Cette beauté du monde: le Lehmbruck Museum de #Duisbourg #musées #Allemagne #francoallemand #art

Musée Lehmbruck, Duisbourg. © Sabine Aussenac

Duisbourg.

Plus grand port fluvial d’Europe, ville-monde au cœur du bassin de la Ruhr, cœur battant des hauts-fourneaux rougeoyants dans un air autrefois en permanence chargé de scories. Une ville ouvrière brassant des dizaines de nationalités, une ville qui a accueilli des générations de travailleurs immigrés et de familles venus de Turquie, d’Italie, des pays de l’est, avant de s’ouvrir à l’immense flot des réfugiés après le « Wir schaffen das ! » d’Angela Merkel. (« Nous y arriverons ! »)

Rives du Rhin, Duisbourg, © Sabine Aussenac

Lebensretter /Sauveur de vie

Grandes oiselles fuselées

filent, fantômes de l’enfance.

Fumées au loin, vestiges

d’une Ruhr en

renaissance verte.

Mon Rhin miroite comme

mer, étincelles mémoires des

hauts-fourneaux musées.

Lifesaver, sauveur de vie: sculpture de Niki de Saint Phalle sur la fontaine de la Königsstrasse (Lifesaver Brunnen) © Sabine Aussenac

Quand je raconte que je pars en vacances à Duisbourg, j’ai droit au mieux à un regard interrogateur – le Français lambda ayant une connaissance très réduite de la géographie outre-rhénane – au pire à des quolibets moquant une mégalopole autrefois synonyme de bassin minier et industriel, aujourd’hui qui plus est terre d’asile de milliers de migrants qui auraient fait de cette capitale de la sidérurgie une réplique des Quartiers Nord de Marseille…

Pourtant, la ville de mes grands-parents maternels, celle où j’ai passé tant d’étés merveilleux durant mon enfance binationale, a su se réinventer au gré des transitions écologiques en transcendant son passé sidérurgique, créant sur d’anciennes friches industrielles de fabuleux espaces paysagers, jouant la carte de l’accueil et de la culture. L’église Saint-Sauveur et l’hôtel de ville célèbre par son ascenseur Paternoster ont été reconstruits, une sculpture de Nicki de Saint-Phalle orne la fontaine du la rue piétonne…

Salvator Kirche

immuable, écho

au Paternoster

montant et descendant à

la mairie, marée d’une

Histoire apaisée.

Rires en cascades de

petits réfugiés devant

fontaine Lebensretter bariolée :

voyages en confluences, Nicki de

Saint-Phalle et Beaubourg sauveurs de vie.

Et c’est le Lehmbruck Museum, ce musée dédié à la sculpture, sis au centre de la cité à quelques encablures de la gare, qui symbolise le mieux la vitalité artistique et sociétale de Duisbourg et la transformation phénoménale d’une ville sombre, d’une ville où le charbon et l’industrie régnaient en maîtres, en une ville-lumière.

Duisbourg, scories en printemps.

Tes jardins-musées arcs-en-ciel

enfantent avenir.

Musée Lehmbruck, © Sabine Aussenac
Site internet du musée: https://lehmbruckmuseum.de/museum-english/history/architecture/

Il faut imaginer un grand cube de verre disposé aux confins d’un écrin de verdure, ses volumes aériens s’accordant parfaitement aux joyaux artistiques qu’il héberge. Car ses parois transparentes ouvrent l’espace des arts au tout venant, porte d’entrée vers le Beau, passerelle matricielle offrant au passant tous les trésors du monde. Ici, nul besoin de débourser des cent et des mille pour accéder à des expositions ou au fonds muséal : bien entendu, toutes les œuvres ne sont pas visibles depuis l’extérieur, mais pour qui s’aventure aux abords du bâtiment, l’aventure commence même en amont.

En effet, le musée s’érige au cœur du parc Immanuel Kant et de son « jardin de sculptures », une quarantaine d’œuvres d’art disséminées au gré des allées et des plantations comme autant de cailloux qu’un Petit Poucet curieux suivrait pour arriver dans cette superbe clairière artistique formée par le bâtiment du musée. Ce bel espace de verdure, qui formait autrefois le parc privé de la « Villa Rhein » de la famille Böninger, abritait autrefois les aises d’un banquier et négociant qui fut aussi un mécène éclairé, puisqu’il fit don du célèbre globe du géographe Mercator à la ville de Duisbourg et ouvrit en 1925 son parc au public, se faisant ainsi passerelle entre les classes sociales.

https://www.deutsche-digitale-bibliothek.de/item/24T2QY4UXLW6D5QPOAU3ZCD4MJFPRA4S

À cette époque, le sculpteur Wilhelm Lehmbruck avait déjà quitté ce monde, sans savoir que c’est dans sa ville natale et justement au sein de ce parc que sa mémoire perdurerait à l’infini… Peu de temps après, lorsque la peste brune envahirait l’Allemagne, sa veuve devra batailler ferme pour se réapproprier les œuvres de cet époux dégradé par les instances national-socialistes en tant qu’artiste « dégénéré » … Ce n’est qu’à la fin des années cinquante que le propre fils de l’enfant prodige de Duisbourg, qui n’avait que six ans à la mort du sculpteur, l’architecte Manfred Lehmbruck, sera chargé de la construction d’un nouveau musée dédié à son père Wilhelm. Il évoquera un jour cet édifice en ces termes :

« L’art est le vin. L’architecture, le verre. »

Quelle idée magnifique que celle de confier la conception d’un musée dédié à un artiste au propre fils de ce dernier ! Manfred Lehmbruck, qui avait fait ses classes aux côtés de Ludwig Mies van der Rohe, chantre du modernisme et l’un des pères fondateurs du Bauhaus, avant de participer aux côtés d’Auguste Perret à la construction de l’ancien Musée des Travaux Publics parisien – aujourd’hui Palais d’Iéna –, fut très clairement inspiré par ces alliages aériens de verre et d’acier. Au sens propre comme au sens figuré, le bon mot de l’architecte autour du vin et verre s’avère exact : le verre forme en effet la matrice englobant les œuvres, les sculptures et les toiles demeurant toujours éclairées par une lumière naturelle, ces vitres monumentales étant élégamment enchâssées dans des lignes de fuite d’acier trempé rappelant la tradition sidérurgique de la région, octroyant aussi à une population ouvrière et simple un extraordinaire accès à l’art, redonnant ses lettres de noblesse à une ville souvent décriée en créant cette rupture peu conventionnelle dans un paysage ultra urbanisé.

Intérieur du musée avec certaines des sculptures les plus connues de Wilhelm Lehmbruck. À gauche, Die Kniende, 1911. © Sabine Aussenac

Mais en regard de l’héritage de van der Rohe, l’élève a dépassé le maître, transcendant avec le Lehmbruck Museum le fameux clivage goethéen entre nature et culture afin de ne pas déshumaniser l’art, ancrant ce musée entre les essences rares du parc et les nuages du ciel rhénan si changeant, construisant une sorte d’arche transparente qu’il avait déjà appelée de ses vœux dans sa thèse de doctorat en 1942, quand il écrivait que l’osmose entre un jardin et un musée prédispose le visiteur à la rencontre des créations artistiques, s’inspirant aussi des idées novatrices de Jørgen Bo et Vilhelm Wohlert, les architectes du musée Louisiana de Copenhague : les visiteurs arpentant le Lehmbruck Museum naviguent à ciel ouvert au gré des différents niveaux, ne ressentant jamais cette sorte d’enfermement élitiste parfois propre à la fréquentation muséale.

Vue du musée Louisiana, https://louisiana.dk/

Cité radieuse des arts se voulant offerte à tous les publics, Dame de Fer de par ses aciers élancés, la construction imaginée par Manfred Lehmbruck en hommage à son père Wilhelm mélange les siècles et permet au Sacré et à l’esthétique de s’élancer vers l’infini, cette canopée vitrée semblant reliée au ciel tout en s’enracinant dans les humus fertiles du Kant Park que l’on aperçoit depuis tous les espaces intérieurs. C’est pourquoi l’on s’y sent tour à tour artiste primitif posant main argileuse sur parois de Lascaux, pèlerin ébloui par un retable de cathédrale ou roi du monde au sommet de l’Empire State Building, percevant au gré des allées du musée cette intense grandeur qui fait le cœur des humains créateurs.

Le ciel en canopée de l’art, © Sabine Aussenac

 « L’homme ne vit pas seulement de pain. Dans toutes nos activités, nous avons besoin d’une fenêtre ouverte sur le monde spirituel, à travers laquelle nous pouvons percevoir de manière pertinente les questionnements des meilleurs de nos pairs sur les problèmes actuels, les interprétations prophétiques de l’avenir, les signes de notre époque et les signes du passé qui nous guident vers l’avenir. »

C’est par ces mots miroirs d’une œuvre que Winfried Zehme, ingénieur responsable des travaux de la ville de Duisbourg, ouvrit son discours le jour de l’inauguration du nouveau bâtiment du musée, en juin 1964. Car le Lehmbruck Museum supporte à la fois le poids de l’Histoire et les enjeux du futur tout en s’ancrant dans les réalités actuelles de cette Allemagne résiliente depuis la fin de la seconde guerre mondiale, de ce pays ayant su, en avançant main dans la main avec l’ancien ennemi héréditaire français, reconstruire une Europe noircie par la Shoah et dévastée par les ravages du conflit. C’est sans doute en ce sens que l’architecture à la fois aérienne et ancrée dans la nature de cet écrin de verre me touche autant, car je retrouve dans les fondations de sa construction le microcosme familial, me souvenant de mes deux grands-pères, Albert, le résistant maquisard de la Montagne Noire, et Erich, l’ancien soldat de la Wehrmacht rentré moribond du Front de l’Est, qui s’entendaient comme larrons en foire.

Mon père, Yvan Aussenac, de face; à sa droite Albert, puis Erich, béret vissé sur la tête.

Limoges mes croissants

Limoges mes croissants.

La quatre-cent-quatre de papa, et presque la Belgique. Chocolat Côte d’Or en apnée frontalière.

Les gouttes se chevauchent sur la vitre embrumée.

Les briques se font brunes, Ulrike ma poupée a pris l’avion.

Au réveil, je suis au bled : mon métissage à moi a la couleur du Rhin.

Dans le jardin des grands-parents allemands, à Duisbourg

Le plus joyeux clin d’œil à cette immanence entre l’art et la vie qui permet la rencontre entre les peuples se concrétise lorsque les visiteurs du musée pensent avoir la berlue en voyant Reflexion II (Reflection II) d’Anthony Gormley, cette sculpture duelle se faisant face de part et d’autre d’une paroi vitrée, la gémellité de la fonte renvoyant à l’altérité qui nous effraie ou nous rassemble.

© Sabine Aussenac

Toute la luminosité du Lehmbruck Museum me semble ainsi faire rempart contre les heures sombres de l’histoire de ma deuxième patrie. À Duisbourg comme dans le reste de l’Allemagne, la population juive avait été décimée. L’architecture du musée trouve d’ailleurs un pendant sororal dans celle de la nouvelle synagogue s’élevant non loin de là, dans un des méandres du port intérieur, elle aussi toute en puits de lumière et au cœur d’un « Jardin du souvenir » : ce parc, perspective mêlant engazonnements et bâtiments, imaginée par l’artiste plasticien israélien Dani Karavan – qui a aussi créé le mémorial du souvenir dédié à Walter Benjamin à Port-Bou et de nombreuses autres œuvres de plein air inspirées par la mémoire des lieux –, croise les vestiges mnésiques dans lesquels le cœur battant de Duisbourg caracole au rythme des blés et d’autres céréales, emblèmes de ce quartier que l’on dénommait le « panier à pain de la Ruhr », ses lignes d’épure blanches comme autant de veines irriguant le présent de toutes les sèves ancestrales, à l’instar de cette rigole construite de conserve avec l’architecte Zvi Hecker, concepteur du centre communautaire juif, ruisselant telle eau neuve en direction de l’ancienne synagogue détruite lors de la Nuit de Cristal… Oui, la ville a su rallumer différents phares-remparts pour se protéger de nouvelles déviances.

Regain au Jardin du souvenir, © Sabine Aussenac

L’autre côté de moi 

L’autre côté de moi sur la rive rhénane. Mes étés ont aussi des couleurs de houblon.

Immensité d’un ciel changeant, exotique rhubarbe. Mon Allemagne, le Brunnen du grand parc, pain noir du bonheur.

