Cette beauté du monde: le Lehmbruck Museum de #Duisbourg #musées #Allemagne #francoallemand #art

Musée Lehmbruck, Duisbourg. © Sabine Aussenac

Duisbourg.

Plus grand port fluvial d’Europe, ville-monde au cœur du bassin de la Ruhr, cœur battant des hauts-fourneaux rougeoyants dans un air autrefois en permanence chargé de scories. Une ville ouvrière brassant des dizaines de nationalités, une ville qui a accueilli des générations de travailleurs immigrés et de familles venus de Turquie, d’Italie, des pays de l’est, avant de s’ouvrir à l’immense flot des réfugiés après le « Wir schaffen das ! » d’Angela Merkel. (« Nous y arriverons ! »)

Rives du Rhin, Duisbourg, © Sabine Aussenac

Lebensretter /Sauveur de vie

Grandes oiselles fuselées

filent, fantômes de l’enfance.

Fumées au loin, vestiges

d’une Ruhr en

renaissance verte.

Mon Rhin miroite comme

mer, étincelles mémoires des

hauts-fourneaux musées.

Lifesaver, sauveur de vie: sculpture de Niki de Saint Phalle sur la fontaine de la Königsstrasse (Lifesaver Brunnen) © Sabine Aussenac

Quand je raconte que je pars en vacances à Duisbourg, j’ai droit au mieux à un regard interrogateur – le Français lambda ayant une connaissance très réduite de la géographie outre-rhénane – au pire à des quolibets moquant une mégalopole autrefois synonyme de bassin minier et industriel, aujourd’hui qui plus est terre d’asile de milliers de migrants qui auraient fait de cette capitale de la sidérurgie une réplique des Quartiers Nord de Marseille…

Pourtant, la ville de mes grands-parents maternels, celle où j’ai passé tant d’étés merveilleux durant mon enfance binationale, a su se réinventer au gré des transitions écologiques en transcendant son passé sidérurgique, créant sur d’anciennes friches industrielles de fabuleux espaces paysagers, jouant la carte de l’accueil et de la culture. L’église Saint-Sauveur et l’hôtel de ville célèbre par son ascenseur Paternoster ont été reconstruits, une sculpture de Nicki de Saint-Phalle orne la fontaine du la rue piétonne…

Salvator Kirche

immuable, écho

au Paternoster

montant et descendant à

la mairie, marée d’une

Histoire apaisée.

Rires en cascades de

petits réfugiés devant

fontaine Lebensretter bariolée :

voyages en confluences, Nicki de

Saint-Phalle et Beaubourg sauveurs de vie.

Et c’est le Lehmbruck Museum, ce musée dédié à la sculpture, sis au centre de la cité à quelques encablures de la gare, qui symbolise le mieux la vitalité artistique et sociétale de Duisbourg et la transformation phénoménale d’une ville sombre, d’une ville où le charbon et l’industrie régnaient en maîtres, en une ville-lumière.

Duisbourg, scories en printemps.

Tes jardins-musées arcs-en-ciel

enfantent avenir.

Musée Lehmbruck, © Sabine Aussenac
Site internet du musée: https://lehmbruckmuseum.de/museum-english/history/architecture/

Il faut imaginer un grand cube de verre disposé aux confins d’un écrin de verdure, ses volumes aériens s’accordant parfaitement aux joyaux artistiques qu’il héberge. Car ses parois transparentes ouvrent l’espace des arts au tout venant, porte d’entrée vers le Beau, passerelle matricielle offrant au passant tous les trésors du monde. Ici, nul besoin de débourser des cent et des mille pour accéder à des expositions ou au fonds muséal : bien entendu, toutes les œuvres ne sont pas visibles depuis l’extérieur, mais pour qui s’aventure aux abords du bâtiment, l’aventure commence même en amont.

En effet, le musée s’érige au cœur du parc Immanuel Kant et de son « jardin de sculptures », une quarantaine d’œuvres d’art disséminées au gré des allées et des plantations comme autant de cailloux qu’un Petit Poucet curieux suivrait pour arriver dans cette superbe clairière artistique formée par le bâtiment du musée. Ce bel espace de verdure, qui formait autrefois le parc privé de la « Villa Rhein » de la famille Böninger, abritait autrefois les aises d’un banquier et négociant qui fut aussi un mécène éclairé, puisqu’il fit don du célèbre globe du géographe Mercator à la ville de Duisbourg et ouvrit en 1925 son parc au public, se faisant ainsi passerelle entre les classes sociales.

https://www.deutsche-digitale-bibliothek.de/item/24T2QY4UXLW6D5QPOAU3ZCD4MJFPRA4S

À cette époque, le sculpteur Wilhelm Lehmbruck avait déjà quitté ce monde, sans savoir que c’est dans sa ville natale et justement au sein de ce parc que sa mémoire perdurerait à l’infini… Peu de temps après, lorsque la peste brune envahirait l’Allemagne, sa veuve devra batailler ferme pour se réapproprier les œuvres de cet époux dégradé par les instances national-socialistes en tant qu’artiste « dégénéré » … Ce n’est qu’à la fin des années cinquante que le propre fils de l’enfant prodige de Duisbourg, qui n’avait que six ans à la mort du sculpteur, l’architecte Manfred Lehmbruck, sera chargé de la construction d’un nouveau musée dédié à son père Wilhelm. Il évoquera un jour cet édifice en ces termes :

« L’art est le vin. L’architecture, le verre. »

Quelle idée magnifique que celle de confier la conception d’un musée dédié à un artiste au propre fils de ce dernier ! Manfred Lehmbruck, qui avait fait ses classes aux côtés de Ludwig Mies van der Rohe, chantre du modernisme et l’un des pères fondateurs du Bauhaus, avant de participer aux côtés d’Auguste Perret à la construction de l’ancien Musée des Travaux Publics parisien – aujourd’hui Palais d’Iéna –, fut très clairement inspiré par ces alliages aériens de verre et d’acier. Au sens propre comme au sens figuré, le bon mot de l’architecte autour du vin et verre s’avère exact : le verre forme en effet la matrice englobant les œuvres, les sculptures et les toiles demeurant toujours éclairées par une lumière naturelle, ces vitres monumentales étant élégamment enchâssées dans des lignes de fuite d’acier trempé rappelant la tradition sidérurgique de la région, octroyant aussi à une population ouvrière et simple un extraordinaire accès à l’art, redonnant ses lettres de noblesse à une ville souvent décriée en créant cette rupture peu conventionnelle dans un paysage ultra urbanisé.

Intérieur du musée avec certaines des sculptures les plus connues de Wilhelm Lehmbruck. À gauche, Die Kniende, 1911. © Sabine Aussenac

Mais en regard de l’héritage de van der Rohe, l’élève a dépassé le maître, transcendant avec le Lehmbruck Museum le fameux clivage goethéen entre nature et culture afin de ne pas déshumaniser l’art, ancrant ce musée entre les essences rares du parc et les nuages du ciel rhénan si changeant, construisant une sorte d’arche transparente qu’il avait déjà appelée de ses vœux dans sa thèse de doctorat en 1942, quand il écrivait que l’osmose entre un jardin et un musée prédispose le visiteur à la rencontre des créations artistiques, s’inspirant aussi des idées novatrices de Jørgen Bo et Vilhelm Wohlert, les architectes du musée Louisiana de Copenhague : les visiteurs arpentant le Lehmbruck Museum naviguent à ciel ouvert au gré des différents niveaux, ne ressentant jamais cette sorte d’enfermement élitiste parfois propre à la fréquentation muséale.

Vue du musée Louisiana, https://louisiana.dk/

Cité radieuse des arts se voulant offerte à tous les publics, Dame de Fer de par ses aciers élancés, la construction imaginée par Manfred Lehmbruck en hommage à son père Wilhelm mélange les siècles et permet au Sacré et à l’esthétique de s’élancer vers l’infini, cette canopée vitrée semblant reliée au ciel tout en s’enracinant dans les humus fertiles du Kant Park que l’on aperçoit depuis tous les espaces intérieurs. C’est pourquoi l’on s’y sent tour à tour artiste primitif posant main argileuse sur parois de Lascaux, pèlerin ébloui par un retable de cathédrale ou roi du monde au sommet de l’Empire State Building, percevant au gré des allées du musée cette intense grandeur qui fait le cœur des humains créateurs.

Le ciel en canopée de l’art, © Sabine Aussenac

 « L’homme ne vit pas seulement de pain. Dans toutes nos activités, nous avons besoin d’une fenêtre ouverte sur le monde spirituel, à travers laquelle nous pouvons percevoir de manière pertinente les questionnements des meilleurs de nos pairs sur les problèmes actuels, les interprétations prophétiques de l’avenir, les signes de notre époque et les signes du passé qui nous guident vers l’avenir. »

C’est par ces mots miroirs d’une œuvre que Winfried Zehme, ingénieur responsable des travaux de la ville de Duisbourg, ouvrit son discours le jour de l’inauguration du nouveau bâtiment du musée, en juin 1964. Car le Lehmbruck Museum supporte à la fois le poids de l’Histoire et les enjeux du futur tout en s’ancrant dans les réalités actuelles de cette Allemagne résiliente depuis la fin de la seconde guerre mondiale, de ce pays ayant su, en avançant main dans la main avec l’ancien ennemi héréditaire français, reconstruire une Europe noircie par la Shoah et dévastée par les ravages du conflit. C’est sans doute en ce sens que l’architecture à la fois aérienne et ancrée dans la nature de cet écrin de verre me touche autant, car je retrouve dans les fondations de sa construction le microcosme familial, me souvenant de mes deux grands-pères, Albert, le résistant maquisard de la Montagne Noire, et Erich, l’ancien soldat de la Wehrmacht rentré moribond du Front de l’Est, qui s’entendaient comme larrons en foire.

Mon père, Yvan Aussenac, de face; à sa droite Albert, puis Erich, béret vissé sur la tête.

Limoges mes croissants

Limoges mes croissants.

La quatre-cent-quatre de papa, et presque la Belgique. Chocolat Côte d’Or en apnée frontalière.

Les gouttes se chevauchent sur la vitre embrumée.

Les briques se font brunes, Ulrike ma poupée a pris l’avion.

Au réveil, je suis au bled : mon métissage à moi a la couleur du Rhin.

Dans le jardin des grands-parents allemands, à Duisbourg

Le plus joyeux clin d’œil à cette immanence entre l’art et la vie qui permet la rencontre entre les peuples se concrétise lorsque les visiteurs du musée pensent avoir la berlue en voyant Reflexion II (Reflection II) d’Anthony Gormley, cette sculpture duelle se faisant face de part et d’autre d’une paroi vitrée, la gémellité de la fonte renvoyant à l’altérité qui nous effraie ou nous rassemble.

