Je vis en état d’urgence…

Je vis en état d’urgence
En forêts d’incandescences
On veut m’édicter couvre feu
Mais je n’obéis même pas à Dieu
On me dit d’arrêter de me poser
Me reposer m’apaiser
De regarder passer les trains
De prier de joindre mes mains
De faire silence ou pénitence
Mais je ne sais que fronder
Me relever vibrer frissonner
Je veux foisonner d’existence
Même si ma vie s’enfuit
Je veux d’amour faire bombance
Même si seule dans mon lit
Je me veux transe transie transportée
Même si je suis abîmée
Je vis en état d’urgence
Entourée de snipers affamés
D’explosions inertes
De grenades à désamorcer
Sortir ne pas me terrer
Dire non au ghetto
Provoquer l’ennemi
Paris brûle en cercle rouge
Et je tire sur tout ce qui bouge
J’arrache les rideaux
Je me veux cible et point de mire
Je ne vous tournerai jamais le dos
Mourir les yeux ouverts
Regarder l’Autre en face
Je vis en état d’urgence
En attente permanente de miracle
Je suis oracle
Chaque homme qui passe est peut-être le bon
Je m’enflamme je m’embrase
Des tabous je fais table rase
Je serai le tison sous la braise
Brandon inerte à réinventer
Je suis la fleur fossilisée
Qui ne demande qu’à germer
J’attends le savant qui lira mon génome
Et je brûle tous les métronomes
J’attends le souffle
La tempête et les vents
Imperturbable par tous les temps
Je suis la gardienne du phare
Ma lampe allumée veille de l’aube aux soirs
Je vis en état d’urgence
Me ris des pastels et autres guimauves
Je veux du rouge des sanguines
Je me veux vermeille ou purpurine
Je serai la lettre écarlate
Le coquelicot la rose rouge
Ta cerise sur le gâteau
Ma bouche aura saveur framboise
Je te retournerai les sangs
Mon ciel d’éternel crépuscule renaîtra
En aube aiguë
Viens buvons toutes les ciguës trinquons au diable
Et à l’amour
Je vis en état d’urgence
Je suis le feu la vie la chance
Et ta corne d’abondance
Je suis entrée en résistance
Rejoins moi dans le Maquis
Outragée brisée martyrisée
Toi seul sauras me libérer.

02/03/2009, Auch.

http://www.oasisdesartistes.org/modules/newbbex/viewtopic.php?topic_id=71545&forum=2

 

 

Les Visiteurs du soir #Cannes

 

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Ils étaient là, tous, dans la belle pénombre de ce crépuscule unique, avec les ors du couchant et les légers clapotis de la marée montante.

Certains souriaient, habitués qu’ils étaient de ces retrouvailles annuelles. On s’embrassait, on se demandait des nouvelles, et toi, vieux, quoi de neuf, oh , darling, comment allez-vous depuis le festival 2010, vous êtes ravissante…D’autres, presque intimidés, se tenaient en retrait, observant, légèrement mal à l’aise. Somme toute, c’était une impression de déjà vu, un peu comme lorsqu’ils faisaient leurs début, dans quelque cour du off en Avignon, ou dans l’arrière salle d’un café-théâtre du douzième…Cette présence impalpable d’un public dont ils n’étaient pas encore les héros, cette attente un peu fébrile devant un avenir incertain…

Marylin s’empara du micro, toute virevoltante et pulpeuse dans sa robe blanche que le vent faisait gonfler ; coquette, elle mettait systématiquement cette robe là, sachant que les bourrasques printanières de la Côte ne manquerait pas de rejouer cette scène, même en l’absence de bouche de métro. Françoise l’accompagnait, chapeautée, gantée, égale à elle-même, pimpante et distinguée. La langue officielle de ces retrouvailles était, bien entendu, le français, puisque tous, à présent, étaient devenus polyglottes. C’était un des avantages de leur situation ; plus de traductions pénibles, finies, les nuits passées à répéter un texte dans une langue qui vous écorchait l’âme : à présent, leur Croisette, c’était Babel. Et Marcello déployait son charme auprès de Grâce, tandis qu’Yves continuait à poursuivre Marylin, sous les regards amusés de Simone…

Les deux jeunes femmes s’éclaircirent la gorge et souhaitèrent la bienvenue au public, de plus en plus nombreux. Les anciens avaient pris place sur les fauteuils marqués à leur nom. Orson fumait, bien peu sensible aux interdictions de cette France qui le faisait sourire avec ses répressions nouvelles. Clark tripotait sa moustache, tandis que James et Marlon, inséparables, buvaient une bière, adossés au bar de la plage.

  • Nous déclarons officiellement ouverte la soixante-quatrième séance d’ouverture du Festival de Cannes et souhaitons la bienvenue aux participants de notre Cannes 2011. Ce festival off aura pour invité d’honneur Monsieur…Laurent Terzieff !

Un tonnerre d’applaudissements coupa la parole à Françoise, qui sourit en regardant un grand monsieur au sourire lumineux s’avancer vers l’estrade. Il monta les quelques marches du podium de bois et se tourna vers la plage, et tous se turent, en admirant le Maître qui, dos à la mer, parla :

  • « L’illusion n’est-elle pas notre combustible pour continuer à vivre ? », voilà une phrase dont la presse s’était emparée…Mes chers amis, j’aimerais tout d’abord vous dire la joie, l’ineffable joie que j’éprouve à être devant cette mer mêlée au soleil et avec vous, ici, malgré la vie qui n’est plus. Vous me faites un grand honneur en m’ayant désigné comme votre hôte de marque cette année, et je vous en remercie. Mais sachez une chose : je ne suis rien. Je suis le vent sur cette plage, je suis l’écume sur la mer, je suis la voix de ceux qui sont partis, je suis la mer, la mer toujours renouvelée. Restent les images, et les cœurs. Hauts les cœurs, mes amis ! Que la fête commence !

 

A quelques centaines de mètres de là, Alice longeait la Croisette. Elle regardait les mouettes et les grandes silhouettes blanches des yachts amarrés au loin. Elle songeait à cet autre printemps, il  ya a longtemps, lorsque, en 2005, elle avait foulé le tapis rouge à ses côtés…Elle frissonna. Il lui en avait fallu, du courage, pour accepter de revenir cette année, pour confier son petit à son amie, mais le temps était venu. Le nouveau tournage et son rôle de femme-flic lui avait permis de reprendre pied dans sa réalité, dans sa vie. Elle rayonnait, à nouveau, pleine de projets et d’envies.

Elle fit quelques pas en regardant la plage qui s’endormait au couchant. Curieusement, elle se sentait observée. Des badauds, bien sûr, et puis elle était à Cannes, et elle jouait le jeu, heureuse de sa célébrité recouvrée. Mais cette sensation était étrange. Et étonnamment douce.

Appuyé à la jetée, Jocelyn regardait son épouse, fasciné et ébloui. Jamais il n’aurait pensé la revoir. Elle était si belle, comme dans son souvenir. Il tremblait, et se souvenait, lui aussi, de cet autre printemps, et puis de leurs journées, de leurs nuits, de leur bonheur. Il tressaillit lorsqu’une main se posa doucement sur son épaule.

  • Hey, mec, on n’est pas au cinéma, hein !!

