Trois #prix littéraires en deux semaines! #littérature #concours #revues #poésie #Rilke

Belle moisson de succès ces derniers temps pour mes créations! Petit à petit, l’oiselle fait son nid et se sent chanceuse de cette reconnaissance par ses pairs!

Merci tout d’abord à l’ami Pierre Perrin qui, en juin dernier, a eu la gentillesse d’accueillir ma plume dans sa magnifique revue Possibles! Quel bonheur que de figurer dans le numéro 36 de cette très belle parution, aux côtés de grands noms dont vous trouverez la liste dans le sommaire!

http://possibles3.free.fr/num36.php

Pierre Perrin est non seulement éditeur, mais aussi un merveilleux poète doublé d’un romancier, qui a aussi ajouté à ses cordes une activité de critique littéraire. Il avait été lauréat en 1996 du prix Kowalski pour un recueil intitulé La vie crépusculaire. J’ai la chance de le compter parmi mes « amis Facebook » et il nous régale régulièrement de sa plume douce et très juste.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Perrin_(%C3%A9crivain)

La revue Possibles, crée en 1975, rassemble ainsi au gré de ses numéros poésie et prose, fragments, textes courts, réflexions, et permet aussi souvent de retrouver un hommage particulier à une autrice ou à un auteur. Je vous invite à découvrir les cheminements de ces amoureux de notre langue française que Pierre sait si judicieusement faire cohabiter.

La rentrée de septembre apporta son lot d’allégresses avec la mise en ligne de la formidable émission de France Culture concoctée par Julien Thèves, qui est d’ailleurs un confrère en écriture, consacrée à Paula Modersohn-Becker: j’ai eu la chance de participer à l’émission et d’y côtoyer non seulement mes amis curateurs de Brême et de Worpswede, mais les magnifiques autrices que sont Maïa Brami et Marie Darrieussecq, ainsi que la peintre Maude Maris. Nous avons essayé de brosser un portrait à la hauteur de « notre Paula », si fantastique, dont une œuvre vient justement d’être vendue aux enchères pour plusieurs millions d’euros! Quelle belle reconnaissance !

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/toute-une-vie/paula-modersohn-becker-1876-1907-la-peinture-absolument-9049725

https://www.artmajeur.com/fr/magazine/2-actualites-artistiques/quand-l-art-degenere-triomphe-l-autoportrait-de-paula-modersohn-becker-pulverise-son-record-aux-encheres/340057

Un honneur ne venant, à l’instar du bonheur, jamais seul, j’ai eu la joie de recevoir dernièrement le premier prix de la section « anacréontique » des superbes Joutes poétiques de la société des Rosati d’Arras! Ces joutes sont la version « nordique » de nos Jeux Floraux toulousains, et je vous laisse imaginer ma joie d’y avoir été distinguée.

De Toulouse vers cette perle du Nord le chemin est bien long, et, si je n’ai pas eu le loisir de me rendre à la remise des prix, j’ai pu recevoir la lecture de mon texte en vidéo, que je vous partage ici:

Lecture de mon texte par Madame Francine Grosdenis

Tu es devenu le soleil à la Meuse

Tu es devenu le soleil à ma Meuse

Il fera doux ce jour comme un printemps lilas

Ma jupe sera courte et mon panty de soie

Je ne sais plus vivre sans me dire amoureuse

Tu es devenu le soleil à ma Meuse

Toi mon Rimbaud brûlant mon astre imaginé

Nos textos échangés font de moi Sévigné

Tant de lettres à l’amant tant de tendres murmures

Je ne veux plus parler ouvre la fermeture

Laissons glisser les soies déchire ce corset

Prends moi là nue offerte envahie de baisers

Je veux déshabiller ton corps d’éphèbe aimant

Ne plus craindre les doutes habiter dans l’instant

Tu auras un regard comme brasier heureux

Tes mains seront tisons embrasés dans le feu

Ton souffle inachevé enfin sera tempête

Sur mes seins délivrés tu glisseras ta tête

Nous serons symphonie toccata et arpèges

Mes soupirs voleront comme flocons de neige

Tes émerveillements ta douceur tes morsures

Mes encorbellements le bonheur qui rassure

Nos mots nous le disaient nos corps le prouveront

Tu remontes à ma source au Mont Gerbier de Jonc

Je t’amène bateau ivre en voyage immobile

Cette étreinte attendue aura couleur des îles.

La société des Rosati est donc une société littéraire d’Arras, fondée le 12 juin 1778. Elle est célèbre pour avoir compté Lazare Carnot et Maximilien de Robespierre ainsi que Maurice Fombeure parmi ses membres, et surtout très reconnue pour sa participation active à la vie culturelle et artistique de la région.

On est admis dans la société par cooptation, en étant présenté par une marraine ou un parrain. Dans un souci de perpétuer la philosophie du « Gay savoir » et de préserver la cohésion du groupe, l’admission se fait à l’unanimité.

Les Rosati du XXIè siècle continuent de respecter le rite de réception créé en 1787. La première fois, trois jeunes filles présentèrent au public une rose, une coupe de vin rosé et donnèrent un baiser fraternel. Aujourd’hui, ce sont de jeunes ballerines portées par l’hymne des Rosati, écrit par Marcel Legay, « Écoute ô mon cœur », qui évoluent sur la scène lors du gala de remise des prix. Je vous livre ici le livret de l’édition 2026:

Un autre de mes textes a retenu l’attention d’un jury lors du premier concours de poésie de la ville de Gruissan!

Cette première édition a été inaugurée avec brio par un florilège de créations superbes et par une très jolie brochure dans laquelle une citation de Paul Celan, si cher à mon coeur puisque compatriote de Rose Ausländer, côtoie les mots des organisateurs: « Je ne fais pas de différence entre un poème et une poignée de main. »

C’est bien ce sentiment de fraternité littéraire qui a porté les esprits et les âmes autour des éblouissantes lumières de la Méditerranée, grâce à l’association Les Voix de l’Orgue et à la municipalité de Gruissan dont le maire, Didier Codorniou, écrit: « La poésie est un souffle qui réunit. » Nos textes seront de plus mis en musique, ce qui représente toujours une belle synesthésie artistique…

https://www.delphe-arts-philo.org/

Lien vers le site de la municipalité de Gruissan:

Enfin, il faudra patienter quelques mois avant que je ne vous révèle mon classement à un superbe concours de nouvelles dont je sais d’ores et déjà que je suis lauréate. Rendez-vous au printemps pour l’annonce définitive du palmarès et pour la lecture de ma nouvelle…

Je l’avoue: j’aime ce petit frisson des concours littéraires, cette idée de se colleter avec d’autres esprits autour d’un thème ou d’une région… Oh, bien sûr, ce n’est pas le Goncourt, et je suis bien souvent évincée ou seulement second couteau, mais ce petit aiguillon de l’émulation nous pousse à nous dépasser! Et puis ça me rappelle sans doute l’agrégation à laquelle je me suis inscrite (sans la travailler vraiment…) tant de fois! Car je n’aimais rien tant que ces sept heures d’écriture autour d’un sujet donné lors des épreuves de dissertation, avec cette pression temporelle et cette obligation de rendre une copie parfaite! (On notera que le jour où j’ai compris qu’en fait, ce que je désirais, c’était avant tout écrire – et, au passage, être lue! -, j’ai à la fois réussi le concours et commencé mon cheminement d’autrice…)

Et c’est aussi très porteur que de n’être pas simplement seul dans cet acte de création, mais, au bout du compte, souvent associé.e à d’autres talents dans les revues et brochures où l’on peut découvrir les textes lauréats… C’est pourquoi je continue à jouer le jeu des concours d’écriture! Ce n’est pas tant la récompense qui compte que le fait d’oser participer, même si l’on n’arrive pas sur le podium des lauréats…

Vous pouvez retrouver mes textes sur de nombreux supports, comme dans les magnifiques recueils de nouvelles du Prix de la Nouvelle George Sand, concours dans lequel mes textes ont été régulièrement distingués et auquel je participer quasi religieusement! Mes nouvelles « L’enfant des Matelles », « Puella sum » ou « Les mains de Baptistin » (les deux derniers textes sont aussi à retrouver sur ce blog…) y figurent, par exemple…

https://www.concours-georgesand.fr/publication.html

https://www.concours-georgesand.fr/publication/7/-ricochets-

https://la-nouvelle-george-sand.jimdosite.com/actualites/

Mon texte « Le rossignol et la burqa » se trouve dans l’un des recueils publiés par L’Encrier Renversé de Castres, et il en va de même pour certains de mes poèmes à retrouver en revues…

https://www.ladepeche.fr/article/2012/03/05/1297774-un-joli-cru-pour-l-encrier-renverse.html

Pour retrouver tous les prix que j’ai eu le bonheur de remporter:

https://www.sabineaussenac.com/cv/portfolios/cv-litteraire-2024-25

Je profite de ce petit résumé littéraire pour vous annoncer la prochaine parution de ce qui constituera j’espère un magnifique ouvrage autour du Tarn et de mes racines paysannes paternelles, un opus mêlant poésies dédiées aux personnalités et aux lieux emblématiques de ce beau département et proses racontant la vie de mes ancêtres, gens de peu, paysans, journaliers de la vallée de l’Agoût, jusqu’au début du dix-neuvième siècle. Ce livre paraîtra en 2026 dans une superbe maison d’édition, en français…et en occitan, puisque je traduis mes textes dans la « lenga nostra » à laquelle je suis très attachée! Plus d’infos très prochainement!

J’aimerais en ce 4 décembre conclure ces miscellanées littéraires par un hommage à mon cher Rainer Maria Rilke, né le 4 décembre 1875 dans la merveilleuse ville de Prague et dont nous commémorerons en 2026 le centenaire de la mort (il s’est éteint le 29 décembre 1926 à Montreux.)

Photo du poète devant le musée du Barkenhoff à Worpswede, Basse-Saxe

Vous savez, si vous me lisez, que je travaille assidument à ma thèse de doctorat en recherche-création autour de la colonie d’artistes de Worpswede et de trois de ses créatrices, Paula Modersohn-Becker, Martha Vogeler et… Clara Westhoff-Rilke, qui fut l’épouse du poète! Ce dernier consacra d’ailleurs une célèbre monographie aux artistes de Worpswede et à ce lieu envoûtant; en juillet, lors de mon séjour Erasmus d’un mois (je suis partie, invitée par l’association des musées de Worpswede, interviewer des artistes et des responsables curatoriaux, et ces entretiens, dont certains sont en ligne, feront aussi partie intégrante de la pièce de théâtre qui sera présentée lors de ma soutenance…) j’ai été très émue de tenir entre mes mains un des premiers exemplaires de ce texte, lors de ma visite à la Fondation Paula Modersohn-Becker.

https://www.pmb-stiftung.de/

Si Clara Westhoff et Rainer Maria Rilke ne vécurent ensemble que très peu de temps et que bien d’autres femmes occupèrent le cœur du poète, ils ne divorcèrent pas et conservèrent un lien affectif et intellectuel majeur. Clara s’éloigna d’ailleurs à peine de Worpswede et partit s’installer avec leur fille Ruth à Fischerhude, un autre village de Basse-Saxe. Sa maison, devenu un café, se nomme toujours « Das Rilke-Haus »…

http://www.cafe-im-rilke-haus.de/

Et dans cette dénomination aussi on peut percevoir l’invisibilisation de la sculptrice, dont la présence en ce lieu est éclipsée par la renommée de son auguste époux – cette thématique fait partie des fils conducteurs de ma thèse…

Clara Westhoff-Rilke et Rainer Maria Rilke

Cependant, en ce jour d’anniversaire, l’heure n’est pas à la polémique mais à l’hommage!

Un dieu le peut… 

Un dieu le peut. Mais comment, dis,
l’homme le suivrait-il sur son étroite lyre ?
Son esprit se bifurque. Au carrefour de deux
Chemins du cœur il n’est nul temple d’Apollon.