Plus tard, les charniers.

Il me tend « Exodus » et mille étoiles jaunes. L’homme de ma vie fait de moi la diseuse.

Lettres du front de l’est de mon grand-père, et l’odeur de gazon coupé.

Mon Allemagne, entre chevreuils et cendres.

Parmi les œuvres de Wilhelm Lehmbruck reléguées au rang d’art « dégénéré », la sculpture emblématique de La femme agenouillée (Die Knieende),avait été déboulonnée une première fois dès 1927 de sa place initiale devant le théâtre de la ville par des contempteurs de l’art expressionniste, avant d’être confisquée par le régime national-socialiste.

Die Kniende, © Sabine Aussenac

Le retour de cette œuvre dans le Kant Park lors de l’ouverture du Lehmbruck Museum signa aussi une réconciliation de la cité rhénane avec son passé antérieur, adoucissant la césure de la Shoah et du nazisme. Les habitants de Duisbourg se sont très vite approprié le lieu, combinant déambulations dans le centre-ville tout proche et bien achalandé, pique-nique dans le jardin public et visites d’expositions, tandis que l’édifice accueillit au fil des ans non seulement des amateurs de sculpture, mais aussi d’architecture, tant la renommée du bâtiment se fit internationale…

Haïku des lumières

Lehmbruck Museum

Chiasmes entre l’art et le ciel

Duisbourg Or du Rhin

En pénétrant dans le sas d’entrée après avoir gravi quelques marches, après la découverte apéritive de sculptures disséminées dans le parc, les visiteurs sont d’emblée frappés par l’immédiateté, la proximité des œuvres. Le musée n’abrite pas moins de 300 peintures, 500 dessins et plus de 1000 sculptures, de très grands noms comme Magritte, Dali, Picasso, Käthe Kollwitz ou Giacometti côtoyant les sculptures de Wilhelm Lehmbruck.

La politique curatoriale fait graviter au fil des ans de nombreuses expositions dédiées à divers artistes tout en consacrant toujours une exposition annuelle à Lehmbruck lui-même, et la part belle est faite à l’ouverture vers le grand public et à l’éducation.

  • Papa, papa, regarde !
  • Oui, Nour, quoi ?
  • Les dames, là, dans la maison : elles sont toutes nues !!
  • Ferme les yeux, ferme les yeux, Nour, viens, ma chérie, donne la main à ton frère, on va jouer plus loin…

La petite famille de réfugiés syriens, venue se reposer dans le grand parc au centre de Duisbourg après des démarches administratives, se détourne pudiquement des grandes baies vitrées à travers lesquelles le bronze de statues hiératiques scintille dans la belle lumière d’automne…

C’est ainsi que divers projets ont été consacrés à l’intégration via l’art des migrants et réfugiés, la municipalité et la direction du musée s’unissant dans une perspective commune, comme lorsqu’en 2017 l’exposition „Frauen(T)räume“, au titre doublement signifiant puisqu’il peut être lu comme « Rêves de femmes » ou comme « Espaces de femmes », a permis à des femmes issues de la nouvelle immigration de s’approprier la dimension culturelle du musée, l’ancrant une fois de plus dans une cosmologie sociétale pluri citoyenne : l’art, passerelle entre les mondes, fait sens en permettant à des populations meurtries par des conflits de redécouvrir la paix de l’âme.

https://www.waz.de/staedte/duisburg/article212846783/patchwork-projekt-im-museum-ueber-identitaet-und-flucht.html

Les femmes, les femmes sculptées, ce sont elles qui me bouleversent le plus lorsque je flâne et me perds entre les niveaux du musée. La statue de celle qui se nomme justement La Duisbourgeoise (Die Duisburgerin), qui a été la seule sculpture vendue du vivant de l’artiste, offre un corps voluptueux aux regards mais porte sur son visage les stigmates de toutes ces mères-courage ayant traversé l’histoire de la ville, emblème de ces femmes ayant parfois perdu tous leurs fils lors de la première guerre mondiale, comme la grand-mère paternelle de mon grand-père allemand dont les quatre fils étaient tombés dans la Somme, de ces Trümmerfrauen (littéralement femmes des décombres) qui, fichu sur la tête, ont déblayé pierre après pierre les ruines fumantes de la ville éventrée par les bombardements alliés, ceux qui faisaient hurler de terreur ma propre mère qui n’était qu’une enfant innocente… Wilhelm Lehmbruck a façonné à sa Duisbourgeoise un visage aux traits un peu moins anonymisés que ceux des autres sculptures, permettant aux visiteurs d’y reconnaître des émotions précises.

Die Duisburgerin, 1910/12, © Sabine Aussenac

Quand leur bronze sourit

En colombes furtives apaisées de réel,
Les poitrines se galbent, élancées en plein ciel.
Tourterelles subtiles, telles oiselles endormies,
Elles frémissent en rêve, quand leur bronze sourit.

Souvent pourtant il brouillera les pistes et façonnera des visages empreints de la quintessence de l’humanité auxquels chaque visiteuse et chaque visiteur du musée peuvent s’identifier, d’âme à âme, sur le modèle de sa Grande penseuse (Große Sinnende) qui toise les visiteurs de ses grands yeux à peine ébauchés, les incitant à la réflexion du haut de son corps hiératique et pré nubile. Cette statue-là m’évoque invariablement la jeune sœur de ma mère et la meilleure amie de cette dernière, toutes deux devenues sculptrices et ayant aussi modelé des corps de femmes, sans nul doute inspirées par la fréquentation du musée du temps de leur adolescence, et elles-mêmes si inspirantes puisque je leur dois mon amour de l’art…

https://www.ludvanvorstenbosch.nl/edirector.html (le site de ma marraine, meilleure amie de ma mère.)

Große Sinnende, 1913, photo Andreas Hofmann

Émouvantes rondeurs de ces seins martelés,
Qui se donnent impudiques en leurs corps dévoilés.
Et la pierre respire, le burin la caresse,
Toute femme est lumière, la statue une messe.

C’est d’ailleurs toute une lignée familiale qui m’interpelle lorsque je contemple cette Mère à l’enfant (Mutter mit Kind) : cette mère agenouillée enveloppant de ses bras un nourrisson, le couvant du regard tandis qu’il lève les yeux sur elle m’évoque tout un héritage rhénan, avec mes arrière-grands-mères allemandes, Wiebke et Sofie, ma grand-mère Anneliese et ma propre mère dans ce geste de pure tendresse maternelle si intemporel et précieux. Qu’un homme soit capable de modeler cette ode à la maternité m’ancre dans la certitude que l’art n’est pas vain, tant cette œuvre respire la vie.

Mutter mit Kind, 1907, © Sabine Aussenac
Mutter mit Kind, 1907, © Sabine Aussenac

Au musée endormi le visiteur frissonne,
Il découvre égaré les langueurs des Madones
Qui lui offrent ce sein comme au matin du monde,

Cette statue trouve un immense écho dans la bouleversante sculpture de Käthe Kollwitz que l’on peut aussi admirer au musée Lehmbruck : sa Mère aux deux enfants (Mutter mit zwei Kindern), qui les tient serrés contre elle, mère-louve face au monde, fait pendant à la maternité vue par Lehmbruck.

Käthe Kollwitz, Mutter mit zwei Kindern, 1923/1937, © Sabine Aussenac

Plus loin, je pars à la rencontre des hommes de ma famille allemande, croisant un Garçonnet assis (Sitzender Knabe) qui m’évoque mon oncle Klaus, que je n’ai jamais connu puisqu’il est mort tout jeune, quelques années après la fin de la guerre, d’un cancer, Klaus dont la joyeuse mémoire a accompagné ma grand-mère jusqu’à la fin de ses jours…

Sitzender Knabe, 1910, © Sabine Aussenac
Klaus Neuhoff

Enfin, en me figeant devant Celui qui est tombé (Der Gestürzte), je me replonge dans une réflexion autour des guerres meurtrières qui ont ensanglanté notre Europe et qui perdurent hélas aujourd’hui aux quatre coins du globe, me souvenant des silences de mon grand-père autour de ce passé difficile.

Der Gestürzte, 1915/16, © Sabine Aussenac
Mes grands-parents allemands, Anneliese et Erich, peu après la fin de la guerre.

Mais au détour d’un autre étage je fais face à L’Avenir des statues, de Magritte, et le masque mortuaire de Napoléon que l’artiste a recouvert de nuages me réconcilie illico avec l’espérance, en m’ancrant dans la certitude que la fugacité de nos modestes vies humaines est bel et bien embellie par l’art. Regarder ces sculptures en observant leurs ombres projetées sur les murs par la lumière naturelle tombant des grandes parois vitrées, ou en accrochant justement distraitement son regard à quelque nuage cheminant au-dessus du musée ou aux grands arbres du parc, c’est aussi se sentir doublement vivant grâce aux inspirations croisées de l’esthétique et de la nature.

Et la pierre s’éveille, jeune fille en printemps,
Sa douceur auréole une valse à mille temps.
Les tétins si mutins aux grincheux font la fronde.

Détail de la sculpture Die Kniende, © Sabine Aussenac

Le Lehmbruck Museum respire. Au sein de son architecture aérienne, l’art n’est pas simplement accroché comme une collection de papillons épinglée aux murs, mais en transit entre les peuples et les siècles. Les cloisonnements habituels entre l’œuvre et sa réception ont été déverrouillés grâce à la transparence offerte par le riche imaginaire de Manfred Lehmbruck : lors des festivités autour du cinquantenaire du musée, sa fille raconta qu’il avait conçu une maquette de verre dans laquelle il agença les œuvres miniaturisées de son père, les faisant miroiter au soleil. Grâce au génie architectural de ce visionnaire, l’art et la lumière ont offert à la ville ce pneuma où les yeux brillants des visiteurs font écho aux rayons de lumière baignant les œuvres et aux scintillements des eaux du Rhin, là « où bat mon cœur », comme le chante Philipp Eisenblätter dans son ode à Duisbourg reprenant par ces paroles l’hymne sportif de la ville (“Mein Herz schlägt numa hier“).

À Duisbourg, ville plurielle, on aime le football et la sculpture, et on est fier d’un passé ouvrier et d’un présent multiculturel. Dans le « quartier des poètes » à Hamborn furent plantés plusieurs arbres en hommages à des auteurs turcs, comme celui dédié à la poétesse Gülten Akım qui affirme : « En chaque réfugié pousse un buisson de roses » (« Her mültecinin içinde bir gül ağacı boylanır »).

Les miroitements infinis du Lehmbruck Museum reflètent cette beauté du monde.

**

Jeux d’ombres et de lumière au musée:

Torso des Mädchens, sich umwendend (auch: Torso der Schreitenden), um 1914, © Sabine Aussenac (Torse de jeune fille en rotation, ou Torse de la marcheuse)

https://www.duisburg.de/

D’autres textes sur Duisbourg sont à retrouver au gré de mes blogs ou sites internet.

Phlipp Eisenblätter interprétant sa chanson sur Duisbourg lors de la tournée littéraire de 2023 organisée avec la Rose Ausländer Gesellschaft et la société franco-allemande de Duisbourg, un projet soutenu par le Fonds Citoyen franco-allemand. Lieu: DPaN

https://www.dasplusamneumarkt.de/

NB: Cette beauté du monde a participé au prix d’architecture Le Même en 2025:

Ce texte écrit il y a quelques mois pour ce prix d’architecture est mis en ligne en ce 28 février 2026; hier, une guerre a éclaté entre le Pakistan et l’Afghanistan. Aujourd’hui, c’est tout le Proche et Moyen-Orient qui sont à feu et à sang. Puisse la paix advenir, puissent les réconciliations se faire un jour, comme cela a été le cas entre mes deux patries

https://www.facebook.com/1138188420/videos/a.10209969198003385/214478808230746

Worpswede, un laboratoire de recherche-création #recherchecréation #UT2J #arts #Worpswede #PaulaModersohnBecker #Rilke

Le musée Heinrich Vogeler à Worpswede, Basse-Saxe, photo Sabine Aussenac

Le 13 février, j’ai eu la joie de participer à une journée dédiée à la recherche-création à l’UT2J dans le cadre de ma thèse, proposant une communication autour de mon parcours de recherche dédié à Worpwede et à trois de ses créatrices.

https://creg.univ-tlse2.fr/accueil/agenda/seminaire%C2%A0-recherche-creation

Cette journée de séminaire entend cartographier les multiples formes d’articulation de la recherche et de la création à l’UT2J, en conviant doctorant·es, jeunes docteur·es et enseignant·es-chercheur·es travailant entre arts et sciences ou intéressé·es par ce type de projets. Grâce à des tables rondes de partages d’expériences et de discussions sur les exigences propres de la recherche avec les arts, nous testerons la pertinence d’une définition élargie de la recherche-création comprise selon trois approches :
1. La recherche en art (arts plastiques, design, musique, arts du spectacle, écriture créative, …) et les disciplines accueilant ponctuelement des artistes dont la création informe la recherche (par ex. lettres, philosophie) ;
2. Les colaborations ponctueles ou de long cours entre chercheur·es et artistes sur des terrains / problématiques / enquêtes spécifiques (configurations arts-sciences fréquentes en sciences sociales, par exemple) ;
3. La réinvention des formes de communication et de diffusion de la recherche (part de l’essai dans l’écriture académique et écriture créative de la recherche, performativité des conférences, dispositifs sensibles comme des expositions, spectacles, films, etc.) Il s’agira ainsi de définir depuis les projets et pratiques les multiples articulations de la recherche et de la création à l’UT2J, en prêtant une attention particulière aux besoins et désirs spécifiques qu’eles engendrent en termes de méthodologie, de moyens, d’encadrement et de valorisation scientifique.

