Hommage à Rose Ausländer, la poétesse de #Düsseldorf , et passerelles artistiques! #RoseAusländer #judaïsme #poésie #125 ans #PaulaModersohnBecker #ClaraRilkeWesthoff

Ce fut un beau moment, un moment intense, à la hauteur de la personnalité du « Rossignol de la Bucovine », aussi souvent nommée la « Poétesse de ¨Düsseldorf ».

Rose Ausländer, née le 11 mai 1901 à Czernowitz, aujourd’hui située en Ukraine, a été dignement fêtée à l’occasion du 125 ème anniversaire de sa naissance, en divers lieux de Düsseldorf, ville partenaire de Toulouse.

Un colloque organisé en collaboration entre la Rose Ausländer Gesellschaft et l’Université Heinrich Heine a réuni de grandes voix internationales pour évoquer la mémoire et les œuvres de cette autrice prolifique dont les milliers de poèmes continuent à être lus et appris par des enfants, travaillés et commentés par des étudiants, postés sur les réseaux sociaux et traduits dans de multiples langues.

https://www.germanistik.hhu.de/detailansicht-news/125-jahre-rose-auslaender

https://www.germanistik.hhu.de/fileadmin/redaktion/Fakultaeten/Philosophische_Fakultaet/Germanistik/Literaturwissenschaft_-_Oesterhelt/RoseAusl%C3%A4nder_Programmplakat.pdf

Des universitaires venus entre autres d’Israël, d’Italie et… de France, dont Jacques Lajarrige, de l’UT2J de Toulouse, et moi-même, ont été accueillis le 10 mai à la Maison Gerhard Hauptmann par l’infatigable Helmut Braun, le découvreur, l’ami et l’éditeur de Rose Ausländer, avant d’assister, dans le cadre d’un riche programme entourant le colloque et ouvert à tout public, à une pièce de théâtre relatant la vie de l’écrivaine.

https://wortkino.de/repertoire/rose-ausl%C3%A4nder
Barbara Mergenthaler, sur la scène de la GHH

Se sont ensuite succédé pendant trois jours des conférences passionnantes et richement documentées, sous la houlette de Frau Doktor Anja Oesterhelt, tandis que fut projeté à la bibliothèque KAP 1 un magnifique film en présence de la réalisatrice : Rose Ausländer – Der Traum lebt mein Leben zu Ende.

https://medienzentralen.de/medium/der-traum-lebt-mein-leben-zu-ende/410ff5ac-a336-4637-a75e-e02518f9e930/index

Les deux moments phare de cette commémoration auront été cet instant de recueillement devant la tombe de Rose Ausländer, au Nordfriedhof, tombe régulièrement fleurie par la municipalité de la ville qui avait déposé une gerbe, et surtout une superbe cérémonie au Nordpark, devant le buste de la poétesse, avec un discours émouvant d’Angelique Tracik, responsable du pole culturel de la municipalité de Düsseldorf.

Angelique Tracik et Helmut Braun devant le buste de Rose Ausländer au Nordpark

https://drive.google.com/file/d/1nJKPl0UbWnRWUyth3PEsmMJeegqOjJRn/view?usp=sharing

Cliquer sur le lien ci-dessus pour voir la vidéo du discours.

Ces hommages se sont terminés en beauté devant une assistance nombreuse, lorsque Helmut Braun est revenu sur la biographie de Rose Ausländer et a fait entendre la voix si particulière de la poétesse avec des extraits d’un CD dans le cadre majestueux de la Maison Heinrich Heine, avant une lecture du premier chapitre du roman (en cours d’écriture) que je consacre à Rose Ausländer, dont je suis aussi l’une des traductrices…

La voix de la poétesse est aussi à retrouver ici:
https://www.lyrikline.org/es/poemas/bukowina-i-545

https://www.lyrikline.org/es/poemas/meine-nachtigall-547

https://www.duesseldorf.de/medienportal/pressedienst-einzelansicht/pld/heinrich-heine-institut-erinnert-an-rose-auslaender

« Rose Ausländer würde am 11. Mai 2026 ihren 125. Geburtstag feiern. Mit einer Lesung am Mittwoch, 13. Mai, um 19 Uhr begeht das Heinrich-Heine-Institut den Geburtstag der Schriftstellerin. Veranstaltungsort ist das Heinrich-Heine-Institut, Bilker Straße 12-14.

Sabine Aussenac liest im Rahmen der Veranstaltung aus ihrem biografischen Roman über Rose Ausländer. Darin verknüpft sie kunstvoll die Lebensgeschichte der Dichterin mit der Geschichte ihrer Familie. Ausgangsort ist die Kaiserswerther Straße, die am Nordpark mit dem Rose Ausländer-Denkmal nach Kaiserswerth führt, dem zeitweiligen Wohnort Aussenacs. Ihr Text ist fiktional und doch lebensnah. Helmut Braun erzählt die Biografie aus dem Erleben mit der Poetin, die er zehn Jahre lang jeden Freitag besuchte – etwa fünfhundertmal. « Ich war ihr Sekretär, war ihr Herausgeber und ihr Gesprächspartner, welcher ihre Biografie erforschte. Im Laufe der Jahre entstanden Vertrauen und Zuneigung. »

1977 las Rose Ausländer im Bett liegend ihre Gedichte. Mit dunkler, harter Stimme, in der das ganze Leben und ihre östliche Heimat mitschwang. Im Rahmen der Veranstaltung erklingen dabei entstandene Aufnahmen. »

Notre rencontre à la Maison Heinrich Heine

Pour en savoir plus sur ce projet de roman, un lien vers un autre blog, une interview de Deutschlandfunk Kultur de 2023 et un autre extrait, lu devant le Rhin…

https://avecmavalisedesoieroseauslander.home.blog

https://www.deutschlandfunkkultur.de/rose-auslaender-roman-resilienz-aussenac-100.html

Et voici enfin ma communication, en lien avec mon sujet de thèse et deux des créatrices de Worpswede. Je l’ai présentée en allemand mais j’en ai fait une version française. Désolée de la façon étrange et un peu anarchique dont les poèmes s’agencent ici sur le blog… Une version audio et vidéo est en cours de création, à suivre! La version allemande sera mise en ligne sur mon blog allemand…

Regards croisés entre l‘œuvre poétique de Rose Ausländer et les créations de Paula Modersohn-Becker et Clara Rilke-Westhoff : chiasmes sensibles entre trois voix de femmes

Farben I    


Ich werde nicht müde anzuschauen
die schönen Körper
weiße schwarze gelbe  


Bin müde
anzuhören
die hässliche Rede
über die schönen Körper

 Ist dein Gedanke schwarz
gelb oder weiß  

Ich möchte ihn malen
als Regenbogenleib

Meine Palette liebt alle Farben[1]  
Couleurs I  

 
Je ne me lasse pas de regarder
les beaux corps blancs
noirs jaunes

 Suis lasse
d’entendre
le vilain discours
au sujet des beaux corps

Ta pensée est-elle noire
jaune ou blanche  

Je voudrais la peindre
comme incarnation de l’arc-en-ciel


Ma palette aime toutes les couleurs

Cette communication prendra la forme d’un montage, à la croisée de la recherche et de la création. Loin de se poser en tant qu’ekphrasis de l’œuvre de Rose Ausländer, elle souhaite jeter des ponts entre le verbe de la poétesse et d’autres élans créateurs que je considère comme particulièrement prégnants dans l’univers des arts.

C’est grâce à Jacques Lajarrige que j’ai fait la connaissance des textes de Rose Ausländer dans les années 90, avant d’écrire un mémoire sur son lien à la judéité en 2005, puis de lui consacrer un essai en 2022 et, aujourd’hui, de rédiger un roman à son sujet et, parallèlement, de la traduire.  Entre temps, je suis aussi devenue moi-même poétesse et ai inscrit une thèse autour de la colonie d’artistes de Worpswede et de trois de ses créatrices, Paula Modersohn-Becker, Clara Rilke-Westhoff et Martha Vogeler ; j’y croise histoire de l’art, études de genre, germanistique en plaçant l’enjeu de l’émancipation par l’art et l’invisibilisation muséale des artistes femmes au cœur de ma démarche : c’est ainsi qu’a germé cette idée d’un regard multiple et de cette hybridation des arts. Ma présentation se propose donc de faire dialoguer des poèmes de Rose Ausländer avec des œuvres de Paula Modersohn-Becker et de Clara Rilke-Westhoff.

