Jaune soleil… #giletsjaunes #France #politique #solidarité #BlackBlocs #police #révolution #Auvergne #nouvelle #tragédie

Cette nouvelle a fait partie de la première sélection du concours de l’Encrier Renversé de Castres en 2019.

crédits France Bleu Pays d’Auvergne

Il leva les yeux en passant derrière les grilles du Jardin Lecoq. Tout était là, à l’identique, la roseraie qui frissonnait dans l’air glacé de l’aube, les balançoires figées sur le sable encore humide de la nuit, et le petit lac autour duquel les jumeaux aimaient tant courir avant de manger une glace sous la verrière du café…

Il rabattit la capuche de sa parka et s’attaqua en boitant à la côte qui montait à l’assaut de la haute ville, sentant les aspérités des outils jetés en vrac dans son sac à dos lui chatouiller les côtes. Il avait eu de la chance en roulant très tôt depuis Cournon, ne rencontrant aucun barrage avant de se garer sous le viaduc, non loin du parc. D’autres ombres se profilaient le long de l’avenue, et toutes se ressemblaient, emmitouflées, encapuchonnées, chargées de sacs ; beaucoup portaient des casques, et, souvent, une pancarte surgissait de la pénombre. « Nous sommes l’aube », déchiffra-t-il en souriant.

Robert sentit une vibration dans la poche de son jean. Il s’empara de son vieux téléphone à clapet et lut le sms de Jeanne :

-Fais attention à toi, mon Robinou.

Il sourit, comme chaque fois qu’il pensait à sa mère capable, depuis la souillarde de sa petite maison de pierres, de trouver le seul endroit du village d’où elle « captait les ondes », comme elle disait, malgré ses quatre-vingt-treize ans … Oui, il serait prudent, et ce ne serait pas sa première manif ! C’est qu’il en avait fait, des défilés du Premier Mai, arpentant les grandes rues bondées de la cité auvergnate, quand ils s’élançaient, tous les camarades, depuis les usines Michelin, fiers de leur ville et de leurs pneumatiques, aussi gonflés d’orgueil que le Bibendum… C’était la belle époque, on ne se posait pas de questions, on se contentait de se lever le matin, de prendre une gamelle préparée avec affection et d’enfiler son bleu, on acceptait les cadences et les trois-huit, et puis le samedi on allait au stade pour supporter l’ASM, et l’été on remontait au village, chez ses parents, à Murol, pour voir miroiter le lac Chambon et humer l’air gras des pâtures…

Il ne savait plus très bien quand la cassure avait commencé. C’était comme si la glace recouvrant un étang s’était brisée peu à peu, avec d’infimes craquements, des lignes de failles imperceptibles, avant de céder net sous le poids de quelque promeneur un peu trop aventureux… Un monde, son monde, leur monde avait peu à peu sombré, la grande Histoire rejoignant la petite, et souvent, un vertige lui venait quand il essayait de recoller les morceaux du miroir soudain sans tain. À l’usine, les visages, de rubiconds et joyeux, s’étaient mués, au fil des ans, de plans de restructuration en délocalisations, en masques grisâtres et fermés ; on attendait son tour comme attend la Camarde, nul ne savait qui elle frapperait, cette grande loterie de la mise au chômage… C’est à ce moment-là que Robert avait arrêté de cotiser, puisque plus rien ne faisait sens : on eût dit qu’une longue nuit était tombée sur les usines.

Et puis Martine était tombée malade, et c’était comme si le soleil lui aussi s’était alité, et leur vie ne fut plus, de longues années durant, qu’espérances et tristesses, au gré des errances médicales, des longues semaines dans ce sinistre hôpital qui ressemblait à une prison, des périodes de rémission et de celles où il tentait, impuissant, d’apaiser les douleurs sans fin de sa chère épouse qui se mourrait. Cette année-là, les jumeaux perdirent leur maman et leur enfance, et leur grand-père, aussi, qui reposait au petit cimetière de Murol, tandis que Martine avait voulu repartir en Bretagne, elle qui n’avait même pas pu revoir l’océan une dernière fois… Robert passa devant l’hôpital et, comme chaque fois qu’il empruntait ce chemin, détourna la tête pour ne pas voir la fenêtre de la chambre 125, celle où sa petite Bretonne, qu’il avait rencontrée pendant son service et aimée au premier regard, s’était éteinte en lui faisant promettre d’être heureux et de veiller sur leurs jumeaux…

Si seulement il avait pu tenir cette promesse… Si ce satané camion n’avait pas croisé sa route un soir de décembre, quand il rentrait de Murol sur la petite route verglacée, faisant de lui un infirme, un éclopé, incapable de garder son poste à l’usine… Il s’en était fallu de peu pour qu’il ne sombre pas entièrement : la perspective de l’invalidité lui avait donné la force de se battre. Mais les longs mois passés en rééducation, loin des enfants qui s’étaient retrouvés en foyer, puisque ses propres parents faisaient face à l’agonie de son père et n’avaient pas pu les accueillir à Murol, avaient sonné le glas de cette vie rythmée par les habitudes et la douceur d’une famille. À son retour, il avait certes retrouvé, grâce aux camarades du syndicat qui ne lui avaient jamais reproché sa défection militante, un poste adapté, mais jamais un rapport normal à ses enfants.

