Être femme et écrire: conférence donnée à Bram. #écriture #femmes #féminisme #droitsdesfemmes #8mars

Texte de la conférence donnée à la médiathèque de Bram le 7 mars 2026 à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes.

Les liens vers les sites et les travaux de mes consœurs autrices sont à retrouver en bas du texte.

Vous adorerez découvrir Justine T. Annezo, Simona Boni, Cécile Boucharel, Jocelyne Chaillou Dubly, Michèle Fontecave, Sabine Genty, Régine Ha Minh Tu, Lucienne Kaminski, Lorelei Martin et Marie-Claire Touya!

https://ccplm.bibli.fr/

Merci à la formidable équipe de la médiathèque d’avoir accueilli nos voix croisées lors de cette magnifique journée, merci à Stéphanie, Anne, Gaëlle et Fantille! Quel bonheur ce fut que de découvrir les parcours et mots de ces autrices d’Occitanie aux plumes flamboyantes, sensibles, colorées et chaleureuses, entre les diverses lectures et présentations, nos partages, et la table ronde merveilleusement animée par la dynamique Justine et toute ensoleillée par la gouaille joyeuse de Simona! Merci à vous toutes, et à très bientôt!

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Saviez-vous que la toute première trace humaine de ce que l’on peut nommer « littérature » a été laissée non pas par Homère, comme on le dit souvent, mais par une femme ? En effet, il y a plus de 4000 ans , environ 2300 ans avant notre ère, la princesse sumérienne Endehuanna, qui vivait dans la cité d’Ur située au sud de l’Irak, au cœur de la Mésopotamie, a croisé poésie, textes spirituels et écrits traitant du pouvoir avant de disparaître totalement de l’histoire de la littérature, ayant pourtant accompli un geste absolument inédit, puisqu’elle signait ses textes et parlait d’elle à la première personne.

Source: Wikipédia

Pourtant, malgré cette place fondatrice, elle disparaît donc presque totalement des récits littéraires transmis au fil des siècles. Comme tant d’autres créatrices après elle, sa voix a été peu à peu effacée. Et cette invisibilisation se retrouve dans tous les domaines de la création féminine, en peinture, sculpture, musique, littérature. Je feuilletais récemment un imposant dictionnaire dédié aux « Tarnais célèbres » et j’y ai compté moins d’une dizaine de femmes… Un peu à l’image donc de ces musées qui, depuis quelques années, se rendent compte du nombre dérisoire d’œuvres de femmes exposées en leurs murs…

C’est précisément ce que nous voulons explorer aujourd’hui, ce fait sociétal qui, pendant des millénaires, a produit un effacement de la mémoire de tant femmes créatrices, et ce même dans les siècles récents ; ces empêchements divers, ces entraves à l’accès au savoir et aux places de pouvoir ont ainsi réduit toute une moitié de l’humanité à la portion congrue et conduisent, encore aujourd’hui, dans certains pays, à l’enfermement des femmes dans la seule sphère domestique.

Malgré tout, elles furent nombreuses, à travers le monde, les autrices qui osèrent parler, écrire, coucher sur le papier leurs envies et leurs indignations, leurs révoltes et leurs rêves. Ce geste d’écrire, pour une femme, représente à lui seul une immense obstination, le symbole d’une émancipation dans un univers dominé par les pouvoirs masculins et dans lequel les petites filles, bien souvent, n’apprenaient ni à lire, ni à écrire. Il est indéniable que les structures socioéconomiques et les contraintes du monde artistique ont entravé, au fil des siècles, la création littéraire féminine, la réduisant souvent à l’oralité et au monde domestique

Pourtant, des voix fortes nous parviennent encore, à travers les siècles et les continents, des voix claires et percutantes, démontrant la puissance de ce dire féminin qui a osé braver tabous, silences et interdictions pour s’émanciper. Car écrire, pour une femme, a longtemps été un geste d’obstination. Dans des sociétés où les fillettes n’avaient souvent pas accès à l’éducation et où la parole publique appartenait presque exclusivement aux hommes, prendre la plume relevait déjà d’un acte de courage. Ainsi, écrire devenait non seulement un acte créateur, mais une rébellion contre l’ordre établi.

En cette veille de la journée internationale du droit des femmes, je souhaitais aussi rendre hommage à celles qui nous ont précédées sur ce chemin tortueux de l’écriture entravée. D’ailleurs, nombre de mes premiers émois littéraires furent provoqués par des femmes, de ma chère Comtesse de Ségur dont je dévorais les ouvrages à la britannique Enid Blyton qui nous enchantait avec ses « Club des cinq », en passant par l’américaine Caroline Quine et par son héroïne de la série des « Alice » ! Plus tard, ce sont encore des femmes que j’ai lues encore et encore, parcourant toute l’œuvre de la romancière sino-belge Han Suyin, défaillant d’émotion en découvrant les sœurs Brontë à 15 ans, puis plongeant dans les œuvres de Jane Austen, de Nancy Huston, d’Isabel Allende, de Christa Wolf, sans oublier mes très prolixes Agata Christie et Camilla Läckberg, parce que j’adore aussi les policiers !Bon, n’allez pas croire que je ne lise que des plumes féminines bien sûr, j’ai aussi défailli en lisant Dostoïevski et Paul Auster !!

Mais je voulais donc juste évoquer la mémoire de quelques femmes qui ont ouvert la voie aux autrices que nous sommes par leurs courages et leurs engagements divers et qui ont marqué mes lectures…

Dans la Grèce antique, la poétesse Sapho s’est distinguée par le raffinement de sa poésie qui n’avait d’égale que l’enthousiasme de ses envies et désirs de femme libre et affranchie des conventions.

https://www.historia.fr/personnages-historiques/biographies/qui-etait-sappho-figure-de-lantiquite-et-pionniere-de-la-poesie-2078363

En Chine impériale, la poétesse Li Qingzhao, (李清照), qui vécut à l’époque de la dynastie Song, est considérée comme une immense chantre de la poésie. Ses textes, souvent dédiés à son époux, célèbrent l’amour, mais aussi la mémoire et la solitude, puisqu’elle fut confrontée au deuil et l’exil, trouvant ainsi refuge dans les mots.

« La nuit dernière, la pluie était fine et le vent violent, 

Un profond sommeil n’a pas dispersé un reste d’ivresse. 

Je demande à ma servante d’enrouler le rideau, 

Elle me dit que le pommier d’amour est comme avant. 

En es-tu sûre ? 

En es-tu sûre ? 