Les deux amies, Paula Becker et Clara Westhoff, à Worpswede

Ces trois voix majeures, issues d’horizons différents mais proches par certaines lignes de force comme la modernité, l’exil ou la marginalité esthétique, se rencontrent autour d’un même carrefour artistique entre le verbe, la toile et la forme modelée et/ou sculptée. En effet, le simple regard, déjà, de Rose Ausländer sur les paysages, les villes ou les ambiances est celui d’une peintre, souvent proche de l’impressionnisme : touche par touche, elle dessine un paysage en y retrouvant là un trait de lumière, ici un pan de couleur, faisant de nombre de ses poèmes un véritable tableau.

Tableau de Otto Modersohn représentant sa femme Paula en train de peindre… Paula Modersohn-Becker im Garten malend, 1901

Rose Ausländer a développé une sensibilité profonde à l’art et ce dans différents domaines, que ce soit la musique, la peinture, la danse… Nul doute que l’imprégnation profonde de l’enfant solaire qu’elle fut par le bouillonnement artistique de Czernowitz a modelé cette destinée toute bordée de chants, de couleurs et danses… Ce leitmotiv artistique transparaît dans de très nombreux poèmes évoquant tableaux et grands maîtres, et la poétesse a consacré nombre de ses voyages à travers l’Europe à visiter des musées, comme Le Louvre qu’elle avait vu en 1957 avec Celan, ou le Prado, en Espagne où elle a découvert Goya (elle forgera même l’adjectif « goyaschwarz »), sans oublier un voyage en Provence où elle s’éblouira devant Cézanne – d’où son « cezanneblau » -, et ses visites au MOMA, documentées par des notes dans un carnet, en 1968… De nombreux articles ont d’ores et déjà documenté ces liens forts entre art et poésie, comme par exemple « „Durch Bilder gehen“. Rose Ausländers Malergedichte. Ein Werkstattbericht aus der Arbeit am Nachlass » de Harald Vogel, ou encore « Rose Ausländer dans l’atelier des peintres », dans lequel Jacques Lajarrige revient sur les mises en perspectives osmotiques entre ces regards croisés.

Paula Modersohn-Becker, en miroir inversé de cette démarche picturale d’une poétesse, a produit énormément d’écrits autour de sa propre démarche artistique puisqu’elle est aussi l’autrice d’une œuvre littéraire dense, composée d’un journal monumental, de lettres et de de réflexions essayistiques profondes autour des arts.

«Ich sah heute eine Ausstellung altjapanischer Malereien und Skulpturen.

Die große innere Merkwürdigkeit, die diese Dinge haben! Mir scheint unsere Kunst noch viel zu konventionell. Sie drückt sehr mangelhaft jene Regungen aus, die unser Inneres durchziehen. Das scheint mir in der altjapanischen Kunst mehr gelöst. Der Ausdruck des Nächtlichen, des Grauenhaften, des Lieblichen, Weiblichen, des Koketten, alles dies scheint mir auf eine kindlichere, treffendere Weise gelöst zu sein als wir es tun würden. Auf das Hauptsächliche das Gewicht legen!! …(…)

Und nun komme ich zu der anderen Erkenntnis, die mir gestern in der Rue Lafitte kam: dieses Schaffen aus dem Moment heraus, was die Franzosen in so hohem Maße besitzen. Es ist ihnen einerlei, ob es gerade ein Bild wird, was sie schaffen, und ob das Publikum sie immer versteht. Die Hauptsache ist ihnen, daß es Kunst ist[2]. »

Quant à Clara Rilke-Westhoff, elle n’est pas en reste non plus, comme en témoignent un goût prononcé pour la spiritualité, ou encore nombre de courriers passionnés et poétiques comme cet extrait d’une lettre à son époux :

„(…) es sieht ein ruhiger Winterhimmel durch ihre kahlen Ranken. Heute Morgen standen viele Goldbäume leer. Es war eine so kalte Nacht, (…) und der Mond glitzerte auf gereiften Ranken und Gestrüpp[3].“

Rainer Maria Rilke, justement, à la fois proche de Clara Westhoff et de Paula Modersohn-Becker et présent plus tard dans l’horizon poétique de Rose Ausländer, constitue un autre point de convergence entre leurs trois univers.
Il incarne toutefois une tension fondamentale, révélatrice d’une histoire littéraire et artistique qui a durablement privilégié certaines voix au détriment d’autres, notamment féminines.

Portrait de Rainer Maria Rilke par Paula Modersohn-Becker

Car ces trois créatrices ont entre autres aussi en commun d’avoir été, chacune à leur manière, partiellement invisibilisées. Rose Ausländer après la césure de la Shoah, durant sa période de mutisme poétique, avec son auto invisibilisation lié à son traumatisme. Paula Modersohn-Becker lors de la période du nazisme, puis dans les milieux de l’art hors champ germanique jusqu’à sa reconnaissance internationale, et Clara Rilke-Westhoff…encore aujourd’hui.

(Pour en savoir plus sur la période de silence de Rose Ausländer:

https://hal.science/hal-04268815v1 )

C’est en sens que j’ai voulu tracer des lignes de force entre leurs œuvres, ces chiasmes sensibles mettant en lumière des échos entre les mots ausländeriens et les réalisations des deux créatrices.

Paula Modersohn-Becker (1876–1907) incarne aujourd’hui la rupture picturale, puisqu’elle est considérée comme une pionnière de la modernité avec la simplification des formes réduites à leur essence, s’appuyant sur l’intensité d’une intériorité et proposant un cheminement autour de la thématique d’une maternité archaïque. Dans ses toiles le corps apparaît comme massif, frontal, parfois presque hiératique. Sa palette s’organise aussi sur des tons plutôt sombres et avec une texture épaissie, quasi charnelle.

Kniende Mutter mit Kind an der Brust, 1907 (Mère allaitante et agenouillée), PMB

Clara Rilke-Westhoff (1878–1954), travaille la matière dans une tension entre tradition et modernité. Le monde a oublié en grande partie l’existence artistique de celle qui fut l’épouse du poète, et qui est encore aujourd’hui dans son ombre. Le corps sculpté est ramassé, intériorisé, presque silencieux. Elle peindra, en seconde partie de vie, des paysages apaisés et silencieux.

Rose Ausländer héritera pour sa part d’un monde déjà fracturé : celui de l’exil, de la Shoah, de la perte de langue. Dans la poésie ausländerienne le corps disparaît comme forme visible, mais devient corps de langue, traversé par la mémoire et la blessure. Son langage épuré, réduit à l’os, semble en contrepoint des corps incarnés in situ par Modersohn-Becker et Rilke-Westhoff, dans une sorte d’Eucharistie inversée.

Le fil conducteur entre ces trois œuvres s’articule ainsi entre une image de corps visible en peinture, passant par le corps sculpté tangible au corps invisible de la poésie, participant à une déconstruction progressive du regard classique vers plus de densité, de vérité intérieure. Exister, au-delà de l’Invisible. Donner à voir, dépasser l’aveuglement.

Sculpture de verre sise sur le Weyerberg, à Worpswede

Cette déambulation synesthésique pourrait se diviser en trois actes fondateurs si l’on compare l’aesthesis des trois parcours artistiques :

 ** Apparaître et s’incarner en explorant les formes d’émergence du sujet : visage, corps, et matière. Chez Paula Modersohn-Becker comme chez Clara Westhoff, il s’agit d’arracher la figure à la représentation décorative pour lui donner densité et présence.
Les poèmes de Rose Ausländer entrent en résonance avec ce geste, en faisant du langage lui-même un lieu d’incarnation.

** Se retirer et se souvenir : ce deuxième mouvement est celui du retrait et de l’invisible. On y observe une fermeture progressive des formes : visages intériorisés, corps retenus, parole fragmentée. Ce retrait ne relève pas d’une absence, mais d’une transformation : ce qui a été historiquement invisibilisé devient ici une esthétique de l’intériorité et du silence.

