Garder les yeux ouverts

 

 

Garder les yeux ouverts

Ne jamais toucher terre

Ne jamais renoncer

Toujours folies garder

Tu t’en souviendras bien

De ne pas t’immoler

Sur l’autel des médiocres

Et des compromissions

Je te veux révolté jusqu’à ton dernier souffle

Je te veux passionné et toujours des plus beaux

Tu ne t’occiras point en vile pacotille

Tu ne resteras pas au carrefour des gris

Toujours tu hanteras le cœur de mille filles

Je te veux fier et fort et toujours dans ma vie

Garder tes yeux ouverts

Voir le beau et la terre

Aimer l’art la passion

Les amours les maisons

Et reconstruire encore

Même après les tempêtes

Pour savoir redresser et ton âme et la tête

Hauts les cœurs mon amour

Je serai là toujours

Garder les yeux ouverts

Ne pas baisser les bras

Savoir que la lumière luit tout au fond des bois

Te faire feu follet

Et luciole aiguisée

Hanter les nuits toujours mais savoir éveiller

Des aubes aux crépuscules tous nos sens à aimer

Tu resteras celui qui veille et qui attise

Les feux dans l’âtre tendre malgré tourments et bises

Garder nos yeux ouverts

Nous comprendre sans voix

Etre là à l’instant traverser les immenses

Ne jamais se quitter se haïr se fêler

Nous serons immortels comme neige au sommet

Nos tendresses infinies nous vaudront mille transes

Garder les yeux ouverts

Etre celui qui lutte

Ne pas se contenter de palais ou de hutte

Faire ce long chemin

Avancer

Découvrir

Ne jamais vivre au coin d’un feu inachevé

Battre tant de campagnes

Que l’esprit devient fou

Nos châteaux en Espagne

N’appartiendront qu’à nous

Nous garder des malheurs

Toujours aimer la peur

Savoir que l’étincelle

Est ce qui nous distille

Je serai l’ambroisie de tes soirs enivrés

Et tu te feras miel au coin de bouche tendre

Je le dis je le hurle

A ceux qui veulent entendre

Aimons-nous

Soyons fous

Regardons-nous

Voyons-nous

Ne faiblis non jamais

Ne deviens pas médiocre

Ne te compromets pas

Reste le loup des steppes

Et garde au loin la horde

Des faibles et des gueux

Qui sèment les discordes

Que l’amour soit ton guide

Que la vie te soit force

Gardons les yeux ouverts

Aimons-nous en lumière

Que ça brûle en plein jour

Que l’infinie tendresse

Nous soit incandescence

Regardons nos soleils

Brûlons nos ailes immenses

Je nous veux en Icare

Toujours recommencés

Soyons ceux qui éveillent

Soyons monts et merveilles.

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Dear Time Magazine

Dear Time Magazine,

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A full cover. A friendly face. Millions of people will see and read your sentences about Marine le Pen and the Front National.

Thank you, dear Time Magazine. Really, thanks for making such an incredible publicity to such a dangerous person. To such a dangerous party.

You say that this political party could be compared to the american Tea Party. You seems to consider that Marine le Pen could be an usual, banal, normal leader.

Thanks for this brilliant conclusion.

I’m sure that the young norwegian victims from Anders Breivik would have appreciate your way to describe our little frenchie Iron Lady: you know, Breivik’s ideas are so close to Madame le Pen’s war against Muslim power in Europe…

http://www.huffingtonpost.com/2012/07/22/anders-behring-breivik-attacks-norway-massacre-anniversary_n_1692813.html

Yes, I agree with you, we have not to ask us if the Front National is dangerous, and I sure that the many turkish victims of german neo Nazis could have share your these: burning houses with lots of Turkish and black children is not a crime, it’s just …

http://en.wikipedia.org/wiki/Solingen_arson_attack_of_1993

Yes, in fact, how do you call this?

And how do you call “Shoah”, in english? Oh, yeap, I remember, I think you say “Holocaust”, isn’t it? This old european story, a few million people burning and dying and a man, a certain Hitler, such a respectable politician, full of legality and proud to be the Führer of a new world order, on this 30 January 1933…

You think I’m crazy? You think I’m dreaming? You think I’m just a german teacher and not a journalist or essayist, not able to give a sense to history and politics?

Perhaps you’re wright. And perhaps it’s true, that certain liberal ideas from Marine le Pen about Europe, about health care reform or ecology can be compared to the program from the Tea Party.

But in France, you know, two years ago, in my “pink city” Toulouse, a man shout jewish kids down, in their jewish school, just because they were jewish. A few years ago, a yong man called Ilan Halimi was tortured weeks along, before being murdered and burned. Just because he was jewish. But in France, last autumn, a man called Dieudonné, pretending he was an humorist, invented a new way to say “hi”, making a inversed nazi salutation with this arm, called “quenelle”. In all his shows, this man made a joke about the “Shoah”, singing “Shoah- ananas”, as if the holocaust could be a funky fucking good song and joke about fruits.

http://www.veteranstoday.com/2014/01/04/the-courage-of-the-quenelle/

I don’t know if you know that Marine le Pen’s father, Jean-Marie le Pen, often made this sort of jokes about the holocaust.

http://mondediplo.com/1998/05/08igou

I don’t know if you know that Marine le Pen herself often speaks and laugh with persons of the neo nazi circles.

http://forum.doctissimo.fr/viepratique/politique/compagnie-skinheads-neonazis-sujet_11432_1.htm

 

Dear Time Magazine, I always learned and thought that YOU were one of the best, brilliant, neutral, impartial, respectable and intelligent newspaper of the world.

Today I’m sad, I feel upset and I ask you to apologize for your apology of non-sense.

 

Sabine Aussenac.

http://www.best-poems.net/editors/1293

http://www.amazon.fr/Sabine-Aussenac/e/B00K0ILDZS/ref=ntt_athr_dp_pel_1

Scarlett for ever: hommage aux disparus du 11 septembre.

