Journée des #autrices d’#Occitanie à #Toulouse, deuxième édition! #8mars #femmes #féminisme 2026

Le 28 mars denier, nous avons eu la joie de nous rassembler entre autrices et créatrices d’#Occitanie dans le magnifique cadre de l’Ostal d’Occiania afin de métisser nos créations.

Du mitan de cette belle journée festive à la nuit se sont succédés hommages, conférences, lectures, chants, danses, sans oublier les régalades concoctées par Nadira et l’association Amazul: car tout comme l’an passé nous avions convié des sœurs kurdes et ukraininennes, cette année ce sont les femmes berbères qui étaient à l’honneur -et aussi « mes » créatrices allemandes de Worpswede, puisque j’ai, après avoir lu des poèmes et proses dédié.es à des Tarnaises célèbres, projeté la vidéo de l’extrait de ma pièce « Becoming Paula », toujours dans cette perspective des passerelles et des métissages entre les racines qui me sont chères…

« Les anciens parlaient peu, mais chaque mot portait loin. »

Marcelle Delpastre

Voici quelques photos et liens pour retrouver la sororité joyeuse de cette journée!

Et si vous ne les connaissez pas, je vous invite à découvrir les plumes de Marcelle Delpastre et Marie Rouanet, auxquelles nous avons rendu hommage; de la grande ethno historienne Isaure Gratacos, qui nous a parlé de l’extraordinaire statut des femmes des Pyrénées; de la dynamique Maud Séguier, autrice du premier livre en occitan sur le de la douce et talentueuse poétesse Tresià Pambrun; de la formidable Martine Boudet, co organisatrice de la rencontre et autrice de nombreux ouvrages sur notre terroir et sur les femmes. Mais aussi les performances dansées de la merveilleuse Juliana Marin et les chants de notre troubaïritz Estella Du Val

Un tout grand merci à Florence Ginisty d’avoir porté ce projet à bout de bras, à La Tuta d’Oc pour sa présence précieuse, et à ma chère éditrice (bientôt…) des éditions Reclams pour avoir elle aussi chapeauté notre événement et pour avoir présenté la vidéo d’annonce en avant-première de la formidable anthologie féminine occitane « Ten-te fièra! Sois fière! » qui sortira sous peu et qui étrenne les talents féminins de notre belle Occitanie, de la poésie à la photographie en passant par la peinture, la sculpture…

Merci aussi aux techniciens qui étaient présents et qui ont assuré les captations et diffusions! En particulier à Manu de radio Ter et à Guilhem!

Et voilà justement quelques podcast!

Playlist de Radio Ter: quatre podcasts réalisés à partir des enregistrements de l’après midi

Rencontres à l’Ostal d’Occitània by RADIO TER | Mixcloud

Ma petite voix rhénano tarnaise est à retrouver dans le dernier, vers la minute 17.

Mais il faut tout écouter!

Extraits de mes lectures:

« Passerelles entre le Tarn, l’Occitanie et l’Allemagne autour des femmes invisibilisées »

L’Occitanienne

Tes mémoires, Léontine,

chantent murmure du

Thoré et pierres des châteaux :

Hauterive, Aguts, Gaïx, places-fortes

de tes rêveries.

François-René te respecta

en votre rencontre à Cauterets, mais

romantisa votre histoire

en acmé de mystère…

Ton dernier soupir sur marronniers

du Jardin Royal à Toulouse et

cet aveu : l’imagination

plus forte que le cœur…

Ta petite-filhotte te rendit

grandeur et honora ton nom :

l’Occitanienne.

Près de Castres, sur les rives du Thoré, se dresse depuis le 13e siècle le château d’Hauterive, qui hébergea les famille de Montfort et d’Hautpoul. Léontine de Villeneuve y a vécu une jeunesse heureuse en compagnie de sa sœur Émilie, évoquée plus haut… Dans ses Mémoires d’outre-tombe, Chateaubriand évoque brièvement sa relation avec une jeune aristocrate toulousaine qu’il nomme l’Occitanienne. La jeune fille, qui vouait une admiration littéraire exaltée à l’écrivain, avait entretenu une longue correspondance avec lui. Dans ses propres Mémoires, Léontine, devenue Comtesse de Castelbajac, évoquera avec brio histoire et paysages du Tarn… Sa petite-fille publiera le récit de son échange épistolaire avec Chateaubriand et rétablira des vérités.