Pour entendre la communication, cliquer sur le lien et faire défiler jusqu’à l’onglet des portfolios! Les différentes images du diaporama sont à voir au gré de l’article.

https://www.sabineaussenac.com/cv/portfolios/communication-lors-d-une-table-ronde-a-l-ut2j

Buste de Clara Westhoff-Rilke par son amie Paula Modersohn-Becker, musée PMB de Brême, photo Sabine Aussenac

Worpswede, un laboratoire de recherche-création

Jean Favard, inspecteur général d’allemand, m’a dit lors de ma titularisation du CAPES, en 1984, qu’un professeur d’allemand se devait de représenter la rigueur et la discipline, ce que je me suis efforcée, durant toute ma carrière, de ne… pas faire ! Ce petit clin d’œil introductif pour rappeler l’abime qui sépare sans doute encore aujourd’hui la germanistique et la recherche-création, puisque notre discipline n’est pas connue pour être des plus rock’n’roll… Mais justement, quelle fierté que de se sentir en quelque sorte pionnière, puisque ma thèse est la deuxième du genre, après les excellents travaux de Georgia Doll à l’AMU[1], et quelle responsabilité, aussi, que d’incarner cette toute récente passerelle entre deux mondes qui, en fait, ne sont pas si éloignés que cela si l’on se souvient que l’Allemagne est certes le pays des penseurs et des philosophes, mais aussi celui de Bach, de Caspar David Friedrich ou de Pina Bausch !

Ma thèse se propose justement entre autres choses de faire découvrir au public francophone une colonie d’artistes allemande née à la fin du XIXe siècle, située dans le village de Worpswede, en Basse-Saxe, à une vingtaine de kilomètres de Brême ; c’est un travail interdisciplinaire qui croise germanistique, histoire de l’art et études de genre, en explorant particulièrement le destin de trois créatrices majeures, Paula Modersohn-Becker, Clara Westhoff-Rilke et Martha Vogeler dans une perspective dialogique et poïétique au gré de diverses créations littéraires bilingues, de collages, de capsules audio et vidéo, et enfin en performant cette recherche avec une pièce de théâtre complétée par une exposition, ceci afin d’en confirmer le tournant praxique.

Paula Modersohn-Becker, photo Sabine Aussenac depuis les clichés exposés sur le mur du musée Barkenhoff
Clara Westhoff-Rilke, photo Sabine Aussenac depuis le musée Barkenhoff

C’est bien à la croisée de multiples chemins que s’articulent donc mes recherches académiques et mes créations, et ce d’autant plus que je me positionne dans une double perspective, dans une sorte de mise en abyme puisque j’explore un corpus tiers artistique avec lequel je dialogue tout en produisant moi-même une écriture créative, suivant mode opératoire multifocal avec une dimension réflexive, autoréflexive et artistique. Sans prétendre prendre part à une révolution épistémologique, j’avoue que j’ai ressenti, en début de thèse, un sentiment de flottement, car il me paraissait périlleux de naviguer un peu à vue dans une interdisciplinarité foisonnante, entre échappées créatives et apports de la recherche théorique, entre enquête et état de l’art et alchimies émotionnelles artistiques.

Martha Vogeler, photo Sabine Aussenac depuis le musée Barkenhoff

Anne-Marie Petitjean explique dans un webinaire de mars 2023 repris dans un carnet Hypothèse, se basant sur les travaux de Dewey, toute l’alchimie paradoxale que constitue cette navigation entre une analyse herméneutique de l’étude des corpus et l’approche phénoménologique propre à une démarche artistique d’immédiateté entre objet et sujet ; c’est autour de ce nœud gordien que se cristallisent les enjeux des doctorats en recherche-création[2].

On demande en effet aux doctorants de développer en permanence une pensée en arborescence qui intrique recherche et construction intime des créations pour produire ce creuset subtil où savoirs et productions artistiques, loin de s’affronter, grandissent en miroir et s’auto-nourrissent en permanence, en une mue polychrome et en une expérience holistique.

C’est ainsi que mes travaux s’inscrivent dans ce que Mireille Losco-Lena, dans l’ouvrage collectif Faire théâtre sous le signe de la recherche, appelle le « troisième usage » du terme recherche, considérant « la recherche[-création] comme une pratique artistique susceptible d’être reconnue à la fois par le monde de l’art et par le monde universitaire, et délibérément inscrite dans ce double processus de reconnaissance[3] ».

La particularité de la recherche-création en germanistique (et sans doute dans les autres études aréales attachées à des domaines géoculturels particuliers) est qu’elle gravite autour d’un pôle majeur : celui de la philologie, puisque ce qui rassemble les domaines civilisationnels, sociologiques, artistiques dans le champ des études de langue – en germanistique comme ailleurs, en sinologie ou dans les études anglophones… – est bien cet axe commun de la langue. Et ce n’est pas un hasard si, dans la première thèse en recherche-création et germanistique, que j’ai déjà citée, l’autrice Georgia Doll a mûri une réflexion stylistique et narratologique sur l’écriture plurilingue d’aujourd’hui en explorant le geste d’écrire « entre les langues ». Cette écriture plurilingue constitue aussi le fil conducteur de l’un des volets créatifs de la thèse, puisque j’écris aussi entre les langues française et allemande, m’autotraduisant, alternant langue source et langue cible, et que lors de mes activités littéraires parallèles, j’écris même en trois langues, puisque je travaille à un opus franco-occitan au sujet du Tarn et de mes racines paternelles paysannes tout en traduisant une poétesse allemande ! Et j’ajouterais que le volet théorique de la thèse est aussi rédigé dans un style délibérément essayistique se voulant paradigmatique de ma double posture de chercheuse et d’artiste. Comme l’énonce Violaine Houdart-Mérot dans l’introduction à l’ouvrage collectif Le tournant créatif de la recherche[4] : « L’imbrication entre création et théorisation amène souvent à aborder différemment l’écriture théorique. »

Cependant, il me semble qu’il serait restrictif de faire de cette particularité philologique la seule singularité de la recherche-création en études aréales. Dans cet axe de recherche qui a su trouver une légitimité grandissante, il me semble que tout est encore à inventer au sens rimbaldien d’une vie qui se réinvente sans cesse, et il serait dommage que l’on restreigne le processus artistique à l’écriture créative et à un axe philologique. C’est pourquoi j’ai opté pour une porosité intra-artistique et que j’ai construit mon objet thèse, charpenté par le volet académique qui se déroule au gré d’une recherche que j’espère pointue et pertinente autour des questions de genre, de l’émancipation par l’art, de l’invisibilisation des créatrices, de la question fondamentale de l’art, mais qui gravite aussi à partir du point de départ des fameuses colonies d’artistes, sur des fondations artistiques multi strates :

certes, l’entremonde linguistique franco-allemand sera largement représenté avec des descriptions poétisées en deux langues de nombreuses vignettes iconographiques – tableaux, sculptures, souvent photographiés par moi-même, ou encore anciennes photographies des artistes, et je mise sur le punctum barthésien pour que ces visuels provoquent une osmose émotionnelle cristallisée par l’écriture[5] : en effet, il me semble que tout l’enjeu d’un doctorat en recherche-création est non seulement de faire avancer la recherche en apportant sa pierre scientifique à l’édifice, mais aussi d’offrir tout un hors-champs plus subjectif d’expression créative.

Mais je proposerai aussi des collages de copies de lettres originales, endossant donc aussi le rôle d’artiste-chercheuse, outrepassant ma qualité d’autrice et de philologue pour oser moi-même manipuler la matière, de même que je crée des photographies, des vidéos-poèmes ou des capsules digitales et sonores qui s’inscrivent elles-aussi dans une pratique intermédiale d’écriture visuelle, comme le propose Ben Spatz, fondateurice du Journal of Embodied Research, première revue scientifique publiant des vidéos-essais en guise d’articles scientifiques[6]. Comment d’ailleurs ne pas devenir soi-même artiste en travaillant sur Worpswede, où la plupart des créateurices ont souvent théorisé leurs œuvres, que se soit Paula Modersohn-Becker dans son Journal ou dans ses échanges avec Rainer Maria Rilke, ou Heinrich Vogeler, auteur d’une intense réflexion sur le processus créateur. Oui, la pépinière, le lab, dirions-nous aujourd’hui, de cette colonie d’artistes incarna vraiment l’idée même de recherche-création, avec ces ondoiements permanents entre la théorie et la pratique.

Ruhende Mutter mit Kind, 1906, PMB, musée de Brême, photo Sabine Aussenac

Enfin, le climax de ma recherche-création sera la pièce Becoming Paula, dans laquelle les trois créatrices dialogueront avec les voix des artistes et responsables muséaux d’aujourd’hui que j’ai interviewés, pièce qui sera présentée le jour de ma soutenance et plus tard aussi traduite en allemand, car on m’a déjà demandé de la faire représenter à… Worpswede !

Ainsi, j’espère devenir vraiment une passeuse de savoirs et une artiste reconnue de part et d’autre du Rhin, puisque la genèse de ma thèse reposait sur ce désir de faire connaître Worpswede et ses artistes en France. Mais, en tant qu’artiste, j’espère aussi porter une autre voix et incarner une autre forme d’écriture (pas seulement couchée noir sur blanc sur le papier, mais bien intermédiale) et participer à prendre ce « tournant créatif de la recherche » !

Paula Mosersohn-Becker affirmait que la vie devait être une fête ; faisons en sorte que la recherche-création en soit une aussi !

Selbstbildnis am 6. Hochzeitstag, 1906, PMB, musée de Brême, photo Sabine Aussenac

Mona Lisa à Worpswede

Tu te regardes,

femme et mère

éternelle,

tes mains protégeant

ton ventre-monde.

Tu te peins,

artiste et muse,

nue, offerte, et

enceinte:

alors que tu ne l‘es pas.

Tu te racontes,

un collier d‘ambre en

unique parure,

telle une femme

d‘une tribu

primitive.

Tu nous souris,

Mona Lisa à

Worpswede.

Ta beauté en allégresse

irradie ta toile.

**

Mona Lisa in Worpswede

Du siehst Dich an,

ewige Frau und

Mutter,

Deine Hände beschützen

Deine Bauch-Welt.

Du malst Dich,

Künstlerin und Muse,

nackt, hingegeben, und

schwanger:

Dabei trägst Du kein Kind.

Du erzählst von Dir,

eine Bernsteinkette als

einziger Schmuck,

als seist Du

eine Frau eines

Urstamms.

Du lächelst uns an,

Mona Lisa in

Worpswede.

Deine jubelnde Schönheit bestrahlt

Dein Gemälde.

Carl Vinnen, Moorlandschaft mit Birken und Mond, 1900, Große Kunstschau, Worpswede

 Carl Vinnen, Moorlandschaft mit Birken und Mond

Sechs Birken und Nacht

Zwei Monde strahlen im Moor

Worpswedewunder

**

Six bouleaux la nuit

deux lunes brillent au marais

Worpswede en magie


[1] http://georgia-doll.com/recherche-artistique/

[2] Françoise Chambefort (1 avril 2023). La recherche création littéraire : un nouveau regard sur les lettres. Recherche Création. Consulté le 9 février 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/ta3q

[3] Losco-Lena, M., « Introduction. La recherche au regard des pratiques théâtrales », in Faire théâtre sous le signe de la recherche, p. 14.