 

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Enfant, déjà, je l’ai rêvée. Cette Amérique des séries télévisées et des dessins animés, qui offrait à la petite provinciale que j’étais tant d’imaginaires… Je me souviens avoir écrit dans une rédaction que l’un de mes souhaits était de rencontrer Walt Disney! Puis vinrent les innombrables films que la télévision des Seventies nous proposait, sans le filtre des chaînes payantes… J’ai grandi avec Capra et Minnelli, j’ai dansé avec Cyd Charisse, chanté avec Marilyn, chevauché avec John Wayne. Même avant Little Big Man, je savais que les Indiens n’étaient pas tous des arracheurs de scalp, car la Captive du désert m’avait montré les richesses d’une culture qui longtemps, elle aussi, me fit voyager…

Je l’avoue, je me sentais pionnière. Bien avant Laura Ingalls et ses tresses, je regardais déjà Les Monroe, une famille où les parents avaient disparu et où les cinq enfants se débrouillaient seuls dans l’Ouest américain. Mais les villes aussi me semblaient merveilleuses, des bourgades endormies comme Peyton Place aux rumeurs du Bronx ou de L.A.

https://www.youtube.com/watch?v=bEw4ZUtiYBA

La télévision m’avait enchantée, le cinéma passionnée, la littérature fit de moi une inconditionnelle. Mes seize ans eurent le goût des grands espaces et des gratte-ciels; A l’Est d’Éden, la jeune fille en fleur que j’étais perdit toutes ses illusions, et aujourd’hui encore je m’endors avec Paul, Nancy et d’autres contempteurs du temps.

En grandissant, j’avais constaté que si l’Amérique avait envahi nos quotidiens, des Cornflakes au Coca, en passant par l’ouverture des premiers MacDo -je me souviens encore du délicieux frisson éprouvé en mordant dans ce primo-burger; il me sembla alors être assise aux côtés de Fonzie de Happy Days…-, mon entourage, lui, était plutôt enclin à conspuer l’Oncle Sam… Car à mes côtés, au MacDo, se tenait mon premier époux, un cheminot communiste dont l’anti-impérialisme farouche annonçait celui que je retrouverai, mon CAPES en poche, dans tant de salles des profs dédiés au marxisme léninisme primaire…

Je n’en eus cure. Car mon Amérique à moi n’était pas seulement celle des vilains blancs et du KKK; j’avais aussi entendu Jane Fonda haranguer les boys au Vietnam, écouté Bobbie qui chantait dans le vent, et mon plus grand regret, à cette époque, était d’avoir raté Woodtsock de quelques années… Il me suffit d’écouter With a little help from my friendspour me revoir dans ma petite chambre d’hypokhâgneuse, buvant un thé au jasmin, croquant dans un Chamonix -bon, ok, tirant sur un pétard- et regardant les yeux brillants de Frédéric qui me parlait des communautés de Big Sur…

https://www.youtube.com/watch?v=3xJWxPE8G2c

Tant d’autres moments américains ont jalonné ma vie qu’il serait difficile de les évoquer tous. Des rencontres, comme celles que je fis vers dix-huit ans, quand j’abordais les étudiants US sortant de la bibliothèque américaine de la rue du Taur, à Toulouse ; leurs yeux indescriptiblement bleus me rappelaient ceux de Paul Newman, leurs rires francs m’emportaient over the ocean, leur ouverture d’esprit me montrait que la vie était ailleurs, loin de nos frilosité hexagonales…
Aujourd’hui encore, au gré des rencontres planétaires des réseaux sociaux, il m’arrive de trouver des perles, comme mon ami le cow boy jazzy Silvanus Slaughter ; écoutez, vous m’en direz des nouvelles…

https://www.youtube.com/watch?v=sWFEzxeOIDE

Des films, comme The Sandpiper, qui, entre la liberté princière de cette artiste magistralement interprétée par Liz Taylor et ce pasteur tiraillé entre les conventions et ses désirs, a sans doute guidé toute ma vie de femme, puisque j’ai fini par épouser un pasteur (véreux !) avant d’oser devenir une artiste. Des livres, comme Autant en emporte le vent, dont les milliers de pages ont, elles aussi, façonné mes combats.

https://www.youtube.com/watch?v=66RIjBHtEco

Puis vint le 11 septembre. L’horreur sans nom de l’indicible injustice. Et, très vite, les rires gras et les sourires fielleux des « ils l’ont bien cherché, ces Ricains! »

Mais pour moi, il n’y a pas de Ricains. Le conglomérat dont se gaussent ceux qui méprisent la Country, évoquant les bouseux du Middle West, encensant le jazz new yorkais, (comme c’est à la mode dans mon département, le Gers, avec son clivage socioculturel entre les bobos de Jazz in Marciac et les paysous de la Kountry de Mirande) me semble absurde, tout comme cet anti américanisme dont se targuent encore quelques Mélanchoniens, sans doute nostalgiques du Vietcong et des goulags…

J’ai toujours seize ans. Je suis encore capable de réciter les Etats américains, de rêver les neiges du Vermont et les grandes plaines du Wyoming, je pleure chaque fois que je revois la scène finale du Horsewhisperer, j’écoute CNN en boucle à chaque ouragan et j’attends ce grand type qui aurait l’humour et les muscles de Bruce Willis, la voix de Josh Groban et l’intelligence de Woody (NB: il pourrait aussi ressembler à Will Smith !!). Il m’offrirait mon premier vol transatlantique et me montrerait les Appalaches et le Bayou, avant de me faire danser dans un club de la cinquième avenue. Puis nous fêterions noël à NY.

https://www.youtube.com/watch?v=p3DdZemY2jU
Je suis Scarlett, for ever.
***

Independance Day
J’ai fait un rêve
D’une Amérique libre et grande
D’un peuple uni aux mille visages
Des Twins Towers ressuscitées
D’une Statue de la Liberté
Qui dévisage
Une nation toute redressée
J’ai rêvé les tribus Comanches
Et Sitting Bull en calumet
Des turquoises et de belles femmes blanches
Qui enlacent de fiers guerriers
J’ai descendu le vieux fleuve impassible
Et plongé dans de noirs bayous
Un très vieux noir se balance sur rocking chair
Et un gospel infini s’élève dans les airs
J’ai rêvé Sunset boulevard
Et croisé James Dean en Porsche intacte
Mes tramways se nommeront toujours désir
Et ma fièvre dans le sang ne s’apaisera pas
A l’est d’Eden je cueille raisins de ma colère
Il est grand temps de partager la terre
J’ai fait un rêve
De séquoias de Grand Esprit
Little big man part à Woodstock
La country a soudain oublié le Klan
Et Scarlett danse au gré du vent
La soul d’Aretha et d’Otis
Rejoint le rock du vieil Elvis
J’ai rêvé New York
Et un matin de noël blanc
Au-delà des arc-en-ciel Judy l’étoile est née lumière
A Harlem tout le monde s’appelle « Brother »
Nous venons tous d’Ellis Island
Et sommes de la même bannière
Mon Amérique à moi
A le parfum de rouges érables
Et des vagues de Big Sur
Des tipis et indiens vénérables
Y côtoient l’Oncle Tom libéré
C’est l’Amérique des engagés
Des Boys venus sauver vieille Europe
Des idéaux de fraternité
Mon Amérique à moi
Murmure à l’oreille des chevaux
Sur la route de Madison
C’est la voix tendre de Marilyn
Mêlée aux éclats noirs d’une trompette
J’ai fait un rêve
D’un Président qui aimerait
Les mille vies de ces naufrages
La barre il redresserait
Et son sourire aux métissages
Sa vie durant il donnerait.

