir son fils et agitait la main en souriant tristement, comme s’il devait ne jamais revoir son Maxounet. – en fait, il le revoyait immanquablement au self, puisqu’il enseignait dans le lycée de Max !

Pourtant, là aussi, « ça » s’était passé en pleine journée. La prof d’EPS, la grosse Madame Dupond, était absente, et la classe avait donc pu sortir à trois heures, toute étonnée d’échapper aux hurlements de stentor de celle que le lycée tout entier surnommait Adolfa.

Les filles étaient restées devant l’établissement, appuyées sur leurs scoots, fumant et hélant les passants qui faisaient de grands détours pour éviter les crachats et les ricanements, ou étaient allées à la  Merlette Moqueuse, le petit troquet tenu par le couple de gayttes qui paternaient leurs adolescents et leur servaient de grands verres de menthe et de boissons énergisantes, fermant les yeux sur les joints parfois fumés aux toilettes.

Les garçons s’étaient éparpillés par grappes virevoltantes, certains avaient foncé au Monoprix acheter du blush et des fonds de teints, d’autres s’étaient installés sur le rebord de la fontaine de la place, et ils riaient, parlant fort et se trémoussant, les MP3 passant d’une oreille à l’autre ; Mehdi était même monté, enjambant l’eau pourtant glacée, sur l’Apollone qui tendait gracieusement les bras au jet d’eau, et Kevin l’avait mitraillé avec son nouvel I Phone. On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans, pensait Maxime, souriant intérieurement des bêtises de ses camarades.

Lui, l’intello de la classe, qui récitait du Rimbaude comme d’autres chantaient des chansons de Madonno, se tenait un peu à l’écart, et s’était éloigné assez rapidement, en compagnie de Jacques, l’ami de toujours. Bras dessus, bras dessous, les deux jeunes gens avaient longé la rivière en évoquant la colocation qu’ils prendraient après leur bac, quand ils « monteraient » sur Paris ou qu’ils s’installeraient à Bordeaux, selon leurs résultats.

Avant qu’ils ne se séparent pour prendre leurs bus, Maxime avait souri en regardant s’éloigner Jacques, son Jacques rêveur, blond comme les blés, dont la carnation fragile faisait penser aux lumières des tableaux des maîtresses flamandes. Toutes les filles du lycée lui tournaient autour, mais Jacques n’avait d’yeux que pour Fattoum, la belle Malienne de la cité des 2000. Dès qu’elle passait devant le lycée, juchée sur sa Harley, toujours souriante, malgré les regards obliques des filles de la haute ville, Jacques tantôt blêmissait, tantôt se mettait à glousser d’émotion.

Et puis la police avait sonné chez eux, vers 21h. Paul avait ouvert la porte, le tablier encore noué autour des hanches, s’essuyant les mains sur sa chemise rose.

–           Bonjour, m’ssieur, brigade des mineures ; on pourrait voir votre fils Maxime, s’il-vous-plaît ?

–           Marielle, viens, vite, s’était écrié son père en jetant un regard effrayé aux deux policières en uniforme qui scrutaient déjà l’intérieur du pavillon.

La mère de Max avait très vite pris les choses en main. Quelques instants après, avec son efficacité habituelle, l’avocate, qui s’apprêtait justement à plancher sur les volumineux dossiers qu’elle compulsait presque tous les soirs, un verre de vodka à la main, après avoir regardé quelque série d’action sur W9, avait fait assoir les inspectrices au salon.

Paul avait couru à la cuisine, jetant un rapide regard à sa coiffure au passage, remettant un peu d’ordre à son apparence malgré la fatigue de sa double journée, et était en train de préparer deux verres de limonade lorsque la Capitaine Bordeneuve avait prononcé l’inimaginable :

–           L’ami de votre fils Maxime, le jeune Jacques Duval, a disparu. Il semblerait qu’il ait été enlevé sur le chemin de l’école. Des témoins affirment avoir vu une femme le faire monter dans une camionnette de chantier, vers 16 h 30, au croisement du boulevard Montaigna et de la rue de la Générale de Gaulle. Mes femmes ont relevé des traces de sang sur le trottoir.