https://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Occitanienne_ou_le_Dernier_Amour_de_Chateaubriand

*

La comtesse et la muse

Source: Gallica

D’une fuite princière à travers

l’Europe tu écrivis

un roman à succès,

toi, la Précieuse dite « petite muse d’Albi » …

Enfant, je marchais, ignorante,

dans la rue qui ne portait que

ton nom. Fièrement, ton prénom,

Antoinette, caracole à présent

en dignité retrouvée.

L’Orangerie rêveuse de ton

château abrite les flonflons des mariages.

Au XVIIe siècle, le beau château de Saliès tient salon sur les arts, la science ou la littérature autour de sa châtelaine, Antoinette de Salvan de Saliès (une rue et une école d’Albi portent son nom). Cette avant-gardiste « féministe » prônait l’égalité des sexes et reste connue sous le nom de « La Viguière d’Alby » grâce à son roman à succès La Comtesse d’Isembourg (1678). Traduit et diffusé jusqu’à Paris, il relatait le chagrin amoureux d’une comtesse allemande en retraite dans un couvent albigeois. Mais le château, dans la famille d’Aragon depuis plus de quatre siècles, a également vu grandir l’un des plus célèbres Résistants tarnais, Charles d’Aragon (1911-1986), qui en avait fait son fief. Aujourd’hui, le domaine abrite toujours une somptueuse orangerie réaménagée en salle de réception pour événements. https://www.grand-albigeois.fr/…/quand-notre…/

L’enthousiasme de Maud Seguier, et mes cheveux multicolores au premier plan

Tes callas m’ont adoubée citoyenne

Ma mamie Marie-Louise avec sa première arrière-petite-fille…

Ta tresse en couronne, ton eau de Cologne à la lavande, ta pommade rosa. Ta poupée, seule rescapée de la grande inondation de 1930. Germaine, Marie-Louise et Mado, trois sœurs au cœur de Castres, quand le siècle était beau : robes longues et dentelles, organdi et chapeaux illuminent vos photos sépia. Tu étais la cadette, et la plus volontaire, je crois.

Tu m’as appris mes prières et la bonté. Tu avais fait consacrer ma médaille de baptême à l’Immaculée Conception de Blois et c’est à toi que je dois ma foi de charbonnière. Luis Mariano, ton idole, nos chasses aux escargots, tous les Alice et les Comtesse de Ségur que tu m’offrais, et un jour, les rires de tes amies dans le bus vers Lourdes. À la mort d’Albert tu as coupé ta tresse et commencé à faire des pèlerinages. Tes cartes postales, emplies de fautes et de tendresse, messagères de ta vie simple et droite.

Je garde au cœur la saveur caramélisée de tes tartes aux pommes et tes immenses paniers d’osier emplis d’Oreillettes et parfois d’un gâteau de ménage débordant de fruits confits.

Marie-Louise, tes callas m’ont adoubée citoyenne. Chaque soir je m’endors lovée sous ton couvre-lit au crochet, ton missel repose dans ma table de nuit.

Marie-Louise NAVAR, sans profession.

Elle est née le 14 juin 1908 à Castres, chemin de Bisséous (rue Saint Louis), est décédée le 22 décembre 1987 dans la même localité, à l’âge de 79 ans. Elle est la fille légitime de Marius Baptiste NAVAR (1871 1926), âgé de 36 ans, et de Mélanie LANDES (~ 1876 > 1931), âgée de 32 ans environ.

Albert Pierre Louis et Marie-Louise se sont mariés le 10 février 1931 à Castres. Ils ont tous deux 22 ans. Leur union a duré 40 ans et 11 mois.

Tas callas m’an adobada ciutadana

Mes grands-parents Albert et Marie-Louise vendant leur miel au marché de #Castres, avec Sabinette!

Ta trena en corona, ton aiga de Colònia a la lavanda, ta pomada rosa. Ta monaca, sola salvada de l’aigat grand de 1930. Germaine, Maria-Luïsa e Mado, tres sòrres al còr de Castras, quand lo sègle èra polit : raubas longas e dentèlas, organdí e capèls illuminan vòstras fòtos sèpia. Èras la cabdèta, e la mai volontària, cresi.