Le chant que tu enseignes n’est point désir :
ni un espoir, enfin comblé, de prétendant.
Chanter c’est être. C’est au dieu facile.
Mais quand sommes-nous ? Et quand

met-il en nous la terre et les étoiles ?
Non, ce n’est rien d’aimer, jeune homme, même si
ta voix force ta bouche, — mais apprends

à oublier le sursaut de ton cri. Il passe.
Chanter vraiment, ah ! c’est un autre souffle.
Un souffle autour de rien. Un vol en Dieu. Un vent.

Cité dans

https://www.eternels-eclairs.fr/poemes-rilke.php

J’en profite pour mettre le lien vers une création digitale autour de Rilke présentée il y a quelques mois lors d’une journée d’études, dont le texte figurera bientôt dans une grande revue universitaire; en cliquant sur ma chaîne, vous retrouverez les vidéos autour de Worpswede déjà mises en ligne.

Je me permets enfin de reposter ce texte de 2011, avec sa splendide mise en mots par mon amie Corinne… Je ne suis ni Rilke ni détentrice d’un « grand » prix littéraire, mais j’ai commis cette brève réécriture des célèbres « Lettres à un jeune poète »:

Chère jeune poétesse!

Vous me demandez si vos poèmes méritent d’être nommés poèmes. Vous me demandez si vous êtes une poétesse.

Que vous répondre, chère jeune poétesse, que vous répondre, si ce n’est que la nuit vous sera vie.

La nuit, lorsque soufflera l’Autan et que Garonne gémira comme femme en gésine, vous le saurez.

La nuit, lorsque seul le rossignol entendra vos soupirs, vous le vivrez.

Vous vivrez ces instants où le mot se fait Homme, où quand d’un corps malade jaillit cette étincelle que d’aucuns nomment Verbe, quand certains la dédaignent; les étoiles apparaissent, et des mondes s’éteignent.

Vous me demandez, jeune amie, si vous êtes faite pour ce métier d’écrivain.

Mais écrire, belle enfant, ce n’est point un métier, ce n’est pas un ouvrage.

Poésie et argent ne font pas bon ménage, poésie est jalouse, et le temps est outrage.
Vous verrez le soleil dédaigner vos journées, et les ors, les fracas, les soirées et les fêtes, bien des autres y riront, se payant votre tête.

Seule au monde et amère, comme un fauve en cavale, vous lirez, vous irez, sachant mers et campagnes, portant haut vos seins doux, vos enfants en Cocagne. Loin de vous les amours, parfois quelque champagne.

Mais les mots, jeune amie, les mots, ils seront vôtres.

Vous les malaxerez comme on fait du pain frais, vous les disposerez en lilas et bouquets, vous en ferez des notes, des sonates, des coffrets.

Et quand au jour dernier vous serez affaiblie, vos mains seules en errance, votre bouche enfiévrée, on vous murmurera qu’on vous a tant aimée.

Mais il sera trop tard: vos vers auront fugué.

Alors soudain des peuples chanteront vos ramages, on vous récitera, des statues souriront; un écolier ému relira quelque page. Et un soir, quelque part, au fin fond d’un village, ou dans un bidonville, enfumé et bruyant, une jeune fille timide osera les écrire, ses premiers vers d’enfant, vous prenant en modèle.

Alors ma jeune amie, ce jour-là, doucement, comme en ronde éternelle:

vous serez poétesse.

Vous trouverez peut-être que cet article part dans tous les sens… Mais je n’ai jamais su choisir entre mes deux pays, entre toutes mes passions, et « il me faudrait mille ans » pour écrire tout ce dont j’ai envie de parler, comme le raconte ce texte ou ces méli-mélo de poèmes…

https://www.poesie-sabine-aussenac.com/

Et si vous aussi, vous tentiez votre chance en écriture??

** Lien vers un site répertoriant tous les concours de nouvelles:

** Lien vers un site collectant les concours de poésie, et autre lien vers nos chers Jeux Floraux toulousains!

http://www.poetika17.com/concourspoesie.html

Une rencontre entre autrices d’#Occitanie #8mars #Toulouse: récit et bilan!

(Photo extraite de la lettre de Convergencia Occitana)

Ce fut beau, sororal, puissant, engagé, lumineux, profond, vibrant, intime, international, et c’était à l’image de notre ville rose! Nichées dans l’antre chaleureux et chargé d’histoire de l’Ostal, les personnalités des unes et des autres ont pu à la fois démonter leur ancrage dans ce terroir occitan si fécond et leurs envols respectifs vers l’Universel, puisque la magie de ce moment de partage s’est aussi exprimée dans les multiples passerelles entre les mondes: nous avons pu croiser littératures et Histoire, géographies et langages, sororités et fraternités, arts et Nature, et nous n’étions pas, loin s’en faut, dans un simple entre-soi toulousain ou occitan.

Car la beauté des régionalismes réside aussi dans les ouvertures qu’ils procurent, comme autant de méridiens et de passages: c’est ainsi que chaque intervention en a appelé une autre, en un ballet des passages de relais, entre un « private joke » au sujet de nos attaches respectives autour du Gers ou de la ville de L’Union et de multiples chiasmes entre les parcours, les engagements et les objectifs.

Les autrices, un peu floues mais bien présentes! Crédit Convergencia Occitana.

C’est l’essayiste Chantal Armagnac qui a ouvert le bal après la riche présentation de la rencontre par la très dynamique Florence Ginisty, avocate au barreau de Toulouse et très engagée dans le monde associatif. Chantal Armagnac a régalé le public, au demeurant formidablement constitué non pas seulement de femmes et/ou de féministes, mais d’un beau panel de parité, car les messieurs étaient eux aussi présents en nombre, d’extraits de son ouvrage sur le pastel, mettant en lumière le parcours de la Belle Paule et son destin d’égérie de la beauté condamnée à un rôle représentatif, un peu comme le sont certaines stars actuelles, puisque cette idée que beauté et intelligence n’iraient pas de pair a encore la vie dure… Si les lectrices et lecteurs ne connaissent pas le pastel, cette étrange plante à la floraison jaune qui offre de si extraordinaires nuances de … bleu, je les invite à en savoir plus!

Liens vers les ouvrages de cette autrice:

  • Les Couleurs de ma Gascogne, Éditions Grand Sud Albi Rouge, 2011, Jaune 2012, Bleu 2015
  • Le Pastel en Pays de cocagneÉditions Bleu Pastel Albi, 2016, réédité et actualisé en 2022
  • L’Oeuvre au BleuÉditions Un Autre Reg’Art, Albi, 2023

https://www.ladepeche.fr/article/2016/11/16/2459244-decouvrir-le-pastel-avec-chantal-armagnac.html

https://fr.wikipedia.org/wiki/Belle_Paule

http://www.lauragais-patrimoine.fr/PATRIMOINE/PASTEL/PASTEL01.htm

Instagram de Florence Ginisty:

https://www.instagram.com/florenceginisty/

Anne-Pierre Darrées nous a ensuite exposé son passionant parcours d’éditrice, insistant sur les lacunes culturelles qui l’ont conduite à promouvoir les présences et plumes féminines et à permettre de multiples publications aussi passionnantes les unes que les autres. Poésie, récits, essais, les paroles de femmes se libèrent grâce aux éditions Reclams! Anne-Pierre insistera sur le fait qu’encore aujourd’hui, les femmes parfois manquent de confiance en elles, écrasées par les millénaires de patriarcat, et son parcours international lui confère, c’est certain, une belle légitimité, puisqu’elle a été représentante de femmes à Bruxelles et engagée dans le groupement WIN. Elle aussi fédère, rassemble, organise des rencontres: à plusieurs, on est plus fort.es!!! Pour en savoir plus, le lien vers le podcast se trouve plus bas!

  • Edicions Reclams, 31800 Landorthe
  • Productions d’autrices :
    • Les anthologies :
      • Paraulas de Hemnas, 35 poetessas occitanas (épuisé), 2020
      • Tien-te fièra, creatoras occitanas (sortie fin 2025)
    • Les livres pour adultes
      • Fabienne Vayrette-Péchali, E víver,  2024
      • Adeline Yzac, Quò’s pas per res,  2022
      • Danièle Estèbe-Hoursiangou, La murèna atendrà,  2022
      • Maëlle Dupon, Vènus a l’escorpion,  2022
      • Cerc literari La Musnegra (5 autoras, 4 autors), Tempèsta d’enlà, 2025
      • Anne-Pierre Darrées, L’Astarac, l’âme paysanne (introduction à la culture astaracaise), 2025
    • Jeunesse
        • Anne-Pierre Darrées, Ercules l’iniciat, 2021 et 2024
        • Aure Séguier, Rodeo preïstoric,  2023
        • Aure Séguier, La fugida de la guerrièra, 2025
    • Enfants
      • Eva Cassagnet, Paraulinas,  2023
      • Eva Cassagnet, L’ors e las sasons,  2024
      • Eva Cassagnet, Lo camparòu, 2025

https://www.wincommunity.org/

La voix douce et forte de Fabienne Vayrette a tout naturellement pris le relai, puisque cette autrice de fictions, de contes et de nouvelles est justement éditée par Reclams… Quelle sarabande métissée que ce récit qui, en occitan, nous emporte à Moscou, dépeignant le combat d’une certaine Anna contre la guerre… Comme il est étrange pour le cerveau de faire le lien entre notre langue d’Oc, si ancrée dans son territoire ancestral, et le monde lointain, aux confins de l’Oural, et comme il est puissant, ce sentiment de sororité entre les femmes de tous les pays… J’ai pour ma part, en écoutant le récit d’Anna la Moscovite et de sa pancarte contre la guerre, pensé à Anna Politovskaïa, la journaliste assassinée, à Anna Akhmatova, la poétesse russe si libre, et à Marina Ovsiannikova, cette journaliste qui a brandi la pancarte « No war », défiant le régime…

https://www.reclams.org/fr/catalogue/produit/192-e-viver

https://www.lisez.com/livres/no-war-lincroyable-histoire-de-la-femme-qui-ose-sopposer-poutine/9782809847789

La périgourdine Cecila Chapduelh, artiste polylatentueuse puisqu’à la fois poétesse et chanteuse, chroniqueuse et doubleuse de films, mais aussi artiste plasticienne car intégrant la dentelle et le tissu à des livres d’artistes, nous lira ensuite de la poésie, enchantant l’auditoire par sa passion de la culture occitane. Inspirée par le poète provençal Max-Philippe Delavouët et ayant baigné dès l’enfance dans cette langue qu’elle manie avec brio, elle va nous ravir en listant des répliques entre homme et femme issues de la littérature orale et poétisées. Cecila, couseuse de mots, dentellière féministe, manie la langue occitane avec humour et brio!

  • Mina de plomb, mina de ren/ Mine de plomb, mine de rien (Montpeiros, Éditions Jorn, 2023) 
  • Volutas (2020)
  • Contribution aux anthologies
    • Paraulas de hemnas (coordination de Paulina Kamakine, éditions Reclams, 2020)
    • Par tous les chemins, florilège des poésies en langue de France (coordination de Marie-Jeanne Verny et Norbert Paganelli, éditions Au bord de l’eau, 2019) 
  • Alimentation de la rubrique « Per la veirina entreduberta » de la revue Lo Diari 
  • A chara o crotz/À pile ou face (Éditions Lo Chamin de Sent Jaume, 2015)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Max-Philippe_Delavou%C3%ABt#:~:text=Max%2DPhilippe%20Delavou%C3%ABt%2C%20ou%20Mas,d’expression%20proven%C3%A7ale%20et%20fran%C3%A7aise.

Ce sera ensuite au tour de la chercheure Martine Boudet, coorganisatrice de la rencontre, essayiste autonomiste, altermondialiste spécialiste d’éducation inclusive et du patrimoine occitan, animatrice d’un blog, se situant au carrefour de « la France » et de l’Occitanie puisqu’originaire de Limoges, au nord de notre région, et aussi professeure de Lettres Modernes, de passionner l’auditoire: elle insiste sur cette bi culturalité et va nous lire un extrait de sa dernière publication, « L’emblématique des régions de France », un ouvrage qui va analyser différents symboles autour de cette idée de nation tout en décryptant les différences coercitions liées au pouvoir, toujours dans la perspective d’une lutte contre l’hégémonie culturelle.

