Hommage à Rose Ausländer, la poétesse de #Düsseldorf , et passerelles artistiques! #RoseAusländer #judaïsme #poésie #125 ans #PaulaModersohnBecker #ClaraRilkeWesthoff

Ce fut un beau moment, un moment intense, à la hauteur de la personnalité du « Rossignol de la Bucovine », aussi souvent nommée la « Poétesse de ¨Düsseldorf ».

Rose Ausländer, née le 11 mai 1901 à Czernowitz, aujourd’hui située en Ukraine, a été dignement fêtée à l’occasion du 125 ème anniversaire de sa naissance, en divers lieux de Düsseldorf, ville partenaire de Toulouse.

Un colloque organisé en collaboration entre la Rose Ausländer Gesellschaft et l’Université Heinrich Heine a réuni de grandes voix internationales pour évoquer la mémoire et les œuvres de cette autrice prolifique dont les milliers de poèmes continuent à être lus et appris par des enfants, travaillés et commentés par des étudiants, postés sur les réseaux sociaux et traduits dans de multiples langues.

https://www.germanistik.hhu.de/detailansicht-news/125-jahre-rose-auslaender

https://www.germanistik.hhu.de/fileadmin/redaktion/Fakultaeten/Philosophische_Fakultaet/Germanistik/Literaturwissenschaft_-_Oesterhelt/RoseAusl%C3%A4nder_Programmplakat.pdf

Des universitaires venus entre autres d’Israël, d’Italie et… de France, dont Jacques Lajarrige, de l’UT2J de Toulouse, et moi-même, ont été accueillis le 10 mai à la Maison Gerhard Hauptmann par l’infatigable Helmut Braun, le découvreur, l’ami et l’éditeur de Rose Ausländer, avant d’assister, dans le cadre d’un riche programme entourant le colloque et ouvert à tout public, à une pièce de théâtre relatant la vie de l’écrivaine.

https://wortkino.de/repertoire/rose-ausl%C3%A4nder
Barbara Mergenthaler, sur la scène de la GHH

Se sont ensuite succédé pendant trois jours des conférences passionnantes et richement documentées, sous la houlette de Frau Doktor Anja Oesterhelt, tandis que fut projeté à la bibliothèque KAP 1 un magnifique film en présence de la réalisatrice : Rose Ausländer – Der Traum lebt mein Leben zu Ende.

https://medienzentralen.de/medium/der-traum-lebt-mein-leben-zu-ende/410ff5ac-a336-4637-a75e-e02518f9e930/index

Les deux moments phare de cette commémoration auront été cet instant de recueillement devant la tombe de Rose Ausländer, au Nordfriedhof, tombe régulièrement fleurie par la municipalité de la ville qui avait déposé une gerbe, et surtout une superbe cérémonie au Nordpark, devant le buste de la poétesse, avec un discours émouvant d’Angelique Tracik, responsable du pole culturel de la municipalité de Düsseldorf.

Angelique Tracik et Helmut Braun devant le buste de Rose Ausländer au Nordpark

https://drive.google.com/file/d/1nJKPl0UbWnRWUyth3PEsmMJeegqOjJRn/view?usp=sharing

Cliquer sur le lien ci-dessus pour voir la vidéo du discours.

Ces hommages se sont terminés en beauté devant une assistance nombreuse, lorsque Helmut Braun est revenu sur la biographie de Rose Ausländer et a fait entendre la voix si particulière de la poétesse avec des extraits d’un CD dans le cadre majestueux de la Maison Heinrich Heine, avant une lecture du premier chapitre du roman (en cours d’écriture) que je consacre à Rose Ausländer, dont je suis aussi l’une des traductrices…

La voix de la poétesse est aussi à retrouver ici:
https://www.lyrikline.org/es/poemas/bukowina-i-545

https://www.lyrikline.org/es/poemas/meine-nachtigall-547

https://www.duesseldorf.de/medienportal/pressedienst-einzelansicht/pld/heinrich-heine-institut-erinnert-an-rose-auslaender

« Rose Ausländer würde am 11. Mai 2026 ihren 125. Geburtstag feiern. Mit einer Lesung am Mittwoch, 13. Mai, um 19 Uhr begeht das Heinrich-Heine-Institut den Geburtstag der Schriftstellerin. Veranstaltungsort ist das Heinrich-Heine-Institut, Bilker Straße 12-14.

Sabine Aussenac liest im Rahmen der Veranstaltung aus ihrem biografischen Roman über Rose Ausländer. Darin verknüpft sie kunstvoll die Lebensgeschichte der Dichterin mit der Geschichte ihrer Familie. Ausgangsort ist die Kaiserswerther Straße, die am Nordpark mit dem Rose Ausländer-Denkmal nach Kaiserswerth führt, dem zeitweiligen Wohnort Aussenacs. Ihr Text ist fiktional und doch lebensnah. Helmut Braun erzählt die Biografie aus dem Erleben mit der Poetin, die er zehn Jahre lang jeden Freitag besuchte – etwa fünfhundertmal. « Ich war ihr Sekretär, war ihr Herausgeber und ihr Gesprächspartner, welcher ihre Biografie erforschte. Im Laufe der Jahre entstanden Vertrauen und Zuneigung. »

1977 las Rose Ausländer im Bett liegend ihre Gedichte. Mit dunkler, harter Stimme, in der das ganze Leben und ihre östliche Heimat mitschwang. Im Rahmen der Veranstaltung erklingen dabei entstandene Aufnahmen. »

Notre rencontre à la Maison Heinrich Heine

Pour en savoir plus sur ce projet de roman, un lien vers un autre blog, une interview de Deutschlandfunk Kultur de 2023 et un autre extrait, lu devant le Rhin…

https://avecmavalisedesoieroseauslander.home.blog

https://www.deutschlandfunkkultur.de/rose-auslaender-roman-resilienz-aussenac-100.html

Et voici enfin ma communication, en lien avec mon sujet de thèse et deux des créatrices de Worpswede. Je l’ai présentée en allemand mais j’en ai fait une version française. Désolée de la façon étrange et un peu anarchique dont les poèmes s’agencent ici sur le blog… Une version audio et vidéo est en cours de création, à suivre! La version allemande sera mise en ligne sur mon blog allemand…

Regards croisés entre l‘œuvre poétique de Rose Ausländer et les créations de Paula Modersohn-Becker et Clara Rilke-Westhoff : chiasmes sensibles entre trois voix de femmes

Farben I    


Ich werde nicht müde anzuschauen
die schönen Körper
weiße schwarze gelbe  


Bin müde
anzuhören
die hässliche Rede
über die schönen Körper

 Ist dein Gedanke schwarz
gelb oder weiß  

Ich möchte ihn malen
als Regenbogenleib

Meine Palette liebt alle Farben[1]  
Couleurs I  

 
Je ne me lasse pas de regarder
les beaux corps blancs
noirs jaunes

 Suis lasse
d’entendre
le vilain discours
au sujet des beaux corps

Ta pensée est-elle noire
jaune ou blanche  

Je voudrais la peindre
comme incarnation de l’arc-en-ciel


Ma palette aime toutes les couleurs

Cette communication prendra la forme d’un montage, à la croisée de la recherche et de la création. Loin de se poser en tant qu’ekphrasis de l’œuvre de Rose Ausländer, elle souhaite jeter des ponts entre le verbe de la poétesse et d’autres élans créateurs que je considère comme particulièrement prégnants dans l’univers des arts.

C’est grâce à Jacques Lajarrige que j’ai fait la connaissance des textes de Rose Ausländer dans les années 90, avant d’écrire un mémoire sur son lien à la judéité en 2005, puis de lui consacrer un essai en 2022 et, aujourd’hui, de rédiger un roman à son sujet et, parallèlement, de la traduire.  Entre temps, je suis aussi devenue moi-même poétesse et ai inscrit une thèse autour de la colonie d’artistes de Worpswede et de trois de ses créatrices, Paula Modersohn-Becker, Clara Rilke-Westhoff et Martha Vogeler ; j’y croise histoire de l’art, études de genre, germanistique en plaçant l’enjeu de l’émancipation par l’art et l’invisibilisation muséale des artistes femmes au cœur de ma démarche : c’est ainsi qu’a germé cette idée d’un regard multiple et de cette hybridation des arts. Ma présentation se propose donc de faire dialoguer des poèmes de Rose Ausländer avec des œuvres de Paula Modersohn-Becker et de Clara Rilke-Westhoff.