C’est obligé : quand le vent prospère, le rouge s’efface. »

      Li Qingzhao, Sur l’air « Comme un rêve » (in J. Pimpaneau, Anthologie de la littérature chinoise, Picquier Poche, 2019, p. 590)

http://www.ventdusoir-poesie.fr/li-qingzhao-premiers-poemes.htm#po66

http://www.ventdusoir-poesie.fr/li-qingzhao.htm

Par Gisling — Travail personnel, CC BY 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=5188039
Li Qingzhao statue in Li Qingzhao Memorial, Jinan

Au XIIᵉ siècle, dans un monastère du Rhin, l’abbesse Hildegard von Bingen a composé des traités sur la médecine et la nature, tout en couchant sur le papier sur ses visions mystiques et en composant aussi une musique sérielle intemporelle. Dans un univers monastique et sociétal dominé par la gent masculine, cette femme poly talentueuse n’a pas hésité à interpeller les Puissants pour défendre ses idées. Si vous ne la connaissez pas et que vous intéressez aussi aux médecines douces, je vous engage à creuser un peu car ses textes autour du soin sont passionnants !

https://essentiels.bnf.fr/fr/focus/2b09b95b-4394-44bc-b2d2-c6025fdde653-hildegarde-bingen

https://www.radiofrance.fr/francemusique/hildegard-von-bingen-10-petites-choses-que-vous-ne-savez-peut-etre-pas-sur-la-compositrice-du-12e-siecle-9454012

Au XVIIᵉ siècle, une autre religieuse, Sœur Juana Inés de la Cruz, se démarqua en rédigeant sa première œuvre littéraire dès l’âge de huit ans ! Cette enfant prodige née à Mexico racontera dans son autobiographie qu’elle avait appris à lire à trois ans et qu’elle avait fomenté le projet de se déguiser en homme pour avoir le droit d’étudier à l’université. Poétesse et dramaturge, elle renoncera au monde pour se consacrer à l’écriture.

Dans l’Angleterre victorienne, les sœurs Charlotte et Emily Brontë furent deux météores de la littérature anglaise, affrontant des conditions sociales difficiles et réussissant à imaginer des mondes extraordinaires malgré un profond isolement. Pour publier leurs poèmes et romans, elles iront jusqu’à adopter des pseudonymes masculins, une pratique somme toute très courante, puisque cette ruse permettait le graal de la publication… Ces autrices ne sublimeront pas seulement les landes du Yorkshire mais toute la condition humaine qu’elles dépeignent avec un immense talent. Que ce soit dans Jane Eyre ou dans Les Hauts de Hurlevent, leurs héroïnes luttent, elles aussi, pour s’affranchir des conventions.

Toujours au XIXᵉ siècle, mais en France, notre George Sand doit elle aussi adopter un prénom masculin ; pour circuler plus librement, elle porte même parfois des vêtements d’homme, elle aussi, à l’instar de la peintresse Rosa Bonheur.  Mère louve, amoureuse passionnée, écologiste avant l’heure puisqu’elle défendra ardemment la forêt de Fontainebleau, elle nous livre une vision singulière d’une société encore très sclérosée quant aux droits des femmes.

Au XXᵉ siècle, d’autres voix de femmes exceptionnelles vont fracasser les silences et les dépoussiérer les habitudes. Simone de Beauvoir analyse dans Le Deuxième Sexe les mécanismes qui ont longtemps enfermé les femmes dans ce rôle secondaire d’esclaves, osant un couple et une vie libres, refusant la maternité.

https://enseignants.lumni.fr/fiche-media/00000001142/simone-de-beauvoir-et-le-feminisme.html

La jeune étoile Françoise Sagan détonnera dans un univers encore très bien-pensant par sa gouaille insolente et ses frasques.

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/toute-une-vie/francoise-sagan-1935-2004-feministe-involontaire-7175570

En Allemagne, Rose Ausländer, survivante de la Shoah, écrit une poésie intimiste et lumineuse. Alors qu’elle est adulée outre-Rhin et très connue sur le plan international, ses milliers de poèmes sont encore presqu’inconnus en France : oui, il est toujours bien difficile de se faire une place en littérature, et Rose Ausländer demeure aujourd’hui encore dans l’ombre de son célèbre compatriote de la Bucovine, Paul Celan.

https://creg.univ-tlse2.fr/accueil/parutions/rose-auslander-une-grande-voix-juive-de-la-bucovine

https://sabineaussenac.blog/tag/rose-auslander/

Aux États-Unis, deux grandes voix afro descendantes ont aussi thématisé à travers leurs poésies, romans et pièces des vies profondément blessées par les inégalités raciales et sociales. Maya Angelou et Toni Morrison ont ainsi œuvré de façon intersectionnelle pour les droits des femmes et contre le racisme.

« (…)

Maintenant vous comprenez bien
Pourquoi je ne courbe pas la tête.
Je ne crie pas, je ne saute pas partout
Et je n’ai pas besoin de parler vraiment fort.
Quand vous me voyez passer
ça devrait vous emplir de fierté.
Je dis,
C’est dans le claquement de mes talons,
La galbe de ma chevelure,
La paume de mes mains,
Le besoin de mes bontés.
Car je suis une femme
Phénoménalement.
Femme phénoménale,
C’est ce que je suis.
« 

Extrait de Femme phénoménale

Maya Angélou , https://www.ernestmag.fr/2022/03/21/35960/

Et je ne peux pas ne pas évoquer la mémoire et les engagements forts de la merveilleuse Vénus Khoury-Ghata, cette immense poétesse libanaise qui vient de nous quitter.

https://information.tv5monde.com/terriennes/prix-venus-khoury-ghata-2020-celebrer-les-femmes-poetes-36766

D’autres femmes encore ont payé de leur vie ou presque leurs velléités de création et d’accès au savoir, comme la jeune pakistanaise Malala, figure emblématique de millions de fillettes, de jeunes filles et de femmes encore emmurées, à tous les sens du terme, dans leur condition de d’infériorité éternelle.

À travers les siècles, ces femmes ont donc écrit de la poésie, des romans, des essais, des mémoires, du théâtre, de la philosophie, envers et contre tout et contre tous, se gaussant des carcans et des interdits, et c’est bien ce vecteur des mots qui leur a permis de s’affranchir de leur condition de soumission et de dépendance. Ces héroïnes ont souvent usé de stratagèmes divers pour arriver à leur fin et pour prétendre enfin poser leur parole sur des tablettes d’argiles, sur des parchemins, en des gazettes ou sur des livres imprimés, perdant jusqu’à leur nom pour accéder à cette diffusion de leur être ; elles demeurent, ces rares voix, pour démontrer la perte immense, inimaginable, effroyable que signifie cet assourdissant silence des autres voix, des millions de voix jamais advenues car silenciées, puisqu’invisibles dans leur condition d’êtres humaines de second ordre et empêchées de toute velléité créatrice.

