En zappant l’autre jours sur mes chaînes Numéricable, je trébuchai sur KTO, jouxtant les chaînes d’info, et tombai sur les audiences matinales : on y voyait un jeune prélat bien digne s’exprimer en français, justement, expliquant que Sa Sainteté allait accueillir et bénir une délégation francophone, venue de l’hexagone et de Côte d’Ivoire, avant la traduction italienne. Amusée, je tendis une oreille en faisant la vaisselle dans la cuisine adjacente, avant d’entendre les autres annonces faites par des men in black vanticanisés et polyglottes, en allemand, anglais, espagnol, portugais…
Et, lors de chaque intervention, je me réjouissais de tout comprendre, ou presque, puisque j’avais eu la traduction initiale en allumant mon téléviseur ; en effet, quelle beauté pour un linguiste que d’entendre ces langues qui se frôlent, se recoupent, se caressent, avec leurs sororités, leurs sonorités gémellaires, si souvent issues du latin que notre chère ministre voudrait pourtant vouer aux Gémonies…Ce mot de « Notre-Père » prononcé dans plusieurs langues européennes ne fut pas loin de m’arracher une larme, et en même temps je me préparais déjà mentalement à vous parler d’un autre moment festif et télévisuel, auquel nous assisterons ce soir, durant lequel, là aussi, Babel arrive en nos foyers : l’Eurovision !
Marianne James parlait à l’instant des « paillettes » et des franges sur France Info, et situait son attachement à cette grand-messe européenne dans un rapport au disco, à la « variétoche » et aux supers gagnants devant l’Éternel, les mangeurs de knäckebröd d’Abba. Mon propre rapport à cette compétition aux allures de cérémonie internationale relève justement plutôt de mes origines bi nationales et de ma fascination pour cette Europe qui a grandi en même temps que moi…
L’Eurovision, dans ma mémoire, ce n’est pas seulement la fameuse musique d’ouverture et les directs dans diverses langues, avant le score final scandé en anglais, avec les inénarrables « Germany, two points » et autres résultats faisant trembler les paillettes des candidats respectifs ; c’est aussi et surtout ces coups de téléphone que ma maman et sa propre mère se passaient, en cette époque lointaine où, pour appeler Duisburg, il fallait transiter par une standardiste en lui expliquant « D comme Daniel, U comme Ursule… » ; et ces autres appels que, des décennies plus tard, j’échangeais avec ma propre sœur, partie à son tour, mais dans l’autre sens, civiliser le teuton outre-Rhin ; puis, mais ces coups de téléphone-là se sont hélas taris, car mes chéries ne veulent plus se ringardiser, mes échanges avec mes filles, exilés en quelques lointaines villes hexagonales. Oui, en ce samedi soir sur la terre durant lequel l’Europe pousse la chansonnette, dans ma famille bi nationale et depuis toujours européenne convaincue, on se parle, on échange, on compare, on écoute, aussi religieusement que le font des millions d’hommes lors de finales de Coupe du Monde !
Alors quand, ce soir, retentira le générique de mon ex ORTF adoré, j’aurai une pensée pour cette Europe que tant d’adversaires dénigrent et conspuent. Parce que l’Eurovision va bien au-delà des paillettes et des franges, et même des chansons, qui, je vous le concède, sont bien souvent de piètre qualité et de nos jours envahies par la terrible guimauve anglo-saxonne en reléguant l’esprit originel aux oubliettes. Parce que peu me chaut que la France n’ait pas gagné depuis mes seize ans et la frange de Marie Myriam.
Je préfère me souvenir des premières retransmissions, quand notre Europe balbutiante apprenait ce vivre ensemble culturel qui, n’en déplaise aux pisse-vinaigre et aux grincheux (et même si quelques années plus tard il fut parfois de bon ton pour Israël de ne presque pas attribuer de points à l’Allemagne…), contribue lui aussi à l’entente plus que cordiale entre les pays membres.
Bien avant Schengen, Arte, le Channel tunnel ou l’euro, le concours de l’Eurovision a symbolisé notre Europe de paix et de partages, qui, une fois l’an, entre champagne, variétés et paillettes, transforme nos divers paysages audiovisuels en annexes bariolées et chatoyantes des austères Parlement et Commission, lorsque de plantureuses femmes permanentées énoncent joyeusement ces scores qui, à défaut de bouleverser l’ordre du monde, feront du pays élu le vainqueur pacifique de ces joutes européennes.
Et le meilleur cru de ces décennies frangées et miroitantes demeure, dans ma propre mémoire, celui de 2003, quand une féérie dansante turque amena ce pays aux portes de cette Europe tant convoitée, quand une douce mélopée hexagonale fit même tressaillir notre score, et quand la Pologne présenta une chanson en deux langues, l’allemand d’un ovni aux cheveux rouges s’accordant au polonais d’une belle pour psalmodier un véritable hymne à la paix dont je vous livre le refrain :
Souvent, je l’imagine, ma maman. Le visage défiguré par la terreur, les mains agrippées à celles de sa propre mère tentant sans doute de faire un rempart de son corps à ceux de ses quatre enfants, dans le vacarme assourdissant des bombardements.
Encore aujourd’hui, ma mère tressaille en entendant un avion survoler l’azur de son petit paradis tarnais. Elle est pourtant bien loin de sa Rhénanie natale, et bien de l’eau a coulé dans le Rhin depuis ces années où, petite fille aux nattes blondes et aux yeux si clairs, elle espérait le retour de son père parti sur le front russe en tremblant sous les bombes des Alliés, son ventre criant famine quand elle cherchait des épluchures de pommes de terre pour les dévorer…
Mon père, lui, n’a de la guerre presque que des souvenirs joyeux. Ils n’étaient pas bien malheureux, son grand-frère et lui, dans le petit village de la campagne tarnaise depuis lequel mon grand-père français aidait les Maquisards, cachant des armes sous les tuiles et continuant sans doute à déguster les cochonnailles préparées par ma grand-mère.
J’ai grandi entre les récits de ces deux enfances si différentes, écartelée parfois dans ma propre mémoire, tandis qu’à l’école des petites pestes écervelées de mon école de filles me surnommaient « Hitler », quand les métissages n’étaient pas encore à la mode et que les familles respectives de nos parents, de nos courageux parents, apprenaient à se connaître et à dépasser les brûlures de l’Histoire.
Point n’est besoin d’avoir épluché les ouvrages de psycho généalogie pour comprendre que deux sangs différents couleront toujours dans mes veines, et que je suis l’humble produit d’une fabuleuse réconciliation. Toujours retentiront en moi les sirènes qui épouvantaient ma mère, mais aussi les clameurs d’allégresse de la libération de Toulouse. Et je porte encore les griffures des petits doigts des millions d’enfants sacrifiés dans les chambres à gaz, l’empreinte de la Shoah s’étant inscrite dans ma culpabilité d’enfant de la troisième génération comme un tatouage au bras d’un prisonnier…
Je sens aussi le froid mordant de l’Ukraine bleuir les lèvres de ce grand-père allemand que j’ai chéri plus que tout au monde. Et j’entends d’autre part aux vacances la voix claire encore de mon oncle français me rapporter les récits de la fin de la guerre…
Alors quand des élèves soupirent en m’entendant leur demander ce que l’Europe signifie pour eux, quand certains ne savent pas qu’il y a eu une autre guerre sur notre continent depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, quand je les sens indifférents aux mots paix, mémoire, patrie, réconciliation, Europe, mon sang mêlé ne fait qu’un tour.