***

My America is like a poemwhisperer

My America is like a rising sun
Twin Towers tempest and Walden woods
Desert gospels and Harlem as a temple
Oh give me the time of grace
Even frozen hearts can touch this marigold summer of love

My America is like a bright harvest
Gone with the dubious wind
Suzanne is singing sadly
And Johnny Cash feels hurt
But sandpipers are waiting for the mermaid of their dreams

My America is like a poemwhisperer
Tender is her night
Captain oh my Captain can you feel this dusty wonderland
Vermont greens and Texas spleen
Over the rainbow she’s a dancing queen

My America is like a gentle hurricane
Slate grey children play lonesome and lost
Scarlett is crying rivers
But bluebell hope will never die
Can you smell the colors of our spicy apple pie

My America is like a blowing prayer
Chestnut drums and sunflowers fields
Many helpless rivers to cross
A thing of beauty is a joy forever
Poets and words swim in strawberry winds

My America is like a milky honeymoon
Cherry blossoms whistles
Cristal cities flying forests
Moonwalks in purple rains
Sound of silence or smiling Babylons

My America is like a genesis
Ocean’s stars crossing hearts
From the Golden Gate to Big Apple
Sitting Bull sharing peace pipe with Marilyn
Windmills in the secret of thousand golden roses.

C’est ce jeune en colère, qui apprend le mot « Mai »…

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C’est ce jeune en colère, qui apprend le mot « Mai »…

C’est cette radio qui se met à danser, musicale et nouvelle, sans les flashs mortifères des infos répétées.

C’est cet enfant joyeux, un ballon à la main, qui commence à sourire en voyant les drapeaux.

C’est cette femme âgée, qui dodeline de la tête, qui en quelques instants se revoit en 36 : lorsque la joie au cœur et les jupes légères on partait à la mer comme on quitte un hiver, les mollets bien trempés et la fleur au sourire.

C’est cette enfant timide, aux lunettes carrées, qui soudain oui se lève et suit les révoltés : elle dit non à son prof, elle dit non à son père. Aujourd’hui elle sera révolutionnaire.

C’est ce jeune en colère, qui apprend le mot « Mai », qui ne savait pas jusqu’à hier qu’on pouvait résister.

C’est la femme épuisée, qui se lève aux aurores, dont les aubes sont blanches et ont goût de charnier, qui rejoint au soleil ses amies qui défilent ; aujourd’hui on verra même les sans papiers.

C’est le temps des cerises même au cœur des chantiers, quand on a en mémoire les Communes et les chants : ce pays se souvient qu’il a su exister.

C’est pour tous nos grands-pères qui arpentaient les mines, pour les foules en colère, pour les arbres de Mai. Pour nos vies en Bastilles qui enferment les rêves, pour ces jours guillotines qui nous fauchent en chemin.

C’est pour dire aux enfants que la rue peut descendre, que les peuples ensemble sont plus fort que les Grands, et qu’il faut à présent oser dire et comprendre, parce que souvent ancêtres ont souffert dans leur sang.

C’est pour Rosa la Rouge malgré tous les goulags, pour Gavroche et Arlette, malgré lourdes erreurs, et pour tous les lilas enlacés à vos roses, car jamais ne pliera le roseau des espoirs.

C’est un matin qui chante, en mémoire de hier. Quand demain se prépare en action, mais sans guerres.

C’est la quinqua pimpante aux enfants allaités, qui devrait oublier qu’elle a nourri la France, c’est celui qui travaille depuis l’adolescence, c’est l’écrivain debout qui ne veut pas s’assoir.

C’est cette liberté de rester ou de vivre, de garder un métier si passion nous anime, ou d’aller profiter d’une vie qui s’enfuit, quand le corps déjà faible demande juste répit.

C’est l’essence qui manque, c’est le train qui s’ennuie, c’est l’usine assoupie au plus fort des cadences, c’est la classe oubliée car le maître est parti : c’est la Grève générale.

Et aujourd’hui j’en suis.

Sabine Aussenac, professeur titulaire « TZR », certifiée depuis 1984, ayant son poste fixe depuis 1995.

En poste « hors zone » avec plus de 6 heures de trajets par jour.

 

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http://www.huffingtonpost.fr/sabine-aussenac/les-tzr-ces-roms-de-l-education-nationale_b_1852799.html

 

Les mains de Baptistin: une nouvelle en mémoire aux victimes du Rwanda…

Les mains de Baptistin 

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Elle sentait encore parfois les petites mains douces qui jouaient avec ses cheveux. La nuit, souvent, lorsqu’elle tentait de s’assoupir, il lui semblait aussi entendre son babil, lorsqu’au creux de ses seins généreux il souriait, apaisé.

Les quatre autres aussi lui manquaient. Les tresses folles d’Euphrasie lorsqu’elle gambadait en rentrant de l’école ; les grands yeux sombres d’Amédée, et cette façon qu’il avait de lui prendre la main à l’église, en murmurant qu’il serait prêtre, un jour. Prudence, son rire aussi étincelant que l’eau de la rivière, Prudence déjà presqu’une femme, minaudant avec ses amies et imitant Beyoncé. Et puis la jumelle d’Amédée, Félicité, la bien nommée, une allégresse dans chacun de ses gestes, Félicité qui dès l’âge de quatre ans racontait des histoires si extraordinaires que le vieux griot l’appelait « belle mémoire » en Kinyarwanda…

Mais les petites mains tendres de Baptistin, qui de son incroyable force de nourrisson se tendaient vers le ciel pour en décrocher les étoiles, ces mains-là, elle les sentait, presque chaque fois qu’elle sortait de la maison. Elle revoyait le nuage de poussière devant le petit jardin, elle entendait les hurlements de Prudence, qui venait de voir leur voisin décapiter d’un seul trait Félicité après avoir égorgé Amédée et démembré Euphrasie. Elle sentait les liens qui tranchaient sa peau alors qu’elle essayait de se lever et de courir vers eux, mais pour Prudence aussi il était trop tard, puisque le voisin venait de lui trancher la tête à son tour.

Il la fixait, la regardait dans les yeux. Elle n’était plus qu’un cri, elle vomissait et s’étouffait en hurlant, et lui il souriait en la traitant de chienne, puisqu’elle avait engendré ces enfants de Tutsi, elle la Hutu qui avait épousé un Tutsi. Et puis lentement, il avait contourné la femme attachée au portail et avait d’un geste brusque arraché le bébé qu’elle portait dans son dos. Elle sentit encore les petites mains de Baptistin qui griffaient son dos lacéré, et puis plus rien.