Patrick éclata de rire. Il avait retrouvé son corps d’athlète, et bénissait celui qu’ils nommaient « Seigneur », « Dieu », « Allah » ou « Providence », de cette transformation ; les derniers mois avant son départ avaient été terribles, et Patrick se réjouissait d’être à nouveau le danseur de « Bébé », le surfeur de Point Break

  • T’as beau jeu, Pat’, de me dire ça ! Et Ghost, alors, c’était bidon ? Et la scène où tu la touchais, ta Demi, c’était pour de faux ?
  • Jocelyn, fais gaffe. Tu es « border line », là, à la limite. Tu ne pourras pas. Tu n’as pas le droit. Même pour un instant. Et puis ce n’est pas non plus Les ailes du désir, tu le sais, on n’est pas des anges…On revient une fois par an, c’est tout, pour la gloire, parce que c’est notre petit rituel que de mélanger les années, les époques, les genres, et que notre présence apporte cette aura unique au Festival. C’est tout. Ce dont tu viens de rêver à l’instant ne s’est jamais produit. Jamais, tu m’entends ? Hey, men, listen to me !!!
  • Oui, Patrick, merci…Allez, viens, rentrons, allons retrouver les autres…Au fait, il paraît que cette année, il y a des auteurs, aussi ?
  • M’en parle pas ! Je viens de me taper une heure avec votre « Françoise », my godness, elle parle tellement vite ! D’ailleurs, elle est à ta table, puisqu’ « ils » ont eu la bonne idée, cette année, de nous installer par «départs »…Pff, so silly !! Je suis dégoûté, j’aurais vraiment préféré être avec toi et James, à parler moteurs…

Les deux hommes s’éloignèrent en riant, tandis qu’Alice regagnait le Plazza et se préparait à enfiler sa tenue de rêve…

 

L’ambiance était bon enfant. Le Festival battait son plein. Tandis que la Croisette brassait son lot habituel de starlettes et de glamour et que les spectateurs assistaient, tantôt comblés, tantôt agacés, et toujours émerveillés par la beauté de cette geste cinématographique unique en son genre, aux différentes projections, le off se caractérisait par ce kaléidoscope de genres et d’époques qui en faisait la singularité. West side story succédait aux Visiteurs du soir, Vacances Romaines à La Fureur de vivre, et le théâtre aussi était à l’honneur, magnifié par la présence de quelques auteurs, qui avaient eu le droit d’échanger leur présence au Salon du Livre contre l’aventure cannoise.

Bien sûr, il avait fallu expliquer, guider, rassurer. Certains n’en menaient pas large, Keats par exemple faisait bande à part, avait même refusé de participer à la projection de Bright Star, se contentant d’errer sur la grève… « Bah, il a toujours eu un pet au casque, lui », répétait, amusé, Marcel, entre deux verres de petit jaune bien frappé. Shakespeare, au contraire, était dans son élément et passait des heures, en tête à tête avec Laurent, assis sur le sable, à refaire le monde, à monter des projets aussi fous les uns que les autres. Bruno fumait, impassible, silencieux, étonné encore d’avoir quitté les habits d’un commissaire contre ceux d’un esprit.

Jocelyn et James étaient devenus inséparables. Les deux gueules d’ange du off avaient en commun cet appétit de la vie, cette intelligence du corps, et l’amour des femmes. Ce soir là, ils cheminaient le long du rivage, encore un peu sonnés par cette projection des Visiteurs du soir. Le cycle Cinéma français avait pris fin dans un silence religieux, de telle sorte que les battements de cœur au creux de la pierre résonnaient encore à l’oreille des deux jeunes gens.

  • Je veux entrer en contact avec elle. Je le veux, l’occasion ne se reproduira peut-être jamais…
  • Mais comment veux-tu y arriver, Jocelyn ? Tu le sais bien, il n’y a aucune passerelle.
  • Les garçons, attendez-moi, j’ai une idée !!! Mais quittons la plage, par pitié, vous savez bien que je déteste l’eau, à présent.

Natalie arrivait en courant, merveilleuse dans sa robe moulante. La jeune femme avait les cheveux mouillés, en une sorte de défi permanent, qui rappelait à tous sa fin tragique …

  • Je sais comment tu pourrais lui parler, écoute…

Et elle se lança à mi-voix dans un récit qui fit sourire ses amis, tandis que le vent ramenait les vaguelettes argentées vers l’horizon et qu’ils quittaient le sable pour rentrer à leurs pénates.

 

La salle retenait son souffle. Le palmarès 2011 allait être dévoilé, et tous, acteurs, metteurs en scène, musiciens, scénaristes, étaient à présent dans le nomansland de l’incertitude, entre espérances et grand frisson. Alice avait fermé les yeux, un court instant. Soudain, la lumière s’éteignit, et le petit film dont on avait annoncé la surprise fut projeté. Il devait d’agir, apparemment, d’un court-métrage interprété par le jeune Terzieff, numérisé avec les dernières prouesses technologiques, puisque le numérique était l’autre invité d’honneur de cette cuvée 2011…Mais l’image hésita, balbutia comme au temps des Frères Lumière, et, en lieu et place du court-métrage annoncé, les spectateurs, médusés, découvrirent une plage venteuse, aménagée en campement, dans un film nerveux, qui ressemblait à du super huit.

  • Bon, encore un coup des intermittents, je suis sûre qu’ils ont squatté la plage et qu’ils vont nous jouer les Roms expulsés, murmura son voisin à Alice.

Elle le fusilla du regard et il se rendit compte que la jeune femme n’avait sans doute pas la même sensibilité politique que lui. Elle tourna à nouveau son beau visage vers l’écran, et sourit, émerveillée de ce petit film presque muet, où l’on avait filmé des gestes, des moments, un peu comme lorsqu’un cousin se promène, caméra à l’épaule, et fige pour toute éternité les visages empourprés de quelque communion ou Bar Mitsva. Isabelle murmura à l’oreille d’Alice, de son incomparable voix rauque, quelques mots qui la firent frissonner. Elle se pencha en avant, soudain attentive, et puis elle le vit, lui, souriant, caché à moitié par la pose alanguie de James, adossé à cette portière, et il la regardait, et elle pouvait lire « Je t’aime, Alice », sur ses lèvres qui répétaient cette phrase comme un mantra.