Les deux amies, Paula Becker et Clara Westhoff, à Worpswede

Ces trois voix majeures, issues d’horizons différents mais proches par certaines lignes de force comme la modernité, l’exil ou la marginalité esthétique, se rencontrent autour d’un même carrefour artistique entre le verbe, la toile et la forme modelée et/ou sculptée. En effet, le simple regard, déjà, de Rose Ausländer sur les paysages, les villes ou les ambiances est celui d’une peintre, souvent proche de l’impressionnisme : touche par touche, elle dessine un paysage en y retrouvant là un trait de lumière, ici un pan de couleur, faisant de nombre de ses poèmes un véritable tableau.

Tableau de Otto Modersohn représentant sa femme Paula en train de peindre… Paula Modersohn-Becker im Garten malend, 1901

Rose Ausländer a développé une sensibilité profonde à l’art et ce dans différents domaines, que ce soit la musique, la peinture, la danse… Nul doute que l’imprégnation profonde de l’enfant solaire qu’elle fut par le bouillonnement artistique de Czernowitz a modelé cette destinée toute bordée de chants, de couleurs et danses… Ce leitmotiv artistique transparaît dans de très nombreux poèmes évoquant tableaux et grands maîtres, et la poétesse a consacré nombre de ses voyages à travers l’Europe à visiter des musées, comme Le Louvre qu’elle avait vu en 1957 avec Celan, ou le Prado, en Espagne où elle a découvert Goya (elle forgera même l’adjectif « goyaschwarz »), sans oublier un voyage en Provence où elle s’éblouira devant Cézanne – d’où son « cezanneblau » -, et ses visites au MOMA, documentées par des notes dans un carnet, en 1968… De nombreux articles ont d’ores et déjà documenté ces liens forts entre art et poésie, comme par exemple « „Durch Bilder gehen“. Rose Ausländers Malergedichte. Ein Werkstattbericht aus der Arbeit am Nachlass » de Harald Vogel, ou encore « Rose Ausländer dans l’atelier des peintres », dans lequel Jacques Lajarrige revient sur les mises en perspectives osmotiques entre ces regards croisés.

Paula Modersohn-Becker, en miroir inversé de cette démarche picturale d’une poétesse, a produit énormément d’écrits autour de sa propre démarche artistique puisqu’elle est aussi l’autrice d’une œuvre littéraire dense, composée d’un journal monumental, de lettres et de de réflexions essayistiques profondes autour des arts.

«Ich sah heute eine Ausstellung altjapanischer Malereien und Skulpturen.

Die große innere Merkwürdigkeit, die diese Dinge haben! Mir scheint unsere Kunst noch viel zu konventionell. Sie drückt sehr mangelhaft jene Regungen aus, die unser Inneres durchziehen. Das scheint mir in der altjapanischen Kunst mehr gelöst. Der Ausdruck des Nächtlichen, des Grauenhaften, des Lieblichen, Weiblichen, des Koketten, alles dies scheint mir auf eine kindlichere, treffendere Weise gelöst zu sein als wir es tun würden. Auf das Hauptsächliche das Gewicht legen!! …(…)

Und nun komme ich zu der anderen Erkenntnis, die mir gestern in der Rue Lafitte kam: dieses Schaffen aus dem Moment heraus, was die Franzosen in so hohem Maße besitzen. Es ist ihnen einerlei, ob es gerade ein Bild wird, was sie schaffen, und ob das Publikum sie immer versteht. Die Hauptsache ist ihnen, daß es Kunst ist[2]. »

Quant à Clara Rilke-Westhoff, elle n’est pas en reste non plus, comme en témoignent un goût prononcé pour la spiritualité, ou encore nombre de courriers passionnés et poétiques comme cet extrait d’une lettre à son époux :

„(…) es sieht ein ruhiger Winterhimmel durch ihre kahlen Ranken. Heute Morgen standen viele Goldbäume leer. Es war eine so kalte Nacht, (…) und der Mond glitzerte auf gereiften Ranken und Gestrüpp[3].“

Rainer Maria Rilke, justement, à la fois proche de Clara Westhoff et de Paula Modersohn-Becker et présent plus tard dans l’horizon poétique de Rose Ausländer, constitue un autre point de convergence entre leurs trois univers.
Il incarne toutefois une tension fondamentale, révélatrice d’une histoire littéraire et artistique qui a durablement privilégié certaines voix au détriment d’autres, notamment féminines.

Portrait de Rainer Maria Rilke par Paula Modersohn-Becker

Car ces trois créatrices ont entre autres aussi en commun d’avoir été, chacune à leur manière, partiellement invisibilisées. Rose Ausländer après la césure de la Shoah, durant sa période de mutisme poétique, avec son auto invisibilisation lié à son traumatisme. Paula Modersohn-Becker lors de la période du nazisme, puis dans les milieux de l’art hors champ germanique jusqu’à sa reconnaissance internationale, et Clara Rilke-Westhoff…encore aujourd’hui.

(Pour en savoir plus sur la période de silence de Rose Ausländer:

https://hal.science/hal-04268815v1 )

C’est en sens que j’ai voulu tracer des lignes de force entre leurs œuvres, ces chiasmes sensibles mettant en lumière des échos entre les mots ausländeriens et les réalisations des deux créatrices.

Paula Modersohn-Becker (1876–1907) incarne aujourd’hui la rupture picturale, puisqu’elle est considérée comme une pionnière de la modernité avec la simplification des formes réduites à leur essence, s’appuyant sur l’intensité d’une intériorité et proposant un cheminement autour de la thématique d’une maternité archaïque. Dans ses toiles le corps apparaît comme massif, frontal, parfois presque hiératique. Sa palette s’organise aussi sur des tons plutôt sombres et avec une texture épaissie, quasi charnelle.

Kniende Mutter mit Kind an der Brust, 1907 (Mère allaitante et agenouillée), PMB

Clara Rilke-Westhoff (1878–1954), travaille la matière dans une tension entre tradition et modernité. Le monde a oublié en grande partie l’existence artistique de celle qui fut l’épouse du poète, et qui est encore aujourd’hui dans son ombre. Le corps sculpté est ramassé, intériorisé, presque silencieux. Elle peindra, en seconde partie de vie, des paysages apaisés et silencieux.

Rose Ausländer héritera pour sa part d’un monde déjà fracturé : celui de l’exil, de la Shoah, de la perte de langue. Dans la poésie ausländerienne le corps disparaît comme forme visible, mais devient corps de langue, traversé par la mémoire et la blessure. Son langage épuré, réduit à l’os, semble en contrepoint des corps incarnés in situ par Modersohn-Becker et Rilke-Westhoff, dans une sorte d’Eucharistie inversée.

Le fil conducteur entre ces trois œuvres s’articule ainsi entre une image de corps visible en peinture, passant par le corps sculpté tangible au corps invisible de la poésie, participant à une déconstruction progressive du regard classique vers plus de densité, de vérité intérieure. Exister, au-delà de l’Invisible. Donner à voir, dépasser l’aveuglement.

Sculpture de verre sise sur le Weyerberg, à Worpswede

Cette déambulation synesthésique pourrait se diviser en trois actes fondateurs si l’on compare l’aesthesis des trois parcours artistiques :

 ** Apparaître et s’incarner en explorant les formes d’émergence du sujet : visage, corps, et matière. Chez Paula Modersohn-Becker comme chez Clara Westhoff, il s’agit d’arracher la figure à la représentation décorative pour lui donner densité et présence.
Les poèmes de Rose Ausländer entrent en résonance avec ce geste, en faisant du langage lui-même un lieu d’incarnation.

** Se retirer et se souvenir : ce deuxième mouvement est celui du retrait et de l’invisible. On y observe une fermeture progressive des formes : visages intériorisés, corps retenus, parole fragmentée. Ce retrait ne relève pas d’une absence, mais d’une transformation : ce qui a été historiquement invisibilisé devient ici une esthétique de l’intériorité et du silence.

** Créer, puis simplement être, exister : ce dernier mouvement conduit vers la trace comme présence ontologique. Après la perte et la mémoire, le sujet se reconfigure dans l’acte de création. La poésie ausländerienne affirme alors une forme d’existence minimale, où le souffle, la voix et le présent deviennent les derniers lieux de résistance.