Nous sommes vraiment au cœur de la question qui nous réunit aujourd’hui : que signifie, au fond, cet acte d’écrire quand on est une femme, aujourd’hui, en 2026 ? Avons-nous réussi à vaincre tous les obstacles, ou existe-t-il encore des difficultés évidentes ou des angles morts qui nous mettraient des bâtons dans les roues ? Avant de vous passer la parole, je voudrais revenir sur mon parcours personnel que j’ai longtemps considéré comme celui d’une « écri-vaine du dimanche », ayant du mal à me prendre au sérieux malgré mon désir si profond d’écrire.

Mon propre parcours a été un chemin sinueux, parfois entravé, toujours habité par le désir de dire. Je me souviens de l’éblouissement de ma rencontre avec le premier livre que j’ai lu seule, « Suzy sur la glace », d’un écrivain danois qui, lui, avait pris un pseudonyme féminin ! Et j’avais écrit dans l’une de mes toutes premières rédactions que je voulais que mon nom s’écrive en lettres d’or sur les livres, comme celui de l’un de mes auteurs favoris, Hans Christian Andersen. Plus tard, ce sont des poèmes que nous échangions avec mon amie Marie-Claude, devenue elle aussi autrice et éditrice, griffonnant nos vers sur des bouts de papiers durant les cours de maths. Il était tellement évident que je passerais ma vie à écrire. C’est du moins ce que je pensais, rêvant d’une école de journalisme, ou de partir faire des cours d’écriture créative dans quelque fac américaine…

Mais j’étais mineure au moment de mon bac, j’avais 17 ans et mon père, qui n’avait de cesse que de me voir à Normale Sup, m’expédia en hypokhâgne, où je m’étiolais de chagrin, me muant en ado rebelle alors que j’avais été jusque là une intello modèle… De rage, je me mis en couple avec un ouvrier cégétiste, pour faire la nique à mon conseiller général RPR de père, puis me mariais à 19 ans… Et ce fut la fin des livres, ou du moins des rêves. J’étais passée d’un carcan à l’autre. « On » n’avait pas le bac et me reprochait mon statut d’étudiante, c’était Pol Pot, on préférait m’initier au tissage et à la poterie et on m’obligea à passer des concours ; je réussis à rater le concours d’instit et celui de prof de lycée pro mais, à 23 ans, j’ai réussi le CAPES d’allemand.

Et la vie passa par-là, merveilleuse et terrible, avec son lot de désenchantements et de compromissions. Je continuais à écrire, mais me cantonnais plutôt à d’indigestes dissertations au sujet de livres que je n’avais même pas le temps de lire, entre les enfants, les cours à préparer, ma vie d’épouse, m’obstinant à m’inscrire au concours de l’agrégation bien souvent. J’appelais cela mon « footing intellectuel »… Il y eut bien un mémoire de maîtrise très engagé au sujet des mouvements alternatifs allemands, et une ou deux inscriptions en thèse, mais la vie me rattrapait toujours, entre divorces, remariages, merveilleux enfants à chérir… J’écrivais toujours énormément mais me cantonnais à la sphère personnelle, en une sorte d’autofiction avant l’heure, entre journaux intimes et longues et sans doute bien indigestes lettres d’amour ou de rupture…

Une rencontre cependant fut fondatrice : celle de Rose Ausländer, dont je vous ai parlé tantôt, en 1995 ; cette année-là, j’avais commencé un DEA en littérature comparée et réussi à faire un beau mémoire sur Yvonne de Galais, l’héroïne du Grand Meaulnes, juste avant de faire la connaissance de mon second époux. Vous devinez la suite, le DEA passa aux oubliettes. Rose cependant ne me quitta plus, et c’est en 2005 que je pus enfin lui consacrer un mémoire abouti et soutenu lors d’un DEA de germanistique. J’étais, à cette époque, plongée au cœur d’une effroyable tourmente économique, car j’ai traversé dix bonnes années de désert social, confrontée aux affres d’un second divorce, houleux et international, et aux dizaines de milliers de dettes laissées par un très vilain futur ex-mari.

Certes, j’étais enseignante titulaire depuis 20 ans et gagnais fort honorablement ma vie, mais trop, justement, pour bénéficier d’aides sociales, et je me heurtais donc aux mêmes difficultés que les autres victimes de la classe moyenne surendettée. Je menais une vie complètement schizophrénique, travaillant, passant ma vie dans les tribunaux entre le divorce et les dettes, passant des concours -j’ai même tenté l’ENA et la magistrature- tout en mangeant grâce aux colis alimentaires. Mes écrits n’étaient que combats, lettres, demandes d’aides, de bourses, de subventions…

Tout cela finit par payer, grâce encore une fois à quelques belles rencontres, -mais c’est une autre histoire !-et je sortis la tête hors de l’eau, délivrée de ce fardeau avec un effacement des dettes de mon ex tandis qu’il était enfin rattrapé par la justice et condamné à payer de lourds arriérés de pension. Au passage, j’avais perdu 25 kilos, gagné en assurance en ma vie de femme enfin libre, et je tentais même, naïve et obstinée que j’étais, un dernier couple qui s’effondra, lui aussi.

Et c’est au cœur de cette dernière tourmente, le 30 avril 2008, que je trébuchais sur un forum de poésie et sur un magnifique texte d’un poète du Maghreb. Cette date marqua le retour immédiat, tonitruant et cacophonique et définitif des mots.

Ils se bousculèrent au portillon, en une ribambelle festive, colorée et désordonnée : cela commença par des poèmes, par des dizaines, puis des centaines de poèmes, d’abord sur ce forum, puis sous forme de recueils ou dans des revues. S’y adjoignirent des dizaines de nouvelles puisqu’ayant gardé le goût des concours, je me mis ardemment à l’œuvre, caressant toujours l’espoir d’une reconnaissance par mes pairs… Et puis deux romans, dont l’un, Free d’Hommes, est d’ailleurs une grande fable inversée consacrée aux droits des femmes, et une pièce de théâtre ! Au gré des ans, ma plume sans doute s’affina, je remportais de nombreux prix, et pus aussi partager avec une joie infinie de très belles émotions grâce aux réseaux sociaux. Que vous dire au sujet de mes rêves d’édition, si ce n’est que j’ai continué de lancer mes bouteilles à la mer – j’avais, somme toute, l’habitude… – , démarchant grandes et petites maisons, toujours en vain. Au fil des ans, je compris, avec lucidité, qu’il était tout de même plus facile de se faire éditer en vivant à Lutèce et en ayant quelques relations, qui plus est en étant une jeune étoile montante de la scène slam, qu’en étant une vieille prof à lunettes vivant au fin fond de l’Occitanie ! Mais je suis mauvaise langue 😊

