Am Geist… #11novembre #itinérancemémorielle #GrandeGuerre

File:Kamen Marktplatz.JPG

La Place du marché était noire de monde. La petite ville de Kamen, au Nord-Ouest de l’Allemagne, vivait au rythme de la guerre, gros bourg mi-paysan, mi-ouvrier frileusement rassemblé autour de son cœur aux jolies façades à colombages.

La foule se pressait autour des étals pourtant peu achalandés, malgré ce vent glacial venu des grandes plaines de l’est, presque de l’Oural. Pourtant, la Marche de Brandebourg et les grandes propriétés de Junkers étaient bien loin de la paisible Rhénanie, mais en ce mois d’octobre 1917, on eut dit que les nuages étaient poussés par un esprit prussien…Les femmes, surtout, occupaient l’espace, avec quelques enfants et de vieilles personnes courbées et tremblantes. Des groupes de jeunes filles se montraient des lettres couvertes de boue et de tâches en souriant, toutes à la légèreté de leurs espérances.

C’est ainsi que je l’imagine, cette bourgade endeuillée déjà par tant de disparitions, puisque là comme aux quatre coins du Reich, c’est un lourd tribut que les familles payaient au Kaiser… Oh, il n’était pas moins grand que « chez nous », le chagrin des mères et des femmes, et de tous les orphelins, lorsqu’arrivait le sinistre messager annonçant la perte ou la disparition d’un enfant du pays…Certes, l’Allemagne et ses gouvernants avaient déclaré la guerre à notre France, mais les cartes battues par les dirigeants dépassaient largement les volontés des peuples, et, au cœur de la boucherie sans nom, Poilus et soldats « ennemis » étaient voués à la même horreur…

Sinnsuche in Stein. Kriegerdenkmal auf dem Berliner Garnisonsfriedhof für die gefallenen Soldaten des Ersten Weltkriegs.

https://www.tagesspiegel.de/kultur/gedenken-an-den-ersten-weltkrieg-helden-und-opfer/10157164.html

Vêtue de noir, une femme âgée avançait d’un petit pas incertain vers la place. Elle passa devant l’école où ses quatre fils avaient étudié, sous la férule de Mademoiselle Bäumer, avant que cette dernière ne rejoigne Berlin…Elle ne le savait pas encore, mais l’ancienne institutrice de ses enfants deviendrait ensuite journaliste, féministe et s’engagerait en politique, pactisant même un peu avec le diable… Elle les voyait encore, ses quatre garçonnets, toujours bien propres sur eux, s’égayer dans les brumes matinales en écoutant carillonner les cloches de l’église Saint-Paul, tandis que son mari partait travailler dans leur petite entreprise de fabrication de calèches… Une vie avait passé. Lente, pleine, lourde du sens du quotidien. Une vie de femme au service des siens, du lavoir de l’enfance aux automobiles de la modernité. Les saisons et les ans filaient entre les fenaisons et les neiges, et dans la jolie bourgade rhénane il semblait parfois que le temps se soit arrêté. Mais depuis quelques années les hommes partaient, et ne revenaient plus…

C’est drôle, comme le passé d’une famille peut partir en fumée en l’espace d’une ou deux décennies… Cela me sidère toujours de constater l’évanescence de nos vies, même si je le remarque déjà au sein même de ma propre existence, les enfants s’éparpillant si vite aux quatre coins du globe, les cousins s’ignorant au bout d’une seule génération… De la famille paternelle de mon grand-père allemand ne demeure qu’un acte de naissance et la légende familiale, que seule connaît d’ailleurs ma mère, celle des quatre fils de cette même famille disparus au cours de la Der des Der… Oui, le père de mon cher grand-père était tombé en France et reposerait au cimetière militaire allemand de Laon…Tandis que ses trois frères, mes arrière-grands-oncles, auraient aussi trouvé la mort…

J’ai tenté de faire quelques recherches, trouvant sur une liste de soldats allemands trois personnes portant le nom de « Neuhoff » et venant de la ville de Kamen… Un certain Wilhelm a été déclaré mort le 10 décembre 1914 ; un August le 11 novembre 1915 ; et un Friedrich-Wilhlem le 12 mars 1917… Un membre de la fratrie décimée manquerait donc à l’appel…

La vieille dame ne savait d’ailleurs plus très bien comment elle s’appelait, elle avait aussi oublié comment on faisait la cuisine et la lessive. Elle était bien incapable de se souvenir comment on faisait rôtir une oie pour Noël, ou comment on confectionnait les délicieux « Plätzchen » dont elle avait pourtant toujours régalé sa famille… Et ce n’était pas seulement à cause des victuailles manquantes…  On avait bien tenté de l’entourer, de la calmer, de lui dire que ses fils avaient donné leur sang pour l’Empereur, elle n’en avait cure. Sa belle-fille, Sophie, lui avait mis récemment l’un de ses petits-fils sur les genoux, mais même les yeux pétillants du petit Erich ne suffisaient plus à la sortir de sa léthargie. Son mari avait d’ailleurs parlé à ses brus en évoquant un internement à l’hospice « Am Geist », du moins pour quelques temps…

Elle vit arriver Sophie, qui était allée se promener au « Stadtpark » malgré le froid, pour faire respirer un peu d’air automnal au bel Erich et compenser l’absence de nourriture variée en cette pénurie de victuailles… La jeune femme titubait, comme si elle avait bu plusieurs verres de Schnaps, des voisines l’entouraient, son fils pleurait à chaudes larmes du haut de ses cinq ans, et elle se précipita en hoquetant dans les bras de se sa belle-mère.

Cette dernière s’effondra en hurlant. Elle ne devait jamais reprendre ses esprits. Son dernier fils, Friedrich-Wilhlem, le père du petit Erich, venait de mourir au combat.

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Je ne suis pas certaine que l’annonce de décès de ce « Fritz » soit celle de mon arrière-grand-père, même si « Fritz » pourrait être un diminutif de « Friedrich-Wilhelm », et si le nom de sa femme (Sophie) et l’évocation d’un unique enfant pourraient correspondre à l’existence de mon arrière-grand-mère, que j’ai si bien connue et que j’adorais, et de mon cher « Opa » allemand, que j’appelais d’ailleurs « Papu »… La date du décès trouvée sur le net du soldat « Friedrich-Wilhelm Neuhoff », annoncée en mars 1917, ne correspond pas à ce faire-part de novembre 1917… Mais qu’importe… Même si la petite histoire ne colle pas tout à fait à la « grande », c’est bien l’Histoire qui a broyé inexorablement une famille entière de la petite ville de Kamen, tout comme elle a décimé des milliers d’autres familles du Rhin à l’Elbe, et dans l’Europe entière, sans compter tous les morts venus des « colonies » défendre ce que les dirigeants appelaient les champs d’honneur…

En cette semaine d’itinérance mémorielle, je ne pouvais pas, étant née de l’amour d’une jeune Allemande pour un jeune Français en 1961, alors même que mon grand-père français avait été résistant et mon grand-père allemand engagé dans la Wehrmacht (puis de longues années prisonnier de guerre à l’est…), ne pas évoquer la mémoire des soldats allemands « morts pour leur patrie », après avoir fait renaître dans d’autres textes la mémoire de nos Poilus…

Ces hommes étaient les mêmes hommes. Leurs cœurs n’avaient pas de frontières, leurs âmes se ressemblaient, ils étaient tous frères de sang, emportés par les folies des hommes et par la vague des haines et des volontés de puissance des « Grands »… De jeunes hommes merveilleux, des époux aimants, des pères formidables, des génies en herbe, des amis à la loyauté sans faille, qui aimaient la bière ou le vin, Hugo ou Heine, Berlin ou Paris, la bourrée ou la musique bavaroise selon leur pays d’origine…

Les quatre frères Neuhoff n’entreront pas au Panthéon comme Maurice Genevoix ni ne seront honorés comme le …maréchal Pétain, mais peut-être les lecteurs de ce texte auront-ils une pensée émue et respectueuse pour tous les jeunes soldats allemands fauchés par la Grande Guerre et décimés dans les Tranchées…

« Guerrière, l’Allemagne? Barbare, l’Allemagne? Qu’en savez-vous? »

Maurice Genevoix, « Ceux de 14 »

***

http://www.stadt-kamen.de/kultur/haus-der-stadtgeschichte

Merci à Monsieur Badermann, conservateur du musée de Kamen, pour son aide précieuse, renforcée par ce site très instructif rapportant l’histoire de la ville:

Kamener Straßennamen: Am Geist

http://des.genealogy.net/search/show/6889566

https://fr.wikipedia.org/wiki/Gertrud_B%C3%A4umer

https://www.tourisme-paysdelaon.com/Decouvrir/Tourisme-de-memoire/Quelques-lieux-de-memoire-dans-le-Laonnois/Cimetiere-allemand-de-Bousson-a-Laon

https://www.100-jahre-erster-weltkrieg.eu/fr/home.html

https://www.braunschweiger-zeitung.de/videos/politik/article215731725/100-Jahre-Erster-Weltkrieg-Deshalb-reisen-nun-Jugendliche-nach-Verdun.html

Sonnet du Poilu #armistice2018 #GrandeGuerre

Sonnet du Poilu

 

Oh rendez-moi nos Armistices,

Mes tombes blanches et mes flambeaux,

J’y écrirai nouveaux solstices

En champs de fleurs sous ces corbeaux.

 

Bien sûr il y eut Chemin des Dames,

Verdun Tranchées et lance-flammes.

Mais en ce jour combien d’enfants

S’égorgent sous cent métaux hurlants ?