La Place de Jaude se profilait à présent devant lui et grouillait déjà de monde. Les médias l’avaient annoncé, et La Montagne avait prévenu ses lecteurs qu’il vaudrait peut-être mieux éviter de venir se promener vers le Centre Jaude en ce samedi : et en effet, ils étaient venus en masse, de toute la France, et même, apparemment, d’autres pays. Ils se frayaient un chemin depuis les quatre points cardinaux, et, contrastant avec l’onyx de la pierre noire de Volvic et avec les façades sombres de la vieille ville, tout ce jaune soleil faisait comme un éblouissement. Un grand cortège couleur d’épis était venu en ondulant depuis le Nord, comme si la plaine de l’Allier tout entière se jetait soudain vers Clermont ; on se bousculait sur les routes et on faisait des haltes joyeuses aux ronds-points, comme chaque samedi, prêts à se colleter avec la France d’en haut, celle de l’ordre établi et des bourgeois. On était venu depuis les belles endormies de Vichy, pastilles en poche, ayant laissé la ville d’eau sagement blottie en ses certitudes, passant Riom, Chatel ou Cébazat et on marchait, ayant laissé les voitures près du stade ou des usines, en rangs déjà serrés.

Une autre vague toute dorée avait fusé depuis l’est, les klaxons avaient résonné en traversant Pont-du-Château et Lempdes, passant joyeusement l’Allier avant de se ranger vers le parking du Leclerc, et voilà qu’on déambulait, banderoles et fumigènes à la main, en remontant l’avenue Anatole-France et la rue de la Pradelle, avant de rejoindre, boulevard Côte Blatin, les sudistes, ceux qui arrivaient, comme bronzés, d’un bel ocre lumineux, depuis les Martres, La Roche ou Romagnat, encore tout pleins des odeurs de leurs vallées, fleurant bon la campagne, et surtout nantis, eux aussi, de leurs gilets fluos. Et bien sûr, l’ouest n’était pas en reste, c’était comme si tout le parc naturel des Volcans était passé du vert au jaune canari, puisqu’on avait quitté qui Royat, qui Durtol, qui Chamalières, même, en une ultime offense à Giscard, pour rejoindre les Salins et apporter un peu de l’air pur de la chaîne des Puys à toute cette foule déjà bien compacte et excitée…

Machinalement, Robert se redressa, comme chaque fois qu’il se trouvait avec des camarades. Cela faisait bien longtemps qu’il n’avait plus vécu de pareils moments, et, pour rien au monde, il n’aurait loupé les fameux « Actes » qui avaient rebaptisé les samedis de l’Hexagone. Car ces retrouvailles hebdomadaires redonnaient du poil de la bête à tout ce petit peuple de France qui, durant de trop longues années, avait courbé l’échine, las des discours fallacieux des uns et des fausses promesses des autres, englué dans des dettes et des crédits, mis au ban de la société des « nantis », ne pouvant même plus partir au camping quand d’autres narguaient l’opinion depuis quelque yacht ou sur des terrasses parisiennes célèbres… Plus qu’un autre, Robert s’était retrouvé dans ce profil des « classes moyennes » surendettées, étouffant à petit feu sous les coups du sort qui l’avaient privé de son épouse d’abord, après des années de soins coûteux, puis de son travail de contremaître, de sa dignité, tandis que ses enfants s’étaient pris, eux aussi, leur appauvrissement de plein fouet : après son reclassement, ils avaient finalement été contraints de quitter leur petit pavillon de la rue des Jardins à Aubière pour un HLM miteux à Cournon, et même si mémé Jeanne continuait à les attendre à bras ouverts vers le lac Chambon, leur offrant ses bugnes, son sourire et ses confitures de myrtilles, plus rien n’avait été pareil après la mort de Martine et leur déménagement.

Une grande silhouette encapuchonnée le héla, et Robert reconnut Pierre, son ami cégétiste, un ancien cheminot lui aussi de tous les combats. L’ami Pierrot lui tendit une tasse de café brûlant, et s’éloigna de quelques pas du braséro devant lequel une dizaine de gilets jaunes cassaient la croûte, comme au bon vieux temps des manifs noyautées par la CGT.

