Hommage à Elisabeth Taylor

Liz, ma Liz…

Ses yeux violets, sa bouche ardente, son sourire à réveiller les morts.

Liz, ma Liz, pour moi tu seras toujours la plus passionnée des filles du Docteur March, la rebelle, l’indomptable. Tes colères et tes combats, tes amours, l’ultime retour vers ton Richard, tu étais Hollywood à toi toute seule.

J’ai su, en te regardant, que moi aussi, j’aimerais…

Oui, tu étais la quintessence de la femme, les empereurs à tes pieds, égérie de tous les toits brûlants, dominant même les géants.

Liz Taylor et James Dean sur le tournage de "Géant".
Avec James Dean sur le tournage de « Giants »

J’ai grandi avec vous, mes monstres de l’Actor’s studio, et quand de ce côté de l’Atlantique, la télé nous montrait encore la série des « Gendarmes » (mais les Rois Maudits, aussi, c’est vrai), elle avait aussi la décence de nous présenter, aux heures de grande écoute et sans passer par des abonnements supplémentaires, tous les merveilleux films de Minelli et autres Capra. Petite fille encore, je savais déjà que tu étais, Liz, la vie, la vraie, malgré l’opacité de cet écran de cinéma et des rediffusions de l’ORTF. Tu m’as fait montré l’autre côté du miroir: merci.

Mon film préféré? The Sandpiper, entre mille : celui où tu incarnes cette femme, artiste peintre, qui vit librement dans les collines au-dessus de Big Sur, en Californie ; tu y élèves ton fils, en toute liberté, sans contraintes, et tu vas vivre une passion extrême avec le pasteur qui dirige l’internat où les autorités t’obligent à placer ton enfant.

Certes, cette pimbêche d’Eva-Marie Saint aura le dessus, avec ses cols fermés et ses twin sets. Mais tu as gagné, ma Liz : toi et Richard vous serez roulés dans le sable du Pacifique comme dans la célèbre scène de « Tant qu’il y aura des hommes », vous aurez aimé, vous aurez vécu.

Libres.

Tu as demandé que l’on prie pour toi sur Twitter. Ne t’inquiète pas, Liz : Saint-Pierre a déjà craqué pour ton regard violet : il t’a sans doute déroulé le tapis rouge.

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(article publié le 23 mars 2011 sur le net, dans le défunt « Post » et dans le « Journal des lecteurs » de Sud-Ouest…

http://lecteurs.blogs.sudouest.fr/archive/2011/03/24/liz-ma-liz.html)

Et si… Happy birthday…!! #Noël #femme

Et si…

 

Il faisait chaud, tellement chaud.

L’éponge imbibée de vinaigre que venait de lui tendre une des soldates n’avait en rien étanché sa soif.

Elle jeta un coup d’œil rapide à sa main droite, sa bague avait été arrachée par le clou… Dommage, eut-elle encore la force de penser, c’est Jeanne qui la lui avait offerte…

Elle se souvint des derniers moments où elles avaient ri, toutes ensemble.

Elles avaient partagé le pain et le vin et même dansé un peu…

Jusqu’à ce que la treizième convive arrive, gâchant un peu l’ambiance. Pierrette n’avait pas voulu croire à cette histoire de reniement. Sacrée Pierrette, tellement solide, tellement fragile, pourtant…

Elle ferma les yeux. Toutes ces années… Tant de souvenirs, et pourtant, ces 33 années étaient passées si vite…

Tout se mêlait dans son esprit, depuis ses disputes avec les marchandes du temple, du haut de son adolescence houleuse, aux belles jarres de vin de Cana, en passant par l’eau lustrale du Jourdain, quand les douces mains de Jeanne l’avaient baptisée…

Elles en avaient parcouru, des chemins, avec ses amies, la courageuse Mathilde, la belle Marcia… Que de fous-rires, aussi, comme lorsqu’elles avaient marché sur l’eau, que de solitudes, pourtant, que de doutes, de tentations, de combats… Sa vie de femme mise au ban, malgré les tendresses de Jean de Magdala, toujours prêt à vouloir la frôler en prétextant quelques lavages de pied…

Marie lui avait aussi si souvent parlé de la première nuit, la nuit de l’étoile… Elle la connaissait par cœur, l’histoire de l’errance à travers Bethléem, de la paille de cette grange, de l’âne et du bœuf, des trois Reines Mages et de leurs encens…

Elle soupira.

Elle aurait aimé rester encore un peu ici-bas, mais elle savait que son temps était compté.

« Mère, mère, pourquoi m’as-tu abandonnée ? » gémit-elle soudain, envahie par une faiblesse somme toute bien humaine…

Soudain, une des deux larronnes se mit à chanter. Une belle mélopée, venue tout droit du pays des dattes et du miel.

Alors, elle aussi se redressa sur sa croix.

L’heure était proche. Elle avait une humanité à sauver. Ce n’était pas le moment de flancher. Elle regarda une dernière fois cette terre qu’elle aimait tant, sourit à Marie, agenouillée devant elle, puis s’abandonna à sa destinée, guidée par l’étoile, comme le jour de sa naissance.

***

 

http://pourainsidire.canalblog.com/archives/2007/10/12/6503528.html

j_sus

De la part d’une truie gauloise, en réponse au texte d’Ivan Rioufol dans la Figaro

 

Qu’un prétendu journaliste employé dans un des plus grands quotidiens de l’hexagone ose mélanger un sursaut masculiniste et un machisme primitif à des relents islamophobes en faisant passer Le Monde pour une Pravda locale à la solde des Khmers rouges ne m’étonne même pas.

Car somme toute, la solidarité masculine n’a pas attendu le scandale Weinstein et la parole féminine –  j’insiste sur cet adjectif, sans avoir écrit « féministe » – ni l’écriture inclusive pour dominer le globe, de tous temps et dans toutes les civilisations, religions, politiques…

Oui, chers mâles blancs, je sais, ça fait mal.

D’ailleurs, étant pour ma part bien moins bornée que mon confrère du Fig, j’irai même jusqu’à écrire « chers mâles du monde entier »…

Oui, parce que quand on connaît les chiffres des violences sexuelles faites aux femmes en Inde, au Maroc ou dans d’autres pays où ne sévit pas le « mâle blanc », il est évident que les accusations de Monsieur Rioufol paraissent ridicules…

Oui, ça fait mal, je sais, de se sentir soudain avili, rabaissé, soumis à l’opprobre de toute une partie de l’humanité, à savoir des femmes ; je ne parle pas seulement des féministes, mais des femmes, de toutes les femmes, solidaires enfin, qui, sororalement, osent (même si mon correcteur d’orthographe me souligne ce mot…), prendre la parole ENSEMBLE.

Donc, le seul fait de dénoncer des actes de harcèlement ferait donc de nous des truies ?

Et alors même que cette parole s’est libérée dans le monde entier, et bien entendu aussi dans les pays arabes, nous, truies de garde, ne mettrions en cause que de vilains mâles blancs ? Ce pauvre Monsieur Rioufol doit décidément vivre en zone blanche, puisqu’il fait mine de pas avoir eu vent du succès mondial du hashtag #balancetonporc…

http://www.slate.fr/story/152684/mouvements-balancetonporc-metoo-exportent

Sachez, cher confère, que ce mouvement n’en est qu’à ses balbutiements. La révolution est en marche, et j’ose espérer que d’autres libérations verront le jour. La langue est, par exemple, en train de se libérer de la gangue masculiniste où l’avaient bâillonnée les savants et les censeurs de l’Académie. Les artistes, un jour, prendront leur vraie place dans la société, car comme le démontrent les chiffres de la SACD et du mouvement www.ousontlesfemmes.org, la parité est loin d’être acquise. La politique a commencé sa mue, les femmes conduisent depuis peu en Arabie saoudite, et, qui sait, peut-être verrons-nous un jour une papesse ?

Je fais comme vous, cher Ivan, je mélange tout, les mâles blancs et les Khmers rouge, les viols de Cologne et les gauloiseries…

Parce que vous avez raison, de l’oïkos du foyer dans lequel le mari bat sa femme comme plâtre avant de la violer, quand il ne l’égorge pas avant d’étouffer aussi leurs enfants, à l’agora du show biz où un gros porc de producteur tout puissant pelote et viole tout pan de chair fraiche passant à sa portée, il n’y a qu’un pas, celui des suprématistes blancs, mais aussi celui des Indiens spécialistes des viols de masse, ou encore des Marocains harcelant une jeune fille handicapée dans l’espace public…

Non, les hommes ne sont pas « tous des porcs », comme vous l’écrivez en vous gaussant de votre propre phrase. Mais il se trouve que pour un film avec Glenn Close décrivant un harcèlement d’une boss envers son employé, il y a des millions de femmes harcelées dans le monde.

Mais il se trouve aussi que partout, depuis la nuit des temps, dans toutes les civilisations, nous, les femmes, avons subi vos dominations, et ce dans tous les domaines.

Pour une Aliénor d’Aquitaine, combien de rois et d’empereurs ? Pour une Pythie, combien de grands prêtres ? Pour une Louise Labé, combiens de poètes ? Et si nous parlions aussi des mutilations sexuelles, des petites filles excisées et infibulées, des femmes girafes, des pieds mutilés des Chinoises ? Et si nous rajoutions la charge mentale permanente et le plafond de verre, et l’inégalité des chances à l’école ?

Oui, cher confrère, la vérité blesse et fait mal. Votre orgueil, vos fiertés de mâles -blancs, noirs, jaunes, rouges…- dominants en prennent un sacré coup. Oui, ils la ramènent moins, soudain, les mâles glorieux qui, levant le coude au bistrot, n’hésitaient à pincer les fesses de la petite serveuse, mais aussi ceux qui, depuis les bancs de l’Assemblée, se vantaient devant les micros ouverts de leurs multiples conquêtes…

Alors au lieu de venir nous servir vos cojones sur un plateau d’argent, mâtinées d’un indigeste et hors-propos gloubi boulga islamophobe qui n’a rien à voir avec la choucroute, mettez un peu votre fierté de côté et venez vous retrousser les manches pour construire, avec les femmes, vos égales, vos semblables, une nouvelle humanité !

Et relisez donc ce texte que j’avais écrit après l’affaire DSK et qui m’avait valu des torrents d’insultes sur Rue 89.

Un matin, le « French lover » disparut. Quelque part, entre la Grande pomme et Paris, comme un vol transatlantique qui soudain disparaîtrait des radars. Pourtant, il avait bonne presse, le French lover. Les femmes se l’arrachaient.

Le French lover, cette indescriptible particularité, cette « delikatesse » à la française, ce parfum subtil, à mi-chemin entre un défilé Dior et la baguette, croisement éternel entre l’Estaque et Les Champs, entre Les Planches et La Croisette. Le French lover, « kéké » des plages ou Président, PDG ou stagiaire, régnait en maître incontesté de ces dames…

C’est qu’on le voyait partout, et ce depuis des siècles. De la Montespan à Mazarine, il avait été de toutes les cours. Il arpentait le globe, sûr de sa superbe, Rolex au poignet et PSG au cœur. Les campings, aussi, et puis les chantiers, et même les commissariats…

« Ici, on baise français. » Et pourtant… Que de souffrances derrière cette appétence toujours renouvelée… C’est que le French lover cachait, en fait, des arrière-cours sordides ; la façade sentait bon les croisées d’hortensias et les apéritifs entre amis : s’y croisaient Brice de Nice et l’Ami Ricoré, au hasard de petits matins volés, de cinq à sept tendance ou de nuits parfumées au Numéro 5.