M’as ensenhat mas pregàrias e la bontat. Aviás fach consacrar ma medalha de baptisme a l’Immaculada Concepcion de Bles e es tieu que devi ma fe de carbonièra. Luis Mariano, ton idòla, nòstras caças dels cagaròls, totes los Alice e las Comtessa de Segur que m’ofrissiás, e un jorn, los rires de tas amigas dins lo bus cap a Lorda.

A la mòrt d’Albert as copada ta trena e as començat a far de pelegrinatges. Tas cartas postalas, emplenadas de fautas e de tendresa, messatgièras de ta vida simpla e dreita.

Gardi al còr la sabor caramelizada de tas tartas als pomas e tos immenses panièrs de vim emplenats d’Aurelhetas e de còps d’una còca de mainatge vessant de fruches confits.

Maria-Luïsa, tas callas m’an adobada ciutadana. Cada ser m’endormissi acoconada jos ton cobrilèit crochetat.

Lien vers l’extrait de ma pièce Becoming Paula:

https://theses.fr/s412963

Les biographies des intervenantes:

La soirée endiablée et les danses et chants, quand virevolte Nadira…

Pour écouter encore Isaure Gratacos, à l’occasion d’une autre conférence:

https://podcast.ausha.co/…/10-isaure-gratacos-le-statut…

La très dynamique Isaure Gratacos et ses lunettes rouges, avec Juliana Marin au premier plan

Lien vers les travaux de Martine Boudet:

https://www.occitanielivre.fr/annuaire/boudet-martine

Mon texte autour de Marcelle Delpastre -à retrouver dans la seconde émission de radio Radio Occitania:

https://lespoetes.site/emmission/emission2026.html (Cliquer sur le haut parleur au-dessus de la photo où je suis avec le poète et animateur de l’émission Christian Saint-Paul pour écouter)

Photo créditée sur le blog d’Avenir Occitanisme

La terre ne ment pas. Elle garde tout. Elle sait ce que nous oublions.

Au travers de cette phrase nous entendons l’idée fondamentale de Marcelle DELPASTRE : la terre comme mémoire vivante. Cette tette qui n’est pas seulement un sol, mais une archive sensible, presque une conscience. L’humain passe, la terre demeure — et se souvient.

Marcela DELPASTRE (1925–1998) demeure une figure majeure de la littérature occitane contemporaine, profondément enracinée dans la terre limousine où elle a passé l’essentiel de sa vie. Elle était née en Corrèze, à Germont, petit hameau de la commune de Chamberet, et a grandi dans un univers rural qui marquera définitivement son œuvre et sa sensibilité. Après des études à Brive-la-Gaillarde puis à Limoges, où elle travaillera sur l’esthétique durant son passage à l’école des Beaux-Arts, elle choisit pourtant de revenir vivre à la ferme familiale en 1945, assumant pleinement une vie paysanne.

Marcelle avait été élevée dans deux langues, parlant occitan avec sa mère et français avec son père, et elle a aussi écrit dans ces deux idiomes. Alors qu’elle menait cette vie de labeurs qu’est le quotidien paysan, elle promenait toujours avec elle des carnets où elle notait de la poésie. Peu à peu, elle a commencé à publier dans des revues, à se faire connaître dans le milieu littéraire limousin, avant de se rendre compte de la disparition progressive des traditions séculaires…et du parler local.

J’écris comme on travaille la terre : lentement, avec ce qu’on a.

Dans cette magnifique mise en abyme on découvre l’écriture comme geste paysan, avec cette idée d’une création humble, patiente, incarnée, loin de toute posture intellectuelle abstraite. Son rapport à la terre, absolument central, montre que cette terre n’est pas un simple décor : elle est vivante, presque pensante. Les cycles agricoles deviennent une manière de penser le temps et l’existence. Le travail paysan est décrit avec précision, mais aussi avec une forme de gravité presque sacrée. Je pense souvent aux tableaux de Millet en lisant les textes de Marcelle, qui elle aussi, comme Francis Jammes, raconte les jours simples « de l’angelus de l’aube à l’angelus du soir ».