[4] https://www.puv-editions.fr/ouvrage/le-tournant-creatif-de-la-recherche/

[5] « Ce second élément qui vient déranger le studium, je l’appellerai donc punctum ; car punctum, c’est aussi : piqûre, petit trou, petite tache, petite coupure – et aussi coup de dés. Le punctum d’une photo, c’est ce hasard qui, en elle, me point (mais aussi me meurtrit, me poigne.) » Barthes R., La chambre claire. Note sur la photographie, Paris, Éditions de L’Étoile-Gallimard, Le Seuil, 1980, p. 48-49.

[6] https://jer.openlibhums.org/

Pour télécharger la communication avec les notes de références, cliquer sur le lien!

https://www.sabineaussenac.com/cv/portfolios/communication-lors-d-une-table-ronde-a-l-ut2j-le-texte

Belle année neuve à… #Worpswede! #bonneannée2026 #PaulaModersohnBecker #Rilke #musées #art

(https://sabine-aussenac-dichtung.blogspot.com/2026/01/frohes-neues-jahr-in-worpswede.html… Si envie de lire le même article en allemand!)

Que votre an neuf étincèle comme un musée de Worpswede !

Je vous souhaite déambulations en salles somptueuses, éblouissements devant œuvres majestueuses, je vous prédis des coups de cœur, des ravissements ! Que l’an nouveau soit débordant de beautés et de découvertes, de rencontres et d’étonnements ! Gardez les yeux ouverts, enivrez-vous de Beau et de grandiose, faites provision d’infinis… Imaginez chaque journée comme une ronde au gré d’une salle de la Kunsthalle, soyez vertige en vous grisant des tableaux, soyez rêve en songeant aux artistes, soyez joie en admirant tant de talents !

Photo prise à la en juillet 2025 lors de l’exposition consacrée aux créatrices de Worpswede
https://www.worpswede-museen.de/aktuelle-ausstellungen-de
Le site de la Kunsthalle: https://www.worpswede-museen.de/worpsweder-kunsthalle-de

Que votre an neuf explose comme une toile de Paula Modersohn-Becker !

Je vous souhaite des rouges sublimant la nature, des enfants aux joues pleines, cette force vitale pour affronter les peurs, cet accomplissement créatif qui fait les gens heureux ! Sortez, voyagez, explorez le monde comme Paula quand elle partit à Paris, et savourez chaque instant comme autant de miracles. Que vos corps aussi exultent et s’adonnent aux sports, aux lumières et au grand air, comme le faisait Paula en faisant sa gymnastique, nue, malgré les regards obliques ! Ouvrez vos vies !

Différentes toiles de Paula Modersohn-Becker
J’ai été invitée par l’association des musées de Worpswede dans le cadre d’un séjour Erasmus (autour de ma thèse consacrée à cette colonie d’artistes et à ses créatrices) et ai eu la joie à cette occasion d’interviewer Henrike Hans, curatrice du musée Paula Modersohn-Becker à Brême.

Que votre an neuf murmure comme un poème de Rainer Maria Rilke…

Photographie de Rainer Maria Rilke sur l’une des façades du musée du Barkenhoff, Worpswede
Le site du musée Heinrich Vogeler: https://www.worpswede-museen.de/barkenhoff-de

Je vous souhaite des nuits bruissantes d’anges et de vers, des correspondances infinies avec femmes passionnantes et avec hommes engagés, des journées brillantes comme les reflets du soleil sur les blancheurs du Barkenhoff, des encorbellements d’amitié et d’amour, des rencontres et des solitudes.  Soyez évanescents ou en pleine conscience, soyez puits sans fond vers vos richesses intérieures ou échelle vers l’éternité de vos avenirs, osez souffrir et grandir, osez les étoiles, le ciel, l’immense !

La monographie de Rilke consacrée à Worpswede, édition originale photographiée à la Fondation Paula Modersohn-Becker de Brême – https://www.pmb-stiftung.de/F_stiftung.html

Dans cette interview enregistrée après son spectacle autour du « Requiem pour une amie » à Worpswede, Oliver Peuker (https://oliver-peuker.de/de/vita/) répond aux questions au sujet du poète (au rythme du même protocole précis réalisé dans le cadre de ma thèse.)

https://www.sabineaussenac.com/cv/portfolios/oliver-peuker-parle-de-rainer-maria-rilke

Que votre an neuf vous grise comme les paysages de Worpswede !

Regardons le monde à travers un prisme de lumière, à l’instar de celle qui irise cette boule de verre dans l’un des tableaux de Paula Modersohn-Becker et que j’ai eu la chance de croiser un soir de juillet 2025 au gré d’un jardin de Worpswede!

Je vous souhaite des promenades infinies au gré de ce village-monde, que vos lieux de vie s’en imprègnent ! Soyez bois et clairières, tourbières et canaux, soyez arbre, soyez ciel, soyez le vent qui agite les épis, soyez la neige qui caresse les toits de chaume ! Profitez des saisons qui chantent nos années, voyez ces jonquilles qui transforment le bois derrière la Käseglocke en bain de lumière, inondez vous de ces verts émeraude du parc du Musée Vogeler au zénith des étés, plongez en ces roux infinis de l’automne veillant sur la Haus im Schluh, dégustez les lignes parfaites de la Große Kunstschau en harmonie avec les neiges des beaux hivers glacés…

Façade de la Große Kunstschau avec l’inscription « Femme, vie, liberté »
https://www.worpswede-museen.de/grosse-kunstschau-de
Différentes vues du parc et des bois entourant le musée Vogeler, été 2025

Que votre an neuf s’élance comme une sculpture de Clara Westhoff-Rilke !

« Porträt Elisabeth von Hellingrath », buste exposé au musée du Barkenhoff
Différentes sculptures de Clara Rilke exposées à l’été 2025 au musée Vogeler, dont le buste de Rilke, en bas à droite. En haut à droite, le buste de l’écrivaine Ricarda Huch, © 2025 Sabine Aussenac

Je vous souhaite la douceur de la pierre polie pour caresser vos nuits, la puissance du burin pour faire naître des jours de feu et d’allégresse ! Que vos vies soient argiles modelées par vos mains, malgré les plâtres à essuyer et les difficultés : cent fois sur le métier nous remettrons nos ouvrages… Je vous souhaite l’obstination de Clara qui partit voir l’Égypte dont avait tant rêvé son amie Paula, la fidélité de Clara qui continua à porter le nom de son époux malgré les distances, le talent de Clara qui attend encore nos reconnaissances !

Une des affiches de l’exposition quadripartite que j’ai pu voir l’été dernier dans les quatre musées principaux de Worpswede: « Paula Modersohn-Becker et ses compagnes de route. »

La curatrice du musée Heinrich Vogeler, Dr. Kathrin Kleibl, nous parle magnifiquement de la sculptrice:

https://www.sabineaussenac.com/cv/portfolios/dr-kathrin-kleibl-parle-de-clara-westhoff-rilke

Que votre an neuf s’étire comme l’histoire de la colonie d’artistes de Worpswede !

Je vous souhaite des émotions nouvelles en découvrant un lieu qui vous appellera de toute son âme, des rencontres fondatrices comme celle de nos découvreurs. Osez l’inconnu, comme l’ont fait Fritz Mackensen, Otto Modersohn, Heinrich Vogeler et Fritz Overbeck en s’installant à la croisée des bois et de la lande, escaladez votre propre Weyerberg pour vous confronter au « contempleur de nuages », ébouriffez les conventions comme l’a fait la commune libre du Barkenhoff !

© 2025 Sabine Aussenac

Soyez le chantre de votre propre histoire, tissez votre vie comme Martha Vogeler a tissé ses étoffes sublimes tout en conservant l’âme vive de la colonie d’artistes, colorisez vos quotidiens !

Photos prises dans le musée Haus im Schluh à l’été 2025, © 2025 Sabine Aussenac
https://www.vogeler-worpswede.de/pages/museum/historie.php

La descendante de Martha Vogeler, Berit Müller, qui dirige le musée Haus im Schluh, a aussi répondu à mes questions au sujet de l’artiste:

https://www.sabineaussenac.com/cv/portfolios/une-itw-de-berit-muller-au-sujet-de-martha-vogeler

Que votre an neuf vous enchante comme le tableau de Mélusine au musée Heinrich Vogeler !

Détail du tableau de Mélusine, musée du Barkenhoff, Worpswede

Je vous souhaite des émotions anciennes comme celles que le visiteur ressent en admirant les illustrations des Contes de Grimm imaginées par Heinrich Vogeler, je vous souhaite des assises parfaites dans des meubles Jugendstil et des audaces folles, à l’image des idéaux et des aventures vécues par cet artiste aux multiples talents ! Que vos nuits d’été s’étoilent en jardins embaumés comme dans le tableau du « Soir d’été à Worpswede », que vos printemps s’éblouissent en ardeurs amoureuses à l’instar des « Nostalgies » de Vogeler, que vos automnes s’aventurent entre les palettes en rouge et or des bois rivalisant avec les toiles et qu’un beau matin d’hiver vous découvriez les délices des petits-déjeuners de l’hôtel voisin du Buchenhof! Que vos saisons fassent des cabrioles afin d’en briser les routines!

Nous avons eu la chance de pouvoir aussi interviewer la directrice du musée du Barkenhoff, Beate Arnold, au sujet de Heinrich Vogeler:

https://www.sabineaussenac.com/cv/portfolios/beate-arnold-parle-de-heinrich-vogeler

Meuble dessiné par Heinrich Vogeler, musée du Barkenhoff, Worpswede

Que votre an neuf s’ancre dans les passés et vogue vers l’avenir, à l’image du dynamisme artistique de Worpswede!

Je vous souhaite des sagesses ancestrales à l’image du puits de sciences que représente Wilfried Cohrs-Zyrus, une des figures emblématiques de Worpswede avec la galerie qu’il tient avec son épouse. Vous l’entendrez dans cette nouvelle interview, toujours enregistrée en juillet 2025, évoquer les talents et le travail de l’artiste Waldemar Otto.

https://www.sabineaussenac.com/cv/portfolios/une-itw-a-la-galerie-cohrs-de-worpswede

Que vos jours neufs s’envolent aussi vers des avenirs radieux, comme l’art à Worpswede, plus vivant que jamais, dans les musées et les galeries, et se renouvelle sans cesse, comme le montrent les œuvres plus modernes d’artistes contemporains: toutes les voix se croisent avec bonheur, comme celles de deux musiciens talentueux!

https://www.instagram.com/eloi_s_dias/

https://www.instagram.com/moorsax/

En haut à gauche le peintre Danny Janke; https://schluh.art/pages/d-nny, instagram D@nny. En haut à droite l’artiste tricoteuse Karin Beger, photographiée (©Sabine Aussenac) à la Gallery &ArtClub de Markus Lippeck, qui gère aussi la galerie Schluh https://schluh.art/
Les deux tableaux sont de l’artiste Eva Hoppach, exposée en juillet à l’hôtel Village.

On saluera aussi l’initiative d’un nouveau magazine artistique:

https://schluh.art/blogs/arthub/arthub-erste-ausgabe-mai-bis-august-2025-als-epap

Que votre an neuf virevolte comme un tableau de Ottilie Reylaender !

Je vous souhaite des idées fières et des envies ardentes, des ivresses neuves comme celle de l’artiste se confrontant au Mexique, des palettes colorées et festives !

Une discussion avec la responsable curatoriale de la Kunsthalle, Cornelia Hagenah

Que votre vie enfin s’apaise aussi comme un tableau de Otto Modersohn… Il y aurait des canaux, un moulin assoupi, des rangées de bouleaux en robes claires respirant la candeur ! Que vos nuits crépitent sous les lunes de Carl Vinnen, et que vos jours s’envolent au gré des merveilleux nuages de Fritz Overbeck! Que les ors scintillants de Hermine Overbeck illuminent vos pensées ! Et qu’une voile de Hans am Ende vous emmène voguer doucement vers les rivages de 2026 !