-Alors, tu t’es pas fait arrêter ? Moi ils m’ont chopé rue Delille, la maréchaussée dans toute sa splendeur, j’ai tout laissé dans une poubelle quand je les ai vus, je suis vert, Marie m’avait même commandé une cagoule spéciale sur Amazon pourtant…

-Non, j’ai été plus futé que toi et surtout, je me suis levé plus tôt, pour échapper aux barrages ! Regarde !

Et, devant Pierre médusé, Robert extirpa de son sac un marteau, une hache et trois énormes pavés.

***

Vincent s’était réveillé à l’aube, en sursaut, comme chaque matin. C’était toujours ce même rêve, ce cauchemar incessant dans lequel il plongeait vers une voiture en flammes juste avant qu’elle n’explose, alors que sa sœur jumelle était dedans… Le psy de la caserne lui avait dit qu’il devait souffrir de stress post-traumatique, entre la mort de sa mère, l’accident de son père et les mois de commando au Mali, mais Vincent n’arrivait pas à faire le lien avec la présence de sa sœur dans ce rêve récurrent, d’autant que les jumeaux ne se parlaient plus depuis dix ans… Tout avait commencé durant leur année de troisième, quand ils avaient été placés en famille d’accueil, soudain privés de tous leurs repères par l’Aide Sociale à l’Enfance qui, croyant bien faire, avait transformé deux enfants affectueux et rieurs en adolescents haineux et privés de repères.

Lui s’était réfugié dans la violence, usant de ses poings comme d’une arme, ne rêvant que d’en découdre avec ce monde injuste qui l’avait amputé de sa propre vie. Très vite, il avait quitté l’école, se retrouvant en apprentissage, fuguant de deux familles d’accueil, ne répondant même plus aux appels angoissés de Julie. Quand leur père avait été en état de les reprendre à ce qui n’était même plus « la maison », il avait tenu deux mois avant de s’engager. Comme elle lui avait manqué, son Auvergne, quand il arpentait l’air désolé des déserts, son barda sur le dos et la haine vibrionnante des Fous de Dieu autour de lui ! Chaque dune gravie lui rappelait les points de vue grandioses depuis ses Puys verdoyants, et chaque village traversé lui vrillait la nostalgie au cœur, quand il apercevait les mères entourées de toutes leurs ribambelles d’enfants, souriant timidement à ces visages imberbes et fermés censés les protéger de leurs propres frères devenus fous…

Finalement, c’est l’armée qui avait réussi à rattraper les erreurs des services sociaux défaillants et d’un père maladroit, redonnant au jeune homme le sentiment de faire partie d’une famille, lui rendant ces valeurs qui avaient été siennes durant son enfance simple, mais heureuse, et peu à peu l’envie lui était venue de retrouver sa douce France après avoir vu le monde, à l’instar de ses ancêtres bretons… C’est ainsi qu’il avait postulé pour intégrer un escadron de CRS, ce qui, au vu de ses excellents états de service, s’était fait sans mal, et qu’il se retrouvait, par le plus grand des hasards, en ce samedi de l’acte XV, au pied du Puy de Dôme qu’il n’avait pas revu depuis des années… Il demeurait sans nouvelles de Julie qui, depuis le jour où il s’était engagé, ne lui avait plus jamais adressé la parole, toute pétrie des idéaux « gauchistes » dont elle s’abreuvait à la fac, et n’avait jamais réellement réussi à renouer avec son père.

Depuis le fourgon où il patientait depuis le matin, Vincent avait aperçu les grands arbres du Jardin Lecoq, et il se demandait une fois encore comment il avait pu s’éloigner autant de cette jumelle dont il avait été si proche…

Il se souvenait de leurs rires incessants sur le chemin de l’école, de leurs dimanches passés à s’écorcher les genoux dans les ronces entourant le potager de mémé Jeanne, le visage barbouillé de jus de sureau, des longues promenades que Martine leur faisait faire le long des berges du Chambon et des tours empierrées du château de Murol, du haut desquelles il se prenait pour un Comte d’Auvergne… Le matin, leur grand-mère les amenait souvent à la messe, leur faisant faire chaque fois une découverte différente, voulant offrir « ses » petites églises romanes aux jumeaux, essayant de leur transmettre sa foi de charbonnière, et surtout son amour pour les vitraux et les Vierges Noires. Un jour, on s’agenouillait à l’église Saint-Ferréol de Murol, tandis qu’un autre on devait dire un Notre-Père à Saint-Nectaire, quand on ne rêvait que d’aller caresser les vaches des cousins…