** Créer, puis simplement être, exister : ce dernier mouvement conduit vers la trace comme présence ontologique. Après la perte et la mémoire, le sujet se reconfigure dans l’acte de création. La poésie ausländerienne affirme alors une forme d’existence minimale, où le souffle, la voix et le présent deviennent les derniers lieux de résistance.

L’enjeu ici n’est pas de commenter des œuvres, mais de les mettre en présence, afin de faire apparaître ce qui circule entre elles : une même recherche de densité, de retrait et d’intériorité. Il ne s’agit pas d’une progression narrative, mais d’un cheminement sensible, qui interroge les modalités d’émergence d’une voix — et, plus largement, d’une présence — dans un contexte d’effacement puis d’ancrage. Dans ce dispositif, la lecture des poèmes de Rose Ausländer ne vise pas à illustrer les œuvres, mais à en déplacer le regard. Inversement, les images ne viennent pas éclairer les textes, mais leur offrir un espace de résonance.

J’ai choisi de taire à présent ma propre voix afin de laisser se déployer une expérience d’écoute et de regard, où le silence joue un rôle structurant.

Je vous propose donc d’entrer dans ce montage comme dans une traversée.

(Les traductions des poèmes sont de moi.)


[1] Ausländer, R. (1984). „Farben I“, in Gedichte und Prosa 1966-1975; Gesammelte Werke in acht Bänden, Band 3. Fischer. p.89.

[2] Modersohn-Becker, P. (1979), Paula Modersohn-Becker in Briefen und Tagebüchern. Hrsg. von Günter Busch und Liselotte von Reinken. Fischer. S. 399-400

[3] Rilke-Westhoff, C. (1900). in Bohlmann-Modersohn, M. (2015). Clara Rilke-Westhoff Eine Biografie. Btb-Verlag. S. 85.

Paris II

Paula Modersohn-Becker, Selbstbildnis vor Fensterausblick auf Pariser Häuser, 1900 (Autoportrait à la fenêtre sur les toits parisiens)

Paris II

Wo die Luft flimmerndes Silber
im Regen und Sonnennebel
die Gassen aus bunten Stimmungen


Wo Poesie eine Kapelle eine Kathedrale,
wenn du Legenden suchst
geh zu ihren Fenstern


Gleichmütig fällt die Zeit
in die Seine
heftet sich behutsam an Gemäuer
das alternd schön ist
Wo Springbrunnenmünder
singen mit Lust


Wo der Riese
aus Filigranstäbchen
gehäkelt
die Küsse in Seitengassen
umarmt
wirklich verrückt wie er
Paris festhält
und verschenkt

Ausländer, R. (1984). „Paris II“, in Gedichte 1980-1982; Gesammelte Werke in acht Bänden, Band 2. S. 354.

Là où l’air est argent scintillant

sous la pluie et en brume ensoleillée

les ruelles en clameurs colorées

Où Poésie est une chapelle une cathédrale

si tu cherches des légendes

va vers leurs vitraux

Impassible tombe le temps

dans la Seine

se tient précautionneusement empierré

en belle vieillesse

Là où des bouches fontaines

chantent avec entrain

Où la géante

tricotée

de fins filigranes

enlace

les baisers en ruelles adjacentes

c’est vraiment fou

comme elle soutient Paris

et le couvre de cadeaux

Offener Brief an Italien

Porträtbüste von Paula Modersohn-Becker von Clara Rilke-Westhoff, 1908 (Buste de Paula Modersohn-Becker par Clara Rilke-Westhoff)

Italien

mein Land der Terrassen und Trauben

von Sonne geliebt

deine Haut ist blau wie die Blume

die der Dichter sich einst

an die Stirn steckte

In deine Geschichte taste ich mich

von Marmor zu Marmor

aus brüchigen Schichten schäle ich Glanz

höre den Pulsschlag deiner Paläste

durch deine Portale betret ich die sieben Dante-Himmel

Vivaldi hat meinen Traum vertont

Bei Leonardo lernte ich fliegen

Ich frage Raffael nach der sanftesten Madonna

Michelangelo nach dem mächtigsten Mann

Mein Italien

ich schreibe dir aus Amerika

daß ich dir huldige

Ich huldige deinen Ruinen im Blau

deinen traumäugigen Bettlerkindern

deinen gesprächigen armen sanften singenden stolzen Menschen

der unerschöpflich dich liebenden Sonne im Blau


Ausländer, R. (1981). „Offener Brief an Italien“, in Im Atemhaus wohnen. Fischer. S. 28.

Mon Rossignol

Ma mère fut un jour une biche
Les yeux mordorés
la grâce
lui étaient restés de sa vie de biche

Elle se tenait là
mi ange mi humaine –
au milieu était ma mère
Lorsque je lui demandais ce qu’elle aurait aimé devenir
elle répondait : un rossignol

Maintenant elle est un rossignol
nuit après nuit je l’entends
dans le jardin de mon rêve sans sommeil

Elle chante la Sion des ancêtres
elle chante la vieille Autriche
elle chante les monts et les bois de hêtres
de la Bucovine
ce sont des berceuses que
nuit après nuit me chante
mon rossignol
dans le jardin de mon rêve sans sommeil

Meine Nachtigall

Selbstbildnis am 6 Hochzeitstag, 1906, Paula Modersohn-Becker (Autoportrait au sixième anniversaire de mariage)

Meine Mutter war einmal ein Reh

Die goldbraunen Augen

die Anmut

blieben ihr aus der Rehzeit

Hier war sie

halb Engel halb Mensch –

die Mitte war Mutter

Als ich sie fragte was sie gern geworden wäre

sagte sie: eine Nachtigall

Jetzt ist sie eine Nachtigall

Nacht um Nacht höre ich sie

im Garten meines schlaflosen Traumes

Sie singt das Zion der Ahnen

sie singt das alte Österreich

sie singt die Berge und Buchenwälder

der Bukowina

Wiegenlieder

singt mir Nacht um Nacht

meine Nachtigallim Garten meines schlaflosen Traumes


Ausländer, R. (1965). „Meine Nachtigall“, in Blinder Sommer. Fischer. S. 98.

Rilke

Büste von Rainer Maria Rilke, von Clara Rilke-Westhoff, 1936 (Buste de Rilke par Clara Rilke-Westhoff)

Holt ihn wieder zurück
jenen
der mit Göttern sprach
wie mit seinesglei

Ekstatisch
elegisch
heiter
atmete er
das Leben
und seine
Wandlungen
ins Gedicht


Rilke

Ramenez-le
celui
qui parlait avec les Dieux
comme avec ses semblables

Extatique
élégiaque
joyeux
il inspirait
la vie
et ses
méandres
dans le poème

Ausländer, R. (1984). „Rilke“, in Gedichte 1980-1982, op. cit., S. 316.

Stillleben I

Stillleben mit Blattpflanze und Eierbecher, 1905, PMB (Nature morte avec plante et coquetier)

Chrysanthemen
im Sarg der Vase

 Stilles Sterben
Fäulnis

Das Wasser ist blind
die Blumen träumen nicht mehr

Die Trauben häuten sich
der Sonnenschein fault

Nur die Uhr lebt
und verzehrt die Zeit


Ausländer, R. (1984). „Stillleben I“, in Gedichte 1957-1965; Gesammelte Werke in acht Bänden, Band 2. S 287.