Toile de Otto Modersohn (Musée Modersohn à Fischerhude https://www.otto-modersohn-museum.de/); Frtiz Overbeck, posant lui-même devant l’un de ses propres tableaux! Toile de Ottilie Reylaender, Kunststiftung de Lilienthalhttps://www.kunststiftung-lilienthal.de/ ; toile de Hermine Overbeck, musée Overbeck de Vegesack https://overbeck-museum.de/en/. Les trois musées cités ici valent aussi le détour!
Torfkahn auf der Hamme, Hans am Ende

Une discussion intéressante autour de l’artiste Hans am Ende : Jochen Semken répond à des questions au sujet de ce peintre qui vécut autrefois dans son Buchenhof…

https://www.sabineaussenac.com/cv/portfolios/jochen-semken-parle-de-hans-am-ende-un-artiste-de-worpswede

Carl Vinnen, Moorlandschaft mit Birken und Mond, um 1900 (Große Kunstschau, Worpswede)

Six bouleaux la nuit

deux lunes brillent au marais

Worpswede en magie

Les artistes de Worpswede et moi-même vous souhaitons un merveilleux an neuf, ainsi qu’à vos aimés !

Différentes maisons typiques du village d’artistes et une des nombreuses sculptures (sur le grand pré de la « Marcusheide » https://www.stiftung-worpswede.de/projekte/marcusheide/) émaillant le paysage: https://www.instagram.com/rolanddarjes/

https://www.worpswede-touristik.de/

D’autres créations digitales autour de Worpswede sont à retrouver sur ma chaîne You Tube, de nouvelles vidéos seront encore mises en ligne…

Trois #prix littéraires en deux semaines! #littérature #concours #revues #poésie #Rilke

Belle moisson de succès ces derniers temps pour mes créations! Petit à petit, l’oiselle fait son nid et se sent chanceuse de cette reconnaissance par ses pairs!

Merci tout d’abord à l’ami Pierre Perrin qui, en juin dernier, a eu la gentillesse d’accueillir ma plume dans sa magnifique revue Possibles! Quel bonheur que de figurer dans le numéro 36 de cette très belle parution, aux côtés de grands noms dont vous trouverez la liste dans le sommaire!

http://possibles3.free.fr/num36.php

Pierre Perrin est non seulement éditeur, mais aussi un merveilleux poète doublé d’un romancier, qui a aussi ajouté à ses cordes une activité de critique littéraire. Il avait été lauréat en 1996 du prix Kowalski pour un recueil intitulé La vie crépusculaire. J’ai la chance de le compter parmi mes « amis Facebook » et il nous régale régulièrement de sa plume douce et très juste.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Perrin_(%C3%A9crivain)

La revue Possibles, crée en 1975, rassemble ainsi au gré de ses numéros poésie et prose, fragments, textes courts, réflexions, et permet aussi souvent de retrouver un hommage particulier à une autrice ou à un auteur. Je vous invite à découvrir les cheminements de ces amoureux de notre langue française que Pierre sait si judicieusement faire cohabiter.

La rentrée de septembre apporta son lot d’allégresses avec la mise en ligne de la formidable émission de France Culture concoctée par Julien Thèves, qui est d’ailleurs un confrère en écriture, consacrée à Paula Modersohn-Becker: j’ai eu la chance de participer à l’émission et d’y côtoyer non seulement mes amis curateurs de Brême et de Worpswede, mais les magnifiques autrices que sont Maïa Brami et Marie Darrieussecq, ainsi que la peintre Maude Maris. Nous avons essayé de brosser un portrait à la hauteur de « notre Paula », si fantastique, dont une œuvre vient justement d’être vendue aux enchères pour plusieurs millions d’euros! Quelle belle reconnaissance !

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/toute-une-vie/paula-modersohn-becker-1876-1907-la-peinture-absolument-9049725

https://www.artmajeur.com/fr/magazine/2-actualites-artistiques/quand-l-art-degenere-triomphe-l-autoportrait-de-paula-modersohn-becker-pulverise-son-record-aux-encheres/340057

Un honneur ne venant, à l’instar du bonheur, jamais seul, j’ai eu la joie de recevoir dernièrement le premier prix de la section « anacréontique » des superbes Joutes poétiques de la société des Rosati d’Arras! Ces joutes sont la version « nordique » de nos Jeux Floraux toulousains, et je vous laisse imaginer ma joie d’y avoir été distinguée.

De Toulouse vers cette perle du Nord le chemin est bien long, et, si je n’ai pas eu le loisir de me rendre à la remise des prix, j’ai pu recevoir la lecture de mon texte en vidéo, que je vous partage ici:

Lecture de mon texte par Madame Francine Grosdenis

Tu es devenu le soleil à la Meuse

Tu es devenu le soleil à ma Meuse

Il fera doux ce jour comme un printemps lilas

Ma jupe sera courte et mon panty de soie

Je ne sais plus vivre sans me dire amoureuse

Tu es devenu le soleil à ma Meuse

Toi mon Rimbaud brûlant mon astre imaginé

Nos textos échangés font de moi Sévigné

Tant de lettres à l’amant tant de tendres murmures

Je ne veux plus parler ouvre la fermeture

Laissons glisser les soies déchire ce corset

Prends moi là nue offerte envahie de baisers

Je veux déshabiller ton corps d’éphèbe aimant

Ne plus craindre les doutes habiter dans l’instant

Tu auras un regard comme brasier heureux

Tes mains seront tisons embrasés dans le feu

Ton souffle inachevé enfin sera tempête

Sur mes seins délivrés tu glisseras ta tête

Nous serons symphonie toccata et arpèges

Mes soupirs voleront comme flocons de neige

Tes émerveillements ta douceur tes morsures

Mes encorbellements le bonheur qui rassure

Nos mots nous le disaient nos corps le prouveront

Tu remontes à ma source au Mont Gerbier de Jonc

Je t’amène bateau ivre en voyage immobile

Cette étreinte attendue aura couleur des îles.

La société des Rosati est donc une société littéraire d’Arras, fondée le 12 juin 1778. Elle est célèbre pour avoir compté Lazare Carnot et Maximilien de Robespierre ainsi que Maurice Fombeure parmi ses membres, et surtout très reconnue pour sa participation active à la vie culturelle et artistique de la région.

On est admis dans la société par cooptation, en étant présenté par une marraine ou un parrain. Dans un souci de perpétuer la philosophie du « Gay savoir » et de préserver la cohésion du groupe, l’admission se fait à l’unanimité.

Les Rosati du XXIè siècle continuent de respecter le rite de réception créé en 1787. La première fois, trois jeunes filles présentèrent au public une rose, une coupe de vin rosé et donnèrent un baiser fraternel. Aujourd’hui, ce sont de jeunes ballerines portées par l’hymne des Rosati, écrit par Marcel Legay, « Écoute ô mon cœur », qui évoluent sur la scène lors du gala de remise des prix. Je vous livre ici le livret de l’édition 2026:

Un autre de mes textes a retenu l’attention d’un jury lors du premier concours de poésie de la ville de Gruissan!

Cette première édition a été inaugurée avec brio par un florilège de créations superbes et par une très jolie brochure dans laquelle une citation de Paul Celan, si cher à mon coeur puisque compatriote de Rose Ausländer, côtoie les mots des organisateurs: « Je ne fais pas de différence entre un poème et une poignée de main. »

C’est bien ce sentiment de fraternité littéraire qui a porté les esprits et les âmes autour des éblouissantes lumières de la Méditerranée, grâce à l’association Les Voix de l’Orgue et à la municipalité de Gruissan dont le maire, Didier Codorniou, écrit: « La poésie est un souffle qui réunit. » Nos textes seront de plus mis en musique, ce qui représente toujours une belle synesthésie artistique…

https://www.delphe-arts-philo.org/

Enfin, il faudra patienter quelques mois avant que je ne vous révèle mon classement à un superbe concours de nouvelles dont je sais d’ores et déjà que je suis lauréate. Rendez-vous au printemps pour l’annonce définitive du palmarès et pour la lecture de ma nouvelle.

Je l’avoue: j’aime ce petit frisson des concours littéraires, cette idée de se colleter avec d’autres esprits autour d’un thème ou d’une région… Oh, bien sûr, ce n’est pas le Goncourt, et je suis bien souvent évincée ou seulement second couteau, mais ce petit aiguillon de l’émulation nous pousse à nous dépasser! Et puis ça me rappelle sans doute l’agrégation à laquelle je me suis inscrite (sans la travailler vraiment…) tant de fois! Car je n’aimais rien tant que ces sept heures d’écriture autour d’un sujet donné lors des épreuves de dissertation, avec cette pression temporelle et cette obligation de rendre une copie parfaite! (On notera que le jour où j’ai compris qu’en fait, ce que je désirais, c’était avant tout écrire – et, au passage, être lue! -, j’ai à la fois réussi le concours et commencé mon cheminement d’autrice…)

Et c’est aussi très porteur que de n’être pas simplement seul dans cet acte de création, mais, au bout du compte, souvent associé.e à d’autres talents dans les revues et brochures où l’on peut découvrir les textes lauréats… C’est pourquoi je continue à jouer le jeu des concours d’écriture! Ce n’est pas tant la récompense qui compte que le fait d’oser participer, même si l’on n’arrive pas sur le podium des lauréats…

Vous pouvez retrouver mes textes sur de nombreux supports, comme dans les magnifiques recueils de nouvelles du Prix de la Nouvelle George Sand, concours dans lequel mes textes ont été régulièrement distingués et auquel je participer quasi religieusement! Mes nouvelles « L’enfant des Matelles », « Puella sum » ou « Les mains de Baptistin » (les deux derniers textes sont aussi à retrouver sur ce blog…) y figurent, par exemple…

https://www.concours-georgesand.fr/publication.html

https://www.concours-georgesand.fr/publication/7/-ricochets-

https://la-nouvelle-george-sand.jimdosite.com/actualites/

Mon texte « Le rossignol et la burqa » se trouve dans l’un des recueils publiés par L’Encrier Renversé de Castres, et il en va de même pour certains de mes poèmes à retrouver en revues…

https://www.ladepeche.fr/article/2012/03/05/1297774-un-joli-cru-pour-l-encrier-renverse.html

Pour retrouver tous les prix que j’ai eu le bonheur de remporter:

https://www.sabineaussenac.com/cv/portfolios/cv-litteraire-2024-25

Je profite de ce petit résumé littéraire pour vous annoncer la prochaine parution de ce qui constituera j’espère un magnifique ouvrage autour du Tarn et de mes racines paysannes paternelles, un opus mêlant poésies dédiées aux personnalités et aux lieux emblématiques de ce beau département et proses racontant la vie de mes ancêtres, gens de peu, paysans, journaliers de la vallée de l’Agoût, jusqu’au début du dix-neuvième siècle. Ce livre paraîtra en 2026 dans une superbe maison d’édition, en français…et en occitan, puisque je traduis mes textes dans la « lenga nostra » à laquelle je suis très attachée! Plus d’infos très prochainement!

J’aimerais en ce 4 décembre conclure ces miscellanées littéraires par un hommage à mon cher Rainer Maria Rilke, né le 4 décembre 1875 dans la merveilleuse ville de Prague et dont nous commémorerons en 2026 le centenaire de la mort (il s’est éteint le 29 décembre 1926 à Montreux.)

Photo du poète devant le musée du Barkenhoff à Worpswede, Basse-Saxe

Vous savez, si vous me lisez, que je travaille assidument à ma thèse de doctorat en recherche-création autour de la colonie d’artistes de Worpswede et de trois de ses créatrices, Paula Modersohn-Becker, Martha Vogeler et… Clara Westhoff-Rilke, qui fut l’épouse du poète! Ce dernier consacra d’ailleurs une célèbre monographie aux artistes de Worpswede et à ce lieu envoûtant; en juillet, lors de mon séjour Erasmus d’un mois (je suis partie, invitée par l’association des musées de Worpswede, interviewer des artistes et des responsables curatoriaux, et ces entretiens, dont certains sont en ligne, feront aussi partie intégrante de la pièce de théâtre qui sera présentée lors de ma soutenance…) j’ai été très émue de tenir entre mes mains un des premiers exemplaires de ce texte, lors de ma visite à la Fondation Paula Modersohn-Becker.

https://www.pmb-stiftung.de/

Si Clara Westhoff et Rainer Maria Rilke ne vécurent ensemble que très peu de temps et que bien d’autres femmes occupèrent le cœur du poète, ils ne divorcèrent pas et conservèrent un lien affectif et intellectuel majeur. Clara s’éloigna d’ailleurs à peine de Worpswede et partit s’installer avec leur fille Ruth à Fischerhude, un autre village de Basse-Saxe. Sa maison, devenu un café, se nomme toujours « Das Rilke-Haus »…

http://www.cafe-im-rilke-haus.de/

Et dans cette dénomination aussi on peut percevoir l’invisibilisation de la sculptrice, dont la présence en ce lieu est éclipsée par la renommée de son auguste époux – cette thématique fait partie des fils conducteurs de ma thèse…

Clara Westhoff-Rilke et Rainer Maria Rilke

Cependant, en ce jour d’anniversaire, l’heure n’est pas à la polémique mais à l’hommage!