Elle sourit à travers ses larmes, étonnée, comme le reste de la salle, par ce qui ressemblait à un merveilleux montage numérique ; on leur avait annoncé une surprise sous forme de prouesse technique, un film qui rendrait la couleur au noir et blanc, la parole à Lilan Guish, un film qui reconstruirait Tara. Mais il n’avait jamais été question de « lui », jamais, et Alice s’étonna de plus belle en reconnaissant sur l’écran Laurent Terzieff, écharpe blanche au vent, qui récitait, face à la mer, la Lettre à un jeune poète. Mais ce n’était pas le jeune comédien, non, c’était le Laurent lumineux, transparent, transfiguré de la fin, un homme fragile et incandescent, dont la beauté irradiait comme un feu d’artifice :

« …alors tout vous deviendra plus facile, vous semblera plus harmonieux et, pour ainsi dire, plus conciliant. Votre entendement restera peut-être en arrière, étonné : mais votre conscience la plus profonde s’éveillera et saura. Vous êtes si jeune, si neuf devant les choses, que je voudrais vous prier, autant que je sais le faire, d’être patient en face de tout ce qui n’est pas résolu dans votre cœur. Efforcez-vous d’aimer vos questions elles-mêmes, chacune comme une pièce qui vous serait fermée, comme un livre écrit dans une langue étrangère. Ne cherchez pas pour le moment des réponses qui ne peuvent vous être apportées, parce que vous ne sauriez pas les mettre en pratique, les « vivre ». Et il s’agit précisément de tout vivre. Ne vivez pour l’instant que vos questions. Peut-être, simplement en les vivant, finirez-vous par entrer insensiblement, un jour, dans les réponses. »

Les lumières se rallumèrent et une jeune actrice monta sur l’estrade pour excuser le jury de cette impardonnable erreur. Il devait s’agir d’une farce, personne ne comprenait, et elle s’en tira avec ses pirouettes habituelles, faisant éclater de rire une salle déjà conquise, qui ne pensait qu’au palmarès. Alice, cependant, s’était levée, à la limite de la syncope. Elle se répétait la phrase de Rilke et revoyait le visage radieux de son amour. Elle courut vers les coulisses, dévala des escaliers, se précipita vers la petite pièce où s’affairaient les techniciens. Elle demanda à voir la bande, tout de suite. Un homme au visage bon la lui tendit, presque gêné, lui répétant qu’il ne comprenait pas, lui non plus. Et la date était bien celle de la veille ; oui, ces images dataient de la veille.

Elle sortit en courant, en volant presque. Elle se précipita dans la nuit étoilée, son châle glissant sur ses épaules, et elle courut vers la jetée, elle entendait mille musiques au fond de son cœur, des chabadabadas et des violons, et elle imaginait la voile d’un Eternel Retour, et aussi que Catherine ne remontait pas dans la voiture, dans cette triste station service, à Cherbourg ; elle voulait soudain arrêter le temps, remonter les siècles, elle se faisait son cinéma, et c’était si bon, d’espérer…

 

Sur la plage abandonnée, elle ne trouva qu’une immense sculpture de sable, dressée face à la mer. Deux personnages se tenaient côte à côte, et quelques mots étaient dessinés sur le sable. Elle se pencha et découvrit un titre de film, qu’elle avait adoré, et vu plusieurs fois avec Jocelyn : Les Visiteurs du soir… Elle ne fut pas surprise de découvrir son propre visage, et le sien, si beau, si tendre, dans les traits des figures de sable. Et alors même qu’elle voyait la douce marée méditerranéenne monter et, lentement, commencer à lécher inexorablement le travail de l’artiste, elle entendit, très distinctement, battre deux cœurs au rythme des flots.

 

Une portière claqua sur la route surplombant la mer, une voiture démarra en trombe. Alice se retourna juste à temps pour apercevoir, entre ses larmes d’émotion, une Porsche. Une femme aux cheveux courts conduisait en riant, cigarette aux lèvres, tandis que deux têtes blondes se confondaient, à l’arrière, sous les projecteurs illuminant la Croisette.

**

Rainer Maria Rilke par Laurent Terzieff…

**

Ce texte « Les visiteurs du soir »a été finaliste lors d’un concours organisé par les cinémas d’Art et d’Essai en vue d’assister au Festival de Cannes 2011, sur Castres-81.

Il a été lu ici:

 http://yeuxetoreilles.canalblog.com/archives/2012/06/12/24479249.html

Et voilà un autre petit texte dédié à Jocelyn Quivrin…

http://archives-lepost.huffingtonpost.fr/article/2009/11/17/1794572_james-dean-au-tunel-de-saint-cloud.html

 

 

 

 

Épouser Meaulnes…Mon premier livre…Et les autres…

Aucun texte alternatif disponible.

Tu avais cinq ans, un visage rond comme la lune qui éclairait Charleville. Tu ne savais des arcades de la Place Ducale que les voussures patinées, ne te doutais pas qu’un jour tu imaginerais tes pas d’enfants ayant marché sur les Siens, toute illuminée par les Voyelles.

Tu m’as prise dans ta menotte potelée, admirant l’image de cette fillette rousse patinant sur un lac. Tu ne pouvais deviner que l’accident t’enfermerait dans ta peur du monde, et qu’alors tu te réfugierais auprès de tant de Petits Choses, rêvant d’avoir le courage d’une Sophie, au lieu de vivre par procuration tes journées de petite fille modèle.

Tu as déchiffré mes premières lignes, émerveillée. Tu ne savais pas encore qu’un jour tu voudrais séduire Julien Sorel, épouser Meaulnes, sauver Anne Frank, que tu nommerais ta maison Tara.

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En me lisant, tu es aussi devenue écrivain. Je suis toujours sur ton bureau, rouge et or, comme une flambée en l’automne de ta vie. Tu dis de moi que « Susy sur la glace »  est ta meilleure amie.

***

Il faut aimer l’enfant qui vit en nous…

 

Elle s’appelait « Caramel »
Une petite fille ronde
Bille de clown yeux mappemonde
Ses joues avaient un goût de sel
Elle me regardait dans le miroir
Me souriait matin et soir
Déjà si seule un peu perdue
Mon double de rêve portait aux nues
La Pastorale de Beethoven
Se prenait pour Lili Marleen
Entre sapins ombres et lumières

Un jour on lui parla d’Hitler
Soudain son monde bascula
Elle compris qu’elle serait paria
Elle s’appelait « Anne Franck »
Celle par qui l’immense manque
Surgit telle infinie comète
Au cœur de la mini Colette
Si jeune elle se jura d’écrire
De devenir celle qui saurait dire
Vérités orgueils et préjudices
Car ce monde est loin d’être lisse
Oh bien sûr qu’elle fut heureuse
Entre prairies et vertes vallées
Même si son corps la fit lépreuse
L’obèse souvent clochette portait

Elle s’appelait « La grosse »
Ils ne sont pas tendres les gosses
Mais dans sa tête elle écrivait
Déjà ses jours ses nuits ses vies rêvés
Et puis souvent l’imaginaire
Accule même les pervers
Peut-être a-t-elle enfin gagné
Le droit à l’infinie beauté
Elle manquait déjà tant d’amour
Qu’elle croit encore et pour toujours
Que tout le monde doit l’aimer
Et qu’un sourire vaut un baiser

Elle s’appelait « Ophélie »
Rimbaud lui a ouvert la vie
L’adolescence fulgurance
Ne lui montra que des intenses
Passion devint son maître mot
Elle serait femme de mille héros
Il lui faudra passer frontières
Et toujours rester guerrière
La paix des braves devra attendre
Elle sera longue et douce et tendre

On l’appelle « Scarlett o’Hara »
Car sans cesse elle reconstruit Tara
Nord et sud sont ses patries
Elle y tournoie à l’infini
En crinoline et robe verte
Malgré les fracas et les pertes
Elle ne fera jamais sécession
De ses rêves et de ses passions
Pour vous elle s’offre radieuse
A qui saura la rendre heureuse.

***

Et en allemand…

Petite nixe sage

Cabane du jardinier. Petite nixe sage, je regarde
les images.

Les lettres prennent sens. La langue de Goethe, bercée à mon cœur, pouvoir soudain la lire.

Allégresse innommable du bilinguisme. L’Autre est en vous. Je est les Autres.

