Ma première matraque m’a frappée rue du Taur…dédié aux policiers de la Grande Borne

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Tag découvert ce jour dans une grande université française…

« Ma première matraque m’a frappée rue du Taur ». Bon, d’ordinaire, je ne me cite pas –d’ailleurs je ne connais aucun vers de mes propres poèmes…-, mais cette phrase, extraite de ma « Lettre à Toulouse » que Carole Bouquet avait lue lors d’un Marathon des Mots, je la trouve chouette.

C’est que j’ai été jeune, comme tout le monde, et de gauche avant de virer à droite, car, comme le dit un dicton célèbre, « Qui n’est pas de gauche à 20 ans est fou. Qui n’est pas de droite à 40 ans l’est aussi ». – je plaisante.

Mais bon, avec un père Conseiller Général RPR qui monnayait les WE entre copains à notre maison de campagne en échange des timbres collés sur ses enveloppes de vœux à ses administrés, comme me l’a rappelé hier un ami d’adolescence croisé par hasard, je n’avais d’autre choix qu’une belle rébellion, orchestrée par quelques saines lectures, de Marx à Krishnamurti, en passant par Neruda et Allen Ginsberg, au son de « El pueblo, unido, jamas sera vencido » -mais oui, chers Zadistes, vous n’avez pas l’apanage des sarouels et du cœur ! Les seventies aussi furent flamboyantes…

Bref, les flics, les keufs, la maison poulaga, les poulets, je les ai conspués, comme tout le monde, ou presque…Mélangeant dans un joyeux tintamarre insultes et autres « CRS-SS, étudiants-diants diants » (mon plus grand regret a longtemps été de n’avoir eu que sept ans en Mai 68…), photo de cette fleur tendue à un Police Man américain et tous les autres poncifs, bien avant que les cailleras des Cités et les grosses chaînes des rappeurs aux pantalons baissés ne niquent les mères de tous les Français, et la police aussi…J’ai donc couru gaillardement devant quelques bataillons, et arpenté les pavés en tenant des banderoles à bouts d’idéaux. Bref : j’ai eu 20 ans.

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Et puis un jour, j’ai grandi. Et réfléchi, un peu. Et puis j’ai eu plein d’enfants, avec plein de nuits blanches au moment de la naissance de « la Cinq », et entre deux tétées, hagarde, j’avoue avoir regardé moults séries et blockbusters qui me détendaient un peu…Cruchot, Maigret et Julie Lescaut sont devenus mes amis, et puis Derrick, aussi – je plaisante encore, là !- , j’ai succombé à la voix si douce et à la poigne de fer d’une « Femme d’honneur », et surtout à l’humour irrésistible de mon Bruce adoré (sa photo est punaisée dans mon armoire, si si…) et aux frasques flamboyantes de Mel…

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Plus sérieusement, en devenant membre actif et responsable de la société civile, puisque je suis enseignante et maman, je n’ai pu que comprendre l’utilité de notre « Police Nationale », et de la Gendarmerie, aussi. Bien sûr, je ne me sens toujours pas très proche des CRS, surtout lorsqu’ils dérapent en assassinant un Rémi Fraisse dans une ZAD. Et je suis la première à pleurer avec mes amis américains lorsque je compte les citoyens noirs que les US Cops tirent comme des lapins…Mais j’ai aussi frémi avec la France entière et applaudi quand le grand Charles a dit en souriant « On  a éliminé le terroriste » et que les petits sont sortis, blottis dans les bras des hommes du GIGN, de la maternelle de Neuilly. Et quand plus tard j’ai passé des heures dans des commissariats aux lumières blêmes, lors d’innombrables plaintes déposées à mon encontre par un ex vindicatif – qui pourtant m’avait laissé des milliers d’euros de dettes et ne payait plus de pension-, j’ai pu voir la bienveillance des officiers de police devant une citoyenne lambda, leur désir de séparer le bon grain de l’ivraie, et le zèle dont ils sont fait preuve pour rétablir la vérité.

J’ai vu aussi leur humanité, et puis leurs maigres moyens, les ordinateurs vétustes, les toilettes sales, les mines défaites, les néons fatigués…Eux qui défendent les Ors de la République vivent un quotidien de misère, et doivent s’en contenter…

Et puis j’ai enseigné parfois au cœur des Quartiers. J’ai vu des élèves qui chantaient « joyeux anniversaire ! » en hurlant lorsque des voitures brûlaient devant le collège, et les coursives désertes et délabrées où se hâtent les mamans épuisées, et les « espaces verts » qui ressemblent à des nomandsland désertiques. C’est là qu’ils étaient, l’autre jour, Jenny et Vincent, au cœur des Quartiers, avec leurs deux autres collègues, quand on est venu les assassiner. Car c’est bien de tentative d’assassinat dont il s’agit, quand on lapide des gens enfermés dans une voiture avant de les bourrer de coups de poing et de les faire brûler vifs après avoir lancé des cocktails Molotov…Ces quatre policiers étaient simplement en train de faire de la surveillance, postés à un carrefour stratégique, plaque tournante de drogue et d’autres dérives, en mission donc, mission de protection des populations.