© Sabine Aussenac

Toute la luminosité du Lehmbruck Museum me semble ainsi faire rempart contre les heures sombres de l’histoire de ma deuxième patrie. À Duisbourg comme dans le reste de l’Allemagne, la population juive avait été décimée. L’architecture du musée trouve d’ailleurs un pendant sororal dans celle de la nouvelle synagogue s’élevant non loin de là, dans un des méandres du port intérieur, elle aussi toute en puits de lumière et au cœur d’un « Jardin du souvenir » : ce parc, perspective mêlant engazonnements et bâtiments, imaginée par l’artiste plasticien israélien Dani Karavan – qui a aussi créé le mémorial du souvenir dédié à Walter Benjamin à Port-Bou et de nombreuses autres œuvres de plein air inspirées par la mémoire des lieux –, croise les vestiges mnésiques dans lesquels le cœur battant de Duisbourg caracole au rythme des blés et d’autres céréales, emblèmes de ce quartier que l’on dénommait le « panier à pain de la Ruhr », ses lignes d’épure blanches comme autant de veines irriguant le présent de toutes les sèves ancestrales, à l’instar de cette rigole construite de conserve avec l’architecte Zvi Hecker, concepteur du centre communautaire juif, ruisselant telle eau neuve en direction de l’ancienne synagogue détruite lors de la Nuit de Cristal… Oui, la ville a su rallumer différents phares-remparts pour se protéger de nouvelles déviances.

Regain au Jardin du souvenir, © Sabine Aussenac

L’autre côté de moi 

L’autre côté de moi sur la rive rhénane. Mes étés ont aussi des couleurs de houblon.

Immensité d’un ciel changeant, exotique rhubarbe. Mon Allemagne, le Brunnen du grand parc, pain noir du bonheur.

Plus tard, les charniers.

Il me tend « Exodus » et mille étoiles jaunes. L’homme de ma vie fait de moi la diseuse.

Lettres du front de l’est de mon grand-père, et l’odeur de gazon coupé.

Mon Allemagne, entre chevreuils et cendres.

Parmi les œuvres de Wilhelm Lehmbruck reléguées au rang d’art « dégénéré », la sculpture emblématique de La femme agenouillée (Die Knieende),avait été déboulonnée une première fois dès 1927 de sa place initiale devant le théâtre de la ville par des contempteurs de l’art expressionniste, avant d’être confisquée par le régime national-socialiste.

Die Kniende, © Sabine Aussenac

Le retour de cette œuvre dans le Kant Park lors de l’ouverture du Lehmbruck Museum signa aussi une réconciliation de la cité rhénane avec son passé antérieur, adoucissant la césure de la Shoah et du nazisme. Les habitants de Duisbourg se sont très vite approprié le lieu, combinant déambulations dans le centre-ville tout proche et bien achalandé, pique-nique dans le jardin public et visites d’expositions, tandis que l’édifice accueillit au fil des ans non seulement des amateurs de sculpture, mais aussi d’architecture, tant la renommée du bâtiment se fit internationale…

Haïku des lumières

Lehmbruck Museum

Chiasmes entre l’art et le ciel

Duisbourg Or du Rhin

En pénétrant dans le sas d’entrée après avoir gravi quelques marches, après la découverte apéritive de sculptures disséminées dans le parc, les visiteurs sont d’emblée frappés par l’immédiateté, la proximité des œuvres. Le musée n’abrite pas moins de 300 peintures, 500 dessins et plus de 1000 sculptures, de très grands noms comme Magritte, Dali, Picasso, Käthe Kollwitz ou Giacometti côtoyant les sculptures de Wilhelm Lehmbruck.

La politique curatoriale fait graviter au fil des ans de nombreuses expositions dédiées à divers artistes tout en consacrant toujours une exposition annuelle à Lehmbruck lui-même, et la part belle est faite à l’ouverture vers le grand public et à l’éducation.

  • Papa, papa, regarde !
  • Oui, Nour, quoi ?
  • Les dames, là, dans la maison : elles sont toutes nues !!
  • Ferme les yeux, ferme les yeux, Nour, viens, ma chérie, donne la main à ton frère, on va jouer plus loin…

La petite famille de réfugiés syriens, venue se reposer dans le grand parc au centre de Duisbourg après des démarches administratives, se détourne pudiquement des grandes baies vitrées à travers lesquelles le bronze de statues hiératiques scintille dans la belle lumière d’automne…

C’est ainsi que divers projets ont été consacrés à l’intégration via l’art des migrants et réfugiés, la municipalité et la direction du musée s’unissant dans une perspective commune, comme lorsqu’en 2017 l’exposition „Frauen(T)räume“, au titre doublement signifiant puisqu’il peut être lu comme « Rêves de femmes » ou comme « Espaces de femmes », a permis à des femmes issues de la nouvelle immigration de s’approprier la dimension culturelle du musée, l’ancrant une fois de plus dans une cosmologie sociétale pluri citoyenne : l’art, passerelle entre les mondes, fait sens en permettant à des populations meurtries par des conflits de redécouvrir la paix de l’âme.

https://www.waz.de/staedte/duisburg/article212846783/patchwork-projekt-im-museum-ueber-identitaet-und-flucht.html

Les femmes, les femmes sculptées, ce sont elles qui me bouleversent le plus lorsque je flâne et me perds entre les niveaux du musée. La statue de celle qui se nomme justement La Duisbourgeoise (Die Duisburgerin), qui a été la seule sculpture vendue du vivant de l’artiste, offre un corps voluptueux aux regards mais porte sur son visage les stigmates de toutes ces mères-courage ayant traversé l’histoire de la ville, emblème de ces femmes ayant parfois perdu tous leurs fils lors de la première guerre mondiale, comme la grand-mère paternelle de mon grand-père allemand dont les quatre fils étaient tombés dans la Somme, de ces Trümmerfrauen (littéralement femmes des décombres) qui, fichu sur la tête, ont déblayé pierre après pierre les ruines fumantes de la ville éventrée par les bombardements alliés, ceux qui faisaient hurler de terreur ma propre mère qui n’était qu’une enfant innocente… Wilhelm Lehmbruck a façonné à sa Duisbourgeoise un visage aux traits un peu moins anonymisés que ceux des autres sculptures, permettant aux visiteurs d’y reconnaître des émotions précises.

Die Duisburgerin, 1910/12, © Sabine Aussenac

Quand leur bronze sourit

En colombes furtives apaisées de réel,
Les poitrines se galbent, élancées en plein ciel.
Tourterelles subtiles, telles oiselles endormies,
Elles frémissent en rêve, quand leur bronze sourit.

Souvent pourtant il brouillera les pistes et façonnera des visages empreints de la quintessence de l’humanité auxquels chaque visiteuse et chaque visiteur du musée peuvent s’identifier, d’âme à âme, sur le modèle de sa Grande penseuse (Große Sinnende) qui toise les visiteurs de ses grands yeux à peine ébauchés, les incitant à la réflexion du haut de son corps hiératique et pré nubile. Cette statue-là m’évoque invariablement la jeune sœur de ma mère et la meilleure amie de cette dernière, toutes deux devenues sculptrices et ayant aussi modelé des corps de femmes, sans nul doute inspirées par la fréquentation du musée du temps de leur adolescence, et elles-mêmes si inspirantes puisque je leur dois mon amour de l’art…

https://www.ludvanvorstenbosch.nl/edirector.html (le site de ma marraine, meilleure amie de ma mère.)

Große Sinnende, 1913, photo Andreas Hofmann

Émouvantes rondeurs de ces seins martelés,
Qui se donnent impudiques en leurs corps dévoilés.
Et la pierre respire, le burin la caresse,
Toute femme est lumière, la statue une messe.

C’est d’ailleurs toute une lignée familiale qui m’interpelle lorsque je contemple cette Mère à l’enfant (Mutter mit Kind) : cette mère agenouillée enveloppant de ses bras un nourrisson, le couvant du regard tandis qu’il lève les yeux sur elle m’évoque tout un héritage rhénan, avec mes arrière-grands-mères allemandes, Wiebke et Sofie, ma grand-mère Anneliese et ma propre mère dans ce geste de pure tendresse maternelle si intemporel et précieux. Qu’un homme soit capable de modeler cette ode à la maternité m’ancre dans la certitude que l’art n’est pas vain, tant cette œuvre respire la vie.

Mutter mit Kind, 1907, © Sabine Aussenac
Mutter mit Kind, 1907, © Sabine Aussenac

Au musée endormi le visiteur frissonne,
Il découvre égaré les langueurs des Madones
Qui lui offrent ce sein comme au matin du monde,

Cette statue trouve un immense écho dans la bouleversante sculpture de Käthe Kollwitz que l’on peut aussi admirer au musée Lehmbruck : sa Mère aux deux enfants (Mutter mit zwei Kindern), qui les tient serrés contre elle, mère-louve face au monde, fait pendant à la maternité vue par Lehmbruck.

Käthe Kollwitz, Mutter mit zwei Kindern, 1923/1937, © Sabine Aussenac

Plus loin, je pars à la rencontre des hommes de ma famille allemande, croisant un Garçonnet assis (Sitzender Knabe) qui m’évoque mon oncle Klaus, que je n’ai jamais connu puisqu’il est mort tout jeune, quelques années après la fin de la guerre, d’un cancer, Klaus dont la joyeuse mémoire a accompagné ma grand-mère jusqu’à la fin de ses jours…

Sitzender Knabe, 1910, © Sabine Aussenac
Klaus Neuhoff

Enfin, en me figeant devant Celui qui est tombé (Der Gestürzte), je me replonge dans une réflexion autour des guerres meurtrières qui ont ensanglanté notre Europe et qui perdurent hélas aujourd’hui aux quatre coins du globe, me souvenant des silences de mon grand-père autour de ce passé difficile.

Der Gestürzte, 1915/16, © Sabine Aussenac
Mes grands-parents allemands, Anneliese et Erich, peu après la fin de la guerre.

Mais au détour d’un autre étage je fais face à L’Avenir des statues, de Magritte, et le masque mortuaire de Napoléon que l’artiste a recouvert de nuages me réconcilie illico avec l’espérance, en m’ancrant dans la certitude que la fugacité de nos modestes vies humaines est bel et bien embellie par l’art. Regarder ces sculptures en observant leurs ombres projetées sur les murs par la lumière naturelle tombant des grandes parois vitrées, ou en accrochant justement distraitement son regard à quelque nuage cheminant au-dessus du musée ou aux grands arbres du parc, c’est aussi se sentir doublement vivant grâce aux inspirations croisées de l’esthétique et de la nature.

Et la pierre s’éveille, jeune fille en printemps,
Sa douceur auréole une valse à mille temps.
Les tétins si mutins aux grincheux font la fronde.

Détail de la sculpture Die Kniende, © Sabine Aussenac

Le Lehmbruck Museum respire. Au sein de son architecture aérienne, l’art n’est pas simplement accroché comme une collection de papillons épinglée aux murs, mais en transit entre les peuples et les siècles. Les cloisonnements habituels entre l’œuvre et sa réception ont été déverrouillés grâce à la transparence offerte par le riche imaginaire de Manfred Lehmbruck : lors des festivités autour du cinquantenaire du musée, sa fille raconta qu’il avait conçu une maquette de verre dans laquelle il agença les œuvres miniaturisées de son père, les faisant miroiter au soleil. Grâce au génie architectural de ce visionnaire, l’art et la lumière ont offert à la ville ce pneuma où les yeux brillants des visiteurs font écho aux rayons de lumière baignant les œuvres et aux scintillements des eaux du Rhin, là « où bat mon cœur », comme le chante Philipp Eisenblätter dans son ode à Duisbourg reprenant par ces paroles l’hymne sportif de la ville (“Mein Herz schlägt numa hier“).