Mais au fin fond des jardinets ou des caves, derrière les marqueteries et les mondanités, caché par des étals ou des cartons, persistait le souffle rauque des violeurs de province, des maris violents, des oncles graveleux et des grands-pères incestueux.

Car le French lover vivait au pays où l’on n’arrive jamais sans se faire mettre la main aux fesses ou siffler devant un chantier, quand on ne terminait pas abattue comme un lapin devant une gendarmerie ou brûlée vive.

Oui : le French lover, avouons-le, ne pensait qu’au Q, au sien, à celui de sa femme, à ceux de toutes les femmes, et, si possible, sans entrave aucune.

Vous allez dire qu’encore une fois, je mélange tout, le machisme, les femmes battues et assassinées, le viol, l’inceste, la drague… Mais tout est lié, tout s’enchaîne, de ces cours de maternelle où des « grands » miment des actes sexuels aux fellations que l’on subit dans des cours de collège (mon propre fils, en CM1 dans une école catho tout ce qu’il y a de prude, est revenu il y a quelques années en me parlant du « Bâton de berger », explicité par l’instit elle-même. « Mais maman, tu ne connais pas la sodomie ? » Vous m’excuserez, ce n’est pas ma vision de « l’éducation sexuelle »…), des tournantes et des vitriolages des cités à la prostitution de luxe, des pervers narcissiques devenus monnaie courante aux blagues sordides que l’on se raconte à la machine à café ou dans les mariages, entre deux « Danse des canards ».

Car le French lover se confond avec « La Danse des connards », avec tous ces types franchouillards qui se baladent, sans arrêt, avec une bite à la place du cerveau, qu’ils soient dans un Sofitel ou au Aldi, à la plage ou sur un stade, au concert ou au bureau. (Voir le sketch de « La Drague » de Guy Bedos et Sophie Daumier)

David Vincent les a vus, ces envahisseurs à la quéquette volante, et moi aussi : ce sont les Français. Persuadés d’être les meilleurs amants du monde et les rois de la baise. Leur slogan ?

« Nous sommes tous des Rocco Siffredi. »

Et nous, les femmes, nous sommes leur joujou, leur bijou, leur doudou. On a l’impression qu’ils en sont tous encore au stade de l’oralité : ils mettent tout à la bouche, et leurs doigts dans toutes les prises.

Alors voilà : l’un d’entre eux, là, il y a quelques jours, a pris le jus. C’était couru d’avance. Et qu’il y ait eu court-circuit ou pas – l’Histoire nous le dira – le fait est là : le French lover a été pris la main dans le sac.

Alors on pourra crier, tempêter, s’énerver, pester contre les NY Cops que l’on adulait pourtant la veille dans « Les Experts » ou « NYPD Blues », on pourra se gausser du puritanisme US à grands coup d’anti-américanisme primaire et ourdir toutes les théories du complot que l’on veut – les forums sur le net sont EDIFIANTS de débilité à ce sujet… –, ce scandale politico-médiatique fera date pour les femmes de tous les pays.

Car le French lover en a pris pour son grade. Si tout cela n’est effectivement qu’une terrible méprise et/ou une affabulation, nous retiendrons que le moment est venu pour le monde de reconnaître la parole des femmes.

Femmes violées d’Afrique, femmes lapidées d’Afghanistan, femmes humiliées d’Europe, femmes asservies de France, emprisonnées, torturées, ennuyées, harcelées, femmes-objets, femmes souffre-douleur, relevez-vous : DSK vous a libérées.

Le French lover est mort. Il a disparu, remplacé par l’air hagard d’une présomption d’innocence qui semble malgré tout bien affectée.

Vive notre liberté. Vive les femmes. Vive l’amour. Et que naisse, enfin, le respect. Que l’on puisse enfin porter des jupes en banlieue et rentrer seule du cinéma, que nos enfants apprennent enfin que le sexe se vit à deux, et, si possible, pas avant un certain âge, ni attachée dans de grandes salles sombres pleines de bruit et de fureur et/ou vissé derrière un écran tout collant. C’est pas mal, un lit, pour faire l’amour. Entre personnes consentantes, et si possible post-pubères. Qu’advienne l’égalité des chances, l’égalité des sexes.

 

J’avais tort…Il a fallu attendre l’affaire Weinstein pour enfin libérer la parole.

Mais gageons que malgré des discours franchouillards et gaulois de pseudo journalistes réactionnaires, les femmes sont bel et bien en marche…

 

Une dernière chose : pour aller plus loin, n’hésitez pas à jeter un œil à ce petit roman :

https://www.thebookedition.com/fr/free-d-hommes-p-122971.html

https://www.amazon.fr/Free-dhommes-Sabine-Aussenac-ebook/dp/B00JZWH5RK/ref=asap_bc?ie=UTF8

-quant à mes textes sur les violences faites aux femmes, vous les trouverez entre autres dans la partie centrale de

www.sabine-aussenac.com

Article de Rioufol :

http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2017/10/26/31003-20171026ARTFIG00253-ivan-rioufol-le-male-blanc-l-ennemi-de-ces-dames.php

Cette terreur féministe, soutenue par une presse toujours prête à traquer la bête, est d’autant plus incommodante qu’elle épargne le sexisme importé en Europe par la culture musulmane.

Les hommes? Tous des cochons. C’est du moins ce qu’affirment les féministes, dans une victimisation communicative. Harvey Weinstein, le magnat de Hollywood heureusement éreinté pour ses agressions contre de nombreuses actrices, est devenu le symbole de l’impunité masculine. Au prétexte de dénoncer la domination misogyne dans le show-biz, longtemps étouffée par la gauche morale américaine, une misandrie s’exprime en retour, sans retenue. Le philosophe Pierre-André Taguieff avait, dès juin 2016 (Revue des deux mondes), perçu l’ampleur de ce mouvement qui explose aujourd’hui: «Les ayatollettes de l’antisexisme androphobe (…) ne peuvent penser la libération de la femme qu’à l’aune de la criminalisation de l’homme», écrivait-il. Ce qui s’exprime ces jours-ci sur Twitter, relayé par les médias, est un amas de dénonciations, mais aussi de haines, de vengeances, de règlements de comptes, d’exhibitions intimes. Dans cette dialectique de lutte des sexes, tout doit disparaître du peu qu’il reste de patriarcat.

La pensée progressiste, toujours prête au pire pour soutenir de prétendues luttes émancipatrices, se pâme devant le tout-à-l’égout. Il inonde les réseaux sociaux, grâce aux mouchards anonymes: ils croient, cette fois, être dans le sens de l’histoire. «La parole libérée», a titré «Le Monde» sur sa une, lundi, sans s’arrêter aux lynchages que subissent des personnalités jetées en pâture. En 1975, le même quotidien avait salué «Phnom Penh libérée» en applaudissant les Khmers rouges. Toutes proportions gardées, bien sûr, une même fascination pour les idéologies éradicatrices se laisse voir: dans la nouvelle pensée unique qui s’abat, le mâle blanc est un prédateur à éliminer. Juliette Binoche, qui dit n’avoir jamais rien subi de Weinstein, explique néanmoins: «Le masculin doit sortir de son côté animal pour aller vers son humanité (…) Le chemin c’est le féminin, c’est une force qui doit descendre en lui. Il doit se laisser gagner, comme une bête après avoir trop couru.» Les hommes? Tous des sous-hommes.

Faut-il rappeler à ces femmes en guerre contre les hommes que la grande majorité d’entre eux ne sont pas des porcs, à moins qu’elles ne soient dès lors des truies ?

Cette terreur féministe, soutenue par une presse toujours prête à traquer la bête, est d’autant plus incommodante qu’elle épargne le sexisme importé en Europe par la culture musulmane. Hormis Tariq Ramadan, l’idéologue islamiste accusé de viol par une ancienne salafiste devenue féministe, seul l’homme occidental est forcément coupable, en vertu d’un essentialisme qui ne fait pas de quartiers. Une même filiation revancharde unit la sociologue Irène Théry, qui se réjouit de voir « la honte peu à peu changer de camp», à Delphine Ernotte, la patronne de France Télévision. Quand celle-ci déclarait en 2015: «On a une télévision d’hommes blancs de plus de 50 ans, et ça, il va falloir que ça change», elle exprimait, en effet, une détestation raciale qui s’épanouit depuis lors tous azimuts. Seules les minorités immigrées, et singulièrement celles venues d’Afrique et du Maghreb, restent à l’abri des foudres du nouvel ordre moral. La parole libérée, cette foutaise, n’est pas pour les femmes soumises des cités.

Dans la nuit du Nouvel An 2016, les 1200 agressions sexuelles commises en Allemagne (notamment à Hambourg et Cologne) par 2000 jeunes Maghrébins furent excusées par de nombreuses néoféministes, au nom d’un antiracisme vidé de son sens. Pour avoir reconnu, dans ces actes, «le rapport malade à la femme» du monde arabo-musulman, l’écrivain algérien Kamel Daoud fut accusé d’islamophobie par un collectif de sociologues et d’historiens français. L’actuel projet du gouvernement, qui vise à verbaliser le harcèlement de rue dont des femmes sont victimes dans les quartiers d’immigration, est critiqué par ces mêmes militantes de la délation. Elles estiment que ce texte pénaliserait «les hommes des classes populaires et racisées» (comprendre: non blanches). Impossible dès lors de prendre au sérieux ces furies de la castration. Elles voient dans la moindre gaudriole un prétexte à s’ériger en victimes permanentes. Non, désolé : les hommes ne sont pas ce qu’en disent ces harpies qui les déshumanisent.

Hommage à 1968?

Faut-il rappeler à ces femmes en guerre contre les hommes que la grande majorité d’entre eux ne sont pas des porcs, à moins qu’elles ne soient dès lors des truies? Beaucoup de celles qui se disent humiliées et harcelées en font autant: elles usent de Twitter comme d’un tribunal, sans juges, ni avocats. Dans sa littérale chasse à l’homme, la pensée «progressiste» s’épargne de s’arrêter sur ses propres turpitudes. C’est elle qui s’enchantait de la vulgarité du plug anal érigé place Vendôme, ou du «vagin de la reine», à Versailles. Ces jours-ci, le «Domestikator» trône devant Beaubourg, à Paris: l’«œuvre» suggère un acte zoophile, qui n’indigne que la SPA. Les tenants des bonnes mœurs préfèrent s’acharner sur le réalisateur Roman Polanski, coupable de relations sexuelles avec une mineure dans les années 1970. Mais l’apologie de la pédophilie était alors défendue par l’idéologie soixante-huitarde. «Le Monde», «Le Nouvel Observateur», «Libération» – ces tragiques dames patronnesses d’aujourd’hui – hébergeaient les pétitionnaires de la libération sexuelle des enfants.