Très vite, Julie s’était rebellée, déclarant que Dieu n’existait pas puisque sa mère était malade, alors que lui, Vincent, allait en cachette mettre des cierges, en semaine, après le rugby, à Notre-Dame du Port, priant comme un fou pour que vive Martine. Était-ce à ce moment-là que frère et sœur avaient commencé à s’éloigner l’un de l’autre ? Et pourtant, en observant le ballet des canards sur l’eau moussue du lac, tout engoncé dans son harnachement militaire, Vincent avait encore en bouche leurs fous-rires complices lorsqu’ils faisaient du toboggan avant de se poursuivre jusque dans la roseraie…

Son père ignorait tout de sa présence à Clermont, il le pensait sans doute encore à Lyon, puisque c’est vers Fourvière que sa compagnie avait essuyé les coups les plus rudes lors d’un acte précédent… Il irait peut-être le surprendre après les échauffourées, et puis ils iraient voir mémé Jeanne, qui ne serait pas éternelle malgré sa bonté… Et qui sait si Julie ne serait pas rentrée de Berlin… Tout à sa rêverie, Vincent ne remarqua pas la silhouette masquée qui venait de s’approcher très près du fourgon. Il sursauta violemment lorsque le pavé, énorme, manqua faire éclater le pare-brise. Fous de rage, deux collègues sautèrent aussitôt du véhicule et se mirent à pourchasser l’individu qui tentait de fuir vers la minuscule rue d’Enfer, plaquant l’homme cagoulé au sol et le bourrant de coups de pieds et de coups de matraques en lui hurlant que nul n’avait à s’en prendre aux représentants de la loi… Vincent, qui les avait suivis, effondré par ce caillassage si brutal, mais aussi ébahi devant le dérapage de ses camarades épuisés par tous ces samedis de guérilla urbaine, croisa soudain le regard affolé de l’homme qui, le visage tuméfié et le gilet jaune déjà couvert de sang, implorait pitié. Interdit, il reconnut son propre père.

***

Julie peinait à respirer sous ce masque qui lui mangeait le visage et dont les sangles lui lacéraient la peau. Une fois encore, elle se demanda ce qu’elle faisait là, au cœur de cette foule compacte et déchainée, emportée par cette houle haineuse qui détruisait tout sur son passage, allumant des feux de poubelles, s’acharnant sur des vitrines de banques, taguant des slogans plus agressifs les uns que les autres sur les abribus et scandant les sempiternelles rengaines des samedis…

Elle n’arrivait plus à adhérer à ce combat qui, somme toute, n’avait plus rien à voir avec celui de ses débuts dans le militantisme. Si elle éprouvait une tendresse pour les idéaux des Gilets Jaunes, les dérives de ses amis cagoulés et bottés de noir l’épouvantaient. Elle se souvint soudain avec nostalgie de la petite écolo timide qui, partie faire un mémoire de recherche sur les alternatifs berlinois, avait découvert avec bonheur les Birkenstocks, la bière et la liberté avant de se laisser embrigader par les dérives violentes des Black Blocs au gré d’une histoire d’amour aussi tourmentée que cette foule catapultée contre la démocratie… Elle avait tout mélangé, allant jusqu’à piétiner ses convictions les plus profondes, elle qui, à seize ans, chantait Dylan et dessinait des signes de paix sur tous ses livres…

La mort de sa mère et la trahison de son jumeau adoré avait sans doute accéléré sa dérive vers cet extrémisme politique ; longtemps, elle avait voulu détruire sa propre enfance et le lien vers ce frère qu’elle méprisait pour avoir voulu défendre cette « patrie » qu’elle et ses camarades anarchistes conspuaient allègrement, eux qui rêvaient d’autres utopies et qui voyaient la violence de la Révolution comme une juste riposte face à la brutalité étatique et comme un passage obligé vers la liberté.

Cependant, en remontant le boulevard Lafayette et en longeant son ancienne fac, elle avait eu comme un déclic, se souvenant du vers de Khalil Gibran qu’elle aimait tant : « Nul ne peut atteindre l’aube sans passer par le chemin de la nuit. »… Toute cette violence faisait-elle réellement sens ? Ne devrait-elle pas plutôt renouer avec ce qui lui avait été si cher, la poésie, la littérature, la philosophie, et, surtout, sa famille ? Elle avait traversé le Jardin Lecoq au petit matin, tête nue encore, ayant dissimulé ses armes et son casque dans une énorme peluche rapportée de Berlin, et elle était restée longtemps sous la verrière, à observer son enfance en catimini, sentant encore la main de sa mère qui lui caressait les cheveux et entendant la voix flûtée de Vincent qui lui criait de le rejoindre aux balançoires… Elle s’était assise sur l’un des bancs de la roseraie, caressant machinalement la mantille de Jeanne qu’elle cachait toujours dans sa poche, et avait décidé que ce samedi serait le dernier et qu’elle irait voir sa grand-mère demain, puisqu’elle savait que son père se rendait à Murol tous les dimanches, et qu’elle demanderait l’adresse de Vincent.