  • L’emblématique des régions de France (Paris, Panthéon, 2023) –Avec le soutien de l’université Paris-Cité
  • Les langues-cultures moteurs de démocratie et de développement (direction, Le Croquant, 2019). Participation de la DGLFLF/ Direction de la langue française et des langues de France
  • Les hymnes et chants identitaires du grand sud (Toulouse, IDECO, 2009) – Primé aux jeux floraux de 2010
  • Les femmes et le féminin en terre d’Oc et au Félibrige (co-direction, Éditions du Félibrige, Aix-en-Provence, 2023)
  • Blog « Parité occitane »

Voilà donc le podcast de ce début de rencontre, grâce au remarquable travail de radio Ter et au travail du magicien des sons, Manu!

La deuxième partie de la rencontre sera consacrée aux solidarités, en intégrant les interventions de femmes ukrainiennes et kurdes. Florence Ginisty passe donc tout d’abord le micro à Oxana Conor, présidente de l’association Ucraïna en Occitània, une organisation qui travaille en lien étroit avec la Maison de l’Occitanie. Il reste environ 400 réfugiés ukrainiens en ville rose sur les quelques 2400 personnes ayant fui les combats, et des liens se sont tissés entre les deux cultures: Oxana pratique par exemple la danse occitane, qui lui rappelle les danses traditionnelles. Elle va nous interpréter un chant du XVe siècle dans sa langue et proposer à la vente de superbes foulards portés par les femmes de son pays, que l’association ramène lorsqu’elle rentre de ses missions humanitaires.

https://www.facebook.com/sabine.aussenac/videos/1867195190774045

https://www.ladepeche.fr/2023/08/05/a-la-rencontre-de-lukraine-en-musique-sur-le-marche-11379925.php

https://www.ladepeche.fr/2025/02/23/les-dons-ont-cesse-les-esprits-se-sont-eloignes-a-toulouse-lassociation-ucraina-lutte-pour-la-memoire-avec-les-foulards-des-grands-meres-12515212.php

Florence va ensuite présenter l’association des femmes kurdes, située à l’Union, et l’une des représentantes, vêtue avec une autre jeune femme d’une superbe tenue traditionnelle, va faire un magnifique récit au sujet des luttes des femmes kurdes, souvent exilées. Elle nous parlera des combats du Rojava et de tous les bouleversements qui se succèdent depuis des décennies dans cette région. Le rôle des femmes est d’autant plus essentiel que certains villages sont portés à bout de bras par des communautés féminines. Elle nous dira aussi son inquiétude vis à vis du nouveau régime syrien, et citera bien sûr « Femmes, vie, liberté, car tous les combats se rejoignent en ce sens!

TOULOUSE. rencontre avec Somayeh Rostampour autour de son livre "Femmes en armes, savoir en révolte : du militantisme kurde à la Jineolojî", paru aux éditions AgoneRDV le 20 juin 2025 à 19hTerra Nova18 rue Gambetta31000 TOULOUSE

Kurdistan au féminin (@femmeskurdes.bsky.social) 2025-03-23T09:43:39.024Z

Béatrice Dillies, grand reporter à la Dépêche, prendra ensuite tout naturellement la parole au sujet de son livre autour du Kurdistan. Elle fera donc le lien avec les récits des femmes kurdes en parlant de la voix brisée du peuple kurde, le plus grand peuple du monde sans état, en évoquant entre autres la langue « empêchée », ce qui nous rappelle l’occitan que l’on a aussi interdit de parler à nos grands-parents lorsqu’ils étaient à l’école… Elle nous raconte ce peuple, à la culture musicale et poétique si riches, ses combats contre les dictatures, et cette voix que l’on a tentée d’effacer par de multiples génocides, par des viols comme arme de guerre, et nous lira un extrait puissant de son ouvrage au sujet des mères dénommées les « mères lionnes » et du massacre des « 8000 de Barzan ».

  • Un génocide oublié-La voix brisée du peuple kurde (Récit), Paris, L’Harmattan, 2023

https://www.institutkurde.org/info/il-y-a-38-ans-la-deportation-et-le-massacre-de-8000-barzanis-1232552070

J’aurai ensuite la joie de présenter Rose Ausländer, une grande poétesse allemande originaire de la Bucovine, une région aujourd’hui située en Ukraine, à laquelle j’ai consacré un essai en 2022 paru aux éditions du Bord de l’Eau, poétesse que je traduis et qui est au centre d’un roman en cours d’écriture, « Rose, entre le ciel et ici ». Je vais lire un passage de mon essai où je parle de la langue allemande que la poétesse avait sciemment « oublié » après la Shoah, le ghetto et durant son exil, avant de la retrouver en résilience.

Voilà la suite du podcast de la rencontre par radio Ter:

Après une pause passionnante où l’auditoire a pu échanger avec les autrices, feuilleter et acheter nos livres et se réjouir de la beauté du lieu, la rencontre a repris avec l’émouvante voix d’Élodie Lousteau, poétesse et chanteuse d’origine basque, spécialisée dans les chants anciens. Elle nous chantera a capella un superbe chant grec et nous lira un extrait bouleversant de son ouvrage Cracher le silence. Elle nous explique s’être aussi intéressée à la langue avec sa grand-mère qui perdait la mémoire, creusant l’intériorité d’une personne malgré les absences. Elle explore ainsi les méandres de la maladie d’Alzheimer au travers de la poésie.

  • Cracher le silence, éd. Rosa Canina, 2023 
  • S’effacer, éd. Encres vives, 2017

https://www.facebook.com/sabine.aussenac/videos/3980637432182403

Enfin, en apothéose de notre belle rencontre et en miroirs de toutes les paroles et chants de femmes, c’est la trobaïritz et barde Estella du Val qui va interpréter plusieurs chants, s’accompagnant au tambour. Ayant étudié de nombreux styles musicaux, avec une réflexion approfondie autour de la condition féminine, la chanteuse ravira la salle avec sa voix intense et son interprétation singulière.

https://www.facebook.com/sabine.aussenac/videos/664714666017581

https://www.instagram.com/estella_du_val_diodoryza/

https://www.facebook.com/people/Estella-Du-Val/100015627755235/?_rdr

Voilà enfin le dernier podcast de la rencontre:

Et en bonus un lien vers différentes interviews d’autrices par radio Occitania:

https://www.podcastics.com/podcast/episode/rencontre-avec-les-autrices-occitanes-a-lostal-doccitania-353494/

Pour terminer: le résumé en occitan du Journalet!

https://www.jornalet.com/nova/23034/tolosa-rescontre-literari-per-donar-visibilitat-a-las-autoras-occitanas

Rencontre cultural e literari « Promocion de las femnas d’Occitània »                  Rencontre culturelle et littéraire « Promotion des femmes d’Occitanie,  organisée par la fédération Convergencia Occitana, la librairie La Tuta d’Oc  (IEO31), Radio Occitania, Radio Ter, le journal en ligne Jornalet, les associations « Nos conversations » et Ukraina en Occitanie, ainsi que le restaurant A Taula, le samedi 8 mars 2025 à l’Ostal d’Occitania (TOULOUSE)

                               ————————————————-

   

 

Une rencontre entre autrices d’#Occitanie #8mars #Toulouse

Quelle belle idée que de réunir des autrices autour de la journée internationale de lutte pour les droits des femmes et de la culture occitane! Pas peu fière d’y avoir été conviée! L’événement, organisé à l’initiative de la dynamique Martine Boudet, de Convergéncia Occitana et de La Tuta d’Òc, sera riche en émotions.

Nous nous rencontrerons dans l’enceinte du magnifique Ostal d’Occitanie, le 8 mars, de 16 à 19 heures, pour échanger au gré de lectures et d’interventions. Il y aura la possibilité d’acheter nos ouvrages, et je me ferai une joie de dédicacer mes Mémoires d’Autan et mon essai sur Rose Ausländer.

Quelle joie que d’être associée à ces sœurs en écriture… Notre région foisonne de talentueuses plumes féminines qui, au gré des siècles, ont laissé leurs empreintes au gré de leurs engagements littéraires! Des Trobairitz et de Clémence Isaure à nos jours, en passant par Eugénie de Guerin, Sabine Sicaud ou Louisa Paulin, la poésie féminine a toujours résonné en nos belles contrées méridionales. Et les romancières, essayistes, dramaturges et chercheuses ne sont pas en reste, comme la rencontre de samedi nous le prouvera.

Il est si important de continuer à nous mobiliser, femmes et hommes de bonne volonté, ENSEMBLE, pour les droits des femmes et contre les inégalités de genre! Dans tous les pays du monde, ces droits, quand ils ne sont pas carrément foulés aux pieds, demeurent fragiles et à reconquérir chaque jour… Nous, autrices d’Occitanie, souhaitons porter haut et fort nos voix plurielles pour que dans les domaines de la littérature, de l’édition, de la recherche, nous puissions les faire entendre.

Que de combats à mener, entre les violences faites aux femmes qui ne diminuent pas, loin de là, les féminicides, le plafond de verre, la charge mentale, les inégalités salariales, les inégalités face à la prise en charge de notre santé, le droit des femmes à disposer de leur corps… Et je pense aussi très fort aux femmes iraniennes vilipendées et assassinées pour le non port du voile, aux femmes afghanes qui ne disposent même plus du droit à la lumière puisque le gouvernement a décidé de murer leurs maisons, aux femmes ukrainiennes en proie à la guerre, aux femmes palestiniennes qui ont tant souffert des bombardements et aux femmes juives assassinées ou prises en otages le 7 octobre…

Le chemin sera long, il est urgent de l’emprunter pour faire bouger les lignes!

Venez en nombre! Ce sera un beau moment non seulement entre autrices d’Occitanie, mais entre gens de cœur, et on y parlera de condition féminine, d’égalité et de vie culturelle et sociale occitane! Chantal ARMAGNAC, Martine BOUDET, Cecila CHAPDUELH, Anne-Pierre DARRÉES, Béatrice DILLIES, Élodie LOUSTAU et Fabienne VAYRETTE vous attendent!

Voici les informations autour de l’événement.

Je vous incite à parcourir l’annonce de la rencontre en cliquant ci dessous sur le lien – si vous le consultez depuis un ordinateur il y a une jolie animation dynamique, et depuis le smartphone il faut descendre après l’annonce bilingue pour trouver les autrices) en suivant le lien ci-dessous et à découvrir les liens des différentes autrices. Le second lien vous dirigera aussi sur l’Ostal.

  • 08/03
  • 16h
  • Ostal d’Occitania
  • 11 rue Malcousinat (Tolosa)
  • Gratuit
  • Organizacion : Convergéncia Occitana, Martine Boudet, La Tuta d’Òc

Pastorada del cèl

La poësia
es lutz e dança,
palomba dins la nuèit,
revolum del cant de las fuehlas,
terra nòstra e vin d’alegrança,
sosc inatengible dins la votz d’amor.

La poësia
es crit de revòlta que canta
come los ausels,
ama de fuòc sacrat,
breçairòlas del lop e croisada de la colomba,
raives de las montanhetas,
luna e esteletas : pastorada del cèl.

La poësia
es lo silenci de fum,
la Menina e l’ostal, sorga e fòrça,
alas blancas, e aigueta que camina sus
mon còr.
***

La pastorale du ciel

La poésie
c’est la lumière et la danse,
palombe dans la nuit,
tourbillon du chant des feuilles,
notre terre et vin d’allégresse,
songe inaccessible dans la voix d’amour.

La poésie
c’est un cri de révolte qui chante
comme les oiseaux,
âme du feu sacré,
berceuses du loup et croisade de la colombe,
rêves de petites montagnes,
lune et étoiles: la pastorale du ciel.

La poésie
c’est le silence de la brume,
la grand-mère et la maison, source et force,
ailes blanches, et eau vive qui chemine sur
mon cœur.