Un dieu le peut… 

Un dieu le peut. Mais comment, dis,
l’homme le suivrait-il sur son étroite lyre ?
Son esprit se bifurque. Au carrefour de deux
Chemins du cœur il n’est nul temple d’Apollon.

Le chant que tu enseignes n’est point désir :
ni un espoir, enfin comblé, de prétendant.
Chanter c’est être. C’est au dieu facile.
Mais quand sommes-nous ? Et quand

met-il en nous la terre et les étoiles ?
Non, ce n’est rien d’aimer, jeune homme, même si
ta voix force ta bouche, — mais apprends

à oublier le sursaut de ton cri. Il passe.
Chanter vraiment, ah ! c’est un autre souffle.
Un souffle autour de rien. Un vol en Dieu. Un vent.

Cité dans

https://www.eternels-eclairs.fr/poemes-rilke.php

J’en profite pour mettre le lien vers une création digitale autour de Rilke présentée il y a quelques mois lors d’une journée d’études, dont le texte figurera bientôt dans une grande revue universitaire; en cliquant sur ma chaîne, vous retrouverez les vidéos autour de Worpswede déjà mises en ligne.

Je me permets enfin de reposter ce texte de 2011, avec sa splendide mise en mots par mon amie Corinne… Je ne suis ni Rilke ni détentrice d’un « grand » prix littéraire, mais j’ai commis cette brève réécriture des célèbres « Lettres à un jeune poète »:

Chère jeune poétesse!

Vous me demandez si vos poèmes méritent d’être nommés poèmes. Vous me demandez si vous êtes une poétesse.

Que vous répondre, chère jeune poétesse, que vous répondre, si ce n’est que la nuit vous sera vie.

La nuit, lorsque soufflera l’Autan et que Garonne gémira comme femme en gésine, vous le saurez.

La nuit, lorsque seul le rossignol entendra vos soupirs, vous le vivrez.

Vous vivrez ces instants où le mot se fait Homme, où quand d’un corps malade jaillit cette étincelle que d’aucuns nomment Verbe, quand certains la dédaignent; les étoiles apparaissent, et des mondes s’éteignent.

Vous me demandez, jeune amie, si vous êtes faite pour ce métier d’écrivain.

Mais écrire, belle enfant, ce n’est point un métier, ce n’est pas un ouvrage.

Poésie et argent ne font pas bon ménage, poésie est jalouse, et le temps est outrage.
Vous verrez le soleil dédaigner vos journées, et les ors, les fracas, les soirées et les fêtes, bien des autres y riront, se payant votre tête.

Seule au monde et amère, comme un fauve en cavale, vous lirez, vous irez, sachant mers et campagnes, portant haut vos seins doux, vos enfants en Cocagne. Loin de vous les amours, parfois quelque champagne.

Mais les mots, jeune amie, les mots, ils seront vôtres.

Vous les malaxerez comme on fait du pain frais, vous les disposerez en lilas et bouquets, vous en ferez des notes, des sonates, des coffrets.

Et quand au jour dernier vous serez affaiblie, vos mains seules en errance, votre bouche enfiévrée, on vous murmurera qu’on vous a tant aimée.

Mais il sera trop tard: vos vers auront fugué.

Alors soudain des peuples chanteront vos ramages, on vous récitera, des statues souriront; un écolier ému relira quelque page. Et un soir, quelque part, au fin fond d’un village, ou dans un bidonville, enfumé et bruyant, une jeune fille timide osera les écrire, ses premiers vers d’enfant, vous prenant en modèle.

Alors ma jeune amie, ce jour-là, doucement, comme en ronde éternelle:

vous serez poétesse.

Vous trouverez peut-être que cet article part dans tous les sens… Mais je n’ai jamais su choisir entre mes deux pays, entre toutes mes passions, et « il me faudrait mille ans » pour écrire tout ce dont j’ai envie de parler, comme le raconte ce texte ou ces méli-mélo de poèmes…

https://www.poesie-sabine-aussenac.com/

Et si vous aussi, vous tentiez votre chance en écriture??

** Lien vers un site répertoriant tous les concours de nouvelles:

** Lien vers un site collectant les concours de poésie, et autre lien vers nos chers Jeux Floraux toulousains!

http://www.poetika17.com/concourspoesie.html

Une vie à réinventer… #retraite #enseignement

Dernières heures.

Dernières minutes.

Dernières secondes.

Dernière surveillance.

Après les dernières heures de cours, les derniers conseils.

40 ans. 40 ans qui se terminent comme ça, doucement, en catimini, dans le silence feutré entrecoupé de quintes de toux et de stylos qui tombent, dans le clair obscur d’une salle où transpirent de jeunes esprits qui se collètent avec une épreuve de spécialité, dans les moiteurs et les empressements.

Pas d’au-revoir, pas de pot de départ, pas d’annonce claironnante quand tu n’es que TZR ( un peu comme contractuel, mais en fait agrégée en fin de carrière sans poste fixe).

Dehors, ces trombes d’eau qui transpercent un ciel de fin du monde, un ciel presque jaune, en étrange début d’été aux allures de Toussaint.

Demain ce sera la fête de la musique, comme lors de ta première, celle où tu avais aussi vu Crosby Stills and Nash au Zénith de la ville rose. Comme ces années sont passées vite…

1984, année de mon CAPES…

Tu as encore en tête le goût de ton tout premier cours, celui avant lequel un collègue pressé t’avait dit ‘ Tiens, voilà les clefs et la salle de ronéo, tu prends les craies chez le concierge!’. Tu te souviens de la bouille ronde de ces sixièmes comme autant de petits chats, attachants et joueurs, comme tu te souviendras toujours de cette dernière cuvée, des étreintes, le dernier jour, avec trois filles de seconde, de leurs petits mots gentils, du sourire de tes premières si reconnaissants et des échanges adorables et forts avec tes terminales.

Tu prévois peut-être un récit, un livre. 40 ans! 40 ans!!!!! 40 ans à raison d’une cinquantaine à plus d’une centaine de têtes blondes à accompagner par année, au gré des réformes diverses, à naviguer entre collège, lycée et BTS, à avancer, à se renouveler, à toujours croire en EUX, en leur potentiel de jeunes humains en devenir. À essayer de ne jamais les décevoir.

Tu te souviens de cette époque d’avant internet, quand déjà tu leur faisais faire des cassettes audio que tu écoutais en faisant ton repassage avant Ciel mon mardi. Tu n’as jamais oublié les montages que certains faisaient en utilisant les chansons de Grönemeyer…

Tu te souviens de ces élèves des petits collèges de campagne, si naïfs et gentils. De tes élèves de ZEP qui disaient ´ Ich liebe dich’ durant l’appel, ou ´Ich bin ein Berliner!’ De tes élèves de CHAM, les sections musique, brillantissimes et drôles, de Sissi qu’ils adoraient, de leurs rêves immenses. De cette élève de Roubaix dont le grand rêve, justement, était de devenir caissière.

De ceux qui sont morts, de celle qui a eu un accident de scoot, de celui qui s’est tiré un coup de fusil dans le ventre, de celui que son père a tué entre midi et deux d’un coup de fusil de chasse avec sa mère, de celui qui n’a jamais quitté ton cœur, dont la voiture s’est emboutie sous un camion. Maud, Jérôme, Michel, je dis vos noms.

Tu te souviens des repas de classe, quand tu étais jeune prof et que tu allais à ceux de tes Terminales qui avaient presque ton âge, quand ton collègue de philo faisait mine en te voyant de te prendre pour une nouvelle élève, et puis cette guitare dans ton jardin quand Vincent jouait La fille du coupeur de joints et Mistral gagnant sous le grand catalpa.

Tu te souviens du CD de la Traviata qu’on t’a offert devant le lac du jardin Lecoq. L’auteur de ce présent est toujours ton ami. Merci, Jean.

Tu te souviens des fous-rires, tellement innombrables, tellement plus que tu ne te souviens des heures difficiles. Bien sûr, elles ont existé aussi, ces classes désagréables dès la rentrée, ces moments de luttes intestines répétitives et usantes, comme si certains groupes parfois espéraient sonner l’halali en t’acculant à la colère, mais jamais tu ne cédas ni ne renonça au dialogue. Et tu préfères d’ailleurs te souvenir des farces de celui que tu avais eu presque 6 ans ( 2 secondes, 2 premières etc….!) et qui un jour avait mis une poubelle remplie d’eau en équilibre sur le haut de la porte:)

Dans cette même classe, les garçons avaient aussi écrit un jour ´ Ich liebe dich’ sur leurs paupières, on le lisait quand ils fermaient les yeux!

Tu te souviens, de ces mêmes années, du groupe d’élèves No name, dont tu avais d’ailleurs écrit le nom sur ta trousse, que tu avais écouté dans un bar non loin du lycée. Le guitariste est devenu connu, je le salue au passage!

Et puis les chaussettes musicales qui faisaient un chant de noël que toi aussi tu as portées une année, pour leur faire une farce à ton tour !

Tu te souviens des langages codés si créatifs, des ´chutez-vous’ en lieu et place de ´chut’ de tes élèves des quartiers! Et de certains visages inoubliables: ma chère Ophélia devenue une amie de mon fils, ma talentueuse Clarisse, ma douce Sèverine qui me doit sa famille (😎), et puis celui qui venait en cours en cravate et savait qu’il étudierait à Oxford, en 4e, et les brillantissimes, et tous ces cancres adorables…

Tu te souviens à peine des collègues, car somme toute ce sont les élèves, surtout, qui t’ont portée et soutenue lors de cette longue carrière! C’est sans doute lié au fait que tu as, au bout de dix ans, perdu ton poste fixe pour ne jamais en retrouver un. Mais tu garderas contact, c’est certain, avec quelques profs au grand cœur rencontrés au gré de tes affectations, et avec ce magnifique groupe FB de profs d’allemand, si riche en échanges et en conseils! Et tu n’as pas oublié l’accompagnement précieux de l’Institut Goethe durant toutes ces années, avec ton inoubliable stage à Berlin, ni les engagements forts et incessants de l’ADEAF…

https://www.adeaf.fr/#

Tu as une pensée émue pour tes chefs d’établissement, surtout pour deux d’entre eux disparus, eux aussi. Pour toutes les âmes qui portent à bout de bras les établissements où tu as travaillé, les petites mains qui nettoient et qui servent les repas, les piliers que sont les secrétaires de direction, les AESH qui accompagnent les élèves différents, la ruche bourdonnante de la vie scolaire, les sourires des personnels d’accueil…

Tu te souviens de ces petits matins blêmes quand, vers 4 h 30, tu te levais avant de prendre bus, métro, train et car pour rallier St Girons et longer les eaux vives du Salat. Et des centaines de trajets en TER entre Auch et Toulouse. Tu te souviens des milliers de copies corrigées, et de tous ces oraux de bac…

Trajet entre mon lieu de vie à Auch et trois postes, gare de l’Isle-Jourdain…

Tu te souviens du sms reçu par un élève dont le père était gendarme, quelques minutes après la tuerie de Merah à l’école juive. Tu te souviens d’Imagine chanté par tes élèves après le Bataclan.

https://www.huffingtonpost.fr/actualites/article/myriam_199095.html

Tu te souviens des cris de joie des bacheliers, des fronts soucieux des sixièmes, des confidences entre deux cours, de toutes les marques de confiance. Des gâteaux de l’Aïd apportés par les mamans, des Plätzchen de Noël faits par les élèves, des flashmobs et des repas allemands à la cantine.

https://www.huffingtonpost.fr/actualites/article/je-devins-une-enfant-de-l-europe_10388.html

Tu te souviens du café pris au soleil devant la salle des profs, devant la grande cours de Blaise, en écoutant U2 au Walkman, et de la fois où tu t’es infiltrée à la soirée bac au Diam’s. De la Perdrix et du Phydias, et du bar Chez l’Ogre, où les frontières se faisaient floues.