Elle ne savait presque plus où elle se trouvait, poussée, tirée en arrière, presqu’étouffée par cette marée humaine hurlante, dans cet espace flou et envahi des fumées opaques des lacrymos qui brûlaient les poumons et les yeux des manifestants de plus en plus en colère, c’était comme une déferlante qui viendrait encore et encore se briser sur les récifs, et la cathédrale au loin dressait son immense flèche aujourd’hui plus que jamais noircie par ces brouillards, telle une vigie surveillant les enfers. Soudain, Julie repéra une brèche sur sa droite et eut envie, pour la première fois depuis ses années de lutte politique, de fuir, de dire non à cette bête humaine qui réclamait du sang, elle eut envie de se réconcilier avec la petite fille heureuse qui courait le long du Chambon, avec l’adolescente enjouée qui lisait Rimbaud, avec la jeune femme qu’elle rêvait de découvrir, apaisée, confiante. Jouant des coudes, utilisant son sac à dos comme un bélier pour fendre l’immense muraille jaune émaillée de noir, elle se retrouva rue d’Enfer, dans la plus petite rue de Clermont où elle jouait à cache-cache avec son jumeau en rentrant de leurs cours de dessin aux Beaux-Arts, bien des années auparavant…

Une sorte d’hydre à deux têtes s’avançait vers elle depuis le brouillard et les clameurs. L’une des deux silhouettes boitillait dans sa parka tâchée de sang, l’autre, casque de CRS, à la main, la soutenait en souriant. Interloquée, Julie eut le temps de se demander ce qui diable faisait sourire un policier soutenant un manifestant avant de reconnaitre les yeux de braise de son frère et le visage tuméfié de leur père.

Mais un immense hurlement, s’élevant de la foule amassée devant le musée, attira l’attention de la jeune femme : se retournant, elle vit une voiture à moitié désossée qui commençait à se consumer et, à l’intérieur, un petit enfant au visage défiguré par la peur, tandis qu’une femme, sans doute blessée par les mouvements de foule, gisait sur le sol, au ras des flammes. Le feu avait déjà atteint le moteur, il fallait agir vite. Au moment où elle s’apprêtait à s’élancer ver la scène, son frère jaillit de la ruelle en lui criant de sauver le petit, il allait s’occuper de la mère. Et, d’un même élan, le frère et la sœur, casqués et vêtus de noir tels deux justiciers venus de puissances ennemies mais unissant leurs forces, se précipitèrent vers le brasier. Vincent souleva la femme qui, ayant repris ses esprits, se débattait en hurlant le nom de son fils. Julie, s’emparant de la hache tendue par son père qui les avait suivis, entreprit de briser la vitre arrière du véhicule et réussit à s’emparer du petit garçon terrorisé avant de l’éloigner du feu. L’assemblée applaudissait, policiers et manifestants ayant cessé toute animosité, la haine comme figée, la lave incandescente de la révolte soudain pétrifiée. C’est alors que l’enfant se mit à crier « doudou, doudou », et que Julie revint sur ses pas en courant, plongeant à nouveau vers la voiture léchée par les flammes.

Le jaune soleil du brasier explosa violemment : et puis ce fut la nuit.

***

« Partie trop tôt », pouvait-on lire sur la couronne de roses ornant le cercueil reposant dans la nef. Passant sous la devise de la famille d’Estaing, « Sic me mea facta decorant » (Mon honneur est dans mes actions) sculptée sur le porche de la petite église de Murol, Pierre songea au garçonnet sauvé par Julie. Il s’approcha du banc de la famille, où trois personnes se serraient les unes contre les autres : Pierre reconnut son ami à sa tête bandée, puis Vincent, droit et digne ; une femme à la tête recouverte d’une mantille noire était agenouillée sur le prie-Dieu où l’on pouvait lire « Jeanne Pourrat ».  L’église était bondée, la lourde odeur d’encens donnait le tournis. S’installant derrière Robert, Pierre se tourna vers Marie et lui murmura d’un air malicieux :

– Partie trop tôt, ils exagèrent ! Jeanne avait plus de quatre-vingt-dix ans, quand même !