 

C’est cette femme au beau sourire

Offerte aux chiens en leurs délires,

C’est ce Syrien encore imberbe,

 

Criant Jihad, mort au désert…

Sans paradis. Juste en enfer :

Dormeurs du val sans même une herbe.

 

Comme par un orage de coquelicots #commémoration #14/18

Comme par un orage de coquelicots

Arthur Bourgail, tu es mort le 5 novembre 1918. Je vois ton nom au passage,  chaque fois que je descends du bus, au coin de ma rue.

Cent ans, cent ans déjà, aujourd’hui, que ton beau sourire s’est effacé au détour d’un obus ou d’une embuscade, et que tu es tombé, comme ils disent, « au champ d’honneur », ta capeline bleu horizon rougie comme par un orage de coquelicots.

Je t’imagine petit garçon, grandissant non loin de notre place Pinel, qui ne s’appelait d’ailleurs pas encore ainsi, puisqu’elle n’a été baptisée du nom de ce syndicaliste qu’en 1929… Ton père prenait sans doute le tramway pour revenir de son travail au centre-ville, puisque depuis le 12 avril 1910, le tramway hippomobile était devenu électrique, et que le conducteur annonçait « Tïn, tïn, Còsta Pavada » en arrivant non loin des belles toulousaines de notre Côte Pavée…

Arthur, petit Arthur, je gage que tu as fréquenté, bel enfant brun aux yeux de braise, le collège du Caousou, puisque ce dernier, malgré les lois du « petit père Combes », ouvrait encore ses portes à l’aube du vingtième siècle, avant de fermer, le 23 décembre 1912, et de devenir un hôpital durant la der des der… Tu jouais au cerceau, aux quilles, et tu apprenais les poésies de Victor Hugo avant de rentrer goûter dans ton jardin, dont les lilas embaumaient à chaque printemps, dans quelque ruelle ensoleillée croisant l’avenue de Castres…

J’espère, cher Arthur Bourgail, que tu as eu le temps d’être heureux. Que tu as aimé apprendre, que tes professeurs ont loué ton intelligence, que tes études, peut-être à Paris, si tu as eu le temps d’y « monter », ou tout simplement dans quelque faculté toulousaine, ont fait de toi un jeune homme curieux et passionné. Je te rêve, dans ton costume élégant, arpentant fièrement les allées du Jardin Royal au bras d’une délicieuse jeune femme pétillante et amoureuse, que tu courtiseras ardemment juste avant de partir au Front… Je vous souhaite des baisers fougueux et des étreintes douces, et de longues lettres aux pleins et aux déliés violets parfumés de pétales de roses, que tu serreras contre ton cœur, la nuit, pour oublier la pluie de feu de fer de sang.

Je pense à ta fiancée, Arthur, à ces torrents de larmes versées, à sa vie blessée, amputée de l’espérance, brisée, tout comme la tienne, par la folie des hommes… Je pense à ta mère, Arthur, qui se vêtira de noir le restant de sa vie, comme tant de voisines, devant lesquelles on s’inclinait en silence, sans oser évoquer le nom des fils disparus. Je pense à ton père qui fièrement te laissa partir défendre une patrie qui lui vola son âme.

Et, surtout, je pense à toi, plongé, à peine sorti de l’adolescence, dans l’enfer des tranchées, si loin de ta ville rose et de l’eau verte du Canal, embourbé dans la nuit indicible des combats, volé à la vie par la barbarie des gouvernants impavides, victime innocente et oubliée d’une guerre inutile, comme toutes les guerres… Je pense à tout ce que tu n’auras pas fait, pas vu, pas vécu, à ta ville qui va grandir sans toi, à cette femme qui portera d’autres enfants que les tiens, à ton nom qui n’existe aujourd’hui que sur ce monument adossé à une école mais que les enfants, plongés dans les écrans des portables, n’ont sans doute jamais lu…

Je ne t’oublie pas, Arthur Bourgail. Tu n’as pas eu de rue de Toulouse à ton nom, google ne te connait pas, ton nom d’ailleurs n’existe pas sur les moteurs de recherche, il manque le « h » qui orne les « Bourgailh », eux, beaucoup plus présents… Mais je ne veux pas t’oublier. Tu es parti six jours, six jours seulement avant la signature de l’Armistice, six petites journées de novembre qui ont séparé ta mort de la fin de cet interminable conflit. Il s’en est fallu de si peu pour que tu rentres à Toulouse, comme tes camarades épargnés, non pas la fleur au fusil mais la rage et la peur au ventre, mais, au moins, en vie… Tu aurais sans doute gardé pour toi la bouillie innommable des Tranchées, préférant épargner tes parents et ta Douce, et puis tu aurais repris le cours de ta vie, même si tu étais revenu unijambiste ou borgne…

Mais non : le destin, ce farceur de destin, en a décidé autrement, et, en ce 5 novembre 1918, a fauché ta jeune vie de Poilu.

Arthur Bourgail, aujourd’hui tu reviens à la vie, à quelques jours des commémorations de la fin de la Grande Guerre ; je te rends, le temps d’une lecture, toutes les briques de notre ville rose, le clocher carillonnant de la basilique Saint-Sernin, les courbes de Garonne et les senteurs pastelières de Toulouse…

Tiens, prends ma main, je montre ta ville qui a un peu changé, regarde, le lycée du Caousou est toujours là, avec son magnifique parc boisé, et puis notre avenue qui dégringole vers le Canal, sans tramway, mais avec la ligne L1, et sur la place qui se nomme aujourd’hui Pinel il y a un magnifique kiosque aux poteaux murmurants… Regarde, la Place du Capitole est de plus en plus belle, et les grands marronniers du Jardin des Plantes abritent toujours des baisers au printemps…

Arthur Bourgail, aujourd’hui je t’adoube immortel.

« C’est bien plus difficile d’honorer la mémoire des anonymes que celle des personnes célèbres. La construction historique est consacrée à la mémoire de ceux qui n’ont pas de nom. » Walter Benjamin

Sabine Aussenac.

***

Je t’interdis d’aller faire la guerre…Hommage aux Poilus…

Marcher deux par deux en se racontant des secrets… #interdiction du #portable à l’#école

 

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Marcher deux par deux en se racontant des secrets.

Disputer une partie de foot endiablée.

Aller s’assoir sur un banc et rêver.

Sauter à la corde.

Faire une bataille ou un tarot à l’ombre du tilleul.

Courir jusqu’à la grille en pariant sur la première arrivée.

Aller s’assoir sur un banc et lire un roman.

Discuter d’un programme vu à la télé ; pas forcément des Marseillais ou des Anges. On peut aussi parler d’une série.

Aller voir cette fille à qui personne ne parle, lui proposer un tour de cour, lui demander si elle aime sa nouvelle ville.

Aller s’assoir sur un banc et lire un poème.

Faire une ronde et se souvenir des comptines apprises en colo.

Réciter une poésie à un camarade.

Jouer à chat.

Marcher trois par trois et se raconter des secrets.

Aller s’assoir sur un banc et lire une pièce de théâtre.

Jouer à colin-maillard.

Se mettre debout sur un bloc de pierre et déclamer la déclaration des droits de l’homme.

Raconter ses vacances.

Parler de choses graves en réfléchissant à des solutions.

Marcher les yeux fermés en devinant les obstacles.

Aller s’assoir sur un banc et lire un magazine.

Parler tout bas d’une chose très belle, comme en caressant les mots.

Aller à la grille pour appeler le chat du concierge.

Partager un goûter.

Raconter son dimanche.

Jouer à trappe trappe.

Réciter une leçon à un camarade.

Regarder le ciel, les nuages, les oiseaux.

Avoir le fou-rire.

Faire des pronostics sur le match.

Aller se coucher sur un banc pour regarder le ciel à l’envers.

Jouer aux billes.

Marcher quatre par quatre et se raconter des secrets.

Sourire sans raison.

Pleurer, aussi, parfois, si on a le cœur lourd. Il y aura toujours un ami pour vous réconforter.

Se regarder dans les yeux et jurer qu’on sera toujours des ami(e)s.

Chanter à tue-tête.

S’entraîner pour un flash-mob.

Sauter à l’élastique.

Aller se coucher sur un banc et fermer les yeux en écoutant le brouhaha de la cour et/ou le vent dans les feuilles du platane de la rue.

S’accroupir sous le préau et regarder les arcs-en-ciel dans les flaques de la cour.

Écouter la pluie qui tombe et se souvenir de l’orage d’été, quand on se réfugiait dans la grange.

Marcher seul et penser aux secrets qu’on va raconter à la prochaine récré.

Demander de l’aide à un camarade très fort en maths.

Aider une camarade à faire son exercice d’anglais.

Proposer un jeu de ramasse déchets.

S’adosser au mur tout chaud, encore engourdi par le soleil de l’été, et rêver à ces deux longs mois de vacances.

Dessiner une marelle géante et y jouer.

Marcher avec la maîtresse ou avec le professeur principal et lui dire un secret tellement lourd qu’on ne peut même pas en parler à ses copains ou à ses parents. Savoir qu’on peut lui faire confiance.

Parler chiffons.

Jouer au beach volley sans sable.

Rire sous cape.

Aller se coucher sur un banc et attendre la sonnerie en comptant jusqu’à mille en espagnol.

Essayer d’attirer l’attention du surveillant d’éducation le plus mignon.

Dessiner des reproductions de tableaux sur le bitume.

Faire quelques postures de yoga.

Épater la galerie en dansant du hip-hop.

Embrasser quelqu’un derrière l’arbre de la cantine, tout doucement, pour la première fois.