Cependant, là aussi, il y eut de magnifiques rencontres. Souvent provoquées, bien sûr ! J’ai oublié de vous dire que je m’étais aussi auto proclamée « journaliste participative », donc blogueuse, et qu’Anne Sinclair avait repéré ma plume sur un forum, m’embauchant donc au Huffington Post. C’est ainsi que courus aussi les festivals en tant que blogueuse et que je pus avec grand bonheur interviewer de très belles personnes, comme Ariane Ascaride, Sandrine Bonaire ou le merveilleux chanteur et poète acadien Zachary Richard, chantre de la francophonie, devenu un ami, ou l’acteur Pierre Santini dont je suis proche aussi. Un jour, sur un marché de Auch où je vivais, je fis la connaissance de Roger Grenier, un délicieux vieux monsieur qui avait été l’un des pères fondateurs de Gallimard. Nous échangeâmes moults courriers et mails, il adorait mes écrits, mais « Grande Maison » refusa mes textes au prétexte que les nouvelles que Roger leur avait présentées étaient trop auto centrées. Dommage, c’était avant la mode de l’auto-fiction 😊

https://www.huffingtonpost.fr/actualites/article/le-fil-d-ariane_6585.html

Peu à peu, j’ai, comme disaient mes élèves, mes élèves adorés, pris la confiance. Je me suis mise à écrire aussi en allemand, à traduire aussi certains de mes textes, et puis j’ai lancé, au culot toujours,  un grand projet autour de Rose Ausländer, toujours elle ; cela m’a amenée sur ses traces à travers l’Europe, et son découvreur et éditeur allemand est devenu un ami et m’a demandé d’écrire un essai à son sujet. Et c’est ainsi que je décrochais mon premier « vrai » contrat d’édition en 2022, aux éditions du Bord de l’Eau, et, dans la foulée, une très belle bourse franco-allemande pour faire une magnifique tournée littéraire et musicale en Allemagne.

En parallèle, en 2021, une amie professeure, qui venait de réussir son HDR, vint toquer à ma porte pour me proposer d’être sa (vieille !) doctorante, pour enfin faire cette thèse qui me trottait dans la tête depuis mes 20 ans, quand, juste après ma maîtrise, j’avais renoncé à faire une thèse sur le cinéma allemand. Mon amie connaissait mon intérêt pour le féminisme (j’avais écrit de très nombreux textes à ce sujet) et mon goût pour l’art, et c’est ainsi qu’est née l’idée de ce doctorat consacré à trois créatrices du village d’artiste de Worpswede, où je croise études de genre, histoire de l’art et germanistique en travaillant qui plus est en « recherche création », en intégrant donc mes propres écrits et créations scéniques à la thèse.

Enfin, toujours au fil de rencontres et d’amitiés, j’ai pu voir aboutir récemment un projet que je menais depuis quelques mois autour du Tarn et de mes origines paysannes paternelles : j’ai pu signer un deuxième vrai contrat d’édition avec une belle maison bilingue et je suis en train de terminer la traduction vers l’occitan de tout un recueil de poèmes et de prose en hommage, donc, au Tarn ! Le livre devrait paraître pour la rentrée littéraire 2026 aux éditions Reclams…

Les projets sont toujours là, et j’ai toujours cette boulimie d’écriture qui ne me quitte pas puisque j’ai l’impression d’avoir une vie entière à rattraper, ce qui sera bien entendu impossible. Mais il y a vraiment encore des centaines de sujets qui dorment dans ma tête, tout comme des milliers de mots dorment dans mes tiroirs et dans mon ordinateur ! Ne plus me taire. Lever la tête, Relever la tête. Dire, me dire, et aussi proclamer que je suis, oui,  écrivain, une vraie, une autrice, plus juste une écri-vaine du dimanche. Le dire, même si, comme c’est souvent le cas pour les écrivains, je ne reçois pratiquement aucune reconnaissance de la part de certains membres de ma famille, même si les quolibets sont encore là, tapis au coin de ma tête, ceux qui se moquaient de la petite franco-allemande en la nommant « Hitler » ou ceux qui, plus tard, me rabâchaient « qu’est-ce que tu as à encore parler de la Shoah ? », ceux qui traitaient la grosse petite fille mal dans sa peu de « bouboule », même si le syndrome de l’imposteuse jaillit souvent, très souvent, puisque, somme toute, je ne suis ni vraiment universitaire, ni journaliste, ni autrice de best-seller, ni poétesse publiée dans de grandes maisons d’éditions « à la mode », car ma poésie n’est pas assez contemporaine…

Mais je crois que, comme vous, chères autrices réunies en ce jour, je ne me tairai plus !

Celle qui dit

J’aurais aimé pétrir une argile torride

Et de mes mains déesses créer de terre aride

Formes femmes fantasmes modelés tel destins

J’aurais été Camille aux côtés de Rodin

J’aurais aimé de mes yeux parcourir la planète

En devenir le chantre des gens et des bêtes

D’un objectif rageur capturer injustices

Ou simplement merveilles en beautés de solstices

J’aurais aimé devenir une toile infinie

Où mille couleurs d’intense seraient devenues vie

Tournesols ou marines ors flamands et sanguines

Ma peinture au soleil sentirait mandarine

J’aurais aimé danser en tutu de p’tit rat

Gracieuse ballerine merveilleuse Coppélia

Mon lac des cygnes aurait couleur d’immense

Isadora Duncan serait entrée en transes

J’aurais aimé vibrer au clavier tempéré

De cent accords divins de maîtres inachevés

Devenir concertiste adulée une artiste

Mes mains si assurées se feraient cantatrices

Mais je ne sais qu’écrire balbutier radoter

Raconter murmurer ravagée de pensées

Les mots me bouleversent l’émotion me décrit

Au clair de toutes lunes je suis celle qui dit.

**

J’écrirai quoiqu’on dise des milliers de poèmes

Pour le vent emporté et les voix des ancêtres

Pour la terre abîmée des pourquoi des peut-être

Pour nos cœurs en faillite et nos âmes en fracas

Pour ce moine qui doute et ce père au combat

Pour l’enfant que je fus toute emplie de soleils

Pour mes chants parsemés de coraux et de dunes

Pour ma vie tourmentée par d’illisibles runes

Pour la loi aveuglée qui fait la sourde oreille

Pour mes mains au charbon et mes sens en prière

Pour ces gueux assoiffés demandant mise en bière

Pour ce pré aux jonquilles où attend ma maison

Pour ces pages à écrire comme autant d’oraisons

Pour l’amour qui frémit comme un ciel de Bohême

J’écrirai quoiqu’on dise des milliers de poèmes.