L’enjeu ici n’est pas de commenter des œuvres, mais de les mettre en présence, afin de faire apparaître ce qui circule entre elles : une même recherche de densité, de retrait et d’intériorité. Il ne s’agit pas d’une progression narrative, mais d’un cheminement sensible, qui interroge les modalités d’émergence d’une voix — et, plus largement, d’une présence — dans un contexte d’effacement puis d’ancrage. Dans ce dispositif, la lecture des poèmes de Rose Ausländer ne vise pas à illustrer les œuvres, mais à en déplacer le regard. Inversement, les images ne viennent pas éclairer les textes, mais leur offrir un espace de résonance.

J’ai choisi de taire à présent ma propre voix afin de laisser se déployer une expérience d’écoute et de regard, où le silence joue un rôle structurant.

Je vous propose donc d’entrer dans ce montage comme dans une traversée.

(Les traductions des poèmes sont de moi.)


[1] Ausländer, R. (1984). „Farben I“, in Gedichte und Prosa 1966-1975; Gesammelte Werke in acht Bänden, Band 3. Fischer. p.89.

[2] Modersohn-Becker, P. (1979), Paula Modersohn-Becker in Briefen und Tagebüchern. Hrsg. von Günter Busch und Liselotte von Reinken. Fischer. S. 399-400

[3] Rilke-Westhoff, C. (1900). in Bohlmann-Modersohn, M. (2015). Clara Rilke-Westhoff Eine Biografie. Btb-Verlag. S. 85.

Paris II

Paula Modersohn-Becker, Selbstbildnis vor Fensterausblick auf Pariser Häuser, 1900 (Autoportrait à la fenêtre sur les toits parisiens)

Paris II

Wo die Luft flimmerndes Silber
im Regen und Sonnennebel
die Gassen aus bunten Stimmungen


Wo Poesie eine Kapelle eine Kathedrale,
wenn du Legenden suchst
geh zu ihren Fenstern


Gleichmütig fällt die Zeit
in die Seine
heftet sich behutsam an Gemäuer
das alternd schön ist
Wo Springbrunnenmünder
singen mit Lust


Wo der Riese
aus Filigranstäbchen
gehäkelt
die Küsse in Seitengassen
umarmt
wirklich verrückt wie er
Paris festhält
und verschenkt

Ausländer, R. (1984). „Paris II“, in Gedichte 1980-1982; Gesammelte Werke in acht Bänden, Band 2. S. 354.

Là où l’air est argent scintillant

sous la pluie et en brume ensoleillée

les ruelles en clameurs colorées

Où Poésie est une chapelle une cathédrale

si tu cherches des légendes

va vers leurs vitraux

Impassible tombe le temps

dans la Seine

se tient précautionneusement empierré

en belle vieillesse

Là où des bouches fontaines

chantent avec entrain

Où la géante

tricotée

de fins filigranes

enlace

les baisers en ruelles adjacentes

c’est vraiment fou

comme elle soutient Paris

et le couvre de cadeaux

Offener Brief an Italien

Porträtbüste von Paula Modersohn-Becker von Clara Rilke-Westhoff, 1908 (Buste de Paula Modersohn-Becker par Clara Rilke-Westhoff)

Italien

mein Land der Terrassen und Trauben

von Sonne geliebt

deine Haut ist blau wie die Blume

die der Dichter sich einst

an die Stirn steckte

In deine Geschichte taste ich mich

von Marmor zu Marmor

aus brüchigen Schichten schäle ich Glanz

höre den Pulsschlag deiner Paläste

durch deine Portale betret ich die sieben Dante-Himmel

Vivaldi hat meinen Traum vertont

Bei Leonardo lernte ich fliegen

Ich frage Raffael nach der sanftesten Madonna

Michelangelo nach dem mächtigsten Mann

Mein Italien

ich schreibe dir aus Amerika

daß ich dir huldige

Ich huldige deinen Ruinen im Blau

deinen traumäugigen Bettlerkindern

deinen gesprächigen armen sanften singenden stolzen Menschen

der unerschöpflich dich liebenden Sonne im Blau


Ausländer, R. (1981). „Offener Brief an Italien“, in Im Atemhaus wohnen. Fischer. S. 28.

Mon Rossignol

Ma mère fut un jour une biche
Les yeux mordorés
la grâce
lui étaient restés de sa vie de biche

Elle se tenait là
mi ange mi humaine –
au milieu était ma mère
Lorsque je lui demandais ce qu’elle aurait aimé devenir
elle répondait : un rossignol

Maintenant elle est un rossignol
nuit après nuit je l’entends
dans le jardin de mon rêve sans sommeil

Elle chante la Sion des ancêtres
elle chante la vieille Autriche
elle chante les monts et les bois de hêtres
de la Bucovine
ce sont des berceuses que
nuit après nuit me chante
mon rossignol
dans le jardin de mon rêve sans sommeil

Meine Nachtigall

Selbstbildnis am 6 Hochzeitstag, 1906, Paula Modersohn-Becker (Autoportrait au sixième anniversaire de mariage)

Meine Mutter war einmal ein Reh

Die goldbraunen Augen

die Anmut

blieben ihr aus der Rehzeit

Hier war sie

halb Engel halb Mensch –

die Mitte war Mutter

Als ich sie fragte was sie gern geworden wäre

sagte sie: eine Nachtigall

Jetzt ist sie eine Nachtigall

Nacht um Nacht höre ich sie

im Garten meines schlaflosen Traumes

Sie singt das Zion der Ahnen

sie singt das alte Österreich

sie singt die Berge und Buchenwälder

der Bukowina

Wiegenlieder

singt mir Nacht um Nacht

meine Nachtigallim Garten meines schlaflosen Traumes


Ausländer, R. (1965). „Meine Nachtigall“, in Blinder Sommer. Fischer. S. 98.

Rilke

Büste von Rainer Maria Rilke, von Clara Rilke-Westhoff, 1936 (Buste de Rilke par Clara Rilke-Westhoff)

Holt ihn wieder zurück
jenen
der mit Göttern sprach
wie mit seinesglei

Ekstatisch
elegisch
heiter
atmete er
das Leben
und seine
Wandlungen
ins Gedicht


Rilke

Ramenez-le
celui
qui parlait avec les Dieux
comme avec ses semblables

Extatique
élégiaque
joyeux
il inspirait
la vie
et ses
méandres
dans le poème

Ausländer, R. (1984). „Rilke“, in Gedichte 1980-1982, op. cit., S. 316.

Stillleben I

Stillleben mit Blattpflanze und Eierbecher, 1905, PMB (Nature morte avec plante et coquetier)

Chrysanthemen
im Sarg der Vase

 Stilles Sterben
Fäulnis

Das Wasser ist blind
die Blumen träumen nicht mehr

Die Trauben häuten sich
der Sonnenschein fault

Nur die Uhr lebt
und verzehrt die Zeit


Ausländer, R. (1984). „Stillleben I“, in Gedichte 1957-1965; Gesammelte Werke in acht Bänden, Band 2. S 287.

Verlust                                                                Perte

Meinen Namen verloren                                                   Ton nom perdu

im Dunkel                                                                         dans le noir

Der Tag                                                                          Le jour

ist tot                                                                       est mort

Ich sammle                                                            je rassemble

die Tränen der Ahnen                                          les larmes des ancêtres

schreibe sie                                                          les écris

auf die Klagemauer                                            sur le Mur des lamentations

Den Namen such ich                                         Je cherche le nom

der mir nicht gehört                                        qui m‘appartient

dem ich gehöre                                               auquel j‘appartiens

Ich suche                                                     Je cherche

den auferstandenen Tag                           le jour ressuscité

den verlornen Tempel                             le Temple perdu

Portrait de Eka Yayen, 1901, Clara Rilke-Westhoff

Nachtzauber

Mond über Landschaft, um 1906, PMB (Lune au-dessus de paysage)

Der Mond errötet

Kühle durchweht die Nacht

Am Himmel

Zauberstrahlen aus Kristall

Ein Poem

besucht den Dichter

Ein stiller Gott

schenkt Schlaf

eine verirrte Lerche

singt im Traum

auch Fische singen mit

denn es ist Brauch

in solcher Nacht

Unmögliches zu tun


Ausländer, R. (1998) „Nachtzauber“, in  Regenwörter. Gedichte. Hg. v. Helmut Braun. Reclam. S. 5

Magie nocturne  


 La lune rougit

de la fraîcheur souffle à travers la nuit

 Au ciel

des éclats magiques en cristal


Un poème

rend visite au poète  



Un Dieu silencieux

offre du sommeil

une alouette désorientée

chante en rêve

et des poissons chantent en même temps

car il est de coutume en une telle nuit

d’accomplir l’impossible  

Ein Lied erfinden                         Inventer un chant

Ein Lied                                                                       erfinden
heisst
geborenwerden
und tapfer singen
von Geburt zu Geburt  
Inventer
un chant
signifie
être mis au monde
et courageusement chanter
d’une naissance à l’autre  
Liegende Mutter mit Kind II, 1906, PMB (Mère couchée avec enfant)

Journée des #autrices d’#Occitanie à #Toulouse, deuxième édition! #8mars #femmes #féminisme 2026

Le 28 mars denier, nous avons eu la joie de nous rassembler entre autrices et créatrices d’#Occitanie dans le magnifique cadre de l’Ostal d’Occiania afin de métisser nos créations.