Nous avons ici un jeune homme de 28 ans, dont le rêve était de devenir gardien de la paix  – oui, on peut rire devant le sketch des Inconnus mais respecter ce rêve-là, un beau rêve d’intégration sociale et de mise au service d’autrui…-, atrocement mutilé, et une jeune femme, maman de trois enfants, brûlée elle aussi, après 19 ans de bons et loyaux services…Ce ne sont pas des « sauvageons », comme l’a dit Manuel Valls, qui ont commis cette tentative d’homicide, non, ce sont des barbares, de la même veine que ceux qui ont tué Ilan Halimi, des êtres humains dégénérés, qui ont depuis longtemps perdu toute trace d’humanité, justement, assez désabusés pour vouloir abattre froidement des « flics », la tête sans doute pleine de mauvais rap et de scènes de violence, de pauvres crapules capables de rire en voyant un homme hurler en brûlant sous leurs yeux.

Alors hier, j’aurais attendu que, devant les commissariats, à midi, nous soyons un peu plus nombreux. Il était loin, l’esprit Charlie, il était même carrément absent. Très peu de « je suis policier » sur les réseaux sociaux, aucune manifestation de soutien dans les petites villes, et quelques rares personnes seulement à Toulouse, Bordeaux, Strasbourg…

Cela ne m’étonne qu’à moitié…Il y a quelques mois, lors d’une conversation presque de comptoir, au détour d’une salle des profs, j’ai entendu des collègues post soixante-huitards conspuer la police comme si ils rentraient tout juste du Larzac…Quelques jours après seulement, à Magnanville, deux policiers étaient pourtant sauvagement assassinés…Mais voilà : nous sommes en France, et, chez nous, il est de bon ton de critiquer l’État, de mettre en cause les règles sociétales, même quand on ne joue plus au gendarme et au voleur depuis longtemps, même quand on est de l’autre côté de la barrière.

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Sachez en tous cas, Jenny, Vincent, et vous, les autres « flics » de France, que je vous tire mon chapeau. Merci d’être là pour nous, pour nous tous.

http://www.huffingtonpost.fr/2016/10/11/lun-des-policiers-de-lagression-de-viry-chatillon-raconte/

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Conte de fées

Conte de fées

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Une fois, une seule fois peut-être, dirait Desnos dans son « Conte de fées », j’ai vu, sur ma ligne de TER Auch-Toulouse, empruntée quasi quotidiennement durant sept ans, un contrôleur noir.

J’imagine qu’en région parisienne, c’est différent, mais ici, dans le Sud-Ouest, mes propres statistiques sont formelles : cela ne m’est arrivé qu’une fois, j’en avais d’ailleurs parlé avec l’intéressé.

Jamais, en trente et un  ans de carrière, je n’ai eu eu de chef d’établissement noir ou arabe. Je dis « arabe » parce que « d’origine maghrébine », c’est plus long. Et puis les gens qui ont voté FN et qui me liront comprendront plus vite…

Donc jamais de principal ou de proviseur noir ou arabe pour me donner ma note administrative, me rappeler à l’ordre à cause de mes nombreuses absences ou pour me féliciter de mon dynamisme.

Je pourrais presque dire de même en ce qui concerne les collègues…J’en ai eus, des collègues, des centaines, avec mon statut de prof itinérante…Croyez-le ou pas : les profs noirs ou arabes croisés depuis l’obtention de mon CAPES, en 1984, se comptent…sur le doigt de la main ! Je ne peux même pas compter Fabrice, un ancien « pion » de Blaise-Pascal devenu, je crois, prof d’allemand ; il était antillais…Sérieusement, hormis quelques contractuels de math ou de techno, une collègue d’anglais, elle, certifiée –Samira, je t’embrasse !- et un collègue d’allemand très compétent –Rachid, Kuss !-, rien, nada, le désert des tartares…Les salles des profs sont d’une blancheur quasi immaculée…

Jamais mes enfants n’ont eu de pédiatre noir ou arabe. Jamais je n’ai consulté d’ORL, d’ophtalmo, de dermato, de gynéco…noir ou arabe. Jamais je n’ai eu de médecin traitant noir ou arabe. Une fois, mon fils a vu spécialiste iranien dans une clinique, et, une autre fois, j’ai moi-même consulté, à Auch, un rhumato d’origine libanaise. Mais jamais un toubib black ou rebeu n’a croisé ma route.