Marcelle a donc commencé à collecter des contes et des proverbes tout en commençant à écrire dans cet occitan limousin, en particulier, à partir de 1963, pour la revue Lemouzy, s’attachant à préserver et transmettre une culture en voie de disparition. Son œuvre mêle ainsi poésie, prose, ethnographie et réflexion philosophique. Elle recueille avec soin les récits, croyances et traditions populaires de sa région, qu’elle restitue dans une langue à la fois simple et profondément poétique, tout en développant sa propre cosmologie littéraire.

Nous sommes faits de la même nuit que les bêtes et les étoiles.

Parmi ses livres les plus connus figure Los Saumes pagans, recueil inspiré par les cycles de la nature et les rites anciens, ainsi que ses chroniques paysannes où elle décrit avec précision le quotidien rural. Son écriture, traversée par une spiritualité singulière, interroge le lien entre l’humain, la terre et le sacré. Elle réinvente une sorte de liturgie enracinée dans la nature.

Longtemps restée discrète et éloignée des milieux littéraires parisiens, elle a été redécouverte et reconnue tardivement, notamment grâce à l’intérêt croissant pour les langues régionales, jusqu’à être invitée par Bernard Pivot pour Bouillon de culture ; c’est à cette occasion qu’elle découvrira, bien tardivement, Paris.

Aujourd’hui, Marcelle DELPASTRE est considérée comme une voix essentielle de la mémoire occitane. Son l’œuvre contribue à faire entendre la richesse et la profondeur d’un monde rural en transformation.

Les anciens parlaient peu, mais chaque mot portait loin.

La voix de Marcelle porte haut et loin les beautés de notre Occitanie et de nos racines paysannes.

Lien vers les travaux de la fabuleuse danseuse, doctorante, créatrice Juliana Marin:

https://cv.hal.science/marin-taborda-juliana

https://crisol.parisnanterre.fr/index.php/crisol/fr/article/view/814

https://www.instagram.com/julianamarinartist/

Lien vers les merveilleuses éditions Reclams, avec l’annonce de la grandiose anthologie d’autrices occitanes qui sera bientôt à retrouver! – voir plus bas

https://reclams.org/fr/

Anne-Pierre Darrées, présidente de l’Escòla Gaston Febus et responsable des éditions Reclams.

Lien vers le livre de Maud Seguier:

Lien vers la poésie de Tresià Pambrun:

Lien vers l’anthologie Ten-te fièra! Sois fière!, dont nous avons pu voir la très belle bande-annonce….

Pour entendre Estella Du Val chanter son hymne « Chocolatine »:

https://www.instagram.com/estella_du_val_diodoryza/

Pas(s)age(s)#bonneannée #2024 #happynewyear

Pas(s)age(s)

En m’excusant du « s » surnuméraire à « année-s »!

Pas sages

non, nous n’avons pas été sages

avant ce passage

des ombres de l’an vieil aux

lumières de l’an

neuf.

Encore une année des chaos, quand

hurlent les vents des sirènes au

milieu des fracas, quand meurent

 innocents, enfants martyrisés, femmes

violentées, pays ravagés.

*

Mais il y a eu aussi le Beau : ces abeilles en

printemps butinant

espérances, ces nouveaux-nés potelés

comme angelots, et puis les rencontres, les rires, les rivages

où dérivent nos vies en devenirs…

Accueillons-nous, cueillons les fruits sans cesse

renouvelés du temps, osons nous regarder

et faire de notre terre un meilleur

monde. Soyons rivières et coquelicots,

névés et blancheurs, débordons de

candeurs pour radier les nuits noires.

Éclairons-nous au feu

des âtres parfumés. Soyons les

allumeurs de réverbères !

Bel an neuf à vous et vos aimés !

Le texte a été lu en deux langues, avec ma traduction poétisée vers l’allemand, sur la radio canadienne CKCU. Merci à Hans Ruprecht ! La version allemande se trouve juste un peu plus bas.

https://cod.ckcufm.com/programs/414/63427.html

Cliquer sur « Listen now » ou suivre ce lien:

(Weg)weise(r)

Nicht weise,

nein, wir waren nicht weise, bevor

wir vor diesem Wegweiser zum neuen

Jahr standen, wo die Schatten des alten Jahres zu

Lichtern des neuen werden.