Cet été là mon Hymne à la joie…

***

J’ai dix ans.

Je suis dans le jardin de mes grands-parents allemands, à Duisbourg. Plus grand port fluvial d’Europe, cœur de la Rhénanie industrielle, armadas d’usines crachant, en ces années de plomb, des myriades de fumées plus noires les unes que les autres, mais, pour moi, un paradis…

J’adore la grande maison pleine de recoins et de mystères, la cave aménagée où m’attendent chaque été la poupée censée voyager en avion tandis que nous arrivons en voiture-en fait, la même que chez moi, en France !-, la maison de poupées datant de l’enfance de ma mère, avec ses petits personnages démodés, les magnifiques têtes en porcelaine, la finesse des saxes accrochés dans le minuscule salon… J’aime les tapis moelleux, la Eckbank, ce coin salle à manger comportant une table en demi lune et des bancs coffre, les repas allemands, les mille sortes de pain, les charcuteries, les glaces que l’on va déguster chez l’Italien avec mon arrière-grand-mère… Je savoure avec un infini plaisir les trajets dans la quatre cent quatre familiale, les maisons qui changent d’allure, les briquettes rouge sombre remplaçant peu à peu notre brique toulousaine et la pierre, les seaux de chocolat Côte-d’or achetés à Liège, les petites barrières en croisillon de bois, les longues formalités à la Douane- c’est surtout au retour que mon père cachait des appareils Grundig et le Schnaps !

J’aime aussi les promenades au bord du Rhin, voir défiler les immenses péniches, entendre ma grand-mère se lever à cinq heures pour inlassablement tenter de balayer sa terrasse toujours et encore noircie de scories avant d’arroser les groseilliers à maquereaux et les centaines de massifs… J’adore cette odeur d’herbe fraîchement coupée qui, le reste de ma vie durant, me rappellera toujours mon grand-père qui tond à la main cette immense pelouse et que j’aide à ramasser le gazon éparpillé… Et nos promenades au Bigger Hof, ce parc abondamment pourvu de jeux pour enfants, regorgeant de chants d’oiseaux et de sentes sauvages, auquel on accède par un magnifique parcours le long d’un champ de blés ondoyants… C’est là tout le paradoxe de ces étés merveilleux, passés dans une immense ville industrielle, mais qui me semblaient azuréens et vastes.

Je parle allemand depuis toujours, puisque ma mère m’a câlinée dans la langue de Goethe tandis que mon père m’élevait dans celle de Molière. Ce bilinguisme affectif, langagier, culturel, me fonde et m’émerveille.

C’est une chance inouïe que de grandir des deux côtés du Rhin…

J’aime les sombres forêts de sapins et les contes de Grimm, mais aussi les lumières de cette région toulousaine où je vis et les grandeurs de cette école de la République dont je suis une excellente élève, éduquée à l’ancienne avec des leçons de morale, les images d’Épinal de Saint-Louis sous son chêne et tous les affluents de la Loire… Ma maman a gardé toutes les superbes traditions allemandes concernant les fêtes, nos Noëls sont sublimes et délicieux, et elle allie cuisine roborative du sud-ouest et pâtisseries d’outre-Rhin pour notre plus grand bonheur, tandis que même Luther et la Sainte Vierge se partagent nos faveurs, puisque ma grand-mère française me lit le Missel des dimanches et ma mère la Bible pour enfants, ce chiasme donnant parfois lieu à quelques explications orageuses…

2012-10-12-Capturedcran2012101216.30.06.pngBien sûr, il y a les autres. Les enfants ne sont pas toujours tendres avec une petite fille au visage un peu plus rond que la normale, parfois même habillée en Dindl, ce vêtement traditionnel tyrolien, qui vient à l’école avec des goûters au pain noir et qui écrit déjà avec un stylo plume- je serai je pense la première élève tarnaise à avoir abandonné l’encrier…

Un jour enfin viendra où l’on m’appellera Hitler et, inquiète, je commencerai à poser des questions…Bientôt, vers onze ans, je lirai le Journal d’Anne Franck et comprendrai que coule en moi le sang des bourreaux, avant de me jurer qu’un jour, j’accomplirai un travail de mémoire, flirtant longtemps avec un philosémitisme culpabilisateur et avec les méandres du passé. Mon grand-père adoré, rentré moribond de la campagne de Russie, me fera lire Exodus , de Léon Uris, et je possède aujourd’hui, trésor de mémoire, les longues et émouvantes lettres qu’il envoyait depuis l’Ukraine, où il a sans doute fait partie du conglomérat de l’horreur, lui-même bourreau et victime de l’Histoire… Il écrivait à ma courageuse grand-mère, qui tentait de survivre sous les bombes avec quatre enfants, dont le petit Klaus qui mourra d’un cancer du rein juste à la fin de la guerre, tandis que ma maman me parle encore des avions qui la terrorisaient et des épluchures de pommes de terre ramassées dans les fossés…

Cet été là, je suis donc une fois de plus immergée dans mon paradis germanique, me gavant de saucisses fumées et de dessins animés en allemand, et je me suis cachée dans la petite cabane de jardin, abritant des hordes de nains de jardin à repeindre et les lampions de la Saint-Martin. J’ai pris dans l’immense bibliothèque Le livre de la jungle en allemand, richement illustré, et je compte en regarder les images. Dehors, l’été continental a déployé son immense ciel bleu, certes jamais aussi limpide et étouffant que nos cieux méridionaux, mais propice aux rêves des petites filles binationales… Le Brunnen, la fontaine où clapote un jet d’eau, n’attend plus qu’un crapaud qui se transformerait en prince pour me faire chevaucher le long du Rhin et rejoindre la Lorelei. Je m’apprête à rêver aux Indes flamboyantes d’un anglais nostalgique…

2012-10-12-Capturedcran2012101216.30.30.pngJe jette un coup d’œil distrait à la première page du livre et, soudain, les mots se font sens. Comme par magie, les lettres s’assemblent et j’en saisis parfaitement la portée. Moi, la lectrice passionnée depuis mon premier Susy sur la glace, moi qui ruine ma grand-mère française en Alice et Club des cinq , qui commence aussi déjà à lire les Pearl Buck et autres Troyat et Bazin, je me rends compte, en une infime fraction de seconde, que je LIS l’allemand, que non seulement je le parle, mais que je suis à présent capable de comprendre l’écrit, malgré les différences d’orthographe, les trémas et autres SZ bizarroïdes…

Un monde s’ouvre à moi, un abîme, une vie.

C’est à ce moment précis de mon existence que je deviens véritablement bilingue, que je me sens tributaire d’une infinie richesse, de cette double perspective qui, dès lors, ne me quittera plus jamais, même lors de mes échecs répétés à l’agrégation d’allemand… Lire de l’allemand, lire en allemand, c’est aussi cette assurance définitive que l’on est vraiment capable de comprendre l’autre, son alter ego de l’outre-Rhin, que l’on est un miroir, que l’on se fait presque voyant. Nul besoin de traduction, la langue étrangère est acquise, est assise, et c’est bien cette richesse là qu’il faudrait faire partager, très vite, très tôt, à tous les enfants du monde.

Parler une autre langue, c’est déjà aimer l’autre.