Je reproduis directement le texte bilingue ici:

 » Convergéncia Occitana & La Tuta d’Òc vous invitent à une rencontre culturelle et littéraire pour la promotion des femmes d’Occitanie, à l’occasion de la journée internationale de lutte pour les droits des femmes le 8 mars 2025.
Huit autrices (Chantal Armagnac, Sabine Aussenat, Martine Boudet, Cecila Chapduelh, Anne-Pierre Darrées, Béatrice Dilliès, Élodie Lousteau, Fabienne Vayrette) seront présentes pour vous présenter leurs ouvrages, lire des poèmes et des extraits d’œuvres, interpréter des chants, … Les échanges continueront avec un débat sue l’histoire et l’actualité de la condition féminine en Occitanie et une séance de dédicaces et d’entretien radiophoniques, le tout avec l’animation de Florence Ginisty, membre de Convergéncia Occitana.

Évènement porté par Martine Boudet, avec l’aide des associations Convergéncia Occitana & IEO 31 / La Tuta d’Òc

**

Convergéncia Occitana & La Tuta d’Òc vos convidan a un rencontre cultural e literari per la promocion de las femnas d’Occitania, a l’escasença de la jornada internacionala de lucha pels drechs de las femnas lo 8 de març de 2025.
8 autoras (Chantal Armagnac, Sabine Aussenat, Martine Boudet, Cecila Chapduelh, Anne-Pierre Darrées, Béatrice Dilliès, Élodie Lousteau, Fabienne Vayrette) seràn presentas per vos presentar lors obratges, legir de poèmas e d’extraches de libres, interpretar de cants, … Los escambis contunharàn amb un debat sus l’istòria e l’actualitat de la condicion femenina en Occitania e una sesilha de dedicaças e d’entretens radiofonics, lo tot amb l’animacion de Florence Ginisty, sòcia de Convergéncia Occitana.

Eveniment portat per Martina Boudet, amb l’ajuda de las associacions Convergéncia Occitana & IEO 31 / La Tuta d’Òc

Informacions practicas :
Aperitiu dinatòri pagant sus plaça (sus reservacion, restaurant A Taula) »

À la Une

Rose Ausländer, une grande voix juive de la Bucovine #essai #poésie #judaïsme #RoseAusländer #Allemagne #Ukraine

https://www.editionsbdl.com/produit/rose-auslander/

Enfin! Mon essai est sorti, tout bleu comme un ciel d’été enrobé du cercle stellaire! Merci à Jean-Luc Veyssy et aux éditions du Bord de l’Eau d’accueillir Rose et ses poèmes, et d’avoir permis l’existence de cet ouvrage passerelle entre poésie et judéité. Merci à Antoine Spire, le directeur de la superbe collection Judaïsme, pour son accompagnement, et à Laurent Cassagnau de l’ENS Lyon pour sa très belle préface. Voici la présentation de l’éditeur:

« Rose Ausländer, dont les poèmes sont traduits dans le monde entier, fait partie des figures majeures de la littérature allemande du vingtième siècle. Sa voix demeure pourtant quasi ignorée en France en dehors de cercles universitaires, alors même que son ami et compatriote Paul Celan la portait en haute estime et qu’elle est considérée comme l’une des grandes poétesses de la Shoah, au même titre que Nelly Sachs. C’est cette injustice que Sabine Aussenac a voulu réparer en retraçant les flamboyances culturelles de Czernowitz, la « petite Vienne » de la Bucovine, avant de fixer les béances du ghetto, de la Shoah et de l’exil, jusqu’à la renaissance en poésie de Rose Ausländer. Et c’est bien autour de cette césure fondamentale du génocide et de la problématique de la judéité que se noue le lien passionné de la poétesse à son public allemand, en miroir du rapport intime et universel la liant à son peuple et à sa religion. Lire cette poésie, c’est aussi se sentir transporté aux confins de la Mitteleuropa ou dans le staccato de l’exil new yorkais avant de se recueillir dans l’atmosphère épurée et stellaire de la langue-souffle d’une poétesse dont la voix ne vous quittera plus. »

J’ai voulu, en écrivant ce texte qui est aussi l’antichambre du roman que j’espère un jour publier autour de Rose, faire découvrir cette femme exceptionnelle et ses milliers de poèmes à un vaste lectorat francophone, tout en articulant ma recherche autour des liens entre sa poésie et le judaïsme.

La voix de Rose bouleversera les âmes sensibles à la poésie; son destin saura aiguiser la curiosité des passionnés d’Histoire; sa langue émerveillera les germanophiles; sa résilience, miroir d’une époque, inspirera tous les exilés, tous les opprimés; son courage devant la guerre, lors de la Shoah et face à la maladie forcera l’admiration de tous.

Et chacun de ses textes, petite lumière en écho aux étoiles qu’elle aimait tant, nous offre en quelque sorte la possibilité de devenir un Mensch… Mon essai, en effet, s’inscrit aussi dans une lutte incessante contre l’antisémitisme.

Enfin, n’oublions pas que Czernowitz, capitale de la Bucovine, se situe aujourd’hui en Ukraine… Lire Rose, c’est aussi dire non à toutes les guerres!

N’hésitez pas à me contacter via le formulaire de ce blog si vous souhaitez acquérir un ouvrage dédicacé. 

Un dernier appel à destination de l’édition: Helmut Braun, le découvreur, l’ami et le légataire de Rose Ausländer, devenu aussi un proche collaborateur, m’a chargée de traduire certains recueils de Rose… Nous sommes donc à la recherche d’un accueil en poésie….

https://www.lyrikline.org/de/gedichte/noch-bist-du-da-555

Noch bist du da

Wirf deine Angst
in die Luft

Bald
ist deine Zeit um
bald
wächst der Himmel
unter dem Gras
fallen deine Träume
ins Nirgends

Noch
duftet die Nelke
singt die Drossel
noch darfst du lieben
Worte verschenken
noch bist du da

Sei was du bist
Gib was du hast

Pour le moment tu es encore là

Jette ta peur
en l’air

Bientôt
ton temps sera passé
bientôt
le ciel poussera
sous l’herbe
tes rêves tomberont
dans le Néant

Pour le moment encore
l’oeillet embaume
la grive chante
pour le moment encore
tu as la chance d’aimer
d’offrir des mots
pour le moment tu es encore là

Sois ce que tu es
Donne ce que tu as

https://avecmavalisedesoieroseauslander.home.blog/2019/05/11/avec-la-valise-de-soie-un-voyage-sur-les-traces-de-rose-auslander/

sabine-aussenac-dichtung.blogspot.com

Je ne suis pas folle mon amour… #JeanJacquesBeineix #cinéma #37,2 #Diva les #films de nos #20ans

Les films de nos 20 ans, de nos 30 ans…

Subway, le sourire dément de Christophe Lambert, les patins de Jean-Hugues Anglade, l’air tendrement triste d’Isabelle Adjani. Éros et thanatos dans le métro, bouleversant. Je ne traverse jamais Paris sans voir ce trio bousculer ma jeunesse.

Tchao Pantin, la bonhomie meurtrière de Coluche, les jambes interminables et le regard intense d’Agnès Soral, la désespérance de Richard Anconina. Une éternelle histoire de vengeance, aussi vieille que l’humanité. Je n’ai pas le permis, mais chaque station service me rappelle le deuil du petit loubard attendrissant.

L’été meurtrier, les cigales déchirant le sourire d’Isabelle, encore elle, l’air de Pierrot ahuri d’Alain Souchon, et toujours éros et thanatos,  en Provence. Un jour, lors d’une dispute, j’ai jeté le roman éponyme dans l’eau de la Méditerranée. Gondolé, usé, je crois qu’il renferme encore le sable de nos jeunesses.

La femme d’à côté, la voix terriblement douce de Depardieu terriblement fort, et Fanny Ardant, sa voix rauque tellement sensuelle. On se damnerait pour ces voix. Nous sommes tous adultérins, le contraire est impensable.

J’ai épousé une ombre, Nathalie Baye, fragile femme puissante… Depuis, je ne peux me retrouver dans les toilettes d’un train sans penser à une bague, à une robe et à un accident; j’ai toujours imaginé croiser Francis Huster en buvant un Sauternes.

Le vieux fusil, le rire de Romy, la tendresse pataude de Philippe Noiret, les fulgurances du lance-flammes aspergeant la pierre tutélaire de Bruniquel. Le pardon n’existe pas. Et pourtant, la beauté demeure.

37,2 le matin, le piano lancinant comme la mélopée des vagues, l’amour fou de Betty, son visage énucléé, la folie plus forte que l’amour. Et pourtant je souris en arpentant la plage de Gruissan, la plage de nos 20 ans, la plage de nos 30 ans.

Dédié à Jean-Jacques Beineix.

***

Nos étés de contrebande -texte de 2009

Allumer la lumière te regarder dormir rapporter les premières tulipes fermer les yeux crier en découvrant la toile comment savais-tu que c’était ce tableau revoir Bruges te faire découvrir le Béguinage regarder le ciel dentelé faire claquer les contrevents sur l’océan courir vers les rochers lire ensemble sur l’un de ces fauteuils anglais remettre une bûche crépiter d’aise aimer ta main frôlant mes cheveux tes lèvres sur mon cou m’alanguir croquer dans la première cerise sentir ce jus acidulé faire un vœu te regarder rire en zigzaguant sous le jet d’eau comme j’aurais aimé être la mère de tes enfants ne pas penser aux impossibles plutôt décoller pour New York serrer ta main j’ai toujours eu peur en avion mais tu ne risques rien ma chérie j’adorerais mourir avec toi on jouerait aux Tours Jumelles arrête tes blagues idiotes mais je plaisante allez souris à ton petit Paul Auster manger des baggles saluer La Liberté jouer à Love Story te faire découvrir les châteaux cathares Sète te raconter l’Exodus nous barbouiller de jus de groseilles te lécher le coin des lèvres hum c’est bon c’est sucré s’étourdir tu es fou encore oui n’arrête pas recommence tu me tues non n’arrête pas je m’en fiche personne ne regarde oh bonjour Madame Ouztairi oui vous avez raison il va repleuvoir les draps qui claquent dans le jardin les odeurs de lavande les cigales toujours les cigales même à Paris ne jamais oublier cet été-là les vols fous des hirondelles toujours tu me trouveras toujours belle ces foins coupés où tu m’entoures de tes bras de vingt ans la clairière où dansent les fées cette chambre tendre où tout intimidé tu joues les grands seigneurs en tremblant d’envie ta passion joyeuse tes mains d’organdi qui jalonnent ma peau de dentelles câline tes yeux qui me mangent ta bouche enhardie qui explore et dévore et parsème ma vie jamais je ne serai rassasiée de tes tendresses je fais provision de soleil d’éternel d’infini je mets nos folies en conserve je me fais gardienne de nos songes il suffira de relire le millésime pour avoir en bouche l’âpreté de ton désir violent la profondeur de nos jouissances les découvertes immenses les rives océanes de nos étés de contrebande volés murmurés fracturés nos étés où je jouerai Betty de 37,2 mais ne t’inquiète pas je ne suis pas folle mon amour, juste de toi, juste de toi.

https://short-edition.com/index.php/fr/auteur/sabine-aussenac

Au Sorbet d’Amour #féminicides #violencesconjugales

Cette nouvelle a été remarquée au concours de nouvelles George Sand 2021, dont le thème était « Grain de sable ». Elle sera d’ailleurs publiée dans le recueil dédié.

http://www.concours-georgesand.fr/

88 femmes. En 2021, au premier octobre, 88 femmes ont été tuées, en France, par leur compagnon ou ex-compagnon. Poignardées, égorgées, brûlées vives, défenestrées, étranglées, tuées au fusil… et ce malgré le désir de nos gouvernants de faire des violences conjugales et des féminicides une « grande cause nationale »! En 2019, leur nombre s’élevait à 146, en 2020, à 90.

https://information.tv5monde.com/video/feminicides-combien-de-femmes-tuees-dans-le-monde

Je ne compte plus les textes que j’ai écrits sur ce sujet, depuis des années, dans des médias français ou étrangers. C’est insupportable. Ignoble, indécent, indicible, de voir que systématiquement, chaque jour, dans le monde, une moitié de l’humanité, sciemment, tue l’autre.