Wieder ein Jahr des Chaos: Heulende

Winde der Alarmsirenen

inmitten von Leben Fetzen, sterbende

Unschuldige, gemarterte Kinder, vergewaltigte Frauen, verwüstete Länder .

*

Aber es gab auch das Schöne:

 diese Bienen im Frühling wie

summende Hoffnungen,

diese pummeligen Neugeborenen, mit Pausbacken

wie Engelchen,

und dann  Begegnungen, das Lachen, die Küsten, an denen unser Dasein so sanft

hin und her schaukelt…

Lasst uns einander willkommen heißen

und die immerwährenden Früchte der Zeit

ernten, wagen wir es, uns selbst zu achten und aus unserer Erde

eine bessere Welt zu machen. Lasst uns Flüsse und Mohnblumen

sein, strahlende Firne, lasst uns von Unschuld

überquellen und

die dunklen Nächte auslöschen.

Lasst uns im Feuer leuchten

der duftenden Kamine.

Seien wir die Laternenanzünder!

Es lebe 2024! Alles Gute für Euch und Eure Liebsten!

https://sabine-aussenac-dichtung.blogspot.com/2024/01/wegweiser-alles-gute-zum-neuen-jahr.html

Le poste de papa: bon anniversaire, France-Info!

Le poste de papa

 

Aucun texte alternatif disponible.

 

 

Le poste de papa était un Grundig, qui avait sans doute transité au nez et à la barbe des douaniers, en cette époque bénie d’avant Schengen, lorsque mes frères et sœur et moi, dormant à l’arrière de la 404 familiale, cachions les trésors teutons rapportés par mon père de cette Allemagne florissante des Gründerjahre, durant les longs trajets entre notre Sud-Ouest et la Rhénanie de maman…

Le soir, le poste grésillait. Mon père nous appelait parfois pour nous faire écouter quelque émission de la Deutsche Welle, voire même « Voice of America » ; les yeux brillants, il montait le son en nous faisant rêver à ces terres lointaines qui, soudain, envahissaient dans notre petit salon de province. Bien avant internet, le monde toquait ainsi à notre porte, merveilleux et si vaste, puisqu’il suffisait de tourner un bouton…Plus tard, lorsque papa fit des essais de CB, nous franchîmes encore une étape, admirant ce père radio amateur, qui savait franchir toutes les frontières…

Chez mes grands-parents français, on écoutait « le poste », une minuscule radio à piles. Et mon grand-père, parfois, entre deux extractions de son bon miel de montagne,  d’évoquer le Général, et puis les camarades du maquis, avant de monter le son si Mireille chantait…De l’autre côté du Rhin, dans la luxueuse maison bourgeoise de mes grands-parents allemands, trônait le même Grundig que chez nous. Je voyais parfois ma grand-mère fermer les yeux en écoutant, en pleine après-midi, quelque valse de Vienne, tandis que la voix grave des speakers allemands énonçait les nouvelles, enfin bonnes…Comme je suis reconnaissante à mes parents d’avoir su traverser les frontières, au fil des ondes, eux aussi, et d’avoir osé cette réconciliation franco-allemande, si peu de temps après les bombes…

Moi aussi, très vite, on m’offrit un transistor. Je n’étais pas peu fière, du haut de mes treize ans, avec ma radio orange, bien dans les tons des seventies, assortie à mon électrophone et aux grosses fleurs du papier peint! Hélas, le pauvre pré ados que nous étions n’avions droit qu’à quelques stations qui se battaient en duel…Heureusement, existait déjà le fameux Hit-parade, et aussi le  Programme à la lettre d’RMC ! Une lettre tirée au sort me valut ainsi une quasi célébrité, lorsque ma programmation exclusivement composée de musiques de film traversa même la Méditerranée ! Une dizaine d’étudiants maghrébins m’écrivirent cet été-là à ma maison de campagne, prêts à m’épouser, ignorant, grâce à la burqa des ondes et à son manque d’image, que je n’étais qu’une jeune fille boulotte et disgracieuse !!! De mon côté, je dormais avec la photo dédicacée de mes animateurs préférés sous l’oreiller…

Et puis un jour, j’eus enfin vingt ans. La radio semblait avoir grandi avec moi, car soudain elle prit toutes les libertés…Les « radios libres » étaient nées, et mes contestations de jeune gauchiste avec elles. Ensemble, nous refîmes le monde et décidâmes de changer la vie. De la musique avant toute chose, et, surtout, la liberté !