À Duisbourg, ville plurielle, on aime le football et la sculpture, et on est fier d’un passé ouvrier et d’un présent multiculturel. Dans le « quartier des poètes » à Hamborn furent plantés plusieurs arbres en hommages à des auteurs turcs, comme celui dédié à la poétesse Gülten Akım qui affirme : « En chaque réfugié pousse un buisson de roses » (« Her mültecinin içinde bir gül ağacı boylanır »).

Les miroitements infinis du Lehmbruck Museum reflètent cette beauté du monde.

**

Jeux d’ombres et de lumière au musée:

Torso des Mädchens, sich umwendend (auch: Torso der Schreitenden), um 1914, © Sabine Aussenac (Torse de jeune fille en rotation, ou Torse de la marcheuse)

https://www.duisburg.de/

D’autres textes sur Duisbourg sont à retrouver au gré de mes blogs ou sites internet.

Phlipp Eisenblätter interprétant sa chanson sur Duisbourg lors de la tournée littéraire de 2023 organisée avec la Rose Ausländer Gesellschaft et la société franco-allemande de Duisbourg, un projet soutenu par le Fonds Citoyen franco-allemand. Lieu: DPaN

https://www.dasplusamneumarkt.de/

NB: Cette beauté du monde a participé au prix d’architecture Le Même en 2025:

Ce texte écrit il y a quelques mois pour ce prix d’architecture est mis en ligne en ce 28 février 2026; hier, une guerre a éclaté entre le Pakistan et l’Afghanistan. Aujourd’hui, c’est tout le Proche et Moyen-Orient qui sont à feu et à sang. Puisse la paix advenir, puissent les réconciliations se faire un jour, comme cela a été le cas entre mes deux patries

https://www.facebook.com/1138188420/videos/a.10209969198003385/214478808230746

Trois #prix littéraires en deux semaines! #littérature #concours #revues #poésie #Rilke

Belle moisson de succès ces derniers temps pour mes créations! Petit à petit, l’oiselle fait son nid et se sent chanceuse de cette reconnaissance par ses pairs!

Merci tout d’abord à l’ami Pierre Perrin qui, en juin dernier, a eu la gentillesse d’accueillir ma plume dans sa magnifique revue Possibles! Quel bonheur que de figurer dans le numéro 36 de cette très belle parution, aux côtés de grands noms dont vous trouverez la liste dans le sommaire!

http://possibles3.free.fr/num36.php

Pierre Perrin est non seulement éditeur, mais aussi un merveilleux poète doublé d’un romancier, qui a aussi ajouté à ses cordes une activité de critique littéraire. Il avait été lauréat en 1996 du prix Kowalski pour un recueil intitulé La vie crépusculaire. J’ai la chance de le compter parmi mes « amis Facebook » et il nous régale régulièrement de sa plume douce et très juste.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Perrin_(%C3%A9crivain)

La revue Possibles, crée en 1975, rassemble ainsi au gré de ses numéros poésie et prose, fragments, textes courts, réflexions, et permet aussi souvent de retrouver un hommage particulier à une autrice ou à un auteur. Je vous invite à découvrir les cheminements de ces amoureux de notre langue française que Pierre sait si judicieusement faire cohabiter.

La rentrée de septembre apporta son lot d’allégresses avec la mise en ligne de la formidable émission de France Culture concoctée par Julien Thèves, qui est d’ailleurs un confrère en écriture, consacrée à Paula Modersohn-Becker: j’ai eu la chance de participer à l’émission et d’y côtoyer non seulement mes amis curateurs de Brême et de Worpswede, mais les magnifiques autrices que sont Maïa Brami et Marie Darrieussecq, ainsi que la peintre Maude Maris. Nous avons essayé de brosser un portrait à la hauteur de « notre Paula », si fantastique, dont une œuvre vient justement d’être vendue aux enchères pour plusieurs millions d’euros! Quelle belle reconnaissance !

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/toute-une-vie/paula-modersohn-becker-1876-1907-la-peinture-absolument-9049725

https://www.artmajeur.com/fr/magazine/2-actualites-artistiques/quand-l-art-degenere-triomphe-l-autoportrait-de-paula-modersohn-becker-pulverise-son-record-aux-encheres/340057

Un honneur ne venant, à l’instar du bonheur, jamais seul, j’ai eu la joie de recevoir dernièrement le premier prix de la section « anacréontique » des superbes Joutes poétiques de la société des Rosati d’Arras! Ces joutes sont la version « nordique » de nos Jeux Floraux toulousains, et je vous laisse imaginer ma joie d’y avoir été distinguée.

De Toulouse vers cette perle du Nord le chemin est bien long, et, si je n’ai pas eu le loisir de me rendre à la remise des prix, j’ai pu recevoir la lecture de mon texte en vidéo, que je vous partage ici:

Lecture de mon texte par Madame Francine Grosdenis

Tu es devenu le soleil à la Meuse

Tu es devenu le soleil à ma Meuse

Il fera doux ce jour comme un printemps lilas

Ma jupe sera courte et mon panty de soie

Je ne sais plus vivre sans me dire amoureuse

Tu es devenu le soleil à ma Meuse

Toi mon Rimbaud brûlant mon astre imaginé

Nos textos échangés font de moi Sévigné

Tant de lettres à l’amant tant de tendres murmures

Je ne veux plus parler ouvre la fermeture

Laissons glisser les soies déchire ce corset

Prends moi là nue offerte envahie de baisers

Je veux déshabiller ton corps d’éphèbe aimant

Ne plus craindre les doutes habiter dans l’instant

Tu auras un regard comme brasier heureux

Tes mains seront tisons embrasés dans le feu

Ton souffle inachevé enfin sera tempête

Sur mes seins délivrés tu glisseras ta tête

Nous serons symphonie toccata et arpèges

Mes soupirs voleront comme flocons de neige

Tes émerveillements ta douceur tes morsures

Mes encorbellements le bonheur qui rassure

Nos mots nous le disaient nos corps le prouveront

Tu remontes à ma source au Mont Gerbier de Jonc

Je t’amène bateau ivre en voyage immobile

Cette étreinte attendue aura couleur des îles.

La société des Rosati est donc une société littéraire d’Arras, fondée le 12 juin 1778. Elle est célèbre pour avoir compté Lazare Carnot et Maximilien de Robespierre ainsi que Maurice Fombeure parmi ses membres, et surtout très reconnue pour sa participation active à la vie culturelle et artistique de la région.

On est admis dans la société par cooptation, en étant présenté par une marraine ou un parrain. Dans un souci de perpétuer la philosophie du « Gay savoir » et de préserver la cohésion du groupe, l’admission se fait à l’unanimité.

Les Rosati du XXIè siècle continuent de respecter le rite de réception créé en 1787. La première fois, trois jeunes filles présentèrent au public une rose, une coupe de vin rosé et donnèrent un baiser fraternel. Aujourd’hui, ce sont de jeunes ballerines portées par l’hymne des Rosati, écrit par Marcel Legay, « Écoute ô mon cœur », qui évoluent sur la scène lors du gala de remise des prix. Je vous livre ici le livret de l’édition 2026:

Un autre de mes textes a retenu l’attention d’un jury lors du premier concours de poésie de la ville de Gruissan!

Cette première édition a été inaugurée avec brio par un florilège de créations superbes et par une très jolie brochure dans laquelle une citation de Paul Celan, si cher à mon coeur puisque compatriote de Rose Ausländer, côtoie les mots des organisateurs: « Je ne fais pas de différence entre un poème et une poignée de main. »

C’est bien ce sentiment de fraternité littéraire qui a porté les esprits et les âmes autour des éblouissantes lumières de la Méditerranée, grâce à l’association Les Voix de l’Orgue et à la municipalité de Gruissan dont le maire, Didier Codorniou, écrit: « La poésie est un souffle qui réunit. » Nos textes seront de plus mis en musique, ce qui représente toujours une belle synesthésie artistique…

https://www.delphe-arts-philo.org/

Enfin, il faudra patienter quelques mois avant que je ne vous révèle mon classement à un superbe concours de nouvelles dont je sais d’ores et déjà que je suis lauréate. Rendez-vous au printemps pour l’annonce définitive du palmarès et pour la lecture de ma nouvelle.

Je l’avoue: j’aime ce petit frisson des concours littéraires, cette idée de se colleter avec d’autres esprits autour d’un thème ou d’une région… Oh, bien sûr, ce n’est pas le Goncourt, et je suis bien souvent évincée ou seulement second couteau, mais ce petit aiguillon de l’émulation nous pousse à nous dépasser! Et puis ça me rappelle sans doute l’agrégation à laquelle je me suis inscrite (sans la travailler vraiment…) tant de fois! Car je n’aimais rien tant que ces sept heures d’écriture autour d’un sujet donné lors des épreuves de dissertation, avec cette pression temporelle et cette obligation de rendre une copie parfaite! (On notera que le jour où j’ai compris qu’en fait, ce que je désirais, c’était avant tout écrire – et, au passage, être lue! -, j’ai à la fois réussi le concours et commencé mon cheminement d’autrice…)

Et c’est aussi très porteur que de n’être pas simplement seul dans cet acte de création, mais, au bout du compte, souvent associé.e à d’autres talents dans les revues et brochures où l’on peut découvrir les textes lauréats… C’est pourquoi je continue à jouer le jeu des concours d’écriture! Ce n’est pas tant la récompense qui compte que le fait d’oser participer, même si l’on n’arrive pas sur le podium des lauréats…

Vous pouvez retrouver mes textes sur de nombreux supports, comme dans les magnifiques recueils de nouvelles du Prix de la Nouvelle George Sand, concours dans lequel mes textes ont été régulièrement distingués et auquel je participer quasi religieusement! Mes nouvelles « L’enfant des Matelles », « Puella sum » ou « Les mains de Baptistin » (les deux derniers textes sont aussi à retrouver sur ce blog…) y figurent, par exemple…

https://www.concours-georgesand.fr/publication.html

https://www.concours-georgesand.fr/publication/7/-ricochets-

https://la-nouvelle-george-sand.jimdosite.com/actualites/

Mon texte « Le rossignol et la burqa » se trouve dans l’un des recueils publiés par L’Encrier Renversé de Castres, et il en va de même pour certains de mes poèmes à retrouver en revues…

https://www.ladepeche.fr/article/2012/03/05/1297774-un-joli-cru-pour-l-encrier-renverse.html

Pour retrouver tous les prix que j’ai eu le bonheur de remporter:

https://www.sabineaussenac.com/cv/portfolios/cv-litteraire-2024-25

Je profite de ce petit résumé littéraire pour vous annoncer la prochaine parution de ce qui constituera j’espère un magnifique ouvrage autour du Tarn et de mes racines paysannes paternelles, un opus mêlant poésies dédiées aux personnalités et aux lieux emblématiques de ce beau département et proses racontant la vie de mes ancêtres, gens de peu, paysans, journaliers de la vallée de l’Agoût, jusqu’au début du dix-neuvième siècle. Ce livre paraîtra en 2026 dans une superbe maison d’édition, en français…et en occitan, puisque je traduis mes textes dans la « lenga nostra » à laquelle je suis très attachée! Plus d’infos très prochainement!