Car cette année, à Toulouse, au lendemain de ce 8 mai où le monde entier commémore de concert la fin des années de barbarie et de violences, nous inaugurerons le 9 mai, journée de l’Europe, cette semaine de l’Europe qui fêtera les 65 ans de la déclaration de Robert Schuman :
Et il me semble capital de sensibiliser les jeunes à l’importance de notre Union Européenne, symbole du pouvoir de la Paix. Je ne veux pas aujourd’hui polémiquer autour de la crise, de la dette grecque, de la pseudo nouvelle hégémonie de l’Allemagne, d’éventuelles sorties de l’Euro. Je tairai les innombrables critiques des eurosceptiques et des empêcheurs de construire en rond, et puis les phrases perfides de ceux qui, encore aujourd’hui, me disent parfois que « dans le sud-ouest, il est encore difficile de pardonner, c’est pour cela que l’allemand est en perte de vitesse… »
Non, je voudrais m’incliner devant ceux qui ont su, malgré les outrages et les horreurs, redonner du sens à la fraternité et au pardon, osant faire du paysage dévasté de nos contrées européennes un nouveau tableau de prospérité et de partages. Je voudrais remercier mes quatre grands-parents d’avoir osé se réunir à la table d’un mariage en août 1959, quelques années à peine après que la botte de l’occupant nazi ait dévasté notre pays, pour festoyer ensemble malgré les millions de victimes, pour s’assoir ensemble sur les bancs d’une petite chapelle et dans un hôtel de ville, osant ainsi faire partie des pionniers de l’esprit européen.
Je voudrais remercier nos parents qui nous ont élevés avec bon sens et respect des traditions, nous permettant de grandir dans la richesse de deux cultures, dans le bilinguisme et l’ouverture d’esprit, entre foie gras et pâtisseries allemandes, entre Goethe et Hugo, nous prouvant chaque jour que leur choix avait été le bon, puisque leur couple a lui aussi résisté à l’usure du temps, comme le couple franco-allemand, toujours et encore « le moteur de l’Europe ».
Ainsi je me sens Tarnaise, Toulousaine, française, mais aussi Rhénane, allemande, et, encore et toujours, européenne.
J’ai l’Europe chevillée au corps et au cœur, de l’Hymne à la joie au jingle de l’Eurovision, des discours de Schuman aux libertés de l’espace Schengen, petite occitane rêveuse et blondinette en « Dirndl », et, surtout, avec la certitude que la paix durable n’est le fruit que des combats, de ces combats des Grands qui signent les traités et prononcent les discours, mais aussi de ces millions de combats quotidiens des humbles qui osent la fraternisation et qui se retroussent les manches pour que plus jamais ne retentisse l’alarme.
Je m’incline ainsi ici devant ces milliers de collègues qui, de part et d’autre du Rhin, ont organisé tant d’échanges scolaires bien avant les superbes organisations actuelles et qui, depuis des décennies, ont permis aux enfants de nos deux pays de découvrir le pays de l’Autre !
Pour les étés de mon enfance Bercés par une Lorelei Parce que née de forêts sombres Et bordée par les frères Grimm Je me sens Romy et Marlène Et n’oublierai jamais la neige
Rémoise
Pour un froid matin de janvier Parce que l’Ange au sourire A veillé sur ma naissance Pour mille bulles de bonheur Et par les vitraux de Chagall Je pétille toujours en Champagne
Carolopolitaine
Pour cinq années en cœur d’Ardennes Et mes premiers pas en forêt Pour Arthur et pour Verlaine Et les arcades en Place Ducale Rimbaud mon père en émotion M’illumine en éternité
Albigeoise
Pour le vaisseau de briques rouges Qui grimpe à l’assaut du ciel bleu Pour les démons d’un peintre fol Et ses débauches en Moulin Rouge Enfance tendre en bord de Tarn D’une inaliénable Aliénor
Tarnaise
Pour tous mes aïeuls hérétiques Sidobre et chaos granitiques Parce que Jaurès et Lapeyrouse Alliance des pastels et des ors Arc-en-ciel farouche de l’Autan Montagne Noire ma promesse
Occitane
De Montségur en Pays Basque De la Dordogne en aube d’Espagne Piments d’Espelette ou garigues De d’Artagnan au Roi Henri Le bonheur est dans tous les prés De ma Gascogne ensoleillée
Toulousaine
Pour les millions de toits roses Et pour l’eau verte du canal Sœur de Claude et d’Esclarmonde Le Capitole me magnétise Il m’est ancre et Terre promise Garonne me porte en océan
Bruxelloise
Pour deux années en terre de Flandres Grâce à la Wallonie que j’aime Parce que Béguinage et Meuse Pour Bleus de Delft et mer d’Ostende En ma Grand Place illuminée Belgique est ma troisième patrie
Européenne
Pour Voltaire Goethe et Schiller Pour oublier tous les charniers Les enfants blonds de Göttingen Me sourient malgré les martyrs Je suis née presqu’en outre-Rhin Lili Marleen et Marianne
Universelle
Pour les mots qui me portent aux frères Par la poésie qui libère Parce que j’aime la vie et la terre Et que jamais ne désespère Pour parler toutes les langues Et vous donner d’universel.
Cela faisait une bonne quarantaine d’années que nous ne nous étions plus rencontrées.
Non, ce n’était pas un repas d’anciens élèves. G. est ma cousine. Une cousine « issue de germain », comme le dit merveilleusement notre belle langue. Et elle l’est à tous les sens du terme, puisque c’est la fille d’un des nombreux frères de ma grand-mère…allemande !
Je l’ai vue arriver, toute jolie, derrière la vitre de l’hôtel où j’étais descendue outre-Rhin, pour mon pèlerinage mémoriel, et j’ai reconnu en elle, en une fraction de seconde, cette sororité mâtinée d’altérité, ce « petit quelque chose » qui fait de nous des « parentes », des alliées, des proches.
Nous nous étions déjà parlé au téléphone depuis quelques semaines, nous avions échangé des mails. Ce soir-là, nous avons parlé une bonne partie de la nuit, intarissables, comme si nous nous étions quittées la veille, alors que des pans entiers de nos existences nous étaient encore inconnus quelques jours auparavant.
Un peu comme dans la chanson de Bécaud, nous avons tout mélangé ; pas de Lénine ni de Champs-Élysées pour nous deux, mais nos parcours respectifs, et surtout tous ces récits familiaux croisés : mes filles et celles de son mari, son petit frère mort si jeune, la fratrie de son père et de ma grand-mère, la guerre, l’après-guerre, toutes nos « histoires de famille » se confondant avec l’autre, la Grande Histoire…
« Je ris merveilleusement avec toi. Voilà la chance unique. », disait René Char. Nous avons ri, aussi, comme des collégiennes, toutes excitées par ces retrouvailles, sans même toucher au bon vin italien du petit restaurant où la patronne est venue plusieurs fois écouter nos délires, toute contente pour nous.
Et puis nous nous sommes quittées en nous promettant, cette fois, de ne plus perdre le contact, parce que soudain il nous apparaissait capital de ne pas s’oublier à nouveau, de nous souvenir de cet héritage mémoriel qui revenait à nous comme une surprise inespérée.
Parce qu’un cousin, c’est cette improbable magie qui à la fois nous ancre dans l’enfance et peut, comme un cordage de navire, voguer avec nous contre vents et marées, tout en nous laissant libre comme le vent. Nous ne nous devons rien, dénués de toute contrainte, de toute vassalité parentale ou filiale, mais nous savons aussi que nous pouvons à tout moment faire acte de parentèle, retrouver l’union sacrée de ce terreau familial qui nous fonde et nous porte.