Et un matin, le monde, une fois de plus, vint à moi ; j’étais à Toulouse, dans l’appartement de ma sœur et de son copain, et nous prenions le petit déjeuner.

C’est le premier souvenir concret, réfléchi, que j’ai de France Info. Alain, qui faisait des études de droit, m’a longuement expliqué les avantages de cette radio innovante, américanisée, qui allait nous permettre d’être informés de tout, en permanence.

Dans un monde dépourvu de Twitts et de chats, dans ce monde lisse où il fallait encore mettre des pièces dans un appareil pour appeler nos parents le dimanche, et un timbre sur une enveloppe pour donner de nos nouvelles à nos grands-parents, dans un monde dont on suivait le cours en lisant les journaux, ce nouveau fil des « flash infos » toutes les heures, assurément, c’était de la Bombe.

Bien sûr, il y avait la valise RTL, et le Téléphone Sonne, et le hit-parade d’RMC, et le Téléphone Rouge sur Europe, tous ces moments où, entre plaisir et information, les auditeurs, déjà, avaient la parole, et une emprise directe sur la vie.

Mais là, c’était novateur. Minute après minute, le monde venait à nous. À n’importe quelle heure du jour et de la nuit, en se servant le café où en terminant la vaisselle du soir, nous étions, déjà, « connectés », et de façon presqu’incarnée, sans l’image, certes, mais par les voix de ces journalistes qui finirent, au fil des ans, par devenir partie intégrante de notre quotidien.

De fait, aujourd’hui, j’ai des radios partout. Avec une savante gymnastique des ondes, jonglant entre France Info, quasiment en boucle dans ma cuisine, Gascogne FM, dans la salle de bains, France Culture, au salon (pour assortir à Télérama, négligemment posé sur un fauteuil, au cas où un bel homme de gauche croiserait ma route…)

J’ai même une radio à piles, c’est mon fils qui a insisté, il a appris à l’école qu’en cas de catastrophe naturelle ou de guerre, c’est bien.

Bon, en fait, je triche; souvent, pour faire la vaisselle, je mets Virgin, c’est plus dansant que Bernard Thomasson -Bernard, si vous me lisez, je vous embrasse-, voire même, si je suis en arrêt maladie, L’amour la vie etc., pour me faire des sensations en pleine journée…Sans oublier Nostalgie, histoire de me souvenir des chemises blanches de Michel Delpech et de mes maisons bleues…

Mais la plupart du temps, sans rire, je suis une dingue de France Info, depuis le début, une afficionada, capable d’écouter dix fois le même flash, voire même les commentaires sportifs…

Je suis sans doute une femme Barbara Gould, mais je suis avant tout une femme France Info.

J’ai grandi avec cette radio, je suis devenue épouse et mère, j’ai étudié, travaillé, déménagé, divorcé, voyagé…Il y a eu la Chute du Mur de Berlin, et je pleurais à chaudes larmes puisque, enceinte et clouée chez moi, nantie d’un époux communiste, hostile à la fois à la chute de l’Empire soviétique et à l’obtention d’un poste de télévision, je ne pouvais que suivre cet événement depuis ma chambre ; métisse rhénano tarnaise, allemande de cœur, je vibrais, moi aussi grâce aux récits à chaud des correspondants, et j’ai presque eu ainsi l’impression de casser un petit bout du mur…

Avec la radio, oui, j’ai plus de souvenirs que si j’avais mille ans, des Tréteaux de la nuit écoutés sous la couette, en ces lointains samedis d’avant Ruquier, à ces nouvelles insupportables, écoutées en boucle, les larmes aux yeux, quand des tours s’effondrent ou que les océans noient le monde, en passant par toutes ces nuits où je m’endors entre Nashville et Frisco, bercée par la Collection Georges Lang …

La radio, c’est l’imagination au pouvoir.