J’aimerais en ce 4 décembre conclure ces miscellanées littéraires par un hommage à mon cher Rainer Maria Rilke, né le 4 décembre 1875 dans la merveilleuse ville de Prague et dont nous commémorerons en 2026 le centenaire de la mort (il s’est éteint le 29 décembre 1926 à Montreux.)

Photo du poète devant le musée du Barkenhoff à Worpswede, Basse-Saxe

Vous savez, si vous me lisez, que je travaille assidument à ma thèse de doctorat en recherche-création autour de la colonie d’artistes de Worpswede et de trois de ses créatrices, Paula Modersohn-Becker, Martha Vogeler et… Clara Westhoff-Rilke, qui fut l’épouse du poète! Ce dernier consacra d’ailleurs une célèbre monographie aux artistes de Worpswede et à ce lieu envoûtant; en juillet, lors de mon séjour Erasmus d’un mois (je suis partie, invitée par l’association des musées de Worpswede, interviewer des artistes et des responsables curatoriaux, et ces entretiens, dont certains sont en ligne, feront aussi partie intégrante de la pièce de théâtre qui sera présentée lors de ma soutenance…) j’ai été très émue de tenir entre mes mains un des premiers exemplaires de ce texte, lors de ma visite à la Fondation Paula Modersohn-Becker.

https://www.pmb-stiftung.de/

Si Clara Westhoff et Rainer Maria Rilke ne vécurent ensemble que très peu de temps et que bien d’autres femmes occupèrent le cœur du poète, ils ne divorcèrent pas et conservèrent un lien affectif et intellectuel majeur. Clara s’éloigna d’ailleurs à peine de Worpswede et partit s’installer avec leur fille Ruth à Fischerhude, un autre village de Basse-Saxe. Sa maison, devenu un café, se nomme toujours « Das Rilke-Haus »…

http://www.cafe-im-rilke-haus.de/

Et dans cette dénomination aussi on peut percevoir l’invisibilisation de la sculptrice, dont la présence en ce lieu est éclipsée par la renommée de son auguste époux – cette thématique fait partie des fils conducteurs de ma thèse…

Clara Westhoff-Rilke et Rainer Maria Rilke

Cependant, en ce jour d’anniversaire, l’heure n’est pas à la polémique mais à l’hommage!

Un dieu le peut… 

Un dieu le peut. Mais comment, dis,
l’homme le suivrait-il sur son étroite lyre ?
Son esprit se bifurque. Au carrefour de deux
Chemins du cœur il n’est nul temple d’Apollon.

Le chant que tu enseignes n’est point désir :
ni un espoir, enfin comblé, de prétendant.
Chanter c’est être. C’est au dieu facile.
Mais quand sommes-nous ? Et quand

met-il en nous la terre et les étoiles ?
Non, ce n’est rien d’aimer, jeune homme, même si
ta voix force ta bouche, — mais apprends

à oublier le sursaut de ton cri. Il passe.
Chanter vraiment, ah ! c’est un autre souffle.
Un souffle autour de rien. Un vol en Dieu. Un vent.

Cité dans

https://www.eternels-eclairs.fr/poemes-rilke.php

J’en profite pour mettre le lien vers une création digitale autour de Rilke présentée il y a quelques mois lors d’une journée d’études, dont le texte figurera bientôt dans une grande revue universitaire; en cliquant sur ma chaîne, vous retrouverez les vidéos autour de Worpswede déjà mises en ligne.

Je me permets enfin de reposter ce texte de 2011, avec sa splendide mise en mots par mon amie Corinne… Je ne suis ni Rilke ni détentrice d’un « grand » prix littéraire, mais j’ai commis cette brève réécriture des célèbres « Lettres à un jeune poète »:

Chère jeune poétesse!

Vous me demandez si vos poèmes méritent d’être nommés poèmes. Vous me demandez si vous êtes une poétesse.

Que vous répondre, chère jeune poétesse, que vous répondre, si ce n’est que la nuit vous sera vie.

La nuit, lorsque soufflera l’Autan et que Garonne gémira comme femme en gésine, vous le saurez.

La nuit, lorsque seul le rossignol entendra vos soupirs, vous le vivrez.

Vous vivrez ces instants où le mot se fait Homme, où quand d’un corps malade jaillit cette étincelle que d’aucuns nomment Verbe, quand certains la dédaignent; les étoiles apparaissent, et des mondes s’éteignent.

Vous me demandez, jeune amie, si vous êtes faite pour ce métier d’écrivain.

Mais écrire, belle enfant, ce n’est point un métier, ce n’est pas un ouvrage.

Poésie et argent ne font pas bon ménage, poésie est jalouse, et le temps est outrage.
Vous verrez le soleil dédaigner vos journées, et les ors, les fracas, les soirées et les fêtes, bien des autres y riront, se payant votre tête.

Seule au monde et amère, comme un fauve en cavale, vous lirez, vous irez, sachant mers et campagnes, portant haut vos seins doux, vos enfants en Cocagne. Loin de vous les amours, parfois quelque champagne.

Mais les mots, jeune amie, les mots, ils seront vôtres.

Vous les malaxerez comme on fait du pain frais, vous les disposerez en lilas et bouquets, vous en ferez des notes, des sonates, des coffrets.

Et quand au jour dernier vous serez affaiblie, vos mains seules en errance, votre bouche enfiévrée, on vous murmurera qu’on vous a tant aimée.

Mais il sera trop tard: vos vers auront fugué.

Alors soudain des peuples chanteront vos ramages, on vous récitera, des statues souriront; un écolier ému relira quelque page. Et un soir, quelque part, au fin fond d’un village, ou dans un bidonville, enfumé et bruyant, une jeune fille timide osera les écrire, ses premiers vers d’enfant, vous prenant en modèle.

Alors ma jeune amie, ce jour-là, doucement, comme en ronde éternelle:

vous serez poétesse.

Vous trouverez peut-être que cet article part dans tous les sens… Mais je n’ai jamais su choisir entre mes deux pays, entre toutes mes passions, et « il me faudrait mille ans » pour écrire tout ce dont j’ai envie de parler, comme le raconte ce texte ou ces méli-mélo de poèmes…

https://www.poesie-sabine-aussenac.com/

Et si vous aussi, vous tentiez votre chance en écriture??

** Lien vers un site répertoriant tous les concours de nouvelles:

** Lien vers un site collectant les concours de poésie, et autre lien vers nos chers Jeux Floraux toulousains!

http://www.poetika17.com/concourspoesie.html

Quand sur Sainte-Victoire les cigales s’endorment #PrintempsdesPoètes #poésie #Cézanne

 

Dans les lézardes du temps

poussent des herbes

folles, graminées de lumière en parfum de

soleil.

 

Pierres sèches des ans en lisières

de jour, murs d’enceinte ou bâtis

façonnés d’habitudes et soudain:

 

la trouée. Tiges graciles et têtues,

floconneuses ou herbeuses, et ces hampes

fleuries qui semblent symphonies.

 

Dans les lézardes du vent

chantent des âmes

folles, sœurs malgré les distances

et tous les impossibles,

improbables colombes envahies

de lilas.

 

Car le monde est multiple

et les chemins toujours descendront vers

la grève, cent fauvismes à leurs trousses au regard

ébloui, quand sur Sainte-Victoire

 

les cigales s’endorment et qu’un grand

bonheur soudain vient embraser la

mer en long baiser d’amour aux

ocres des amants.

Bon Printemps des Poètes à toutes et tous!

https://www.printempsdespoetes.com/Edition2023

Certes, ce texte-là est loin de la thématique choisie en 2023, « Frontières », mais, attaquée par le covid, j’ai simplement eu envie de lumière…

Quelques liens vers certains de mes textes évoquant des frontières

https://literaturoutdoors.com/2022/12/20/et-cette-clef-sabine-aussenac-schriftstellerin-_-give-peace-a-chance-_-toulouse-fra-20-12-2022/comment-page-1/

#GivePeaceAChance #acrostiche pour la #paix, un projet de Walter Pobaschnig

Quel honneur m’a fait Walter Pobaschnig en m’invitant à rédiger un acrostiche autour de la paix sur son superbe blog littéraire autrichien (Literatur outdoors – Worte sind Wege) autour du projet #GivePeaceAChance!

Je vous invite à découvrir son travail et les centaines de rendez-vous littéraires et artistiques sous la forme d’interviews poétiques, de textes divers et de superbes photos !

https://literaturoutdoors.com/

Son « Insta » vous fera rêver aussi:

https://www.instagram.com/w_pobaschnig/?hl=fr

Voici le lien vers mon texte, rédigé en deux langues :

Und diese Chiffre

**

Gestern die Rosen, ruhig und sanft,

im Garten fast fliegend

vor Freude und Glanz. Heute kahle

Erde, die Gräber so viel,

**

Puppen so einsam, in Ruinen

erstarrt, als seien die Kinder

auf einmal verschwunden.

Chöre des Schweigens walten durch verwüstete Wiesen.

Entfernte Gegend, Zypresse und Zitronenduft…

**

Auch das Meer blutet, Fische fressend Kinderleichen,

**

Chaos, Schreie, man floh vor Krieg und

Hunger und nun ertrinkt die Hoffnung im Morgenrot.

An allen Ecken der Welt eine einzige

Nation des Leidens und diese

Chiffre: Frieden, die Urantwort,

Erbe, Zukunft und Traum: Give Peace A Chance!

***

***

Et cette clef

**

Garder, autrefois, les roses calmes et tendres,

imaginer au jardin leur

vol en allégresse et éclat. Aujourd’hui terre brûlée

envahie de tombes si nombreuses,

**

poupées si esseulées dans les ruines,

en état de sidération, comme si les enfants

avaient disparu tout d’un coup.

Chorégies du silence parcourant des prairies dévastées.

En terres lointaines cyprès et parfums de citrons… Là

**

aussi, la mer saigne, poissons dévorant des cadavres d’enfants,

**

chaos, cris, on a fui la guerre et la faim :

horizon rougi d’une aurore où l’espérance se noie.

Alliance des nations en souffrance

nichées en chaque coin du monde, et cette

clef : paix, ontologique réponse, héritage

en avenir et en rêves : Give Peace A Chance !

Je ne suis pas folle mon amour… #JeanJacquesBeineix #cinéma #37,2 #Diva les #films de nos #20ans

Les films de nos 20 ans, de nos 30 ans…

Subway, le sourire dément de Christophe Lambert, les patins de Jean-Hugues Anglade, l’air tendrement triste d’Isabelle Adjani. Éros et thanatos dans le métro, bouleversant. Je ne traverse jamais Paris sans voir ce trio bousculer ma jeunesse.

Tchao Pantin, la bonhomie meurtrière de Coluche, les jambes interminables et le regard intense d’Agnès Soral, la désespérance de Richard Anconina. Une éternelle histoire de vengeance, aussi vieille que l’humanité. Je n’ai pas le permis, mais chaque station service me rappelle le deuil du petit loubard attendrissant.

L’été meurtrier, les cigales déchirant le sourire d’Isabelle, encore elle, l’air de Pierrot ahuri d’Alain Souchon, et toujours éros et thanatos,  en Provence. Un jour, lors d’une dispute, j’ai jeté le roman éponyme dans l’eau de la Méditerranée. Gondolé, usé, je crois qu’il renferme encore le sable de nos jeunesses.