C’est d’ailleurs le cinquantenaire de la « révolution» de 1968, qui prônait de «jouir sans entraves» et invitait à se laisser aller à ses pulsions, qu’Emmanuel Macron compte célébrer l’année prochaine. Daniel Cohn-Bendit, qui vantait la « fantastique sexualité d’un gosse», devrait être appelé par le chef de l’État à travailler à cette commémoration de la libération des mœurs. Or ceux de 68 ont leur part dans l’irrespect de la femme, devenue ce corps consommable. Si le mouvement apporta une joyeuse impertinence, cette révolte des enfants gâtés du baby-boom atteint surtout des sommets dans le manichéisme, le jeunisme, le relativisme, ces caractéristiques qui se retrouvent dans le macronisme, qui est tout sauf une rupture. Le slogan phare du «CRS=SS» se décline désormais en «Balance ton porc». Ce sectarisme est protégé par le pouvoir. Ce n’est pas de son côté que viendront les résistances au robespierrisme des redresseuses de torts.

La gauloiserie, pas la violence

Que les choses soient claires : le respect de la femme, infantilisée et malmenée dans la culture coranique, structure la civilisation européenne. La culture française accepte la gauloiserie, mais certainement pas la violence, physique ou morale. Dans ces cas, seules la loi et la justice ont le pouvoir de sanctionner les violeurs et les agresseurs. » Ivan Rioufol

Toutes en terrasse !!!!!

Toutes en terrasse !!!!!

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Il y avait eu ce reportage. Engluée dans la préparation des fêtes et dans le travail, je m’étais dit que j’attendrais les vacances pour en parler. J’ai eu du mal à m’en remettre, d’ailleurs ; proche de la nausée en regardant ces zones de non droit, puis des larmes d’émotion en voyant le courage de la « brigade des mères »…Je repensais à mon roman, Free d’Hommes, cette histoire d’un monde inversé où les femmes auraient eu le pouvoir depuis la nuit des temps, mais basée sur nos réalités, et aux dizaines de textes déjà écrits sur le sujet, à mes petites élèves qui, entre elles, s’appellent plus souvent « sœur » que « meuf »…

https://francais.rt.com/france/30405-femmes-indesirables-dans-cafe-classe-politique-choque

J’étais presque épuisée ; laminée par cette impression de déjà vu, effrayée par la violence des propos, éperdue par la perspective de cet avenir si sombre, avec la double contrainte terrible des islamistes et du FN, qui fait de notre France une antichambre d’Alep, exsangue de ces luttes entre DAESH et régime de barbarie…C’est surtout à Alep que je pensais, d’ailleurs, ces derniers jours…

http://www.oasisdesartistes.org/modules/newbbex/viewtopic.php?topic_id=217777&forum=2

Pour un peu, je me serais tue. Jusqu’à ce que j’entende cette phrase, aujourd’hui :

Historiquement, dans les cafés ouvriers, il n’y avait pas de femmes.

https://francais.rt.com/france/30813-cafe-interdit-femmes-sevran-benoit-hamon-relative-cafes-ouvriers

Pas de femmes…

C’est vrai, cher Benoît, tu permets que je t’appelle Benoît, hein, puisque tu n’es plus mon ministre, juste un candidat qui pense naïvement jouer sur la corde sensible de quelques barbus alléchés par un lâche aveuglement…

Oui, tu as tout à fait raison, hormis quelques soulardes à la Gervaise, et quelques Goulues de petite vertu plongées dans l’absinthe pour oublier le corps contrefait des peintres, elles n’étaient pas légion, les femmes,  dans les cafés ouvriers…Vous étiez bien, entre hommes, à commander plus tard des Picon Bière en discutant du Tour et en faisant le tiercé pendant que Bobonne, le filet de provisions à la main, poussait le landau jusqu’à la maison où, jour après jour, elle récurait les sols et les couches en attendant que tu rentres le soir pour lui flanquer sa dose.

Et tu as raison, c’est vraiment trop cool, au Bled, comme le justifient certaines personnes du reportage au sujet duquel tu as eu le bonheur de t’exprimer, de se promener dans des rues propres – ça me rappelle toujours mon arrière-grand-mère allemande, cette expression, va savoir pourquoi, elle aussi, elle disait que « les rues étaient propres sous le Führer », comme quoi, le « nazislamisme » doit bien exister quelque part…- dans des rues où seules les djellabas s’étalent entre deux thés à la menthe, aux terrasses de ces cafés que tu aimerais peut-être voir fleurir dans notre douce France, dans des rues dépourvues de la « souillure féminine »…

Parce que tu as raison, historiquement, dans les rues non plus, il n’y avait pas de femmes, pas de femmes au volant, par exemple.

Femme au volant, mort au tournant, on est bien d’accord. Comme toi, je regrette infiniment ce temps où seuls quelques messieurs aux moustaches en guidon de vélo osaient lâcher leur petite reine pour tourner la manivelle de leur traction. Et je t’approuve totalement d’être en empathie visible avec les pays où les femmes n’ont pas le droit de conduire ! Non mais où irait-on, c’est vrai, si on permettait aux femelles de se saisir de cet outil de libération qu’est la voiture ?! Elles finiraient sans doute par vouloir travailler…

Parce que tu as raison, cher Benoît, historiquement, dans les usines, les bureaux, les lycées, les hôpitaux, il n’y avait pas de femmes. Ou bien seulement dans dévouées à des tâches ingrates, à de menues besognes de soin, de ménage…Somme toute, et c’est incroyable, parce que historiquement, dans les fonctions sacerdotales non plus, il n’y avait pas de femmes, c’est grâce aux églises pourtant que certaines femmes ont commencé à « travailler » dans l’extra-muros, hors du foyer, comme les nonnes dans les hospices ou les maladreries, ou dans les écoles de jeunes filles…

Sais-tu, toi qui prétends un jour diriger la France qui fut des Lumières, qu’il y a quelques jours, en Afghanistan, des femmes ont été assassinées car elles partaient travailler, comme tous les jours, à l’aéroport ?

http://www.lexpress.fr/actualites/1/monde/afghanistan-des-hommes-tuent-cinq-femmes-employees-d-un-aeroport_1861389.html

Mais enfin, qu’allaient-elles y faire, elles qui auraient dû se trouver tranquillement à étouffer sous leurs burqas du silence, au lieu de prétendre à la liberté…

Mais tu as raison, historiquement, dans les écoles, déjà, il n’y avait pas de femmes. C’est dès l’enfance, en effet, qu’il convient de museler ce sexe qui ose avoir la tentation de vivre et d’aimer apprendre. Malala t’en parlerait mieux que moi, elle qui a bêtement pris une balle dans la tête en allant à l’école, quelle petite dinde. Je n’ai toujours pas compris pourquoi on lui a donné ce prix. Une petite fille, ça doit rester à la maison, suivre les traces de sa mère, et apprendre jour après jour les gestes ancestraux de la soumission au Maître. Et si par mégarde elle osait vouloir sortir du rang, il faudrait veiller à ce qu’elle conserve malgré tout une place subalterne.

C’est d’ailleurs ce qui se passe partout, dans le monde entier, dans toutes les civilisations, depuis des millénaires, n’est-ce-pas, cher Benoît ? Parce que oui, historiquement, aux postes clé, il n’y avait pas de femmes. Ni dans la vie civile, ni dans la vie religieuse, ni dans les arts, ni dans les armées…Certes, tu vas évoquer une Cléopâtre ou une Margaret, une Angela ou une Louise Labé, une Aliénor d’Aquitaine ou une Hilary, mais nous savons toi et moi qu’elles ne sont que les arbres qui cachent la forêt, fulgurantes étoiles dans la nuit de l’anonymat de milliards d’ilotes et de laissées pour compte. D’ailleurs, il parait que tu n’auras qu’une seule adversaire du deuxième sexe lors de votre primaire de la Belle Alliance Populaire. Je te souhaite du courage, d’ailleurs, et je partage ton ire bien compréhensible ; je te le dis et te le répète, oui, mille fois oui, tu as raison, c’est indéniable, historiquement, les femmes ne se mêlaient pas de politique, elles parlaient chiffons et couches-culottes pendant que leurs époux tâtaient de la bouteille, et je déplore avec toi que ces satanées suffragettes aient osé braver les interdits pour réclamer de faire partie de l’Agora…

Mais oui, enfin, tout le monde le sait…Historiquement, c’est vrai, les femmes n’avaient pas le droit de vote ! Ni celui de faire des études ! Ni de divorcer ! Ni de faire des chèques ! Ni de prendre un amant ! (Je te rassure, c’est toujours assez mal vu !) Ni d’entrer dans de grandes écoles ! Ni dans l’armée ! Historiquement, en France, mais aussi ailleurs, les femmes, tu as raison de nous le rappeler, n’étaient sur terre que pour donner la vie, et, accessoirement, pour prodiguer plaisirs et voluptés aux hommes (avec ou sans leur consentement, car, historiquement, c’est vrai, il y a peu d’hommes qui se font violer par des femmes – mais je sais d’ores et déjà que d’aucuns oseront venir me parler de statistiques inverses et/ou d’hommes battus dans les commentaires…).

http://www.refletsdutemps.fr/index.php/thematiques/actualite/societe/item/egorger-vos-fils-vos-compagnes

Car historiquement, il n’y avait pas beaucoup d’hommes battus dans les morgues ou les hôpitaux. Par contre, je te le confirme, le ratio est toujours bon, aucun souci à se faire, il y a bien en France encore une femme qui meurt de violences conjugales tous les trois jours, et des milliers de viols. Historiquement, il n’y a pas eu non plus beaucoup d’hommes châtrés dans le monde, quand des millions de femmes ont été et sont encore excisées ou infibulées. Historiquement, il n’y a pas eu non plus tellement d’hommes brûlés vifs sur les bûchers de leurs épouses décédées, ni d’hommes vitriolés car ils avaient commis l’adultère, ni d’hommes lapidés pour les mêmes raisons. Oui, Benoît, mon cher Benoît, tu es dans le vrai, je me demande pourquoi nous sommes là, nous, spectatrices de ce reportage, à nous étonner, voire à nous offusquer.

Car franchement, tout est justifiable, non ? Grâce à ta parade historique, il t’est facile de pactiser avec le non-dit et de tenter de fermer les yeux sur la misogynie du communautarisme islamique…Le problème, vois-tu, cher Benoît, c’est que ma nouvelle chef, ton amie Najat, nous parle à longueur de textes officiels d’égalité des sexes, d’égalité des chances, et que moi, simple enseignante, je te le dis haut et fort, avec elle, avec des millions de Françaises :

La femme est l’égale de l’homme.

Et ce même si, historiquement, « il n’y avait pas de femmes dans les cafés ouvriers ». Alors cette femme, cette petite beurette ultra maquillée et sans voile, cette gazelle belle comme 400 vierges réunies, elle a le droit de venir s’assoir pour pianoter sur son 6S et pour commander un café -et même un kir, si elle a, par hasard ou par miracle, décidé de ne PAS appliquer les dictats de sa communauté. Cette autre femme, cette quinqua un peu fatiguée parce qu’elle a fait des ménages toute la journée, elle aussi elle a le droit de venir d’assoir pour prendre une bière ou un thé avant de rentrer pour faire le ménage chez elle et nourrir ses trois garçons. Cette maman africaine, le ventre lourd et les seins gonflés, avec ses jumeaux dans la poussette et son boubou bariolé, elle aussi elle peut pousser la porte d’un café pour commander un chocolat chaud et lire un magazine. Et les trois étudiantes en archi aussi, toutes emmitouflées dans leurs parkas et presque nues sous leurs tee shirt, elles ont le droit de rigoler comme des tordues en parlant de la soirée de la veille.