Écrire un petit mot.

Respirer profondément en regardant la neige.

 

 

 

Se demander pourquoi on avait oublié tout cela durant de si longues années, lorsque les portables n’étaient pas interdits dans les écoles et les collèges.

 

3 idées inspirantes pour repenser les récréations à l’école

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http://www.lepoint.fr/education/interdiction-du-portable-a-l-ecole-et-au-college-un-texte-pour-rien-31-07-2018-2240468_3584.php

 

 

Et le temps à Albi semble d’éternité

Mutine et légère comme un matin 
d’été 
la statue nous sourit en dominant
rivière.

Sur le Tarn impassible coule 
une histoire fière:

Et le temps à Albi semble d’éternité .

Sabine Aussenac.

Photo prise derrière le Palais de la Berbie, à Albi.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Palais_de_la_Berbie#Jardins_et_cours

Aimer l’été à Toulouse… #canicule

Aimer l’été à Toulouse …

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Accueillir.

Ne pas lutter.

Se laisser inonder, envahir, déborder par elle.

Mais ruser.

Oui, elle est partout, dans toute la France, sur toute l’Europe, elle fait fondre les glaciers de Norvège et mourir les ouvriers espagnols, elle nous suffoque, nous désespère : la canicule.

À nous, pauvres citadins enfermés dans nos étuves surchauffées, d’imaginer des échappatoires.

Prenons par exemple la corvée de vaisselle. Personnellement, je l’accomplis à la fraîche – toutes proportions gardées, les températures nocturnes, dans la ville rose, avoisinant les 32 jusque vers minuit 😊

C’est le moment de se la jouer dance floor à Ibiza, non ?

Franchement, faire barboter les mugs et les couverts dans un peu de produit vaisselle au son d’une électro endiablée m’évoque directement une torride soirée mousse. Un zeste de Despacito au rinçage, quelques mouvements de hanche pour naviguer jusqu’au buffet en imaginant aller au bar de la paillote, un soupçon de David Guetta pour couronner le tout, vous verrez, vous oublierez instantanément les langueurs accablées de la journée. À vous les déhanchés joyeux en récurant la poêle, comme si vous étiez à la soirée Miss tee-shirt mouillé du camping des Flots Bleus ou dans quelque soirée Blanche à St Trop…

Il suffit de si peu pour rêver aux ailleurs… Et de toutes façons, il est carrément impossible de partir en rando ou d’aller arpenter quelques forêts par 40 degrés à l’ombre…

Alors le matin, enfin vers 13 heures, quand j’émerge de ma nuit quasiment blanche, je me la joue campagne. Ambiance « Natures et découvertes » mâtinée de zénitude. À moi les playlists « chants d’oiseaux » et « alpages » de ma tablette. Un bon petit déjeuner avec des confitures Lidl qui semblent de venir de chez Fauchon disposées dans des coupelles, quelques rondelles de beurre demi-sel harmonieusement dentelées, une belle nappe blanche, et voilà : me voilà sur la terrasse d’un cinq étoiles non loin du Léman. Les pièces ont gardé la douceur apaisante de la fin de nuit, paraissant presque fraîches, et la journée s’annonce ainsi pratiquement respirable.

L’après-midi, c’est plage. Après la douche tiède au savon au monoï d’Yves Rocher (celui qui était le chouchou de ma Princesse 2), il suffira de s’enduire langoureusement d’huile prodigieuse (je garde comme une relique le minuscule flacon offert à Noël dernier par Princesse 1) avant de se prélasser sur un transat fauteuil devant le ventilateur tournant à plein régime en lisant À la recherche du temps perdu Marie-Claire pour se croire en quelque crique méditerranéenne. Je n’oublie pas de lancer la playlist « vagues » pour profiter du ressac et des cormorans, ni les petits verres en plastique garnis d’eau congelée disposés devant le susdit ventilo, donnant illico l’illusion d’une brise rafraîchissante.

En fin de journée, à l’heure où s’élèvent de chaque balcon des effluves de sardines grillées et que s’entrechoquent les verres de pastaga, nous allons dans les parcs. Avec cette impression de traverser un lotissement en bord de Grande Bleue avant d’arriver dans quelque arrière-pays où, entre chênes verts et garrigues, exploserait le chant des cigales.

Au coin de la rue, l’inénarrable Place Pinel a engrangé ses mystères et sa magie. Entre boulodrome et caniparc se dresse l’imposant kiosque à l’écho central et aux poteaux murmurants, tandis que les kabbalistiques tilleuls et platanes veillent sur les passants accablés de chaleur.

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Lovée paresseusement sur un banc devant le Jardin Japonais du parc Compans, je peux observer les sages sillons tracés au râteau sur les graviers non loin de la pagode. En admirant les nénuphars et les collines d’herbe rase, je me crois réellement au pays du Soleil Levant.

L’image contient peut-être : arbre, plante, ciel, plein air et nature

À moins que mes pas ne me portent vers le Jardin des Plantes, où les arbres plusieurs fois centenaires veillent sur les Toulousains reconnaissants qui cheminent entre catalpas et tilleuls, au gré des allées alanguies.

Il y avait cette rose chavirant dans le soir
Vaisseau pourpre et lumière pavillon des espoirs
Embaumant crépuscule et glissant veloutée
Barcarolle fragile en esquif des étés

Au creux des mille allées s’ébattaient des enfants
Landaus bleus et cerceaux comme en siècle d’antan
Au cristal de ces rires un guignol surgissait
La calèche promenait et les pleurs s’apaisaient…

http://www.oasisdesartistes.org/modules/newbbex/viewtopic.php?topic_id=89716&forum=2

Les dimanches, au kiosque, on peut guincher comme en bord de Marne, entre langoureuses milongas et lindy hop déchaîné… Et l’on se prend à rêver qu’à la rentrée, on franchira enfin le pas pour pousser la porte d’une école de danse et se la jouer Fame ou Argentine…

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Parfois, l’eau verte du Canal me mène presque jusqu’à la mer, quand je longe les rives envahies par les ajoncs et l’onde immobile où se mirent des saules et des platanes un peu fatigués.

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Et bien sûr, auparavant, puisque les consignes de St Manu de Brégançon nous ordonnent d’aller « dans des endroits réfrigérés », j’ai le choix : emprunter ad libidum ma chère ligne 16 L1 dont la clim bruyante et glacée ravit mes amis les chauffeurs qui, du haut de leur bermuda sexy, se la jouent parfois guides de bus touristiques ; là, je peux m’imaginer découvrir les hauts-lieux de la vie toulousaine sans dépenser un cent de plus que mon abonnement Pastel, revisiter le monument aux Morts à François-Verdier, admirer la fleur de corail de la basilique Saint-Sernin…

Aucun texte alternatif disponible.

Ou encore profiter de ma dernière découverte estivale, elle aussi 100 % gratuite : flâner dans les allées propres et bien achalandées du Carrefour Market Compans dans le centre commercial « Reflets » et y jubiler en voyant des prix bien plus accessibles que dans mon habituel Casino Saint-Georges, avant de partir arpenter, en soirée, les méandres du superbe parc voisin…

Et Garonne… Ne pas oublier Dame Garonne, qui nonchalamment serpente entre briques et tuiles… Y marcher vous transporte immédiatement dans un tableau d’Henri Martin, et l’on se plaît à rêver à Bordeaux, la ville océane, qui accueillera les flots prêts à goûter au sel de l’Atlantique, et à nos chères Pyrénées dont on peut presque sentir la majesté et la fraîcheur… La nuit, les quais se font cour des miracles, accueillant toute la jeunesse toulousaine pour des nuits fauves et colorées.

L’image contient peut-être : plein air et eau

Enfin, les fontaines elles aussi ont un goût de plage, lorsque les enfants s’y ébattent comme si ils dévalaient des dunes, méduses aux pieds… Avec un peu d’imagination, derrière le Capitole, on pourrait presque entendre « Chouchous…Beignets aux pommes « et voir des parasols…

L’image contient peut-être : une personne ou plus, personnes debout, ciel et plein air

Il existe aussi d’innombrables activités estivales permettant de pallier à l’infini un non départ en vacances lorsque l’on reste cloué chez soi par temps de canicule : ouvrir la malle des albums photos des enfants et se souvenir de la joie que nous avions à les confectionner, en ces temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître ; relire des lettres d’amour – idem pour les moins de 20 ans… ; jeter des factures payées depuis 10 ans ; se mettre au crochet ; découvrir un nouveau réseau social ( je viens par exemple de m’inscrire sur « Insta » et tente d’y poster les milliers de photos engrangées sur Facebook. Jonglant entre l’application layout qui permet de poster plusieurs images et l’indispensable Linktr.ee autorisant les supra narcissiques tels que moi à mettre des liens dans la « bio », je me la suis jouée geek et ai eu l’impression d’habiter avec Sheldon et Amy… À moi bientôt un flot de followers à faire pâlir Beyonce…)

https://www.instagram.com/sabine_aussenac/ ; jeter un œil sur ses anciens carnets d’adresse en tentant de se remémorer les visages de tous ces noms oubliés…

Lire, bien sûr ! Relire, découvrir, s’évader, dévorer, déguster, tout, pêle-mêle, les polars suédois de la médiathèque, les trouvailles de la boîte à livres de la rue, les mis de côtés pendant l’année, et puis les magazines, les fanzines…

L’image contient peut-être : plante et plein air

Ma vie comme un roman

Ma vie comme un roman
De mille cinq cent pages
Un suspense haletant
Et tant de personnages
Un style foisonnant
Beaucoup de mots tocsins
L’intrigue me plait bien
Ca fait passer le temps
Parfois c’est du théâtre
On dirait Cléopâtre
Sans les didascalies
Je me meurs je m’enfuis
On veut tuer la reine
Tous ces amants jaloux
Tragédie maux et peines
Catharsis qui rend fou
Je vis en roman russe
Karénine ou Lara
En mille bleus de Prusse
Je m’envole vers toi
Saga américaine
J’y parcours grandes plaines
Ils ont brûlé Tara
Mais Scarlett reviendra
Parfois en baie d’Along
Je me rêve un amant
Ma plume a les dents longues
Au gré des Hurlevent
Mon Heathcliff et mon Rhett
Me font tourner la tête
Parfois c’est un poète
Si jeune et si esthète
Je me coule en ses vers
J’y renais liberté
Diable au corps nuits d’enfer
Il m’offre éternité
Que jamais ne finisse
La saga de nos jours
Fleurs du mal ou clarisse
Oui j’aimerai toujours.