Lorsqu’elle s’était réveillée plusieurs heures plus tard, une voisine l’avait détachée et mise à l’ombre. La nuit était tombée. Espérance s’agenouilla péniblement puis réussit à se lever. La courette n’était qu’une mare de sang, les essaims de mouches tournoyaient dans l’odeur atroce, aucun bruit ne s’élevait. Elle pria, pria soudain comme une possédée, dans une transe aveugle, implorant ce Dieu impie d’avoir au moins épargné son puîné. Mais elle retrouva les restes de Baptistin éparpillés dans le jardin, une de ses petites menottes serrant encore une mèche des cheveux d’ébène de sa mère. Alors, sous l’immense lune rouge de l’Afrique défigurée, Espérance voulut mourir. Elle courut vers la rivière, enjamba les corps de ses voisins et amis, courut pour ne plus vivre, mais au moment où elle allait se jeter du petit pont de briques, une main puissante la retint.

–          Attends, Espérance. N’oublie pas qu’il te reste un fils. Attends. Ne leur fais pas ce plaisir. Reste parmi les vivants, même si ton âme est aussi morte que la poussière du désert.

Le griot parlait ainsi, lui qui était issu de l’ethnie des Twa, les « artisans », qui n’étaient ni éleveurs comme les Tutsis, ni agriculteurs comme les Hutu…Le griot qui avait choisi la voie de la parole et de la sagesse, et que les folies des hommes avaient épargné.

Oui, si Espérance était encore debout, vingt ans après cette journée, c’était grâce à Placide, son fils aîné. Elle avait, dans le peu de lucidité qui lui restait, prié pour son retour. Placide, qui avait douze ans à cette époque, avait été envoyé chez l’un de ses oncles paternels à la capitale, pour fréquenter un établissement scolaire réputé. Car le fils aîné d’Espérance et de Gratien était une graine de génie, aux yeux malicieux et à l’intelligence exacerbée. Certes, Placide avait vu son père enlevé en pleine nuit avec son oncle, mais il avait couru à travers les rues grouillantes d’atrocités, et su se faire passer, de par son physique métissé, magnifique mélange des deux ethnies ennemies, pour un jeune Hutu. Il s’était ensuite réfugié à l’ambassade de France, grâce à son professeur de français, et avait donc été miraculeusement épargné.

Espérance revoyait encore son fils, qui, tel un revenant, lui avait soudain été rendu, entier, sain et sauf, avec tous ses membres, ses deux yeux, et son sourire de prince. Il vacilla en pénétrant dans le carré de tombes fraîchement creusées, mais se tint droit auprès de sa mère dont les cheveux avaient blanchi en une nuit, en lui promettant qu’il deviendrait un homme, et qu’il garderait la mémoire des siens. Les mille collines teintées du sang fratricide palpitaient encore de la douleur des survivants. Espérance et Placide, hébétés de tristesse, se devaient de ne pas sombrer.

En se dirigeant vers l’autobus qui devait l’emporter à la capitale, Espérance, en cette semaine de commémoration, se souvint de l’année 2003, quand des milliers de prisonniers avaient été relâchés et étaient simplement revenus dans leurs villages, avant d’être jugés pour certains devant les « gacacas »…En passant devant la maison de son voisin, qui était assis devant sa porte, elle se redressa et détourna la regard. Car le meurtrier de ses cinq enfants faisait partie des Hutu revenus vivre dans leurs terres. Il n’avait pas nié. Il avait même osé soutenir son regard devant le tribunal, sur cette terre sèche de l’esplanade où d’autres enfants jouaient et riaient tandis que les adultes tentaient de mettre des mots sur l’Indicible. Oui, avait-il convenu, il avait bien égorgé, décapité et démembré les enfants de sa voisine, car elle portait des enfants Tutsi. Il avait beaucoup bu pour se donner du courage, et il n’avait fait que suivre les consignes diffusées par la radio des mille collines…

D’autres avaient pardonné, mais Espérance ne le pouvait pas. Chaque nuit, chaque nuit depuis bientôt vingt ans, elle rêvait qu’elle se détachait et qu’elle arrivait à empoigner chacun de ses enfants et à courir avec eux vers la rivière d’argent. Chaque nuit, elle les cachait dans la forêt luxuriante, chaque nuit elle les entendait rire et chanter. Et chaque matin elle se réveillait en ayant envie de hurler et de traverser la rue pour assassiner son voisin.

Pourtant la vie avait repris. Des enfants étaient nés à nouveau, des jeunes gens s’étaient unis, à l’école on les entendait psalmodier des mots nouveaux, des mots qui parlaient de réconciliation, d’oubli, de pardon. Espérance était devenue institutrice, et chaque sourire d’enfant l’aidait à rester humaine. Avec sa belle-sœur, qui était revenue de la capitale, elles avaient créé aussi une association pour aider les veuves, si nombreuses, grâce à des micro-crédits. Une maison communautaire abritait un atelier de couture, et c’est Espérance qui avait lancé la mode des pagnes imprimés avec des photos des victimes. Sa petite Prudence aurait si fière de voir sa photo sur de magnifiques pagnes multicolores, que sa maman avait offert aux membres survivants de leur famille… Les rires et les chants des femmes résonnaient comme autrefois, et parfois on peinait à croire que le sang avait coulé dans leur vallée si verte…Euphrasie non plus n’était pas oubliée, puisque la coiffeuse du village avait décidé de donner des noms à des coiffures ; une tresse particulièrement savante portait ainsi le nom de la fillette.

Peu à peu, l’idée avait germé de conserver les mémoires tout en accordant le pardon. Le griot, de plus en plus ridé, mais toujours le pilier du village, avait instauré une soirée spéciale pour les enfants et les adolescents, qu’il nommait « la nuit de Félicité », en mémoire de l’enfant rayonnante qu’il ne voulait pas oublier. Dans certaines maisons on avait inscrit les prénoms des victimes en lettres de couleurs vives sur les murs, dans d’autres on avait appelé les nouveaux enfants du nom de leurs frères ou sœurs disparus…Le curé citait souvent Amédée dans ses sermons, rappelant la foi si pure de celui qui s’était senti si jeune appelé par Jésus et qui n’avait pas eu le temps de prononcer ses vœux.