La femme d’à côté, la voix terriblement douce de Depardieu terriblement fort, et Fanny Ardant, sa voix rauque tellement sensuelle. On se damnerait pour ces voix. Nous sommes tous adultérins, le contraire est impensable.

J’ai épousé une ombre, Nathalie Baye, fragile femme puissante… Depuis, je ne peux me retrouver dans les toilettes d’un train sans penser à une bague, à une robe et à un accident; j’ai toujours imaginé croiser Francis Huster en buvant un Sauternes.

Le vieux fusil, le rire de Romy, la tendresse pataude de Philippe Noiret, les fulgurances du lance-flammes aspergeant la pierre tutélaire de Bruniquel. Le pardon n’existe pas. Et pourtant, la beauté demeure.

37,2 le matin, le piano lancinant comme la mélopée des vagues, l’amour fou de Betty, son visage énucléé, la folie plus forte que l’amour. Et pourtant je souris en arpentant la plage de Gruissan, la plage de nos 20 ans, la plage de nos 30 ans.

Dédié à Jean-Jacques Beineix.

***

Nos étés de contrebande -texte de 2009

Allumer la lumière te regarder dormir rapporter les premières tulipes fermer les yeux crier en découvrant la toile comment savais-tu que c’était ce tableau revoir Bruges te faire découvrir le Béguinage regarder le ciel dentelé faire claquer les contrevents sur l’océan courir vers les rochers lire ensemble sur l’un de ces fauteuils anglais remettre une bûche crépiter d’aise aimer ta main frôlant mes cheveux tes lèvres sur mon cou m’alanguir croquer dans la première cerise sentir ce jus acidulé faire un vœu te regarder rire en zigzaguant sous le jet d’eau comme j’aurais aimé être la mère de tes enfants ne pas penser aux impossibles plutôt décoller pour New York serrer ta main j’ai toujours eu peur en avion mais tu ne risques rien ma chérie j’adorerais mourir avec toi on jouerait aux Tours Jumelles arrête tes blagues idiotes mais je plaisante allez souris à ton petit Paul Auster manger des baggles saluer La Liberté jouer à Love Story te faire découvrir les châteaux cathares Sète te raconter l’Exodus nous barbouiller de jus de groseilles te lécher le coin des lèvres hum c’est bon c’est sucré s’étourdir tu es fou encore oui n’arrête pas recommence tu me tues non n’arrête pas je m’en fiche personne ne regarde oh bonjour Madame Ouztairi oui vous avez raison il va repleuvoir les draps qui claquent dans le jardin les odeurs de lavande les cigales toujours les cigales même à Paris ne jamais oublier cet été-là les vols fous des hirondelles toujours tu me trouveras toujours belle ces foins coupés où tu m’entoures de tes bras de vingt ans la clairière où dansent les fées cette chambre tendre où tout intimidé tu joues les grands seigneurs en tremblant d’envie ta passion joyeuse tes mains d’organdi qui jalonnent ma peau de dentelles câline tes yeux qui me mangent ta bouche enhardie qui explore et dévore et parsème ma vie jamais je ne serai rassasiée de tes tendresses je fais provision de soleil d’éternel d’infini je mets nos folies en conserve je me fais gardienne de nos songes il suffira de relire le millésime pour avoir en bouche l’âpreté de ton désir violent la profondeur de nos jouissances les découvertes immenses les rives océanes de nos étés de contrebande volés murmurés fracturés nos étés où je jouerai Betty de 37,2 mais ne t’inquiète pas je ne suis pas folle mon amour, juste de toi, juste de toi.

https://short-edition.com/index.php/fr/auteur/sabine-aussenac

Le jour où j’ai vendu Rimbaud

Il fait un beau soleil d’automne, les asters fleurissent tendrement.

Nous sommes le deux, et mon compte est déjà à découvert, comme toujours depuis trois ans. Avez-vous déjà goûté à un colis de la Banque Alimentaire ?

Mes enfants m’ont demandé pourquoi il était écrit « Interdit à la vente », sur ces drôles de boîtes qui ressemblent à des raviolis pour chiens….

Déjà, il faut démarcher l’assistante sociale du Rectorat…Elle n’est pas débordée, a plutôt l’air de bailler aux corneilles dans son joli bureau placardé d’affiches vantant les méfaits du tabac. Poliment, elle daigne me taper un courrier à destination de l’épicerie sociale, et j’ai l’impression d’être Gérard Jugnot dans « Une époque formidable », c’est assez grisant. Un peu comme si j’allais passer à la télé pour la soirée des Enfoirés, sauf que je ne fais pas partie des bénévoles, mais des nécessiteux, ce qui est tout de même assez paradoxal avec un salaire d’enseignante…

Mon appartement se vide peu à peu des biens nécessaires, mais pas obligatoires…Le lave vaisselle est parti discrètement, tout comme le piano, ou encore les vieux vinyles de Dylan ou de Bécaud. Je garde sous le manteau, pour les jours de vraie disette, un trente trois tours des Chœurs de l’Armée Rouge et un quarante-cinq tours de Bill Haley et ses « Comètes »! Ils nous feront au moins un panier du Lidl…Surtout, ne pas dire à mes parents que ces reliques vont être vendues…

Pour mon bureau en chêne blond, récupéré dans les locaux de la CGT de la SNCF où travaillait mon premier mari, lorsque j’avais vingt ans, et qui, après des générations de fonctionnaires puis de révolutionnaires zélés, a vu passer toutes mes dissertations sur les Affinités Electives ou sur Bismarck, j’hésite…Le vendre serait un véritable crève cœur, car il est comme l’extension de mon âme, comme un fidèle compagnon d’infortune…

Ce matin, une jeune fille a découvert mon annonce placardée à la fac, et va venir fouiller dans ce que j’ai décrit comme « Les Puces au chaud » et « Une Bibliothèque de rêve ».

Je n’ai jamais classé mes livres, hormis quelques rayons spécifiques, comme les « beaux livres » ou les médecines douces. Depuis toujours, Hugo voisine avec Charlotte Link, Agatha Christie avec Platon, et, miracle de la mémoire visuelle, je suis capable de retrouver mes « petits » en cinq minutes, connaissant le recoin où se cachent Werther et Raskolnikov, ou encore les endroits où j’ai glissé photos, notes d’agreg, mots doux…

On sonne. Elle s’appelle Anna, est étudiante en Lettres Modernes, et elle est d’emblée émerveillée par l’abondance, le fouillis, le rangement à la diable, les vieux policiers qui épaulent les classiques et cette ambiance « quais de Seine »….

Soudain, elle le prend.

« Mon » Rimbaud. Mon recueil nrf de « Poésie/Gallimard », celui qui me suit depuis la Première quand, avec Marie-Claude, nous déclamions Ophélie sur les pelouses du lycée…

« -et l’infini terrible effara ton œil bleu ! »

Petite fille, j’ai vécu cinq ans à Charleville-Mézières, et l’un de mes premiers souvenirs, c’est ce petit pont qui mène au Musée Rimbaud, ce sont les arcades de la Place Ducale : atavisme, gémellité artistique ? Je me suis toujours senti une étrange sororité avec l’éphèbe rebelle.

Anna sourit, me demande si « je l’ai lu » …Les gens qui viennent à la maison demandent d’ailleurs souvent si « je les ai tous lus »…! Question étrange, si déplacée, incongrue, illicite, ridicule, que je ne peux qu’y répondre gentiment, en éludant la vérité…On ne va pas monter un Café Philo juste pour cette question, mais elle est pourtant extrêmement symptomatique du respect et de la crainte que la plupart des gens ont devant les livres et devant ceux qui les fréquentent…Non, justement, je n’ai pas « tout » lu, et c’est une de mes premières questions existentielles que je me posais, enfant…Comment trouver ce temps ?

Oui, Anna, j’ai lu Rimbaud. Non pas une fois, mais des centaines, des milliers de fois. J’en connais chaque vers, chaque parcelle d’émotion. C’est grâce à lui, à ses mots, que j’ai aimé la poésie, que j’ai compris que jamais je ne tenterais de transformer le monde, mais plutôt que je changerais la vie, ma vie…Portée par les couleurs et les illuminations d’Arthur, j’ai descendu des fleuves impassibles et embrassé des centaines d’aubes d’été. Ses voyelles m’ont aidé à comprendre les méridiens célaniens et les méandres proustiens, son portrait d’adolescent rageur et rêveur est toujours posé sur mon bureau, fragile icône qui m’aidé à traverser tant de saisons en enfer.

Voici venir le temps des assassins. Oh, ce n’est pas « Le choix de Sophie », il n’y a pas mort d’homme, mais juste cette reculade, cette petite prostitution. Vendre « mon » Rimbaud, ce serait véritablement vendre mon âme au diable, renoncer à ma dignité.

Je redresse la tête et, doucement, je lui reprends le livre, tout tâché, tout corné, plein de sable, de rêves, d’amour. Il ne partira pas, il restera auprès de nous quand les huissiers viendront saisir l’ordinateur et la télé, il me suivra encore dans le HLM où je vais sans doute devoir aller m’installer, moi qui rêvais d’une grande maison au milieu des tournesols, d’une véranda gorgée de soleil et ivre de passions, où j’aurais écrit mes romans fleuves…Il sera parmi mes derniers fidèles, avec mon exemplaire de l’Idiot présentant Gérard Philipe en couverture, avec mon Journal d’Anne Franck quadrillé de bleu et la méthode Boscher de mon père…

 Celui là n’est pas à vendre. 

Elle est retrouvée !

-Quoi ?- l’Eternité 

***

Ce petit texte a été écrit dans ces années où, entre divorce international et surendettement, j’ai goûté aux joies des « classes moyennes surendettées »…

ImPulsTanz: ou quand Vienne fait valser les conventions! #carnetdevoyageVienne3

ImPulsTanz: ou quand Vienne fait valser les conventions!

https://www.impulstanz.com/

Aucune description de photo disponible.

Si vous vous imaginez que Vienne est simplement la capitale de la valse, emportés que vous êtes par vos fantasmes de l’élégance suprême des robes froufroutantes et des tenues de gala ondoyant sur les parquets vernissés au son du beau Danube bleu, vous retardez presque d’un demi-siècle!

Car peu de temps après le solstice d’été, l’ancienne capitale austro-hongroise va se transformer en capitale mondiale de la danse, avec son cultissime festival international de danse: ImPulsTanz, véritable flamboyance kaléidoscopique où au gré de scènes plurielles émaillent la cité, depuis le palais du festival jusqu’aux musées, en passant par des scènes ouvertes, le monde entier vient sauter, virevolter, ondoyer, étonner, se contorsionner, s’élancer, se lover, exploser, s’exposer au rythme de musiques variées, bien loin des ambiances surannées des salles de bal traditionnelles et des ballets classiques…

Le festival foisonne de talents confirmés mais offre aussi un tremplin à la génération montante, tout en permettant au grand public de se mesurer aux professionnels et de progresser grâce à d’innombrables ateliers, les fameux “Workshops”. Et l’on assiste ainsi à un véritable renversement des valeurs, quand, au sortir d’une galerie des glaces aux encorbellements baroques, on se retrouve soudain pris dans les rets explosifs d’un spectacle de musique électronique, observant des danseurs exploser la nudité et une corporéité déchaînée, ou lorsque l’on est plongé, juste après un face-à-face avec les toiles des maîtres de la Renaissance contemplées au KHM, le musée …, dans la furie cathartique d’une démonstration de danse africaine: ImPulsTanz fait battre le cœur de Vienne à cent à l’heure, quand les horloges rilkéennes du Livre des Heures battent soudain la chamade et s’affolent au rythme de la modernité, bien loin des beautés immuables faisant passer Vienne pour une ville presque frileusement lovée dans l’Histoire.