Impeccablement sanglée dans son uniforme, la Capitaine semblait ne ressentir aucune émotion, malgré la gravité des faits qu’elle énonçait. Son regard perçant sondait calmement chacun des protagonistes, comme si elle s’attendait à quelque révélation fracassante.

Maxime, qui venait juste de descendre de sa chambre, était resté sous le choc, pâle et tremblant. Il s’était précipité spontanément dans les bras de son père, qui le serra contre lui en tentant maladroitement de le rassurer. Mais Paul, de la cuisine, n’avait rien entendu du récit des policières.

–           Jacques sera passé chez Fattoum, à la cité, non ?

–           Non, papa, quand je l’ai quitté il rentrait directement, on voulait se retrouver sur MSN, et je n’ai eu aucune nouvelle depuis.

L’inspectrice reprit son récit, et commença à interroger Maxime, lui demandant si Jacques avait tenté de le contacter. Le jeune homme monta en courant chercher son portable, qu’il laissait souvent dans la poche de son sac. Effectivement, un avis de message clignotait sur l’écran de l’I Phone. C’était Jacques, laconique.

« A laid-nana hystero ma enlevé-prévien keufs »

Le jeune homme avait été retrouvé par des joggeuses trois jours plus tard, à moitié dévêtu. Il avait survécu par miracle, et avait perdu beaucoup de sang. La femme qui l’avait enlevé l’avait enfermé dans un cabanon abandonné au milieu des vignes et l’avait violé à plusieurs reprises, s’acharnant ensuite sur ses parties génitales et sur ses muscles pectoraux, lacérant le jeune garçon, le battant, lui faisant croire qu’elle l’achèverait ensuite. Jacques souffrait en outre d’un traumatisme crânien, et personne ne savait s’il serait un jour en état de…Maxime préférait ne pas s’imaginer le sort de son ami…

A moitié émasculé, hébété, roué de coups, Jacques avait réussi à se détacher durant une absence de sa ravisseuse, à présent activement recherchée. Hospitalisé, il avait déjà été entendu plusieurs fois par la Capitaine Bordeneuve, et l’enquête s’orientait vers la cité des 2000, malgré les protestations de la presse et des associations, qui criaient à la discrimination.

La petite ville était sous le choc et partagée entre colère et crainte, et deux clans s’étaient rapidement opposés. Le samedi avait même donné lieu à une confrontation violente sur la place de la Mairie : deux cortèges de manifestantes s’étaient opposés, les femmes de la cité, cagoulées et masquées, encadrées par les banderoles associatives, dénonçant la récupération de l’agression par l’extrême-droite, vociférant contre les manifestantes du clan d’en face, les commerçantes et autres habitantes du centre-ville, lesquelles hurlaient à l’exaspération et exigeaient des moyens de protections pour leurs fils. C’était le dixième viol depuis le début de l’année…

La mairesse UMP était sortie parlementer avec les manifestantes, et avait répété les derniers chiffres des violences faites aux hommes au micro, oui, 13% de plus en 2010, c’était insupportable, il fallait que cela cesse. Mais il ne fallait pas tomber dans les pièges du parti d’extrême-droite de Marin Le Pen, non, certainement pas, et elle demanda aux deux parties de se séparer dans le respect mutuel. Elle n’avait pas été entendue, et les groupes de casseuses avaient rapidement envahi les rues piétonnes et saccagé les vitrines ; on avait même incendié deux véhicules. Les médias s’étaient déchaînés.

Maxime poussa la porte du petit pavillon, relevant le courrier. Une lettre de ses grands-parents paternels, adressés à « Monsieur Marielle Chaptal », le firent sourire ; pépé Jean était décidément encore très vieille France, et persistait à écrire à son fils en adressant sa lettre au nom de sa bru. Paul s’énervait chaque fois, mais avait renoncé à demander à son père de cesser cette pratique. Le vieil homme n’en faisait qu’à sa tête, et puis quelle importance, après-tout ? Il était resté homme au foyer toute sa vie, et vivait en dehors de l’évolution de la société, n’ayant jamais compris que Paul veuille travailler au lieu de s’occuper des quatre enfants qu’il avait eu au cours de ses deux unions.