Je ne sais pas encore, en ce petit matin, qui sont Novalis, Heine ou Nietzsche. Mais je devine que cette indépendance d’esprit me permettra, pour toujours, d’avoir une nouvelle liberté, et c’est aussi avec un immense appétit que je découvrirai bientôt la langue anglaise, puis le latin, l’italien… Car l’amour appelle l’amour. Lire en allemand m’aidera à écouter Mozart, à aimer Klimt, mais aussi à lire les auteurs russes ou les Haïkus. Cette matinée a été mon Ode à la joie.

Cet été là, je devins une enfant de l’Europe.

 

Quand la Librairie Privat se fait Malouinière aux briques roses…#Marathondesmots

Quand la Librairie Privat se fait  Malouinière aux briques roses…

L’image contient peut-être : une personne ou plus, personnes debout, ciel et plein air
Sur les remparts de Saint-Malo…

Le cœur de l’Afrique bat au rythme de ce douzième Marathon des Mots. Et ses métissages bariolés se tissent au fil des récits, des lectures et des conférences…

Ce soir, bien en deçà des Tropiques, c’est la Bretagne qui a vogué vers nos briques roses, bercée par la goélette poétique de Yann Queffélec et de Patrick Poivre d’Arvor, dans la jolie cave aux mots de la librairie Privat ; et avec elle c’est tout un océan qui a salé Dame Garonne, improbable et délicieuse rencontre de deux grandes régions du pays de France.

Un véritable mascaret d’images a donc déferlé vers la Ville Rose. Les histoires croisées des deux écrivains voyageurs nous ont conté les fées des grèves et les embruns, les terres aux calvaires de granit rose et les noirceurs de l’Ancou. Complices de toujours, nos deux Bretons, l’un de sang, l’autre de sol, répondirent aux judicieuses questions du modérateur en un beau chiasme érudit et simple à la fois, l’incomparable douceur de la voix familière de Patrick contrastant agréablement avec le timbre âpre et profond de la voix de Yann, aussi sonore qu’une corne de brume.

Elle est là, la magie de notre Marathon des Mots ; dans le mystère de ces jardins extraordinaires qui naissent en quelques riches heures, quand la littérature s’incarne soudain en réalité, tous les imaginaires volatils solidement amarrés à un anneau comme péniche en Canal, voyages immobiles offerts au marathonien ébloui d’immenses.

Oubliant l’Autan pour rencontrer le vent d’ouest, nous voilà, petit peuple de Toulouse, à escalader le Grand Bé ou à troquer nos espadrilles contre une promenade en « ondine », dégustant les enfances de nos deux compères comme nous aimerions une glace au caramel au beurre salé. Et quand Yann a lu quelques pages du roman de son père, Henri Queffélec, Un recteur de l’île de Sein, évoquant les rigueurs austères de ce pays où il fait beau, certes,  « plusieurs fois par jour », mais où les hommes ont appris à lutter contre les éléments, le front de Patrick s’est froncé au récit des morts enfantines, en symbiose fraternelle avec le deuil éternel des parents orphelins.

Et nous aussi nous sentions en cousinades, quand nos écrivains racontèrent l’outrage fait à la langue bretonne honnie par les raideurs administratives. Notre Occitanie a vécu les mêmes ravages de l’uniformisation, et nos grands-pères aussi furent bâillonnés et privés de l’usage de leurs patois, avant que les calendrettes méridionales ne fassent écho aux écoles Diwan pour rétablir l’honneur des parlers perdus…

Je me demandais, justement, l’été dernier, au retour du FIL de Lorient,  pourquoi cette âme celte résonne si fortement dans les cœurs de millions de Bretonneux dispersés au gré du globe, quand notre culture occitane ne dépasse guère les frontières pyrénéennes ou les Monts de l’Aubrac…Nos invités nous décrirent la diaspora, fracture et lien à la fois, immense souffrance de ces Bretons expatriés, de la Galice en Acadie, mais aussi secret de la formidable liesse fédérative de ces peuples celtes qui aujourd’hui encore font exploser leurs retrouvailles, à grands coups de bagads et de biniou, de cornemuse et de Far Breton, quand notre « Qé Canto » a bien du mal à se chanter au-delà de Brive, malgré les talents d’un Nadau…

Pourtant, nous en avons, nous aussi, des légendes et des rivières, des granits et des fées, et nos forêts de la Grésigne ou de Buzet valent bien Brocéliande…

Je me souviens souvent du granit du Sidobre

Mais je suppose qu’il nous manque, à Toulouse, l’essentiel, malgré Dame Garonne qui ondule d’aise comme femme avenante : même si nous vivons à quelques encablures de Mare Nostrum, le grand absent est bien l’océan. Et c’est cet océan que tant Patrick Poivre d’Arvor que Yann Queffélec thématisent à l’envie dans leurs écrits, du Dictionnaire amoureux de la Bretagne du second aux Gens de Mer du premier, un océan qui donne autant qu’il reprend, au rythme de ses colères et de ses voluptés, bien plus fougueux que notre mer des Cyclades, quand l’ardoise menaçante des vents le transforme en nasse pour marins en perdition et que pleurent les veuves sur les rochers inconsolables…

Aucun texte alternatif disponible.
Petite prière non loin d’un oral d’agreg interne…

« Mon cœur de Breton bat toujours plus intensément auprès des flots, à proximité des tempêtes et de l’écume. »

PPDA, Nostalgie des choses perdues

« Et tout ça par le miracle d’une attirance antédiluvienne entre lune et mer, chacune étant la force et le remords de l’autre, tout ça parce que la mer monte… »

Yann Queffélec, Tendre est la mer

Nous sortîmes de cette rencontre le cœur ourlé de sel, ayant troqué les remparts de Carcassonne pour la cité Malouine, notre Occitanie toute trempée par les embruns, notre âme méridionale prête à danser la gigue sur la croix du Capitole.

Merci à Yann et à Patrick de leurs récits iodés, de ces épousailles fantastiques entre terre et mer qui font écho aux paroles d’un autre poète breton, Charles Le Quintrec : « Nous sommes d’un pays, d’une terre », nous explique-t-il, avant de rajouter : « Nous avons aussi à cœur de dire tous les pays et toutes les terres à partir des nôtres ». Aujourd’hui, des écrivains bretons ont raconté leurs terres en mouillant sur nos rades d’eau douce.

Et Toulouse est un port fluvial qui, toujours, leur permettra l’abordage.

http://www.lemarathondesmots.com/invites

Actualité de Yann Queffélec:

http://www.franceinfo.fr/emission/le-livre-du-jour/2015-2016/yann-queffelec-l-homme-de-ma-vie-27-10-2015-08-30

Actualité de Patrick Poivre d’Arvor:

http://www.europe1.fr/culture/theatre-patrick-poivre-darvor-un-pedopsychiatre-a-lecoute-sur-les-planches-2715445

Calcium de l’âme, de Sophie Chérer: indispensable lecture!!!