Loin des rivalités fréquentes qu’entraîne le lien fraternel, le cousinage devient ainsi alliance éternelle, comme une amitié dont on sait qu’elle durera toujours, plus solide qu’un amour, pérenne car dénuée d’enjeu, et, surtout, liée au substrat générationnel qui, quelque part, a créé en nous ces invisibles fils d’Ariane qui nous renvoient non seulement vers l’enfance, mais sans doute aussi vers ce que les psychogénéalogistes qualifient d’empreinte mémorielle…
Lorsque j’étais enfant, j’ai amèrement regretté de n’avoir que des cousins germains beaucoup plus petits que moi. Je trouvais injuste d’avoir une dizaine d’années de plus que les fils de mon oncle allemand, deux petits diablotins élevés de façon « anti-autoritaire » (souvenir ému de K. et D. qui faisaient ainsi leurs besoins à même la toile de tente et que leur mère, ma tante, ne grondait même pas !) ou que mes adorables cousines de Lyon, filles de la sœur de ma mère. (Vous ne rêvez pas, elle aussi avait épousé un Français, une vraie manie !)
Il a fallu attendre mes trente ans, mon divorce et de belles journées d’été pour que mes cousines, ayant grandi, m’accompagnent en vacances pour, le jour, baby-sitter mes fillettes et, la nuit, sortent en boîte avec leur grande cousine…Te souviens-tu, I., de cette nuit où nous rentrions du Lydia, ce grand paquebot échoué à Port-Barcarès, transformé en discothèque ? Nous avions dansé comme des folles, nous marchions dans l’eau qui clapotait sous la lune et parlions de ton avenir…J’ai aussi en mémoire la visite de C. à Clermont-Ferrand, son sourire de Madonne…Et puis ces vacances ratées à Biarritz avec la belle E., qui fut cette année-là aussi capricieuse que l’océan…Nous nous voyons rarement, hélas, aujourd’hui, notre cousinage s’abrite derrière un simple « réseau social », et je déplore ce manque de temps et la distance qui grignote notre mémoire familiale…
Quant à mes cousins allemands, eux-aussi avaient fini par grandir. K. a même été l’un des piliers d’un mémorable réveillon dans notre maison nichée dans la campagne tarnaise, son regard bleu azur ne se voilant que pour un mini coma éthylique. Toutes les cousines que nous étions, d’ailleurs, craquions pour sa fossette, et pour son corps d’athlète.
C’est dans cette même maison de famille que je rencontrais, chaque été, mes chères cousines « au deuxième degré » (je précise pour mon fils, qui rame complètement dans ces termes que notre époque propice aux familles monoparentales et réduites à la portion congrue ignore, que ce sont les filles d’un cousin germain de mon père : leurs papas étaient deux frères, issus des « Aussenac du Payssel », une fratrie de …neuf enfants !)
Je guettais l’arrivée de F. et S. en brûlant d’impatience. Elles arrivaient de Bordeaux avec une voiture pleine à craquer et Titus, le chat. Leur famille possédait un cabanon au bord d’une rivière, non loin de notre maison, mais j’ai le souvenir que souvent, nous passions des journées et des nuits ensemble, dans ce paradis aux couleurs des étés. Souvent, quatre garçons dans le vent venaient compléter la joyeuse troupe : JL., B., D. et F. , fils de la sœur du père de mes cousines, débarquaient avec leur accent du midi à couper au couteau, et nous poussaient à faire les 400 coups…
À nous les longues journées emplies de grillons que nous « tuttions » et de mûres dont le jus nous barbouillait le visage, quand les ronces griffaient nos jambes nues lorsque nous partions escalader quelques roches…Nous partions en tongues traverser le ruisseau, nous allions chercher le lait en ces temps bénis où l’on laissait les enfants faire plusieurs kilomètres sur des départementales désertes sans craindre qu’ils ne soient dépecés ; le soir, nos parents veillaient très tard, et sous la nuit très étoilée, à la lumière des lampes à pétrole, ils parlaient de politique et d’amour.
Puis nous nous couchions dans « La cabane », l’annexe de la maison, sur des lits de camps inconfortables, mais qui étaient prétexte à la nouvelle aventure de ces nuits interminables où nous nous chuchotions des secrets. Au matin, M., la maman de mes cousines, déjeunait de pain grillé avant d’aller lire Elle, alors que notre mère à nous écossait des haricots, et je la trouvais terriblement belle dans cette nonchalance estivale.
Les jours de pluie, nous restions à l’intérieur et nous écoutions des disques sur l’électrophone. Il y avait Richard Anthony et son train, Bécaud et sa Nathalie, et puis nos pères faisaient du feu, et il était extrêmement doux de s’ennuyer. S., surnommée « la puce », faisait rire tout le monde de ses pitreries.
J’enviais aussi la complicité de mes cousines, le rapport sain et naturel qu’elles avaient avec leur corps, moi, la « grosse », toujours engoncée dans mon surpoids et mes complexes…Les jours où nous partions à la rivière, elles étaient sympas, elles ne se moquaient pas de mes maladresses, quand nous courions dans les hautes herbes et les joncs, en méduses, pour aller plonger dans l’eau glacée où filaient des anguilles.
Un jour, nous avons grandi. F. et moi étions, je crois, un peu amoureuses de JL., le plus grand des cousins, déjà au lycée…Je revois encore son magnifique sourire quand il nous racontait ses exploits. Mes cousines, hélas, ont peu à peu préféré des horizons nouveaux. L’océan leur a tendu les bras, elles ont passé leurs vacances non loin des Sables, en Vendée, dans une autre demeure de famille, et nos liens, peu à peu, se sont distendus…
Aujourd’hui, nous ne voyons plus…qu’aux enterrements…C’est lors d’une bien triste cérémonie que j’ai repris contact avec JL., il y a maintenant une vingtaine d’années, et nous savons tous les deux que nous pouvons compter l’un sur l’autre. Il est « mon cousin de cœur », presqu’un frère, mais un peu plus, aussi…Un homme que je peux serrer dans mes bras, avec lequel je peux marcher en bord de Garonne, auquel je pourrais chuchoter des secrets, comme quand nous étions enfants. Un de ses frères est déjà parti au paradis, et c’est un morceau de notre enfance qui a disparu, abruptement, injustement…
Avec F., nous nous sommes promis de ne pas attendre le prochain enterrement pour nous revoir ! Elle est superbe, une magnifique quinqua. Elle a gardé ce regard malicieux et cette voix un peu rauque, cet humour décapant et cette sensibilité qui, lorsque nous étions petites, me fascinaient déjà.
Nous aurons toujours dix ans, vingt ans. À chacune de nos rencontres, nous verrons certes la vie qui défile, merveilleuse et impitoyable, mais aussi ces années où nous étions innocentes et gaies, partageant l’espérance de nos lendemains.
Je lui dédie ce texte : bon anniversaire, ma cousine !!!!
Ils sont venus tuer les pierres, lapider les morts de leur bêtise crasse.
Ils ont griffé la terre de leurs doigts ignorants, fossoyeurs de l’immonde, dépeçant le silence.
Tels des vautours affamés, ils ont conspué l’Éternité, crevant les yeux du granit, éventrant le sein des marbres : charognards de l’Indicible.
Qu’on ne vienne pas me parler de leur jeunesse, de leur innocence, de leur maladresse. Seraient-ils simples d’esprit qu’ils auraient pu voir la différence entre un cimetière « catholique », avec ses grands caveaux, ses cyprès, ses lourdes croix rouillées, et ce cimetière juif, dont les pierres taisantes dormaient, ornées simplement de quelques étoiles, envahies par l’oubli des errements des hommes.