Les liens vers les merveilleuses autrices rencontrées à Bram! Justine, Simona, Cécile, Jocelyne, Michèle, Sabine, Régine, Lucienne, Lorelei, Marie-Claire, mes belles, passionnées, douces, fortes, obstinées, glorieuses, modestes, enthousiasmantes amies autrices, je vous embrasse♥

https://www.lesfantastiques.org/entrepreneuses/justine/

https://www.instagram.com/ju.t.annezo/

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Les trois Grâces:), de droite à gauche Simona, Justine et …Sabine (qui devrait refaire son henné!)

https://www.simonaboni.com/

https://www.ladepeche.fr/2025/01/25/portrait-simona-boni-mon-avenir-cetait-la-france-12465343.php

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https://www.ladepeche.fr/2022/07/02/patrimoine-de-pays-decouverte-des-amphibiens-10411039.php

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https://www.thebookedition.com/fr/18200_jocelyne-chaillou-dubly

https://www.mollat.com/livres/93785/jocelyne-chaillou-dubly-allegro-forte

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https://www.instagram.com/michelefontecave/

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https://www.instagram.com/sabinegenty/

https://sabine-ecrivain-biographe.jimdofree.com/mon-histoire/

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Régine s’accompagnant à la guitare, Stéphanie, responsable de la médiathèque, l’aidant avec le micro, après une lecture bouleversante de l’un de ses textes…

https://encresvives.wixsite.com/michelcosem/encres-vives-2

https://www.instagram.com/reginehaminhtu/

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https://www.ladepeche.fr/2024/01/02/notre-correspondante-lucienne-kaminski-sort-son-premier-polar-11672956.php

*https://loreleimartin.fr/

Lorelei en lecture de son émouvante réécriture autour du Journal d’Anne Frank, et Thomas, stagiaire très concentré!

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https://www.instagram.com/marieclairetouya/?hl=fr

Comme autant d’arcs-en-ciel

(Cette nouvelle raconte aussi un beau parcours de femme… Elle avait remporté le premier prix lors du concours de nouvelles du CROUS Occitanie en 2018…)

Quelques ombres déjà passent, furtives, derrière les persiennes. L’air est chargé du parfum des tilleuls, les oiseaux font du parc Monceau l’antichambre du paradis ; l’aube va poindre et ils la colorent de mille chants…

Devant moi, sur le lit, la boîte cabossée déborde ; depuis minuit, fébrile, je m’y promène pour m’y ancrer avant mon envol… Je parcours tendrement les pages jaunies, je croise les regards malicieux et dignes, j’entends les voix chères qui se sont tues depuis si longtemps…

Je me souviens.

Des sourires moqueurs de mes camarades quand j’arrivais en classe, vêtue de tenues démodées, parfois un peu reprisées, mais toujours propres.

Des repas à la cantine, quand tous les élèves, en ces années où l’on ne parlait pas encore de laïcité et d’autres cultures, se moquaient de moi parce que je ne mangeais pas le jambon ou les rôtis de porc.

Je me souviens.

Des sombres coursives de notre HLM avec vue sur « la plage ». C’est ainsi que maman, toujours si drôle, avait surnommé le parking dont des voitures elle faisait des navires et où les trois arbres jaunis devenaient des parasols. Au loin, le lac de la Reynerie miroitait comme la mer brillante de notre Alger natale. Maman chantait toujours, et papa souriait.

Je me souviens.

De ces années où il rentrait fourbu des chantiers à l’autre bout de la France, après des mois d’absence, le dos cassé et les mains calleuses. J’entendais les mots « foyer », et les mots « solitude », et parfois il revenait avec quelques surprises de ces villes lointaines où les contremaîtres aboyaient et où la grue dominait des rangées d’immeubles hideux que papa devait construire. Un soir, alors que son sac bleu, celui que nous rapportions depuis le bateau qui nous ramenait au pays, débordait de linge sale et de nuits tristes, il en tira, triomphant, un bon morceau de Saint-Nectaire et une petite cloche que les Auvergnats mettent au cou des belles Laitières : il venait de passer plusieurs semaines au foyer Sonacotra de Clermont-Ferrand la noire, pour construire la « Muraille de Chine », une grande barre d’immeubles qui dominerait les Volcans. Nous dégustâmes le fromage en rêvant à ces paysages devinés depuis la Micheline qui l’avait ramené vers la ville rose, et le lendemain, quand j’osais apporter la petite cloche à l’école, toute fière de mon cadeau, les autres me l’arrachèrent en me traitant de « grosse vache ».

Je me souviens.

De maman qui rentrait le soir avec le 148, bien avant que le métro ne traverse Garonne. Elle ployait sous le joug des toilettes qu’elle avait récurées au Florida, le beau café sous les arcades, et puis chaque matin elle se levait aux aurores pour aller faire d’autres ménages dans des bureaux, loin du centre-ville, avant de revenir, alors que son corps entier quémandait du repos, pour nettoyer de fond en comble notre modeste appartement et nous préparer des tajines aux parfums de soleil. Jamais elle n’a manqué une réunion de parents d’élèves. Elle arrivait, élégante dans ses tailleurs sombres, le visage poudré, rayonnante et douce comme les autres mamans, qui rarement la saluaient. Pourtant, seul son teint un peu bronzé et sa chevelure d’ébène racontaient aux autres que ses ancêtres n’étaient pas des Gaulois, mais de fiers berbères dont elle avait hérité l’azur de ses yeux tendres. En ces années, le voile n’était que rarement porté par les femmes des futurs « quartiers », elles arboraient fièrement le henné flamboyant de leurs ancêtres et de beaux visages fardés.

Je me souviens.

Du collège et de mes professeurs étonnés quand je récitais les fables et résolvais des équations, toujours en tête de classe. De mes premières amies, Anne la douce qui adorait venir manger des loukoums et des cornes de gazelle quand nous revenions de l’école, de Françoise la malicieuse qui essayait d’apprendre quelques mots d’arabe pour impressionner mon grand frère aux yeux de braise. De ce chef d’établissement qui me convoqua dans son bureau pour m’inciter, plus tard, à tenter une classe préparatoire. Et aussi de nos premières manifestations, quand nous quittions le lycée Fermat pour courir au Capitole en hurlant avec les étudiants du Mirail « Touche pas à mon pote ! »

Je me souviens.

Des larmes de mes parents quand je partis pour Paris qui m’accueillit avec ses grisailles et ses haines. De ces couloirs de métro pleins de tristesse et de honte, de ce premier hiver parisien passé à pleurer dans le clair-obscur lugubre de ma chambre de bonne, quand aucun camarade de Normale ne m’adressait la parole, bien avant qu’un directeur éclairé n’instaure des « classes préparatoires » spéciales pour intégrer des jeunes « issus de l’immigration ». Je marchais dans cette ville lumière, envahie par la nuit de ma solitude, et je lisais, j’espérais, je grandissais. Un jour je poussai la porte d’un local politique, et pris ma carte, sur un coup de tête.