Du mitan de cette belle journée festive à la nuit se sont succédés hommages, conférences, lectures, chants, danses, sans oublier les régalades concoctées par Nadira et l’association Amazul: car tout comme l’an passé nous avions convié des sœurs kurdes et ukraininennes, cette année ce sont les femmes berbères qui étaient à l’honneur -et aussi « mes » créatrices allemandes de Worpswede, puisque j’ai, après avoir lu des poèmes et proses dédié.es à des Tarnaises célèbres, projeté la vidéo de l’extrait de ma pièce « Becoming Paula », toujours dans cette perspective des passerelles et des métissages entre les racines qui me sont chères…

« Les anciens parlaient peu, mais chaque mot portait loin. »

Marcelle Delpastre

Voici quelques photos et liens pour retrouver la sororité joyeuse de cette journée!

Et si vous ne les connaissez pas, je vous invite à découvrir les plumes de Marcelle Delpastre et Marie Rouanet, auxquelles nous avons rendu hommage; de la grande ethno historienne Isaure Gratacos, qui nous a parlé de l’extraordinaire statut des femmes des Pyrénées; de la dynamique Maud Séguier, autrice du premier livre en occitan sur le de la douce et talentueuse poétesse Tresià Pambrun; de la formidable Martine Boudet, co organisatrice de la rencontre et autrice de nombreux ouvrages sur notre terroir et sur les femmes. Mais aussi les performances dansées de la merveilleuse Juliana Marin et les chants de notre troubaïritz Estella Du Val

Un tout grand merci à Florence Ginisty d’avoir porté ce projet à bout de bras, à La Tuta d’Oc pour sa présence précieuse, et à ma chère éditrice (bientôt…) des éditions Reclams pour avoir elle aussi chapeauté notre événement et pour avoir présenté la vidéo d’annonce en avant-première de la formidable anthologie féminine occitane « Ten-te fièra! Sois fière! » qui sortira sous peu et qui étrenne les talents féminins de notre belle Occitanie, de la poésie à la photographie en passant par la peinture, la sculpture…

Merci aussi aux techniciens qui étaient présents et qui ont assuré les captations et diffusions! En particulier à Manu de radio Ter et à Guilhem!

Et voilà justement quelques podcast!

Playlist de Radio Ter: quatre podcasts réalisés à partir des enregistrements de l’après midi

Rencontres à l’Ostal d’Occitània by RADIO TER | Mixcloud

Ma petite voix rhénano tarnaise est à retrouver dans le dernier, vers la minute 17.

Mais il faut tout écouter!

Extraits de mes lectures:

« Passerelles entre le Tarn, l’Occitanie et l’Allemagne autour des femmes invisibilisées »

L’Occitanienne

Tes mémoires, Léontine,

chantent murmure du

Thoré et pierres des châteaux :

Hauterive, Aguts, Gaïx, places-fortes

de tes rêveries.

François-René te respecta

en votre rencontre à Cauterets, mais

romantisa votre histoire

en acmé de mystère…

Ton dernier soupir sur marronniers

du Jardin Royal à Toulouse et

cet aveu : l’imagination

plus forte que le cœur…

Ta petite-filhotte te rendit

grandeur et honora ton nom :

l’Occitanienne.

Près de Castres, sur les rives du Thoré, se dresse depuis le 13e siècle le château d’Hauterive, qui hébergea les famille de Montfort et d’Hautpoul. Léontine de Villeneuve y a vécu une jeunesse heureuse en compagnie de sa sœur Émilie, évoquée plus haut… Dans ses Mémoires d’outre-tombe, Chateaubriand évoque brièvement sa relation avec une jeune aristocrate toulousaine qu’il nomme l’Occitanienne. La jeune fille, qui vouait une admiration littéraire exaltée à l’écrivain, avait entretenu une longue correspondance avec lui. Dans ses propres Mémoires, Léontine, devenue Comtesse de Castelbajac, évoquera avec brio histoire et paysages du Tarn… Sa petite-fille publiera le récit de son échange épistolaire avec Chateaubriand et rétablira des vérités.

https://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Occitanienne_ou_le_Dernier_Amour_de_Chateaubriand

*

La comtesse et la muse

Source: Gallica

D’une fuite princière à travers

l’Europe tu écrivis

un roman à succès,

toi, la Précieuse dite « petite muse d’Albi » …

Enfant, je marchais, ignorante,

dans la rue qui ne portait que

ton nom. Fièrement, ton prénom,

Antoinette, caracole à présent

en dignité retrouvée.

L’Orangerie rêveuse de ton

château abrite les flonflons des mariages.

Au XVIIe siècle, le beau château de Saliès tient salon sur les arts, la science ou la littérature autour de sa châtelaine, Antoinette de Salvan de Saliès (une rue et une école d’Albi portent son nom). Cette avant-gardiste « féministe » prônait l’égalité des sexes et reste connue sous le nom de « La Viguière d’Alby » grâce à son roman à succès La Comtesse d’Isembourg (1678). Traduit et diffusé jusqu’à Paris, il relatait le chagrin amoureux d’une comtesse allemande en retraite dans un couvent albigeois. Mais le château, dans la famille d’Aragon depuis plus de quatre siècles, a également vu grandir l’un des plus célèbres Résistants tarnais, Charles d’Aragon (1911-1986), qui en avait fait son fief. Aujourd’hui, le domaine abrite toujours une somptueuse orangerie réaménagée en salle de réception pour événements. https://www.grand-albigeois.fr/…/quand-notre…/

L’enthousiasme de Maud Seguier, et mes cheveux multicolores au premier plan

Tes callas m’ont adoubée citoyenne

Ma mamie Marie-Louise avec sa première arrière-petite-fille…

Ta tresse en couronne, ton eau de Cologne à la lavande, ta pommade rosa. Ta poupée, seule rescapée de la grande inondation de 1930. Germaine, Marie-Louise et Mado, trois sœurs au cœur de Castres, quand le siècle était beau : robes longues et dentelles, organdi et chapeaux illuminent vos photos sépia. Tu étais la cadette, et la plus volontaire, je crois.

Tu m’as appris mes prières et la bonté. Tu avais fait consacrer ma médaille de baptême à l’Immaculée Conception de Blois et c’est à toi que je dois ma foi de charbonnière. Luis Mariano, ton idole, nos chasses aux escargots, tous les Alice et les Comtesse de Ségur que tu m’offrais, et un jour, les rires de tes amies dans le bus vers Lourdes. À la mort d’Albert tu as coupé ta tresse et commencé à faire des pèlerinages. Tes cartes postales, emplies de fautes et de tendresse, messagères de ta vie simple et droite.

Je garde au cœur la saveur caramélisée de tes tartes aux pommes et tes immenses paniers d’osier emplis d’Oreillettes et parfois d’un gâteau de ménage débordant de fruits confits.

Marie-Louise, tes callas m’ont adoubée citoyenne. Chaque soir je m’endors lovée sous ton couvre-lit au crochet, ton missel repose dans ma table de nuit.

Marie-Louise NAVAR, sans profession.

Elle est née le 14 juin 1908 à Castres, chemin de Bisséous (rue Saint Louis), est décédée le 22 décembre 1987 dans la même localité, à l’âge de 79 ans. Elle est la fille légitime de Marius Baptiste NAVAR (1871 1926), âgé de 36 ans, et de Mélanie LANDES (~ 1876 > 1931), âgée de 32 ans environ.

Albert Pierre Louis et Marie-Louise se sont mariés le 10 février 1931 à Castres. Ils ont tous deux 22 ans. Leur union a duré 40 ans et 11 mois.

Tas callas m’an adobada ciutadana

Mes grands-parents Albert et Marie-Louise vendant leur miel au marché de #Castres, avec Sabinette!