Calcium de l’âme

 

Sophie Chérer

 

Extrait de

Lire est le propre de l’homme, l’école des loisirs, 2011.

http://www.ecoledeslettres.fr/actualites/education/lire-est-le-propre-de-lhomme-de-lenfant-lecteur-au-libre-electeur/

 

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 Le Premier ministre, Pierre Mendès France, s’adresse solennellement à la radio, la veille au soir de la rentrée des classes, à tous les écoliers du pays. Il commence par leur avouer son amour des grandes vacances. Lui aussi, à leur âge, voulait qu’elles durent toujours. Et, très vite, il se pose avec eux la question: Pourquoi rentrer à l’école alors qu’on est si bien, chez soi ou dehors, à jouer? Et il répond sans ambiguïté: parce que l’école existe pour donner des forces aux enfants qu’ils sont aujourd’hui, pour les cultiver, pour leur permettre de grandir et de devenir les adultes accomplis dont leur pays, et le monde, auront besoin demain.

Depuis ce temps, aucun homme politique n’a plus parlé ainsi à l’enfance et à la jeunesse de son pays, avec cette confiance et ce respect profond, sur ce ton exemplairement républicain : libre d’esprit, égal d’humeur, et fraternel.

Pourquoi ?

Les temps ont changé. Une clique de cyniques dangereux est arrivée au pouvoir, qui réussit à faire passer un foulard ou une kippa sur la tête, une croix ou une médaille autour du cou, pour des déclarations de guerre à l’humanité, tandis qu’elle-même étale en toute impunité les signes par milliers, extérieurs comme intérieurs, de la vraie religion de l’époque : fric, finance, marchés boursiers, performance, technologie, flexibilité. Tout, jusques et y compris l’école, doit à présent obéir à ce commandement : être rentable. Procurer une rente, donc. Mais au fait, à qui?

Les réformes successives de l’Éducation nationale donnent au grand public, embrumé par les grands médias, l’impression d’avoir échoué l’une après l’autre, analyse Jean-Claude Michéa, l’un des sociologues les plus avisés de notre temps, qui n’est pas par hasard admirateur de George Orwell. Or elles n’ont pas échoué l’une après l’autre, elles ont réussi dans leur ensemble. À quoi ? À mettre en application un programme élaboré dans les années soixante-dix par les hommes de pouvoir, politiciens et chefs d’entreprises, membres de la commission Trilatérale, de 124 l’OCDE, du FMI, de l’OMC, de la Banque mondiale, et plus tard du G5, 7, 8, 20, partez ! et autres instances dirigeantes : pour être compétitif face aux puissances émergentes du XXIe siècle, l’Occident industrialisé allait avoir besoin, d’une part, d’une élite autoreproductrice constituée de 10 à 20 % de la population, cultivée, matériellement aisée, affranchie à tous points de vue, et, d’autre part, d’une masse constituée des 80 à 90 % restants, sous-développée intellectuellement, inculte, surendettée. Des petits consommateurs en rangs par deux, drogués aux gadgets, principalement préoccupés de suivre les modes imposées, incapables de remise en question, privés d’esprit critique et de références. Bridés par la trouille de perdre leur place.

Les moyens d’arriver à cette fin ne manquaient pas, ils ont été utilisés méthodiquement. Suppressions de postes, fermetures de classes, suréquipement technique au détriment de la pré- sence, suppression de l’histoire par-ci, de la philosophie par-là, du grec ancien ailleurs, de la poésie partout… Bref, remplacement des humanités par les inhumanités. Nous y sommes.

Nous, êtres humains, avons cessé d’être des êtres de langage. Nous sommes devenus des êtres de force de vente et de pouvoir d’achat. Ce qui nous est inutile, voire nuisible, nous est présenté comme indispensable. Ce qui nous est vital, la splendeur de la nature, la vie de l’esprit, le temps de vivre, la curiosité intellectuelle, l’amitié avec quelques grands hommes et femmes du passé, nous est présenté comme vain, trop coûteux, non rentable, irréaliste.

Mendès France est resté dans quelques mémoires pour avoir été le doux dingue qui ordonnait la distribution d’un verre de lait à chaque écolier à la récréation. Son discours extraordinaire de fin de vacances sur le sens de l’école, de l’apprentissage et, par conséquent, de la vie, suffit à montrer qu’il avait l’intention de s’occuper aussi d’une autre sorte de recalcification. Les scientifiques nous l’apprennent : c’est entre trois et quinze ans que l’organisme humain assimile le mieux le calcium. C’est durant cette période de douze ans qu’il se bâtit un squelette, une colonne vertébrale à toute épreuve. Ensuite, il est (un peu) trop tard.

 Eh bien, il existe un calcium de l’âme.

Les enfants, au fond d’eux, en sont parfaitement conscients. Ils ont soif de paroles fortes, de lectures nourrissantes, de textes qui ne les laissent pas seuls avec leurs questions, leurs tourments, leurs désirs, leurs angoisses, d’exemples d’adultes qui leur donnent envie de grandir, d’expériences fondatrices qui les animent et les structurent au moment où ils en ont le plus besoin, et où ils sont le plus aptes à les retenir par toutes leurs fibres, à en faire un miel capable de couler leur vie durant. Alors ne perdons pas une occasion de leur offrir des exemples de beauté, de justesse, de liberté, d’indépendance, de chants d’amour au monde. Les livres en sont pleins. Ne nous contentons pas de pleurer des larmes de crocodile sur les cadavres de Jacqueline de Romilly ou de Jean Ferrat. De multiples formes de désobéissance civile sont déjà à l’œuvre. Relayons-les. Amie princesse de Clèves, quand tu tombes sous les crachats d’un cuistre, un ami sort de l’ombre à ta place, brandit ton effigie, offre ton histoire, lit dans ton cœur, t’aime et te fait aimer.

Mais ne nous lassons pas non plus d’argumenter, d’exposer, d’expliquer partout où nous avons  l’occasion de rencontrer des enfants et des adolescents, que quelqu’un, quelque part, a intérêt – un intérêt morbide – à ce qu’ils soient incultes, incapables de penser et de parler (car on peut très bien savoir lire, écrire et compter – qui sont des moyens – si c’est en méconnaissance complète des fins: la parole et la pensée libres, à quoi bon?).

Pensons à leur faire découvrir aussi une phrase décidément méconnue de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, en son article 2, qui dit que «les droits naturels et imprescriptibles de l’homme» sont «la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l’oppression ».

 La résistance à l’oppression.

 

Conseils de lecture :

– Tableau noir : résister à la privatisation de l’enseignement, de Gérard de Sélys et Nico Hirtt, éditions EPO, 2004 ;

– La Destruction de l’enseignement élémentaire et ses penseurs, de Liliane Lurçat, éditions François-Xavier de Guibert, 2004 ;

– L’Enseignement de l’ignorance, de Jean-Claude Michéa, éditions Climats, 1999.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Sophie_Ch%C3%A9rer

 

Sainte-Lucie, fêtons la lumière!

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Le voici revenu, le temps de la lumière,

Celui qui nous rend beaux, celui qui nous rend frères.

Le vent souffle et les eaux en nos villes déferlent,

Mais tels mille palais nous décorons chaumières.

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Quand les suies de novembre font des vies des scories,

Et que des brumes blêmes les lambeaux nous étiolent,

Nous saurons ravauder lumignons et bougies,

Petites mains de l’ombre devenues cent lucioles.

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Il faudra aux fenêtres piquer tant de lampions

Que la lune pâlira devant nos ribambelles,

Et que l’étoile au ciel, devenue vain fanion,

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Sourira de nos nuits qui se font étincelles.