Mais Espérance savait aussi que personne, plus personne, ne pensait à son Baptistin. Il était si jeune, il tétait le sein de sa mère lorsque les démons l’en avaient arraché…Alors Espérance berçait son âme en secret, l’imaginant faisant ses premiers pas, marchant sur les traces de son grand frère, qui l’attendait, dans la tribune des officiels puisque Placide jouait un rôle important dans le nouveau gouvernement. Parfois, elle oubliait un peu les traits de son visage, mais jamais la douceur des petites mains qui caressaient le dos de la maman lorsqu’elle chantonnait en jardinant ou en rangeant la maison…

Soudain, un cri s’éleva de la maison qui avait été construite derrière celle de son voisin. Un hurlement, même, et il résonna dans le village déserté par la majorité de ses habitants, qui s’étaient rendus en masse aux cérémonies de commémoration. Espérance ne se retourna pas, elle ne voulait pas rater son bus, et puis les problèmes de ce voisin ne la concernaient plus depuis longtemps…Mais l’homme sortit en courant du jardinet et se précipita vers Espérance.

–          Ma fille…Ma fille accouche, alors qu’elle est bien loin de la lune prévue. Aide-nous. Aide-la. Tout le monde est parti, le docteur ne peut pas venir avant demain, et la sage-femme est dans un autre village.

Espérance le regarda, pour la première fois depuis des années. Elle posa sur lui le regard insondable de l’éternité. Elle le darda de ses yeux qui n’avaient plus de larmes, tant l’océan de sa douleur avait noyé sa vie. Elle le fixa d’un œil à la fois méprisant et menaçant.

–          Pourquoi devrais-je t’aider ? Donne-moi une seule bonne raison. Dis-le-moi.

De la maison s’éleva un autre hurlement, et les gémissements d’une toute jeune femme. Espérance se souvint que la fille aînée de leur bourreau avait l’âge de Placide et avait été tuée par représailles, quelques semaines après les exactions, alors qu’un autre de ses enfants venait, comme son Baptistin, de naître, et que leur mère était morte en couches.

Son voisin se tordait les mains. Il lui expliqua que sa fille était tout ce qui lui restait, puisqu’il n’avait jamais pu se remarier. Elle avait été gardée à l’orphelinat durant ses années de captivité, puis il avait tenté de l’élever et lui avait construit cette maison. Sa fille avait été violée il y a six mois, par un Tutsi aujourd’hui en prison. Ses choses-là arrivaient encore fréquemment…Il lui dit encore un mot, ce mot qu’elle avait vainement attendu en 2003, lors du tribunal villageois : il lui dit « Pardonne-moi. »

–          Je n’ai que faire de tes suppliques. Mais je vais aider ta fille. Laisse-moi passer.

Dans la chambre où la femme en gésine se tordait de douleur, accroupie dans un coin, Espérance comprit que la situation était grave. Elle savait que les femmes africaines laissaient rarement libre cours à leur douleur lors d’une naissance. Il devait y avoir un souci important. Elle ordonna à son voisin de faire bouillir de l’eau, puis de chercher le griot, et de courir vers le village voisin, où une guérisseuse âgée aidait autrefois les femmes à mettre au monde leurs petits soleils. Elle s’agenouilla auprès de la jeune femme et la rassura, puis, la main désinfectée, elle comprit que le bébé ne s’était pas retourné. Il fallait agir vite. Sinon, il ne naîtrait pas, et sa mère risquait la mort. Elle demanda à la jeune femme de s’allonger, puis entreprit de lui masser le ventre, de l’extérieur et de l’intérieur. Elle chantait doucement, une de ces mélopées ancestrales qui parlent de collines et de joies, des enfants qui dansent dans la savane et des pères qui aiment leurs familles. Elle sentit que le bébé bougeait, c’était étrange, cela faisait si longtemps qu’elle n’avait pas eu ce sentiment de vie, de maternité. Elle leva les yeux et croisa le regard affolé de la jeune femme, belle et palpitante comme une gazelle aux abois, et lui sourit.

–          Il va vivre. Et toi aussi.

L’enfant naquit une heure après, juste à l’arrivée du griot et de la guérisseuse. La vieille femme fit boire une potion de simples à la jeune accouchée, et Espérance, qui avait lavé et emmailloté le nourrisson tandis que le griot recueillait le placenta qui serait enterré dans le jardin, présenta le bébé au voisin qui pleurait.

–          Je me souviens du prénom de chacun de tes enfants, Espérance. Je me souviens. Tous les jours, toutes les nuits, je me souviens. Ce bébé s’appellera Baptistin. Et si tu l’acceptes tu seras sa marraine, et ton Placide son parrain.

À ce moment l’enfant ouvrit un regard d’onyx sur le soleil d’Afrique qui perçait par la porte entrebâillée. Dans l’un de ses réflexes si attendrissants des nouveaux-nés, sa petite main se referma sur la main douce d’Espérance. Elle sourit et lui murmura :

–          Bienvenue, Baptistin, dans notre pays des mille collines.

 https://www.youtube.com/watch?v=UjnBsOhEP-8

Bouquet final…À Jean Jaurès et à Rosa Luxemburg…

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Bouquet final

 

Le muguet au bois fou ce matin carillonne,

Ses clochettes enivrées qui bourdonnent et fredonnent,

Comme autant de rappels de nos luttes passées,

Fratricides et victoire contre l’ordre emmuré.

 

Les voilà qui défilent, ceux qui croient au lilas,

Klaxons gais et paroles en immense fracas,

Et l’on entend Jaurès marteler que les Grands

Ne devront plus jamais exploiter les perdants.

 

La sais-tu la beauté de ce Temps des cerises,

Lorsque de ville en ville barricades effrontées

Se levaient pour crier libertés insoumises ?

 

Garde au cœur la beauté de la rose au sang noir,

Qui au soir fraternel de la paix retrouvée

Fleurira sur les tombes de tous nos fols espoirs.

http://www.oasisdesartistes.com/modules/newbbex/viewtopic.php?topic_id=98872&post_id=944871&order=0&viewmode=flat&pid=0&forum=2#forumpost944871

Si vous aimez ma poésie, plusieurs recueils sont déjà disponibles, téléchargeables aussi sur PC, Mac, tablettes, smartphones, et en version papier là et chez lulu.com…

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Ma page « auteur »:

http://www.amazon.fr/-/e/B00K0ILDZS

Devenons les passeurs de lumière

Devenons les passeurs de lumière

 

Pourquoi ne pas croire aux miracles ? Osons, osons, avec les chrétiens du monde entier, nous réjouir de cette fête où un prophète et se disant fils de Dieu ressuscita d’entre les morts. Croyants et impies, athées et religieux, toute foi confondue, réjouissons-nous de ce moment qui peut devenir inspirant.