Certes, profaner un cimetière chrétien aurait été tout aussi atroce, répréhensible, odieux. Détrousser les cadavres de leurs ultimes honneurs, dépouiller les victimes du dernier rempart de leur humanité, voilà qui insulte à la fois l’Humain et le Divin, en un acte sacrilège qui défie la raison.
Mais profaner un cimetière juif, à quelques heures d’un nouvel attentat antisémite commis sous le regard de bronze de la « petite sirène », alors que des badauds se pressent, sans être arrêtés, pour fleurir le lieu où le terroriste a été abattu par la police danoise, quand la France pleure encore les victimes de l’Hyper Cascher, est inexcusable.
Même pour des mineurs.
Qui sont ces ados ? Ont-ils ri, en écoutant les pitoyables vomissures du prétendu humoriste, visionnant quelque vidéo où le massacre de millions de juifs est repris en chansons ? Ont-ils « kiffé » les derniers faits de guerre des barbares islamofachistes qui coupent des têtes comme on moissonnerait un champ ?
Que faire de ces ados ? Leur montrer des documentaires de la Shoah ? Leur faire lire Primo Lévi, Simone Veil ? Les emmener à Auschwitz ?
Comment leur cerveau a-t-il pu, en France, en 2015, alors que l’école est obligatoire jusqu’à seize ans, alors qu’on étudie l’Holocauste et le nazisme en classe de troisième, et les différentes religions monothéistes en classe de sixième et de cinquième, être assez poreux pour ignorer le massacre de millions d’êtres humains qu’ils sont venus, de leur abjecte intention, de leur actes barbares, assassiner une nouvelle fois ?
Il me semble, encore une fois, que l’école est en grande partie responsable de ce manque de culture générale. Quelque part, la France, la République et l’Éducation Nationale ont failli. Laissant des adolescents aller plus encore que dans le caillassage de voiture de flics, dans le deal ou dans la simple délinquance. Laissant des jeunes commettre un crime contre l’humanité. On nous a assez répété, ces derniers temps, cette magnifique phrase du Coran qui dit que quand un homme tue son prochain, c’est comme s’il tuait toute l’humanité…
Profaner un cimetière juif, c’est, là aussi, commettre à nouveau tous les massacres, tous les pogroms, toute l’horreur de la barbarie nazie.
Nous sommes tous responsables de cet état de fait. Non seulement parce que nous ne sommes pas descendus dans la rue en scandant « Je suis Myriam » après les meurtres commis à Toulouse, comme l’a justement dit Marceline Loridan-Ivens…Mais aussi parce que nous avons laissé le conflit israélo-palestinien s’installer dans nos banlieues, et surtout parce qu’à force de vouloir instaurer de façon sacro-sainte la loi sur la laïcité, l’école s’est rendue coupable d’un déni de judaïsme.
Je m’explique : voilà trente ans que j’enseigne l’allemand, et que, comme certains de mes collègues, je me sens moi aussi investie d’un certain « devoir de mémoire ». (Tous les profs d’allemand ne partagent pas ce point de vue, certains prétendant que « cette période » n’est pas assez glorieuse pour la langue de Goethe, préférant les déclinaisons et les textes sur l’écologie aux poèmes de Brecht, mais j’ai connu quelques germanistes qui n’hésitaient pas à parler du nazisme-lequel est d’ailleurs très légitimement évoqué dans nos programmes de lycée …)
J’adapte donc mes cours en fonction de mon public, faisant faire des exposés sur Anne Frank au collège, étudiant au lycée des poèmes de Brecht…- j’ai même une année fait écrire des « Lettres de Guy Môquet » en collège de ZEP, recevant d’émouvantes épîtres…J’ai pu remarquer que la plupart des élèves, que ce soit dans des collèges de grandes villes ou en rase campagne, ne connaissent PRESQUE RIEN au judaïsme !
Sur une classe, à peine un ou deux élèves lèvent le doigt pour répondre, et, souvent, leurs connaissances sont extrêmement limitées. Certes, c’est, de nos jours, le cas pour la plupart des religions…De toutes façons, vous aurez toujours un élève qui dira « On n’a pas le droit de parler de religion à l’école », preuve on ne peut plus évidente que la loi sur la laïcité est déjà totalement dévoyée de sa mission première… « Ils » sont quasi ignares, ne sachant presque rien des terminologies, rites, récits, mais cette ignorance-là est la même que celle qui concerne la littérature, les sciences, la géographie… ( Ce ne sera pas mon propos de ce jour, mais j’ai vu un élève de terminale ne pas connaître le nom d’Hiroshima, des élèves de collège n’avoir « jamais lu de livres », etc…)
Comment s’étonner ? Comment s’étonner que, chaque année, depuis 1984, année d’obtention de mon CAPES, je sois obligée d’expliquer encore et encore, et même en terminale, non seulement quelques termes simples concernant le judaïsme, mais, surtout, quelle a été l’histoire du peuple juif ? Oh, ne vous inquiétez pas, je ne suis ni juive, ni historienne, et je ne pars pas sur la fuite des Hébreux, ni même sur le Shabbat ! Non, je tente simplement de parler rapidement de cette histoire doublement millénaire où les juifs ont été parqués dans des ghettos, assassinés dans des pogroms, chassés, exterminés, avant de terminer dans la Solution Finale des Camps. Je tente de dire l’antisémitisme. Tout simplement. Et j’affine toujours un peu mes propos en expliquant la différence entre un génocide et un massacre, quand – il y en a toujours un par classe qui va évoquer Gaza…- je parle de la particularité ABSOLUE de la Shoah…
Et je pose la question aujourd’hui, à l’heure où notre Ministre a promis de former 1000 enseignants sur la laïcité, qui eux-mêmes formeront leurs collègues : comment la « Question Juive » sera-t-elle traitée désormais à l’Éducation Nationale, du primaire à la terminale?
Qu’on ne vienne pas me parler des massacres de la Saint-Barthélemy. Rien n’est comparable avec la Shoah. Qu’on ne vienne même pas me parler de Daesh. Les profanations de cimetières juifs se multiplient depuis des années, en France, tout comme des milliers d’autres actes clairement antisémites…
Je veux savoir comment seront ENFIN abordés, auprès de nos élèves, dignement, sciemment, systématiquement, avec délicatesse mais insistance, avec doigté mais avec clarté, les problèmes liés à l’antisémitisme EN FRANCE. Forcément, il faudra que l’histoire du peuple juif soit abordée, dans son éclairage unique. Et même dans les établissements où personne n’est Charlie.
Car nous faisons face, dans les programmes, à un vide intersidéral entre l’histoire des Hébreux –classe de sixième :
et le cours souvent unique –les programmes sont lourds !- que nos élèves auront ensuite en troisième sur l’extermination du peuple juif par le régime d’Hitler. Le reste…n’existe pas ! Certes, on peut revenir sur l’antisémitisme en éducation civique, ou à l’occasion des commémorations comme le 8 mai –mais…mes chers collègues, à gauche toute pour la plupart, c’est statistique, ne sont pas très « branchés commémorations », souvenons-nous par exemple du tollé qu’avait provoqué Nicolas Sarkozy avec cette fameuse lettre de Guy Môquet…
Bien sûr, j’exagère. Il y a quelques actions ciblées, comme le magnifique programme du Concours de la Résistance et de la Déportation :
( Et j’engage tous les collègues d’histoire à faire visionner à leurs élèves le superbe film « Les héritiers », où Ariane Ascaride incarne une enseignante qui va faire participer une classe de banlieue à ce concours, modifiant définitivement la vision de ces élèves sur le monde et sur…les juifs ! )
Mais cela ne suffit plus. Nous devons réfléchir à d’autres enseignements.