Tu tiendras ma couronne et me dira ton ange,

Quand en Sainte-Lucie je t’offrirai mes hanches.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Sainte-Lucie_(f%C3%AAte)

Coma un sospir d’aigueta… Mon premier #poème en #occitan…

Coma un sospir d’aigueta

Un ramat d’ausèls coma un rocol d’amor,

un vòl dels blats a l’entorn d’un cèl,

sus mon còr s’es pausat coma un sospir d’aigueta.

Comme un soupir d’eau vive

Une volée d’oiseaux comme un roucoulement d’amour,

un vol de blés autour d’un ciel,

sur mon cœur s’est posé comme un soupir d’eau vive.

Premier poème en occitan, écrit en piochant dans les mots de Louisa Paulin…

La poétesse Louisa Paulin

Ce texte fait partie des « Mémoires d’Autan », ouvrage ayant reçu le Prix Camille Pujol lors des Jeux Floraux toulousains de 2020.

http://jeuxfloraux.fr/15.html

« * Une médaille d’Académie égalementà Mme Sabine Aussenac, de Toulouse,  pour son poème « Et les pivoines »

  * Le Prix Camille-Pujol à Mme Sabine Aussenac, de Toulouse, pour son ouvrage Mémoire d’Autan. »

https://www.thebookedition.com/fr/memoires-d-autan-p-371712.html

Mes Mémoires d’Autan sont des miscellanées poétiques entremêlées de réflexions autour de l’être-soi d’un Sud-Ouest baigné par l’Atlantique et Mare nostrum, illuminé par nos campagnes gorgées de tournesols, et bien sûr surtout, pour moi, toulousain et tarnais ; alternances de nouvelles, d’essais et de poèmes en ancrage de cette terre d’Oc qui m’est chère, ces textes vivent au gré des méandres de Garonne et de l’Histoire ancienne ou contemporaine de la Ville Rose et du Grand-Sud…

Connaissez-vous Navid Kermani ?

Connaissez-vous Navid Kermani  – نوید کرمانی‎-?

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© picture-alliance­/Sven Simon - Navid Kermani
© picture-alliance­/Sven Simon – Navid Kermani

http://info.arte.tv/fr/navid-kermani-mediateur-des-cultures

 

Cet écrivain germano-iranien aux multiples talents, orientaliste, poète, dramaturge, essayiste, journaliste, exégète, a obtenu hier le Prix de la paix des éditeurs et libraires allemands, un prix attribué depuis 1950 par l’Association des éditeurs et libraires allemands qui lui a donc été remis le 18 octobre 2015 à l’église Saint-Paul de Francfort-sur-le-Main, lors de la  cérémonie de clôture de la Foire Internationale du Livre.

Depuis notre bastion franco-français, empreint de certitudes tant électorales que littéraires, peu de voix se sont fait l’écho de cette prestigieuse récompense ; il faut dire que notre hexagone se targue toujours d’être le centre du monde des idées, et que, noyés sous les multiples lettrés de notre intelligentsia, forts de nos penseurs maison, entre les innombrables Finkielkraut, Attali, Onfray, BHL, nous, le petit peuple de France, n’avons que peu d’occasions d’ouïr des voix différentes, rarement invitées chez les Ruquier et autres « GG »…

Pourtant, je vous assure que Navid Kermani vaut le détour ! Son profil atypique et polymorphe fait de lui l’un des penseurs essentiels de notre temps. Né en 1967 de parents iraniens, il a grandi en Rhénanie-Wesphalie. Son père, médecin en Iran, exerçait dans un hôpital chrétien, et la famille s’est ensuite installée dans la ville de Siegen, très influencée par le protestantisme. C’est par l’un de ses grands-pères que l’écrivain découvre l’Islam dans son versant chiite. Très tôt, dès l’âge de quinze ans, il a commencé à écrire pour le journal Westfälische Rundschau, avant d’écrire pour la FAZ et pour différents organes de presse. Après son diplôme d’études secondaires, il a étudié l’islamologie, la philosophie et la dramaturgie à Cologne, au Caire et à Bonn, a enseigné la poétologie dans les universités de Francfort, de Göttingen et de Mayence, la littérature allemande à Dartmouth, mais a aussi été reporter en Irak pour le Spiegel, avant de prononcer le 23 mai 2014 le discours inaugural à l’occasion de la soixante-cinquième commémoration de la Loi Fondamentale allemande, le Grundgesetz.

Sa thèse de doctorat « Gott ist schön. Das ästhetische Erleben des Koran » (« Dieu est beau. L’expérience esthétique du Coran ») a très vite attiré l’attention des médias et des milieux universitaires.  Après avoir travaillé comme dramaturge pour le Théâtre de la Ruhr à Mühlheim et celui de Francfort tout en ayant collaboré au Berliner Wissenschaftskolleg, Kermani décida en 2003 de vivre de sa plume foisonnante.

Cet auteur très connu outre-Rhin traite dans ses multiples publications de thèmes aussi différents que la mort, la sexualité, la musique, l’engagement, mais toujours avec cette mise en abyme de la mystique et de l’Islam. La Süddeutsche Zeitung a dit de lui qu’il manie aussi bien la critique envers Goethe, Herder ou Kafka qu’envers la mystique islamique. Son regard acéré, aiguisé par la fréquentation des textes sacrés et par le maniement d’une langue riche et imagée, est ainsi le révélateur de nos sociétés agitées par des conflits millénaires, mais aussi sous-tendues par d’innombrables sagesses.

En plus de ses livres et de ses essais, Navid Kermani prend toujours position dans les débats publics et politiques avec ses discours, ses conférences et ses articles de journaux. Il intervient particulièrement pour l’évolution du projet européen, a pris position lors du Printemps Arabe et bien entendu contre le prétendu État Islamique et au sujet des Migrants… Son œuvre lui a déjà valu de nombreuses récompenses, comme le Prix Hannah Arendt en 2011 ou le Prix du Livre Allemand et le Prix Kleist, en 2011 et 2012… Il avait aussi obtenu en 2009 le Prix Culturel de la Hesse, décerné aussi au Cardinal Karl Lehmann, à l’ancien Président synodal Peter Steinacker et au Vice-Président du Consistoire Salomon Korn, un prix récompensant le dialogue interreligieux.

Car au cœur des préoccupations de Navid Kermani on retrouve l’idée de laïcité, bien peu maniée chez nos voisins allemands qui n’ont pas connu de séparation entre l’Église et l’État, une idée que l’écrivain défend en lui associant une profonde connaissance des religions, arguant que seule une tolérance et un dialogue interreligieux pourront devenir le terreau d’une diversité pacifique et respectueuse de l’Autre.

Dans le magnifique discours tenu hier soir lors de la remise de son prix, l’écrivain est aussi longuement revenu sur le sort des minorités chrétiennes d’Orient, évoquant avec une grande émotion la libération du père Jacques Mourad, récemment libéré en Syrie, et expliquant aussi que si un porteur de prix « de la paix » n’avait déontologiquement pas le droit d’appeler à la guerre, il en appelait néanmoins à la plus grande détermination possible afin que cesse un conflit désormais presque mondial, comme il l’avait d’ailleurs déjà prédit en 2014 en comparant la guerre en Syrie à la Première Guerre Mondiale.