Et ça, dans la France entière ! Dans les bars de Paname et dans les troquets de Lorient où la mousse caracole au son des musiques celtiques ; dans les estaminets de la Canebière où Escartefigue taquinait Honorine ; dans les cafés de nos villages, ceux où peut encore d’appuyer sur le formica et apercevoir des carafes Suze ; aux terrasses gorgées de soleil où, à l’ombre des platanes, on entend vibrer les cigales en dégustant une orangeade ; sous les coupoles art déco des merveilleux cafés d’antan, ou au zinc collant d’un boui boui du 93 ; tu te souviens, Benoît, le « je suis en terrasse » ?

Toutes en terrasse, vite !

On va y entrer, cher Benoît, un jour, dans ces cafés de non-droit. Oui, parce que tu sais, historiquement, il y aura toujours une Rosa Parks pour ne pas se lever dans un bus, une Ségolène pour oser la bravitude et une Antoinette Fouque pour écrire un Dictionnaire des Créatrices.

http://www.desfemmes.fr/dictionnaire-des-creatrices/

Je vais te dire une dernière chose : hormis le fait que tu avais été mon ministre, je ne savais pas grand-chose de toi. Maintenant, je vais juste essayer de t’oublier.

Parce que historiquement, je ne crois pas que tu laisseras un souvenir impérissable aux femmes.

**

http://archives-lepost.huffingtonpost.fr/article/2011/12/22/2666216_le-principal-porte-un-costume.html

http://sabineaussenac.blog.lemonde.fr/2016/08/26/eternelles-burqas-du-silence-burkini/

http://www.refletsdutemps.fr/index.php/thematiques/culture/litterature/item/l-autre-monde-de-sabine-free-d-hommes-sabine-aussenac

http://www.thebookedition.com/fr/free-d-hommes-p-122971.html

Le rossignol et la burqa…-une ancienne nouvelle…

http://rue89.nouvelobs.com/2011/05/21/le-french-lover-est-mort-la-femme-est-libre-205037

 

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Adieu l’Annie! -hommage à Annie Girardot

Ce texte était paru dans Le Post et madepeche.com au décès d’Annie Girardot. Je le reposte suite au magnifique documentaire de France 3.

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http://www.madepeche.com/index.php/articledep/articledepview/action/view/frmArticleID/18094/zoom/1/

***

Sa voix, gouailleuse, enjouée, vive.

Son regard, franc, direct, chaleureux. Sa force, son courage, son humour, sa simplicité.

Une femme française.

Annie va nous manquer, même si nous la savions déjà un peu partie. Elle nous manquera comme nous manquent ces amis très chers qui ne sont plus: on pouvait compter sur eux, ils nous écoutaient, ils nous distrayaient…

Elle était loin, si loin du star system. On l’a vu hier encore, devant l’église Saint-Roch…. La rue était là, oui, à ses obsèques, mais pas les starlettes. Nos jeunes actrices repulpées, nos bimbos cannoises, nos exports vers les States, celles qui, pourtant, doivent tout à des femmes de la trempe d’Annie Girardot, ont tout simplement boudé la cérémonie, comme on boycotterait les Césars.

Mais la rue, la France d’en bas, celle qui autrefois se pressait sur les sièges en bois des petits cinémas de quartier, celle qui a grandi avec Annie, était venue en masse. Annie est partie emportée par la foule, qui l’a tant aimée.

Je dois l’avouer : je n’ai pas toujours aimé Annie. « On » m’avait dit, lorsque j’étais enfant, que ce n’était pas quelqu’un de « comme il faut ». C’est que c’était important, autrefois, d’être quelqu’un de « bien », de savoir se tenir, de rester « une dame ». « On » m’avait dit que cette voix éraillée agaçait, que ces cheveux coupés à la diable manquaient de classe, et puis elle n’était même pas maquillée.

Ma liberté est ensuite passée par Annie. Avoir le droit de trouver normal qu’une femme superbe soit nue dans un lit, comme dans Dillinger est mort, avoir le droit de manifester, comme dans Mourir d’Aimer, avoir le droit de travailler, comme dans Docteur Françoise Gailland…Un jour, oui, j’ai décidé que je deviendrai comme elle : spontanée et non plus compassée, drôle et non plus coincée, directe, et, surtout, libre.

Libre, toujours. Libre de parler, de rire, de s’engager, de se tromper, libre de choisir, libre de partir. Je l’ai aimée dans tous ses rôles, du plus modeste au plus clinquant, mais elle restera toujours, pour moi, Gabrielle Russier, l’héroïne de Mourir d’aimer. Ce film là, c’est notre petit secret. Et elle y incarne, magistralement, une femme au cœur pur: ce qu’elle est restée, toujours.

Bien sûr, elle était déjà un peu partie. Somme toute, sa maladie nous permettra de passer rapidement par certaines étapes du deuil. Le déni, nous l’avions déjà ressenti, en nous demandant comment cette injustice était possible…De quel droit la maladie pouvait-elle priver cette merveilleuse actrice de sa mémoire ? La colère, là aussi, nous l’avons déjà passée, avec Annie, d’ailleurs, en la voyant pleurer aux Césars, bouleversante de générosité. Oui, elle nous avait manqué, oui, nous étions en colère contre ce système qui se permet d’oublier ses propres enfants du paradis.

Il va nous rester le souvenir, un souvenir tendre, apaisé, émerveillé, d’une femme formidable, qui disparaît le lendemain d’une cérémonie des Césars, comme dans un dernier pied de nez à ceux qui l’avait humiliée par l’oubli, mais aussi à quelques jours de la Journée des Femmes. Merci, Annie. Tu nous manqueras, mais grâce à toi, nous sommes devenues ce que nous sommes.

Tes enfants et ta femme tu ne tueras point…

Tes enfants et ta femme tu ne tueras point…

 

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« Un couple et ses deux enfants âgés de 6 ans et 10 mois ont été retrouvés morts lundi soir à Neuville-aux-Bois, près d’Orléans, dans le Loiret. D’après une source judiciaire, la famille a été retrouvée décédée à son domicile par les gendarmes qui avaient reçu un coup de fil inquiétant.(…)

Le père de famille âgé de 26 ans, aurait égorgé à l’arme blanche sa femme et ses enfants. Il aurait ensuite prévenu les forces de l’ordre de son acte avant de se donner la mort en se tranchant le cou avec une scie circulaire dans la cave de l’immeuble. Une enquête a été ouverte pour élucider les circonstances de ce drame, dont le motif reste pour le moment encore inconnu. La famille, et particulièrement la mère, était bien connue des services sociaux de la ville. »

La Dépêche 

« Les gendarmes se sont aussitôt rendus sur place. (…)

Sur le canapé du salon, sous des couvertures, ils découvrent les corps sans vie des deux enfants -une petite fille de 10 mois et un garçonnet de six ans- allongés de part et d’autre de celui de leur mère.

Les enquêteurs constatent alors que les deux enfants ont été égorgés, comme leur mère, âgée de 27 ans, qui a reçu aussi de nombreux coups de couteau sur le reste du corps.

« Ces coups laissent supposer qu’il y a pu y avoir lutte », note Alain Leroux, procureur de la République adjoint d’Orléans, pour qui « beaucoup de questions se posent sur l’enchaînement des faits ».

« On ne sait pas dans quel ordre les victimes ont été tuées », ajoute le magistrat : les enfants ont peut-être été tués dans leur lit pendant qu’ils dormaient, puis déplacés pour cette « mise en scène », avance-t-il. Les autopsies, pratiquées à Tours mardi et mercredi, permettront peut-être de lever ces incertitudes, indique-t-il.

 Le père de famille n’avait pas d’antécédents psychiatriques connus, mais le magistrat n’exclut pas la possibilité d’une dépression. Il était connu des services de gendarmerie pour des problèmes de stupéfiants (du cannabis a été découvert à côté de lui), mais pas pour des violences, ni sur sa femme, ni sur ses enfants.

« La toxicologie permettra de savoir s’il a agi sous l’emprise des stupéfiants ou de l’alcool », a relevé le procureur adjoint d’Orléans pour qui « la piste du drame familial est privilégiée », même si « les autres pistes criminelles doivent aussi être vérifiées »

Paris-Normandie

 

Et voilà. Comme d’hab. On emploie le conditionnel, que nos chers médias aiment associer à ces fameux « drames familiaux » que nul n’ose appeler INFANTICIDES, MEURTRES, CRIMES, FÉMINICIDES, voire même « génocide », au vu de l’accumulation mondiale de ces crimes DE MASSE envers les femmes et les enfants, de la part d’une partie de l’humanité envers deux autres…

Bien sûr. Le gars appelle les gendarmes et se dénonce, mais alors même qu’on le retrouve suicidé à la scie circulaire en ayant laissé les cadavres soigneusement alignés comme pour une soirée télé sur le canapé, notre canard local ose écrire « aurait égorgé » !

Avant d’en rajouter une couche en osant immédiatement ensuite incriminer la mère, pourtant victime et décédée : elle aurait été « connue des services sociaux » !

Ce n’est pas la première fois que la Dépêche se range du côté des tueurs…Je me souviens en particulier du suicide d’un habitant d’une petite ville pyrénéenne où j’enseignais en 2014. L’homme avait froidement abattu l’un de nos élèves, un collégien de 12 ans, et sa mère, avant de se suicider. Je vous laisse apprécier la partialité du journal qui pleurait presque son cher « adjoint disparu» et n’eut pas un mot de compassion pour la femme assassinée :

« La population de Mercenac , son maire en premier, a encore du mal à réaliser le drame qui s’est déroulé lundi avec la mort de trois personnes au hameau de Pointis.

Raymond Coumes, maire de Mercenac et conseiller général, est encore bouleversé par le drame qui s’est déroulé dans sa commune avant-hier. Un habitant, Guy Reich, a tué son fils et sa compagne avec un fusil, avant de retourner l’arme contre lui. «Cela touche deux familles très anciennes de la commune. Guy Reich avait une formation de comptable et avait travaillé à Saint-Girons et Toulouse. Il avait été aussi à la municipalité comme adjoint chargé du budget, durant trois mandats, y compris avec mon prédécesseur. C’était un homme méthodique, méticuleux. L’informatique, ce n’était pas pour lui, il était plutôt conservateur et rédigeait le budget au crayon. C’était quelqu’un de très calme, presque austère, réservé. À part la chasse qu’il pratiquait, il aimait beaucoup le rugby. Il avait joué autrefois à Prat et à Saint-Girons. Il s’intéressait aussi beaucoup aux faits de société. Jamais on aurait pensé qu’il puisse faire pareille chose. Parfois il pouvait sortir de sa réserve et dire ce qu’il avait à dire, même sèchement. Mais ce qu’il s’est passé relève plutôt d’un coup de folie. Il faisait peut-être une grosse dépression. Peut-être prenait-il des traitements. Ce n’est pas un acte prémédité ; il adorait son fils et s’entendait bien avec sa compagne. Il s’agissait peut-être d’une forte déprime intériorisée. En tout cas dans le village tout le monde se sent concerné. C’est ainsi dans les petites communes comme la nôtre. Et moi je suis bouleversé.» À l’école de Caumont où allait le fils de Guy Reich, une cellule psychologique a été mise en place pour les écoliers, les copains d’école du jeune disparu, qui eux aussi subissent le choc. »

http://www.ladepeche.fr/article/2014/02/12/1816247-mercenac-le-village-encore-sous-le-choc.html

Cette empathie avec le meurtrier est tout simplement répugnante, comme sont scandaleuses l’appellation répétée de « drame familial » par les médias, responsables de cette omerta médiatique, et l’inertie des gouvernants face à tous ces crimes.