La nature nous donne l’exemple. En ce printemps, tout n’est qu’explosion de vie et d’allégresse…Les journées qui rallongent après les grisailles de l’hiver, les lilas et les roses, les nuées de pétales dont le duvet volète d’arbre en arbre quand les merles s’époumonent…Des sous-bois aux jardins, notre terre palpite, tout n’est qu’éclosion et renouveau.

Osons, nous aussi, cette espérance pascale. Ne baissons pas les bras dans la nuit qui gronde, malgré nos douleurs, nos peines, nos angoisses. Oui, le monde est fou, entre les dictateurs et les diktats, entre les massacres des Innocents syriens et les naufrages de centaines de lycéens coréens, entre les incendies qui dévorent Valparaiso et les avions fantômes, entre les injustices, les maladies, les scandales. Et puis nous la tuons, notre planète, notre trésor, nous en vilipendons les moindres recoins de paradis pour en faire vil usage, aveugles devant le précipice qui, béant, guette une humanité toute entière.

Mais nos rites religieux peuvent nous aider, malgré nos différences, à regarder la vie différemment et à tenter d’autres expériences…Les juifs viennent de fêter Pessah, leurs offrandes commémorant une autre espérance, « L’an prochain à Jérusalem » et la rédemption de l’Exode. Les chrétiens, eux, se réjouiront dimanche en se saluant du traditionnel « Il est ressuscité ». Même si nous ne partageons pas ces idées et ces traditions, nous pouvons, dans le monde entier, nous associer à ces partages, et à ces ancrages dans la renaissance et l’avenir.

Le bébé luttant pour son premier souffle de vie, le « pneuma », nous donne l’exemple : jusqu’au sourire rayonnant des « Seigneurs », ces aïeuls emplis de grâce malgré leurs vies de tourmentes, comme les Germaine Tillon qui sont revenues d’entre les morts de la Shoah, ou emplis de sagesse et d’intelligence, comme les Michel Serres, les Jean d’Ormesson, l’Homme lutte pour rester debout et pour croire à cette vie qui le porte…

http://fr.wikipedia.org/wiki/Germaine_Tillion

Sachons, en cette veille de Pâques, reconnaître, nous aussi, le miracle de la vie. Il est là, partout, chez les puissants et les humbles, dans la larme de joie de la mère retrouvant son enfant sain et sauf après un naufrage en Corée, dans le tressautement de la paupière de « Schumi », dans l’annonce de la libération des journalistes en Syrie…

https://fr.news.yahoo.com/lib%C3%A9ration-des-quatre-journalistes-fran%C3%A7ais-otages-en-syrie-091602735.html

Jésus, disent les chrétiens, est sorti de son tombeau. Nos vies, si souvent, sont déjà de lugubres caveaux, lorsque nous étouffons sous la terre de nos soucis, lorsque le morne quotidien nous enterre vivants, lorsque peu à peu le silence se fait dans nos existences sans joie. Osons pousser les pierres, nous aussi, osons respirer enfin la vie qui est là, à nos côtés, cette vie que nous ne voyons plus, ne sentons plus, tant nous sommes engluées dans nos tristesses ou nos horreurs. Soyons la main tendue, le sourire offert, devenons les passeurs de lumière.

Il suffirait de peu pour que les femmes ne soient plus emmurées derrière les grilles de l’absurde, ni violées, éventrées, lapidées. Il suffirait de peu pour que la misère ne pousse plus des enfants innocents à se noyer en Méditerranées, pour que les frères ennemis du Moyen-Orient enterrent les siècles de guerre. Il suffirait de peu pour que nous arrêtions de souiller cette planète qui accueille nos passages et que nous transformons en poudrière et en enfer.

Nous ne pouvons rien contre le fatum, contre le destin qui fait chavirer les navires et trébucher les sportifs de haut niveau, aussi aguerris soient-ils. Mais nous, tous ensemble, nous, les frères et sœurs humains, nous devrions écouter l’espérance et commencer à nous relever, à sortir de nos tombeaux, et à partager nos espaces.

« Il est miraculeux qu’il reste la lumière. » Claude Vigée

Par l’union, il brisera toutes les attaques…Adieu à Dominique Baudis

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Par l’union, il brisera toutes les attaques…Adieu à Dominique Baudis

Quand j’ai lu les avis dans le Carnet du Monde, j’ai compris que je ne pourrais vous dire au-revoir. Car aujourd’hui, je suis dans votre Ville Rose, quand un hommage vous sera rendu aux Invalides, tandis que demain, lorsque votre ville vous pleurera, je serai, exceptionnellement, à Paris…

Ces quelques mots pour vous assurer, Dominique, de mon profond respect et de ma gratitude. La France perd un Juste, et Toulouse l’un de ses pères bienfaiteurs.

Savez-vous que nous avons été en opposition politique, lorsque, jeune étudiante, on m’avait demandé d’occuper la fin de la toute première liste verte, il y a mille ans, quand notre score a été si ridicule que nous, modestes militants de la première heure, avons été obligés de rembourser la campagne ? La petite étudiante rêveuse, qui ne connaissait de la politique que les cartes de vœux du RPR que son Conseiller Général de père l’obligeait à mettre sous enveloppe en famille s’était émancipée, portant des Birkenstocks bien avant l’heure et achetant des graines de sésame au Marché du Capitole à la sortie de Fermat…Mon hypokhâgne ratée, pleine de lectures de Kerouac et de rêves américains, ressembla bien peu à votre brillant parcours étudiant, mais quelque part, déjà, nous avions les mêmes ambitions : changer la vie, ou peut-être même transformer le monde…

C’est que votre regard, toujours, a su voir au-delà de Garonne les méandres de l’Histoire. Vous aimiez les hommes, leur passé, leur avenir, vous aimiez aussi nous dire le monde. Vos activités de grand reporter ont, tout naturellement, convergé vers la fenêtre du petit écran lorsque, au gré des JT, vous donniez aux Français des nouvelles de notre terre. C’est qu’elle vous était précieuse, notre planète, et vous l’aimiez, de ces terres méditerranéennes que vous avez su magnifier lors de votre présence à l’Institut du Monde Arabe jusqu’à vos engagements européens…Oui, le Cèdre du Liban a été comme un emblème de tous vos chiasmes et métissages, car comme lui vous avez, toujours, défendu la paix et la conscience.