Vous retrouverez ici le discours en partie retranscrit et à réécouter :

http://hessenschau.de/kultur/kermani-rede-bei-friedenspreis-vergabe-im-wortlaut,kermani-rede-friedenspreis-100.html

Et voici un extrait vidéo :

http://www.zdf.de/ZDFmediathek/beitrag/video/2517758/Navid-Kermani-Redeausschnitt#/beitrag/video/2517758/Navid-Kermani-Redeausschnitt

Navid Kermani est un penseur éclairé, qui ose affirmer qu’il y aura d’autres attentats, d’autres décapitations, que l’Europe n’est et ne sera pas épargnée, mais que l’espoir peut rester présent si une majorité clairvoyante s’engage à la fois pour la paix et la tolérance sans être dans le déni devant les exactions de l’EI.

Gibt es Hoffnung ? Ja, es gibt immer Hoffnung.

Reste-t-il un espoir ? Oui, il reste toujours un espoir.

À mon tout petit niveau, poétesse, blogueuse, essayiste, romancière, dramaturge…seulement primée dans des concours de nouvelles et de poésie, j’ai trouvé dans les écrits de Navid Kermani comme un bel écho à mes propres textes, en particulier à tous mes écrits autour de la laïcité…

http://sabineaussenac.blog.lemonde.fr/2015/09/02/jesuislalaicite-nouvelles-reflexions-poesies-et-theatre-autour-de-la-laicite/

 

Et je dédie à ce grand penseur que je voudrais voir traduit en français mon poème, retranscrit en persan par mon ami  Hossein Mansouri, fils de la grande poétesse iranienne Forough Farrokhzad :

میگویم: در نازک هوای شفاف صبح گاهی

 

میگویم: به رنگین کمان شسته شده از رنگ

 

میگویم: به شادکامی از دست رفته

 

میگویم: در سکوت ستاره ای شبانگاهی

 

میگویم: حتا اگر کسی نخواهد گوش کند

 

میگویم: به غریبی که پشت میله های زندان زندگی میلرزد

 

میگویم: به فرزندانم، هر بامداد، با سلام روشن خورشید

 

میگویم: به دوستانم، دوستان دیروزیم، امروزیم، ابدیم

 

میگویم: به گلهای آفتاب گردان، به درختان صنوبر

 

میگویم: به قمری های غمگین، به تپشهای مضطرب قلبم

 

میگویم: بی آنکه از باد انتظار پژواکی داشته باشم

 

میگویم: همچون کلامی رمزآلود

 

میگویم: همچون سوغاتی از راه دور

 

میگویم: همچون رحمتی نابهنگام

 

میگویم: حتا اگر به من بخندند، مسخره ام کنند

 

میگویم: همچون بهاری که به مصاف زمستان جاوید زمین میرود

 

میگویم: همچون خورشیدی که میدرخشد

 

میگویم: همچون لذتی جان بخش

 

میگویم: چون این کلام الفبای زندگی من است، دلیل زنده ماندنم:

 

دوستت دارم.

 

Traduit par Hossein Mansouri

http://sabineaussenac.blog.lemonde.fr/2014/01/18/ich-liebe-dich/

https://www.youtube.com/watch?v=9RfqZLWFEyg

 

https://de.wikipedia.org/wiki/Navid_Kermani#cite_note-32

 

 

Les mains de Pierre…Bon anniversaire, Pierre Santini!

Les mains de Pierre

ps

 

 

http://www.pierresantini.fr/

 

La bague, c’est ce qu’on remarquait toujours sur les photos. Cette grosse bague, orangée, presque corail, ronde, qui faisait penser à ces bagues d’autrefois. On lui en aurait presque baisé la main comme à un Monsignore, ou donné du Monsieur le Marquis…

Il ne la quittait pas, pas même pour le bain, pas même pour l’amour. Elle était sur scène avec lui, avait fait des centaines de lever de rideau, avait caressé des femmes, salué des publics…

Il se souvenait encore précisément de l’instant où sa grand-mère, sa délicieuse grand-mère, s’était rendue compte lors de l’une de ses premières représentations, alors qu’il interprétait un sombre personnage de Dumas, de ses mains dénudées.

  • Mais ce ne sont pas des mains d’aristocrate, Pierre ! Tu dois avoir des mains de marquis !

Et elle s’était délestée de l’encombrant bijou de cornaline, lui passant bague au doigt comme on le ferait à un époux, lui transmettant par là même un peu de la mémoire familiale.

Et la bague était restée, sertie d’or et rassurante, petite flamme du cœur, dégageant son aura bénéfique, puisqu’il se murmurait en coulisses que la pierre protégeait la voix et calmait les émotions…

La portait-il déjà, cette bague là, en interprétant Julien Durtol, le fils de l’Homme du Picardie ? C’est qu’il en faisant chalouper, des cœurs de midinettes, dans ses imperméables sombres, silhouette familière des écrans sages des années soixante…Et puis toutes ces scènes, et tous ces grands destins, ces rôles où chaque phrase vous façonne nouveau chemin…

Un jour, un bijoutier farceur la répara si mal que la pierre en tomba. Mais le hasard fait bien les choses : la fêlure est invisible, la nouvelle cornaline chatoyante à merci, et nul ne peut savoir que la pierre originale a disparu sur quelque pan de rue…

Le diamant, c’est autre chose. Les diamants sont éternels, et ce n’est pas notre James Bond hexagonal qui nous contredira. Il était si jeune, encore, lorsque son père l’emmena voir Cyrano au théâtre. Et en larmes, transporté, lorsqu’il sortit, déclarant qu’il serait acteur.

Son père lui promit à ce moment là le diamant de son propre père, et l’enfant tint, lui aussi, sa promesse.

Quand il monta sur scène, pour le Cyrano de Savary, lui qui voit en ce rôle toute l’humanité que peut transmettre le théâtre populaire, ce théâtre qui élève le cœur et qui rapproche les âmes, son père, en larmes à son tour, lui passa le flambeau de pierre.

Car le théâtre, c’est comme un cristal. Les passions et les songes s’y reflètent, et les mille prismes de la vie y tournoient, reflétés, agrandis, chatoyants et sublimes.

Les mains de Pierre ont porté de nombreux rôles, et ses bagues sont comme les témoins de ces multiples incarnations.

Elles orneront encore sa main de jeune patriarche lorsque, dans quelques jours, il partira affronter la ville éternelle, pour y chanter de sa belle voix grave les airs de Paolo Conte, son alter ego italien. Mais l’éternité ne fait pas peur à un acteur, et il ne fait nul doute que, comme d’ordinaire, ce seront des tonnerres d’applaudissements qui l’accueilleront à sa sortie de scène…

Buon viaggo, signore Santini. Ce fut un plaisir rare que de faire votre connaissance.

« M’illumino

D’immenso… » Guiseppe Ungaretti

 

http://culturebox.francetvinfo.fr/festivals/avignon-2015/avignon-jean-claude-dreyfus-pierre-santini-dans-le-fourre-tout-genial-du-off-224031

Ce texte a été écrit peu après ma rencontre avec Pierre, lors du tournage d’un « Homme d’état » à Auch.

Je suis chacune de ses apparitions dans Alice Nevers-ma série culte:)- avec un infini plaisir. Et j’espère avoir le bonheur de le revoir sur scène et de lui présenter mon fils, acteur en herbe, lors d’un été en Avignon ou d’une escapade parisienne…Bon anniversaire, Pierre♥!