Et, aussi, se souvenir des chaines gratuites de notre box et du replay. Se faire toute une saison d’Alice Nevers, revoir Nord et Sud, faire découvrir Visconti à mon fils, m’abrutir devant les romances de la télé allemande : que du bonheur !

Enfin, la nuit… Pourquoi s’échiner à faire comme si de rien n’était en étouffant dans une chambre caniculaire ? Là encore, rêver… Se dire qu’on est dehors, à la belle étoile, dans quelque prairie embaumant les fleurs sauvages, ou sur une plage de sable blanc… S’endormir au son des grillons dont le stridulement nous bercera, imaginer un feu de camp non loin de nous et y voir des jeunes gens enlacés au son de quelque Hallelujah ou d’un standard d’Ed Sheeran, et, pourquoi pas, penser à une main caressant la nôtre.

In bed with Justin Nozooka

Le feu de camp me semble indispensable.

Et des étoiles. Bien sûr, il y aura des guitares, le ressac et cette légère brume qui descend sur l’océan.
A moins que nous ne soyons dans une prairie, l’amour en saison sèche, enveloppés dans ces myriades odorantes de foin coupé ; les cigales, assourdissantes, se sont tues à la levée de la lune, mais le doux frou-frou des grillons demeure, et ta main dans la mienne.

Nous ne sommes pas seuls, bien sûr. Ton été est celui de ta horde. Les bouteilles passent de rêve en rêve, une fille danse près du feu, elle est sublime, tout simplement.
Mais ta main est bien dans la mienne, malgré les petits froissements de mon âme, qui se lisent au coin de mes yeux verts.

Tu dis qu’ils ont la couleur de la forêt enchantée, celle de nos enfances.

Somme toute, le temps n’existe pas. Nous avons été des enfants, et nous restons les enfants du soleil. Qu’importe le fait que j’ai grandi avec Pimprenelle et Zorro, et toi en compagnie des Pokémons ?
A quinze ans, nous avons lu Rimbaud. A seize ans, nous avons écouté Morisson et Léo.
Arthur, Jim et Léo sont intemporels, tout comme cette nuit, notre nuit.

Il faut vivre. Maintenant. Tu me dis que tu as l’âge de quitter le monde, car tu en connais la laideur.

Viens, écoute les vagues, elles te disent les pays qui te tendent les bras, et ces cieux infinis qui murmurent là bas.
Viens, regarde les étoiles, elles brilleront un jour au-dessus de la maison où une femme donnera le sein à ton enfant.
Viens, prends-moi dans tes bras. Ne pense plus à ce mal qui envenime tes lèvres, ni à l’humain qui te maudit dans la fièvre.

Vois mes yeux qui lisent en toi et les plaines que je t’offre, tu y seras le cheval fou et les mille paysages.

Sens ma main sur tes cheveux et l’amour fou qui te caresse, et aime la nuit qui descend sur nos folies.

Nous partons dans les dunes où murmure la lune, ou à l’orée du bois éclairé par les Rhunes.

Justin Nozooka chuchote ses complaintes aux quatrains flamboyants, nos amis dansent et boivent les vins aux saveurs d’une absinthe.

Tu me coucheras sous les genêts sauvages ; tu ôteras délicatement mon infime corsage : en embrassant mes seins comme on goûte un poème, tu sauras mon amour que je deviens ta reine.
http://www.oasisdesartistes.org/modules/newbbex/viewtopic.php?topic_id=81059&forum=3

 

Il ne fait pas chaud. Il fait bon, vous aimez l’été, et même la canicule. Vous y repenserez avec une infinie nostalgie en rentrant, les soirs de brouillard et de neige sale fondue, portant un pull qui gratte et un gros sac de courses, après avoir raté un bus bondé.

Enfin, je dédie ce texte à tous les courageux et valeureux non aoûtiens qui travaillent dur et suent sang et haut, sur des échelles de chantiers, dans des salles d’opération surchauffées, devant des fourneaux fournaises, auprès de personnes âgées ou de malades en souffrance, dans des commissariats miteux, dans des bureaux non climatisés…

NB : THERMIDOR : mois de la chaleur , des bains 11ème mois du calendrier Républicain ( 20 juillet / 18 août )

Encore un été…


Encore un été sans la plage
Sans cigales et sans tournesols
Sans l’odeur du grand large
Et sans ombrage de parasols
Encore un été sans ce sable
Tendre fin et si doux
Sans rires joyeux et grandes tables
Sans cousinades et guilledoux
Encore un été sans Provence
Sans lavandes et sans froufrous
Sans marché à Saint-Paul de Vence
Sans festival au Puy du Fou
Encore un été sans valises
Faites et défaites gaiement
Sans robes légères insoumises
Sans regards brûlants des amants
Encore un été sans sourires
Sans ribambelles d’enfants
Sans monopoly sans fou rires
Sans prendre la clef des champs
Encore un été sans cerises
Sans courses folles en plein vent
Sans sursauts et sans surprises
Sans le parfum de l’Autan
Encore un été sans amis
Qui partageraient pâtes fraîches et rosé
Mozzarella salade de riz
Et plongeraient dans mon décolleté
Encore un été sans Paris
Sans arpenter les Champs
Sans bateau mouche café hors de prix
Sans Notre-Dame et touristes priant
Encore un été sans toi
Qui conduirait sur cette petite route
Qui me guiderait dans l’étroit
Passage de mes doutes
Qui tiendrait fermement ma main
Tout en haut de la falaise
Qui me montrerait Etretat
Et aimerait même mes fadaises
Qui découvrirait mes Cathares
En escaladant Montségur
Qui rirait de vieilles tares
Et me ferait sentir secure
Encore un été sans nous
Nous baignant nus sous la cascade
Et riant comme jeunes fous
Au gré des vents et cavalcades
Encore un été solitaire
Passé à faire et à défaire
A mettre petite vie en terre
En trébuchant sur lourdes pierres
Encore un été nomade
De juive errante dont seule patrie
Sera décidément aubade
Sornettes rêves et poésies.

 

http://www.refletsdutemps.fr/index.php/thematiques/actualite/ecrits/item/l-escarpolette

https://www.huffingtonpost.fr/sabine-aussenac/reforme-grandes-vacances_b_2769627.html

 

Grèce: thanatos et agape…J’ai maintenu ma vie, en chuchotant dans l’infini silence.

J’ai maintenu ma vie, en chuchotant dans l’infini silence…

Georges Séféris

 

 

Il n’est point de terre plus douce que sa propre patrie.


Homère ; L’Odyssée

 

‘Le 2 octobre la veille de l’incendie, ils couraient vers moi lançant leur cartable par-dessus leur tête……..
J’ai pris une photo ce jour-là. Elle est là, devant moi .Le lendemain,il n’y avait plus rien de ma vie : ma femme et mes enfants étaient morts ; au-dessus du Tanneron s’effilochait une fumée noire. Je n’avais pas vu de flammes si hautes depuis le temps où brûlait le ghetto de Varsovie.
Alors aussi j’étais resté seul : de ma vie, alors aussi, il n’y avait plus rien, que moi vivant.
J’étais sorti des champs de ruines, j’étais sorti des égouts, j’étais sorti de Treblinka et tous les miens avaient disparus. Mais j’avais vingt ans, une arme au poing, les forêts de Pologne étaient profondes et ma haine comme un ressort me poussait jour après jour à vivre pour tuer.
Puis pour moi, après la solitude, semblait venu le temps de la paix : ma femme, mes enfants.
Et oui cet incendie, le Tanneron en flammes, le crépitement du feu, cette odeur et la chaleur comme à Varsovie. Et on m’a tout repris, tout ce qu’on avait semblé me donner : ma femme, mes enfants, ma vie. Une deuxième fois il ne reste que moi vivant.’

Martin Gray, Au nom de tous les miens

 

Ce roman m’a terrifiée lorsque j’étais enfant.

Les images venues de Grèce sont atroces. L’idée de ces gens morts enlacés, comme à Pompéi, est insupportable.

Il ne peut rester que la poésie et la musique.

Pour qu’un jour la vie continue…

 

Nous avons beau avoir brisé leurs statues,
nous avons beau les avoir chassés de leurs temples,
les dieux n’en sont pas morts le moins du monde.
Ô terre d’Ionie, c’est toi qu’ils aiment encore,
de toi leurs âmes se souviennent encore.
Lorsque sur toi se lève un matin du mois d’août,
une vie venue d’eux passe en ton atmosphère ;
une forme adolescente, parfois,
aérienne, indécise, au pas vif,
passe au-dessus de tes collines.