Ta trena en corona, ton aiga de Colònia a la lavanda, ta pomada rosa. Ta monaca, sola salvada de l’aigat grand de 1930. Germaine, Maria-Luïsa e Mado, tres sòrres al còr de Castras, quand lo sègle èra polit : raubas longas e dentèlas, organdí e capèls illuminan vòstras fòtos sèpia. Èras la cabdèta, e la mai volontària, cresi.

M’as ensenhat mas pregàrias e la bontat. Aviás fach consacrar ma medalha de baptisme a l’Immaculada Concepcion de Bles e es tieu que devi ma fe de carbonièra. Luis Mariano, ton idòla, nòstras caças dels cagaròls, totes los Alice e las Comtessa de Segur que m’ofrissiás, e un jorn, los rires de tas amigas dins lo bus cap a Lorda.

A la mòrt d’Albert as copada ta trena e as començat a far de pelegrinatges. Tas cartas postalas, emplenadas de fautas e de tendresa, messatgièras de ta vida simpla e dreita.

Gardi al còr la sabor caramelizada de tas tartas als pomas e tos immenses panièrs de vim emplenats d’Aurelhetas e de còps d’una còca de mainatge vessant de fruches confits.

Maria-Luïsa, tas callas m’an adobada ciutadana. Cada ser m’endormissi acoconada jos ton cobrilèit crochetat.

Lien vers l’extrait de ma pièce Becoming Paula:

https://theses.fr/s412963

Les biographies des intervenantes:

La soirée endiablée et les danses et chants, quand virevolte Nadira…

Pour écouter encore Isaure Gratacos, à l’occasion d’une autre conférence:

https://podcast.ausha.co/…/10-isaure-gratacos-le-statut…

La très dynamique Isaure Gratacos et ses lunettes rouges, avec Juliana Marin au premier plan

Lien vers les travaux de Martine Boudet:

https://www.occitanielivre.fr/annuaire/boudet-martine

Mon texte autour de Marcelle Delpastre -à retrouver dans la seconde émission de radio Radio Occitania:

https://lespoetes.site/emmission/emission2026.html (Cliquer sur le haut parleur au-dessus de la photo où je suis avec le poète et animateur de l’émission Christian Saint-Paul pour écouter)

Photo créditée sur le blog d’Avenir Occitanisme

La terre ne ment pas. Elle garde tout. Elle sait ce que nous oublions.

Au travers de cette phrase nous entendons l’idée fondamentale de Marcelle DELPASTRE : la terre comme mémoire vivante. Cette tette qui n’est pas seulement un sol, mais une archive sensible, presque une conscience. L’humain passe, la terre demeure — et se souvient.

Marcela DELPASTRE (1925–1998) demeure une figure majeure de la littérature occitane contemporaine, profondément enracinée dans la terre limousine où elle a passé l’essentiel de sa vie. Elle était née en Corrèze, à Germont, petit hameau de la commune de Chamberet, et a grandi dans un univers rural qui marquera définitivement son œuvre et sa sensibilité. Après des études à Brive-la-Gaillarde puis à Limoges, où elle travaillera sur l’esthétique durant son passage à l’école des Beaux-Arts, elle choisit pourtant de revenir vivre à la ferme familiale en 1945, assumant pleinement une vie paysanne.

Marcelle avait été élevée dans deux langues, parlant occitan avec sa mère et français avec son père, et elle a aussi écrit dans ces deux idiomes. Alors qu’elle menait cette vie de labeurs qu’est le quotidien paysan, elle promenait toujours avec elle des carnets où elle notait de la poésie. Peu à peu, elle a commencé à publier dans des revues, à se faire connaître dans le milieu littéraire limousin, avant de se rendre compte de la disparition progressive des traditions séculaires…et du parler local.

J’écris comme on travaille la terre : lentement, avec ce qu’on a.

Dans cette magnifique mise en abyme on découvre l’écriture comme geste paysan, avec cette idée d’une création humble, patiente, incarnée, loin de toute posture intellectuelle abstraite. Son rapport à la terre, absolument central, montre que cette terre n’est pas un simple décor : elle est vivante, presque pensante. Les cycles agricoles deviennent une manière de penser le temps et l’existence. Le travail paysan est décrit avec précision, mais aussi avec une forme de gravité presque sacrée. Je pense souvent aux tableaux de Millet en lisant les textes de Marcelle, qui elle aussi, comme Francis Jammes, raconte les jours simples « de l’angelus de l’aube à l’angelus du soir ».

Marcelle a donc commencé à collecter des contes et des proverbes tout en commençant à écrire dans cet occitan limousin, en particulier, à partir de 1963, pour la revue Lemouzy, s’attachant à préserver et transmettre une culture en voie de disparition. Son œuvre mêle ainsi poésie, prose, ethnographie et réflexion philosophique. Elle recueille avec soin les récits, croyances et traditions populaires de sa région, qu’elle restitue dans une langue à la fois simple et profondément poétique, tout en développant sa propre cosmologie littéraire.

Nous sommes faits de la même nuit que les bêtes et les étoiles.

Parmi ses livres les plus connus figure Los Saumes pagans, recueil inspiré par les cycles de la nature et les rites anciens, ainsi que ses chroniques paysannes où elle décrit avec précision le quotidien rural. Son écriture, traversée par une spiritualité singulière, interroge le lien entre l’humain, la terre et le sacré. Elle réinvente une sorte de liturgie enracinée dans la nature.

Longtemps restée discrète et éloignée des milieux littéraires parisiens, elle a été redécouverte et reconnue tardivement, notamment grâce à l’intérêt croissant pour les langues régionales, jusqu’à être invitée par Bernard Pivot pour Bouillon de culture ; c’est à cette occasion qu’elle découvrira, bien tardivement, Paris.

Aujourd’hui, Marcelle DELPASTRE est considérée comme une voix essentielle de la mémoire occitane. Son l’œuvre contribue à faire entendre la richesse et la profondeur d’un monde rural en transformation.

Les anciens parlaient peu, mais chaque mot portait loin.

La voix de Marcelle porte haut et loin les beautés de notre Occitanie et de nos racines paysannes.

Lien vers les travaux de la fabuleuse danseuse, doctorante, créatrice Juliana Marin:

https://cv.hal.science/marin-taborda-juliana

https://crisol.parisnanterre.fr/index.php/crisol/fr/article/view/814

https://www.instagram.com/julianamarinartist/

Lien vers les merveilleuses éditions Reclams, avec l’annonce de la grandiose anthologie d’autrices occitanes qui sera bientôt à retrouver! – voir plus bas

https://reclams.org/fr/

Anne-Pierre Darrées, présidente de l’Escòla Gaston Febus et responsable des éditions Reclams.

Lien vers le livre de Maud Seguier:

Lien vers la poésie de Tresià Pambrun:

Lien vers l’anthologie Ten-te fièra! Sois fière!, dont nous avons pu voir la très belle bande-annonce….

Pour entendre Estella Du Val chanter son hymne « Chocolatine »:

https://www.instagram.com/estella_du_val_diodoryza/

Worpswede, un laboratoire de recherche-création #recherchecréation #UT2J #arts #Worpswede #PaulaModersohnBecker #Rilke

Le musée Heinrich Vogeler à Worpswede, Basse-Saxe, photo Sabine Aussenac

Le 13 février, j’ai eu la joie de participer à une journée dédiée à la recherche-création à l’UT2J dans le cadre de ma thèse, proposant une communication autour de mon parcours de recherche dédié à Worpwede et à trois de ses créatrices.

https://creg.univ-tlse2.fr/accueil/agenda/seminaire%C2%A0-recherche-creation

Cette journée de séminaire entend cartographier les multiples formes d’articulation de la recherche et de la création à l’UT2J, en conviant doctorant·es, jeunes docteur·es et enseignant·es-chercheur·es travailant entre arts et sciences ou intéressé·es par ce type de projets. Grâce à des tables rondes de partages d’expériences et de discussions sur les exigences propres de la recherche avec les arts, nous testerons la pertinence d’une définition élargie de la recherche-création comprise selon trois approches :
1. La recherche en art (arts plastiques, design, musique, arts du spectacle, écriture créative, …) et les disciplines accueilant ponctuelement des artistes dont la création informe la recherche (par ex. lettres, philosophie) ;
2. Les colaborations ponctueles ou de long cours entre chercheur·es et artistes sur des terrains / problématiques / enquêtes spécifiques (configurations arts-sciences fréquentes en sciences sociales, par exemple) ;
3. La réinvention des formes de communication et de diffusion de la recherche (part de l’essai dans l’écriture académique et écriture créative de la recherche, performativité des conférences, dispositifs sensibles comme des expositions, spectacles, films, etc.) Il s’agira ainsi de définir depuis les projets et pratiques les multiples articulations de la recherche et de la création à l’UT2J, en prêtant une attention particulière aux besoins et désirs spécifiques qu’eles engendrent en termes de méthodologie, de moyens, d’encadrement et de valorisation scientifique.