Verlust                                                                Perte

Meinen Namen verloren                                                   Ton nom perdu

im Dunkel                                                                         dans le noir

Der Tag                                                                          Le jour

ist tot                                                                       est mort

Ich sammle                                                            je rassemble

die Tränen der Ahnen                                          les larmes des ancêtres

schreibe sie                                                          les écris

auf die Klagemauer                                            sur le Mur des lamentations

Den Namen such ich                                         Je cherche le nom

der mir nicht gehört                                        qui m‘appartient

dem ich gehöre                                               auquel j‘appartiens

Ich suche                                                     Je cherche

den auferstandenen Tag                           le jour ressuscité

den verlornen Tempel                             le Temple perdu

Portrait de Eka Yayen, 1901, Clara Rilke-Westhoff

Nachtzauber

Mond über Landschaft, um 1906, PMB (Lune au-dessus de paysage)

Der Mond errötet

Kühle durchweht die Nacht

Am Himmel

Zauberstrahlen aus Kristall

Ein Poem

besucht den Dichter

Ein stiller Gott

schenkt Schlaf

eine verirrte Lerche

singt im Traum

auch Fische singen mit

denn es ist Brauch

in solcher Nacht

Unmögliches zu tun


Ausländer, R. (1998) „Nachtzauber“, in  Regenwörter. Gedichte. Hg. v. Helmut Braun. Reclam. S. 5

Magie nocturne  


 La lune rougit

de la fraîcheur souffle à travers la nuit

 Au ciel

des éclats magiques en cristal


Un poème

rend visite au poète  



Un Dieu silencieux

offre du sommeil

une alouette désorientée

chante en rêve

et des poissons chantent en même temps

car il est de coutume en une telle nuit

d’accomplir l’impossible  

Ein Lied erfinden                         Inventer un chant

Ein Lied                                                                       erfinden
heisst
geborenwerden
und tapfer singen
von Geburt zu Geburt  
Inventer
un chant
signifie
être mis au monde
et courageusement chanter
d’une naissance à l’autre  
Liegende Mutter mit Kind II, 1906, PMB (Mère couchée avec enfant)

Rose Ausländer, retour sur la tournée littéraire de juillet 2023#RoseAusländer #poésie #francoallemand #devoirdemémoire

Devant le buste de Rose AuslÄnder dans le Nordpark de Düsseldorf, crédits Sandra Voß

Plus d’un an après, il est plus que temps de faire le bilan de la superbe tournée littéraire autour de Rose Ausländer, rendue possible par la bourse reçue par la Société Rose Ausländer du Fonds Citoyen Franco-Allemand en juillet 2023. Si j’ai attendu autant de temps pour finaliser ce résumé, c’est d’une part car je ne voulais pas « faire de l’ombre » au site du FCFA (mais ils n’ont finalement pas mis notre projet en ligne, dommage…), et d’autre part car cette année a été bien agitée et difficile, entre une opération ratée et la perte de mon père.

En ces temps incertains où les armes résonnent tout autour de nous, non loin de la Bucovine de Rose sise aujourd’hui en Ukraine et bien sûr en Israël, à Gaza, au Liban, quelques jours après la commémoration des abominations du 7 octobre 2023, alors que des dizaines de milliers d’innocentes victimes sont mortes du fait de la folie des hommes, quand la peste brune sévit partout en Europe et que les actes antisémites se multiplient chaque jour, il me paraît aussi très important de revenir sur ce pari de la bonté, de la résilience et de la réconciliation qui fonde mes recherches au sujet de cette poétesse et sur lequel mes parents franco-allemands ont bâti sur relation.

Enfin, me voilà heureuse retraitée et pleine de temps libre pour revenir sur cette magnifique aventure!

Le travail d’organisation de la tournée avait été considérable, car cela a pris un temps infini de démarcher des dizaines d’interlocuteurs avant de réussir à finaliser les choix des dates, les lieux et les intervenants. Mais cela en valait la peine! Car les résultats de cette magnifique aventure vont bien au-delà de nos espérances!

Car outre la richesse des rencontres, la beauté des soirées musicales et les découvertes faites tout au long du séjour en Rhénanie, notre aventure a attiré l’attention des médias, et même d’un éditeur outre-rhénans! Et nous espérons sincèrement que cette tournée aura aussi des répercussions en France et nous permettrons de trouver un port d’accueil pour les traductions des poèmes de Rose et pour le roman.

« Rose, entre le ciel et ici », a permis l’extraordinaire rencontre de cultures, de peuples, de religions, puisque chaque soirée littéraire a donné l’occasion de chiasmes franco-allemands, avec des lectures bilingues, et de passionnantes discussions autour de l’histoire européenne et mondiale, du dialogue interreligieux, et, bien sûr, de la poésie et de la littérature.

De gauche à droite: Eva-Susanne Ruoff, Sabine Aussenac et Yael Anspach, dans la salle « Stadtfenster » du KAPP1.

La soirée du 4 juillet, à la bibliothèque de Düsseldorf, introduite par le Directeur, Klaus-Peter Hommes, puis modérée par Helmut Braun, le découvreur, l’ami et l’éditeur de Rose, fut un éblouissement artistique, grâce au violoncelle de la talentueuse Eva-Susanne Ruoff qui avait su choisir des pièces musicales s’harmonisant parfaitement aux textes lus à cette occasion. Pour chaque représentation, nous avions choisi des poèmes différents, afin de créer une atmosphère particulière. Yael Anspach, qui a remplacé Ruth Schiefenbusch, hélas malade, au pied levé, sut mettre toute sa fougue d’ancienne Sabra dans sa belle lecture des textes de Rose.

Le salut des artistes, crédits photo Barbara Schmitz

Les miscellanées de Wuppertal, le 6 juillet, furent tout aussi riches, malgré un public clairsemé! L’atmosphère estivale de l’arrière-cour de la librairie GlücksBuchladen et les accords du saxophone de Thomas Voigt, qui nous accompagna grâce au financement de la Else Lasker-Schüler-Gesellschaft, s’accordèrent aux cris des hirondelles pour envelopper la poésie ausländerienne de lumière bienveillante. C’est Helmut Braun qui prêta sa voix aux lectures en allemand, et sa connaissance des textes en permit une lecture pointue et parfaite.

https://www.facebook.com/sabine.aussenac/videos/1327387941185175

Voici le déroulé audio complet de la soirée, avec l’intégralité des lectures bilingues:

https://www.poesie-sabine-aussenac.com/cv/portfolios/rose-tour-lesung-wuppertal

Enfin, le 8 juillet, le happening musical et littéraire de la dernière rencontre aux alentours de Duisburg, accueilli au « Plus am Neumarkt » du Kreativquartier Ruhrort par le charismatique Heiner Heseding, accompagné par les bienveillances de la Société franco-allemande de Duisbourg, avec nos lectures croisées en deux langues, et par le talent infini du jeune chanteur Philipp Eisenblätter, se révéla vraiment comme le Climax de la tournée, avec un public vaste et varié, composé en partie par d’anciens ouvriers de la sidérurgie rencontrés lors d’une manifestation, venus en nombre! Wolfgang Schwarzer, l’ancien président de la « Voilà-Gesellschaft », avait retravaillé avec moi certaines traductions avant de partager la scène bilingue, tandis que Waltraud Schleser, actuellement à la tête de cette organisation qui porte haut les couleurs du franco-allemand, ouvrit le bal avec un beau discours.

Petit aperçu de l’ambiance:

Voir cette publication sur Instagram

Une publication partagée par Sabine Aussenac2 (@sabine_aussenac)

Philipp nous enchanta avec sa reprise de sa chanson phare « Duisburg » et avec sa mise en musique de l’un des poèmes de Rose.

Quelle belle surprise aussi de voir ma famille allemande venue découvrir Rose, et une journaliste de Deutschlandfunk Kultur assise au premier rang pour couvrir l’événement! Il faut dire que la presse avait grandement annoncé les différents événements de la tournée et que j’avais même donné une interview dans une télévision locale la veille!

Voici quelques liens vers la presse:

Pas peu fière d’avoir été annoncée dans die Rote Fahne, le journal fondé par Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht!

https://www.rf-news.de/2023/kw27/literarische-buchlesung-einer-engagierten-kaempferin-gegen-rassismus-und-antisemitismus

Heiner Heseding avait lui aussi annoncé la soirée duisbourgeoise:

https://www.lokalkompass.de/event/duisburg/c-kultur/rose-zwischen-himmel-und-hier-lesetour_e300098

Entre les différentes dates, j’ai pu comme prévu poursuivre mes recherches autour de Rose et faire quelques lectures de textes et de poèmes en différents lieux.