Montage fait par un Terminale qui savait ma passion pour U2…

Tu te souviens des inspections, de celle où tes filles avaient eu une gastro toute la nuit et où tu avais réparé ta branche de lunettes avec du scotch.

https://www.huffingtonpost.fr/actualites/article/vous-avez-dit-cayenne_466.html

Tu te souviens des dizaines d’expositions faites au gré des semaines franco-allemandes ou des semaines des langues, et des magnifiques soirées passées avec les assistants étrangers ou avec les parents durant les échanges…

https://annexeplochingen.blogspot.com/

***

Le thème de la dernière nouvelle que tu as écrite pour un concours était… Nouveau départ.

Oui, c’est bien cela, tu vas prendre un nouveau départ, et d’ailleurs tu te sens exactement comme à 18 ans, puisque, sans conjoint, sans maison, tu es libre comme l’air ( bon, presque, car encore très nantie de parents et d’enfants 😇) et donc capable, en théorie, d’enfin faire ce qui te plaît plaît plaît… Vas-tu voyager enfin, le faire, ce road trip à travers les States? Découvrir le Japon dont tu rêves, ou, plus prosaïquement, le Portugal? Enfin aller à Rome ou en Écosse?

Prendras-tu le temps de démarcher les éditeurs pour tes trois romans, pour les centaines de nouvelles et les milliers de poèmes? Seras-tu invitée au Marché de la Poésie ou aux Voix Vives de Sète, aux foires du livre? Quitteras-tu un jour les briques rouges pour les rives du Rhin?

Dernières heures.

Dernières minutes.

Dernières secondes.

La pendule marque presque la fin de l’épreuve et de ma fonction d’enseignante du secondaire.

Il va falloir trouver un temps nouveau, ne plus s’accrocher à ce découpage des agendas au papier tout neuf qui fleurent bon vendanges, des conseils de classe aux parfums de mandarine d’avant Noël, des ponts du mois de mai et des examens où l’on devine déjà la ligne bleue de Mare nostrum…

Ma vie est à réinventer.

( …et d’ailleurs ma date de départ à la retraite est le… premier octobre!!! Mais je pense que le mois de septembre se passera à couvrir des livres dans un C.D.I…😎 )

http://www.jimlepariser.fr/l%E2%80%99hymne-a-la-joie/

Et deux interviews dans le Café Pédagogique:

https://www.cafepedagogique.net/2024/06/27/sabine-aussenac-professeure-dallemand-jai-ete-une-prof-heureuse/

https://www.cafepedagogique.net/2024/07/04/sabine-aussenac-professeure-dallemand-jai-ete-une-prof-heureuse-2/

Arroser les souvenirs irisés

R êver aux jours

E ncore si proches et pourtant

T rès lointains,

R ire en se souvenant de mille joies,

A rroser les souvenirs

I risés qui rassemblent

T endresses et douleurs:

E nfanter vie nouvelle…

**

Florilège des superbes travaux réalisés par les élèves au fil des ans…:

https://lallemagnetoutunpoeme.blogspot.com/2024/02/ma-belle-allemagne.html

Rose Ausländer aux Cahiers de Colette #rencontrelittéraire #Paris #librairie

Comme elle aurait été heureuse, ma Rose, de revoir Paris! En 1939, déjà, si peu de temps avant la canonnade, elle avait rendu visite à la ville lumière. Et lors de son grand tour d’Europe de 1957, son séjour parisien, avec sa rencontre avec Paul Celan, avait fait partie de ses dates clefs…

Quelle fierté pour moi que d’être reçue dans l’antre de Colette, dans cette librairie phare, adresse incontournable de tout lecteur parisien qui se respecte…

http://www.lescahiersdecolette.com/

Merci à cette grande dame des lettres parisiennes de son accueil, et des sourires de Nicolas et Thomas – Thomas qui vient du Sud-Ouest, lui aussi ! – . La rencontre, présentée par Antoine Spire, le directeur de la collection Judaïsmes, qui héberge mon essai, a permis de mettre en perspective quelques-uns des thèmes développés par l’ouvrage et de mettre en avant la personnalité de cette poétesse encore trop peu lue en France, malgré les remarquables travaux universitaires qui lui ont été consacrés.

Ce fut un régal que de répondre à ses questions autour du livre, puisque Antoine Spire, l’une des voix de France Culture, est bien entendu plus qu’à l’aise dans l’exercice ! J’ai pu compter aussi sur le précieux soutien du préfacier, Laurent Cassagnau, de l’ENS Lyon, qui a eu la gentillesse de nous apporter ses pertinentes réflexions.

Merci encore aux amis qui sont venus nous écouter parler de Rose…

Et comme il n’y a pas de hasard, c’est bien le sourire d’Anne Frank qui a veillé sur cette rencontre, puisque juste avant le début de la conférence j’ai enfin découvert le Jardin d’Anne, non loin de la librairie et du mahJ… Anne grâce à laquelle « tout a commencé », lorsque j’avais découvert, enfant, à la lecture de son Journal, que mon deuxième pays, l’Allemagne, avait abrité l’Indicible…

Voici quelques photos qui ont immortalisé l’événement aux Cahiers de Colette, et les liens vers les vidéos mises en ligne. Merci à Sarah et Julie, les photographes ! (Les photos sont en libre accès FB)

Pour aller plus loin, deux articles de Laurent Cassagnau au sujet de Rose Ausländer:

« Rose Ausländer et la poésie américaine » in Etudes germaniques 58 (2003) 2, p.211-232

« Mémoire et souvenir: à propos de Schnee im Dezember de Rose Ausländer » in Rose Ausländer. Lectures d’une oeuvre (sous la dir. de J. Lajarrige et M.-H. Quéval), Nantes: Editions du Temps, 2005, pp. 101-115

https://sortir.telerama.fr/paris/lieux/boutiques/les-cahiers-de-colette,25231.php

https://fr.wikipedia.org/wiki/Antoine_Spire

Joyeux Noël! #noël #Weihnachten #Xmas #poésie

J’ai repris cette année la thématique de l’acrostiche autour de la paix demandé par un blog littéraire autrichien…De belles fêtes en lumières à vous et tous vos aimés, prenez soin de vous!

***

Dieses Jahr als Folge meines Textes auf einem schönen literarischen Wiener Blog…

Feiert schön und bleibt gesund!

Joyeux Noel!

Jouets épars sous ruines sombres en Ukraine,
On y rêve de paix, grelottant dans le noir…
Yeux fiévreux des enfants et des mères perdues
En Méditerranée : notre monde chavire,
Un bateau ivre en sa terre souillée… Mais pour
X raisons décembre nous voit guillerets,

Nostalgiques des antans et de leurs neiges,
Ornant maisons et cœurs aux couleurs du bonheur :
Elle vit, l’espérance, moineau fragile,
Liant tous les hommes à l’étoile du berger.

Frohe Weihnachten !

Fröstelnde Spielzeuge in Ruinen,
Rieselnder Schnee sehnt sich nach Frieden.
Oh sieh die Kinder und Mütter,
Hier im Meer ertrinken sie, wie unsere Welt…
Erde, Du weinst und ringst um Luft,

Wenn Du besudelt unter den Menschen
Erstickst.
Immer wieder diese Fehler…
Heute aber wollen wir
Nicht mehr trauern, sondern
Alle zusammen einen
Chor gründen, und singen und jubeln für
Hoffnung und Liebe:
Traut Euch und bildet
Eine einzige neue, heilige Welt! Dieses Weih-
Nachten ein Licht für die Menschheit…

Une pensée spéciale envers notre tante Jeannine qui nous a quittés récemment…

À la Une

Rose Ausländer, une grande voix juive de la Bucovine #essai #poésie #judaïsme #RoseAusländer #Allemagne #Ukraine

https://www.editionsbdl.com/produit/rose-auslander/

Enfin! Mon essai est sorti, tout bleu comme un ciel d’été enrobé du cercle stellaire! Merci à Jean-Luc Veyssy et aux éditions du Bord de l’Eau d’accueillir Rose et ses poèmes, et d’avoir permis l’existence de cet ouvrage passerelle entre poésie et judéité. Merci à Antoine Spire, le directeur de la superbe collection Judaïsme, pour son accompagnement, et à Laurent Cassagnau de l’ENS Lyon pour sa très belle préface. Voici la présentation de l’éditeur:

« Rose Ausländer, dont les poèmes sont traduits dans le monde entier, fait partie des figures majeures de la littérature allemande du vingtième siècle. Sa voix demeure pourtant quasi ignorée en France en dehors de cercles universitaires, alors même que son ami et compatriote Paul Celan la portait en haute estime et qu’elle est considérée comme l’une des grandes poétesses de la Shoah, au même titre que Nelly Sachs. C’est cette injustice que Sabine Aussenac a voulu réparer en retraçant les flamboyances culturelles de Czernowitz, la « petite Vienne » de la Bucovine, avant de fixer les béances du ghetto, de la Shoah et de l’exil, jusqu’à la renaissance en poésie de Rose Ausländer. Et c’est bien autour de cette césure fondamentale du génocide et de la problématique de la judéité que se noue le lien passionné de la poétesse à son public allemand, en miroir du rapport intime et universel la liant à son peuple et à sa religion. Lire cette poésie, c’est aussi se sentir transporté aux confins de la Mitteleuropa ou dans le staccato de l’exil new yorkais avant de se recueillir dans l’atmosphère épurée et stellaire de la langue-souffle d’une poétesse dont la voix ne vous quittera plus. »

J’ai voulu, en écrivant ce texte qui est aussi l’antichambre du roman que j’espère un jour publier autour de Rose, faire découvrir cette femme exceptionnelle et ses milliers de poèmes à un vaste lectorat francophone, tout en articulant ma recherche autour des liens entre sa poésie et le judaïsme.

La voix de Rose bouleversera les âmes sensibles à la poésie; son destin saura aiguiser la curiosité des passionnés d’Histoire; sa langue émerveillera les germanophiles; sa résilience, miroir d’une époque, inspirera tous les exilés, tous les opprimés; son courage devant la guerre, lors de la Shoah et face à la maladie forcera l’admiration de tous.

Et chacun de ses textes, petite lumière en écho aux étoiles qu’elle aimait tant, nous offre en quelque sorte la possibilité de devenir un Mensch… Mon essai, en effet, s’inscrit aussi dans une lutte incessante contre l’antisémitisme.

Enfin, n’oublions pas que Czernowitz, capitale de la Bucovine, se situe aujourd’hui en Ukraine… Lire Rose, c’est aussi dire non à toutes les guerres!

N’hésitez pas à me contacter via le formulaire de ce blog si vous souhaitez acquérir un ouvrage dédicacé. 

Un dernier appel à destination de l’édition: Helmut Braun, le découvreur, l’ami et le légataire de Rose Ausländer, devenu aussi un proche collaborateur, m’a chargée de traduire certains recueils de Rose… Nous sommes donc à la recherche d’un accueil en poésie….

https://www.lyrikline.org/de/gedichte/noch-bist-du-da-555

Noch bist du da

Wirf deine Angst
in die Luft

Bald
ist deine Zeit um
bald
wächst der Himmel
unter dem Gras
fallen deine Träume
ins Nirgends

Noch
duftet die Nelke
singt die Drossel
noch darfst du lieben
Worte verschenken
noch bist du da

Sei was du bist
Gib was du hast

Pour le moment tu es encore là

Jette ta peur
en l’air

Bientôt
ton temps sera passé
bientôt
le ciel poussera
sous l’herbe
tes rêves tomberont
dans le Néant

Pour le moment encore
l’oeillet embaume
la grive chante
pour le moment encore
tu as la chance d’aimer
d’offrir des mots
pour le moment tu es encore là

Sois ce que tu es
Donne ce que tu as

https://avecmavalisedesoieroseauslander.home.blog/2019/05/11/avec-la-valise-de-soie-un-voyage-sur-les-traces-de-rose-auslander/

sabine-aussenac-dichtung.blogspot.com

En ouvrant le dormant réveillé #documentaire #Francis Fourcou #Stralsund #LesPortesdeStralsund #Allemagne

http://Par Dr. Hans Jürgen Groß — Travail personnel, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=37898111
Place de l’hôtel de ville, Stralsund

Il n’est pas courant de voir un film sur l’Allemagne réalisé par un Français. C’est donc avec une grande curiosité que j’ai découvert, au hasard d’une rencontre, le remarquable travail que Francis Fourcou a consacré à l’autre « Venise du Nord », la ville hanséatique de Stralsund, et à ses portes. « Les portes de Stralsund », quel titre étrange pour nous, habitants de l’Hexagone, si peu au fait des particularités et des richesses de notre voisin germanique dont nous ne connaissons souvent, hélas, que quelques clichés touristiques.