Pour entendre la communication, cliquer sur le lien et faire défiler jusqu’à l’onglet des portfolios! Les différentes images du diaporama sont à voir au gré de l’article.

https://www.sabineaussenac.com/cv/portfolios/communication-lors-d-une-table-ronde-a-l-ut2j

Buste de Clara Westhoff-Rilke par son amie Paula Modersohn-Becker, musée PMB de Brême, photo Sabine Aussenac

Worpswede, un laboratoire de recherche-création

Jean Favard, inspecteur général d’allemand, m’a dit lors de ma titularisation du CAPES, en 1984, qu’un professeur d’allemand se devait de représenter la rigueur et la discipline, ce que je me suis efforcée, durant toute ma carrière, de ne… pas faire ! Ce petit clin d’œil introductif pour rappeler l’abime qui sépare sans doute encore aujourd’hui la germanistique et la recherche-création, puisque notre discipline n’est pas connue pour être des plus rock’n’roll… Mais justement, quelle fierté que de se sentir en quelque sorte pionnière, puisque ma thèse est la deuxième du genre, après les excellents travaux de Georgia Doll à l’AMU[1], et quelle responsabilité, aussi, que d’incarner cette toute récente passerelle entre deux mondes qui, en fait, ne sont pas si éloignés que cela si l’on se souvient que l’Allemagne est certes le pays des penseurs et des philosophes, mais aussi celui de Bach, de Caspar David Friedrich ou de Pina Bausch !

Ma thèse se propose justement entre autres choses de faire découvrir au public francophone une colonie d’artistes allemande née à la fin du XIXe siècle, située dans le village de Worpswede, en Basse-Saxe, à une vingtaine de kilomètres de Brême ; c’est un travail interdisciplinaire qui croise germanistique, histoire de l’art et études de genre, en explorant particulièrement le destin de trois créatrices majeures, Paula Modersohn-Becker, Clara Westhoff-Rilke et Martha Vogeler dans une perspective dialogique et poïétique au gré de diverses créations littéraires bilingues, de collages, de capsules audio et vidéo, et enfin en performant cette recherche avec une pièce de théâtre complétée par une exposition, ceci afin d’en confirmer le tournant praxique.

Paula Modersohn-Becker, photo Sabine Aussenac depuis les clichés exposés sur le mur du musée Barkenhoff
Clara Westhoff-Rilke, photo Sabine Aussenac depuis le musée Barkenhoff

C’est bien à la croisée de multiples chemins que s’articulent donc mes recherches académiques et mes créations, et ce d’autant plus que je me positionne dans une double perspective, dans une sorte de mise en abyme puisque j’explore un corpus tiers artistique avec lequel je dialogue tout en produisant moi-même une écriture créative, suivant mode opératoire multifocal avec une dimension réflexive, autoréflexive et artistique. Sans prétendre prendre part à une révolution épistémologique, j’avoue que j’ai ressenti, en début de thèse, un sentiment de flottement, car il me paraissait périlleux de naviguer un peu à vue dans une interdisciplinarité foisonnante, entre échappées créatives et apports de la recherche théorique, entre enquête et état de l’art et alchimies émotionnelles artistiques.

Martha Vogeler, photo Sabine Aussenac depuis le musée Barkenhoff

Anne-Marie Petitjean explique dans un webinaire de mars 2023 repris dans un carnet Hypothèse, se basant sur les travaux de Dewey, toute l’alchimie paradoxale que constitue cette navigation entre une analyse herméneutique de l’étude des corpus et l’approche phénoménologique propre à une démarche artistique d’immédiateté entre objet et sujet ; c’est autour de ce nœud gordien que se cristallisent les enjeux des doctorats en recherche-création[2].

On demande en effet aux doctorants de développer en permanence une pensée en arborescence qui intrique recherche et construction intime des créations pour produire ce creuset subtil où savoirs et productions artistiques, loin de s’affronter, grandissent en miroir et s’auto-nourrissent en permanence, en une mue polychrome et en une expérience holistique.

C’est ainsi que mes travaux s’inscrivent dans ce que Mireille Losco-Lena, dans l’ouvrage collectif Faire théâtre sous le signe de la recherche, appelle le « troisième usage » du terme recherche, considérant « la recherche[-création] comme une pratique artistique susceptible d’être reconnue à la fois par le monde de l’art et par le monde universitaire, et délibérément inscrite dans ce double processus de reconnaissance[3] ».

La particularité de la recherche-création en germanistique (et sans doute dans les autres études aréales attachées à des domaines géoculturels particuliers) est qu’elle gravite autour d’un pôle majeur : celui de la philologie, puisque ce qui rassemble les domaines civilisationnels, sociologiques, artistiques dans le champ des études de langue – en germanistique comme ailleurs, en sinologie ou dans les études anglophones… – est bien cet axe commun de la langue. Et ce n’est pas un hasard si, dans la première thèse en recherche-création et germanistique, que j’ai déjà citée, l’autrice Georgia Doll a mûri une réflexion stylistique et narratologique sur l’écriture plurilingue d’aujourd’hui en explorant le geste d’écrire « entre les langues ». Cette écriture plurilingue constitue aussi le fil conducteur de l’un des volets créatifs de la thèse, puisque j’écris aussi entre les langues française et allemande, m’autotraduisant, alternant langue source et langue cible, et que lors de mes activités littéraires parallèles, j’écris même en trois langues, puisque je travaille à un opus franco-occitan au sujet du Tarn et de mes racines paternelles paysannes tout en traduisant une poétesse allemande ! Et j’ajouterais que le volet théorique de la thèse est aussi rédigé dans un style délibérément essayistique se voulant paradigmatique de ma double posture de chercheuse et d’artiste. Comme l’énonce Violaine Houdart-Mérot dans l’introduction à l’ouvrage collectif Le tournant créatif de la recherche[4] : « L’imbrication entre création et théorisation amène souvent à aborder différemment l’écriture théorique. »

Cependant, il me semble qu’il serait restrictif de faire de cette particularité philologique la seule singularité de la recherche-création en études aréales. Dans cet axe de recherche qui a su trouver une légitimité grandissante, il me semble que tout est encore à inventer au sens rimbaldien d’une vie qui se réinvente sans cesse, et il serait dommage que l’on restreigne le processus artistique à l’écriture créative et à un axe philologique. C’est pourquoi j’ai opté pour une porosité intra-artistique et que j’ai construit mon objet thèse, charpenté par le volet académique qui se déroule au gré d’une recherche que j’espère pointue et pertinente autour des questions de genre, de l’émancipation par l’art, de l’invisibilisation des créatrices, de la question fondamentale de l’art, mais qui gravite aussi à partir du point de départ des fameuses colonies d’artistes, sur des fondations artistiques multi strates :

certes, l’entremonde linguistique franco-allemand sera largement représenté avec des descriptions poétisées en deux langues de nombreuses vignettes iconographiques – tableaux, sculptures, souvent photographiés par moi-même, ou encore anciennes photographies des artistes, et je mise sur le punctum barthésien pour que ces visuels provoquent une osmose émotionnelle cristallisée par l’écriture[5] : en effet, il me semble que tout l’enjeu d’un doctorat en recherche-création est non seulement de faire avancer la recherche en apportant sa pierre scientifique à l’édifice, mais aussi d’offrir tout un hors-champs plus subjectif d’expression créative.

Mais je proposerai aussi des collages de copies de lettres originales, endossant donc aussi le rôle d’artiste-chercheuse, outrepassant ma qualité d’autrice et de philologue pour oser moi-même manipuler la matière, de même que je crée des photographies, des vidéos-poèmes ou des capsules digitales et sonores qui s’inscrivent elles-aussi dans une pratique intermédiale d’écriture visuelle, comme le propose Ben Spatz, fondateurice du Journal of Embodied Research, première revue scientifique publiant des vidéos-essais en guise d’articles scientifiques[6]. Comment d’ailleurs ne pas devenir soi-même artiste en travaillant sur Worpswede, où la plupart des créateurices ont souvent théorisé leurs œuvres, que se soit Paula Modersohn-Becker dans son Journal ou dans ses échanges avec Rainer Maria Rilke, ou Heinrich Vogeler, auteur d’une intense réflexion sur le processus créateur. Oui, la pépinière, le lab, dirions-nous aujourd’hui, de cette colonie d’artistes incarna vraiment l’idée même de recherche-création, avec ces ondoiements permanents entre la théorie et la pratique.