Enfin, peu de temps avant mon retour à Toulouse, la journaliste Sandra Voß a souhaité faire une nouvelle interview, et nous avons passé un délicieux moment devant le buste de Rose dans le Nordpark de Düsseldorf. L’intégralité de cette rencontre est disponible en podcast:

https://www.deutschlandfunkkultur.de/rose-auslaender-roman-resilienz-aussenac-100.html

Merci encore une fois à toutes les participantes et à tous les participants de ce beau projet qui a fait résonner l’Europe, le franco-allemand et le Devoir de Mémoire. Merci à mon amie de toujours, Marie-Claude Camatta, d’avoir fait cette belle affiche, merci à Barbara Schmitz pour les photos, merci à l’infatigable Helmut Braun de son soutien précieux, merci à la société Else Lasker-Schüler et à la société franco-allemande de Duisburg, avec une grande reconnaissance à Wolfgang Schwarzer, merci à Yaël, merci à Heiner Heseding, à Sandra Voß, aux camarades de la Rote Fahne, au studio 47, et bien entendu un tout grand merci aux talentueux artistes:

* la fabuleuse Eva-Susanne Ruoff!

http://esrohlfing.de/

* le talentueux Thomas Voigt!

http://www.dein-saxophonist.de/

* l’extraordinaire Philipp Eisenblätter!

Sa dernière vidéo:

Et le clip de ma chanson préférée, celle à travers laquelle j’ai découvert cette pépite de la chanson allemande!

Et surtout, merci au Fonds Citoyen franco-allemand de son soutien!

https://www.fondscitoyen.eu/

En conclusion, mon poème dédié à Rose Ausländer:

Rose Ausländer aux Cahiers de Colette #rencontrelittéraire #Paris #librairie

Comme elle aurait été heureuse, ma Rose, de revoir Paris! En 1939, déjà, si peu de temps avant la canonnade, elle avait rendu visite à la ville lumière. Et lors de son grand tour d’Europe de 1957, son séjour parisien, avec sa rencontre avec Paul Celan, avait fait partie de ses dates clefs…

Quelle fierté pour moi que d’être reçue dans l’antre de Colette, dans cette librairie phare, adresse incontournable de tout lecteur parisien qui se respecte…

http://www.lescahiersdecolette.com/

Merci à cette grande dame des lettres parisiennes de son accueil, et des sourires de Nicolas et Thomas – Thomas qui vient du Sud-Ouest, lui aussi ! – . La rencontre, présentée par Antoine Spire, le directeur de la collection Judaïsmes, qui héberge mon essai, a permis de mettre en perspective quelques-uns des thèmes développés par l’ouvrage et de mettre en avant la personnalité de cette poétesse encore trop peu lue en France, malgré les remarquables travaux universitaires qui lui ont été consacrés.

Ce fut un régal que de répondre à ses questions autour du livre, puisque Antoine Spire, l’une des voix de France Culture, est bien entendu plus qu’à l’aise dans l’exercice ! J’ai pu compter aussi sur le précieux soutien du préfacier, Laurent Cassagnau, de l’ENS Lyon, qui a eu la gentillesse de nous apporter ses pertinentes réflexions.

Merci encore aux amis qui sont venus nous écouter parler de Rose…

Et comme il n’y a pas de hasard, c’est bien le sourire d’Anne Frank qui a veillé sur cette rencontre, puisque juste avant le début de la conférence j’ai enfin découvert le Jardin d’Anne, non loin de la librairie et du mahJ… Anne grâce à laquelle « tout a commencé », lorsque j’avais découvert, enfant, à la lecture de son Journal, que mon deuxième pays, l’Allemagne, avait abrité l’Indicible…

Voici quelques photos qui ont immortalisé l’événement aux Cahiers de Colette, et les liens vers les vidéos mises en ligne. Merci à Sarah et Julie, les photographes ! (Les photos sont en libre accès FB)

Pour aller plus loin, deux articles de Laurent Cassagnau au sujet de Rose Ausländer:

« Rose Ausländer et la poésie américaine » in Etudes germaniques 58 (2003) 2, p.211-232

« Mémoire et souvenir: à propos de Schnee im Dezember de Rose Ausländer » in Rose Ausländer. Lectures d’une oeuvre (sous la dir. de J. Lajarrige et M.-H. Quéval), Nantes: Editions du Temps, 2005, pp. 101-115

https://sortir.telerama.fr/paris/lieux/boutiques/les-cahiers-de-colette,25231.php

https://fr.wikipedia.org/wiki/Antoine_Spire

À la Une

Rose Ausländer, une grande voix juive de la Bucovine #essai #poésie #judaïsme #RoseAusländer #Allemagne #Ukraine

https://www.editionsbdl.com/produit/rose-auslander/

Enfin! Mon essai est sorti, tout bleu comme un ciel d’été enrobé du cercle stellaire! Merci à Jean-Luc Veyssy et aux éditions du Bord de l’Eau d’accueillir Rose et ses poèmes, et d’avoir permis l’existence de cet ouvrage passerelle entre poésie et judéité. Merci à Antoine Spire, le directeur de la superbe collection Judaïsme, pour son accompagnement, et à Laurent Cassagnau de l’ENS Lyon pour sa très belle préface. Voici la présentation de l’éditeur:

« Rose Ausländer, dont les poèmes sont traduits dans le monde entier, fait partie des figures majeures de la littérature allemande du vingtième siècle. Sa voix demeure pourtant quasi ignorée en France en dehors de cercles universitaires, alors même que son ami et compatriote Paul Celan la portait en haute estime et qu’elle est considérée comme l’une des grandes poétesses de la Shoah, au même titre que Nelly Sachs. C’est cette injustice que Sabine Aussenac a voulu réparer en retraçant les flamboyances culturelles de Czernowitz, la « petite Vienne » de la Bucovine, avant de fixer les béances du ghetto, de la Shoah et de l’exil, jusqu’à la renaissance en poésie de Rose Ausländer. Et c’est bien autour de cette césure fondamentale du génocide et de la problématique de la judéité que se noue le lien passionné de la poétesse à son public allemand, en miroir du rapport intime et universel la liant à son peuple et à sa religion. Lire cette poésie, c’est aussi se sentir transporté aux confins de la Mitteleuropa ou dans le staccato de l’exil new yorkais avant de se recueillir dans l’atmosphère épurée et stellaire de la langue-souffle d’une poétesse dont la voix ne vous quittera plus. »

J’ai voulu, en écrivant ce texte qui est aussi l’antichambre du roman que j’espère un jour publier autour de Rose, faire découvrir cette femme exceptionnelle et ses milliers de poèmes à un vaste lectorat francophone, tout en articulant ma recherche autour des liens entre sa poésie et le judaïsme.

La voix de Rose bouleversera les âmes sensibles à la poésie; son destin saura aiguiser la curiosité des passionnés d’Histoire; sa langue émerveillera les germanophiles; sa résilience, miroir d’une époque, inspirera tous les exilés, tous les opprimés; son courage devant la guerre, lors de la Shoah et face à la maladie forcera l’admiration de tous.

Et chacun de ses textes, petite lumière en écho aux étoiles qu’elle aimait tant, nous offre en quelque sorte la possibilité de devenir un Mensch… Mon essai, en effet, s’inscrit aussi dans une lutte incessante contre l’antisémitisme.

Enfin, n’oublions pas que Czernowitz, capitale de la Bucovine, se situe aujourd’hui en Ukraine… Lire Rose, c’est aussi dire non à toutes les guerres!

N’hésitez pas à me contacter via le formulaire de ce blog si vous souhaitez acquérir un ouvrage dédicacé. 