C’est Toulouse qui a, avant vos futurs engagements,  profité la première de vos clairvoyances. Quelle différence entre la modeste bourgade presque ensommeillée que j’ai découverte en arrivant de ma campagne tarnaise et la métropole européenne qui rutile de mille feux, quand non seulement le soleil berce le clocher de St Sernin en rougeoyant sur la brique, mais fait miroiter les ailes de nos avions et fusées…Vous avez su, Dominique, participer à cette naissance, et faire de Toulouse l’Occitane une capitale européenne. Vous avez fait, pour notre ville, l’habile transition entre tradition et modernité, et la Croix du Capitole se souvient de la liesse des soirs d’élection…Les petits quartiers sont aujourd’hui toujours là, Toulouse reste un grand village, avec ses marchés de plein vent, ses tilleuls qui embaument autour de St Sernin et la faconde de ses habitants ; mais on y parle à présent aussi, au-delà des annonces en occitan dans le métro, la langue du futur.

L’homme parfois est faible, ingrat et lâche. Mais comme Calas l’avait fait en son temps, vous n’avez pas, lorsque la vindicte populaire vous a jeté aux lions, courbé l’échine, car vous saviez que la vérité éclaterait. J’ai eu honte pour ma ville lorsque je l’ai vue vous maltraiter, et je vous sais gré d’avoir su pardonner aux Toulousains leur manque de foi. C’est justement au cœur des injustices que Nicolas Sarkozy a placé, en vous, sa confiance, vous nommant premier Défenseur des Droits. Merci, Dominique, de votre lucidité, et de vos courages.

Parfois, j’ai quémandé votre aide, et toujours vous m’avez répondu. Perdue dans la terre lointaine d’Auvergne, je me souviens vous avoir sollicité pour un appui en vue d’une mutation, tant ma Ville Rose me manquait…Récemment, je n’oublie pas vos courriers dans cette douloureuse affaire internationale de pension alimentaire qu’un ex-conjoint allemand me doit, lorsque vous avez fait intervenir Madame la Défenseur des Droits des enfants…

Nous, Toulousains, sommes aujourd’hui quelque peu orphelins. Les « Motivés », les écolos, les partisans de Pierre Cohen et ceux de Jean-Luc Moudenc, ceux qui croyaient au ciel et ceux qui n’y croyaient pas, nous sommes tous unis dans un dernier hommage.

Vous allez nous manquer. Permettez-moi de lancer sur Garonne quelques fleurs de corail que le soleil arrose, en mémoire de vous.

 

« Un cèdre toujours vert, c’est un peuple toujours jeune en dépit d’un passé cruel. Quoiqu’opprimé, jamais conquis, le cèdre est son signe de ralliement. Par l’union, il brisera toutes les attaques ».

( Proclamation du Grand Liban, 1920)

La légende des siècles

 

Discours de Monsieur Jean-Luc Moudenc, Maire de Toulouse, le 5 avril 2014

WP_20140405_081Je ne sais pas pourquoi, en les voyant, j’ai pensé à Daudet :

« M. le sous-préfet est en tournée. Cocher devant, laquais derrière, la calèche de la sous-préfecture l’emporte majestueusement au concours régional de la Combe-aux-Fées.

 Pour cette journée mémorable, M. le sous-préfet a mis son bel habit brodé, son petit claque, sa culotte collante à bandes d’argent et son épée de gala à poignée de nacre… »

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Pourtant, nous n’étions pas aux champs, mais au cœur de la Ville Rose : qui, en ce samedi 5 avril 2014, commémorait en grandes pompes la Bataille de Toulouse !

http://www.voixdumidi.fr/il-y-a-200-ans-la-bataille-de-toulouse-pour-sauver-lempire-25175.html

C’est qu’ils étaient galonnés, nos Grognards, tout autant que les sujets de Sa Gracieuse Majesté ou que les dizaines d’Ibères fiers comme Artaban et d’autres lusophones qui se prêtaient à cette reconstitution historique…Le Capitole en perdit presque son latin, tant c’était fête que de voir les épaulettes et les épées rivaliser de force avec les sabres et les médailles, qui, sous le soleil du printemps, illuminaient la Cour d’Honneur.

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Un calendrier quelque peu maladroit, que la nouvelle municipalité aura j’espère à cœur de modifier, avait fait coïncider le Carnaval et cet événement historique bien peu, hélas, relayé par les médias, comme s’en plaignit l’un des responsables lors des beaux discours qui résonnèrent dans la Salle des Illustres. Il faut dire que les catholiques pratiquants doivent de toutes manières lever les yeux vers leur ciel, en voyant ce Carnaval qui jouxte quasiment la Semaine Sainte, faisant fi de toute logique chronologique…Mais ces derniers se rattrapèrent aussi, ce jour-là, les plus hardis d’entre eux ayant gratifié la Place du Capitole d’un ersatz de Manif pour tous, avec un ridicule « Jour de Colère » qui ne rassembla que trois vigiles et un tondu…

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Bref. Alors que je ramenais tout juste mon geek de fiston de la préparation du « TGS » et de son propre rassemblement de cyberdéguisés, qui, eux, paradaient devant L’Imaginaire,

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je trébuchai soudain sur l’Empire, posté devant notre beau Capitole, en un alignement de troupes venues de toute l’Europe pour rappeler le souvenir de cette journée mémorable, que la pacifiste que je suis résume brièvement :

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La bataille de Toulouse s’était déroulée le dimanche de Pâques du 10 avril 1814 et avait opposé 42 000 soldats de l’Empereur Napoléon, commandés par le maréchal Soult, aux 52 000 soldats de la coalition anglo-hispano-portugaise dirigés par le Maréchal Arthur Wellesley Duc de Wellington. Les Anglais attaqueront Saint-Cyprien, mais seront arrêtés au niveau des futures allées Charles-de-Fitte. Les Écossais, eux, vont attaquer les Ponts-Jumeaux, mais se heurteront à une défense efficace, tandis que les Espagnols échouent aussi vers Matabiau et Jolimont…

L’armée anglaise arrive toutefois à rejoindre la route de Castres, contournant la ville par le nord, et attaque en donnant l’assaut vers la colline du Calvinet depuis les futurs quartiers du château de l’Hers et de Soupetard. Soult envoie le général Taupin, qui est tué à Jolimont, ce qui permet à Wellington d’occuper Jolimont.

L’Histoire porte un regard ambivalent sur cette bataille, car deux visions s’opposent dans son analyse…Les Britanniques y verront une victoire, puisque que Soult aura évacué la ville et qu’ils y entrent le 12 avril, acclamés par les royalistes ; mais les Français aussi en revendiquent la victoire, car la ville n’a justement pas été prise d’assaut le 10 avril 1814… En effet, l’armée de Soult, loin de capituler, peut même se retirer dans la nuit du 11 au 12 avril 1814 !