Je me souviens.

Des rires de l’Assemblée quand je prononçais, des années plus tard, mon premier discours. Nous étions peu nombreuses, et j’étais la seule députée au patronyme étranger. Les journalistes aussi furent impitoyables. Je n’étais interrogée qu’au sujet de mes tenues ou de mes origines, alors que je sortais de l’ENA et que j’officiais dans un énorme cabinet d’avocats. Là-bas, à Toulouse, maman pleurait en me regardant à la télévision, et dépoussiérait amoureusement ma chambre, y rangeant par ordre alphabétique tous les romans qui avaient fait de moi une femme libre.

Je me souviens.

Des youyous lors de mon mariage avec mon fiancé tout intimidé. Non, il ne s’était pas converti à l’Islam, les barbus ne faisaient pas encore la loi dans les cités, nous nous étions simplement envolés pour le bled pour une deuxième cérémonie, après notre union dans la magnifique salle des Illustres. Dominique, un ami, m’avait longuement serrée dans ses bras après avoir prononcé son discours. Il avait cité Voltaire et le poète Jahili, et parlé de fraternité et de fierté. Nous avions ensuite fait nos photos sur la croix de mon beau Capitole, et pensé à papa qui aurait été si heureux de me voir aimée.

Je me souviens.

Des pleurs de nos enfants quand l’Histoire se répéta, quand eux aussi furent martyrisés par des camarades dès l’école primaire, à cause de leur nom et de la carrière de leur maman. De l’accueil différent dans les collèges et lycées catholiques, comble de l’ironie pour mes idées laïques qui se heurtaient aux murs de l’incompréhension, dans une république soudain envahie par des intolérances nouvelles. De mon fils qui, alors que nous l’avions élevé dans cette ouverture républicaine, prit un jour le parti de renouer follement avec ses origines en pratiquant du jour au lendemain un Islam des ténèbres. Du jour où il partit en Syrie après avoir renié tout ce qui nous était de plus cher. Des hurlements de douleur de ma mère en apprenant qu’il avait été tué après avoir égorgé des enfants et des femmes. De ma décision de ne pas sombrer, malgré tout.

Je me souviens.

De ces mois haletants où chaque jour était combat, des mains serrées en des petits matins frileux aux quatre coins de l’Hexagone. De tous ces meetings, de ces discours passionnés, de ces débats houleux, de ces haines insensées et de ces rancœurs ancestrales. De ces millions de femmes qui se mirent à y croire, de ces maires convaincus, de ces signatures comme autant d’arcs-en-ciel, de ces applaudissements sans fin, de ces sourires aux parfums de victoire.

Je me souviens.

De mes professeurs qui m’avaient fait promettre de ne jamais abandonner la littérature. De ces vieilles dames, veuves d’anciens combattants, qui m’avaient fait jurer de ne jamais abandonner la mémoire des combats. De ces enfants au teint pâle qui, dans leur chambre stérile, m’ont dessiné des anges et des étoiles en m’envoyant des bisous à travers leur bulle. De ces filles de banlieue qui, même après avoir été violées, étaient revenues dans leur immeuble en mini-jupe et sans leur voile, et qui m’avaient serrée dans leurs bras fragiles de victimes et de combattantes.

Hier soir, vers 19 h 45, mon conseiller m’a demandé de le suivre. L’écran géant a montré le « camembert » et le visage pixellisé du nouveau président de la République. La place de la Bastille était noire de monde, et je sais que la Place du Capitole vibrait, elle aussi, d’espérances et de joies.

Un cri immense a déchiré la foule tandis que l’écran s’animait et que mon visage apparaissait, comme c’était le cas dans des millions de foyers guettant devant leur téléviseur.

Le commentateur de la première chaîne hurlait, lui aussi, et gesticulait comme un fou : « Zohra M’Barki – Lambert! On y est ! Pour la première fois, une femme vient d’être élue Présidente de la République en France ! »

Le réveil sonne.

Je me souviens que je suis française, et si fière d’être une femme. Je me souviens que je dois tout à l’école de la République, et à mes parents qui aimaient tant la France qui ne les aimait pas.

Je referme la boîte et me penche à l’embrasure de la fenêtre, respirant une dernière fois le parfum de la nuit.

Trois #prix littéraires en deux semaines! #littérature #concours #revues #poésie #Rilke

Belle moisson de succès ces derniers temps pour mes créations! Petit à petit, l’oiselle fait son nid et se sent chanceuse de cette reconnaissance par ses pairs!

Merci tout d’abord à l’ami Pierre Perrin qui, en juin dernier, a eu la gentillesse d’accueillir ma plume dans sa magnifique revue Possibles! Quel bonheur que de figurer dans le numéro 36 de cette très belle parution, aux côtés de grands noms dont vous trouverez la liste dans le sommaire!

http://possibles3.free.fr/num36.php

Pierre Perrin est non seulement éditeur, mais aussi un merveilleux poète doublé d’un romancier, qui a aussi ajouté à ses cordes une activité de critique littéraire. Il avait été lauréat en 1996 du prix Kowalski pour un recueil intitulé La vie crépusculaire. J’ai la chance de le compter parmi mes « amis Facebook » et il nous régale régulièrement de sa plume douce et très juste.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Perrin_(%C3%A9crivain)

La revue Possibles, crée en 1975, rassemble ainsi au gré de ses numéros poésie et prose, fragments, textes courts, réflexions, et permet aussi souvent de retrouver un hommage particulier à une autrice ou à un auteur. Je vous invite à découvrir les cheminements de ces amoureux de notre langue française que Pierre sait si judicieusement faire cohabiter.

La rentrée de septembre apporta son lot d’allégresses avec la mise en ligne de la formidable émission de France Culture concoctée par Julien Thèves, qui est d’ailleurs un confrère en écriture, consacrée à Paula Modersohn-Becker: j’ai eu la chance de participer à l’émission et d’y côtoyer non seulement mes amis curateurs de Brême et de Worpswede, mais les magnifiques autrices que sont Maïa Brami et Marie Darrieussecq, ainsi que la peintre Maude Maris. Nous avons essayé de brosser un portrait à la hauteur de « notre Paula », si fantastique, dont une œuvre vient justement d’être vendue aux enchères pour plusieurs millions d’euros! Quelle belle reconnaissance !

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/toute-une-vie/paula-modersohn-becker-1876-1907-la-peinture-absolument-9049725

https://www.artmajeur.com/fr/magazine/2-actualites-artistiques/quand-l-art-degenere-triomphe-l-autoportrait-de-paula-modersohn-becker-pulverise-son-record-aux-encheres/340057

Un honneur ne venant, à l’instar du bonheur, jamais seul, j’ai eu la joie de recevoir dernièrement le premier prix de la section « anacréontique » des superbes Joutes poétiques de la société des Rosati d’Arras! Ces joutes sont la version « nordique » de nos Jeux Floraux toulousains, et je vous laisse imaginer ma joie d’y avoir été distinguée.