Maxime jeta son sac Hello Kitty dans l’entrée et se servit un verre de cacao, allumant machinalement la télé. Il zappa entre « Les feux de la passion », rediffusés pour la énième fois, avec leurs héros permanentés et leurs épouses ou maîtresses avides de pouvoir, et un match de rugby diffusé sur Canal ; l’équipe de Nouvelle-Zélande débutait le Haka, et il frémit en entendant les grognements et hurlements de ces tigresses féroces.

Vautré dans le canapé, Max regarda encore une série de pubs où de grandes blondes décolorées conduisaient des voitures plus racées les unes que les autres et où des ménagers souriants nettoyaient leur cuisine rutilante. Agacé, Maxime éteignit la télé, se jurant de ne jamais tomber dans ce schéma rétrograde ; il deviendrait journaliste, et dénoncerait cette société sexiste, où les hommes, même en cette aube de vingt-et-unième siècle, subissaient encore tant de violences.

En montant dans sa chambre, il passa à nouveau devant le grand miroir de l’entrée, et s’arrêta un instant pour observer son reflet. Celui d’un grand et beau garçon, à la coiffure rappelant celle des acteurs des années cinquante –il détestait les cheveux longs-, mais dont le visage ne portait aucune trace de maquillage, et à l’allure vestimentaire simple. Max était simplement vêtu d’un jean et d’un gros pull à col roulé, l’un des fameux pulls tricotés à la machine, dont pépé Jean inondait la famille…Max ne s’était pas encore décidé à explorer sa masculinité, se réfugiant souvent dans les livres et la musique. Il saisit son sac de classe et monta l’escalier quatre à quatre : la philo n’attendait pas !

****

Chapitre V

 

L’homme est un animal à cheveux longs et à idées courtes.

Arthurine Shopenhauer

 

En bas, au salon, Marielle avait déjà allumé la télévision, et avait d’office zappé sur la Deux. Davida Pujade et ses sourcils en bataille allaient donc accompagner le repas. De toutes manières, les jumelles avaient gardé leurs portables allumés et ne tarderaient pas à retourner à leurs jeux. Elles étaient tellement accros qu’elles s’envoyaient parfois des MMS d’une pièce à l’autre…Quant au petit Pierre, il souriait, tentant en vain d’attirer l’attention de sa maman.

La pièce débordait d’un joyeux désordre de famille recomposée. Le grand canapé d’angle était en partie recouvert par divers magazines, puisque Paul était un fervent lecteur de Cosmo et de Il, tandis que Marielle lisait régulièrement L’Expresse et était abonnée à La Terre. Paul avait d’ailleurs été publié deux fois dans le courrier des lecteurs du grand quotidien, mais l’avocate n’en faisait pas grand cas.

Plus loin, le vélo d’appartement tenait lieu de porte-manteau, les jumelles y jetant régulièrement leurs blousons. La console V Smile de Pierre, quant à elle, tentait de se faire une place face à l’hégémonie de la WII de ses grandes sœurs. Bref, Paul savait parfaitement pourquoi sa femme préférait inviter ses amies juristes à l’extérieur…

Il fit passer les pâtes et la salade, tout en coupant du jambon à son fils. Levant les yeux de l’écran, Marielle l’interrompit sur un ton de reproches :

–           Dis donc, et les jumelles, tu ne leur donnes pas de jambon ? Comment veux-tu qu’elles se musclent, sans apport de protéines ? Je te rappelle que leur entraîneur nourrit de grands espoirs pour elles ! Allez, zou, donne leur de quoi se transformer en Bastienne Chabale ! Si tu veux qu’elles aillent un jour en Nouvelle-Zélande, nourris-les correctement !