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Ce double héritage est sans doute important et préfigure, à n’en pas douter, les émotions mêlées que suscite toujours notre rapport au passé. Car l’Europe est née d’alliances et de combats, les frères ennemis d’hier devenant les alliés de demain, au gré des méandres des défis et des tourmentes…

Voir ainsi, en ce beau printemps 2014, alors que l’Ukraine est à feu et à sang, alors que la Hongrie vire au Noir et que le FN se pavane dans moultes municipalités de l’hexagone, des hommes venus de plusieurs pays d’Europe parader pour la reconstitution de cette bataille et se prêter au jeu de l’Histoire m’a mis, je peux vous l’assurer, du baume au cœur. Car, comme l’a répété notre nouveau Maire dans son discours, nous avons appris de l’Histoire, et devons toujours garder en mémoire les belles visions de ses grands hommes : notre Europe, qui avait été mise à feu et à sang par l’Empereur, a su aujourd’hui trouver sa ligne directrice, ses alliances, ses espérances.

La reconstitution de la Bataille de Toulouse, en ce bicentenaire, s’est inscrite pour nous, Toulousains,  dans les prémices des commémorations du centenaire de la Grande Guerre. Car comme l’a rappelé Jean-Luc Moudenc, cette année 2014 sera riche en rappels du passé…

Que la mémoire des hommes perdure. Et que la paix règne en nos cœurs.

http://www.ladepeche.fr/article/2014/04/06/1857366-le-10-avril-1814-c-etait-la-bataille-de-toulouse.html

 

 

 

 

 

De heili heilo à Jobi Joba…

De heili heilo à Jobi Joba

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Tiens, c’est amusant, ce départ d’un ex prof d’allemand et l’arrivée d’un natif de Barcelona à Matignon, vous ne trouvez pas ?

J’y vois, moi, une excellente métaphore de la situation de l’enseignement de l’allemand dans notre belle France…

Oui, l’Espagne et l’enseignement de l’espagnol ont bien toujours le vent en poupe, comme l’anglais –what else ?- et les langues dites émergentes (car des parents d’élèves s’imaginent encore que leurs têtes blondes vont réussir à maîtriser le mandarin en quelques années, quand certains peinent à écrire leur propre nom -du vécu !!- et ne maîtrisent déjà plus l’écriture cursive – alors les idéogrammes, je vous laisse imaginer…)

Les classes de mes collègues hispanisants sont toujours remplies ; et c’est vrai que c’est sympa, cool, fun, d’apprendre cette langue latine dont les sonorités nous semblent si familières, et puis le soleil, la salsa, etc…Je vous épargne les clichés !

Nous, par contre, en allemand, c’est le désert des Tartares. Les profs d’allemand sont devenus des has been, véritables boloss de l’Éducation Nationale. Tiens, c’est simple, dans notre immense académie de Toulouse, à la rentrée 2014, AUCUN poste au « mouvement » ; dans certains départements, et pas seulement dans le Sud-Ouest, aucune école primaire ne propose l’enseignement de l’allemand ; j’ai personnellement un statut de remplaçante depuis des années, malgré ma réussite au CAPES en 1984…

Nos classes ressemblent à des rassemblements de clandestins sous quelque dictature…Nous sommes les disciples de la dernière chance, les résistants, nous sommes la mémoire d’un grand peuple qui, autrefois, existait : les élèves qui faisaient de l’allemand, les germanistes. Souvenez-vous : de cette époque où l’allemand était enseigné dès la sixième, et où les germanistes rayonnaient de leur réputation de « bons élèves »…De ces trente glorieuses des jumelages, de ces images d’archives d’Adenauer et du Général applaudis à Reims ou à Berlin, de votre petite « corres » si blonde et si délurée…

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Oui, hier, en voyant la valse de nos dirigeants, je n’ai pu m’empêcher d’y lire un symbole…

Pourtant, non, nos cours ne sont pas soporifiques comme un discours de notre ex Premier Ministre ! Je vous assure, les méthodes ont évolué depuis Rolf et Gisela, nous aussi, nous utilisons autre chose que des magnétos à bande, et nous savons même naviguer sur l’ENT ! Non, non et non, nous ne parlons pas des heures sur un ton monocorde, au contraire, nous faisons faire des activités aussi variées que celles de nos collègues d’espagnol, même si, c’est vrai, nos manuels –les livres, hein, pas Valls (elle était fastoche)- parlent de façon un peu répétitive de la chute du Mur, des immigrés de Berlin et des discours du Moustachu…

Pourtant, non, nous ne faisons pas aux élèves et à leurs parents des promesses que nous ne tiendrons pas, comme un certain ex prof d’allemand sus cité…Quand même des orthophonistes recommandent l’apprentissage de la langue de Goethe aux élèves en difficulté –pour l’ordre de la syntaxe, pour la logique de la langue…-, quand toutes les grandes entreprises et même PME recrutent à tout va des candidats germanistes, quand il suffit à un étudiant de franchir la ligne Maginot des préjugés, et surtout le Rhin, pour d’un claquement de doigts décrocher un CDI en terre teutonne, c’est du solide, et pas de la promesse électorale !

http://www.connexion-emploi.com/fr/offers

Mais bien sûr, l’Espagne attire le chaland, elle claque des doigts comme une danseuse de flamenco, et quand on voit notre nouveau Premier Ministre –que je salue respectueusement, et dont j’ai réellement apprécié le magnifique discours de tolérance et d’humanisme qu’il nous a tenu récemment dans la Ville Rose, lorsque j’ai eu la chance d’être conviée au dîner du CRIF organisé peu de temps avant la commémoration des meurtres de la Bête…-, on ne peut s’empêcher d’admirer son dynamisme…Oui, cet homme né de l’autre côté des Pyrénées a le sang bouillant des Ibères, oui, il va, je n’en doute pas un instant, mener sa barque avec une autre poigne, oui, il va se jeter dans l’arène, et c’est bien l’Espagne qui pointe un peu sa corne à Matignon, comme le chantait notre Claude.

Faisons amende honorable et reconnaissons à nos collègues hispanisants que leurs cours peuvent, de la même façon, attirer nos élèves. Mais je voudrais ce jour rétablir la vérité : nos cours d’allemand peuvent être aussi gouleyants qu’une chanson gitane, aussi intéressants qu’un voyage en Argentine, aussi riches de sens qu’une expo de Dali ! Nous avons les Prinzen, et puis les îles de la Baltique, les Alpes, et Berlin !!! L’allemand reste aussi la deuxième langue du marché international et d’internet…

Françaises, Français, ne jetez pas l’ancien Premier Ministre avec l’eau du Rhin !

Élève, si t’es malin, viens à Berlin ! Car comme le dit une affiche : Allemagnifique !

PS : Manuel, te quiero !

http://www.huffingtonpost.fr/sabine-aussenac/tourisme-allemagne_b_3168676.html