Constantin Cavàfis, Terre d’Ionie

https://www.youtube.com/watch?v=wS3_PYGT55U

Quand les mots tombent sur le corps de la nuit
On dirait des vaisseaux qui labourent les mers
Les hommes à bord semant et les femmes parlant
Parmi les baisers qui claquent
Des lézards passent dans les frissons des crêtes
D’une mer qui s’étend jusqu’au sable
Avec ressacs et clapotis
Peu avant que le soleil se lève quand résonnent
Les voix des rhapsodes de la matière
Et les clameurs d’un coq debout
Sur une colonne de sel des contrées du midi
Quand gonflent les désirs des multitudes sur le rivage
Qui s’avancent dans les rafales du vent
Sous les yeux des filles bienheureuses
Penchées les seins touchant l’onde
L’eau pure des ruisseaux
Jusqu’à sentir dans leur corps et leur âme
Sans conditions et sans limites
La montée acquise du plaisir.

(Extrait)

Andrèas Embirìkos , “Ce jour d’hui comme hier et demain”
***

https://www.youtube.com/watch?v=UxdXm56rL30

…Le printemps est insoluble.
Comment apprendre la flamme à la goutte ?
L’angoisse transcende la vie
rendant ainsi les plaisirs inutiles.
Ah, quel trou de ténèbres où naguère
tenant sur ma tête un coq pour affoler la nuit
j’ai hurlé soudain comme si l’on m’avait planté une balle :
— Un rosier au clair de lune !
Horreur, les secondes le dévorent !
Comment conserver le daimon intact ?
Mais si l’on ne peut — alors suffit, je pense
pour un bout de bénédiction, de guérison peut-être
ce chien rêveux, ce typhus gris…
Ave César !
Mes yeux sont des trouvailles de la mort.

(Extrait)

Nìkos Karoùzos , Poèmes dans l’obscurité

***
https://www.youtube.com/watch?v=Dbq1zIQ0IPU

Ce soir est comme un rêve qui nous grise ;
ce soir le val est un lieu enchanté.
Dans le pré vert que la pluie a quitté,
lasse, la jeune fille s’est assise.
Ses lèvres s’ouvrent, on dirait deux cerises ;
profond, son souffle plein de volupté
fait sur son sein doucement palpiter
une rose d’avril, la plus exquise.

Quelques rayons échappés aux nuées
hantent ses yeux ; un citronnier sur elle
a fait tomber deux gouttes de rosée
qui sur ses joues font deux diamants vermeils
et l’on croirait qu’une larme étincelle
tandis qu’elle sourit face au soleil.

(Extrait)

Còstas Karyotàkis , Còstas Karyotàkis

***

https://www.youtube.com/watch?v=38ZVerDj0Xk

Matin et toutes choses au monde
posées
à la distance idéale du duel.
On a choisi les armes,
toujours les mêmes,
tes besoins, mes besoins.
Celui qui devait compter un, deux, trois, feu
était en retard,
en attendant qu’il vienne
assis sur le même bonjour
nous avons regardé la nature.
La campagne en pleine puberté,
la verdure se dévergondait.
Loin des villes Juin poussait des cris
de sauvagerie triomphante.
Il sautait s’accrochant
de branche d’arbre et de sensations
en branche d’arbre et de sensations,
Tarzan de court métrage
pourchassant des fauves invisibles
dans la petite jungle d’une histoire.
La forêt promettait des oiseaux
et des serpents.
Abondance venimeuse de contraires.
La lumière tombait catapulte
sur tout ce qui n’était pas lumière,
et la splendeur érotomane dans sa fureur
embrassait même ce qui n’était pas l’amour,
et jusqu’à ton air morose.
Dans la petite église personne
à part son nom pompeux, Libératrice.
Un Christ affairé comptait
avec une passion d’avare
ses richesses :
clous et épines.
Normal qu’il n’ait pas entendu
les coups de feu.

Kiki Dimoula, Jungle

https://www.youtube.com/watch?v=Xsqa_LcHwnM

Pas sur Dieu ni les saints ni les rois affairés ,
Pas non plus sur l’amour autrement qu’il se doit ,
Je n’écrirai de vers , et je m’excuserai :
Poète assis , comptant les sujets sur ses doigts .
Je fleurirai le monde et les cours fastueuses ,
Les femmes , les ronds-points , les sentiments , les villes ,
Et ne salirai plus les traditions tueuses :
Ni la foi ni l’argent ni leurs maisons serviles .
Je dormirai , bien sûr , d’un sommeil éthylique
Souffrant ce cauchemar par la voie symbolique ….
Puis rirai au réveil de cette mascarade .
Car jamais , non jamais , je ne renoncerai ,
A versifier sans frein ni collier mes tirades .
Non par droit mais devoir , je nous blasphémerai .

Yannis Youlountas, Qu’ai-je le droit de dire?

***
https://www.youtube.com/watch?v=L_QI1ayFNN8

Divers extraits de Georges Séféris, depuis le site d’Esprits Nomades:

http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/seferisimages/Seferis.pdf

Il est temps que je parte. Je connais un pin qui se penche sur la mer. À midi, il offre
au corps fatigué une ombre mesurée comme notre vie, et le soir, à travers ses
aiguilles, le vent entonne un chant étrange comme des âmes qui auraient aboli la
mort à l’instant de redevenir peau et lèvres. Une fois, j’ai veillé toute la nuit sous cet
arbre. À l’aube, j’étais neuf comme si je venais d’être taillé dans la carrière. Si
seulement l’on pouvait vivre ainsi ! Peu importe…

***

Encore un peu
Et nous verrons les amandiers fleurir
Les marbres briller au soleil
La mer, les vagues qui déferlent.
Encore un peu
Élevons-nous un peu plus haut.

***

Donne-moi tes mains, donne-moi tes mains, donne-moi tes mains.
dans la nuit j’ai vu
la cime aiguë de la montagne,
regardant par-delà la plaine inondée
avec la clarté de la lune invisible,
en tournant la tête, j’ai vu
des pierres noires recroquevillées,
et ma vie comme une corde tendue
début et fin,
Moment final
mes mains.
Celui coulera qui soulève de grandes pierres
ces pierres je les ai soulevées tant que j’ai pu
ces pierres je les ai aimés tant que j’ai pu
ces pierres, mon destin.
Blessé par ma propre terre
torturé par ma propre tunique
condamné par mes propres dieux,
Ces pierres.
Je sais qu’ils ne savent pas, mais moi qui tant de fois ai suivi
le chemin qui va de l’assassin à la victime
de la victime au châtiment
du châtiment au prochain meurtre,
À tâtons
dans l’inépuisable pourpre
la nuit de ce retour
Quand les Erinnyes ont commencé à siffler
Parmi l’herbe maigre
J’ai vu des serpents mêlés avec des vipères
noués sur la génération maudite
Notre destin.
Voix jaillies de la pierre de sommeil
plus profondes ici où le monde s’assombrit.
mémoire du labeur ancré dans le rythme
frappé sur la terre par les pieds oubliés
Corps coulés dans les fondations
de l’autre fois, nus.
Yeux, yeux
fixés sur un point
que tu ne peux lire, comme tu le voudrais :
l’âme
qui se bat pour devenir ton âme
maintenant même le silence n’est plus à toi
ici où les meules ont cessé de tourner.

***

…On nous disait, vous vaincrez quand vous vous soumettrez.
Nous nous sommes soumis et nous avons trouvé la cendre.
On nous disait, vous vaincrez quand vous aurez aimé.
Nous avons aimé et nous avons trouvé la cendre.
On nous disait, vous vaincrez quand vous aurez abandonné votre vie.
Nous avons abandonné notre vie et nous avons trouvé la cendre.
Nous avons trouvé la cendre.
Il ne nous reste plus qu’à retrouver notre vie maintenant que nous n’avons plus rien.

 

O malheureux Ajax, qu’as-tu été, et qu’es-tu à cette heure ? C’est au point que tu mérites les pleurs de tes ennemis mêmes.

Sophocle

ImPulsTanz: ou quand Vienne fait valser les conventions! #carnetdevoyageVienne3

ImPulsTanz: ou quand Vienne fait valser les conventions!

https://www.impulstanz.com/

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Si vous vous imaginez que Vienne est simplement la capitale de la valse, emportés que vous êtes par vos fantasmes de l’élégance suprême des robes froufroutantes et des tenues de gala ondoyant sur les parquets vernissés au son du beau Danube bleu, vous retardez presque d’un demi-siècle!

Car peu de temps après le solstice d’été, l’ancienne capitale austro-hongroise va se transformer en capitale mondiale de la danse, avec son cultissime festival international de danse: ImPulsTanz, véritable flamboyance kaléidoscopique où au gré de scènes plurielles émaillent la cité, depuis le palais du festival jusqu’aux musées, en passant par des scènes ouvertes, le monde entier vient sauter, virevolter, ondoyer, étonner, se contorsionner, s’élancer, se lover, exploser, s’exposer au rythme de musiques variées, bien loin des ambiances surannées des salles de bal traditionnelles et des ballets classiques…

Le festival foisonne de talents confirmés mais offre aussi un tremplin à la génération montante, tout en permettant au grand public de se mesurer aux professionnels et de progresser grâce à d’innombrables ateliers, les fameux “Workshops”. Et l’on assiste ainsi à un véritable renversement des valeurs, quand, au sortir d’une galerie des glaces aux encorbellements baroques, on se retrouve soudain pris dans les rets explosifs d’un spectacle de musique électronique, observant des danseurs exploser la nudité et une corporéité déchaînée, ou lorsque l’on est plongé, juste après un face-à-face avec les toiles des maîtres de la Renaissance contemplées au KHM, le musée …, dans la furie cathartique d’une démonstration de danse africaine: ImPulsTanz fait battre le cœur de Vienne à cent à l’heure, quand les horloges rilkéennes du Livre des Heures battent soudain la chamade et s’affolent au rythme de la modernité, bien loin des beautés immuables faisant passer Vienne pour une ville presque frileusement lovée dans l’Histoire.