Un peu plus tard, lorsque les dernières mains furent serrées et que les cochonnailles et les bugnes furent remisées dans la souillarde, Robert s’approcha de la pendule et remit le balancier en marche, avant d’enlever le drap du miroir. La Montagne du dimanche était encore posée sur la table ; Jeanne avait été si fière de voir la photo de ses petits-enfants qui allaient être décorés de la médaille d’honneur de la ville…

Il sortit sur le pas de la porte et vit les jumeaux qui s’éloignaient, se tenant par la main, pour cueillir des jonquilles.

http://www.auvergne-centrefrance.com/geotouring/eglises/63/murol/eglise-saint-ferreol-murol.html

Ou pas (Hommage aux victimes des attentats #Bataclan)

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Putain ils assurent les gars incroyable ça déchire grave c’est vraiment dommage que Fred soit pas là il aurait kiffé grave en plus j’adore le look du type à la batterie faudra que je pense à me dégotter un blouson aux Puces un de ces quatre attends c’est quoi ça merde des pétards n’importe quoi ça craint c’est pas cool en plein concert oh merde non c’est pas des pétards putain ça tire là non je rêve ça tire sur nous putain ils déconnent là les gars de la sécurité y a un dingue qui nous vise ou quoi pas le choix je me jette au sol je vais ramper jusqu’à la scène et me planquer je rêve et dire que la semaine dernière on a encore fait l’exercice de PPMS avec les gamins j’ai passé l’heure à les rassurer je rigolais intérieurement je me disais que c’était du grand n’importe quoi leurs lois sur la sécurité l’état d’urgence tout ça bon cool mec respire un grand coup ça va le faire oh non la fille devant moi vient de se prendre une balle elle hurle et son ventre m’éclate à la gueule je détourne le visage une seconde trop tard quel con j’ai du boyau sur la joue mais je m’en balance complet parce que là ça tire de plus en plus fort je rampe comme un fou je ne vois plus rien j’ai du sang sur les yeux c’est un cauchemar bon ils font quoi là les flics elle est où la police putain de bordel quand on a besoin d’elle et les pompiers putain quoi merde on est en France en 2015 on paye des impôts pour être protégés non ça beugle de partout ça tire je crois qu’ils sont plusieurs j’ai vu des gens arriver à partir par des portes de derrière la scène semble vide mais je vais jamais arriver à passer les mecs et les nanas sont agglutinés au sol devant moi y en a des dizaines qui pissent le sang qui hurlent qui appellent leur mère je vois la blonde qui m’avait filé du feu dans la queue qui me regarde avec les yeux emplis d’effroi elle est touchée on dirait elle me supplie du regard de rester avec elle je cherche au fond de ma poche je tire mon bandana je lui file et je l’aide à entourer son bras ça pisse dru elle en a plein son chemisier blanc je lui murmure ça va aller reste cool reste au sol ne parle pas et juste là on entend les mecs s’approcher je vois rien j’ai la tête penchée vers le sol je bouge pas je suis couvert de sang et de bouts de cervelle putain pourvu qu’ils pensent que je suis mort putain Seigneur si t’existes et que là tu me files un coup de main je te jure je fais tout ce que tu veux genre je vais voir mes parents chaque semaine je touche plus un verre de ma vie j’arrête Tinder je passe le CAPES au lieu de jouer les contractuels depuis des années je me range des voitures putain je te jure attends là ça craint ils tirent apparemment sur tous les gens qui leur adressent la parole qui disent pitié pitié épargnez moi j’ai des enfants bam une rafale ils descendent tout ce qui bouge on est des lapins dans leurs phares ils nous foncent dessus comme des malades je veux pas voir ça je veux me réveiller Seigneur faites que je me réveille merde non ils m’ont touché je sens une douleur atroce qui explose mon genou ils m’ont tiré dessus les salauds je bouge pas je mords ma main jusqu’au sang faut qu’ils croient que je suis mort je bouge pas un cil je suis un cadavre je suis un cercueil je suis ailleurs je n’existe pas putain on dirait que ça a marché ils sont partis à l’autre bout de la salle punaise je regarde vers le bas mon jean est rouge vif je chope un truc qui traîne par terre sous une nana qui regarde vers le ciel vide avec ses grands yeux ouverts horrifiés je crois que c’est un tee shirt il est plein de trucs mouillés mais je m’en sers comme d’un garrot putain voilà enfin ça me sert de m’être farci la formation de secouriste l’an dernier allez mon gars t’es fort t’es un killer tu vas t’en sortir t’es John McClane je sais maintenant pourquoi je préfère Bruce Willis à Woody Allen au moins ça peut servir de bouffer des pizzas devant Piège de Cristal allez respire t’es encore là attends je sens que je pars non c’est trop con pas maintenant non non putain c’est pas vrai ça a pas changé combien de temps je suis resté dans les vaps je glisse un œil à ma montre merde deux heures chuis resté deux heures dans ce boxon y a moins de bruit que tout à l’heure on dirait on entend presque plus rien sauf de temps en temps un sanglot ou un cri suivi d’une rafale ils vont finir par partir non c’est pas possible je les entends de nouveau s’approcher j’ose lever les yeux ils sont jeunes merde mon âge ils regardent de l’autre côté je me glisse sous un type qui a l’air complètement froid déjà je fous ma tête sous son torse et je prie putain je prie de nouveau Allah Vishnou Jéhovah Bouddha allez les gars qui que vous soyez je m’en tape je suis avec vous j’irai au temple chaque dimanche putain ils arrivent ils vont voir le mec bouger avec ma respiration pourvu qu’ils tirent sur lui il s’en fout il est mort putain allez ou alors qu’on en finisse tant pis pour tous ces pays que j’ai pas vus tant pis pour mon job de toutes façons j’y croyais à moitié tant pis pour ce putain d’amour de toutes façons depuis Mathilde j’y crois plus mais je jure je jure devant Dieu que si je m’en sors je prends mon billet pour NY et je lui hurle devant la Statue de la Liberté que je l’aime depuis des années putain quel con j’ai été de l’avoir laissée filer ils arrivent ils tirent mais ouf ils ont dégainé sur son bide la balle frôle mon visage mais je vais bien merci merci merci Seigneur et puis merde ça tire encore non ils sont encore plus nombreux mais c’est pas vrai ah non on dirait que les flics sont là enfin j’espère je vois des corps qui bougent autour de moi je croyais que c’étaient des cadavres non c’était un leurre c’est l’armée des ombres ou la nuit des morts vivants je sais pas mais bordel on dirait le clip de Thriller du coup je tente de me relever aussi je pousse un beuglement d’enfer mais c’est bon plus personne ne tire j’essaye de ramper sur un côté et là la blonde de tout à l’heure qui tient un mec par la main me dit de la suivre elle me tend l’autre main on avance éclopés débraillés ensanglantés on gémit y a des grands gars en cagoule et uniforme qui nous montrent une porte je passe sur des dizaines de corps à terre y a des jeunes des vieux des gamins des couples encore enlacés les yeux grands ouverts une gamine éventrée un vieux motard barbu qui fait un doigt d’honneur dans son sang y a des trucs horribles genre on dirait la Syrie ou les camps de la mort mais je m’en fous je suis là je vais peut-être m’en tirer je sors c’est la nuit mais c’est fini fini fini