Je ne suis pas juive. Je ne suis jamais allée à Auschwitz. Aucun ami juif ne m’a jamais conviée à partager Shabbat. Je suis fonctionnaire française, républicaine, et j’enseigne dans des établissements laïcs. Mais je me refuse à accepter plus longtemps que le déni de judaïsme entraîne des actes aussi immondes que celui de la profanation du cimetière de Sarre-Union.
Je me souviens de la liesse teutonne et de ce « Nous sommes le peuple », et j’ai aimé cela. L’Allemagne championne du monde, pacifiquement.
Je me souviens du sourire d’Hervé Gourdel. Et je refuse de me souvenir de celui de ses bourreaux.
Je me souviens de la tête baissée d’Oscar Pistorius.
Je me souviens du concert des lycéens de mon fils et des filles qui scandaient son prénom.
Je me souviens de mes hurlements de rire devant « Qu’est-ce-qu’on a fait au Bon Dieu ? »
Je me souviens des hurlements des proches des passagers de l’avion disparu de la Malaysian Airlines et de l’avion abattu en Ukraine.
Je me souviens du ridicule de ce scooter et de l’odeur rance de ces croissants. Et de « ce moment ».
Je me souviens de Oh Capitaine, mon Capitaine, et de mon émotion.
Je me souviens de Udo Jürgens, fringuant et attachant au soir de ses 80 ans, avant de disparaître quelques semaines plus tard.
Je me souviens du mot Zadiste et de ma colère devant la récupération des idéaux de certains, jusqu’à la mort de Rémy.
Je me souviens des dizaines de femmes mortes cette année sous les coups de leur compagnon, et de tous ces enfants tués aussi. Je me souviens de cet élève de mon collège, abattu d’une balle de gros calibre par son père, durant la pause déjeuner.
Je me souviens des yeux brillants de Malala qui recevait son Prix.
Je me souviens de ce premier paiement de la pension alimentaire attendue depuis 4 ans.
Je me souviens de Dieudonné, de ma colère et de sa connerie.
Je me souviens de mon premier prix à ce concours de nouvelles.
Je me souviens des sourires de mes petits sixièmes et de leur première chanson en allemand.
Je me souviens de notre inquiétude pour Schumi.
Je me souviens de ma propre chute fin août, et des apprentis plombiers qui m’ont secourue avec une échelle par la fenêtre. Cette fois j’avais mis les mains, je ne m’étais pas cassé le nez.
Je me souviens du dîner du CRIF et de ma rencontre avec Latifa, Manuel, Arié.
Je me souviens du tweet de Bernard Pivot et du coup de fil de Pierre Santini.
Je me souviens des épisodes de Fais pas ci fais pas ça, Profilages, Alice Nevers…
Je me souviens que je suis montée à Lutèce et que j’ai marché sur les traces d’Alice Nevers. Je me comprends. Et je me souviens de mon sourire il y a quelques jours, en apprenant que…
Je me souviens de ma découverte des polars scandinaves.
Je me souviens de cette promenade dans Cordes sur Ciel presque déserte, et du Musée du Catharisme.
Je me souviens du Violon d’Ingres à Montauban, et des enfants courant nus dans le miroir d’eau du Capitole.
Je me souviens de mon oncle octogénaire expliquant la Résistance à mon fils, et je me souviens de la commémoration de Toulouse, la Résistante.
Je me souviens des ricanements de certains élèves regardant le Journal d’Anne Frank.
Je me souviens des cohortes de réfugiés syriens et des centaines de migrants morts en Mare Nostrum.
Je me souviens de mon invitation au Printemps des Poètes en Guadeloupe.
Je me souviens des mains de David Lively au festival de Piano aux Jacobins.
Je me souviens de 2014 et je vous souhaite un an neuf lumineux et tendre, impétueux et engagé, apaisé et serein.
« Ich will alles sein, nur niemals brav und bieder, bis ans Ende meiner Lieder »: Je veux être tout, mais jamais sage ni bourgeoisement ennuyeux, jusqu’au bout de mes chants »
Bien sûr, ce soir, nous avons appris le départ de Joe Cocker. Et il y en aurait tant, des rivières à traverser, et des amis à aider, et des chanteurs à pleurer…
Mais je viens vous parler d’un autre « vieux chanteur », en ces périodes un peu étranges où certains font de tonitruants come back en montant sur scène ou en sortant des albums comme si les années n’avaient pas de prise sur leurs voix éternelles – comme notre icône Johnny, comme nos chers Stones, comme ce bon vieux Leonard qui languit toujours sa Suzanne…- quand d’autres bataillent pour survivre, comme mon si cher Michel Delpech, qui a arpenté les plateaux télé avec sa voix éraillée et son cancer en bandoulière, qui dispute à sa foi nouvelle ce retour discret et si bouleversant…
Hier, c’est Udo qui est parti, Udo Jürgens. Oui, je sais, ce nom ne vous dit peut-être pas grand-chose, amis lecteurs, qui de la variété allemande connaissez tout au plus Camillo et son « Sag warum » – si vous êtes de la génération Camping des Flots Bleus-bettitte hallemande draguée dans les Tunes de zable…- ou Nena et ses « 99 Luftballons » – si vous êtes de la génération 80, la dernière ayant connu des classes d’allemand normales, avec plus d’élèves que de professeurs…
Mais si, souvenez-vous…Il en avait, de l’endurance, notre Udo, qui s’y est pris à trois fois pour remporter, en représentant l’Autriche, le concours de l’Eurovision, avant de tirer le gros lot avec l’inénarrable Merci, chérie, en 1966…
L’orchestre, toujours. Udo était symphonique. Il a su, au long de son immense carrière, attirer jusqu’à 220 000 spectateurs pour son concert de Vienne, en 1992, toujours lui-même au piano, éternel crooner nordique, son charisme à la Julio s’alliant à son internationalisme, puisque comme notre Grand Charles il a chanté avec les plus grands, en toutes les langues.
Mais surtout en allemand. Et c’est important de savoir que la « variété » occupe aussi une place importante outre-Rhin, avec de grands chanteurs à la carrière aussi internationale et puissante que nos Henri Salvador ou Charles Aznavour.
Udo avait soufflé tout récemment ses 80 bougies, en grandes pompes, sur la chaîne ZDF. Hélène Fischer avait repris le célèbre tube qui l’avait propulsé sur la scène internationale :
Je m’étais souvenue, en regardant l’émission, des disques écoutés sur le canapé de mes grands-parents allemands, et du sourire de mon grand-père en reprenant « Griechischer Wein », ce tube louant les métissages d’une Allemagne ayant enfin dépassé les années de plomb…( La chanson parle d’une belle soirée dans un restaurant grec…Et elle est d’une telle portée symbolique en ces heures noires où « PEGIDA », le mouvement populiste, proche du FN, est en train d’envahir l’outre-Rhin en écho à la terrible peste brune…)
Un bar enfumé, quelque part dans le vieux Toulouse.
Nous sommes en mai…
« Encore un printemps de passé, je me souviens de ce qu’il y eut de tendre »…
Véronique et moi sommes assises en face l’une de l’autre, un peu jeunes encore, agnelles presque effarouchées devant tous ces loups de la nuit toulousaine, perdues au milieu du bruit et de la fumée…Téléphone hurle dans l’hygiaphone, nous découvrons les « tapas » et faisons semblant d’aimer ce drink obligé qu’est la vodka orange. Nos amis de la clique des « bagnérais » en sont à leur troisième tournée, les blagues se font lourdes…
Je suis atrocement triste. D’un côté de la table, Pierre. Je viens de le rencontrer, je ne sais pas encore qu’il va devenir mon premier mari et le père de mes deux princesses. J’ai à peine dix-huit ans. Nous sommes sur le point de « sortir ensemble »…Nous sommes tombés doucement amoureux, au hasard d’une colocation, j’aime ses cheveux d’ange et ses grands yeux mordorés, et il craque sur mon look d’étudiante rebelle- longues robes indiennes, patchouli, et même Birkenstocks, bien avant Madonna !-
De l’autre côté de la table, Joshua, Josh, mon bel amant américain…Enfin, amant est un grand mot ! A l’époque, mes amoureux avaient droit à quelques furtives étreintes, à un petting genre banquette arrière de Chevrolet, et dormaient sur le tapis, au pied de mon lit de virginale hypokhâgneuse.