De Toulouse vers cette perle du Nord le chemin est bien long, et, si je n’ai pas eu le loisir de me rendre à la remise des prix, j’ai pu recevoir la lecture de mon texte en vidéo, que je vous partage ici:

Lecture de mon texte par Madame Francine Grosdenis

Tu es devenu le soleil à la Meuse

Tu es devenu le soleil à ma Meuse

Il fera doux ce jour comme un printemps lilas

Ma jupe sera courte et mon panty de soie

Je ne sais plus vivre sans me dire amoureuse

Tu es devenu le soleil à ma Meuse

Toi mon Rimbaud brûlant mon astre imaginé

Nos textos échangés font de moi Sévigné

Tant de lettres à l’amant tant de tendres murmures

Je ne veux plus parler ouvre la fermeture

Laissons glisser les soies déchire ce corset

Prends moi là nue offerte envahie de baisers

Je veux déshabiller ton corps d’éphèbe aimant

Ne plus craindre les doutes habiter dans l’instant

Tu auras un regard comme brasier heureux

Tes mains seront tisons embrasés dans le feu

Ton souffle inachevé enfin sera tempête

Sur mes seins délivrés tu glisseras ta tête

Nous serons symphonie toccata et arpèges

Mes soupirs voleront comme flocons de neige

Tes émerveillements ta douceur tes morsures

Mes encorbellements le bonheur qui rassure

Nos mots nous le disaient nos corps le prouveront

Tu remontes à ma source au Mont Gerbier de Jonc

Je t’amène bateau ivre en voyage immobile

Cette étreinte attendue aura couleur des îles.

La société des Rosati est donc une société littéraire d’Arras, fondée le 12 juin 1778. Elle est célèbre pour avoir compté Lazare Carnot et Maximilien de Robespierre ainsi que Maurice Fombeure parmi ses membres, et surtout très reconnue pour sa participation active à la vie culturelle et artistique de la région.

On est admis dans la société par cooptation, en étant présenté par une marraine ou un parrain. Dans un souci de perpétuer la philosophie du « Gay savoir » et de préserver la cohésion du groupe, l’admission se fait à l’unanimité.

Les Rosati du XXIè siècle continuent de respecter le rite de réception créé en 1787. La première fois, trois jeunes filles présentèrent au public une rose, une coupe de vin rosé et donnèrent un baiser fraternel. Aujourd’hui, ce sont de jeunes ballerines portées par l’hymne des Rosati, écrit par Marcel Legay, « Écoute ô mon cœur », qui évoluent sur la scène lors du gala de remise des prix. Je vous livre ici le livret de l’édition 2026:

Un autre de mes textes a retenu l’attention d’un jury lors du premier concours de poésie de la ville de Gruissan!

Cette première édition a été inaugurée avec brio par un florilège de créations superbes et par une très jolie brochure dans laquelle une citation de Paul Celan, si cher à mon coeur puisque compatriote de Rose Ausländer, côtoie les mots des organisateurs: « Je ne fais pas de différence entre un poème et une poignée de main. »

C’est bien ce sentiment de fraternité littéraire qui a porté les esprits et les âmes autour des éblouissantes lumières de la Méditerranée, grâce à l’association Les Voix de l’Orgue et à la municipalité de Gruissan dont le maire, Didier Codorniou, écrit: « La poésie est un souffle qui réunit. » Nos textes seront de plus mis en musique, ce qui représente toujours une belle synesthésie artistique…

https://www.delphe-arts-philo.org/

Enfin, il faudra patienter quelques mois avant que je ne vous révèle mon classement à un superbe concours de nouvelles dont je sais d’ores et déjà que je suis lauréate. Rendez-vous au printemps pour l’annonce définitive du palmarès et pour la lecture de ma nouvelle.

Je l’avoue: j’aime ce petit frisson des concours littéraires, cette idée de se colleter avec d’autres esprits autour d’un thème ou d’une région… Oh, bien sûr, ce n’est pas le Goncourt, et je suis bien souvent évincée ou seulement second couteau, mais ce petit aiguillon de l’émulation nous pousse à nous dépasser! Et puis ça me rappelle sans doute l’agrégation à laquelle je me suis inscrite (sans la travailler vraiment…) tant de fois! Car je n’aimais rien tant que ces sept heures d’écriture autour d’un sujet donné lors des épreuves de dissertation, avec cette pression temporelle et cette obligation de rendre une copie parfaite! (On notera que le jour où j’ai compris qu’en fait, ce que je désirais, c’était avant tout écrire – et, au passage, être lue! -, j’ai à la fois réussi le concours et commencé mon cheminement d’autrice…)

Et c’est aussi très porteur que de n’être pas simplement seul dans cet acte de création, mais, au bout du compte, souvent associé.e à d’autres talents dans les revues et brochures où l’on peut découvrir les textes lauréats… C’est pourquoi je continue à jouer le jeu des concours d’écriture! Ce n’est pas tant la récompense qui compte que le fait d’oser participer, même si l’on n’arrive pas sur le podium des lauréats…

Vous pouvez retrouver mes textes sur de nombreux supports, comme dans les magnifiques recueils de nouvelles du Prix de la Nouvelle George Sand, concours dans lequel mes textes ont été régulièrement distingués et auquel je participer quasi religieusement! Mes nouvelles « L’enfant des Matelles », « Puella sum » ou « Les mains de Baptistin » (les deux derniers textes sont aussi à retrouver sur ce blog…) y figurent, par exemple…

https://www.concours-georgesand.fr/publication.html

https://www.concours-georgesand.fr/publication/7/-ricochets-

https://la-nouvelle-george-sand.jimdosite.com/actualites/

Mon texte « Le rossignol et la burqa » se trouve dans l’un des recueils publiés par L’Encrier Renversé de Castres, et il en va de même pour certains de mes poèmes à retrouver en revues…

https://www.ladepeche.fr/article/2012/03/05/1297774-un-joli-cru-pour-l-encrier-renverse.html

Pour retrouver tous les prix que j’ai eu le bonheur de remporter:

https://www.sabineaussenac.com/cv/portfolios/cv-litteraire-2024-25

Je profite de ce petit résumé littéraire pour vous annoncer la prochaine parution de ce qui constituera j’espère un magnifique ouvrage autour du Tarn et de mes racines paysannes paternelles, un opus mêlant poésies dédiées aux personnalités et aux lieux emblématiques de ce beau département et proses racontant la vie de mes ancêtres, gens de peu, paysans, journaliers de la vallée de l’Agoût, jusqu’au début du dix-neuvième siècle. Ce livre paraîtra en 2026 dans une superbe maison d’édition, en français…et en occitan, puisque je traduis mes textes dans la « lenga nostra » à laquelle je suis très attachée! Plus d’infos très prochainement!