Bien sûr, comme dans tous les endroits hype de la planète, vous y rencontrerez un certain type de festivaliers, comme en Avignon, au festival de poésie de Sète, à Cannes ou à Salzburg… Ici, pas de smocking ni de queues de pie, pas de décolletés plongeants, ni d’ailleurs de tatouages trop grunges ou de look métalleux comme dans les scènes alternatives des festivals de rock. Le public se reconnaît dans ce que les Allemands et les Autrichiens appellent le “Flair”, le “style branché”, adorant flâner dans les endroits où il fait bon d’être vu en parlant culture et contemporanéité ; les garçons portent le catogan et un sac de jute à l’effigie du festival, les filles sont naturelles, mais élégantes malgré tout, ça fleure bon les grandes marques de soins nordiques et les Birkenstock… Les en-cas sont vegans et l’on boit des jus d’herbe ou des smoothies, c’est un peu comme en Ars-en-Ré ou à Saint-Trop. Vienne s’est boboïsée, aussi branchée, le temps d’un festival, que Berlin ou LA… Et, partout, la magie opère: la danse s’infiltre dans tous les recoins de l’agora, Vienne danse comme elle respire, faisant sauter les verrous des certitudes culturelles, plongeant à bras-le-corps vers la modernité!

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C’est en 1984 que le manager culturel Karl Regensburger et le chorégraphe Ismaël Ivo ont baptisé les premières Semaines internationales de la danse ( die Internationales Tanzwochen) dans la métropole culturelle autrichienne. C’est à partir de là que Vienne, lors des Sommertanzwochen, (les semaines estivales de la danse), sous la direction de six professeurs d’université, parmi lesquels figuraient des artistes à la renommée internationale comme Joe Alegado ou Christina Caprioli, au fil des vingt ateliers disséminés dans le centre sportif universitaire, se forge une nouvelle culture chorégraphique. Dès 1985, une semaine hivernale de la danse -Wintertanzwoche- vient parfaire cette aventure. Puis, sous l’égide de George Tabori, qui va offrir son théâtre der Kreis – l’actuelle Schauspielhaus Wien, la maison des spectacles viennoise – à l’accueil des spectacles, le festival, au départ composé d’ateliers, va ajouter un volet performatif  à ses scènes en 1988, donnant naissance à l’actuel ImPulsTanz, avec les participations de Marie Chouinard ou de Ko Mirobushi, dont les noms font aujourd’hui partie intégrantes des plus grands festivals de danse d’Europe.

Au fil des ans, la recherche s’est aussi invitée dans l’aventure, puisqu’en 1990 c’est avec ImPulsTanz research que Karine Saporta, Suzanne Linke, Nina Martin et Mary Overlie ont encadré les projets de recherche et des travaux de chorégraphes et de danseurs; depuis des chorégraphes des scènes internationales non seulement présentent leurs créations, mais dirigent les ateliers destinés aux jeunes chorégraphes et aux danseurs débutants, et/ou visitent aux-mêmes les ateliers de leurs pairs. De plus, depuis 1990, un ambitieux programme de bourses choisi parmi 1500 candidatures venues de 40 pays 60 danseurs qui pourront ainsi se perfectionner grâce au danceWEBStpipendienprogramm.

Le festival a grandi, passant des ateliers des débuts à une plate-forme d’envergure internationale, brassant les cultures, incubateur de talents grâce aux passerelles entre danseurs et chorégraphes aguerris et néophytes, et surtout rendez-vous incontournable pour les Viennois fiers de leur ville, pour les touristes émerveillés et les fidèles aficionados. En 2001, la scène des Young Choreographers Series permet pour la première fois aux jeunes talents d’utiliser le lieu pour proposer leurs créations et performances et acquérir ainsi, une renommée internationale, grâce à des résidences d’artistes; en 2005, c’est encore un autre volet festif qui profitera de l’hospitalité de la salle ovale du musée MQ, puis du vestibule du Burgtheater, quand la Partyschiene soçial deviendra le clou “lounge” des festivités viennoises. Enfin, le festival s’est doté d’un prix depuis 2008, avec la naissance des Prix des Jardins d’Europe (European Prize for Emerging Choregraphy), avant d’être lui-même couronné en 2012 par le prix Bank Austria Kunstpreis, le plus prestigieux des prix culturels d’Autriche.

Je dois confesser que côté danse, je suis une sorte de brontosaure rétif. En fait, un divan m’aiderait sans doute à y voir plus clair, mais je pressens au fond de moi que tout est lié au refus d’une professeur de danse classique de l’école municipale d’Albi qui, tout net, débouta le petit rat en herbe que je rêvais de devenir, pour cause de surpoids. Voilà donc des lustres que je ressasse cette immense frustration de n’être pas devenue étoile, et que mon seuil de tolérance à la danse se situe à une vague rediffusion du lac des cygnes, et en tutu, sinon rien! Mais en cet été 2017, après avoir repris l’avion pour la première fois depuis 33 ans (et d’ailleurs essuyé glorieusement une… tornade qui s’abattait sur Vienne!),  j’avais décidé d’affronter mes rancœurs et mes  craintes.

Et je n’ai pas été déçue; je suis ressortie de ce festival transformée, chamboulée, allégée et éblouie. C’est qu’il y en a vraiment pour tous les goûts, entre les ateliers et les scènes éclatées, comme le stipulait le journal du festival en 2017, le bien nommé “Falter”, le papillon, puisque tout spectateur va pouvoir papillonner au gré de ses humeurs et envies… Le journal proposait ainsi de la danse pour les “poètes urbains”, citant le workshop de la rappeuse et slameuse Yasmin Hafdeh; mais aussi des spectacles pour les “non textiles”, comme on dit chez nous, au Cap, puisque la célèbre chorégraphe Doris Uhlich, forte de son ancienne performance “more than naked”, allait à nouveau animer son atelier “every body more than naked”, tandis que les plus jeunes n’étaient pas oubliés, grâce à l’atelier “Becoming animal”, dans lequel les blondinets  devaient ramper, bondir et s’ébrouer en dansant…

Doris Uhlich a d’ailleurs proposé une autre transversalité avec sa “Seismic Night”: son comparse Michael Turinsky, virevoltant du haut de son fauteuil roulant, faisant écho aux soubresauts fantasques de Doris, elle-même juchée sur une étrange machine vrombissante, incarnait ainsi une nouvelle corporéité, certes abîmée, tordue, déviante, et pourtant oh combien vivante et flamboyante. Qu’elle tressaille frénétiquement sur son moteur de machine à laver caché dans cette énorme boîte à rythmes ou qu’elle se la joue presque “trans” avec d’immenses bottes à talons, la chorégraphe fait de cette nouvelle cour des miracles l’antichambre du paradis, quand les valides et les infirmes, enfin, se font face, debout, couchés, en phase, égaux.

Et ce spectacle m’a semblé être la quintessence de ce festival et de l’idée même de la danse, qui rêve, incarnée, tous les méandres et toutes les folies de l’esprit, message polyphonique de toutes les beautés du Vivant.

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Impulstanz 2018 ne nous décevra pas! Le programme bouillonne et fredonne, s’élance et se donne, gracieux et fantasque, loufoque et parfait: vous y découvrirez la crème des contemporanéités et les stars de toujours, et, je vous l’assure, Vienne à nouveau fera de chaque festivalier un danseur étoile!

Anne Teresa De Keersmaeker / Rosas "Rosas Danst Rosas" © Anne Van Aerschot

https://www.impulstanz.com/performances/2018/programme/

https://www.impulstanz.com/videogallery/aid5576/

Une part de Sachertorte… #carnetdevoyageVienne2

Une part de Sachertorte…

Un moment exquis…

 

 

 

 

 

 

 

 

« Tradition ist nicht die Anbetung der Asche, sondern die Wiedergabe des Feuers. » (« La tradition n’est pas la contemplation idolâtre de la cendre, mais la passation du feu »)

Gustav Mahler

Certes, on pense plutôt à l’Allemagne lorsque l’on évoque les pâtisseries si typiques, évocatrices de nuages de chantilly, de devantures chargées d’immenses créations roboratives et consistantes, de celles qui vous laissent un souvenir inoubliable…

Mais l’Autriche n’est pas en reste, entre la fameuse Linzer Torte, le Apfelstrudel et surtout l’inénarrable Sachertorte. Il est tout bonnement impensable de quitter Vienne sans avoir éveillé ses papilles au gré de la rencontre avec ce gâteau d’exception, au cœur fondant et aux arômes incomparables. J’ai quant à moi décidé que c’était LE gâteau qui me correspondait le plus, à mi-chemin entre les mastodontes allemands, certes crémeux à souhait, mais qui tombent directement sur les hanches, et les légèretés hexagonales sur lesquelles trois poires effilées se battent en duel avec un liseré chocolaté -ce qui ne suffit jamais à combler mes appétences de bec sucré…

Des Sachertorten, à Vienne, vous en trouverez partout, dans toutes les pâtisseries et bien entendu dans chaque café, puisque l’ancienne capitale austro-hongroise regorge d’établissements au charme désuet, aux boiseries discrètes et patinées et aux cuivres rutilants.