Bien sûr, comme dans tous les endroits hype de la planète, vous y rencontrerez un certain type de festivaliers, comme en Avignon, au festival de poésie de Sète, à Cannes ou à Salzburg… Ici, pas de smocking ni de queues de pie, pas de décolletés plongeants, ni d’ailleurs de tatouages trop grunges ou de look métalleux comme dans les scènes alternatives des festivals de rock. Le public se reconnaît dans ce que les Allemands et les Autrichiens appellent le “Flair”, le “style branché”, adorant flâner dans les endroits où il fait bon d’être vu en parlant culture et contemporanéité ; les garçons portent le catogan et un sac de jute à l’effigie du festival, les filles sont naturelles, mais élégantes malgré tout, ça fleure bon les grandes marques de soins nordiques et les Birkenstock… Les en-cas sont vegans et l’on boit des jus d’herbe ou des smoothies, c’est un peu comme en Ars-en-Ré ou à Saint-Trop. Vienne s’est boboïsée, aussi branchée, le temps d’un festival, que Berlin ou LA… Et, partout, la magie opère: la danse s’infiltre dans tous les recoins de l’agora, Vienne danse comme elle respire, faisant sauter les verrous des certitudes culturelles, plongeant à bras-le-corps vers la modernité!

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C’est en 1984 que le manager culturel Karl Regensburger et le chorégraphe Ismaël Ivo ont baptisé les premières Semaines internationales de la danse ( die Internationales Tanzwochen) dans la métropole culturelle autrichienne. C’est à partir de là que Vienne, lors des Sommertanzwochen, (les semaines estivales de la danse), sous la direction de six professeurs d’université, parmi lesquels figuraient des artistes à la renommée internationale comme Joe Alegado ou Christina Caprioli, au fil des vingt ateliers disséminés dans le centre sportif universitaire, se forge une nouvelle culture chorégraphique. Dès 1985, une semaine hivernale de la danse -Wintertanzwoche- vient parfaire cette aventure. Puis, sous l’égide de George Tabori, qui va offrir son théâtre der Kreis – l’actuelle Schauspielhaus Wien, la maison des spectacles viennoise – à l’accueil des spectacles, le festival, au départ composé d’ateliers, va ajouter un volet performatif  à ses scènes en 1988, donnant naissance à l’actuel ImPulsTanz, avec les participations de Marie Chouinard ou de Ko Mirobushi, dont les noms font aujourd’hui partie intégrantes des plus grands festivals de danse d’Europe.

Au fil des ans, la recherche s’est aussi invitée dans l’aventure, puisqu’en 1990 c’est avec ImPulsTanz research que Karine Saporta, Suzanne Linke, Nina Martin et Mary Overlie ont encadré les projets de recherche et des travaux de chorégraphes et de danseurs; depuis des chorégraphes des scènes internationales non seulement présentent leurs créations, mais dirigent les ateliers destinés aux jeunes chorégraphes et aux danseurs débutants, et/ou visitent aux-mêmes les ateliers de leurs pairs. De plus, depuis 1990, un ambitieux programme de bourses choisi parmi 1500 candidatures venues de 40 pays 60 danseurs qui pourront ainsi se perfectionner grâce au danceWEBStpipendienprogramm.

Le festival a grandi, passant des ateliers des débuts à une plate-forme d’envergure internationale, brassant les cultures, incubateur de talents grâce aux passerelles entre danseurs et chorégraphes aguerris et néophytes, et surtout rendez-vous incontournable pour les Viennois fiers de leur ville, pour les touristes émerveillés et les fidèles aficionados. En 2001, la scène des Young Choreographers Series permet pour la première fois aux jeunes talents d’utiliser le lieu pour proposer leurs créations et performances et acquérir ainsi, une renommée internationale, grâce à des résidences d’artistes; en 2005, c’est encore un autre volet festif qui profitera de l’hospitalité de la salle ovale du musée MQ, puis du vestibule du Burgtheater, quand la Partyschiene soçial deviendra le clou “lounge” des festivités viennoises. Enfin, le festival s’est doté d’un prix depuis 2008, avec la naissance des Prix des Jardins d’Europe (European Prize for Emerging Choregraphy), avant d’être lui-même couronné en 2012 par le prix Bank Austria Kunstpreis, le plus prestigieux des prix culturels d’Autriche.

Je dois confesser que côté danse, je suis une sorte de brontosaure rétif. En fait, un divan m’aiderait sans doute à y voir plus clair, mais je pressens au fond de moi que tout est lié au refus d’une professeur de danse classique de l’école municipale d’Albi qui, tout net, débouta le petit rat en herbe que je rêvais de devenir, pour cause de surpoids. Voilà donc des lustres que je ressasse cette immense frustration de n’être pas devenue étoile, et que mon seuil de tolérance à la danse se situe à une vague rediffusion du lac des cygnes, et en tutu, sinon rien! Mais en cet été 2017, après avoir repris l’avion pour la première fois depuis 33 ans (et d’ailleurs essuyé glorieusement une… tornade qui s’abattait sur Vienne!),  j’avais décidé d’affronter mes rancœurs et mes  craintes.

Et je n’ai pas été déçue; je suis ressortie de ce festival transformée, chamboulée, allégée et éblouie. C’est qu’il y en a vraiment pour tous les goûts, entre les ateliers et les scènes éclatées, comme le stipulait le journal du festival en 2017, le bien nommé “Falter”, le papillon, puisque tout spectateur va pouvoir papillonner au gré de ses humeurs et envies… Le journal proposait ainsi de la danse pour les “poètes urbains”, citant le workshop de la rappeuse et slameuse Yasmin Hafdeh; mais aussi des spectacles pour les “non textiles”, comme on dit chez nous, au Cap, puisque la célèbre chorégraphe Doris Uhlich, forte de son ancienne performance “more than naked”, allait à nouveau animer son atelier “every body more than naked”, tandis que les plus jeunes n’étaient pas oubliés, grâce à l’atelier “Becoming animal”, dans lequel les blondinets  devaient ramper, bondir et s’ébrouer en dansant…

Doris Uhlich a d’ailleurs proposé une autre transversalité avec sa “Seismic Night”: son comparse Michael Turinsky, virevoltant du haut de son fauteuil roulant, faisant écho aux soubresauts fantasques de Doris, elle-même juchée sur une étrange machine vrombissante, incarnait ainsi une nouvelle corporéité, certes abîmée, tordue, déviante, et pourtant oh combien vivante et flamboyante. Qu’elle tressaille frénétiquement sur son moteur de machine à laver caché dans cette énorme boîte à rythmes ou qu’elle se la joue presque “trans” avec d’immenses bottes à talons, la chorégraphe fait de cette nouvelle cour des miracles l’antichambre du paradis, quand les valides et les infirmes, enfin, se font face, debout, couchés, en phase, égaux.

Et ce spectacle m’a semblé être la quintessence de ce festival et de l’idée même de la danse, qui rêve, incarnée, tous les méandres et toutes les folies de l’esprit, message polyphonique de toutes les beautés du Vivant.

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Impulstanz 2018 ne nous décevra pas! Le programme bouillonne et fredonne, s’élance et se donne, gracieux et fantasque, loufoque et parfait: vous y découvrirez la crème des contemporanéités et les stars de toujours, et, je vous l’assure, Vienne à nouveau fera de chaque festivalier un danseur étoile!

Anne Teresa De Keersmaeker / Rosas "Rosas Danst Rosas" © Anne Van Aerschot

https://www.impulstanz.com/performances/2018/programme/

https://www.impulstanz.com/videogallery/aid5576/

Comme une valse de Vienne #carnetdevoyageVienne1

Comme une valse de Vienne

 

Il suffit de lever les yeux.

Partout, sans cesse, de jour comme de nuit.

La beauté se niche dans les moindres recoins de la ville, envahissant les places et les larges avenues, escaladant les façades, se profilant comme une ligne d’horizon pérenne et sublimée.

De Vienne, je ne connaissais presque rien, hormis quelques souvenirs ancrés en ma mémoire, plutôt diffus, car noyés dans un très beau périple cyclotouriste que, jeune mariée à peine sortie de l’enfance, j’avais fait à 19 ans, entre Autriche et Forêt-Noire… Et nous n’avions passé qu’une journée dans la capitale, campant vers le Danube, entre les pentes escarpées, les prairies verdoyantes et les chalets fleuris d’une Autriche idyllique.

Je me souvenais de la lumière de ce ciel d’octobre, lactescente et diffuse, de la fabuleuse  serre à papillons non loin de l’Albertina, de ce parc immense où nous poussions, jeunes Français émerveillés, nos vélos déjà un peu épuisés par les cimes et l’air alpin, et de ces deux imposantes nefs de pierre se faisant face, deux musées, le Kunsthistorisches Museum (Musée des Beaux-Arts) construits en regard parfaitement symétrique du Naturhistorisches Museum (Musée d’histoire naturelle). Mon compagnon avait voulu visiter le muséum, et je ne gardais donc en mémoire que des images d’art précolombien, de plumes multicolores, de reptiles et de masques africains.

Du reste, je ne savais rien. C’est pourquoi j’étais si impatiente, l’été dernier, de plonger dans l’Histoire et de mettre des images sur tous les fastes impériaux dont je parlais souvent à mes élèves sans les connaître vraiment.

L’accueil de l’Office de tourisme envers une blogueuse française fut d’ailleurs tout simplement fastueux, lui aussi ! Nantie du « Vienne Pass », précieux sésame me permettant de voyager en illimité sur le réseau si bien achalandé, je me vis aussi offrir l’accès à des dégustations prometteuses dans des hauts-lieux de la gastronomie viennoise, tandis que les musées et le festival ImPulsTanz m’invitaient à découvrir collections et manifestations estivales… La légendaire hospitalité autrichienne n’est pas un vain mot, j’en fis la merveilleuse expérience tout au long de mon séjour.

C’est en fait en rentrant de Vienne et en redécouvrant des ruelles pourtant si familières et aimées que je pris douloureusement conscience du manque soudain de toute cette historicité et des grands espaces viennois, et surtout de la sensation oppressante d’étroitesse ressentie dans ma ville rose après cette escapade austro-hongroise… Plonger, au retour d’une ville où tout n’est que « luxe, calme et volupté », dans laquelle de larges boulevards et de grandes artères abritent un air presque alpin et pur, tant la circulation est policée et fluidifiée par la multiplicité des transports en commun, dans le caractère médiéval des venelles toulousaines et dans ma ville bien-aimée que soudain je trouvais non plus rose, mais grise, sale, encombrée, me fit prendre conscience de la magnificence unique de cette ville qui aimante, depuis des siècles, les arts, la musique et le Beau.