Cette nouvelle est dédiée à la mémoire de toutes ces femmes disparues. Ne les oublions pas. Engageons-nous afin que cesse cette barbarie.

Peut être une image de une personne ou plus et texte qui dit ’15:15 Instagram NOUS SOMMES LE 30/ 30/09 2021 DEPUIS 1ER JANVIER, EN FRANCE 88 FEMMES ONT ÉTÉ TUÉES PAR LEUR CONJOINT OU EX-CONJOINT 102 FÉMINICIDES EN 2020. #OnNeLesOubliePas NOUSTOUTES. ORG 5512 J'aime noustoutesorg Mercredi 29 septembre à Denain (59), Jennifer (24ans) été tuée par son compagnon devant leurs 4 enfants de moins de 5ans. C'est le 88ème féminicide de l'année. @emmanuelmacron l'entourage était au courant mais rien n'a été fait. Permettez-’

Elle en avait le tournis : les mille saveurs virevoltaient autour d’elle, l’enveloppant dans ce nuage de goûts, de textures et de parfums, comme une antichambre de Noël. Bien sûr, certaines appellations rappelaient la douceur familière de l’enfance, quand on plongeait dans le petit pot de vanille-fraise qui rappelait à la fois la cantine et les jolies petits cuillères plates et l’été, quand on avait le droit de prendre une glace à côté du jukebox, dans le petit café du village… D’autres étaient nettement plus improbables, comme ce mariage citron-basilic des plus audacieux !

Aïcha sourit en déchiffrant cette carte qu’elle connaissait pourtant par cœur, et finit par commander « son » mélange fétiche : un onctueux festival de caramel à la fleur de sel et de chocolat mâtiné de piment d’Espelette… La jeune femme associait à ces rencontres son propre parcours de vie, puisque la fleur de sel la ramenait à sa chère Méditerranée, tout comme le caramel lui évoquait à la fois les confidences de ses cousines durant leurs séances d’épilation, avant le hammam, et les fous-rires de sa mère et de ses tantes lors des préparations des gâteaux de l’Aïd ; tandis que le chocolat symbolisait sa rencontre avec la France, ses marchés de Noël et ses gourmandises. Enfin, le choc pétillant du piment la ramenait à sa découverte de cette Aquitaine qu’elle considérait à présent comme sienne, entre langueurs océanes et sommets sauvages des Pyrénées.

Elle sourit au jeune vendeur en prenant son double cornet, et se retourna en humant l’air du bassin qui venait soudain fouetter d’iode les coulis sucrés ; elle marcha à pas lents vers la jetée d’Eyrac, observant le miroitement de l’eau et des voiles, se souvenant de ses toutes premières vacances arcachonnaises dans la famille de sa camarade de classe qui l’avait prise sous son aile. Lucie, toute en blondeur et en gentillesse, avait accueilli son amie au sein de la bourgeoisie bordelaise, la faisant passer, au gré des après-midis de jeux, de la grisaille de la petite échoppe modeste que ses parents louaient vers la gare Saint-Jean aux ors des Chartrons et aux fastes des Quinconces, avant de la guider un jour vers le sommet du Pyla : bouche-bée, Aïcha avait su, en découvrant l’infini des camaïeux marins depuis le haut de la dune, que sa place était ici, en écho aux dunes dont lui parlaient ses grands-parents quand ils rentraient du bled…

L’amitié indéfectible des fillettes avait grandi au fil des années, et c’est d’ailleurs Lucie qui avait présenté Damien à Aïcha : tous trois préparaient la Magistrature, et, longtemps, ils avaient plaisanté sur leurs futures destinées, se voyant respectivement procureure, juge et avocate. Soudain, une poigne de fer s’abattit sur l’épaule dénudée de la jeune femme. Perdue dans ses pensées, elle n’avait pas vu le coupé rouge criard qui venait de se garer sur le boulevard de la plage, ni l’homme au luxueux costume qui en jaillissait…

Elle sursauta, faillit lâcher son cornet qui éclaboussa son bras de gouttelettes colorées. Elle savait déjà qui s’apprêtait à lui murmurer des menaces au creux du cou, au vu et au nez des passants qui croyaient voir dans cette scène les retrouvailles de deux amoureux. La voix de Damien sifflait de haine, son souffle court haletait contre la peau ambrée d’Aïcha :

  • Dis-donc, espèce de salope, tu crois que j’ai pas vu ton petit manège avec le vendeur ? On dirait que ça ne te suffit plus de te taper tous les avocats du barreau de Bordeaux ? Sale pute, je te donne dix minutes pour revenir à ta voiture et pour rentrer.

La jeune femme se retourna, offrant son visage à la pommette gauche légèrement tuméfiée au regard de son agresseur, et le darda d’un œil sombre, sans ciller.

  • Non, Damien, c’est fini. Si tu m’as suivie depuis le palais, tu sais déjà que j’ai une petite valise dans le coffre. Hier soir, c’était la scène de trop. Je suis venue pour me reposer chez les parents de Lucie mais ce matin, avant de me rendre à mon cabinet, j’ai déposé plainte. Il n’y aura pas de retour en arrière.

Damien poussa un long hurlement de bête blessée et lui assena une gifle violente, la faisant tituber. Il s’était décomposé et proférait force insultes et menaces, sans se rendre compte qu’un attroupement s’était formé autour d’eux et qu’une caméra de surveillance enregistrait toute la scène. Lorsqu’un policier municipal arriva pour le ceinturer, il se débattit comme un beau diable, criant qu’il était magistrat, que ça ne se passerait pas comme ça, et qu’Aïcha était à lui, à lui, cette salope d’Arabe venue manger le pain des Français, on leur tendait la main et ils vous prenaient le bras, pauvre France, toutes des salopes, ces bonnes femmes !

Incrédule devant la violence de son discours confus, le policier menotta Damien et demanda à la jeune femme si elle avait besoin d’aide. Elle le rassura en lui expliquant qu’elle était elle-même « de la partie », que tout se règlerait donc bientôt au tribunal, et qu’une consœur avocate se chargerait de la demande de réquisition pour avoir les images de vidéosurveillance. Elle accepta en revanche que le policier se charge de prendre les coordonnées des témoins de la scène, un couple et une bande d’adolescents encore sous le choc de ce qu’ils venaient de voir. Puis, à pas lents, tremblante mais déterminée, la jeune femme marcha vers la jetée…

Jamais elle n’aurait cru qu’un jour, elle se retrouverait dans cette situation ; en recevant le premier baiser de Damien, juste devant le Sorbet d’Amour où les tourtereaux étaient allés se sustenter après une merveilleuse après-midi à la plage, blottie entre les bras rassurants et encore un peu ensablés du jeune homme, Aïcha avait su qu’il était l’homme de sa vie. Tout était allé très vite, et en quelques mois un beau mariage avait scellé les chemins du jeune magistrat et de l’avocate. Au fil des ans, Aïcha s’était ensuite spécialisée dans la défense de femmes en proie à des violences conjugales, assistant, désarmée, à une montée en puissance des féminicides aux quatre coins de l’Hexagone, en écho à une situation mondiale où, depuis des siècles, une moitié de l’humanité étranglait, vitriolait, égorgeait, brûlait vive, démembrait l’autre moitié, s’en prenant aussi souvent aux enfants pour « punir » une femme infidèle…

Était-ce son investissement passionné dans ce travail devenu mission qui avait peu à peu agacé son compagnon ? L’amoureux transi s’était mué en un tyran domestique portant haut la verve patriarcale, découvrant au fil des mois un caractère sombre, possessif, engluant la jeune femme dans l’enfer d’une jalousie maladive, et lui reprochant en parallèle de plus en plus souvent ses origines étrangères. Le juge s’était en effet rapproché d’un groupe de magistrats ne cachant pas leurs sympathies pour un certain parti d’extrême-droite, et Aïcha avait vu son époux refuser ouvertement de fréquenter sa belle-famille tout en sombrant dans une véritable paranoïa amoureuse. Damien était allé jusqu’à placer un traceur sur son portable… Le pire, c’était que la jeune avocate n’osait se confier à personne, puisque Damien conservait avec brio son vernis social, en bon pervers narcissique qui se respectait ; il était capable de l’humilier des heures durant lorsqu’ils étaient en tête à tête avant de jouer les gentlemen dans un dîner…

Elle avait reçu sa première gifle un soir, en rentrant très tard d’une audience au cours de laquelle elle avait défendu les intérêts des parents de Myriam, une jeune libraire que son mari avait poignardée de douze coups de couteaux au pied de son immeuble, à l’heure de la sortie des classes, devant leurs trois enfants. Encore choquée par les propos tenus par le coupable, qui ne faisait montre d’aucun remords, elle n’avait pas vu tout de suite le regard fou de Damien, qui l’attendait, le visage en feu, un verre de whisky à la main. Il la frappa en pleine face, et le coup, d’une violence inouïe, la projeta au sol. C’est aussi ce soir-là que les premières insultes racistes s’étaient mêlées aux accusations sans fondement.

Ne dit-on pas que les cordonniers sont les plus mal chaussés et que l’amour rend aveugle ? Aïcha, tout en sachant pertinemment qu’une femme battue doit partir dès le premier coup, se contenta de monter dans son bureau et d’y pleurer toute la nuit, effondrée, incapable de faire le deuil de l’homme aimant qui lui avait promis monts et merveilles dès leur premier baiser au goût exquis de caramel et de pistache… Elle avait bien senti, depuis plusieurs semaines, qu’un grain de sable était venu enrayer la belle harmonie de leur couple, avec cette jalousie s’infiltrant insidieusement dans les propos de Damien, mais jamais elle n’aurait imaginé pouvoir se retrouver dans la même situation que ces femmes qui échouaient dans son cabinet affublées de lunettes noires pour cacher leurs cocards… En revoyant les instants solaires et parfaits de leur rencontre, puis les éclats festifs de ce mariage d’amour, en songeant aux innombrables cornets de glace partagés devant leur glacier fétiche, elle n’avait pu se résoudre à partir et avait décidé de donner une deuxième chance à Damien.

Et puis tout s’était enchaîné, en une infernale double contrainte paradoxale, entre les journées passées à soutenir les « survivantes », comme elle les appelait, ces guerrières qui avaient trouvé le courage de fuir les violences, ou encore les familles de celles qui, hélas, avaient été défenestrées ou tuées à bout portant malgré d’innombrables plaintes, et ces soirées au domicile conjugal devenu prison où elle espérait toujours que Damien recouvrerait la raison et cesserait de la rabaisser, de la rabrouer et de la frapper…

Elle n’arrivait ni à renoncer à son attachement envers Damien, ni à avouer à ses parents (si fiers de sa réussite et du « beau mariage » de leur aînée, leur Aïcha adorée tellement bien intégrée dans cette France qu’ils avaient choisie et toujours respectée…) que son union battait de l’aile et qu’elle allait sans doute devoir quitter son grand appartement dont les vitrages donnaient sur le Miroir d’Eau. Car somme toute, elle ne le savait que trop bien, ce sont toujours les femmes qui partent, dans l’urgence, lorsque la situation est devenue inextricable, après les tentatives de plaintes avortées, les audiences ordonnant des mesures d’éloignement non respectées, ces femmes qui, parfois, souvent même, finissent pourtant par être abattues comme du bétail à quelques encablures des commissariats… Même Lucie ignorait tout de ses difficultés.

En fait, Aïcha avait honte, honte de sa propre faiblesse, honte de son aveuglement, honte de l’échec de ce mariage, honte de la jalousie maladive et des dérives racistes de cet époux qui, aux yeux de tous, passait pour un mari exemplaire et pour un magistrat intègre. Elle s’était laissée enfermer dans le cercle vicieux des coups et des excuses, des roses et des insultes, acceptant l’inacceptable, se traînant vers la salle de bains avec un visage en sang, cachant ses bleus sous sa robe d’avocate et son désarroi sous l’apparence de la normalité. Elle était devenue l’une de ces créatures apeurées et fragiles, dérivant entre mauvaise foi et mal-être, levant dérisoirement les bras pour protéger un visage, esquivant des chaises qui volent. Aïcha, la belle Bordelaise d’origine algérienne, Aïcha la forte, Aïcha la princesse des dunes, Aïcha la ténor du Barreau était devenue une femme battue.