–           On, merci, mamanrielle ! On veut avoir les mêmes cheveux que Chabale, nous, s’écrièrent Agathe et Bénédicte d’une même voix.

Il faut dire qu’elles étaient devenues en quelques mois des graines de championnes, et que leur entraîneuse les voyait déjà, un jour, affronter les All Back Girls…

–           Marielle, ça te va bien, plaisanta Max, de donner des conseils de diététique à papa !

Marielle, en effet, carburait aux plats en sauce pris dans les petits restaurants bordelais jouxtant le Palais  et à la vodka, tout en se goinfrant chaque soir des petits cakes préparés par Paul. Son épouse avait déjà changé trois fois de taille de jupe depuis leur mariage, et Paul commençait à se demander comment il avait pu la trouver séduisante. Certes, ses pattes d’oie et ses tempes grisonnantes faisaient toujours craquer les jeunes stagiaires de la Proc’, mais bon, côté silhouette, Marielle n’était plus vraiment une Don Juane…

Car les femmes n’avaient aucun effort à faire, dans cette société où seule comptait pourtant l’apparence…Paul, lui, s’escrimait à mincir et à respecter des régimes depuis des années, pour tenter de conserver la ligne de ses vingt ans. Mais de toutes manières, il n’avait aucune chance, face aux corps superbes des jeunes faunes dévêtus hantant les papiers glacés des magazines de mode…

–           Dites, on ne va commencer à se disputer au sujet de la nourriture, allez, faites un effort, s’exclama-t-il en ignorant délibérément la réflexion de sa femme. J’ai besoin de vos conseils. Il faut que nous réfléchissions tous à la façon dont nous pourrions aider Mehdi, vous savez, mon élève de première S que ses parents veulent enlever au bled. Baisse un peu le son, Pierre, mon poussin.

–           Punaise, chéri, on est vraiment obligés de parler de ça à table ?  rugit Marielle. Le repas est le seul moment où je peux un peu décompresser après le bureau, j’ai vraiment pas envie de réfléchir. Tu me prends la tête, comme diraient tes filles.

–           Mais Marielle, c’est hyper important, renchérit Max, toujours prêt à défendre son père quand le sujet était grave. J’ai entendu Mehdi en parler à la récré, il pleurait. Il paraît que ses parents veulent le marier à une cousine qu’il n’a jamais vue, et qu’il ne pourra même pas aller jusqu’au bac !

–           Mais enfin, fichez donc la paix aux gens, explosa l’avocate. Il y a des lois, il y a des textes, et si ce garçon le souhaite, il n’a qu’à prendre rendez-vous avec mon secrétaire. Je me renseignerai, si tu le veux vraiment, Paul, mais tu sais, je suis pessimiste…

Les pays du Maghreb ne sont pas tous signataires de la convention de la Haye, je vois déjà les pires situations lorsque les femmes enlèvent les enfants à des pères impuissants pour les faire vivre en Algérie ou au Maroc, alors le droit des enfants et des adolescents, hum, j’ai un doute…

Il monta à nouveau le son de la télé, et toute la famille put admirer la croupe d’une vache, amoureusement caressée par l’ancienne présidente, Jacquotte Chirac. Presqu’ému, Paul se dit que malgré les accusations diverses, entre malversations financières et scandales, la Présidente Chirac avait au moins eu ce lien privilégié avec la France d’en bas, comme en témoignait l’ovation que lui faisaient les agricultrices devant les caméras de France Télévision…

La Présidente Sarkoza était décidément bien moins consensuelle…Entre les murmures musicaux de son époux, le « sublimissime » Karlo, qui s’obstinait à poursuivre une carrière dans la chanson, et les tics nerveux dont était affublée la présidente, les humoristes se déchaînaient…

–           P’pa, j’ai une idée, lança Max, que le Salon de l’Agriculture intéressait très moyennement. Je vais créer une page Facebook, et organiser un « Flash mob » au bahut. Ce s’ra très facile, on se prévient tous par Twitter, et en quelques heures on vient, par exemple, tous en djellaba et en voile en cours. Qu’est-ce-que t’en dis ? Je crois que ce s’rait un signe fort d’utiliser ce « symbole vestimentaire », comme dirait le prof de philo ! Et toi, tu pourrais faire un article dans Le Post ?