Ruhende Mutter mit Kind, 1906, PMB, musée de Brême, photo Sabine Aussenac

Enfin, le climax de ma recherche-création sera la pièce Becoming Paula, dans laquelle les trois créatrices dialogueront avec les voix des artistes et responsables muséaux d’aujourd’hui que j’ai interviewés, pièce qui sera présentée le jour de ma soutenance et plus tard aussi traduite en allemand, car on m’a déjà demandé de la faire représenter à… Worpswede !

Ainsi, j’espère devenir vraiment une passeuse de savoirs et une artiste reconnue de part et d’autre du Rhin, puisque la genèse de ma thèse reposait sur ce désir de faire connaître Worpswede et ses artistes en France. Mais, en tant qu’artiste, j’espère aussi porter une autre voix et incarner une autre forme d’écriture (pas seulement couchée noir sur blanc sur le papier, mais bien intermédiale) et participer à prendre ce « tournant créatif de la recherche » !

Paula Mosersohn-Becker affirmait que la vie devait être une fête ; faisons en sorte que la recherche-création en soit une aussi !

Selbstbildnis am 6. Hochzeitstag, 1906, PMB, musée de Brême, photo Sabine Aussenac

Mona Lisa à Worpswede

Tu te regardes,

femme et mère

éternelle,

tes mains protégeant

ton ventre-monde.

Tu te peins,

artiste et muse,

nue, offerte, et

enceinte:

alors que tu ne l‘es pas.

Tu te racontes,

un collier d‘ambre en

unique parure,

telle une femme

d‘une tribu

primitive.

Tu nous souris,

Mona Lisa à

Worpswede.

Ta beauté en allégresse

irradie ta toile.

**

Mona Lisa in Worpswede

Du siehst Dich an,

ewige Frau und

Mutter,

Deine Hände beschützen

Deine Bauch-Welt.

Du malst Dich,

Künstlerin und Muse,

nackt, hingegeben, und

schwanger:

Dabei trägst Du kein Kind.

Du erzählst von Dir,

eine Bernsteinkette als

einziger Schmuck,

als seist Du

eine Frau eines

Urstamms.

Du lächelst uns an,

Mona Lisa in

Worpswede.

Deine jubelnde Schönheit bestrahlt

Dein Gemälde.

Carl Vinnen, Moorlandschaft mit Birken und Mond, 1900, Große Kunstschau, Worpswede

 Carl Vinnen, Moorlandschaft mit Birken und Mond

Sechs Birken und Nacht

Zwei Monde strahlen im Moor

Worpswedewunder

**

Six bouleaux la nuit

deux lunes brillent au marais

Worpswede en magie


[1] http://georgia-doll.com/recherche-artistique/

[2] Françoise Chambefort (1 avril 2023). La recherche création littéraire : un nouveau regard sur les lettres. Recherche Création. Consulté le 9 février 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/ta3q

[3] Losco-Lena, M., « Introduction. La recherche au regard des pratiques théâtrales », in Faire théâtre sous le signe de la recherche, p. 14.

[4] https://www.puv-editions.fr/ouvrage/le-tournant-creatif-de-la-recherche/

[5] « Ce second élément qui vient déranger le studium, je l’appellerai donc punctum ; car punctum, c’est aussi : piqûre, petit trou, petite tache, petite coupure – et aussi coup de dés. Le punctum d’une photo, c’est ce hasard qui, en elle, me point (mais aussi me meurtrit, me poigne.) » Barthes R., La chambre claire. Note sur la photographie, Paris, Éditions de L’Étoile-Gallimard, Le Seuil, 1980, p. 48-49.

[6] https://jer.openlibhums.org/

Pour télécharger la communication avec les notes de références, cliquer sur le lien!

https://www.sabineaussenac.com/cv/portfolios/communication-lors-d-une-table-ronde-a-l-ut2j-le-texte

Belle année neuve à… #Worpswede! #bonneannée2026 #PaulaModersohnBecker #Rilke #musées #art

(https://sabine-aussenac-dichtung.blogspot.com/2026/01/frohes-neues-jahr-in-worpswede.html… Si envie de lire le même article en allemand!)

Que votre an neuf étincèle comme un musée de Worpswede !

Je vous souhaite déambulations en salles somptueuses, éblouissements devant œuvres majestueuses, je vous prédis des coups de cœur, des ravissements ! Que l’an nouveau soit débordant de beautés et de découvertes, de rencontres et d’étonnements ! Gardez les yeux ouverts, enivrez-vous de Beau et de grandiose, faites provision d’infinis… Imaginez chaque journée comme une ronde au gré d’une salle de la Kunsthalle, soyez vertige en vous grisant des tableaux, soyez rêve en songeant aux artistes, soyez joie en admirant tant de talents !

Photo prise à la en juillet 2025 lors de l’exposition consacrée aux créatrices de Worpswede
https://www.worpswede-museen.de/aktuelle-ausstellungen-de
Le site de la Kunsthalle: https://www.worpswede-museen.de/worpsweder-kunsthalle-de

Que votre an neuf explose comme une toile de Paula Modersohn-Becker !

Je vous souhaite des rouges sublimant la nature, des enfants aux joues pleines, cette force vitale pour affronter les peurs, cet accomplissement créatif qui fait les gens heureux ! Sortez, voyagez, explorez le monde comme Paula quand elle partit à Paris, et savourez chaque instant comme autant de miracles. Que vos corps aussi exultent et s’adonnent aux sports, aux lumières et au grand air, comme le faisait Paula en faisant sa gymnastique, nue, malgré les regards obliques ! Ouvrez vos vies !

Différentes toiles de Paula Modersohn-Becker
J’ai été invitée par l’association des musées de Worpswede dans le cadre d’un séjour Erasmus (autour de ma thèse consacrée à cette colonie d’artistes et à ses créatrices) et ai eu la joie à cette occasion d’interviewer Henrike Hans, curatrice du musée Paula Modersohn-Becker à Brême.

Que votre an neuf murmure comme un poème de Rainer Maria Rilke…

Photographie de Rainer Maria Rilke sur l’une des façades du musée du Barkenhoff, Worpswede
Le site du musée Heinrich Vogeler: https://www.worpswede-museen.de/barkenhoff-de

Je vous souhaite des nuits bruissantes d’anges et de vers, des correspondances infinies avec femmes passionnantes et avec hommes engagés, des journées brillantes comme les reflets du soleil sur les blancheurs du Barkenhoff, des encorbellements d’amitié et d’amour, des rencontres et des solitudes.  Soyez évanescents ou en pleine conscience, soyez puits sans fond vers vos richesses intérieures ou échelle vers l’éternité de vos avenirs, osez souffrir et grandir, osez les étoiles, le ciel, l’immense !

La monographie de Rilke consacrée à Worpswede, édition originale photographiée à la Fondation Paula Modersohn-Becker de Brême – https://www.pmb-stiftung.de/F_stiftung.html

Dans cette interview enregistrée après son spectacle autour du « Requiem pour une amie » à Worpswede, Oliver Peuker (https://oliver-peuker.de/de/vita/) répond aux questions au sujet du poète (au rythme du même protocole précis réalisé dans le cadre de ma thèse.)

https://www.sabineaussenac.com/cv/portfolios/oliver-peuker-parle-de-rainer-maria-rilke

Que votre an neuf vous grise comme les paysages de Worpswede !

Regardons le monde à travers un prisme de lumière, à l’instar de celle qui irise cette boule de verre dans l’un des tableaux de Paula Modersohn-Becker et que j’ai eu la chance de croiser un soir de juillet 2025 au gré d’un jardin de Worpswede!

Je vous souhaite des promenades infinies au gré de ce village-monde, que vos lieux de vie s’en imprègnent ! Soyez bois et clairières, tourbières et canaux, soyez arbre, soyez ciel, soyez le vent qui agite les épis, soyez la neige qui caresse les toits de chaume ! Profitez des saisons qui chantent nos années, voyez ces jonquilles qui transforment le bois derrière la Käseglocke en bain de lumière, inondez vous de ces verts émeraude du parc du Musée Vogeler au zénith des étés, plongez en ces roux infinis de l’automne veillant sur la Haus im Schluh, dégustez les lignes parfaites de la Große Kunstschau en harmonie avec les neiges des beaux hivers glacés…

Façade de la Große Kunstschau avec l’inscription « Femme, vie, liberté »
https://www.worpswede-museen.de/grosse-kunstschau-de
Différentes vues du parc et des bois entourant le musée Vogeler, été 2025

Que votre an neuf s’élance comme une sculpture de Clara Westhoff-Rilke !