J’aimerais en ce 4 décembre conclure ces miscellanées littéraires par un hommage à mon cher Rainer Maria Rilke, né le 4 décembre 1875 dans la merveilleuse ville de Prague et dont nous commémorerons en 2026 le centenaire de la mort (il s’est éteint le 29 décembre 1926 à Montreux.)

Photo du poète devant le musée du Barkenhoff à Worpswede, Basse-Saxe

Vous savez, si vous me lisez, que je travaille assidument à ma thèse de doctorat en recherche-création autour de la colonie d’artistes de Worpswede et de trois de ses créatrices, Paula Modersohn-Becker, Martha Vogeler et… Clara Westhoff-Rilke, qui fut l’épouse du poète! Ce dernier consacra d’ailleurs une célèbre monographie aux artistes de Worpswede et à ce lieu envoûtant; en juillet, lors de mon séjour Erasmus d’un mois (je suis partie, invitée par l’association des musées de Worpswede, interviewer des artistes et des responsables curatoriaux, et ces entretiens, dont certains sont en ligne, feront aussi partie intégrante de la pièce de théâtre qui sera présentée lors de ma soutenance…) j’ai été très émue de tenir entre mes mains un des premiers exemplaires de ce texte, lors de ma visite à la Fondation Paula Modersohn-Becker.

https://www.pmb-stiftung.de/

Si Clara Westhoff et Rainer Maria Rilke ne vécurent ensemble que très peu de temps et que bien d’autres femmes occupèrent le cœur du poète, ils ne divorcèrent pas et conservèrent un lien affectif et intellectuel majeur. Clara s’éloigna d’ailleurs à peine de Worpswede et partit s’installer avec leur fille Ruth à Fischerhude, un autre village de Basse-Saxe. Sa maison, devenu un café, se nomme toujours « Das Rilke-Haus »…

http://www.cafe-im-rilke-haus.de/

Et dans cette dénomination aussi on peut percevoir l’invisibilisation de la sculptrice, dont la présence en ce lieu est éclipsée par la renommée de son auguste époux – cette thématique fait partie des fils conducteurs de ma thèse…

Clara Westhoff-Rilke et Rainer Maria Rilke

Cependant, en ce jour d’anniversaire, l’heure n’est pas à la polémique mais à l’hommage!

Un dieu le peut… 

Un dieu le peut. Mais comment, dis,
l’homme le suivrait-il sur son étroite lyre ?
Son esprit se bifurque. Au carrefour de deux
Chemins du cœur il n’est nul temple d’Apollon.

Le chant que tu enseignes n’est point désir :
ni un espoir, enfin comblé, de prétendant.
Chanter c’est être. C’est au dieu facile.
Mais quand sommes-nous ? Et quand

met-il en nous la terre et les étoiles ?
Non, ce n’est rien d’aimer, jeune homme, même si
ta voix force ta bouche, — mais apprends

à oublier le sursaut de ton cri. Il passe.
Chanter vraiment, ah ! c’est un autre souffle.
Un souffle autour de rien. Un vol en Dieu. Un vent.

Cité dans

https://www.eternels-eclairs.fr/poemes-rilke.php

J’en profite pour mettre le lien vers une création digitale autour de Rilke présentée il y a quelques mois lors d’une journée d’études, dont le texte figurera bientôt dans une grande revue universitaire; en cliquant sur ma chaîne, vous retrouverez les vidéos autour de Worpswede déjà mises en ligne.

Je me permets enfin de reposter ce texte de 2011, avec sa splendide mise en mots par mon amie Corinne… Je ne suis ni Rilke ni détentrice d’un « grand » prix littéraire, mais j’ai commis cette brève réécriture des célèbres « Lettres à un jeune poète »:

Chère jeune poétesse!

Vous me demandez si vos poèmes méritent d’être nommés poèmes. Vous me demandez si vous êtes une poétesse.

Que vous répondre, chère jeune poétesse, que vous répondre, si ce n’est que la nuit vous sera vie.

La nuit, lorsque soufflera l’Autan et que Garonne gémira comme femme en gésine, vous le saurez.

La nuit, lorsque seul le rossignol entendra vos soupirs, vous le vivrez.

Vous vivrez ces instants où le mot se fait Homme, où quand d’un corps malade jaillit cette étincelle que d’aucuns nomment Verbe, quand certains la dédaignent; les étoiles apparaissent, et des mondes s’éteignent.

Vous me demandez, jeune amie, si vous êtes faite pour ce métier d’écrivain.

Mais écrire, belle enfant, ce n’est point un métier, ce n’est pas un ouvrage.

Poésie et argent ne font pas bon ménage, poésie est jalouse, et le temps est outrage.
Vous verrez le soleil dédaigner vos journées, et les ors, les fracas, les soirées et les fêtes, bien des autres y riront, se payant votre tête.

Seule au monde et amère, comme un fauve en cavale, vous lirez, vous irez, sachant mers et campagnes, portant haut vos seins doux, vos enfants en Cocagne. Loin de vous les amours, parfois quelque champagne.

Mais les mots, jeune amie, les mots, ils seront vôtres.

Vous les malaxerez comme on fait du pain frais, vous les disposerez en lilas et bouquets, vous en ferez des notes, des sonates, des coffrets.

Et quand au jour dernier vous serez affaiblie, vos mains seules en errance, votre bouche enfiévrée, on vous murmurera qu’on vous a tant aimée.

Mais il sera trop tard: vos vers auront fugué.

Alors soudain des peuples chanteront vos ramages, on vous récitera, des statues souriront; un écolier ému relira quelque page. Et un soir, quelque part, au fin fond d’un village, ou dans un bidonville, enfumé et bruyant, une jeune fille timide osera les écrire, ses premiers vers d’enfant, vous prenant en modèle.

Alors ma jeune amie, ce jour-là, doucement, comme en ronde éternelle:

vous serez poétesse.

Vous trouverez peut-être que cet article part dans tous les sens… Mais je n’ai jamais su choisir entre mes deux pays, entre toutes mes passions, et « il me faudrait mille ans » pour écrire tout ce dont j’ai envie de parler, comme le raconte ce texte ou ces méli-mélo de poèmes…

https://www.poesie-sabine-aussenac.com/

Et si vous aussi, vous tentiez votre chance en écriture??

** Lien vers un site répertoriant tous les concours de nouvelles:

** Lien vers un site collectant les concours de poésie, et autre lien vers nos chers Jeux Floraux toulousains!

http://www.poetika17.com/concourspoesie.html