–           Pas mal, ton idée, mon chéri. Et où comptes-tu trouver les robes et les foulards ?

–           Ben…avec l’aide de Kamel, du Kébab. Son père tient un stand aux Puces de Saint-Michel, à Bordeaux, et il n’aura qu’à piquer dans les stocks !! Sa mère ne dira rien, elle est cool, pas du tout de mèche avec les « chevelues »….

–           Hum…Tu sais, je n’aime pas que tu emploies ce terme, même si moi non plus je ne comprends pas ces extrémistes. Ne tombons pas dans le panneau des fractures religieuses. Laisse ce terme de « chevelues » aux imbéciles du FN, va…Bon, d’accord, moi aussi, ça m’énerve, quand je croise ces femmes avec les longues chevelures défaites, et leurs époux voilés, le vendredi, avant leur grande prière, mais nous devons les respecter…Je me demande si ce happening est une vraie bonne idée…

–           Et tu trouves ça malin, Max, de te lancer dans du deal de burqas ? intervint Marielle, qui s’apprêtait à zapper sur W9, où sa série préférée allait commencer.

–           Oh, écoute, c’est pour la bonne cause…Tiens, regarde, ajouta-t-il en faisant défiler les photos sur son I Phone, et en montrant l’image à son père, c’est lui, Kamel, le gars du Kébab ; il est super sympa ! Allez, je file, je vais créer la page Facebook ! Merci, p’pa , c’était délicieux !

Les jumelles avaient déjà disparu dans leurs chambres, et Pierre, sagement, avait commencé à débarrasser. Pour une fois, il n’imitait pas ses sœurs en refusant de participer aux tâches ménagères…Paul regarda sa femme s’affaler sur le canapé et se verser sa vodka, alors que Walkyrie Texas Rangera commençait. Chucka Norris dégainait déjà, alors que ses adjointes faisaient valser des coupables…

Décidément, entre Les Expertes et Jules Lescault, que ce soit les séries américaines ou françaises, Marielle était bien loin du vernis culturel qu’elle avait fait miroiter à son époux avant le mariage…Paul se souvenait encore des promesses de Gasconne que l’avocate lui avait tenues ; ils iraient ensemble au théâtre, à l’opéra, écouter Frédérique Chopin, puisque Paul aimait tant le piano, et puis à Paris, voir des expos… Paul soupira, et noua à nouveau son tablier pour commencer à vider le lave-vaisselle.

Bon, bien sûr, son côté « homme au foyer » était toujours présent, il aimait mitonner des petits plats à sa maisonnée, et faire briller les cuivres après avoir amoureusement concocté ses fameuses confitures de mûres ou d’abricots, mais le quotidien solitaire et répétitif des tâches ménagères l’exaspérait, même si Manuel, son homme de ménage portugais, venait faire le plus gros des travaux une fois par semaine.

Les repas à varier, les cartables à vérifier, le linge, encore et toujours, les salles de bain à éponger – au bout de plusieurs années de mariage, Marielle n’avait visiblement pas encore perçu l’usage précis d’un tapis de bain… -, Paul avait l’impression que la ronde du ménage ne s’arrêtait jamais.

Et il se devait d’être tout aussi performant dans le cadre de son emploi. Tout en étant censé rester un homme au top de sa séduction ! En témoignait l’heure qu’il passait chaque matin devant le miroir, à traquer les poils, à essayer de nouveaux fonds de teint, avant d’enfiler les plus glamours de ses caleçons sous ses costumes colorés…Et dire que Marielle…ne le regardait presque plus !

Il boucla le rangement du soir en deux temps, trois mouvements, mit encore la table du petit déjeuner, avant de s’autoriser à monter dans son antre, dans son bureau.