Un dernier appel à destination de l’édition: Helmut Braun, le découvreur, l’ami et le légataire de Rose Ausländer, devenu aussi un proche collaborateur, m’a chargée de traduire certains recueils de Rose… Nous sommes donc à la recherche d’un accueil en poésie….

https://www.lyrikline.org/de/gedichte/noch-bist-du-da-555

Noch bist du da

Wirf deine Angst
in die Luft

Bald
ist deine Zeit um
bald
wächst der Himmel
unter dem Gras
fallen deine Träume
ins Nirgends

Noch
duftet die Nelke
singt die Drossel
noch darfst du lieben
Worte verschenken
noch bist du da

Sei was du bist
Gib was du hast

Pour le moment tu es encore là

Jette ta peur
en l’air

Bientôt
ton temps sera passé
bientôt
le ciel poussera
sous l’herbe
tes rêves tomberont
dans le Néant

Pour le moment encore
l’oeillet embaume
la grive chante
pour le moment encore
tu as la chance d’aimer
d’offrir des mots
pour le moment tu es encore là

Sois ce que tu es
Donne ce que tu as

https://avecmavalisedesoieroseauslander.home.blog/2019/05/11/avec-la-valise-de-soie-un-voyage-sur-les-traces-de-rose-auslander/

sabine-aussenac-dichtung.blogspot.com

Rose Ausländer, une grande voix juive de la Bucovine #poésie #essai #judäisme #Shoah

J’ai la grande joie de vous annoncer que mon essai sur Rose Ausländer, « Rose Ausländer, l’autre grande voix juive de la Bucovine », paraîtra courant 2022 dans une superbe collection de la très belle maison d’édition Le Bord de l’Eau

Lire Rose, c’est tout d’abord être aveuglé par l’empreinte de ce linceul lancinant de la Shoah, décryptant dans cet ossuaire testimonial l’itinéraire cette exilée, de la Bucovine à NY jusqu’à l’Allemagne qui deviendra paradoxalement sa terre d’accueil. Cependant, au fil de la découverte plus pointue de l’œuvre abondante de cette poétesse atypique, au gré de l’hétérogénéité de cette langue éclatée et polymorphe, allant de la célébration rilkéénne des débuts à l’indicible pneuma caractérisant les dernières productions poétiques, on en vient à comprendre le silence ausländerien, cette légèreté de l’essence poétique d’une survivante chantant encore le lilas de l’enfance malgré « le lait noir de la mémoire ».

C’est justement cet équilibre entre l’être et le néant, cette force résiliente qui sous-tend toute l’œuvre de la « poétesse de Düsseldorf », voix majeure de la littérature allemande : « Ecrire, c’était vivre. C’était survivre. »

https://www.editionsbdl.com/

« Inventer

un

poème

signifie

être mis au monde

et courageusement chanter

d’une naissance à l’autre »

Quant à mon roman sur Rose, il est toujours en cours d’écriture…

https://avecmavalisedesoieroseauslander.home.blog/

Estivales…Antisémitisme, musique, poésie, action…

Un été passé sur les traces de la poétesse allemande Rose Ausländer m’a quelque peu éloignée de mes briques roses…

Voici le projet de départ : En parallèle de l’écriture d’un roman autour de Rose Ausländer, j’avais imaginé la création d’un événement participatif en rédigeant une sorte de « journal de voyage », de Düsseldorf à Czernowitz (où je me rendrai dans un an), en passant par des lieux de mémoire juifs -Berlin, Vienne, où Rose a vécu, Prague, pour respirer l’air de la « Mitteleuropa », et en partageant sur « les réseaux sociaux » (Facebook, Twitter, Instagram) le récit et des photos et vidéos de ma quête, afin de sensibiliser aussi les jeunes publics à cette démarche, un peu à la manière de « Eva-stories » sur Instagram..

Tous les quinze jours, un cimetière juif est profané outre-Rhin… Ma démarche s’inscrit dans une actualté brûlante, car rien n’est acquis… Et les dérives des populismes, dans le monde entier, de Bolsonaro au Brésil à Salvini en Italie, m’amènenet à penser que j’ai raison de vouloir écrire au sujet de Rose…

https://www.tagesspiegel.de/politik/antisemitismus-in-deutschland-jede-zweite-woche-wird-ein-juedischer-friedhof-geschaendet/24865114.html

Le ministre des affaires étrangères Heiko Maas lui-même a récemment appelé à une extrême vigilance… Le rabbin Yehuda Teichtal, prsident du centre d’éducation juive Chabad de Berlin, a été en effet violemment agressé…

https://www.i24news.tv/fr/actu/international/europe/1564643189-allemagne-le-rabbin-yehuda-teichtal-agresse-a-berlin

Car quand un rabbin reçoit des insultes et des crachats, c’est toute la communauté juive allemande qui est visée, et toute l’Allemagne qui ressent honte et dégoût… Heiko Maas affirme que le pire serait l’indifférence face à ces actes ignobles, car c’est bien l’indifférence qui a amené à la Shoah…

https://www.juedische-allgemeine.de/politik/judenfeindlichkeit-ist-gift-fuer-unsere-gesellschaft/

Le réusmé anglais de mon projet:

Rose Ausländer

Rose Ausländer is a Jewish poet from Chernivtsi. Despite her encounter with the horrors of the Shoah, she believed that the power of the word would relay a message of hope to humanity, perfect example of resilience; as a survivor from the Holocaust she has translated her hope through her poetic words. In our time of terrorism and antisemitism, it’s important to share ways of resilience, and poetry can be an amazing way to trust in life again. I would like to write a novel about her, not a biography, but a kind of polysemic work, mixing translations of her texts and romanced story of her life, and parallel to this writing I will share this process on digital ways, reading some of her texts on videos, sharing pics and a diary of my European travel on social medias. I will meet Rose’s editor, a performer, a musician and members from the Jewish community in Berlin, Vienna and Prague…

Ce blog est à retrouver ici :

https://avecmavalisedesoieroseauslander.home.blog/

Voilà les liens vers les trois derniers articles :

** Dans « Un rossignol à Düsseldorf », j’ai relaté ma formidable rencontre avec le musicien Jan Rohlfing et son épouse, qui ont monté un projet de lecture musicale des textes de Rose.

Extraits :

Jetzt ist sie eine Nachtigall

Nacht um Nacht höre ich sie

im Garten meines schlaflosen Traumes…

**

Maintenant elle est un rossignol

Nuit après nuit je l’entends

dans le jardin de mon rêve dans sommeil…

Meine Nachtigall, mon rossignol

https://www.lyrikline.org/de/gedichte/meine-nachtigall-547

***

https://griot-verlag.de/rose-auslaender-wirf-deine-angst-in-die-luft.html

C’est autour d’un gâteau aux framboises et au müsli que Eva-Susanne Ruoff et Jan Rohlfing m’ont reçue le lendemain de mon arrivée à Düsseldorf, dans leur merveilleuse maison non loin de Ratingen, dont l’immense séjour accueille aussi des concerts privés.

(…)

La création de ce “Hörbuch” va d’ailleurs bien au-delà de la simple mise en musique des textes de Rose Ausländer, et c’est aussi ce qui transparaît à la fois lors des multiples concerts donné par l’orchestre de chambre portant le projet – composé de neuf musiciens – et dans le succès du CD; car on retrouve dans ce travail non seulement la modeste magnificence des textes de la poétesse, considérée en Allemagne comme l’une des voix majeures de la poésie du vingtième siècle, mais aussi tous ces thèmes d’une brûlante actualité que sont l’idée de la patrie, de l’identité et de la langue maternelle perdues, de l’exil, des réfugiés…

(…)

Chaque plage s’ouvre sur une lecture de texte, et le silence des pauses, si important pour que l’auditeur s’imprègne de l’anastomose entre lyrisme et musique, s’ouvre ensuite sur les compositions qui varient entre la profusion instrumentale de certains titres et le minimalisme d’autres plages plus épurées. Et l’on se sent transporté aux confins de la Mitteleuropa au rythme des accents yiddish rappelant des violons de Chagall, puis, dans le staccato new yorkais des cuivres et de la batterie, on plonge, au son des notes jazzy rappelant l’exil, dans l’humeur chaloupée de l’outre-atlantique avant de se recueillir dans l’atmosphère feutrée et mono instrumentale des textes tardifs de la poétesse, passant ainsi, au gré des arrangements de Jan Rohlfing, par les mille émotions procurées par cette vie d’artiste.

(…)

Si vous aimez la musique et la poésie, je vous invite à lire l’intégralité du texte en cliquant sur le lien plus haut et à découvrir cette aventure passionnante !

** Dans « Une journée particulière », j’ai raconté l’incroyable journée passée en compagnie de l’éditeur et ami de Rose, Helmut Braun, aujourd’hui en charge du fonds Ausländer et responsable de la Rose Ausländer Gesellschaft.

http://www.roseauslaender-gesellschaft.de/

Helmut m’a accueillie à Düsseldorf et a pris le temps de me montrer tous les lieux de mémoire autour de la vie de Rose, depuis la pension de famille où elle arriva en 1965 au cimetière où elle repose, en passant par la maison de retraite juive dans laquelle elle passa de longues années, grabataire mais toujours incroyablement active en écriture. J’ai pu aussi visiter une superbe exposition consacrée aux poèmes anglais de Rose et, le soir, assister à un concert autour de ces mêmes textes.