Mais la véritable, l’unique, la divinissime tarte Sacher se déguste bien sûr de préférence au sein même du café éponyme, situé à quelques encablures du musée de l’Albertina et de l’office de tourisme. Il est aisément repérable à la foule de gens se pressant sagement, en file policée, à l’entrée de sa devanture, attendant en rang serré l’accès au Saint Graal pâtissier. On viendra vous chercher, vous débarrasser du vestiaire et vous conduire à votre table, dans l’une des deux salles sises de part et d’autre de l’entrée de l’hôtel, comme si vous étiez un invité de marque. Comment, d’ailleurs, ne pas se sentir l’âme aristocratique en trônant dans l’un des fauteuils capitonnés, entouré par les dorures et les tableaux, lorsque l’un des serveurs vient vous demander quel sera votre choix, entre un grand ou un petit Brauner, ce café noir servi avec un petit pot de crème parfumée au café, ou un Mozart, qui est en fait un grand moka parfumé au cherry, pour ne nommer que deux des innombrables possibilités…

Votre Sachertorte vous sera servie agrémentée de délicieuses petites collerettes de papier à l’effigie du lieu, avec le célèbre « S » faisant office d’armoiries, et vous aurez dès lors tout le loisir de plonger dans l’audacieux mariage inventé en l’an de grâce 1832 par le jeune apprenti Franz Sacher, qui, à peine âgé de seize ans, remplaçait son chef pâtissier dans cette confection demandée par le prince Klemenz Wenzel von Metternich. C’est à cette occasion que Franz inventa sa génoise cuite dans un moule rond, puis séparée en deux parties et fourrée de confiture d’abricots chaude avant d’être recouverte d’un glaçage de plusieurs chocolats noirs et consommée avec un nuage de chantilly…

Même si ce gâteau fut un succès lors de sa première apparition à la cour, il fallut attendre la naissance de l’hôtel Sacher, fondé par le fils de Franz, Edouard Sacher, pour que la tarte devienne la star de la carte de la grande maison et très vite l’emblème culinaire national et l’ambassadrice sucrée du savoir-faire autrichien…

C’est surtout la finesse de ce mets qui surprend lors de la mise en bouche, et la légende prête à sa confection une recette secrète que se disputèrent longtemps deux grandes institutions viennoises, avant que la justice ne fasse de l’hôtel Sacher, devant son concurrent du café Demel, le seul détenteur du label « Sachertorte ». Et il se murmure aussi que le gâteau serait encore fabriqué à l’ancienne et à la main, ce qui expliquerait sa texture si fine et si goûteuse.

Mais la Sachertorte est loin d’être l’unique trésor du lieu… C’est bien tout l’établissement qui mérite sa place de choix dans la réputation des hauts-lieux viennois… L’hôtel de luxe et le restaurant mené de main de maître par un chef étoilé viennent couronner le succès d’une saga familiale séculaire. « Sacher », ce seul nom fait partie intégrante du patrimoine viennois, cœur battant de la ville, jouxtant opéra et palais, accueillant en une joyeuse hospitalité musiciens, écrivains et politiques, et surtout le traditionnel dîner de gala au sortir du célèbre bal de l’opéra…

Et bien entendu, c’est tout au long de l’année que les Viennois et les touristes se pressent pour s’attabler dans les salons Mayerling et Metternich, pour siroter un cocktail dans le célèbre « bar bleu » (die blaue Bar), quand ils ne profitent pas du spa avant de se faire livrer une part de Sachertorte directement dans leur chambre… Et, si je dois avouer que j’ai pour le moment trouvé des solutions alternatives pour loger à Vienne, je ne rêve que de devenir une romancière à succès pour enfin goûter aux charmes de ce palace, aristocrate de cœur que je suis…

 

https://www.youtube.com/watch?v=rQgVRKWAdyU

L’hôtel Sacher n’a jamais souffert de la concurrence des géants que sont le Bristol ou le Park Hyatt, au vu de sa qualité de seul hôtel de luxe tenu par une famille et non par une « chaîne », famille qui plus est la même depuis 1945, lorsque la dynastie des premiers propriétaires fut remplacée, après une faillite, par la famille Gürtel, toujours aux commandes du navire…

C’est bien cependant la « patte » de la légendaire Anne Sacher, femme de tête et de cœur, toujours affublée de ses cigares et de ses deux bouledogues français (die Sacher Bullys!) qui a profondément marqué l’établissement, puisque la veuve d’Edouard Sacher a su fédérer diplomates et artistes autour de sa faconde et de sa bienveillance – elle avait même créé une assurance sociale pour son personnel…

     

Excentrique et passionnée, elle avait par exemple brodé elle-même une immense draperie sur laquelle sont encore exposées aujourd’hui dans un hall les signatures de toutes les personnalités ayant séjourné à l’hôtel !

De nombreux portraits de la reine des lieux ornent encore les couloirs du palace, où l’on peut d’ailleurs aussi admirer une impressionnante galerie de têtes couronnées et de personnalités aussi diverses que Sir Elton John ou Sharon Stone en miroir de Sissi ou de Metternich!

 

Et c’est tout l’hôtel qui est ainsi royalement décoré de tableaux, parfaisant l’atmosphère inégalable de luxe et de raffinement alliés à la culture et au savoir, faisant du Sacher un haut-lieu des rendez-vous de l’Histoire, cité dans de nombreux romans, tout comme la Sachertorte, d’ailleurs,  et mis en scène, aussi, dans le film éponyme de 1939 et dans une récente fiction en deux parties coproduite par les chaînes allemandes et autrichiennes ZDF et ORF.

https://www.youtube.com/watch?v=yOGLL8HabjI

https://www.youtube.com/watch?v=WYQlMeBFu9k

L’antichambre du paradis…

                                   

 

 

 

 

 

 

 

Et l’on aime à se souvenir de ces élégantes des siècles passés, froufroutant jusqu’aux fameux « séparées », ces petites alcôves intimistes où les galants retrouvaient leurs bien-aimées après le concert, lorsque l’on ose un instant se prendre soi-même pour un membre de l’aristocratie austro-hongroise, le temps d’un parfum de la Sachertorte…

Anne Sacher devant la nappe brodée par ses soins…

« Typisch für Wien, und nur für Wien, ist nach wie vor, dass die Legenden funktionieren. » (« Ce qui est typique de Vienne, et seulement de Vienne, c’est que les légendes fonctionnent encore »)

Friedrich Torberg

Hôtel Sacher

 

Abricotiers d’antan

fèves fines

d’Afrique un soupçon de

nuage fouetté

or du S ciselé

cristal de

Bohème en discrètes

« séparées »

où murmurent cocottes

corsetées et archiducs

guindés

Sissi sourit suave mirage

 Anna S. brode

signatures

tandis que les élégantes

en crinoline

volettent en mémoire viennoise.

https://www.austria.info/fr/activites/decouverte-culinaire/recettes-autrichiennes/sachertorte

https://www.sacher.com/hotel-sacher-wien/

https://www.zdf.de/filme/das-sacher

 

 

 

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Comme une valse de Vienne #carnetdevoyageVienne1

Comme une valse de Vienne

 

Il suffit de lever les yeux.

Partout, sans cesse, de jour comme de nuit.

La beauté se niche dans les moindres recoins de la ville, envahissant les places et les larges avenues, escaladant les façades, se profilant comme une ligne d’horizon pérenne et sublimée.

De Vienne, je ne connaissais presque rien, hormis quelques souvenirs ancrés en ma mémoire, plutôt diffus, car noyés dans un très beau périple cyclotouriste que, jeune mariée à peine sortie de l’enfance, j’avais fait à 19 ans, entre Autriche et Forêt-Noire… Et nous n’avions passé qu’une journée dans la capitale, campant vers le Danube, entre les pentes escarpées, les prairies verdoyantes et les chalets fleuris d’une Autriche idyllique.

Je me souvenais de la lumière de ce ciel d’octobre, lactescente et diffuse, de la fabuleuse  serre à papillons non loin de l’Albertina, de ce parc immense où nous poussions, jeunes Français émerveillés, nos vélos déjà un peu épuisés par les cimes et l’air alpin, et de ces deux imposantes nefs de pierre se faisant face, deux musées, le Kunsthistorisches Museum (Musée des Beaux-Arts) construits en regard parfaitement symétrique du Naturhistorisches Museum (Musée d’histoire naturelle). Mon compagnon avait voulu visiter le muséum, et je ne gardais donc en mémoire que des images d’art précolombien, de plumes multicolores, de reptiles et de masques africains.

Du reste, je ne savais rien. C’est pourquoi j’étais si impatiente, l’été dernier, de plonger dans l’Histoire et de mettre des images sur tous les fastes impériaux dont je parlais souvent à mes élèves sans les connaître vraiment.

L’accueil de l’Office de tourisme envers une blogueuse française fut d’ailleurs tout simplement fastueux, lui aussi ! Nantie du « Vienne Pass », précieux sésame me permettant de voyager en illimité sur le réseau si bien achalandé, je me vis aussi offrir l’accès à des dégustations prometteuses dans des hauts-lieux de la gastronomie viennoise, tandis que les musées et le festival ImPulsTanz m’invitaient à découvrir collections et manifestations estivales… La légendaire hospitalité autrichienne n’est pas un vain mot, j’en fis la merveilleuse expérience tout au long de mon séjour.