Mais la semaine précédente, elle avait reçu la sœur de Sandy à son cabinet, et elle avait écouté le récit de la descente aux enfers de cette jeune coiffeuse de Mérignac. Son ex-compagnon, père de l’un de ses deux enfants, avait d’abord enlevé ces derniers à l’école, incendiant ensuite la voiture dans laquelle il les avait attachés. Sans les endormir. Il avait filmé la scène et s’était rendu au salon de coiffure, juste après la fermeture. Là, après avoir montré la vidéo à Sandy, dans un « direct » sur un réseau social, il lui avait fait boire des produits hautement toxiques avant de l’achever d’une trentaine de coups de couteau. Prévenue par des internautes, la police était arrivée pour voir l’homme se tirer une balle dans la tête. Aïcha, portée par la rage et le désespoir, avait mis ensuite plusieurs jours avant d’oser franchir le pas et d’enfin reprendre sa propre vie en mains…

En arrivant au bout de la jetée, la jeune femme se retourna pour embrasser l’autre face d’Arcachon. Si elle était une inconditionnelle des plaisirs de la plage, des eaux salines du Bassin et de « sa » dune, elle éprouvait aussi un profond attachement pour la Ville d’Hiver qui profilait sa silhouette de Belle endormie sur fond de verts sombres et d’entêtante odeur de térébenthine… Elle songea à tout ce passé virevoltant d’ombrelles et de crinolines, à ces élégantes d’autrefois qui venaient aux Bains tout en soignant leur phtisie grâce à ces effluves de pins, ce passé qui, dans le Bassin, se confrontait si joliment au présent et à ses modernités, quand les vêtements fluos des surfeurs venaient illuminer le ressac au gré des déferlantes… Et pourtant, aujourd’hui comme hier, une constante dominait le quotidien : les femmes continuaient à mourir sous les coups de leurs compagnons.

Aïcha sourit, malgré cette pensée terrible, malgré les souvenirs des drames familiaux que la presse osait enfin dire « féminicides », en voyant passer un jeune couple enlacé. Elle sourit au souvenir de ce qu’elle avait finalement osé faire, la veille, après le coup de pied que Damien lui avait assené dans le dos alors qu’elle ne s’y attendait absolument pas, penchée sur une rose qui avait éclos durant sa journée au palais. La jeune femme avait fait face à son mari en lui disant d’une voix forte que ce coup était le coup de trop, et qu’elle allait partir. Il lui avait alors décroché un direct à la mâchoire, manquant de lui fracasser la pommette, mais elle n’avait pas baissé les yeux. Tandis que Damien avait mangé le repas qu’elle lui avait malgré tout préparé, elle avait mentalement pris congé de leur appartement, caressant les boiseries de la bibliothèque, arrosant les vases de la terrasse ouverte sur Garonne avant de préparer sa valise. Lucie, avec laquelle elle avait pu le soir-même échanger sincèrement, lui avait proposé de venir se réfugier à la Villa Hortense, chez ses parents, et, même si elle savait que le combat ne faisait que commencer, Aïcha se sentait à nouveau libre, forte et fière. Elle savait déjà ce qu’elle ferait de ce premier jour de liberté ; elle irait gravir sa dune après avoir mangé une glace, et, assise au sommet de son toit du monde, elle ferait glisser quelques grains de sable tendres et mordorés entre ses mains, comme un chapelet que l’on récite, en se répétant tel un mantra la devise du premier jour du reste de sa vie, celle que la thérapeute faisait réciter aux femmes battues du groupe de parole qu’elle avait pour la première fois visité l’avant-veille :

« Je suis dune, immense et fière ; et je suis sable aussi, microcosme dans le macrocosme. Je suis pérenne et mouvante à la fois. Je suis femme, océan et éternité. Nul ne peut m’enlever ma dignité, nul ne peut entraver ma liberté. »

Plusieurs mois avaient passé. Après une belle journée estivale, Lucie et Aïcha avaient dégusté leurs glaces en pouffant comme des collégiennes, se poussant du coude au passage des beaux surfeurs aux allures de beach boys californiens et oubliant, quelques heures durant, leurs réalités de juristes… Aïcha avait emménagé dans une adorable maison nichée dans la verdure, au pied du Parc Mauresque, et s’était peu à peu reconstruite, entre séances de thérapie et promenades vivifiantes. Elle avait créé une association et était plus engagée que jamais aux côtés des victimes de violences, et elle projetait aussi de faire un grand voyage vers l’Algérie en compagnie de ses parents, son « voyage des fiertés », comme elle l’appelait : le temps était venu de créer des passerelles entre ses deux cultures. Damien avait interdiction de s’approcher de sa future ex-épouse, et Lucie savait déjà que le parquet demanderait une peine exemplaire à son encontre.

En fermant les contrevents de ses fenêtres ouvrant vers les pins, Aïcha crut apercevoir une ombre se profilant le long de la rangée d’hortensias. Quelque promeneur égaré, peut-être… Elle éteignit la lampe du salon et s’apprêtait à monter dans sa chambre lorsqu’une main glacée la saisit à la gorge. Elle sentit en même temps une lame pointue effleurer son bas-ventre et sut, immédiatement, qu’elle ne survivrait pas. Elle percevait la rage froide et la détermination de Damien dont elle avait reconnu le parfum coûteux et l’haleine chargée d’alcool.

  • Cette fois, salope, chienne, tu ne t’échapperas pas. Tu es à moi, tu entends, et c’est moi qui décide si tu as le droit de vivre ou de mourir !, hurla le magistrat, dans le silence de la maisonnette isolée.

Aïcha ne tenta pas de résister. Elle vit défiler, en un éclair, les prénoms des centaines de femmes tuées au cours des dernières années, elle repensa aux beaux visages placardés sur les tee-shirts des marches blanches, et elle bénit le ciel de n’avoir pas eu d’enfant avec Damien. Elle ne laisserait pas d’orphelin à ce monstre…

Elle se prépara mentalement à sentir l’acier glacé déchirer ses entrailles, eut une douce pensée pour ses parents, ses amis, sa chère Lucie. Elle battait l’air de sa main gauche, tentant maladroitement avec la droite de desserrer l’étreinte qui lui broyait le cou, lorsqu’en une fraction de seconde elle se souvint de ses boîtes à sables, trésors amassés depuis l’enfance, renfermant qui un peu de sable du Sahara, qui une poignée du sable clair de Sète… Mue par une volonté surhumaine, elle réussit à pivoter et se saisit d’une de ces boîtes dont elle projeta vivement le contenu en direction de Damien. Son bourreau, coupé net dans une insulte où il la traitait de « sale bougnou… », s’étouffant soudain avec du sable dans la trachée, hurlant de douleur de par tous ces petits grains de mica et de quartz, soudain aussi abrasifs que de l’émeri, lui rayant la cornée, s’insinuant entre la paupière et l’œil, la lâcha en allant trébucher sur le tapis tissé à la main par la grand-mère kabyle d’Aïcha. Mais il tenait encore son couteau, et c’est sur ce dernier qu’il vint s’empaler de tout son long.

Toute cette scène s’était déroulée en quelques fractions de secondes, même si Aïcha avait eu l’impression de voir sa vie entière défiler… La jeune femme se pencha sur le corps inerte de Damien ; le silence de la nuit arcachonnaise fut déchiré par le cri d’une effraie et Aïcha, retournant son agresseur, comprit à la vue de la plaie béante de la carotide que son cauchemar était terminé. Elle composa le 17. Puis elle attrapa la boîte bleue sur les étagères, celle où, petite fille, à l’époque où ce n’était pas encore interdit, elle avait avec Lucie déposé une poignée de sable de leur dune. La boîte ouvragée qui avait contenu le sable du Sahara était, elle vide.

Aïcha ouvrit la fenêtre et inspira l’air chargé d’embruns, du parfum des pins et de la liberté.

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Dune du Pilat. Crédits Sabine Aussenac

Les femmes tuées se prénomment : 88 🕯Jennifer87 🕯Adeline86 🕯Willinelle 85 🕯Léa 84 🕯🥀83 🕯Ginette82 🕯🥀81 🕯 Hamana80 🕯🥀79 🕯Ivana78 🕯Carole77 🕯Clara76 🕯Lili75 🕯🥀74 🕯🥀73 🕯🥀72 🕯Lauréna71 🕯🥀70 🕯🥀69 🕯🥀68 🕯Sylvie67 🕯Bouchra66 🕯Lætitia 65 🕯Delphine64 🕯Doriane63 🕯🥀62 🕯Françoise 61 🕯Daniela60 🕯 Augustine59 🕯Grabrielle58 🕯Sandra57 🕯Rachel56 🕯Sarah55 🕯Cécilia 54 🕯🥀53 🕯Jocelyne 52 🕯Angélique 51 🕯Karine50 🕯🥀49 🕯Doris48 🕯Jennifer 47 🕯Christiane 46 🕯Aurélie 45 🕯Odile44 🕯Mezgebe 43 🕯Stéphanie 42 🕯Claire 41 🕯Coralie40 🕯Dominique39 🕯Chahinez38 🕯Haby37 🕯🥀 36 🕯🥀 35 🕯Meriyam34 🕯 Rose May 33 🕯Germaine 32 🕯Gloria 31 🕯Céline 30 🕯Aurélie 29 🕯Louiza28🕯Nadia27🕯Jani 26🕯Marie-Jeanne25🕯🥀24🕯Pascale23🕯Magali22🕯Peggy 21🕯Annick 20🕯Amélie 19🕯Sandrine18🕯Geneviève 17🕯Alisha 16🕯Jeannette15🕯Fatima 14🕯Stella 13🕯Muriel12🕯Stéphanie11🕯Martine10🕯Iraida 9🕯Laura8🕯Caroline 7🕯Rabia6🕯Saliha 5🕯Isabelle4🕯Rosa Reyes 3🕯Annie 2🕯Laura 1🕯Ashley (prénoms trouvés sur une page Facebook dédiée :

https://www.facebook.com/feminicide/)

https://sisyphe.org/spip.php?article4497

https://www.huffingtonpost.fr/sabine-aussenac/tes-enfants-tu-ne-tueras-point_b_1687939.html

PS: j’ai situé la nouvelle dans la merveilleuse ville d’Arcachon et j’y évoque un célèbre glacier…

Le jour où j’ai vendu Rimbaud

Il fait un beau soleil d’automne, les asters fleurissent tendrement.

Nous sommes le deux, et mon compte est déjà à découvert, comme toujours depuis trois ans. Avez-vous déjà goûté à un colis de la Banque Alimentaire ?

Mes enfants m’ont demandé pourquoi il était écrit « Interdit à la vente », sur ces drôles de boîtes qui ressemblent à des raviolis pour chiens….

Déjà, il faut démarcher l’assistante sociale du Rectorat…Elle n’est pas débordée, a plutôt l’air de bailler aux corneilles dans son joli bureau placardé d’affiches vantant les méfaits du tabac. Poliment, elle daigne me taper un courrier à destination de l’épicerie sociale, et j’ai l’impression d’être Gérard Jugnot dans « Une époque formidable », c’est assez grisant. Un peu comme si j’allais passer à la télé pour la soirée des Enfoirés, sauf que je ne fais pas partie des bénévoles, mais des nécessiteux, ce qui est tout de même assez paradoxal avec un salaire d’enseignante…

Mon appartement se vide peu à peu des biens nécessaires, mais pas obligatoires…Le lave vaisselle est parti discrètement, tout comme le piano, ou encore les vieux vinyles de Dylan ou de Bécaud. Je garde sous le manteau, pour les jours de vraie disette, un trente trois tours des Chœurs de l’Armée Rouge et un quarante-cinq tours de Bill Haley et ses « Comètes »! Ils nous feront au moins un panier du Lidl…Surtout, ne pas dire à mes parents que ces reliques vont être vendues…

Pour mon bureau en chêne blond, récupéré dans les locaux de la CGT de la SNCF où travaillait mon premier mari, lorsque j’avais vingt ans, et qui, après des générations de fonctionnaires puis de révolutionnaires zélés, a vu passer toutes mes dissertations sur les Affinités Electives ou sur Bismarck, j’hésite…Le vendre serait un véritable crève cœur, car il est comme l’extension de mon âme, comme un fidèle compagnon d’infortune…

Ce matin, une jeune fille a découvert mon annonce placardée à la fac, et va venir fouiller dans ce que j’ai décrit comme « Les Puces au chaud » et « Une Bibliothèque de rêve ».