Josh venait de Dartmouth, je l’avais abordé en pleine rue. Juif bouddhiste, il jouait divinement du saxo, pratiquait la méditation transcendantale et citait Rimbaud et Heine dans le texte. Vers Noël, nous avions métissé nos désirs et j’avais goûté à ses charmes Californiens, me rêvant à Big Sur et me sentant prête à partir pour Ellis Island…Josh était incroyablement tendre et respectueux, je peux encore sentir la douceur de sa main se posant, telle une plume, sur la mienne…
Il était parti outre-Rhin, et, Pénélope volage, je n’avais pas su l’attendre…En fait, j’avais si peur de son « autre » départ, de son retour aux USA, que je m’étais réfugiée dans la banale certitude d’un amour intra muros, aux couleurs de brique rose…
Ai-je senti, ce soir-là, que mon destin basculait ? Que j’étais en train de choisir entre le Pacifique et Mare Nostrum, entre les communautés bohèmes de Greenwich Village et un lotissement en banlieue Toulousaine, entre les Rocheuses et la douceur du Lauragais ? Ai-je aussi pressenti que, sous le vent, quel que soit mon choix, ma vie ne serait qu’ouragans et naufrages ? Car je divorcerais, après 12 ans d’une union difficile, et Josh s’est ôté la vie quelques années plus tard, seul et épouvanté…
Toujours est-il que, soudain, quand Jimmy Cliff s’est mis à chanter de sa belle voix rocailleuse ses « many rivers to cross », ce sont des torrents de larmes qui ont jailli de mes yeux, à brûle pourpoint et sans raison apparente…J’avais dix-huit ans et je descendais soudain des fleuves impassibles, je plongeais dans l’eau froide des chalands et je voyais, comme Ophélie, l’infini terrible effarer mon innocence et casser mes espoirs…
Je me souviens de mes larmes, de Véro qui pleurait aussi, de nos sourires tout embrumés. Je me souviens de Véro qui m’a pris la main et l’a caressée doucement, sous les rires glauques et vulgaires des bagnérais. Je me souviens du regard lointain de Pierre, qui ne comprenait pas grand- chose, et, surtout, du regard intensément bleu de Josh, qui ne me quittait plus, de son sourire, de notre souffrance et de sa dignité, car il avait compris qu’il repartirait seul outre-Atlantique.
Grandir, c’est apprendre à choisir. Ce soir-là, j’ai préféré l’autoroute balisée au sentier de traverse, j’ai choisi la banalité alors que l’infini me tendait les bras…Ce soir-là, j’ai traversé seule la rivière, refusant la main de Josh, qui pourtant me tendait la vie, la vraie.
Dimanche, ce sera le premier dimanche de l’Avent: en effet, en Allemagne et dans les pays de langue allemande, on est déjà dans l’atmosphère de Noël, la fête la plus importante de l’année, dès ce jour-là. On fabrique une couronne en sapin, ornée de quatre bougies qui seront allumées une à une, chaque dimanche, jusqu’à Noël:
Le 6 décembre, on fêtera aussi la célèbre « Saint-Nicolas »! Les enfants mettront leurs chaussures devant la porte de leur chambre, et, s’ils ont été sages, ils recevront des sucreries et des cadeaux. Attention, ce n’est pas comme en Belgique, où l’on célèbre Noël par anticipation ce 6 décembre; mais c’est une tradition importante, et parfois, même, les enfants recevront une petite surprise tous les matins…http://gfvimoutiers.pagesperso-orange.fr/Coutumes/noel.de/nikolaus.html
Mais…ce n’est pas tout! Les enfants allemands adorent aussi ouvrir les petites fenêtres de leur Calendrier de l’Avent: der Adventskalender. Ainsi, chaque matin, on ouvre une petite fenêtre derrière laquelle se cache un chocolat!
Nous partagerons bien sûr cette ambiance festive au collège! Je vous ai déjà acheté quatre calendriers, un par classe, et, dès lundi, nous terminerons chaque cours (si vous avez « été sages »!!) par un quizz; et les chocolats seront distribués…Attention, si la classe a un comportement dérangeant… le chocolat du jour sera offert…à un professeur !
Les thèmes des quizz:
– En troisième: savoir donner des noms de pays en allemand
– En quatrième: trouver des villes allemandes
– en cinquième: trouver des noms d’animaux, d’arbres, de fleurs
– en sixième, puisque vous l’avez appris avec notre assistante, les aliments!
Nous préparerons aussi une petite fête de fin d’année -une par classe!- mais attention, seulement si VOUS apportez des pâtisseries de Noël faites maison, les fameux « Plätzchen »!
Je vous donnerai bientôt de délicieuses recettes! Comme:
Enfin, pourquoi ne décorerions-nous pas notre belle salle , déjà enrichie par vos exposés, de quelques touches de couleurs, avec des guirlandes, ou même une couronne d’Avent?
Pour terminer, je vous signale que vous trouvez, de nos jours, des sucreries de Noël allemandes dans de nombreux magasins, comme le « Marzipan » -pâte d’amandes entourée de chocolat-ou le « Stollen », (le gâteau de Noël), ou comme des pains d’épices. Vous en trouverez à très bon prix dans la chaîne de magasins LIDL-d’origine allemande- mais aussi d’excellente qualité dans la boutique « Heimat », à Toulouse, qui offre, dans un très joli cadre familial, de superbes choix de gâteries de Noël, en plus de toutes les denrées en provenance d’outre-Rhin!
Déjà à l’époque, je me sentais comme derrière un rideau de fer.
Car Berlin était bien the place to be…
Mais moi, toute jeune professeur d’allemand, j’étais bloquée, enceinte jusqu’aux dents, en Auvergne, dans Clermont la Noire, avec ma princesse de quatre ans et mon cher et tendre number one, lequel était cheminot, et avant tout syndicaliste. D’ultra-gauche, il aurait fait passer Mélanchon pour un membre de l’UMP ; je vivais sous une dictature des idées qui aurait fait pâlir Pol Pot : je n’avais même pas le droit de posséder un téléviseur, car de tels objets sataniques faisaient bien sûr partie de la société de consommation et du Grand Capital abhorré…
Parfois, je fuguais en douce, ma fille sous le bras, pour regarder Miami Vice chez les voisins, en rêvant d’un repas au Mac Do, avant de rentrer éplucher les légumes de notre potager…
Le jour où l’Histoire bascula, j’étais couchée, malade, mon petit transistor collé à l’oreille. Je me souviens avec précision de ma joie et de mes larmes.