C’est en fait en rentrant de Vienne et en redécouvrant des ruelles pourtant si familières et aimées que je pris douloureusement conscience du manque soudain de toute cette historicité et des grands espaces viennois, et surtout de la sensation oppressante d’étroitesse ressentie dans ma ville rose après cette escapade austro-hongroise… Plonger, au retour d’une ville où tout n’est que « luxe, calme et volupté », dans laquelle de larges boulevards et de grandes artères abritent un air presque alpin et pur, tant la circulation est policée et fluidifiée par la multiplicité des transports en commun, dans le caractère médiéval des venelles toulousaines et dans ma ville bien-aimée que soudain je trouvais non plus rose, mais grise, sale, encombrée, me fit prendre conscience de la magnificence unique de cette ville qui aimante, depuis des siècles, les arts, la musique et le Beau.

L’architecture, poumon séculaire de Vienne, séduit d’emblée le visiteur qui se retrouve soudain en posture de figurant dans quelque film historique, ébloui par la virtuosité de ces palais rencontrés à chaque coin de rue, par tous ces atlantes soutenant à bras le corps des murs aux encorbellements déliés, par les flèches élancées du Stephansdom (la cathédrale Saint-Étienne) et par la coupole et les ors baroques de la Karlskirche, quand il n’est pas éberlué par les facéties d’un Hundertwasser et de sa maison gironde et multicolore…

La ville vous aspire comme un tourbillon coloré, tantôt en suspens dans les couloirs du temps, lorsqu’au détour de quelque toile de musée ou devant quelque statue languissante vous vous retrouvez face au Baiser de Klimt ou en tête à tête avec le regard émouvant de Sissi, tantôt  en phase totale avec la modernité, au gré des scènes virevoltantes ou saccadées du festival ImPulsTanz , des troquets alternatifs et des tags longeant le canal du Danube ou des expositions ultra contemporaines du Mumok, le musée d’art moderne.

J’écris ce texte en surveillant le bac philo, dont l’un des sujets est : « Peut-on être insensible à l’art ? ». À Vienne, c’est tout bonnement impossible, impensable. Car l’art est partout, vous environne, vous englobe, vous caresse, vous dorlote, vous surprend, vous émeut, s’immisce en vous comme un doux poison vous inoculant ad vitam aeternam comme un parfum de Habsbourg…

Même le plus réfractaire des visiteurs finira par arpenter en fiacre sonnant et trébuchant les pavés tapissant la cour de la Hofburg (le Palais impérial) en faisant allégeance à l’imposante statue de Marie-Thérèse avant de s’élancer à l’assaut des petites places ombragées et des mémoires vives : Vienne est comme un livre d’histoire à ciel ouvert dont l’art serait le firmament.

Et la musique, que dire de la musique… L’ancienne capitale austro-hongroise n’a pas usurpé son titre de « capitale européenne de la musique », quand on sait qu’aucun Viennois ne passe une année sans aller qui à l’opéra, qui à l’un des innombrables concerts proposés par une armada de jeunes gens perruqués et poudrés qui, du haut de leur habit bleu roi ou pourpre, arpentent les rues piétonnes aux alentours de la cathédrale ou les abords de la Haus der Musik, (la Maison de la musique, un fabuleux musée interactif)  pour proposer quelque messe, requiem ou symphonie…

Bien entendu, le divin enfant prodige n’est jamais loin, et même si la folie des « Mozart Kugeln », ces délicieuses bouchées (littéralement « boules de Mozart » !) de pâte d’amande et de pistache enrobées de chocolat et de colifichets à l’effigie du Maestro n’égale pas celle de Salzbourg, Wolfgang Amadeus accueille le néophyte du haut du parterre en forme de clef de sol agrémentant sa statue, qui se dresse au cœur du Burggarten.

Au bout des allées d’un autre parc de la ville, très prisé des habitants, le Stadtpark, c’est un autre géant de la musique qui, tout étincelant de dorures et violon fringant au bras, fait valser Vienne et son Danube bleu… Johann Strauss, de ses compositions intemporelles, emblèmes des crinolines tournoyantes, accroît encore le romantisme échevelé de la ville aux valses à mille temps, du célèbre « bal des débutantes » au concert du nouvel an retransmis dans le monde entier.

J’embrassai cette ville avec passion, bercée par les lumières de ces cieux immenses veillant sur ces constructions plus étonnantes les unes que les autres, de l’imposante bibliothèque aux fastes du palais de Schönbrunn, valsant d’un musée à l’autre entre le Museumsquartier, les statues du Belvédère et les larmes du Musée juif, émerveillée par la luxuriance émeraude des parcs émaillant la ville, amusée par la typicité chantante de l’accent viennois, et surtout bouleversée de ma rencontre avec cette « Mitteleuropa« , berceau de tant de plumes dévorées depuis l’adolescence…

Combien de fois avais-je été moi-même veillée par les anges rilkéens, éblouie par les nostalgies d’un Stefan Zweig et emportée par les pages foisonnantes d’un Joseph Roth? Mettre enfin des visages sur tout un pan de ma cosmogonie littéraire fut comme un aboutissement d’un long chemin. De même, ma rencontre avec des toiles mythiques comme celles de Klimt ou de Schiele, imaginées, contemplées virtuellement ou sur papier glacé, et soudain incarnées, a été cathartique…

J’aurai encore besoin de plusieurs textes pour vous parler de ces « viennoiseries » culturelles, artistiques, musicales, gustatives, et je vais vous quitter en aiguisant vos papilles avant une suite prochaine de ce petit récit de voyage… D’abord, pour moi, il y eut une émouvante rencontre avec Gutenberg ! Oui, c’est bien une statue de cet immense pourfendeur de nuits, de par l’onyx de ses encres d’imprimerie qui apportèrent la lumière au monde, qui orne la place où se dresse la vénérable institution culinaire Lugeck où j’ai dégusté mon premier Wiener Schnitzel… Imaginez un instant le fondant d’une viande aussi tendre qu’un Lied de Schubert, qui se découvre après un croquant aussi doré que les ornements du joyau baroque de Schönbrunn… Ce restaurant et ses célèbres escalopes de veau à la viennoise ont tenu toutes leurs promesses, foi de presque végétarienne très difficile en ce qui concerne la viande…

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Photo Flickr

Mais pour ressentir le cœur battant de la cité, il faut avant tout déguster une Würstel, comme la nomment les autochtones avec leur inénarrable accent mâtiné de dialecte ! Aussi gâtée qu’une héritière des Habsbourg, j’eus encore une fois la joie d’être invitée dans ce véritable monument national qu’est la « friterie-saucisserie » Bitzinger, au Würstelstand sis juste devant le musée de l’Albertina, où, entre un solide montagnard en culotte de cuir traditionnelle, deux Japonaises et un cadre en costume cravate, je manquai défaillir de plaisir en croquant dans la plus divine « Knack », comme disent les jeunes, de toute mon existence, entourée par les adorables sourires des cuistots, Naim, Sam et Costa, aux origines variées mais à l’âme et au doigté indéniablement viennois pur jus ! Car comme à Berlin, qui revendique haut et fort la recette secrète de la sauce de la « Currywurst », c’est bien, à Vienne, autour des barquettes de saucisses que l’habitant, quand il n’est pas dans l’un des célèbres cafés dont je vous parlerai plus tard, partage, dans un joyeux brassage sociétal, ce plaisir simple et urbain.

Il faudrait enfin évoquer les saveurs exquises des créations du glacier Eis Greissler, découvertes encore une fois grâce à la générosité de mes bienfaiteurs. Et je terminerai ce premier opus mémoriel en remerciant très chaleureusement toute l’équipe de l’office du tourisme, et en particulier Madame Bettina Jamy-Sowasser et Monsieur Florian Wiesinger, qui ont si gracieusement facilité mon séjour dans la capitale austro-hongroise. Et bien entendu Nathalie, qui se reconnaîtra…

Une année presque a passé, à rêver à ce premier voyage et à imaginer le suivant, à retravailler les rencontres et les impressions, les images et les éblouissements de la découverte. Car aller à la rencontre de Vienne, pour une binationale franco-allemande, c’est aussi oser le dépaysement linguistique, historique, géographique. Puisque l’Autriche n’est pas tout à fait le même pays que l’Allemagne, mais pas tout à fait un autre non plus…

 

De Vienne les enfants sont l’art et la musique

La lumière laiteuse envahit la cité,

Des Atlantes alanguis, forces fantastiques…

Ors baroques, clameurs, opéras, menuets :

De Vienne les enfants sont l’art et la musique.

 

Cent Mozart nous accueillent, perruqués et poudrés,

Virevoltant joyeux d’une douce folie.

La légende des siècles, au quartier des musées,

Resplendit en ses toiles comme un ange sourit.

 

Un fiacre dodeline sur le haut des pavés:

Ici chaque touriste devient empereur !

L’Histoire aux tons immenses caracole en palais

 

Quand tant de valses folles y déclinent bonheur.

Les Schnitzel et les Würstel, aux parfums éternels,

Font réponse aux beaux-arts de leurs appâts charnels. 

PS :Je vais aussi, délibérément, éviter les sujets politiques durant ces petits instantanés de voyage… Oui, je le sais, la peste brune a de nouveau ravagé le pays, mais d’une part je ne souhaite pas ici relayer des éléments concernant les dernières élections mais au contraire prendre de la hauteur, et d’autre part je sais qu’à Vienne, justement, la population est encore éclairée et non hostile aux Migrants.

http://www.stadt-wien.at/wien/touristinfo.html

https://www.viennapass.fr/

https://fr.wikipedia.org/wiki/Mozartkugel

http://www.lugeck.com/

https://www.bitzinger-wien.at/

https://www.eis-greissler.at/unsere-laeden/innere-stadt/

NB: crédits  photos Sabine Aussenac et Sylvan Hecht.