Et dans le drame survenu cette semaine dans le Loiret la justice aussi laisse entendre, avec ces flous terribles, cette incertitude liée aux « présomptions d’innocence » et/ou aux suspicions de toxicomanie. Là non plus, le lecteur n’entendra pas énoncer clairement dès le lendemain du drame :

« Un père a tué sa femme et ses enfants, simplement parce qu’ils étaient sa femme et ses enfants. »

Combien de meurtres y aura-t-il encore, dans notre belle France paternaliste et masculiniste, avant que médias et justice osent appeler un chat un chat, nommer féminicide et infanticide ces crimes qui se répètent, semaine après semaine, depuis des années ? Combien de cadavres de femmes et d’enfants égorgés, pendus, découpés à la machette –lire plus bas- , brûlés vifs –lire dans le lien vers mon ancien texte dans Le Post- aurons-nous à déplorer avant que les pouvoirs publics enfin daignent légiférer en faveur des victimes, par exemple en intégrant des la prévention obligatoire à des programmes scolaires ou prénuptiaux, en réformant les services sociaux, en osant enfin protéger les centaines de femmes battues, tuées par leurs compagnons, et leurs enfants innocents ?

La seule année 2015 aura offert son lot d’horreurs :

http://www.ladepeche.fr/article/2015/12/12/2236858-drame-familial-pere-tue-femme-fils-avant-suicider.html

« La piste du «drame familial» était largement privilégiée même si les autres hypothèses étaient explorées, a confirmé le procureur Patrice Michel. On s’orientait ainsi vers un scénario simple selon lequel le père de famille aurait assassiné son épouse et son fils avant de se donner la mort. »

http://www.ladepeche.fr/article/2015/12/07/2232980-lyon-il-tue-sa-femme-et-ses-quatre-enfants.html

« Il s’agissait de la mère de famille et de quatre des cinq enfants du couple, âgés de 6 mois, 18 mois, 3 ans et 7 ans.

Les victimes ont toutes reçu «des coups de couteau», a précisé une source judiciaire. Selon une première information livrée par les pompiers, sur la base de premières constatations, les enfants ont été «étouffés» et la mère portait des traces de coupures. »

http://www.leparisien.fr/faits-divers/nord-cinq-membres-d-une-meme-famille-retrouves-morts-21-10-2015-5207021.php

« Nord : surendetté, il tue sa femme et ses trois enfants et se suicide. »

http://www.charentelibre.fr/2015/08/19/evry-il-tue-sa-femme-a-la-machette-devant-ses-enfants,2012992.php

« L’homme, âgé d’une cinquantaine d’années a alors attrapé une machette et a porté des coups à plusieurs reprises sur le corps de son épouse. Malgré les tentatives de l’aînée pour le calmer.

Il lui a alors tranché les pieds et une main. Et même si l’une des filles du couple a appelé les secours, la mère a succombé à son arrivée à l’hôpital. »

http://archives.nicematin.com/cannes/ii-tue-sa-femme-apres-une-dispute-conjugale-a-cannes.2285840.html

« Une femme de 39 ans est décédée ce lundi midi dans une résidence du boulevard Carnot, à Cannes.

La victime a succombé à ses blessures après avoir été battue par son mari à la suite d’une dispute conjugale.

C’est ce dernier qui a alerté la police. Il a été immédiatement interpellé, et placé en garde à vue.

Elle est la dixième femme à mourir de violences conjugales depuis le début de l’année dans les Alpes-Maritimes. »

(Je précise que la presse censure les 20 coups de couteau…)

Je pourrais continuer cette litanie des barbaries sans nom qui se produisent si régulièrement dans notre pays des lumières que plus personne ne s’y intéresse, n’en parle, n’agit. C’est vrai que nul ne s’émeut vraiment non plus du sort des SDF qui meurent de froid, des rats qui pullulent à Calais, des enfants hurlant sous les bombes syriennes ou se noyant en mer Égée…

Mais les crimes commis par des pères, des maris, des compagnons, des fiancés…se passent au sein même de nos familles, derrière le paravent douillet d’une villa, chez nos voisins, chez « Monsieur et Madame tout le monde », et je suis certaine que si c’était l’inverse, si ce n’était pas une femme qui mourrait tous les trois jours sous les coups de son compagnon, mais un homme sous les coups d’une femme, ou si c’était des mères qui tuaient de façon violente leurs enfants, là, la presse en ferait des gorges chaudes, tout comme cela été le cas pour les infanticides commis à l’encontre des bébés congelés –bizarrement, là, le terme « infanticide » a été maintes fois prononcé…- le pays serait en émoi, on parlerait de Médée, des mères tueuses, ou des femmes castratrices qui tueraient leurs époux…

Nous sommes, nous tous, nous toutes, responsables d’un terrible état de fait qui lie ces « drames familiaux » à une indifférence scandaleuse, à une acceptation, à une normalisation de l’horreur. Tout comme on accepte le viol comme faisant partie intégrante des risques encourus par une femme lorsqu’elle ose porter un décolleté trop aguicheur ou se promener dans une rue après minuit, tout comme d’autres pays ont si longtemps accepté les vitriolages de femmes coupables d’adultères ou simplement de refus amoureux, nous acceptons ces assassinats dont plus personne, même pas la presse, ne s’émeut, et pour la prévention desquels les gouvernants ne mettent presque rien en place.

Certes, on note quelques rares avancées, comme des boîtiers permettant aux femmes de joindre directement la police, ou comme la loi qui autorise à présent les femmes à rester au domicile dont on éloigne le conjoint violent…Mais où est l’éducation qui devrait être mise en place d’ès les petites classes, au nom de l’égalité hommes-femmes, pour apprendre aux enfants que les plus forts n’ont pas le droit de frapper les plus faibles ?

Où est la visite qui devrait être obligatoire avant toute une union, comme le sont par exemple les tests HIV, qui ferait rencontrer un psychiatre, un psychologue, un avocat, bref, des instances chargées d’expliquer aux futurs époux que « on ne tue pas sa femme et ses enfants » ?

Où est la campagne de prévention contre les violences commises par les pères à l’encontre des enfants, par ces pères qui s’arrogent le droit de vie et de mort sur leur nichée comme des Pater Familias d’autrefois, dès lors qu’ils voient leur échapper une compagne qu’ils vont punir de la plus atroce des façons, tuant leurs enfants, la chair de leur chair, pour les dissuader de recouvrer la liberté ?

Aujourd’hui j’entendais dans les médias un homme politique défendre un projet de loi au sujet du casque que tous les cyclistes devraient porter. C’est bien, j’approuve ce projet, même si il est liberticide, cela sauverait les quelques 150 vies qui sont détruites chaque année et éviterait d’innombrables traumatismes crâniens souvent irréversibles.

Mais pourquoi aucun homme, aucune femme politique n’ont-ils encore jamais déposé de projet de loi visant à protéger le bien vivant de notre nation, à savoir les femmes et les enfants ?

J’ai personnellement alerté deux gouvernements au sujet de cette question, et j’ai obtenu des jolies lettres en retour, l’une signée d’un chef de cabinet sarkozyste, l’autre par NVB lorsqu’elle était encore aux droits des femmes.

Dont acte.

Et la suite ?

Combien faudra-t-il encore de décès avant que les pouvoirs publics n’agissent ?

Rappel de différents textes :

« Ce ne sont pas des « drames familiaux », non, ce sont des crimes, des crimes barbares, d’un autre âge, ce sont des survivances d’un temps où l’Homme, l’époux, le père, avait droit de vie et de mort sur les siens.

Il faut que cela cesse. Il faut que notre pays ose dire l’impensable, ose qualifier la barbarie, la définir, et la punir en conséquence. Et, surtout, la PREVENIR.

– Il conviendrait ensuite de réfléchir au vote d’une loi réellement efficace, visant à prévenir ce genre de crime, rendant obligatoire plusieurs garde-fous :

  • - Obligation pour les professeurs des écoles, dès les classes de maternelle, puis par les professeurs de collège et de lycée d’intégrer dans leurs cours, en interdisciplinarité, des leçons de morale spécialement destinées aux garçons, mais impliquant aussi les filles, car les mères aussi éduquent leurs fils…Ces cours expliciteraient, de façon simple, mais radicale, le caractère sacré de la vie d’autrui, spécialement d’une compagne et de ses enfants.

De cette manière, dès le plus jeune âge, les jeunes garçons, puis les adolescents apprendraient qu’on EST un mari et un père, mais que l’on n’A pas de droit sur autrui, spécialement sur femme et enfants. Cette différence entre l’ « être père » et l’ « avoir un pouvoir » me paraît fondamentale.

Cette instruction civique devrait bien entendu être répercutée dans les programmes et les manuels.

  • Obligation d’un entretien préalable au mariage ou au PACS avec un psychologue répétant ce qui peut paraître si absurdement évident, mais qui ne l’est plus : « Tu ne tueras ni ta compagne, ni vos futurs enfants. »
  • Obligation similaire en cas de grossesse, en parallèle à l’accompagnement de santé, d’un entretien du père avec un psychologue, visant à lui faire comprendre le caractère sacré de la vie de ce futur bébé.

On a bien rendu obligatoire les tests HIV avant le mariage, pourquoi alors ne pas rendre obligatoire un entretien avec un professionnel de santé expliquant que dans un aucun cas, on ne possède le droit de tuer sa compagne et ses enfants ? Les chiffres sont là :

En France, les femmes meurent davantage des coups de leurs compagnons que du SIDA. Et leurs enfants, ces dernières années, meurent aussi.

– Il conviendrait en parallèle de mettre en place une campagne de communication au long cours, reprenant les grandes lignes de celle déjà existante, mais insistant aussi sur les meurtres des enfants par leurs parents –j’emploie ce générique par politesse, et j’entends déjà les lourdes allusions aux bébés congelés…Mais attention, Messieurs : pour UNE Véronique Cougault, pour UNE Médée, combien d’enfants pendus, tués par balle, asphyxiés par leur papa…Les chiffres…Les terribles chiffres sont là…

Cette campagne de communication devrait être mise en place au long cours, durant de longues années, jusqu’à ce que les Français, les hommes, les papas aient intégré cette évidence :

ON NE TUE PAS SA FAMILLE. Même si on est très, très très fâché…

– Enfin, je pense que nos intellectuels, philosophes et autres sociologues feraient bien d’abandonner un peu les thématiques rabâchées de l’anorexie, de la résilience, du divorce, des addictions…, pour consacrer réellement leur énergie à tenter de décrypter ce phénomène de violence des maris et des pères envers leurs compagnes et enfants. On en parle si bien, des « nouveaux pères », certains philosophes en ont même fait leurs choux gras…

Mais de ces « drames familiaux », non, personne ne parle. On détourne pudiquement le regard, laissant à la populace le soin d’acheter Détective ou France-Soir, s’indignant un instant, avant de songer au prochain match des Bleus ou à ce petit ensemble…

Ces quelques réflexions paraîtront peut-être ridicules, dépassées, naïves ou « anti-mecs ».