***

« Free d’hommes », une fable inversée dans laquelle les femmes auraient eu le pouvoir depuis la nuit des temps et dans toutes les civilisations, mais ancrée dans l’actualité car basée sur nos réalités…Ce texte s’inscrit dans toutes les problématiques actuelles, du harcèlement de rue au « #balancetonporc », de l’écriture inclusive au plafond de verre, et serait un formidable outil de réflexion.

http://sabineaussenac.blog.lemonde.fr/2015/11/25/free-dhommes-et-si-nous-changions-le-monde/
Je suis en recherche d’édition…J’ai fait paraître le roman en format numérique et en auto édition, mais rêverais de trouver un véritable support.

Un grand souffle joyeux inonde les vitraux #Toulouse #PianoauxJacobins

 

La lumière est divine et le mal bien lointain,
Dans l’église apaisée le jour se fait serein:
Un grand souffle joyeux inonde les vitraux
Qui s’élancent en corolle, embrassant le Très Haut.

Aux Jacobins l’Histoire caracole, immobile,
Et les touristes prient au doux cœur de la ville…
Le palmier irradie sa splendeur purpurine
Et la pierre respire, embrasée et mutine,

Ces mille chatoyances quand soleil déluré
Vient saluer les ombres des gisants et des cierges.
Dans le cloître fleuri un piano se fait fugue;

On croirait voir furtives des moniales pressées
Rejoignant leur autel pour adorer la Vierge…
À Toulouse le futur au passé se conjugue.

http://www.poesie-sabine-aussenac.com 

http://www.pianojacobins.com/-Programme-.html

https://www.facebook.com/pianojacobins/

https://fr.wikipedia.org/wiki/Ensemble_conventuel_des_Jacobins

Des mères, de leurs fils et des lumières qui deviennent des nuits… #Barcelone #attentat

Goya, Saturne.

Elle était belle, ta maman. Je l’imagine, toute fière de te serrer dans ses bras, tu avais ces yeux de braise, aussi flamboyants que le soleil sur le Riff, et puis tu ressemblais à ton père, et tes parents t’aimaient.

Elle passait tendrement la main sur tes cheveux tout brillants de la sueur de l’enfance, le soir, en te murmurant des comptines qui parlaient de palmiers et de mirages, d’espérances et de grand vent.

Ta maman, tu lui tenais souvent la main, parce que tu n’as pas toujours été ce guerrier sûr de toi, non, tu étais un petit garçon tendre et affectueux, et elle te nommait « habibi », et tu te cachais en riant derrière les coussins brodés, et elle te trouvait en éclatant de rire aussi, et à la tante Fatima elle disait toujours :

  • Tu vois, mon fils, comme tu le vois il ira loin, il sera docteur, ou peut-être avocat.

Ta maman, je ne sais pas très bien si elle t’a élevé dans les Quartiers Nord de Marseille ou dans un village de l’Atlas, ou peut-être sous le soleil d’Alep ou dans une rue fleurie d’Andalousie, mais je suis certaine d’une chose, c’est une maman, une de ces mamans douces et bienveillantes, qui t’a sans doute gavé de sucreries et de loukoums, qui a essuyé tes larmes, la nuit, lorsque tu faisais des cauchemars parce que le maître criait trop fort, et qui longuement t’a bercé pendant les fièvres de l’enfance.

Elle était belle, aussi, cette maman qui tenait la main de son fils sur les Ramblas. Elle sentait, elle aussi, comme sentent les mamans, tu sais bien, ce mélange de vanille et de fleur d’oranger, elle souriait à son petit garçon, et ce petit garçon te ressemblait, on aurait dit un jumeau de celui que tu étais quand tu tenais la main de ta maman, et il faisait beau sur Barcelone, et cette maman qui aurait pu, peut-être, pourquoi pas, par le hasard des rencontres, de la génétique, de la vie, être TA maman, cette maman tu l’as délibérément écrasée, comme on écrase un insecte nuisible d’un coup de pied rageur ; tu as tenu le volant entre tes mains et tu t’es imaginé être Dieu, tu as eu soudain le droit de vie et de mort sur cette femme qui avait enfanté comme ta mère t’avait enfanté et tu l’as réduite en bouillie, et son fils aussi, et tout ce sang rouge qui a coulé t’a mis en joie, puisque tu as continué, au volant de ta camionnette blanche.