Ma joie en pensant très fort à Iris, ma correspondante allemande; des années durant, nous nous étions écrit et avions échangé pensées, coups de cœur et cadeaux…Je revoyais son visage radieux et les petites figurines en bois tourné fabriquées dans le Erzgebirge, ce massif montagneux où elle passait ses vacances ou partait en camp de « pionniers », qu’elle m’envoyait depuis la RDA, depuis Dresde…En échange, je lui avais offert son premier jean, et puis tous ces vinyles des Stones, de Abba…Nous avions, jeunes adolescentes, rêvé en vain notre improbable rencontre…
Mes larmes, car en tant qu’enfant de l’Europe, j’aurais tellement en être, de cette fête autour de la Chute du Mur…Entre une mère de Rhénanie et un père né dans le Tarn, j’avais toujours navigué entre les forêts de sapins enneigés et d’immenses champs de tournesols, entre Heine et Hugo, Renoir et Klimt…J’avais quelques années auparavant rédigé mon mémoire de maîtrise sur « La révolte de la jeunesse en RFA », y évoquant les premiers mouvements alternatifs, les squats, la naissance du mouvement écolo, et j’eusse tant aimé, en cette semaine de 1989, moi aussi, devenir « le peuple »…
Mais non. Même les images de ce bouleversement du monde m’étaient refusées, et ce n’est que de loin que je les pressentis, en ce jour où le mur tomba : l’allégresse et la joie, qui se mêlaient en ce ciel enfin réunifié et qui m’atteignaient jusqu’au au fin de ma solitude.
Lorsque retentirent les premières notes du violoncelle de « Rostro », je pleurai si fort que ma deuxième fille faillit venir au monde…
Oui, déjà à l’époque, ce sentiment de non appartenance à la marche du monde m’étreignit. J’aurais tant aimé festoyer de concert avec ce peuple réunifié, escalader le Mur, offrir des bananes, j’aurais tant aimé jouer un infime rôle d’actrice, ou au moins de figurante, dans cette superproduction de l’Histoire…
Aujourd’hui, alors qu’un même peuple commémore les vingt-cinq ans de la Chute du Mur, un même sentiment d’impuissance m’envahit.
On m’a volé le Mur de Berlin.
Alors même qu’une ville entière s’est parée de lumières pour retracer le parcours du Mur de la Honte, alors même que la Chancelière a magnifiquement parlé de ce que peut faire un peuple, dès lors qu’il en a la volonté, je ne peux m’empêcher de penser à la gigantesque supercherie qu’est devenu l’enseignement de l’allemand en France…
Certes, dans certaines académies, comme en Alsace ou à Versailles, le dynamisme est intact. Mais partout ailleurs, dans tout l’hexagone, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Alors que les partenariats entre nos deux pays sont plus vivaces que jamais, que ce soit sur le plan économique, culturel ou sociologique, nos effectifs ont fondu comme neige au soleil, et les « postes fixes » se comptent sur les doigts d’une main. D’innombrables enseignants se retrouvent dans des situations de remplacements pérennes, souvent des années durant, faisant même d’épuisants trajets entre plusieurs établissements. Tenez, dans l’académie de Toulouse, nous accueillons cette année 27 stagiaires, alors qu’il est plus qu’évident que notre discipline est excédentaire…Ils ont pris les rares postes disponibles, avant d’être envoyés vers d’autres cieux où, gageons-le, on n’aura pas vraiment besoin d’eux, non plus…
Je ne reviendrai pas sur le pourquoi du comment, je me suis suffisamment exprimée à ce sujet dans d’autres tribunes, et ne sais toujours pas qui, de l’œuf ou de la poule, est responsable de cet état de fait.
Cette année encore, lors d’un magnifique repas collégial autour d’un échange (croyez-le ou non, le premier échange rencontré dans un établissement depuis une dizaines d’années, mais porté à bout de bras par des équipes administratives, en raison du turn over permanent des enseignants…), « on » m’a lancé au visage que « les professeurs d’allemand se sont coupés l’herbe sous le pied », entendez que nous, les professeurs, serions responsables de la « mort de notre discipline », de par une politique élitiste, des manuels poussiéreux…
Balivernes que tout cela. Voilà belle lurette que l’apprentissage de l’allemand n’est plus réservé aux « bonnes classes », en raison du collège unique et des cartes scolaires éclatées (j’ai par exemple souvent fait des remplacements en banlieue) ; nos méthodes sont innovantes, calquées sur les nouveaux programmes, tout aussi ludiques et performantes que celles des anglicistes ou hispanisants, même si, je vous l’accorde, la montée d’Hitler au pouvoir ou les déclinaisons font moins rêver que Mandela ou une chanson de Lady Gaga…
Non, il y a bien quelque chose de pourri au royaume du franco-allemand, et c’est dans le cadre de l’enseignement que ce malaise transparaît le plus ouvertement, malgré l’engouement de nos publicitaires pour « DAS Auto » et les coupes du monde remportées, malgré l’apitoiement autour de ce pauvre Schumi et les festivités autour de ce jubilée berlinois.
Parce qu’il faudra un jour qu’on m’explique le silence radio des inspecteurs du primaire devant des départements entiers sans une seule classe offrant la possibilité de débuter l’allemand (je pense au Gers où j’ai vécu sept ans, mais c’est le cas dans d’innombrables coins de France…), ou celui de nos décideurs dans les arcanes de l’EN, là où « on » a décidé depuis longtemps le primat de l’anglais et l’abandon de l’allemand comme première langue, se réfugiant un temps derrière de rares « bilangues » faisant débuter deux langues aux enfants, leur ôtant par là-même la possibilité de décider que l’allemand, et pas une autre langue, serait LEUR véritable PREMIÈRE langue…
Pourtant, les chiffres sont là, parlants, et je vous renvoie au superbe portail du Deutschmobil :
Je pourrais aussi vous parler des recruteurs qui favorisent les candidats germanistes, des fabuleuses possibilités d’embauche non seulement outre-Rhin, mais en …Suisse, où les employeurs recherchent des personnes maîtrisant la langue de Goethe, ou en Autriche, voire même en …Belgique, dont l’allemand est la troisième langue officielle…
Mais le problème dépasse largement le cadre de l’éducation nationale. Ce soir, à l’heure où j’écris ce texte, les deux JT viennent de lancer leurs titres. Aucune des grandes chaînes ne diffuse d’émission spéciale, et la commémoration allemande n’apparaît qu’en troisième ou quatrième position…Il y aura bien un petit direct, mais rien de plus, et TF1 poussera le vice jusqu’à mettre aussi un titre sur le 11 novembre. Une fois de plus, à l’heure où nous devrions penser et agir en Européens, en France, nous nous réfugions derrière le chant du coq et nos frilosités ancestrales…
Tout le monde le sait, il y a encore, et bien souvent, des rivalités, des rancœurs qui ont la peau dure…Dans son superbe blog, Grégory Dufour évoque ici la germanophobie :
Bref, je ne vais pas crier haro sur le baudet envers de pauvres parents d’élèves qui, de toutes façons, baignent depuis leur propre enfance dans un environnement où l’Allemand est celui qui tient le lance-flammes et brûle la belle Romy dans le Vieux Fusil –version hard- ou, dans le meilleur des cas,-version soft- donne des ordres en gesticulant et hurlant dans La Grande Vadrouille, qui passe au moins une fois par an à la télévision, et où l’allemand est donc une langue éructée et tonitruante, qu’ils estiment difficile, et qu’ils vont épargner à leur enfants…
Ce soir, Berlin est en liesse, et la France s’en fout.
On m’a volé, une fois de plus, le Mur de Berlin.
(Cette tribune s’inspire en partie d’un texte écrit en 2009 et retravaillé ici :
Imaginez toute une ville réunie autour de la poésie, d’un évêché, et d’un projet.
Peu probable en notre république laïque, férue de sa sacro-sainte séparation de l’Église et de l’État, très occupée actuellement à régenter les voiles et autres cantines hallal, et toujours prête à d’interminables querelles…de clochers.