C’est à un lent cheminement que nous convie le réalisateur, rythmé par la mélodie sans cesse renouvelée de quelques accords d’orgue et par le ressac de la Baltique que les Allemands nomment « mer de l’Est », « Ostsee »… Francis Fourcou est un habitué des chemins ; son Camino, il l’a par exemple arpenté de Garonne à Collioure, au gré du chemin de halage du Canal du Midi, arpentant les Corbières, escaladant les citadelles du Vertige cathare, en déambulation poétique entre Serge Pey, l’une des voix majeures de la poésie contemporaine (publié dans la Blanche de Gallimard, rien que ça !)  et Antonio Machado, dans Serge Pey et la boîte aux lettres du cimetière, en 2018.

Le cinéaste aime à fouler ainsi les traces de l’Histoire, détricotant les destinées, caméra sur l’épaule, avec l’œil aiguisé du documentariste et son âme de poète. C’est aussi le cadeau qu’il a fait au public avec Laurette 1942 lorsqu’en 2016 il nous a offert l’histoire de cette jeune volontaire de la Cimade, engagée auprès des internés de différents camps français du sud de la France, puis dans la Résistance. Car le réalisateur malaxe le temps long du passé tout en posant habilement des jalons pour rêver l’avenir, en questionnement permanent sur les noirceurs et les peurs qui agitent l’humanité, comme dans Le Juste et la Raison, un documentaire consacré à la démarche presque spirituelle d’un couple de psychiatres toulousains, avant d’imaginer à ce qui nous unit par-delà les haines fratricides, au gré des magnifiques dialogues interreligieux de son opus Convivencia

Et c’est bien là le sens profond des réflexions cinématographiques de ce Toulousain passé par Louis Lumière et ayant déjà fait plusieurs fois le tour de cette terre qu’il aime à nous montrer : que ce soit au son des bâtons avec lesquels le poète Pey frappe le sol ou en modulant les discours de Jaurès qu’il envoie outre-Atlantique, ou simplement dans les silences méditatifs ourlant les merveilleuses lumières d’un couchant sur la Baltique, Francis Fourcou prête sa voix à la bonté et à la bienveillance de ceux qui, toujours, tenteront de changer la vie et de transformer le monde.

Wolf Thormeier est de ceux-là, un artisan de Stralsund que le réalisateur accompagne lors de ses restaurations d’une des portes de la cité hanséatique. Très vite, l’on se retrouve emporté par la puissance narrative et cinématographique du sujet : le documentaire est agencé si magistralement qu’une synesthésie saisit le spectateur au gré des plans fixes ou des travellings, bercé par cette voix off qui raconte l’Allemagne et les soubresauts de son histoire tout en voyant se profiler tantôt la silhouette vénitienne de Stralsund, filmée de telle sorte que l’on se croirait dans la lagune d’une toute autre mer, tantôt l’albâtre des lumineuses falaises de Rügen, aussi immuables que sur les toiles de Caspar David Friedrich, quand il nous semble en même temps respirer l’odeur des copeaux de bois ou des laques tout en entendant la ligne de fuite de l’orgue… Il n’en fallait pas moins pour rendre hommage au travail minutieux de ce grand gaillard du Nord, toujours affublé de son bandana de pirate et de ses lunettes rondes, un John Lennon ébéniste qui « imagine », lui aussi, une « fraternité humaine » en restaurant bien plus que les portes de sa chère cité de la Baltique…

Öffnet Türen: Der Stralsunder Restaurator Wolf Thormeier gibt einen Einblick in die Stralsunder Haustürenlandschaft.
https://www.ostsee-zeitung.de/Vorpommern/Stralsund/Hingucker-Historische-Haustueren2

Francis Fourcou le répète : les ports aussi sont des portes, creusets des chemins maritimes et des échanges, et Stralsund ne déroge pas à la règle, ville ourlée par une mer que se partagent entre autres l’ambre letton, les forêts de Rügen -le parc national de Jasmund est classé au patrimoine de l’UNESCO…- ou les nocturnes de Chopin, une mer dont les secrets gisent dans les grands fonds où dorment encore des navires et des sous-marins échoués… Cette thématique de la porte, battant ouvert ou fermé séparant l’oïkos de l’agora, soutient toute la symbolique de cette réflexion cinématographique confinant à un conte philosophique dont l’héroïne serait ce grand vantail d’abord échoué comme un oiseau blessé qui, au fil des soins apportés par Wolf, va peu à peu recouvrer sa place dans la société allemande si blessée par sa propre histoire et permettre ainsi, en miroir, à cette société d’exister à nouveau en liberté.

Comme elle est radieuse, la cité hanséatique, lorsque le soleil perce la brique de cet incroyable hôtel de ville dont l’immense façade projette une ombre dentelée sur la place, ce jeu d’ombres et de lumières rappelant au spectateur combien ce pays a traversé de nuits avant d’oser, à nouveau, se dire démocratie… Comme il est touchant, Wolf, quand il entonne à la guitare l’une des plus anciennes chansons du répertoire folklorique allemand, dont la mélodie remonte au dix-huitième siècle et dont le texte parle d’amour et de secrets portés dans le vent !

http://www.meck-pomm-hits.de/kunst-kultur/niederdeutsch/liedtexte-plattdeutsch/dat-du-min-leevsten-bust-text/

Ces secrets-là se dessinent en filigrane autour des mots du restaurateur, quand le rabot évoque la Hanse, quand le pinceau murmure les destructions liées à la seconde guerre mondiale, quand l’enduit se fait passeur des entraves politiques du régime policier de la RDA : les différentes couches de peinture étouffant la porte restaurée symbolisent bel et bien cette histoire allemande dont les aléas ont à plusieurs reprises enfermé les peuples dans les nasses des dictatures.

Les portes, nous dit encore Wolf, sont le visage d’une maison ou d’un bâtiment. Et quand Francis Fourcou nous affirme de son bel accent toulousain que le restaurateur va « ouvrir le dormant réveillé », avec cette merveilleuse image du dormant de la porte qui évoque bien sûr ce peuple allemand et aussi une ville englués dans l’immobilisme, stratifiés dans une histoire souvent sombre, le spectateur perçoit l’immense émotion qui fait de Wolf un alchimiste ; la peste brune et les képis des Vopos vont s’effacer devant l’incomparable lumière de la Baltique, la brique de l’église Saint-Nicolas s’éclairant du même corail qu’à Toulouse, ce corail que le soleil arrose sur l’église Saint-Sernin, en belle passerelle européenne des peuples réconciliés. Car cette ex Allemagne de l’Est elle aussi s’est réveillée, a su sortir des années difficiles de la dictature qui faisait de chaque personne frappant à une porte un potentiel danger. Ne demeurent que la lumière qui irradie aussi depuis les célèbres falaises de craie toutes proches, et un sens de l’accueil envers tous ces gens qui naviguent depuis d’autres mers vers l’Allemagne et l’Europe, même si, outre-Rhin comme en France, les démons du populisme grattent toujours à la porte…

Francis Fourcou, lui aussi, est un passeur, un passeur de mots, d’images et d’histoires, et ce film saura sans aucun doute trouver son public, en Allemagne comme ailleurs. Il a d’ores et déjà reçu un accueil enthousiaste à Stralsund, comme en témoigne cet article, car les Allemands ont à présent envie de décrypter leur propre histoire et, comme le restaurateur, d’en gratter les différentes couches afin de ne garder que le Bon et le Beau.

Le public français, qui connaît si peu les paysages et les villes allemandes, aura sûrement aussi un coup de cœur pour ces Portes de Stralsund et, pourquoi pas, l’envie d’aller visiter cette Allemagne si proche et si lointaine à la fois. D’autres villes de l’est attendent encore une renaissance en lumière, et méritent que l’on lève les yeux vers les frontons encore frissonnants des grands vents de l’Histoire, comme Görlitz, la belle endormie de la frontière polonaise, tandis que d’autres cités déjà radieuses offrent déjà au visiteur leur superbe éclat, telles Dresde ou Leipzig.

Fichier:Peterskirche Goerlitz.jpg
Görlitz, Peterskirche, Wikipedia, creative commons.

Oui, il faut aller en Allemagne ! Ce n’est qu’ensemble que nous conserverons une identité européenne si précieuse car synonyme de paix. Ce film en témoigne.

http://www.allemagnevoyage.com/regions/Mecklembourg/stralsund.html

Pour n’oublier personne, n’oublions pas qu’un film est aussi un travail d’équipe ; il convient de saluer le remarquable engagement de toute cette petite constellation entourant le réalisateur, comme par exemple au son la fidèle Agnès Mathon, qui accompagne Francis Fourcou depuis longtemps, ou bien encore la talentueuse comédienne Ilka Vierkant qui prête sa voix allemande au film. Enfin, n’oublions pas que le talent est une affaire de famille, puisqu’un certain Paul Fourcou a assisté son père lors du tournage. En allemand, on dit que « la pomme ne tombe pas loin de l’arbre » !

À Toulouse, le film sera projeté lundi 18 octobre à 19 heures à la Maison de l’Occitanie, dans le cadre de la dynamique Quinzaine franco-allemande. (11, rue Malcousinat.)

Aucune description de photo disponible.
La « mer de l’Est » à Sellin; crédits Sabine Aussenac.

Caspar David Friedrich

*

Dunkle Wege der

Tannen. Wurzeln, Mutterboden, und im Weiten

das Licht.

Insularität der Wälder, Bäume,

aus der Ostsee geboren.

*

Wächter werden am

Baluster des Schwindels, ein Wanderer

über dem Nebelmeer.

Am Königsstuhl jeder Schritt

eine Brandung.

*

Perlmuttmilchig weihen

die Kreidefelsen ins

Malen ein.

Eine Möwe schwebt ins

Weiße.

Rügen, illuminatio

der Schönheit.

*

Caspar David Friedrich

*

Sentes sombres des

sapins. Racines, humus, et au loin

la lumière.

Insularité des bois, arbres enfantés

en Baltique.

*

Se faire guetteur à

la balustre des vertiges, voyageur au-dessus

de la mer de nuages.

Au Königsstuhl chaque pas est

ressac.

*

Entrer en peinture

au gré des nacres et des lactescences

des falaises de craie.

Une mouette se fond dans

la blancheur.

À Rügen, s’illuminer

d’intense.

https://www.senscritique.com/contact/Francis_Fourcou/34660

Rose Ausländer, une grande voix juive de la Bucovine #poésie #essai #judäisme #Shoah

J’ai la grande joie de vous annoncer que mon essai sur Rose Ausländer, « Rose Ausländer, l’autre grande voix juive de la Bucovine », paraîtra courant 2022 dans une superbe collection de la très belle maison d’édition Le Bord de l’Eau

Lire Rose, c’est tout d’abord être aveuglé par l’empreinte de ce linceul lancinant de la Shoah, décryptant dans cet ossuaire testimonial l’itinéraire cette exilée, de la Bucovine à NY jusqu’à l’Allemagne qui deviendra paradoxalement sa terre d’accueil. Cependant, au fil de la découverte plus pointue de l’œuvre abondante de cette poétesse atypique, au gré de l’hétérogénéité de cette langue éclatée et polymorphe, allant de la célébration rilkéénne des débuts à l’indicible pneuma caractérisant les dernières productions poétiques, on en vient à comprendre le silence ausländerien, cette légèreté de l’essence poétique d’une survivante chantant encore le lilas de l’enfance malgré « le lait noir de la mémoire ».

C’est justement cet équilibre entre l’être et le néant, cette force résiliente qui sous-tend toute l’œuvre de la « poétesse de Düsseldorf », voix majeure de la littérature allemande : « Ecrire, c’était vivre. C’était survivre. »

https://www.editionsbdl.com/

« Inventer

un

poème

signifie

être mis au monde

et courageusement chanter

d’une naissance à l’autre »

Quant à mon roman sur Rose, il est toujours en cours d’écriture…

https://avecmavalisedesoieroseauslander.home.blog/