 

Elle est magnifique, ta sœur. Tes parents l’ont appelée Nour, parce qu’elle a été la lumière de leurs vieux jours, et tu te souviens encore de la fragilité de ce petit être qui peu à peu est devenue cette gazelle souriante dont tous tes amis étaient fous amoureux.

Vous étiez si complices, t’en souviens-tu ? Je ne sais pas si c’était devant les dessins animés de TF1 ou sur la plage de l’Escala ou en courant dans les allées encombrées du souk, mais vous vous adoriez, et puis en grandissant vous avez lu les mêmes livres, c’est toi qui l’as accompagnée le jour de son entrée au lycée, tu étais fier et protecteur.

Ensuite, tu as tout fait pour qu’elle te suive dans tes cheminements, mais elle était têtue, la petite Nour, devenue Nour l’indomptable, elle se moquait même de toi quand elle te voyait partir de plus en plus souvent à la Mosquée, et elle t’a carrément ri au nez quand tu as voulu lui faire porter le voile intégral.

  • Mais tu es majnoun, frère ? Tu m’as bien regardée ? Je ne suis pas Beyoncé, mais je me sens bien comme ça, je me sens belle et libre, et je n’ai pas besoin de me voiler pour afficher ma foi. La lumière du Prophète brille dans mon cœur.

Est-ce à elle que tu as pensé, aujourd’hui, en fonçant sur ce groupe d’adolescentes en short, leurs belles jambes brunies battant gaiment le pavé des Ramblas, leurs cheveux au vent qui ondulaient tandis qu’elles chaloupaient en pouffant, se tenant par la taille ? Elles auraient pu être tes sœurs, belles, libres, jeunes et fières de leur beauté et de leur jeunesse. Chez elles, en Chine, en Belgique, en Allemagne, en Grèce, il y a sûrement dans chacun de leurs foyers un frère en train de hurler de douleur à l’idée que jamais plus il ne rira, un beau soir d’été, en regardant les étoiles, avec sa petite sœur. Parce que toi, au volant de ta voiture folle, tu as délibérément écrasé ces sœurs qui auraient pu être les tiennes, sectionnant leurs artères, brisant leurs os, réduisant leurs voix et leurs âmes au néant.

 

Et ton ami Juan, t’en souviens-tu ? Vous vous étiez rencontrés sur les bancs de la fac, ou peut-être dans un atelier de chaudronnerie, ou encore devant une agence pour l’emploi, à Perpignan, ou à Madrid, ou à Rome, est-ce si important ?

Juan, comme un frère pour toi. Tu te souviens encore de cette première soirée passée à regarder la Finale, vos cris, les bières partagées, parce qu’à cette époque tu n’étais pas le dernier à lever le coude, et puis votre virée en Andorre, et puis les vacances au camping vers Narbonne. Juan, toutes filles n’en avaient que pour lui mais tu n’étais pas jaloux, et vous pouviez parler des nuits entières, ou simplement rester là, au pied de la Cité, à fumer des pétards, à l’époque où tu en fumais encore, à moins que vous n’ayez partagé des manifs et des colloques…