Je n’ai jamais classé mes livres, hormis quelques rayons spécifiques, comme les « beaux livres » ou les médecines douces. Depuis toujours, Hugo voisine avec Charlotte Link, Agatha Christie avec Platon, et, miracle de la mémoire visuelle, je suis capable de retrouver mes « petits » en cinq minutes, connaissant le recoin où se cachent Werther et Raskolnikov, ou encore les endroits où j’ai glissé photos, notes d’agreg, mots doux…

On sonne. Elle s’appelle Anna, est étudiante en Lettres Modernes, et elle est d’emblée émerveillée par l’abondance, le fouillis, le rangement à la diable, les vieux policiers qui épaulent les classiques et cette ambiance « quais de Seine »….

Soudain, elle le prend.

« Mon » Rimbaud. Mon recueil nrf de « Poésie/Gallimard », celui qui me suit depuis la Première quand, avec Marie-Claude, nous déclamions Ophélie sur les pelouses du lycée…

« -et l’infini terrible effara ton œil bleu ! »

Petite fille, j’ai vécu cinq ans à Charleville-Mézières, et l’un de mes premiers souvenirs, c’est ce petit pont qui mène au Musée Rimbaud, ce sont les arcades de la Place Ducale : atavisme, gémellité artistique ? Je me suis toujours senti une étrange sororité avec l’éphèbe rebelle.

Anna sourit, me demande si « je l’ai lu » …Les gens qui viennent à la maison demandent d’ailleurs souvent si « je les ai tous lus »…! Question étrange, si déplacée, incongrue, illicite, ridicule, que je ne peux qu’y répondre gentiment, en éludant la vérité…On ne va pas monter un Café Philo juste pour cette question, mais elle est pourtant extrêmement symptomatique du respect et de la crainte que la plupart des gens ont devant les livres et devant ceux qui les fréquentent…Non, justement, je n’ai pas « tout » lu, et c’est une de mes premières questions existentielles que je me posais, enfant…Comment trouver ce temps ?

Oui, Anna, j’ai lu Rimbaud. Non pas une fois, mais des centaines, des milliers de fois. J’en connais chaque vers, chaque parcelle d’émotion. C’est grâce à lui, à ses mots, que j’ai aimé la poésie, que j’ai compris que jamais je ne tenterais de transformer le monde, mais plutôt que je changerais la vie, ma vie…Portée par les couleurs et les illuminations d’Arthur, j’ai descendu des fleuves impassibles et embrassé des centaines d’aubes d’été. Ses voyelles m’ont aidé à comprendre les méridiens célaniens et les méandres proustiens, son portrait d’adolescent rageur et rêveur est toujours posé sur mon bureau, fragile icône qui m’aidé à traverser tant de saisons en enfer.

Voici venir le temps des assassins. Oh, ce n’est pas « Le choix de Sophie », il n’y a pas mort d’homme, mais juste cette reculade, cette petite prostitution. Vendre « mon » Rimbaud, ce serait véritablement vendre mon âme au diable, renoncer à ma dignité.

Je redresse la tête et, doucement, je lui reprends le livre, tout tâché, tout corné, plein de sable, de rêves, d’amour. Il ne partira pas, il restera auprès de nous quand les huissiers viendront saisir l’ordinateur et la télé, il me suivra encore dans le HLM où je vais sans doute devoir aller m’installer, moi qui rêvais d’une grande maison au milieu des tournesols, d’une véranda gorgée de soleil et ivre de passions, où j’aurais écrit mes romans fleuves…Il sera parmi mes derniers fidèles, avec mon exemplaire de l’Idiot présentant Gérard Philipe en couverture, avec mon Journal d’Anne Franck quadrillé de bleu et la méthode Boscher de mon père…

 Celui là n’est pas à vendre. 

Elle est retrouvée !

-Quoi ?- l’Eternité 

***

Ce petit texte a été écrit dans ces années où, entre divorce international et surendettement, j’ai goûté aux joies des « classes moyennes surendettées »…

Rwanda, 25 ans après le génocide: les mains de Baptistin #Kwibuka 25

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Elle sentait encore parfois les petites mains douces qui jouaient avec ses cheveux. La nuit, souvent, lorsqu’elle tentait de s’assoupir, il lui semblait aussi entendre son babil, lorsqu’au creux de ses seins généreux il souriait, apaisé.

Les quatre autres aussi lui manquaient. Les tresses folles d’Euphrasie lorsqu’elle gambadait en rentrant de l’école ; les grands yeux sombres d’Amédée, et cette façon qu’il avait de lui prendre la main à l’église, en murmurant qu’il serait prêtre, un jour. Prudence, son rire aussi étincelant que l’eau de la rivière, Prudence déjà presqu’une femme, minaudant avec ses amies et imitant Beyoncé. Et puis la jumelle d’Amédée, Félicité, la bien nommée, une allégresse dans chacun de ses gestes, Félicité qui dès l’âge de quatre ans racontait des histoires si extraordinaires que le vieux griot l’appelait « belle mémoire » en Kinyarwanda…

Mais les petites mains tendres de Baptistin, qui de son incroyable force de nourrisson se tendaient vers le ciel pour en décrocher les étoiles, ces mains-là, elle les sentait, presque chaque fois qu’elle sortait de la maison. Elle revoyait le nuage de poussière devant le petit jardin, elle entendait les hurlements de Prudence, qui venait de voir leur voisin décapiter d’un seul trait Félicité après avoir égorgé Amédée et démembré Euphrasie. Elle sentait les liens qui tranchaient sa peau alors qu’elle essayait de se lever et de courir vers eux, mais pour Prudence aussi il était trop tard, puisque le voisin venait de lui trancher la tête à son tour.

Il la fixait, la regardait dans les yeux. Elle n’était plus qu’un cri, elle vomissait et s’étouffait en hurlant, et lui il souriait en la traitant de chienne, puisqu’elle avait engendré ces enfants de Tutsi, elle la Hutu qui avait épousé un Tutsi. Et puis lentement, il avait contourné la femme attachée au portail et avait d’un geste brusque arraché le bébé qu’elle portait dans son dos. Elle sentit encore les petites mains de Baptistin qui griffaient son dos lacéré, et puis plus rien.

Lorsqu’elle s’était réveillée plusieurs heures plus tard, une voisine l’avait détachée et mise à l’ombre. La nuit était tombée. Espérance s’agenouilla péniblement puis réussit à se lever. La courette n’était qu’une mare de sang, les essaims de mouches tournoyaient dans l’odeur atroce, aucun bruit ne s’élevait. Elle pria, pria soudain comme une possédée, dans une transe aveugle, implorant ce Dieu impie d’avoir au moins épargné son puîné. Mais elle retrouva les restes de Baptistin éparpillés dans le jardin, une de ses petites menottes serrant encore une mèche des cheveux d’ébène de sa mère. Alors, sous l’immense lune rouge de l’Afrique défigurée, Espérance voulut mourir. Elle courut vers la rivière, enjamba les corps de ses voisins et amis, courut pour ne plus vivre, mais au moment où elle allait se jeter du petit pont de briques, une main puissante la retint.

–   Attends, Espérance. N’oublie pas qu’il te reste un fils. Attends. Ne leur fais pas ce plaisir. Reste parmi les vivants, même si ton âme est aussi morte que la poussière du désert.

Le griot parlait ainsi, lui qui était issu de l’ethnie des Twa, les « artisans », qui n’étaient ni éleveurs comme les Tutsis, ni agriculteurs comme les Hutu…Le griot qui avait choisi la voie de la parole et de la sagesse, et que les folies des hommes avaient épargné.

Oui, si Espérance était encore debout, vingt ans après cette journée, c’était grâce à Placide, son fils aîné. Elle avait, dans le peu de lucidité qui lui restait, prié pour son retour. Placide, qui avait douze ans à cette époque, avait été envoyé chez l’un de ses oncles paternels à la capitale, pour fréquenter un établissement scolaire réputé. Car le fils aîné d’Espérance et de Gratien était une graine de génie, aux yeux malicieux et à l’intelligence exacerbée. Certes, Placide avait vu son père enlevé en pleine nuit avec son oncle, mais il avait couru à travers les rues grouillantes d’atrocités, et su se faire passer, de par son physique métissé, magnifique mélange des deux ethnies ennemies, pour un jeune Hutu. Il s’était ensuite réfugié à l’ambassade de France, grâce à son professeur de français, et avait donc été miraculeusement épargné.

Espérance revoyait encore son fils, qui, tel un revenant, lui avait soudain été rendu, entier, sain et sauf, avec tous ses membres, ses deux yeux, et son sourire de prince. Il vacilla en pénétrant dans le carré de tombes fraîchement creusées, mais se tint droit auprès de sa mère dont les cheveux avaient blanchi en une nuit, en lui promettant qu’il deviendrait un homme, et qu’il garderait la mémoire des siens. Les mille collines teintées du sang fratricide palpitaient encore de la douleur des survivants. Espérance et Placide, hébétés de tristesse, se devaient de ne pas sombrer.

En se dirigeant vers l’autobus qui devait l’emporter à la capitale, Espérance, en cette semaine de commémoration, se souvint de l’année 2003, quand des milliers de prisonniers avaient été relâchés et étaient simplement revenus dans leurs villages, avant d’être jugés pour certains devant les « gacacas »…En passant devant la maison de son voisin, qui était assis devant sa porte, elle se redressa et détourna la regard. Car le meurtrier de ses cinq enfants faisait partie des Hutu revenus vivre dans leurs terres. Il n’avait pas nié. Il avait même osé soutenir son regard devant le tribunal, sur cette terre sèche de l’esplanade où d’autres enfants jouaient et riaient tandis que les adultes tentaient de mettre des mots sur l’Indicible. Oui, avait-il convenu, il avait bien égorgé, décapité et démembré les enfants de sa voisine, car elle portait des enfants Tutsi. Il avait beaucoup bu pour se donner du courage, et il n’avait fait que suivre les consignes diffusées par la radio des mille collines…

D’autres avaient pardonné, mais Espérance ne le pouvait pas. Chaque nuit, chaque nuit depuis bientôt vingt ans, elle rêvait qu’elle se détachait et qu’elle arrivait à empoigner chacun de ses enfants et à courir avec eux vers la rivière d’argent. Chaque nuit, elle les cachait dans la forêt luxuriante, chaque nuit elle les entendait rire et chanter. Et chaque matin elle se réveillait en ayant envie de hurler et de traverser la rue pour assassiner son voisin.

Pourtant la vie avait repris. Des enfants étaient nés à nouveau, des jeunes gens s’étaient unis, à l’école on les entendait psalmodier des mots nouveaux, des mots qui parlaient de réconciliation, d’oubli, de pardon. Espérance était devenue institutrice, et chaque sourire d’enfant l’aidait à rester humaine. Avec sa belle-sœur, qui était revenue de la capitale, elles avaient créé aussi une association pour aider les veuves, si nombreuses, grâce à des micro-crédits. Une maison communautaire abritait un atelier de couture, et c’est Espérance qui avait lancé la mode des pagnes imprimés avec des photos des victimes. Sa petite Prudence aurait si fière de voir sa photo sur de magnifiques pagnes multicolores, que sa maman avait offert aux membres survivants de leur famille… Les rires et les chants des femmes résonnaient comme autrefois, et parfois on peinait à croire que le sang avait coulé dans leur vallée si verte…Euphrasie non plus n’était pas oubliée, puisque la coiffeuse du village avait décidé de donner des noms à des coiffures ; une tresse particulièrement savante portait ainsi le nom de la fillette.