Extraits :

Le 12 juillet, en attendant Helmut Braun, j’ai pu tranquillement me plonger dans la superbe exposition consacrée par Helmut Braun aux regards croisés sur Rose Ausländer et sur la poétesse américaine Marianne Moore, entre lettres, images d’archives et textes traduits. Marianne Moore a joué un rôle essentiel lors du changement de style opéré par Rose Ausländer, de nombreux écrits en témoignent et évoquent les textes anglais de notre poétesse, préludes à son retour vers l’écriture en langue allemande après la césure du silence, conséquence de la Shoah. Le livre « Liebstes Fräulein Moore /Beautiful Rose », bien plus que le catalogue de cette exposition, riche et dense, dirigé par Helmut Braun, est disponible aux bien nommées éditions Rimbaud :

https://www.rimbaud.de/neuer.html#liebstesfraeuleinmoore

J’ai pu aussi découvrir les locaux de cette intéressante fondation consacrée au rayonnement et à la mémoire de la culture des anciens territoires de l’Est de l’Allemagne, ainsi que des territoires occupés par des Allemands dans l’Europe du Sud, et à toutes les personnes déplacées lors des grandes migrations autour des deux guerres mondiales.

(…)

Des mots bien différents de ses poèmes de jeunesse, orphelins des rimes et de l’enfance, ayant traversé l’Holocauste et les années d’exil et sans doute aussi influencés par « la » rencontre avec Paul Celan… En témoigne ce poème dont le titre est aussi celui du recueil rassemblant les œuvres de 1957 à 1963 :

Die Musik ist zerbrochen

In kalten Nächten wohnen wir

mit Maulwürfen und Igeln

im Bauch der Erde

In heißen Nächten

graben wir uns tiefer

in den Blutstrom des Wassers

Hier sind wir eingeklemmt zwischen Wurzeln

dort zwischen den Zähnen der Haifische

Im Himmel ist es nicht besser

Unstimmigkeiten verstimmen

die Orgel der Luft

die Musik ist zerbrochen

La musique est brisée

Dans de froides nuits nous vivons

avec des taupes et des hérissons

dans le ventre de la terre

Dans de froides nuits

nous nous enterrons plus profondément

dans le flux sanglant de l’eau

Ici nous sommes coincés entre des racines

là entre les dents des requins

Au ciel ce n’est pas mieux

des dissonances désaccordent

les orgues de l’air

la musique est brisée

Nous remontons en voiture. Je suis très émue de concrétiser le lien qui me lie à Rose depuis tant d’années en posant mon regard sur ce qui a été sa vie…

(…)

De 1972 à sa mort, en 1988, Rose demeurera donc en ce lieu assez spécifique, puisque d’une part magnifiquement situé, et d’autre part empreint d’une réelle philosophie de vie, comme en témoigne ce bel article que je vous invite à lire.

https://journals.openedition.org/tsafon/409?lang=fr#text

Certes, suite à des transformations, la chambre dans laquelle Rose séjourna, grabataire mais toujours active en écriture, n’existe plus, mais un petit salon porte encore son nom, et j’ai eu plaisir à marcher sous les frondaisons des arbres du Nordpark qu’elle affectionnait tant…

Le foyer Nelly Sachs, maison de retraite juive de Düsseldorf

(…)

J’aime infiniment les cimetières allemands, et celui-là ne déroge pas à la règle : paisible, ombragé par d’immenses arbres, on peut y flâner comme dans une forêt… Rose est morte le 3 janvier, le jour de mon anniversaire, en 1988… Elle repose parmi d’autres tombes juives, et je vais déposer un petit caillou sur la pierre tombale, la matzevah, selon la tradition hébraïque. Le caillou provient du Waldfriedhof de Duisbourg, dans lequel est enterré mon grand-père allemand… En accomplissant ce geste hautement symbolique au regard de mon histoire personnelle et de mon lien avec le judaïsme, j’ai l’impression qu’une boucle est bouclée…

La tombe de Rose, au Nordfriedhof

(…)

Pour découvrir plus précisément la vie de Rose, je vous renvoie donc vers cet article détaillé et illustré…(cliquer sur le lien plus haut!)

** Enfin, dans « Nausicaa, Rose Ausländer et Ai Weiwei: „Wo ist die Revolution“? (« Où est la révolution ? ») », j’ai thématisé ma rencontre avec l’artiste Ai Weiwei, au gré d’une monumentale exposition consacrée en partie à l’exil et aux Migrants, vue au K20 et au K21… J’ai été bouleversée par les passerelles entre le travail de ce dissident chinois et les écrits de Rose…

Extraits :

Nausikaa

Schilf und Zikadensilber

Schnuppen die Blaubucht entlang

Der Wandrer erwacht

Zersplitterte Sterne im Blick

Nausikaas Antlitz aus Tau

taucht auf

und spiegelt sich doppelt

in seinen Pupillen

Ihr Haar löst sich

von den Strähnen der Meteore

strömt nieder und schwemmt

die Jahrzehnte weg

Ihre Hand voll Muscheln und Meerschaum

lässt alles fallen

Sie sammelt das Meer

Gestirn und Gestade

und setzt sie zusammen

Sie sammelt den Fremden

Zelle um Zelle

und setzt ihn zusammen

Sie färbt die Erde

mit Nausikaa-Atem

hängt das Amulett

um Odysseus‘ Hals

und führt ihn zum Vater

im neugeschliffenen Weltall

Nausicaa

Le roseau et l’argent des cigales

Respirations le long de la baie bleue

Le randonneur s’éveille

des étoiles éparpillées dans le regard

Le visage tout en rosée de Nausicaa

émerge

et se reflète doublement

dans les pupilles du promeneur

Sa chevelure se détache

des écheveaux des météores

vogue vers les grands fonds et nage

le long des décennies

Sa main pleine de coquillages et d’écume de mer

laisse tout choir

Elle recueille la mer

les constellations et les rives

et les rassemble

Elle recueille l’étranger

cellule après cellule

et en fait un tout

Elle colorie la terre

avec le souffle de Nausicaa

accroche l’amulette

au cou d’Ulysse

et le conduit vers le père

dans l’univers remodelé

Rose Ausländer, de „Blinder Sommer“ (traduction Sabine Aussenac)

Ces quelques jours passés à Düsseldorf en compagnie de Rose sont aussi l’occasion d’accompagner mon fils dans la découverte de la région de son futur Master (il a obtenu une bourse Erasmus) et de voir quelques musées…

(…)

Ces saynettes rappellent l’arrestation, le 3 avril 2011, de l’artiste, et miment donc le regard d’un surveillant de prison sur les moments du terrible quotidien d’un prisonnier politique. Comment, pour moi, ne pas penser à la jeune Rose, rentrée des États-Unis où elle aurait pu librement demeurer, perdant d’ailleurs la nationalité américaine du fait de son séjour à nouveau hors des USA,  pour revenir en Bucovine, aux côtés de sa mère, et croupissant ensuite durant de longues années dans le ghetto de Czernowitz, en partie cachée dans une cave…

Photo de l’exposition S.A.C.R.E.D

(…)

En parcourant les différentes salles, une émotion submerge le visiteur, avec cette évidence de l’Universel qui si souvent vient percuter l’individu, le briser, lui, fétu de paille malmené par les dictatures ou les colères de la terre, et c’est bien la voie et la voix de l’art que de dénoncer malversations, injustices et brisures…

Certes, le poing levé d’Ai Weiwei et ses doigts d’honneur devant différents monuments du monde peuvent sembler bien loin des murmures poétiques de Rose Ausländer, qui jamais ne « s’engagea » réellement politiquement, tout en thématisant tant de fois la césure de la Shoah… Mais jamais le lecteur ne se trouve non plus dans la mouvance parnassienne de l’art pour l’art, tant les passerelles vers le monde et les hommes, leurs souffrances et leurs malheurs, sont nombreuses…