Mais il n’en est rien.

Je pense sérieusement que notre pays doit à présent, au vu de ce drame atroce, arrivant après le terrible assassinat de la famille Dupont de Ligonnes, mais surtout après des dizaines d’autres faits divers, après des dizaines de crimes barbares commis par des hommes envers leurs compagnes, qu’ils abattent, vitriolent, étranglent impunément, et/ou envers leurs enfants, prendre conscience qu’il ne s’agit pas de simples faits divers, mais d’un problème grave et ontologique endeuillant les forces vives de la nation et notre dignité d’humains.

 Sus à la banalisation de la barbarie.

Agissons.

Réfléchissons.

Mettons en place des commissions, des groupes de travail, des solutions.

Madame la future Présidente de la République, ou Monsieur le futur Président de la République, je souhaiterais que cette thématique, ainsi que la mise en place du projet de loi que j’ai évoqué, comptent parmi vos priorités.

Mesdames et Messieurs les Politiques, je vous ai livré une ébauche de réflexion, à froid, après le crime atroce envers ces trois jeunes enfants.

De grâce, prenez le temps de réfléchir à cette lettre.

 

Sabine Aussenac, maman, professeur, écrivain. »

« Notre pays a touché le fond de l’horreur en ce jour où, il y a quelques mois, quelque part en France, un homme a de sang froid tué sa compagne pour, semble-t-il, une banale histoire de jalousie, avant d’aller asperger sa voiture d’essence et de s’y immoler. Et surtout avant de faire griller, brûler vifs, entendant leurs hurlements, ses trois enfants âgés de quatre, six et onze ans. L’aîné, par miracle, survivra peut-être, mais les médecins ne peuvent encore se prononcer. Oui, il y a eu des témoins, impuissants.

 

Sincèrement, je pensais qu’il ne pouvait exister pire horreur que celle vécue par la jeune Laëtitia, violée, dépecée, démembrée…

 

Si, c’est possible, donc. En France, en 2012, à l’heure où les prix Nobels sont décernés à des chercheurs arrivant à sonder l’univers, un papa peut, de sang-froid, faire un barbecue avec la chair de sa chair. Cette semaine à nouveau, l’impensable est arrivé… Et je dis: stop. Et je dis: ça suffit!

 

J’en appelle solennellement à vous, nos politiques, et à tous les pouvoirs publics.

 

J’en appelle aussi au pays tout entier, femmes et hommes, afin que nous nous arrêtions un moment sur ce qui ne me paraît plus décemment convenable de nommer, avec cette atroce pudeur qui me fait vomir, un drame familial.

 

Il suffit. Il suffit de voir, chaque jour ou presque, une femme mourir sous les coups de son compagnon, ou ex-compagnon. Il suffit d’entendre parler de ces milliers de femmes violées, comme si nous vivions en guerre, et que quelque peuplade veuille souiller leur honneur.

 

Et surtout, surtout, de grâce, il suffit de voir chaque mois, ou presque, des hommes prendre qui un fusil, qui une corde, qui un couteau, afin d’aller simplement, comme on part à la chasse, abattre leur progéniture comme s’il s’agissait de gibier non protégé.

 

Car ôtez-moi d’un doute, les jeunes lapereaux, et les marcassins, et les bébés grives, ils sont bien protégés, eux, n’est-ce pas ? »

 

Il n’empêche que nos pouvoirs publics n’ont toujours rien entrepris, alors que les solutions que j’avais proposées seraient aisées à mettre en place : éduquer, éduquer nos enfants et nos adolescents, les garçons comme les filles ; convoquer solennellement les futurs époux ou « pacsés » devant un psychologue et un juriste, qui leur expliqueraient et martèleraient l’évidence : on ne tue pas sa femme et ses enfants ; former des assistants sociaux spécialisés et repérer, dans les écoles, les entreprises, les enfants et les femmes en difficulté, les mettre à l’abri en cas de menaces avérées ou possibles…

 

Quand descendrons-nous dans la rue, nous, femmes de France, pour que cesse le massacre ?

 

« … égorger vos fils, vos compagnes… »

 

Allons ! Enfants de la Patrie !

Le jour de gloire est arrivé !

Contre nous de la tyrannie,

L’étendard sanglant est levé ! (Bis)

Entendez-vous dans les campagnes

Mugir ces féroces soldats ?

Ils viennent jusque dans vos bras

Égorger vos fils, vos compagnes

Aux armes, citoyens !

 

Car voilà un pays dont l’hymne national se retourne contre lui-même. Les Français égorgent leurs compagnes, poignardent leurs enfants, les font brûler vifs dans des voitures, les étouffent, les pendent.

 

L’Inde est à nos portes. Nous aussi sommes violées, assassinées, mutilées. Alors agissons, ensemble, enfin. »

« J’avais, par deux textes, alertés Messieurs Sarkozy et Madame la Ministre du droit des femmes ; on m’a répondu, oui, que des mesures étaient prises. Mais cela ne suffit pas. La preuve en est cette terrifiante montée en puissance du masculinisme et de ces pater familias qui, dès lors qu’une compagne se refuse à eux, s’arrogent droit de vie et de mort sur cette dernière et, surtout, sur les enfants, afin de punir la mère dans ce qu’elle a de plus cher.

 

Il suffit.

 

En France, la plupart du temps, chaque mois ou presque, ce n’est ni un orage, ni une bombe, ni un missile qui tue : ce sont simplement des hommes, de bons pères de famille, qui, dans une sorte de djihad masculiniste, ont décidé d’exterminer toute forme de vie.

 

Monsieur Hollande : je compte sur vous. »

 

 

 

 

 

 

 

Le réveil des gazelles: hommage aux femmes du Printemps Arabe

Le réveil des gazelles

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Engrangeant les derniers rayons du couchant, les enfants couraient dans la rue déserte. Le couvre-feu était tombé depuis quelques instants, Fatima allait les appeler.

 Soleil tant vaincu

Vent rêvant aux palmiers

Dorment les gazelles

Mais ce soir ne ressemblait pas aux autres soirs. De loin semblait enfler une rumeur, aussi folle qu’une tempête de sable. Ahmed sortit en courant et hurla quelque chose aux voisins, le portable collé à l’oreille. En quelques instants, tout le monde se rassembla ; les femmes parlaient fort, les hommes lisaient le journal du soir, les jeunes pianotaient comme des fous sur leurs I Phones.

– Tunis, ils sont tous à Tunis ! cria Zohra, dont le fiancé était avocat dans la capitale. Et ils sont dans la rue, partout, des milliers ! Papa, prête-nous la voiture, je pars aussi !

– Ma fille, tu es majnouna, tu es folle, s’emporta Ahmed, presque tremblant.

– Mais Fatima, sa femme, tendait déjà les clefs à leur fille

– Va, ma fille, va rejoindre nos frères et nos fils.

Zohra courait déjà, gazelle gracieuse et élancée. Ses trois amies d’enfance la suivaient. On les surnommait les princesses du désert, et elles étaient unies comme les doigts de la main. Khadija la future sage-femme, Asma qui étudiait le droit et le journalisme, Aziza qui avait déjà créé son site de mode sur internet, et elle, Zohra, qui parlait cinq langues et qui commençait sa thèse de politique internationale.

Dorées de doux miel

Khôl ourlant tendres regards

En études les gazelles

Dans la voiture qui fonçait à travers le couchant, Zohra avait laissé le volant à Asma, et ne quittait pas l’écran de son portable. De statut Facebook en Twitt, les mots couraient comme des étoiles filantes, et la colère des jeunes de leur pays, de toutes ces forces vives, semblait tempête ou ouragan. Les quatre amies parlaient vite, elles se regardaient grandir au fil de leur chemin, au fur et à mesure que les palmiers et les dunes faisaient place aux blancheurs de la capitale, tout au long de ces 111 kilomètres de poussière, elles prenaient conscience qu’elles roulaient vers leur destin. Elles savaient déjà qu’elles ne seraient pas seulement mères au foyer comme leurs mamans et grands-mères, mais à cet instant, elles devenaient femmes et flammes, prenaient le contrôle de leurs vies.

Voilées ou offertes

Aux cent cris de la victoire

Galopent les gazelles

La voiture ne leur fut bientôt plus d’aucune utilité. Dès les faubourgs, elles descendirent, et marchèrent, main dans la main. La nuit était chaude comme une nuit d’été, malgré le froid de janvier. Les visages étaient gais comme un mariage, malgré la lutte qui couvait. Les cris étaient purs comme un cri de femme en gésine, malgré les douleurs de la naissance : car un peuple allait donner vie à une nation. Il semblait qu’un pays entier soit descendu chanter, malgré l’orage de feu. Les jeunes filles se perdaient dans cet océan humain, heureuses et effrayées, au hasard des sourires sous les voiles ou des cris d’étudiants en colère, et Asma mitraillait les visages et les mots de son portable, envoyant directement les images à son journal.

Au réveil, il était midi. Et Ben Ali partit quelques heures plus tard.

Librement au vent

Indomptées et rebelles

Chantent les gazelles

Le retour au village se fit tel en convoi de noce. Et les youyous des femmes accueillirent les enfants de l’aube neuve. Vive la liberté !

***

Nouvelle ayant remporté, avec ses haïkus, le concours de l’Iroli en 2011…

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Comme un air de rumba, petite nouvelle écrite pour un concours…

Comme un air de rumba

 

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Elle sentait bon, ma tante. Un parfum de sable doux et de vanille, comme un air de rumba. Lorsqu’elle arriva dans notre cuisine, elle me sourit, avec cet air de conspiratrice qui lui était familier. Nous en étions encore au café, engoncés dans nos habitudes des sixties, nous, les enfants, le dos bien droit, toute incartade étant prétexte au martinet, nous taisant, étouffant dans cette atmosphère à la Chabrol, grappillant les dernières miettes de tarte aux pommes dans nos assiettes immaculées.

Ma tante m’enleva à la tablée embourgeoisée pour notre sortie mensuelle, promettant à ma mère que nous serions rentrées avant la tombée de la nuit. Nous partîmes main dans la main, gloussant comme deux collégiennes dans l’escalier, et nous précipitâmes dans la rue gorgée du soleil de midi. Colette me toisa soudain d’un regard empreint de tendresse, ses grands yeux noisette malicieusement plissés, et m’annonça sur un ton officiel qui fleurait bon la remise des prix :

  • Ma chérie, l’heure est venue pour toi de devenir une femme. En ce 24 juin, pour fêter la Saint-Jean et les grandes vacances, je t’emmène aux Galeries !