Peu à peu, l’idée avait germé de conserver les mémoires tout en accordant le pardon. Le griot, de plus en plus ridé, mais toujours le pilier du village, avait instauré une soirée spéciale pour les enfants et les adolescents, qu’il nommait « la nuit de Félicité », en mémoire de l’enfant rayonnante qu’il ne voulait pas oublier. Dans certaines maisons on avait inscrit les prénoms des victimes en lettres de couleurs vives sur les murs, dans d’autres on avait appelé les nouveaux enfants du nom de leurs frères ou sœurs disparus…Le curé citait souvent Amédée dans ses sermons, rappelant la foi si pure de celui qui s’était senti si jeune appelé par Jésus et qui n’avait pas eu le temps de prononcer ses vœux.

Mais Espérance savait aussi que personne, plus personne, ne pensait à son Baptistin. Il était si jeune, il tétait le sein de sa mère lorsque les démons l’en avaient arraché…Alors Espérance berçait son âme en secret, l’imaginant faisant ses premiers pas, marchant sur les traces de son grand frère, qui l’attendait, dans la tribune des officiels puisque Placide jouait un rôle important dans le nouveau gouvernement. Parfois, elle oubliait un peu les traits de son visage, mais jamais la douceur des petites mains qui caressaient le dos de la maman lorsqu’elle chantonnait en jardinant ou en rangeant la maison…

Soudain, un cri s’éleva de la maison qui avait été construite derrière celle de son voisin. Un hurlement, même, et il résonna dans le village déserté par la majorité de ses habitants, qui s’étaient rendus en masse aux cérémonies de commémoration. Espérance ne se retourna pas, elle ne voulait pas rater son bus, et puis les problèmes de ce voisin ne la concernaient plus depuis longtemps…Mais l’homme sortit en courant du jardinet et se précipita vers Espérance.

–          Ma fille…Ma fille accouche, alors qu’elle est bien loin de la lune prévue. Aide-nous. Aide-la. Tout le monde est parti, le docteur ne peut pas venir avant demain, et la sage-femme est dans un autre village.

Espérance le regarda, pour la première fois depuis des années. Elle posa sur lui le regard insondable de l’éternité. Elle le darda de ses yeux qui n’avaient plus de larmes, tant l’océan de sa douleur avait noyé sa vie. Elle le fixa d’un œil à la fois méprisant et menaçant.

–  Pourquoi devrais-je t’aider ? Donne-moi une seule bonne raison. Dis-le-moi.

De la maison s’éleva un autre hurlement, et les gémissements d’une toute jeune femme. Espérance se souvint que la fille aînée de leur bourreau avait l’âge de Placide et avait été tuée par représailles, quelques semaines après les exactions, alors qu’un autre de ses enfants venait, comme son Baptistin, de naître, et que leur mère était morte en couches.

Son voisin se tordait les mains. Il lui expliqua que sa fille était tout ce qui lui restait, puisqu’il n’avait jamais pu se remarier. Elle avait été gardée à l’orphelinat durant ses années de captivité, puis il avait tenté de l’élever et lui avait construit cette maison. Sa fille avait été violée il y a six mois, par un Tutsi aujourd’hui en prison. Ses choses-là arrivaient encore fréquemment…Il lui dit encore un mot, ce mot qu’elle avait vainement attendu en 2003, lors du tribunal villageois : il lui dit « Pardonne-moi. »

– Je n’ai que faire de tes suppliques. Mais je vais aider ta fille. Laisse-moi passer.

Dans la chambre où la femme en gésine se tordait de douleur, accroupie dans un coin, Espérance comprit que la situation était grave. Elle savait que les femmes africaines laissaient rarement libre cours à leur douleur lors d’une naissance. Il devait y avoir un souci important. Elle ordonna à son voisin de faire bouillir de l’eau, puis de chercher le griot, et de courir vers le village voisin, où une guérisseuse âgée aidait autrefois les femmes à mettre au monde leurs petits soleils. Elle s’agenouilla auprès de la jeune femme et la rassura, puis, la main désinfectée, elle comprit que le bébé ne s’était pas retourné. Il fallait agir vite. Sinon, il ne naîtrait pas, et sa mère risquait la mort. Elle demanda à la jeune femme de s’allonger, puis entreprit de lui masser le ventre, de l’extérieur et de l’intérieur. Elle chantait doucement, une de ces mélopées ancestrales qui parlent de collines et de joies, des enfants qui dansent dans la savane et des pères qui aiment leurs familles. Elle sentit que le bébé bougeait, c’était étrange, cela faisait si longtemps qu’elle n’avait pas eu ce sentiment de vie, de maternité. Elle leva les yeux et croisa le regard affolé de la jeune femme, belle et palpitante comme une gazelle aux abois, et lui sourit.

-Il va vivre. Et toi aussi.

L’enfant naquit une heure après, juste à l’arrivée du griot et de la guérisseuse. La vieille femme fit boire une potion de simples à la jeune accouchée, et Espérance, qui avait lavé et emmailloté le nourrisson tandis que le griot recueillait le placenta qui serait enterré dans le jardin, présenta le bébé au voisin qui pleurait.

– Je me souviens du prénom de chacun de tes enfants, Espérance. Je me souviens. Tous les jours, toutes les nuits, je me souviens. Ce bébé s’appellera Baptistin. Et si tu l’acceptes tu seras sa marraine, et ton Placide son parrain.

À ce moment l’enfant ouvrit un regard d’onyx sur le soleil d’Afrique qui perçait par la porte entrebâillée. Dans l’un de ses réflexes si attendrissants des nouveaux-nés, sa petite main se referma sur la main douce d’Espérance. Elle sourit et lui murmura :

– Bienvenue, Baptistin, dans notre pays des mille collines.

***

Cette nouvelle a fait partie des nouvelles lauréates du Concours George Sand en 2014

http://www.concours-georgesand.fr/palmares.html

Adieu l’Annie: hommage à Annie Girardot

Rien, ou presque, dans les médias…

Huit ans hier qu’Annie nous a quittés…

J’avais envie de reposter ce texte, paru dans « Le Post » quelques jours après sa mort…

Sa voix, gouailleuse, enjouée, vive.

Son regard, franc, direct, chaleureux. Sa force, son courage, son humour, sa simplicité: une femme française

Annie va nous manquer, même si nous la savions déjà un peu partie. Elle nous manquera comme nous manquent ces amis très chers qui ne sont plus: on pouvait compter sur eux, ils nous écoutaient, ils nous distrayaient…

Elle était loin, si loin du star system. On l’a vu hier encore, devant l’église Saint-Roch…. La rue était là, oui, à ses obsèques, mais pas les starlettes. Nos jeunes actrices repulpées, nos bimbos cannoises, nos exports vers les States, celles qui, pourtant, doivent tout à des femmes de la trempe d’Annie Girardot, ont tout simplement boudé la cérémonie, comme on boycotterait les Césars.

Mais la rue, la France d’en bas, celle qui autrefois se pressait sur les sièges en bois des petits cinémas de quartier, celle qui a grandi avec Annie, était venue en masse. Annie est partie emportée par la foule, qui l’a tant aimée.

Je dois l’avouer : je n’ai pas toujours aimé Annie. « On » m’avait dit, lorsque j’étais enfant, que ce n’était pas quelqu’un de « comme il faut ». C’est que c’était important, autrefois, d’être quelqu’un de « bien », de savoir se tenir, de rester « une dame ». « On » m’avait dit que cette voix éraillée agaçait, que ces cheveux coupés à la diable manquaient de classe, et puis elle n’était même pas maquillée.

Ma liberté est ensuite passée par Annie.

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Avoir le droit de trouver normal qu’une femme superbe soit nue dans un lit, comme dans Dillinger est mort, avoir le droit de manifester, comme dans Mourir d’Aimer, avoir le droit de travailler, comme dans Docteur Françoise Gailland…Un jour, oui, j’ai décidé que je deviendrai comme elle : spontanée et non plus compassée, drôle et non plus coincée, directe, et, surtout, libre.

Libre, toujours. Libre de parler, de rire, de s’engager, de se tromper, libre de choisir, libre de partir. Je l’ai aimée dans tous ses rôles, du plus modeste au plus clinquant, mais elle restera toujours, pour moi, Gabrielle Russier, l’héroïne de Mourir d’aimer. Ce film là, c’est notre petit secret. Et elle y incarne, magistralement, une femme au cœur pur: ce qu’elle est restée, toujours.

Bien sûr, elle était déjà un peu partie. Somme toute, sa maladie nous permettra de passer rapidement par certaines étapes du deuil. Le déni, nous l’avions déjà ressenti, en nous demandant comment cette injustice était possible…De quel droit la maladie pouvait-elle priver cette merveilleuse actrice de sa mémoire ? La colère, là aussi, nous l’avons déjà passée, avec Annie, d’ailleurs, en la voyant rire, et surtout pleurer aux Césars, bouleversante de générosité. Oui, elle nous avait manqué, oui, nous étions en colère contre ce système qui se permet d’oublier ses propres enfants du paradis.

https://youtu.be/AUwDFzGV80E

Il va nous rester le souvenir, un souvenir tendre, apaisé, émerveillé, d’une femme formidable, qui disparaît le lendemain d’une cérémonie des Césars, comme dans un dernier pied de nez à ceux qui l’avait humiliée par l’oubli, mais aussi à quelques jours du huit mars, de la Journée internationale de la Femme.

Merci, Annie. Tu nous manqueras, mais grâce à toi, nous sommes devenues ce que nous sommes.

 

 

 

Vous souhaiter…Bonne année 2019!

Vous souhaiter…

L’amour, celui qui vibrionne et carillonne en chantant, par les beaux soirs d’été lorsqu’on part aux étoiles…

La joie, celle qui donne les joues roses aux petiots et les larmes aux creux des yeux délavés des Anciens.

Le rire, celui qui fait glousser les corsages et tressaillir les salles obscures, sonore et pimpant, tout ourlé de fous-rires.

La paix, celle qui clame en grandes plaines que le front a cédé et que les vareuses bleu de sang pourront rentrer au pays.

Le temps, celui qui coule paresseusement comme la Loire en châteaux, s’étirant femme fière de ses atours éternels, sans savoir qu’elle va à la mer.

La folie, celle qui, douce et guillerette, rend les femmes amoureuses et les hommes à passions.

Le courage, celui qui soulève le métro pour arrêter la bombe et qui offre à la femme battue les ailes de sa fuite.

La bonté, celle qui donne aux escarres l’impression d’être roses ou jasmin, quand un sourire éclaire les nuits longues des errants de la vie.

Le rêve, celui qui crée les mondes et dessine l’envie, quand le cancre devient premier violon et que nos nuits outremarines se piquètent d’étoiles.

L’invention, celle qui océane les déserts ensablés ou rend à cet enfant ce cœur qui bat l’amble.

Le désir, celui qui crépite, incendiaire, dans les corps des aimants, dévorant les ivresses comme un grand soleil rouge.

La beauté, celle qui peint les toiles en oranges sanguines et délie les corps des ballerines éternelles.

Le détachement, celui qui berce les solitudes toutes brodées d’ipomées, cheminant vers montagnes en offrandes de vie.

La volonté, celle qui guide l’égaré vers les sentes odorantes, là où mille tilleuls ombragent sources claires.

Le plaisir, celui qui se partage sous les pommiers tout enivrés d’abeilles ou dans un lit froissé qui frémit sous le vent.

La fraternité, celle qui se rencontre quand on n’a plus rien et qui met l’homme d’équerre malgré de lourds chagrins.

Le voyage, celui qui comme un père vous guide et vous élève, ou comme mère aimante vous embrasse en folies.

L’espérance, celle qui jamais ne cèdera d’un pouce aux idées sombres des pisse-vinaigre, car toujours nous resterons debout.

Le savoir, celui qui déchire les voiles de mille  obscurantismes et lève l’ancre pour de nouvelles découvertes.

La douceur, celle qui prend la main ou caresse satin ou embrasse carmin et embrase matins.

 

Je vous embrasse et vous aime!