 

ou pas

 

 

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Ma première matraque m’a frappée rue du Taur…dédié aux policiers de la Grande Borne

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Tag découvert ce jour dans une grande université française…

« Ma première matraque m’a frappée rue du Taur ». Bon, d’ordinaire, je ne me cite pas –d’ailleurs je ne connais aucun vers de mes propres poèmes…-, mais cette phrase, extraite de ma « Lettre à Toulouse » que Carole Bouquet avait lue lors d’un Marathon des Mots, je la trouve chouette.

C’est que j’ai été jeune, comme tout le monde, et de gauche avant de virer à droite, car, comme le dit un dicton célèbre, « Qui n’est pas de gauche à 20 ans est fou. Qui n’est pas de droite à 40 ans l’est aussi ». – je plaisante.

Mais bon, avec un père Conseiller Général RPR qui monnayait les WE entre copains à notre maison de campagne en échange des timbres collés sur ses enveloppes de vœux à ses administrés, comme me l’a rappelé hier un ami d’adolescence croisé par hasard, je n’avais d’autre choix qu’une belle rébellion, orchestrée par quelques saines lectures, de Marx à Krishnamurti, en passant par Neruda et Allen Ginsberg, au son de « El pueblo, unido, jamas sera vencido » -mais oui, chers Zadistes, vous n’avez pas l’apanage des sarouels et du cœur ! Les seventies aussi furent flamboyantes…

Bref, les flics, les keufs, la maison poulaga, les poulets, je les ai conspués, comme tout le monde, ou presque…Mélangeant dans un joyeux tintamarre insultes et autres « CRS-SS, étudiants-diants diants » (mon plus grand regret a longtemps été de n’avoir eu que sept ans en Mai 68…), photo de cette fleur tendue à un Police Man américain et tous les autres poncifs, bien avant que les cailleras des Cités et les grosses chaînes des rappeurs aux pantalons baissés ne niquent les mères de tous les Français, et la police aussi…J’ai donc couru gaillardement devant quelques bataillons, et arpenté les pavés en tenant des banderoles à bouts d’idéaux. Bref : j’ai eu 20 ans.