Je rougis. C’est qu’elle commençait à peser lourd, ma poitrine de jeune fille en fleur… Je faisais tout pour la contenir sous mes chemisiers de percale rose, et me tenais, la plupart du temps, un peu voûtée, effaçant ainsi toute velléité de féminité de mon apparence, imitant en cela notre mère, souris grise et grenouille de bénitier, toujours vêtue de robes sombres, son chignon tiré à quatre épingles, le sourire pincé. Colette, elle, irradiait de légèreté, papillonnant dans l’existence, toujours entre deux galants, femme libre et femme de livres, sa carrière d’écrivain lui valant autant d’honneurs que d’amants.

Nous nous entendions bien, ma jeune tante et moi. Je lui confiais mes émois amoureux et mes élans littéraires, et elle me parlait de Simone et des suffragettes, de la Résistance et du jazz, et, virevoltante et gaie, me montrait que la vie d’une femme pouvait être autre chose que cette parodie de bonheur, perdue entre cuisine, ménage et pouponnière. La vendeuse des Galeries nous accueillit en nous montrant ses derniers modèles, mais Colette, très sûre d’elle, se dirigea vers un stand discret, où de jolies cotonnades blanches voisinaient avec quelques parures de dentelle.

Elle s’empara de plusieurs modèles et me guida vers la cabine d’essayage, en me racontant comment sa propre grand-mère portait, elle, des corsets, et comment, un beau jour de 1917, son époux n’étant pas revenu du front, elle avait définitivement renoncé à cette torture, coupant aussi sa longue tresse et arborant une coupe à la garçonne, affirmant ainsi une nouvelle indépendance. Puis Colette évoqua brièvement sa maman qui, elle, était morte dans les camps nazis, nue, sans soutien-gorge, ravalée au rang d’animal par des barbares. Ma tante, me regardant me dévêtir pudiquement,  m’expliqua encore que mon corps était mien, et que jamais je ne devrai le donner à un homme sans mon absolu consentement. Cet achat, celui de mon premier soutien-gorge, symbolisait ma nouvelle liberté : désormais, je serai la maîtresse de ce corps, de mes désirs, de mes envies. Car nous étions des femmes libres. Je ne devais jamais l’oublier.

Je me retournai vers le miroir, un peu tremblante, comme une biche surprise au détour d’une clairière. La ligne claire de mes épaules était à présent tranchée par deux fines bretelles de dentelle, et les oiselles palpitantes de ma jeune poitrine galbées par les jolies coques ajourées et nacrées.

Peu à peu, j’osai me redresser. Je me cambrai, sans savoir encore que bien des fois je me dresserai ainsi en regardant un homme, et soudain je la vis, cette femme, cette inconnue qui, ce matin, écrivait des vers à l’encre de l’enfance et qui, bientôt, embrasserait la vie.

Je tournai sur moi-même, soudain libérée du poids des conventions qui bridaient mes envies, et je me sentis belle, me sentis forte. Je ne savais pas encore ce que mon avenir me réservait, je ne connaissais pas les mains qui, souvent, dégraferaient impatiemment mes soutiens-gorge, je ne savais presque rien du désir et des plaisirs, mais en cette danse nubile je vis défiler des regards de braise et des chuchotements, et puis aussi, comme en rêve, de petites mains et des petites bouches qui approchaient de mes seins blancs et lourds. Mes enfants…

Colette écrasa une larme. Elle me serra contre elle en me murmurant qu’elle était fière de moi, de ma beauté, de mon intelligence. Puis elle paya, et nous sortîmes sur la place, complices et sororales.

Bien des années plus tard, je brûlerai, en sa compagnie, avec d’autres femmes ardentes, libres et extasiées, un autre soutien-gorge. Comme pour témoigner de notre volonté de changer la vie. Mais j’ai gardé précieusement la nacre de cette naissance.

 

Journée internationale des droits des femmes: Free d’hommes, le roman de l’égalité!

Free d’Hommes: et si nous changions le monde??

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http://www.thebookedition.com/free-d-hommes-sabine-aussenac-p-122971.html

http://www.amazon.fr/Free-dhommes-Sabine-Aussenac-ebook/dp/B00JZWH5RK

À l’orée de la Journée  je voudrais induire une petite réflexion sur l’ampleur des inégalités entre les sexes…Mon roman Free d’Hommes, paru en novembre 2013 à l’occasion de la Journée contre les violences faites aux femmes, se  veut vitrine inversée de notre monde si déséquilibré…L’idée de cette écriture en miroir m’est venue il y a deux ans, à peu près au moment où une jeune cinéaste signait un excellent court-métrage que j’ai découvert récemment, « Majorité opprimée », dans lequel, exactement comme dans mon roman, les rôles seraient inversés…

http://www.youtube.com/watch?v=kpfaza-Mw4I

Imaginons ce monde où les rôles sociaux seraient intervertis depuis des  millénaires et dans toutes les civilisations, les femmes ayant le rôle dominant,  tous les grands auteurs et acteurs de l’Histoire ayant été des femmes, de même  que tous les personnages historiques importants…Dans tous les continents, depuis toujours, auraient ainsi existé des sociétés matriarcales. Mais ces univers où le Féminin tiendrait le haut du pavé seraient aussi déséquilibrés que nos sociétés patriarcales! Dans ma petite fable, les femmes traitent en effet les hommes comme ces derniers le font actuellement avec nous…C’est à dessein que j’ai parfois forcé le trait, dépeignant les femmes que des « machos », et les hommes comme des êtres souvent soumis et opprimés…

Cependant, ce monde existerait dans NOTRE réalité: on y rencontre en effet l’affaire  DSK, un tsunami, une élection présidentielle, le printemps arabe…(et je suis en train de penser…à une suite!! Avec des chapitres plus précisément consacrés aux violences faites aux femmes, en parlant, toujours de façon inversée, de la « théorie du Genre », de la Manif pour tous…) Et lorsque l’on avance dans la lecture, s’attachant aux personnages, à la trame de l’histoire, on est presque pris de vertige, tant l’on a l’impression que ces inversions donnent le tournis: tout semble si « vrai », si réel, réaliste, grâce aux références à notre réalité, mais en même temps tout est si…décalé!

Car il s’agit à mon sens d’un problème mondial de société, d’une urgence humanitaire, que cette situation de la FEMME à travers le monde: dans nos sociétés occidentales, nous nous heurtons au « plafond de verre », à nos brimades quotidiennes, aux inégalités salariales…N’oublions pas non plus la terrible précarisation des femmes qui ont tant de mal à survivre à leurs divorces, qui luttent pour récupérer des pensions alimentaires impayées, sous les regards et les ricanements obscènes des masculinistes toujours prêts à revendiquer leurs droits alors qu’ils oublient leurs devoirs de pères…

Levons aussi l’omerta, la terrible loi du silence médiatique et sociétale au sujet des prétendus « drames familiaux »: une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son conjoint, tandis que les familicides se multiplient -des dizaines d’assassinats  chaque année, dont ce collégien de mon propre établissement, tué en février 2014 avec sa maman, alors qu’il était en cours le matin même…http://www.ladepeche.fr/article/2014/02/11/1815112-mercenac-drame-familial-trois-morts-au-hameau-de-pointis.html

(…Et je vous invite à rechercher les autres articles autour de ce drame-là…C’est tout bonnement incroyable, on y dresse un gentil portrait du meurtrier, sans jamais évoquer les victimes…) Ailleurs? Mais ailleurs, c’est la barbarie, c’est l’enfer, au-delà des grillages et des enfermements des burqas…Il y a les viols de masse et systémiques dans les pays en guerre; il y a les petites filles en Inde, évincées par l’eugénisme galopant d’une médecine devenue folle, mais aussi étouffées dans le sable à la naissance, avant que de mourir lors des terribles viols collectifs…Il y a les millions de fillettes privées d’éducation; et le tourisme sexuel, les violences, les humiliations…

Malala a inscrit son discours sous le signe de l’urgence: l’urgence pour les fillettes du monde entier à accéder librement à l’éducation. Et notre Ministre de l’Éducation Nationale a placé la journée du 8 mars sous le signe de l’égalité des chances. Osons, enfin, nos libertés!

Mon roman  s’inscrit donc dans cette urgence-là: dénoncer ce monde dont la moitié, oui, la moitié des habitants sont opprimés! Parler de cette terre que nous devrions nous partager équitablement, avant même que de songer à en régler les problèmes climatiques et géopolitiques! Il faut inventer un nouvel univers, un univers  différent, où hommes et femmes se partageraient la vie dans une autre  perspective, en dehors de ces processus de violence et de domination.

http://www.refletsdutemps.fr/index.php/thematiques/culture/litterature/item/l-autre-monde-de-sabine-free-d-hommes-sabine-aussenac?category_id=17

« Fascinants, pour qui imagine et invente (l’écrivain, du coup), que ces mondes, qui seraient bâtis autrement, fonctionneraient dans d’autres dimensions, seraient – pourquoi pas – cul par dessus-tête. C’est à ce registre que se rattachent les pages du roman ? nouvelle ? que vient de publier notre amie et rédactrice, Sabine Aussenac.

On a connu – pépite fantastique de notre adolescence – le « Demain les chiens » où Médor et les siens tenaient l’ordonnancement du monde, sans parler des singes de la planète ! Là, l’histoire (« il était un monde, une fois, où… ») est tout bonnement renversée : homme/femme, pas comme on connaît ; le contraire. « Comme ailleurs dans le monde, les hommes étaient lésés ; gagnaient moins que les femmes, se comptaient sur les doigts de la main dans les conseils d’administration… les femmes avaient le monopole de l’emploi, de la sécurité financière, des pouvoirs décisonnels… Paul – “le-la” héros – soupira : oui, le chemin serait long ! » (…)

Les femmes « puissantes » – toutes et trop – sont des virago pour qui « le diable s’habille en Prada » : physiquement écrasantes, levant le coude sur le canapé du soir, et séduisant – vite, trop vite – les mâles qui passent autour, du stagiaire au procureur. Caricaturales ! mais on sourit, devant l’avalanche… Un tout petit peu, quand même, de situations répétitives, là aussi. Un texte plus resserré, format grande nouvelle, éclairant mieux, ne disant pas tout, abattant quelques murs, à grands coups de hache monumentale, aurait sans doute été l’instrument de choix d’un sujet jouissif, comme celui-là…

On ne boudera pour autant pas notre plaisir ! L’Histoire – la grande ou la plus quotidienne – tient sa partie dans le récit, avec une présence pertinente qui donne chair : des enfants qu’on enlève à de brillantes études pour les marier au bled (ici, un Medhi, évidemment), aux Révolutions arabes, à la poésie iranienne, au souvenir de 68 (slogan masculiniste : « oui, maman, oui patronne, oui chérie ; non ! Merci ! criaient les jeunes gens de l’époque en brûlant leurs coquilles à testicules entre deux jets de pavés sous la bouille en cœur de Danielle la Rouge »).  On rit, souvent – un des meilleurs passages, attendu, certes, mais réussi, n’est-il pas l’annonce de l’accusation de viol sur homme de chambre buriné, par une Sarah Dayan Klein, directrice du FMI. Plus tard – entre émouvant et hilarant, un « homme !!! est élu aux élections présidentielles ! On y est, frérot, on y est ! ». »

Autre extrait de critique:

« Sabine Aussenac a brossé une fresque saisissante, dans laquelle le « sexe  faible » est incarné par les hommes, depuis la nuit des temps… De nombreux  thèmes de société sont abordés, des discriminations au viol, de la pédophilie au  « plafond de verre », de la précarisation au divorce…

Personnages attachants, humour féroce, profondeur de la réflexion: ce roman,  paru le 25 novembre 2013, à l’occasion de la Journée Internationale contre les  violences faites aux femmes, se veut le symbole d’un nouveau  féminisme.