Il était là, Juan, tu ne le savais pas, tu ne l’as même pas reconnu, de toutes façons cela fait des mois, des années que tu ne l’as plus vu, lui, ton presque frère, ton jumeau astral comme disait sa mère que tu aimais tant aussi, la douce Carmen, justement, elle se tenait devant ce petit magasin avec son fils que tu n’as pas reconnu car tout s’est passé si vite que quand tu l’as heurté de plein fouet et sa mère aussi, tu n’as rien vu, ni leurs visages soudain déformés par l’indicible douleur, ni leurs corps déchiquetés, tu as juste entendu le bruit épouvantablement sourd du choc et tu t’en es réjoui car tes nouveaux amis, les Barbus, t’avaient ordonné de faire le plus de dégâts possibles et tu as obtempéré, tu as donc aujourd’hui tué des mères qui auraient pu être ta mère, des enfants qui auraient pu être tes frères et sœurs et des jeunes qui auraient pu être tes amis, peut-être même Juan, ton ami, et moi je te demande comment tu en es arrivé là, ce qui s’est passé pour que le petit garçon tendre que tu étais, l’adolescent timide, le travailleur acharné, ou peut-être l’étudiant rêveur, ou encore le chômeur taciturne, mais sympa, serviable, toujours prêt à donner un coup de main, pour que ce fils, ce frère, cet ami devienne un assassin, un tueur en série, un tueur à gages à la solde des Mafieux de DAESH, et au-delà du fait qu’il est hors de question que nous cédions d’un pouce à l’asservissement de la terreur et que cette terreur devienne aussi douce qu’une habitude, j’exige de nos gouvernants qu’ils prennent la mesure des enjeux psychologiques de ces embrigadements, de ces détournements d’esprit qui font de nos jeunes des bêtes immondes.

 

Je ne sais pas où tu as oublié que ta mère t’avais aimé, jusqu’à trouver la force d’aller de sang-froid tuer des dizaines d’autres mères, je ne sais pas qui t’a ordonné de vouloir mettre ta sœur en cage et sous verre et sous voile et même, au-delà, d’oublier que tu avais aimé cette jeune fille jusqu’à aller en pleine conscience en écraser d’autres qui lui ressemblaient, je ne sais pas pourquoi tu as oublié que tu avais des amis qui comme toi riaient et buvaient de la bière en écoutant du rock pour t’imaginer aujourd’hui faire la justice en ce monde et assassinant tous ces jeunes qui innocemment s’amusaient sur les Ramblas, mais il me semble qu’il est urgent de renouer avec l’éducation, avec l’idée de la déradicalisation, car c’est possible, les Allemands et les Alliés nous l’ont prouvé après le nazisme, quand eux aussi ont réussi à transformer un peuple de délateurs zélés, de partisans illuminés et de racistes fous en une nation partenaire, respectueuse et engagée dans la défense des Droits de l’Homme et des valeurs de paix.

 

Je ne connais pas ton nom. Peut-être es-tu, ce soir, mort, comme l’assassin de ma ville rose, dont je n’écrirai même pas le nom, qui avait été tué après avoir abattu d’une balle dans la tête la petite Myriam, et les enfants du rabbin, et le rabbin, enfants qui là aussi auraient pu, qui sait, être ses petits frères, s’il avait vu le jour de l’autre côté du périf, sur l’autre berge de Garonne ou dans l’autre quartier de Jérusalem…Toutes ces vies croisées, celles des victimes et celles de leurs assassins, toutes ces explosions, tous ces hurlements, quand au départ il y a eu toujours la même histoire : celle d’une mère qui tendrement donne le jour et le sein à un enfant.

Une mère te pleure sans doute ce soir, toi, odieux meurtrier devenu enfant soldat de DAESH, toi qui as osé ôter tant de vies quand cette mère t’avait donné la lumière.

Je ne veux en aucune façon t’excuser, et je pense que si tu avais touché à un cheveu de ma famille je serais peut-être venue en personne t’arracher les yeux. Mais je souhaiterais que nos sociétés, en urgence, mettent en place des réflexions et surtout des actions efficaces de lutte contre la radicalisation.

J’aurais voulu te parler de la France…#Nice

 

Ich bin eine Berlinerin!

Je suis Charlie ou l’Invincible été

Je suis Pays de France, et je me tiens debout

Le luth s’est brisé…#Jesuis Lahore

Cinq façons de ne pas devenir fou après un attentat #Bruxelles

Little girl from Manchester…

http://www.huffingtonpost.fr/sabine-aussenac/myriam_1_b_1371928.html