J’ai eu hélas affaire à de nombreux avocats et juges… Entre les huit longues années de mon divorce et le cauchemar de mon surendettement, sans oublier la longue procédure internationale pour récupérer quatre ans de pension alimentaire, j’en ai croisés, des hommes en robe, des jeunes, des vieux, des beaux, des moches, des sympas, des cons finis, des compétents, des imbéciles… Mais jamais, je vous l’assure, j’ai croisé d’avocat ou de juge arabe. Par contre, un avocat black, oui. – Il y a toujours des exceptions à une règle, n’est-ce pas ? (coucou, Hervé, si tu me lis… )

Je me creuse la tête pour me souvenir si j’ai déjà croisé la route d’un directeur de banque noir ou arabe…Non, j’en suis certaine. Pourtant, j’en ai éclusées, des agences, avec mes multiples déménagements…Ni à la BP, ni au Crédit Agricole, ni à la Banque Postale, ni à la BNP, je n’ai eu de directeur d’agence issu de l’immigration…

J’ai rarement eu l’occasion de fréquenter de grands hôtels, des thalassos, des restaurants très étoilés, mais, là aussi, je ne peux me rappeler d’un seul visage de couleur qui en aurait tenu les rênes…

Même les « petits Casino », que j’ai souvent arpentés à la recherche d’une bricole manquante, ou les néo « Casino Shop », relookés et moins chers, ne m’ont jamais, jamais présenté de « couple de gérants » blacks ou arabes…

Par contre, me revient en mémoire la cohorte fatiguée d’innombrables visages inconnus croisés dans des gares, des métros, des bâtiments publics…Souvent, ils poussaient des chariots ou tenaient des balais de leurs mains gantées non pas de chevreau, mais de latex rose, ilotes sans visages de notre société de pseudo mixité sociale.

Je me souviens aussi des rires et des sourires de mes copines caissières à Casino ou Atac, à Carrefour ou Vival, de nos complicités et papotages.

Dans les hôpitaux ou cliniques où j’ai pu trembler, seule ou avec mes enfants, j’ai souvent été réconfortée par le sourire simple et sincère d’un personnel venu refaire le lit, ou par une aide-soignante, qui, là, oui, étaient bien souvent noirs ou arabes…

Alors sans même évoquer la situation scandaleuse des médias, où Rachid Arhab et Harry Roselmack font mine de représenter leurs communautés, vous voyez, il me semble évident que, dans notre pays si fier de sa « mixité sociale », nul n’est besoin de « statistiques ethniques » pour être en colère quand un gouvernement prétendument socialiste enterre le CV anonyme comme il enterre le latin, l’allemand et les cathédrales.

http://www.liberation.fr/societe/2015/05/19/sans-emploi-le-cv-anonyme-abroge_1312633

Il est tard, je suis épuisée à cause d’une grève des bus dont aucun média national ne parle et qui pourtant paralyse depuis deux mois une ville de 500 000 habitants, je suis désespérée par le décret venant d’officialiser la réforme du collège, mais je voulais malgré tout pousser ma chansonnette pour dénoncer les scandaleuses inégalités qui règnent dans cette France que d’aucuns voudraient encore blanchir, et qui pourtant n’offre que peu de place à l’ascenseur social quand on est noir, ou arabe.

Et je ne vais même pas parler des femmes, pour une fois. Tiens, j’ai une idée : vous irez plutôt lire Free d’hommes …

http://www.amazon.fr/Free-dhommes-Sabine-Aussenac-ebook/dp/B00JZWH5RK

http://www.sudouest.fr/2013/11/30/free-d-hommes-1244971-2277.php

 

 

 

 

 

 

 

Bouquet final…À Jean Jaurès et à Rosa Luxemburg…

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Bouquet final

 

Le muguet au bois fou ce matin carillonne,

Ses clochettes enivrées qui bourdonnent et fredonnent,

Comme autant de rappels de nos luttes passées,

Fratricides et victoire contre l’ordre emmuré.

 

Les voilà qui défilent, ceux qui croient au lilas,

Klaxons gais et paroles en immense fracas,

Et l’on entend Jaurès marteler que les Grands

Ne devront plus jamais exploiter les perdants.

 

La sais-tu la beauté de ce Temps des cerises,

Lorsque de ville en ville barricades effrontées

Se levaient pour crier libertés insoumises ?

 

Garde au cœur la beauté de la rose au sang noir,

Qui au soir fraternel de la paix retrouvée

Fleurira sur les tombes de tous nos fols espoirs.

http://www.oasisdesartistes.com/modules/newbbex/viewtopic.php?topic_id=98872&post_id=944871&order=0&viewmode=flat&pid=0&forum=2#forumpost944871

Si vous aimez ma poésie, plusieurs recueils sont déjà disponibles, téléchargeables aussi sur PC, Mac, tablettes, smartphones, et en version papier là et chez lulu.com…

http://www.amazon.fr/Prends-beaut%C3%A9-po%C3%A8mes-Sabine-Aussenac-ebook/dp/B00E8D9V0K/ref=la_B00K0ILDZS_1_2?s=books&ie=UTF8&qid=1398937464&sr=1-2

http://www.amazon.fr/Chants-tut%C3%A9laires-tribus-rassembl%C3%A9es-Po%C3%A9sies-ebook/dp/B00JV3WSAW/ref=la_B00K0ILDZS_1_1?s=books&ie=UTF8&qid=1398937164&sr=1-1

Ma page « auteur »:

http://www.amazon.fr/-/e/B00K0ILDZS