Chez nos voisins d’outre-Rhin, tout est différent. Et c’est bien en partenariat avec l’évêché de la ville de Hildesheim, non loin de Hanovre, que c’est concrétisé le quatrième concours de poésie de la ville, le Hildesheimer Lyrik-Wettbewerb 2014, qui a réuni 1200 participants du monde entier, puisque les auteurs ont écrit, en allemand, depuis les USA, le Brésil, la Hongrie…, dont le plus jeune a 6 ans, et le doyen 88 !
Il suffisait de s’inscrire sur un forum et de poster un texte, et ce ne sont pas moins de 80 000 « clics » qui ont fait de cette manifestation un véritable portail de la poésie, en démontrant une fois de plus l’actualité, la modernité et la nécessité.
Certes, ici, nous avons le Printemps des Poètes. Mais avouons qu’en dehors de ces manifestations pré-estivales ponctuelles, qui plus est noyautées par un gouvernement central poétique aux lois d’airain (j’en suis par exemple exclue, le président, Monsieur Siméon, m’ayant écrit que ma poésie était « démodée, peu adaptée aux exigences actuelles… ») la poésie se terre dans ses petits souliers, réservée soit à des élites lisant des poètes morts publiés par de grandes maisons, soit à de poussiéreux concours rétribuant leurs lauréats en « médailles », alors que le peuple, pourtant, réclame à hauts cris, en plus du pain et du cirque, des vers ! Car en France aussi, les forums de poésie font florès, on s’y bouscule, s’y rencontre, s’y exprime, et ce hélas dans le plus grand silence médiatique et éditorial…
C’est pourquoi il me paraît important d’exposer cette belle initiative, qui a su mettre en avant la vitalité de la poésie, en acceptant sur ce forum d’expression toutes les formes, ne clivant pas ce concours en « forme classique » et autres « vers libres », donnant simplement, cette année encore, un thème de réflexion, qui était : « Was mir heilig ist », « Ce qui pour moi est sacré ». L’affiche du concours dénotait elle aussi d’une belle modernité, avec cette croix recouverte d’un billet de 50 euros et les mots « hab und sein » (avoir et être), tandis que se bousculaient pêle-mêle des photos du Dalaï Lama, de Jimmy Hendrix, d’un ballon de foot et…d’un postérieur féminin bien encadré par un mini short !
Car la poésie, c’est aussi le vivant. On écrit et on lit de la poésie depuis que le monde est monde, et rien n’est plus triste que notre époque qui l’a reléguée à cette place de sous-fifre littéraire, et que notre pays dont les ministres de l’éducation ont privé des enfants de « récitation » et dont les éditeurs ont privé les lecteurs de vers !
À Hildesheim, toute une ville a mis la main à la pâte. Les sponsors se sont bousculés, des mécènes privés aux différentes institutions, de la Sparkasse au Landkreis, et la brochure rassemblant les poètes lauréats est à présent distribuée gratuitement dans le réseau de bus, où circulent quotidiennement 50 000 passagers, tout en s’affichant dans les rues de la ville. La page web www.lyrik-bestenliste.de permet aussi de lire les poèmes primés par le jury et les 99 poèmes choisis par les lecteurs. Car que seraient la vie et le quotidien sans la poésie ?
« Les choses essentielles de la vie demeureraient imperceptibles- indicibles, s’il n’y avait pas la littérature, la poésie. Les poèmes peuvent consoler er adoucir, éveiller et donner courage. Un poème ne pose pas de frontières, ne vous coupe pas des autres, au contraire, il élargit l’horizon et ouvre une fenêtre vers un autre monde. », dit ainsi Jo Köhler, responsable du Vorstand des Forum-Literaturbüro.
(„Die wesentlichen Dinge des Lebens sind unfassbar- unsagbar, gäbe es nicht die Literatur, die Poesie. Gedichte können trösten und besänftigen, aufrütteln und Mut machen. Ein Gedicht tröstet nicht aus und ab, sondern weitet den Horizont und öffnet ein Fenster in eine andere Welt.“)
Vous retrouverez les membres du jury sur le site internet dédié, et je voudrais simplement traduire quelques vers parmi les poèmes retenus…Il n’est pas facile de traduire la poésie, je m’emploie donc modestement, tentant de mêler ma propre sensibilité poétique et mon bilinguisme. Je suis cependant persuadée que la poésie est aussi universelle que l’art, et qu’une langue étrangère peut émouvoir. Ainsi, hier soir, mon fils m’a fait découvrir un groupe de musique islandaise, et j’ai été bouleversée par la musicalité de ces paroles qui pourtant m’étaient totalement étrangères…
Voici donc en miscellanées de vers quelques extraits poétiques du concours de Hildesheim.
La double gagnante, porteuse du Grand Prix et aussi lauréate du vote des internautes, est Angelika Seithe, 69 ans, auteure et psychothérapeute de Wettenberg, Allemagne. Elle nous dit que l’écriture poétique fait partie de sa vie, « en tant que joie de la création, moyen de sublimation et source de jugement de valeurs »…
Ma préférence personnelle va je crois au texte de Dagmar Scherf, 72 ans, de Friedrichsdorf, en Allemagne. Elle nous apprend que la poésie est « son axe de vie. Expression et approfondissement de son être au monde »
Me touchent aussi beaucoup les „Augenblicke“ (les « Instants ») de Michael Starcke, 64 ans, de Bochum, en Allemagne, qui a reçu quelques prix littéraires et a autoédité ses textes. Ils me rappellent les « Instanti » de Borges…https://schabrieres.wordpress.com/2008/11/20/jorge-luis-borges-instants/
Je prendrai peut-être le temps de traduire d’autres poèmes, et de citer plus longuement les autres auteurs. Car je ne veux pas oublier Ingeborg Brenne-Markner, Uwe Müller, Raphaela Gentemann, Maja Loewe, Anna Diouf, Christa Issinger, Flora von Bistram, ni Lara Mensen, la benjamine, ni Marlene Wieland, la doyenne des lauréats, avec ses 81 printemps !
Une hirondelle aux douceurs de lavande attend ciel neuf.
L’arc-en-ciel fait claquer ses couleurs à travers le désert, une pluie de chants nouveaux abreuve la terre.
Jouer à colin-maillard dans le désastre des bonheurs perdus: viens, et trouve mes soleils.
Rouillé, l’air de notre amour étouffe devant la grille de la vie. Je le peins de couleurs bariolées, jusqu’à la résurrection.
J’entends ton coeur en larmes et te brode en tendresse angélique de nouvelles ailes pour la vie. Crois-moi: tu apprendras à voler.
Un été d’abricots attend devant la porte. Oh, comme le jour est juteux, et la nuit sucrée!
Chercher des étoiles en pays de déserts, et y trouver de l’eau. La source miroitante a un goût d’infinis, notre peur disparaît à la vitesse d’une comète.
(Ein Aprikosensommer wartet vor der Tür
Lavendelsanft wartet die Schwalbe auf einen neuen Himmel.
Der Regenbogen knallt seine Farben durch die Wüsten, es regnen neue Lieder auf die Erde.
Blinde Kuh spielen im Desaster der verlorenen Wonnen; komm und finde meine Sonnen.
Verrostet erstickt unsere Liebesluft am Gitter des Lebens. Ich male sie kunterbunt, bis zur Auferstehung.
Ich höre dein weinendes Herz und sticke engelssanft dir neue Flügel fürs Leben. Glaube mir: Du wirst fliegen lernen.
Ein Aprikosensommer wartet vor der Tür. Oh wie saftig der Tag, wie süss die Nacht!
Im Wüstenland Sterne suchen, und dabei Wasser finden. Die blizende Quelle schmeckt himmlisch, kometenhaft verschwindet unsere Angst.)