L’architecture, poumon séculaire de Vienne, séduit d’emblée le visiteur qui se retrouve soudain en posture de figurant dans quelque film historique, ébloui par la virtuosité de ces palais rencontrés à chaque coin de rue, par tous ces atlantes soutenant à bras le corps des murs aux encorbellements déliés, par les flèches élancées du Stephansdom (la cathédrale Saint-Étienne) et par la coupole et les ors baroques de la Karlskirche, quand il n’est pas éberlué par les facéties d’un Hundertwasser et de sa maison gironde et multicolore…

La ville vous aspire comme un tourbillon coloré, tantôt en suspens dans les couloirs du temps, lorsqu’au détour de quelque toile de musée ou devant quelque statue languissante vous vous retrouvez face au Baiser de Klimt ou en tête à tête avec le regard émouvant de Sissi, tantôt  en phase totale avec la modernité, au gré des scènes virevoltantes ou saccadées du festival ImPulsTanz , des troquets alternatifs et des tags longeant le canal du Danube ou des expositions ultra contemporaines du Mumok, le musée d’art moderne.

J’écris ce texte en surveillant le bac philo, dont l’un des sujets est : « Peut-on être insensible à l’art ? ». À Vienne, c’est tout bonnement impossible, impensable. Car l’art est partout, vous environne, vous englobe, vous caresse, vous dorlote, vous surprend, vous émeut, s’immisce en vous comme un doux poison vous inoculant ad vitam aeternam comme un parfum de Habsbourg…

Même le plus réfractaire des visiteurs finira par arpenter en fiacre sonnant et trébuchant les pavés tapissant la cour de la Hofburg (le Palais impérial) en faisant allégeance à l’imposante statue de Marie-Thérèse avant de s’élancer à l’assaut des petites places ombragées et des mémoires vives : Vienne est comme un livre d’histoire à ciel ouvert dont l’art serait le firmament.

Et la musique, que dire de la musique… L’ancienne capitale austro-hongroise n’a pas usurpé son titre de « capitale européenne de la musique », quand on sait qu’aucun Viennois ne passe une année sans aller qui à l’opéra, qui à l’un des innombrables concerts proposés par une armada de jeunes gens perruqués et poudrés qui, du haut de leur habit bleu roi ou pourpre, arpentent les rues piétonnes aux alentours de la cathédrale ou les abords de la Haus der Musik, (la Maison de la musique, un fabuleux musée interactif)  pour proposer quelque messe, requiem ou symphonie…

Bien entendu, le divin enfant prodige n’est jamais loin, et même si la folie des « Mozart Kugeln », ces délicieuses bouchées (littéralement « boules de Mozart » !) de pâte d’amande et de pistache enrobées de chocolat et de colifichets à l’effigie du Maestro n’égale pas celle de Salzbourg, Wolfgang Amadeus accueille le néophyte du haut du parterre en forme de clef de sol agrémentant sa statue, qui se dresse au cœur du Burggarten.

Au bout des allées d’un autre parc de la ville, très prisé des habitants, le Stadtpark, c’est un autre géant de la musique qui, tout étincelant de dorures et violon fringant au bras, fait valser Vienne et son Danube bleu… Johann Strauss, de ses compositions intemporelles, emblèmes des crinolines tournoyantes, accroît encore le romantisme échevelé de la ville aux valses à mille temps, du célèbre « bal des débutantes » au concert du nouvel an retransmis dans le monde entier.

J’embrassai cette ville avec passion, bercée par les lumières de ces cieux immenses veillant sur ces constructions plus étonnantes les unes que les autres, de l’imposante bibliothèque aux fastes du palais de Schönbrunn, valsant d’un musée à l’autre entre le Museumsquartier, les statues du Belvédère et les larmes du Musée juif, émerveillée par la luxuriance émeraude des parcs émaillant la ville, amusée par la typicité chantante de l’accent viennois, et surtout bouleversée de ma rencontre avec cette « Mitteleuropa« , berceau de tant de plumes dévorées depuis l’adolescence…

Combien de fois avais-je été moi-même veillée par les anges rilkéens, éblouie par les nostalgies d’un Stefan Zweig et emportée par les pages foisonnantes d’un Joseph Roth? Mettre enfin des visages sur tout un pan de ma cosmogonie littéraire fut comme un aboutissement d’un long chemin. De même, ma rencontre avec des toiles mythiques comme celles de Klimt ou de Schiele, imaginées, contemplées virtuellement ou sur papier glacé, et soudain incarnées, a été cathartique…

J’aurai encore besoin de plusieurs textes pour vous parler de ces « viennoiseries » culturelles, artistiques, musicales, gustatives, et je vais vous quitter en aiguisant vos papilles avant une suite prochaine de ce petit récit de voyage… D’abord, pour moi, il y eut une émouvante rencontre avec Gutenberg ! Oui, c’est bien une statue de cet immense pourfendeur de nuits, de par l’onyx de ses encres d’imprimerie qui apportèrent la lumière au monde, qui orne la place où se dresse la vénérable institution culinaire Lugeck où j’ai dégusté mon premier Wiener Schnitzel… Imaginez un instant le fondant d’une viande aussi tendre qu’un Lied de Schubert, qui se découvre après un croquant aussi doré que les ornements du joyau baroque de Schönbrunn… Ce restaurant et ses célèbres escalopes de veau à la viennoise ont tenu toutes leurs promesses, foi de presque végétarienne très difficile en ce qui concerne la viande…

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Photo Flickr

Mais pour ressentir le cœur battant de la cité, il faut avant tout déguster une Würstel, comme la nomment les autochtones avec leur inénarrable accent mâtiné de dialecte ! Aussi gâtée qu’une héritière des Habsbourg, j’eus encore une fois la joie d’être invitée dans ce véritable monument national qu’est la « friterie-saucisserie » Bitzinger, au Würstelstand sis juste devant le musée de l’Albertina, où, entre un solide montagnard en culotte de cuir traditionnelle, deux Japonaises et un cadre en costume cravate, je manquai défaillir de plaisir en croquant dans la plus divine « Knack », comme disent les jeunes, de toute mon existence, entourée par les adorables sourires des cuistots, Naim, Sam et Costa, aux origines variées mais à l’âme et au doigté indéniablement viennois pur jus ! Car comme à Berlin, qui revendique haut et fort la recette secrète de la sauce de la « Currywurst », c’est bien, à Vienne, autour des barquettes de saucisses que l’habitant, quand il n’est pas dans l’un des célèbres cafés dont je vous parlerai plus tard, partage, dans un joyeux brassage sociétal, ce plaisir simple et urbain.

Il faudrait enfin évoquer les saveurs exquises des créations du glacier Eis Greissler, découvertes encore une fois grâce à la générosité de mes bienfaiteurs. Et je terminerai ce premier opus mémoriel en remerciant très chaleureusement toute l’équipe de l’office du tourisme, et en particulier Madame Bettina Jamy-Sowasser et Monsieur Florian Wiesinger, qui ont si gracieusement facilité mon séjour dans la capitale austro-hongroise. Et bien entendu Nathalie, qui se reconnaîtra…

Une année presque a passé, à rêver à ce premier voyage et à imaginer le suivant, à retravailler les rencontres et les impressions, les images et les éblouissements de la découverte. Car aller à la rencontre de Vienne, pour une binationale franco-allemande, c’est aussi oser le dépaysement linguistique, historique, géographique. Puisque l’Autriche n’est pas tout à fait le même pays que l’Allemagne, mais pas tout à fait un autre non plus…

 

De Vienne les enfants sont l’art et la musique

La lumière laiteuse envahit la cité,

Des Atlantes alanguis, forces fantastiques…

Ors baroques, clameurs, opéras, menuets :

De Vienne les enfants sont l’art et la musique.

 

Cent Mozart nous accueillent, perruqués et poudrés,

Virevoltant joyeux d’une douce folie.

La légende des siècles, au quartier des musées,

Resplendit en ses toiles comme un ange sourit.

 

Un fiacre dodeline sur le haut des pavés:

Ici chaque touriste devient empereur !

L’Histoire aux tons immenses caracole en palais

 

Quand tant de valses folles y déclinent bonheur.

Les Schnitzel et les Würstel, aux parfums éternels,

Font réponse aux beaux-arts de leurs appâts charnels. 

PS :Je vais aussi, délibérément, éviter les sujets politiques durant ces petits instantanés de voyage… Oui, je le sais, la peste brune a de nouveau ravagé le pays, mais d’une part je ne souhaite pas ici relayer des éléments concernant les dernières élections mais au contraire prendre de la hauteur, et d’autre part je sais qu’à Vienne, justement, la population est encore éclairée et non hostile aux Migrants.

http://www.stadt-wien.at/wien/touristinfo.html

https://www.viennapass.fr/

https://fr.wikipedia.org/wiki/Mozartkugel

http://www.lugeck.com/

https://www.bitzinger-wien.at/

https://www.eis-greissler.at/unsere-laeden/innere-stadt/

NB: crédits  photos Sabine Aussenac et Sylvan Hecht.

 

 

 

 

 

21 mesures pour réconcilier les élèves français avec l’apprentissage de l’allemand

21 mesures pour réconcilier les élèves français avec l’apprentissage de l’allemand -petit texte écrit d’après les 21 mesures de Cédric Villani autour des mathématiques

 

« Sehnsucht », de Heinrich Vogeler

  • 1 Il conviendrait avant tout de mettre en place la liberté d’enseignement des langues vivantes dès l’école maternelle, réellement, pas simplement sur le papier (et ne pas favoriser les langues régionales et/ou les langues maternelles des enfants issus de l’immigration au détriment de l’enseignement de l’allemand, de l’italien, du russe…) : Toutes les langues devraient être mises sur un pied d’égalité, chaque enfant devrait pouvoir apprendre l’arabe, l’italien, l’allemand, le bulgare, l’occitan…. Dans chaque ville et village de France, chaque école se devrait d’accueillir les enfants au son des langues du monde. Sus à l’hégémonie de l’anglais, à la frilosité culturelle, et vive l’Europe !

 

  • 2 Il faudrait ensuite permettre un continuum d’apprentissages de l’allemand dans le même sens, et permettre ainsi à l’élève ayant commencé une initiation à l’allemand en maternelle de continuer l’apprentissage de cette langue au primaire, puis au collège. Un élève changeant de région devrait pouvoir continuer à apprendre la et les langues choisies.

 

  • 3 Enfin, il faudrait remiser le système des « bilangues » aux oubliettes et par extension ce fameux « primat de l’anglais », avec une LV1 « anglais » obligatoire et permettre un large choix de langues dès la sixième, comme c’était le cas il y a une vingtaine d’années encore.