Sabine Aussenac a rêvé l’égalité, en faisant la démonstration de ce que  serait un monde dominé…par les femmes! »

http://www.sudouest.fr/2013/11/30/free-d-hommes-1244971-2277.php

La page Facebook du roman:

https://www.facebook.com/pages/Free-dhommes-un-roman-de-Sabine-Aussenac/756934377674641?notif_t=page_new_likes

Voilà…Il ne tient plus qu’à vous de vous détendre tout en vous questionnant, de rire et de pleurer, de partager et de donner…Le roman est à commander sur le site de Thebookedition  ou en format ebook sur Amazon, (liens en haut du texte)! Et en attendant, une première lecture vous en est offerte sur le délicieux blog de Sagine:

http://mesyeuxvosoreilles.free.fr/211-freedhommes-SAussenac

J’ai fait un rêve: qu’à l’occasion de la Journée de la Femme 2015 nous nous donnions la main dans un même élan de sororité ET de fraternité, nous, femmes de tous les pays, loin des querelles de clochers féministes, ensemble, les « essentialistes » et les autres, oubliant les clivages entre celles qui ont des enfants et celles qui n’en n’ont pas, oubliant les « On ne nait pas femme, on le devient » et, au contraire, les Antoinette Fouque qui prétendaient que la maternité fonde, quelque part, la Femme, non, ne les oubliant pas, les transcendant, plutôt, dans une véritable marche commune vers l’ÉGALITÉ!

http://www.poesie-sabine-aussenac.com/poesie-et-photos-de-gascogne-sabine-aussenac/portfolios/image_si-nous-poussions-les-murs-du-monde

Bonjour, êtes-vous Sabine Aussenac ? Je suis Antoinette Fouque.

Bonjour, êtes-vous Sabine Aussenac ? Je suis Antoinette Fouque.

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Le portable avait sonné vers midi, je venais de terminer mon cours et rangeais la salle. Une voix, ferme, inconnue :

–         Bonjour, êtes-vous Sabine Aussenac ? Je suis Antoinette Fouque. C’est bien vous qui avez écrit ce texte sur les grues ?

http://www.madepeche.com/index.php/articledep/articledepview/action/view/frmArticleID/21512/

Antoinette Fouque…J’en ai presque lâché mon cartable…Certes, oui, j’avais écrit un texte sur ces pères qui montent sur les grues pour réclamer leurs droits, quand la plupart d’entre eux n’accomplissent pas leur devoir élémentaire de payer la pension…Et j’avais envoyé ce texte, entre autres, au mail de contact des «Éditions des Femmes »…

Mais jamais je n’aurais imaginé avoir l’honneur de parler à Madame Fouque…

Notre conversation ne dura pas très longtemps, mais elle me dit tout le bien qu’elle pensait de ce petit texte, et surtout sa volonté de rassembler les femmes, les femmes de tout le pays, pour ce fameux « Grenelle des Femmes » dont elle rêvait. Elle me dit sa force, son énergie, sa rage, son admiration aussi pour les nouvelles formes du féminisme, elle me dit qu’il fallait continuer, toujours, et encore…Et puis comme je lui faisais part du pourquoi et du comment, de la genèse de mon écrit, de mes lourds soucis de post divorce, de surendettement, elle proposa soudain de m’aider, de me donner un petit coup de pouce…

Savez-vous ce que je répondis, lorsqu’elle m’assura qu’un petit virement serait bientôt sur mon compte ?

–         Oh, mille mercis, je ne sais pas comment vous remercier, je vais…venir faire le ménage aux Éditions des Femmes !

!!!

Voilà. Plusieurs mois plus tard, j’en suis encore mortifiée.

Voilà la plus grande militante féministe de France qui m’appelle, qui échange avec moi, moi, l’insignifiante petite écrivain du dimanche, nous parlons de choses graves, j’ai l’insigne honneur de parler à celle qui fonda, un beau jour de l’année de Mai, le MLF, et, pour la remercier de son geste, je me propose…de venir faire le ménage chez elle !!!!

On ne peut trouver de plus beau lapsus, de plus belle preuve des difficultés ontologiques  de ce féminisme qui, tout au fond de nous, a tant de mal à contrer les racines de notre condition de FEMMES, si ancrées en nos automatismes, en nos conditionnements…

Au lendemain de la disparition d’Antoinette Fouque, je ne vais pas vous refaire l’Histoire, car les médias ont déjà largement partagé sa bio et ses combats…Pas en première page, hélas, et ce n’est pas simplement la faute aux derniers jours des JO, ni aux morts de la révolution d’Ukraine, ni aux soubresauts de Dieudonné qui hier joua en ma Ville Rose…

http://abonnes.lemonde.fr/disparitions/article/2014/02/21/mort-d-antoinette-fouque-pionniere-du-mouvement-feministe_4371490_3382.html

Non, Antoinette n’a pas fait la Une, car il semblerait que même la disparition d’une aussi grande dame n’éclipse pas l’actualité des Hommes, ni les automatismes des médias, au lendemain d’ailleurs d’une grande déception pour les féministes françaises qui ont vu entrer, certes, deux grandes figures de femmes au Panthéon, mais qui espéraient, en cette année 2014, que le Président ferait entrer davantage de femmes en ce lieu, symboliquement…

Je voudrais simplement lui rendre hommage, vous dire cette voix qui m’a portée au fil des derniers mois, vous dire les quelques échanges que nous avons eus, comme un petit fil rouge qui me guidait, à la lisière d’une vie difficile. Son dernier appel, je l’ai reçu alors que j’étais à la FNAC, quelques semaines après un grave accident qui m’avait pas mal amochée. Sa voix grave a résonné entre les rayons où je promenais mon nez doublement cassé et mes lunettes tordues :

–         Mais arrêtez donc de vous plaindre !

m’incendia-t-elle en me rappelant qu’elle, malgré de lourds soucis de santé, et une vie compliquée aussi, ne se plaignait pas…Elle me dit qu’il ne fallait pas renoncer, et puis passer l’agrégation, et puis travailler l’écriture…

Chaque contact avec Madame Fouque, chaque appel, mais aussi chaque échange de mails, me rappelaient mes premières lectures d’ouvrages des Éditions des Femmes…J’avais dans les vingt ans et ne regrettais qu’une chose, c’est d’avoir été trop jeune en 68 ! La jeune femme que j’étais reniait en bloc sa féminité, refusait par exemple de se débarrasser de ses poils, prenant exemple sur les féministes allemandes-les chanceuses, blondes, contrairement à moi, plus proche des pilosités portugaises que de l’héritage génétique teuton, malgré mes origines allemandes…J’étais aussi capable de laisser la vaisselle dans l’évier toute une semaine, par révolte, attendant de mon compagnon un partage total des tâches, même si lui maintenait que ma condition d’étudiante était moins lourde que ses « trois huit » en tant que cheminot…

Je me souvenais aussi de toutes les phrases de mon entourage…Ma grand-mère française vantant les mérites de telle cousine, « toujours un ouvrage à la main »…Et puis ma grand-mère allemande, qui m’incendiait car je n’aidais pas assez ma mère dans les tâches ménagères…Ma rébellion avait été toute littéraire : me plonger dans la lecture, dans les études, avait été la voie royale pour éviter, un jour, de ressembler à ma mère que j’adorais ; hors de question pour moi d’apprendre à coudre et/ou à cuisiner, car je voulais surtout pas ressembler à cette maman dont l’univers tout entier était exclusivement centré sur le ménage et sur nous, ses enfants…

Je devinais depuis longtemps que d’autres schémas étaient possibles…J’avais eu l’exemple du couple de ma marraine, une artiste allemande qui, elle, avait épousé un néerlandais…Lorsqu’ils descendaient de leurs ors flamands vers nos torpeurs méridionales, pour passer quelques semaines emplies de cigales et de thym dans notre maison de campagne, le mari, Camillo, construisait certes des petits moulins sur le ruisseau, mais, surtout, faisait la vaisselle, la cuisine, bref, prenait sa part des tâches du foyer, alors que la devise de mon père, qu’il martelait à mes frères,  était qu’ « Aussenac ne faisait jamais la vaisselle » ! Quant à Ludvine, ma marraine, elle avait certes deux enfants, mais elle sculptait, aussi, exposait, créait, donc vivait aussi à l’extérieur de ce foyer, osant affronter le monde que ma mère semblait presque redouter…

http://www.ludvanvorstenbosch.nl/ebr-01.html

C’est d’ailleurs elle qui, la première, m’avait parlé des « Dolle Minas », ces féministes hollandaises, avant que je ne découvre, jeune étudiante en germanistique, le journal « Emma », premier magazine féministe allemand, et les premiers cafés de femmes qui, dans notre Ville Rose, fleurissaient en ces années 80 perdues entre un Larzac oublié et cette fin de siècle où tout s’accélérait…

http://fcomme.blogspot.fr/2010/12/les-dolle-mina.html

On aurait pu croire que je la gagnerais, mon indépendance, oui, les prémices de ma vie de femme semblaient prometteuses, mais je finis par me marier à vingt ans, par renoncer à tous mes rêves de journalisme et d’écriture, par m’aligner sur le mode de vie et de pensée de mon premier époux, passant du joug d’un père assez tyrannique à celui d’un cégétiste extrémiste qui me fit renier, en vrac, la poésie, la foi, les idéaux communautaires, l’écologie…

Oui, voilà ce à quoi j’ai repensé, en apprenant le départ d’Antoinette Fouque : à nos vies de femmes modernes, à nos chemins de lutte, de libérations, de lucidité ; à nos désirs, à nos combats, à nos erreurs, à nos errances, à nos espérances.

Il y a quelques mois, j’ai fait paraître un petit roman, une fable sur monde totalement inversé, un monde dans lequel les femmes, depuis la nuit des temps et dans toutes les civilisations, auraient eu le pouvoir, alors que les hommes seraient le deuxième sexe, mais une fable basée sur « notre » réalité, qui parle aussi du Printemps Arabe, du tsunami au Japon, de DSK…

Voilà « mon » féminisme : celui des mots, celui qui invente et mélange, dénonce et caricature, exprime et espère, dessinant un monde différent, dans lequel les hommes respecteraient les femmes, évitant de les assassiner tous les trois jours, de les battre, de les violer, de les humilier, ici ou dans d’autres pays…Un monde dans lequel, comme Antoinette l’a si bien démontré par son fabuleux Dictionnaire Universel des Créatrices, les femmes auraient toute leur place dans le monde des arts, de la recherche…et de la politique.

http://www.lavie.fr/culture/livres/lancement-du-dictionnaire-universel-des-creatrices-25-11-2013-46896_30.php

Merci à elle. Qui a fait de nous ce que nous sommes. Vous allez nous manquer, Madame Fouque…

Sabine Aussenac.

http://www.thebookedition.com/free-d-hommes-sabine-aussenac-p-104799.html