« Porträt Elisabeth von Hellingrath », buste exposé au musée du Barkenhoff
Différentes sculptures de Clara Rilke exposées à l’été 2025 au musée Vogeler, dont le buste de Rilke, en bas à droite. En haut à droite, le buste de l’écrivaine Ricarda Huch, © 2025 Sabine Aussenac

Je vous souhaite la douceur de la pierre polie pour caresser vos nuits, la puissance du burin pour faire naître des jours de feu et d’allégresse ! Que vos vies soient argiles modelées par vos mains, malgré les plâtres à essuyer et les difficultés : cent fois sur le métier nous remettrons nos ouvrages… Je vous souhaite l’obstination de Clara qui partit voir l’Égypte dont avait tant rêvé son amie Paula, la fidélité de Clara qui continua à porter le nom de son époux malgré les distances, le talent de Clara qui attend encore nos reconnaissances !

Une des affiches de l’exposition quadripartite que j’ai pu voir l’été dernier dans les quatre musées principaux de Worpswede: « Paula Modersohn-Becker et ses compagnes de route. »

La curatrice du musée Heinrich Vogeler, Dr. Kathrin Kleibl, nous parle magnifiquement de la sculptrice:

https://www.sabineaussenac.com/cv/portfolios/dr-kathrin-kleibl-parle-de-clara-westhoff-rilke

Que votre an neuf s’étire comme l’histoire de la colonie d’artistes de Worpswede !

Je vous souhaite des émotions nouvelles en découvrant un lieu qui vous appellera de toute son âme, des rencontres fondatrices comme celle de nos découvreurs. Osez l’inconnu, comme l’ont fait Fritz Mackensen, Otto Modersohn, Heinrich Vogeler et Fritz Overbeck en s’installant à la croisée des bois et de la lande, escaladez votre propre Weyerberg pour vous confronter au « contempleur de nuages », ébouriffez les conventions comme l’a fait la commune libre du Barkenhoff !

© 2025 Sabine Aussenac

Soyez le chantre de votre propre histoire, tissez votre vie comme Martha Vogeler a tissé ses étoffes sublimes tout en conservant l’âme vive de la colonie d’artistes, colorisez vos quotidiens !

Photos prises dans le musée Haus im Schluh à l’été 2025, © 2025 Sabine Aussenac
https://www.vogeler-worpswede.de/pages/museum/historie.php

La descendante de Martha Vogeler, Berit Müller, qui dirige le musée Haus im Schluh, a aussi répondu à mes questions au sujet de l’artiste:

https://www.sabineaussenac.com/cv/portfolios/une-itw-de-berit-muller-au-sujet-de-martha-vogeler

Que votre an neuf vous enchante comme le tableau de Mélusine au musée Heinrich Vogeler !

Détail du tableau de Mélusine, musée du Barkenhoff, Worpswede

Je vous souhaite des émotions anciennes comme celles que le visiteur ressent en admirant les illustrations des Contes de Grimm imaginées par Heinrich Vogeler, je vous souhaite des assises parfaites dans des meubles Jugendstil et des audaces folles, à l’image des idéaux et des aventures vécues par cet artiste aux multiples talents ! Que vos nuits d’été s’étoilent en jardins embaumés comme dans le tableau du « Soir d’été à Worpswede », que vos printemps s’éblouissent en ardeurs amoureuses à l’instar des « Nostalgies » de Vogeler, que vos automnes s’aventurent entre les palettes en rouge et or des bois rivalisant avec les toiles et qu’un beau matin d’hiver vous découvriez les délices des petits-déjeuners de l’hôtel voisin du Buchenhof! Que vos saisons fassent des cabrioles afin d’en briser les routines!

Nous avons eu la chance de pouvoir aussi interviewer la directrice du musée du Barkenhoff, Beate Arnold, au sujet de Heinrich Vogeler:

https://www.sabineaussenac.com/cv/portfolios/beate-arnold-parle-de-heinrich-vogeler

Meuble dessiné par Heinrich Vogeler, musée du Barkenhoff, Worpswede

Que votre an neuf s’ancre dans les passés et vogue vers l’avenir, à l’image du dynamisme artistique de Worpswede!

Je vous souhaite des sagesses ancestrales à l’image du puits de sciences que représente Wilfried Cohrs-Zyrus, une des figures emblématiques de Worpswede avec la galerie qu’il tient avec son épouse. Vous l’entendrez dans cette nouvelle interview, toujours enregistrée en juillet 2025, évoquer les talents et le travail de l’artiste Waldemar Otto.

https://www.sabineaussenac.com/cv/portfolios/une-itw-a-la-galerie-cohrs-de-worpswede

Que vos jours neufs s’envolent aussi vers des avenirs radieux, comme l’art à Worpswede, plus vivant que jamais, dans les musées et les galeries, et se renouvelle sans cesse, comme le montrent les œuvres plus modernes d’artistes contemporains: toutes les voix se croisent avec bonheur, comme celles de deux musiciens talentueux!

https://www.instagram.com/eloi_s_dias/

https://www.instagram.com/moorsax/

En haut à gauche le peintre Danny Janke; https://schluh.art/pages/d-nny, instagram D@nny. En haut à droite l’artiste tricoteuse Karin Beger, photographiée (©Sabine Aussenac) à la Gallery &ArtClub de Markus Lippeck, qui gère aussi la galerie Schluh https://schluh.art/
Les deux tableaux sont de l’artiste Eva Hoppach, exposée en juillet à l’hôtel Village.

On saluera aussi l’initiative d’un nouveau magazine artistique:

https://schluh.art/blogs/arthub/arthub-erste-ausgabe-mai-bis-august-2025-als-epap

Que votre an neuf virevolte comme un tableau de Ottilie Reylaender !

Je vous souhaite des idées fières et des envies ardentes, des ivresses neuves comme celle de l’artiste se confrontant au Mexique, des palettes colorées et festives !

Une discussion avec la responsable curatoriale de la Kunsthalle, Cornelia Hagenah

Que votre vie enfin s’apaise aussi comme un tableau de Otto Modersohn… Il y aurait des canaux, un moulin assoupi, des rangées de bouleaux en robes claires respirant la candeur ! Que vos nuits crépitent sous les lunes de Carl Vinnen, et que vos jours s’envolent au gré des merveilleux nuages de Fritz Overbeck! Que les ors scintillants de Hermine Overbeck illuminent vos pensées ! Et qu’une voile de Hans am Ende vous emmène voguer doucement vers les rivages de 2026 !

Toile de Otto Modersohn (Musée Modersohn à Fischerhude https://www.otto-modersohn-museum.de/); Frtiz Overbeck, posant lui-même devant l’un de ses propres tableaux! Toile de Ottilie Reylaender, Kunststiftung de Lilienthalhttps://www.kunststiftung-lilienthal.de/ ; toile de Hermine Overbeck, musée Overbeck de Vegesack https://overbeck-museum.de/en/. Les trois musées cités ici valent aussi le détour!
Torfkahn auf der Hamme, Hans am Ende

Une discussion intéressante autour de l’artiste Hans am Ende : Jochen Semken répond à des questions au sujet de ce peintre qui vécut autrefois dans son Buchenhof…

https://www.sabineaussenac.com/cv/portfolios/jochen-semken-parle-de-hans-am-ende-un-artiste-de-worpswede

Carl Vinnen, Moorlandschaft mit Birken und Mond, um 1900 (Große Kunstschau, Worpswede)

Six bouleaux la nuit

deux lunes brillent au marais

Worpswede en magie

Les artistes de Worpswede et moi-même vous souhaitons un merveilleux an neuf, ainsi qu’à vos aimés !

Différentes maisons typiques du village d’artistes et une des nombreuses sculptures (sur le grand pré de la « Marcusheide » https://www.stiftung-worpswede.de/projekte/marcusheide/) émaillant le paysage: https://www.instagram.com/rolanddarjes/

https://www.worpswede-touristik.de/

D’autres créations digitales autour de Worpswede sont à retrouver sur ma chaîne You Tube, de nouvelles vidéos seront encore mises en ligne…