Performance frondeuse de l’artiste…

(…)

Je fais lentement le tour de ce navire, lisant attentivement des citations inscrites sous la poupe et la proue, dont les mots évoquent les dangers et les aléas de ces exils, pensant bien sûr aux naufragés de mon cher Exodus… C’est bien le livre de Leon Uris, relatant l’épopée tragique de ses passagers, que mon grand-père allemand, qui avait fait le Front de l’Est, m’avait offert l’année de mes treize ans, avant que je ne plonge à mon tour dans l’histoire tourmentée de mes ancêtres… Cet Exodus dont j’ai bien des fois admiré la plaque commémorative à Sète… Et je songe aussi aux transatlantiques empruntés par notre Rose lors de ses allers-retours entre l’Europe et son exil…

Un enfant du camp d’Idomeni, en Grèce…

(…)

Il faut lire le texte entier pour se plonger dans l’univers démesuré d’Ai Weiwei et découvrir les incroyables similitudes entre les destinées des exilés…(Il suffit de cliquer sur le lien en haut du pragraphe…)

Lien vers kes photos de l’exposition

Je mettrai d’autres textes en ligne au fil de mon travail de recherches, tout en continuant à écrire, bien sûr, sur d’autres sujets…

Une merveilleuse fin d’été à toutes les lectrices et à tous les lecteurs qui passeront sur ce blog…

Dame Garonne…

Cézanne, ouvre-toi !

Cet éclat de lune qui me baigne de joie. Ne jamais l’échanger contre un néon sordide.

Se souvenir de l’âpreté des vents, des houppelandes grises où grelottaient nos rêves. Blottis en laine feutrée, ils attendent leurs printemps.

Bien sûr il faudra se soumettre. Et puis s’alimenter, raison garder, louvoyer en eaux troubles. Mais nous ne baisserons pas la garde de nos avenirs.

Aquarelliste, dentellière, allumeuse de réverbères, souffleur de verre : il n’y a pas de sot métier !

Ne jamais renoncer au Beau. Décréter la laideur hors-la-loi : nous deviendrons chasseurs de rimes.

Cercles chamaniques des promesses tenues. Ne pas abjurer notre foi aux mots ; prendre la clé des chants.

Rester l’étudiant russe et la danseuse, ne pas devenir la ménagère et le banquier. Oser ne jamais pénétrer dans un lotissement.

Les soirs bleus d’été respirer les foins lointains et aimer l’hirondelle. Se faire Compostelle : nous sommes notre but à défaut de chemin.

Rêver nos vies toujours ; et veiller aux chandelles : seul celui qui connaît la nuit deviendra rossignol.

L’indécence n’est pas d’être riche ; il n’est pas interdit de préférer le luxe à la misère. Ne pas oublier de partager les soleils.

Aimer la pluie avant qu’elle ne tombe, et la chaleur de l’arc-en-ciel ; s’enhardir en bord de nuit, jusqu’aux mystères d’Eleusis.

Trouver belle celle qui a enfanté et qui est devenue terre et mère ; aimer celui qui a parcouru ses mondes : le printemps est de soie mais l’automne est velours.

Bannir les sordides et ensemencer nos âmes de sublimes ; vivre comme si la mer était à nos portes, en terre océane. Cézanne, ouvre-toi !

(Sabine Aussenac)

Jusqu’aux étoiles…


Aline Korenbajzer, déportée et assassinée à Auschwitz-Birkenau, le 31 août 1942, le jour de ses 3 ans



Ne pas oublier

barbaries indicibles.

Garder la lumière.

忘れないで

言葉にならない野蛮人。

光を保ちなさい。

Wasurenaide

Kotoba ni naranai yaban hito.

Hikari o tamochi nasai.

    

            Unsere irdischen Sterne

            Brot Wort und

           Umarmung

***

            Nos étoiles terrestres

           pain parole et

embrassement

Rose Ausländer

Ce sont les grands marronniers qui lui manquent le plus. Elle se souvient de leurs fleurs majestueuses piquant en corolles vers les pâquerettes, puis du vert flamboyant de leur canopée, et enfin des dizaines de marrons polis et brillants qu’elle glissait, émerveillée, dans ses poches.

Rachel l’amenait au parc presque tous les soirs, malgré sa fatigue quand elle avait œuvré à la machine de longues heures durant dans la pénombre de l’atelier de Monsieur Rosenstein. Elle revenait toujours avec une part de roulé au pavot ou de strudel à la cannelle, et Sarah sautillait ensuite à ses côtés en dégustant son goûter et en racontant sa journée. Ces derniers temps, il se passait de drôles de choses, des élèves disparaissaient, et la maîtresse, Mademoiselle Sylberberg, avait appris aux enfants comment fuir par la porte arrière de la classe, au cas où, comme elle disait…

Sarah et Rachel saluaient des dizaines de voisines, on parlait du temps, et on se demandait des nouvelles en chuchotant pour ne pas que les enfants entendent… En arrivant au Burggarten, Sarah commençait toujours par admirer la gracieuse statue de Mozart, en demandant à sa mère quand elle pourrait enfin avoir un violon pour jouer comme l’oncle David. Puis elle entraînait Rachel vers les imposantes serres qui se dressaient juste sous le musée de l’Albertina, immenses vaisseaux emplis de palmiers et de cactus comme un jardin de paradis.

Max Liebermann, « Die Gartenbank » (Le banc de jardin)

En cette heure vespérale, l’étrange lactescence des cieux viennois s’illuminait souvent d’un dernier bleu presque indigo, juste avant les éblouissements crépusculaires. Les merles s’interpelaient d’un arbre à l’autre, le gazon verdoyait en été et blanchissait en hiver, on poursuivait des cerceaux et, cachés par les douces frondaisons, on jouait ensemble, sans se préoccuper de qui portait l’étoile…

Sarah grelotte, malgré la couverture pouilleuse jetée sur sa paillasse. Elle sourit néanmoins de toute son âme lorsque Rachel titube vers elle et la soulève délicatement en lui murmurant qu’elles vont enfin pouvoir aller prendre une douche. La jeune femme se dirige vers l’extrémité du camp, ombre parmi les ombres, frissonnant dans la bise qui au loin agite les grands bouleaux blancs, tandis que, perchées sur les branches dénudés des hêtres, des corneilles croassent de l’autre côté des barbelés.

Le soir est tombé, une douce lumière céruléenne baigne leur enfer de bruit et de fureur et illumine les fumées noires et âcres. Rachel chantonne une berceuse en yiddish, elle répète à Sarah qu’elle l’aime jusqu’aux étoiles du ciel, qu’elle reviendront bientôt courir dans les allées du Burggarten, qu’elle iront manger une glace sur les bords du canal du Danube et qu’elles reverront l’oncle David, grand-père Moshé et surtout papa, le beau Chaïm, qui est sûrement en train de construire la maison de poupées que Sarah se souhaite pour Hanukkah.

La porte blindée s’ouvre sur un carrelage bleuté. Rachel embrasse sa fille et lui sourit, encore et toujours.

Der Himmel fällt wie eine Frucht

            in meine Hand, die Frühling sucht.

            Ich schäle ihn aus Herbsteshaft

          und trinke seinen Sternesaft.

***

            Le ciel tombe comme un fruit

            dans ma main qui cherche le printemps.

            Je le libère de sa coque automnale

            et m’abreuve à son sirop d’étoiles.

Rose Ausländer

http://www.sabineaussenac.com/cv/portfolios/document_rose-auslander-une-poetesse-juive-en-sursis-d-esperance

https://fr.wikipedia.org/wiki/Rose_Ausl%C3%A4nder

https://actu.fr/hauts-de-france/lille_59350/lili-leignel-deportee-11-ans-confiance-dans-jeunes_22805722.html

https://actu.fr/hauts-de-france/lille_59350/lili-leignel-deportee-11-ans-confiance-dans-jeunes_22805722.html

https://edition.cnn.com/us/live-news/california-synagogue-shooting-live-updates/h_057d0c249c922d415ee2a0632a379ec6

https://www.instagram.com/p/BwgxxmogUnn/