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Et puis un jour, j’ai grandi. Et réfléchi, un peu. Et puis j’ai eu plein d’enfants, avec plein de nuits blanches au moment de la naissance de « la Cinq », et entre deux tétées, hagarde, j’avoue avoir regardé moults séries et blockbusters qui me détendaient un peu…Cruchot, Maigret et Julie Lescaut sont devenus mes amis, et puis Derrick, aussi – je plaisante encore, là !- , j’ai succombé à la voix si douce et à la poigne de fer d’une « Femme d’honneur », et surtout à l’humour irrésistible de mon Bruce adoré (sa photo est punaisée dans mon armoire, si si…) et aux frasques flamboyantes de Mel…

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Plus sérieusement, en devenant membre actif et responsable de la société civile, puisque je suis enseignante et maman, je n’ai pu que comprendre l’utilité de notre « Police Nationale », et de la Gendarmerie, aussi. Bien sûr, je ne me sens toujours pas très proche des CRS, surtout lorsqu’ils dérapent en assassinant un Rémi Fraisse dans une ZAD. Et je suis la première à pleurer avec mes amis américains lorsque je compte les citoyens noirs que les US Cops tirent comme des lapins…Mais j’ai aussi frémi avec la France entière et applaudi quand le grand Charles a dit en souriant « On  a éliminé le terroriste » et que les petits sont sortis, blottis dans les bras des hommes du GIGN, de la maternelle de Neuilly. Et quand plus tard j’ai passé des heures dans des commissariats aux lumières blêmes, lors d’innombrables plaintes déposées à mon encontre par un ex vindicatif – qui pourtant m’avait laissé des milliers d’euros de dettes et ne payait plus de pension-, j’ai pu voir la bienveillance des officiers de police devant une citoyenne lambda, leur désir de séparer le bon grain de l’ivraie, et le zèle dont ils sont fait preuve pour rétablir la vérité.

J’ai vu aussi leur humanité, et puis leurs maigres moyens, les ordinateurs vétustes, les toilettes sales, les mines défaites, les néons fatigués…Eux qui défendent les Ors de la République vivent un quotidien de misère, et doivent s’en contenter…

Et puis j’ai enseigné parfois au cœur des Quartiers. J’ai vu des élèves qui chantaient « joyeux anniversaire ! » en hurlant lorsque des voitures brûlaient devant le collège, et les coursives désertes et délabrées où se hâtent les mamans épuisées, et les « espaces verts » qui ressemblent à des nomandsland désertiques. C’est là qu’ils étaient, l’autre jour, Jenny et Vincent, au cœur des Quartiers, avec leurs deux autres collègues, quand on est venu les assassiner. Car c’est bien de tentative d’assassinat dont il s’agit, quand on lapide des gens enfermés dans une voiture avant de les bourrer de coups de poing et de les faire brûler vifs après avoir lancé des cocktails Molotov…Ces quatre policiers étaient simplement en train de faire de la surveillance, postés à un carrefour stratégique, plaque tournante de drogue et d’autres dérives, en mission donc, mission de protection des populations.

Nous avons ici un jeune homme de 28 ans, dont le rêve était de devenir gardien de la paix  – oui, on peut rire devant le sketch des Inconnus mais respecter ce rêve-là, un beau rêve d’intégration sociale et de mise au service d’autrui…-, atrocement mutilé, et une jeune femme, maman de trois enfants, brûlée elle aussi, après 19 ans de bons et loyaux services…Ce ne sont pas des « sauvageons », comme l’a dit Manuel Valls, qui ont commis cette tentative d’homicide, non, ce sont des barbares, de la même veine que ceux qui ont tué Ilan Halimi, des êtres humains dégénérés, qui ont depuis longtemps perdu toute trace d’humanité, justement, assez désabusés pour vouloir abattre froidement des « flics », la tête sans doute pleine de mauvais rap et de scènes de violence, de pauvres crapules capables de rire en voyant un homme hurler en brûlant sous leurs yeux.

Alors hier, j’aurais attendu que, devant les commissariats, à midi, nous soyons un peu plus nombreux. Il était loin, l’esprit Charlie, il était même carrément absent. Très peu de « je suis policier » sur les réseaux sociaux, aucune manifestation de soutien dans les petites villes, et quelques rares personnes seulement à Toulouse, Bordeaux, Strasbourg…

Cela ne m’étonne qu’à moitié…Il y a quelques mois, lors d’une conversation presque de comptoir, au détour d’une salle des profs, j’ai entendu des collègues post soixante-huitards conspuer la police comme si ils rentraient tout juste du Larzac…Quelques jours après seulement, à Magnanville, deux policiers étaient pourtant sauvagement assassinés…Mais voilà : nous sommes en France, et, chez nous, il est de bon ton de critiquer l’État, de mettre en cause les règles sociétales, même quand on ne joue plus au gendarme et au voleur depuis longtemps, même quand on est de l’autre côté de la barrière.

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Sachez en tous cas, Jenny, Vincent, et vous, les autres « flics » de France, que je vous tire mon chapeau. Merci d’être là pour nous, pour nous tous.

http://www.huffingtonpost.fr/2016/10/11/lun-des-policiers-de-lagression-de-viry-chatillon-raconte/

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