 

  • 4 Élargir par extension cet apprentissage à toutes les régions et à tous les niveaux coulerait de source : car c’est justement AUSSI dans les filières professionnelles que les élèves auraient intérêt à apprendre l’allemand, au vu de toutes les possibilités de stages et/ou d’emplois offertes non seulement outre-Rhin, mais aussi en Suisse…

 

  • 5 Afin de favoriser ces apprentissages, il conviendrait de permettre dans toutes les académies l’enseignement de l’allemand en maternelle et en primaire par les enseignants du second degré, et ne pas réduire cette fonction à la pratique des professeurs des écoles qui, de façon pyramidale, n’ont eux-mêmes souvent pas bénéficié de l’apprentissage de l’allemand et ne sont donc pas aptes à l’enseigner. Ce n’est que par ce biais qu’une telle réforme pourrait progressivement gagner l’ensemble des écoles, collèges et lycées de la République ; c’est déjà le cas dans certaines académies dans lesquelles, justement l’allemand se porte mieux d’ailleurs…

 

  • 6 En parallèle, il faudrait oser mettre en place une véritable campagne de communication nationale au sujet de l’apprentissage de l’allemand, campagne de publicité qui allierait les savoir-faire de l’éducation nationale et les supports logistiques des communautés territoriales et locales et qui pourrait s’appuyer sur des fonds d’investissement du privé, puisque nombre entreprises déjà partenaires du franco-allemand -AIRBUS, SIEMENS…- et engagées dans le fait européen auraient tout à gagner en s’associant à ce projet.

 

  • 7 Cette campagne de communication viserait aussi à restaurer une image « positive » de notre voisin allemand aux yeux du public ; car l’Allemagne est encore trop souvent vilipendée par certains extrémismes politiques – cf le pamphlet de Jean-Luc Mélenchon, « Le hareng de Bismarck », sous-titré « Le poison allemand » …- tout en demeurant terra incognita au niveau touristique, le tout mâtiné parfois de vagues relents revanchards, quand ce n’est pas « Angie » qui traitée de « Grosse Bertha »… Des affichages sur les panneaux publicitaires municipaux -abris bus, etc.- et des encarts dans la presse locale pourraient impacter favorablement les familles.

 

  • 8 Ainsi, tout comme l’Espagne qui s’affiche partout au niveau publicitaire comme « la » destination tourisme, l’Allemagne, mais aussi l’Autriche et la Suisse pourraient devenir des destinations touristiques prisées, et non pas de vagues entités qui, sur une carte de l’Europe, ne font rêver que les Migrants… Combien de Français ont-ils déjà passé un mois de vacances sur une île de la Baltique ou dans un village du Tyrol ? L’Allemagne, qui recèle pourtant des joyaux architecturaux, géographiques et culturels innombrables, demeure, aux yeux du Français lambda, aussi mystérieuse que la Papouasie… Nous aurions donc besoin de partenariats avec des offices de tourismes, de brochures traduites, de guides, de croisières, de circuits, bref, cet engouement pour l’outre-Rhin et Danube irait de pair avec un foisonnement économique qui ferait aussi le bonheur des filières touristiques (BTS tourisme et hôtellerie…)

 

  • 9 Justement, il serait temps aussi de renouer avec les partenariats, jumelages, échanges qui faisaient florès dans les années soixante et quatre-vingt et qui se sont étiolés au fil des ans… Toulouse, ma merveilleuse ville rose, n’est même pas jumelée avec une ville allemande ! Toulouse, capitale d’Airbus, fleuron du partenariat franco-allemand, vous avez bien lu, n’est PAS jumelée à une ville outre-rhénane… Et c’est la même chose au niveau des établissements scolaires qui, suite à la précarisation de notre fonction enseignante et à la multiplication des « BMP » – Blocs de Moyens Provisoires, entendez quelques heures sauvées face aux langues régionales et/ou émergentes… -depuis la disparition des bilangues et surtout depuis la nomadisation des enseignants titulaires devenus « TZR » (entendez Titulaires sur Zone de Remplacement et changeant chaque année de crèmerie), ne sont tout simplement plus en mesure de faire perdurer des échanges qui pourtant avaient fait le bonheur de générations d’élèves…

Car les échanges sont le sel de nos apprentissages, la mise en œuvre ultime de nos enseignements, la prise en main de la langue au niveau du quotidien, ils sont aux langues ce que le boulier est aux apprenants en mathématiques : on y devient synesthète, au-delà de l’intra-muros de l’école.

Heureusement, les assistants de langue sont là, souvent, pour pallier le manque d’interactivité réelle avec le pays partenaire. Il faudrait doubler, voire tripler leur nombre, afin que chaque collège et lycée de l’hexagone puisse bénéficier de cet encadrement vivifiant et concret.

 

  • 10 En effet, que vaut l’apprentissage d’une langue qui devient presque une langue morte si elle n’est parlée que dans le cadre scolaire et jamais in situ ? De la même façon que chaque élève devrait pouvoir chaque année partir quelques jours dans le pays des langues qu’il apprend, il faudrait aussi que cesse l’hégémonie culturelle de l’anglais dans les médias, la presse, dans le paysage audiovisuel hexagonal….

À quand la diffusion de chansons allemandes sur les radios françaises, à quand des émissions de variété – Nagui, si tu me lis… – où seraient invités aussi des chanteurs et des groupes allemands -et autrichiens… Car non, la variété allemande ne se résume pas à Camillo avec son « Sag warum » et aux marches militaires, et/ou aux chants traditionnels en culotte de cuir… Il y a eu de grands chansonniers que très peu d’élèves connaissent, mais il y a aussi des dizaines de groupes de rap, rock, indé, blues, soul, jazz, il y a de la vériétoche, des stars…Pourquoi cette omerta envers la culture musicale de nos voisins qui contribue grandement à la méconnaissance de l’Autre… ? À Toulouse, le festival « Rio Loco », qui invite chaque année des musiciens de différentes parties du globe, variant les tendances planétaires, pourrait par exemple ouvrir, une année, sa scène aux artistes allemands, autrichiens, suisses…

 

  • 11 À quand aussi une majorité de films que l’on pourrait voir sur toutes les chaînes, pas seulement sur ARTE, en VO ? Car les oreilles de nos petits élèves français, contrairement à celles de nos voisins des pays nordiques, ne sont absolument pas éduquées dans la langue de l’Autre… C’est très tôt que se forme l’habitude de l’écoute des langues étrangères, des sonorités nouvelles, et ce serait superbe si le PAF pouvait enfin s’ouvrir à ces différences…

Il serait bon aussi que nos programmes scolaires intègrent davantage le cinéma et la télévision allemande à leurs lignes directrices… Je me souviens de mon père qui, sans avoir jamais appris un seul mot de la langue de Goethe à l’école, se targuait d’avoir progressé à la vitesse de l’éclair par la seule écoute de la télévision regardée chez ses beaux-parents, à Duisbourg… Certes, dans nos cours, nous évoquons bien Wim Wenders par ci et Fatih Akin par-là, mais ce serait tellement bien d’avoir un réel accès à leurs œuvres via des sites dédiés… De même que nous pourrions utiliser bien davantage, via les nouvelles technologies, des émissions de télévision qui seraient aptes à faire progresser très rapidement les élèves !

À propos des TICE, il est dommage que si peu d’enseignants soient formés à toutes les innovations qui pourraient faire de nos cours de réels cyberespaces connectés… Il y a encore énormément de frilosités et de méconnaissances des nouvelles technologies, alors qu’elles sont bien entendu une aide précieuse. Lors d’un récent sondage que j’ai réalisé au sujet de l’ENT, il s’avère par exemple que nombre de collèges ne savent pas qu’une fonction « blog » est opérante sur notre espace de travail.

 

  • 12 Renouer avec un apprentissage de l’allemand passerait aussi par une réappropriation de la culture germanophone dans son ensemble… Pourquoi nos programmes hexagonaux sont-ils si poreux en ce qui concerne la littérature étrangère ? Apprendre les langues « étrangères » devrait aussi passer par le « culturel », par un maillage éducatif qui, très tôt, permettrait aux élèves du primaire de découvrir de petits poèmes d’auteurs allemand, aux élèves du collège de visiter des musées allemands, aux élèves du lycée de lire aussi du Rilke, du Thomas Mann, et pas simplement le contenu « factuel » des manuels d’apprentissage qui, s’ils permettent un apprentissage actanciel et actionnel et la mise en œuvre d’automatismes linguistiques, ne plongent pas assez les apprenants au cœur de la culture du pays partenaire. Ainsi, il est très rarement proposé l’option « littérature étrangère en langue étrangère » en allemand en filière L…

 

  • 13 C’est vrai, l’apprentissage des langues étrangères a réellement progressé… J’ai assisté récemment à une passionnante journée académique qui nous a proposé d’enseigner « la grammaire autrement ». Nous sommes si loin des listes de vocabulaire et des tableaux de déclinaison qui, une fois ingurgités, demeureraient lettre morte et produisaient l’inverse de l’effet escompté, à savoir des Français incapables de « pratiquer » la langue étrangère apprise à l’école… Cependant, en plus de 33 ans de service au sein de l’éducation nationale, j’ai vu passer mille et une réformes et j’ai « tout connu », depuis la période où l’on n’avait « pas le droit de faire écrire les élèves avant la Toussaint » -sic- au primat de l’écrit, et j’ai toujours habilement contourné les instructions officielles, faisant par exemple faire des « fichiers oraux » avant l’heure sur des cassettes que j’écoutais sur mon magnéto en faisant mon repassage, ou faisant lire un livre d’un auteur allemand -en français, mais en rédigeant ensuite un résumé-commentaire en allemand- dès le collège, pour que les élèves fassent connaissance avec la littérature allemande… Je pense que chaque professeur développe au fil de sa carrière des stratégies d’apprentissage qui lui sont propres et qui visent à « faire réussir ses élèves », et que de nos jours, grâce aux nouvelles technologies, plus aucun cours de langue ne peut passer pour « ennuyeux » ou « poussiéreux ». Il faut faire savoir cela aux parents, le leur marteler via des réunions d’information dès la maternelle, leur dire que « l’allemand, ce n’est pas difficile », qu’au contraire son enseignement est recommandé par les orthophonistes pour les élèves en difficulté (car c’est une langue « à tiroirs », logique…), bref, il faut dédiaboliser la langue qui, souvent encore, a mauvaise presse.

 

  • 14 Justement, et si la télévision arrêtait ENFIN de diffuser « La grande vadrouille » tous les quatre matins ? Car nous sommes bien au cœur du « paradoxe français », celui fait de notre pays à la fois le cancre en queue d’étude PISA et le fleuron des élites des « grandes écoles » et de l’obtention des Nobels… Ce même paradoxe fait que les médias continuent de nous abreuver avec des films réduisant les Allemands à de sombres abrutis décérébrés éructant en uniforme nazi alors même que malgré l’enseignement de la Shoah nombre d’élèves demeurent incapables de comprendre l’ampleur des génocides commis par le troisième Reich… Il faudrait à la fois réfléchir à cet ancrage historique du devoir de mémoire et à la vision d’une « nouvelle Allemagne » qui, justement, a su transcender son passé, par exemple en accueillant à bras ouverts des millions de Migrants. Il y a quelques jours encore des élèves de lycée n’ont su me dire à quoi correspondait le mot « Buche », cela ne leur évoquait rien, même associé au mot « Wald », (nous étions en pleine séquence « mythes et héros » sur la forêt allemande), jusqu’à ce qu’un élève, après que j’eus prononcé à la française le terme « Buchenwald » ne se souvienne d’un « truc nazi », sic… En première… Je rêverais d’un nouvel équilibre en ce sens : accomplir nos obligations de transmissions mémorielles tout en réhabilitant un engouement pour l’Allemagne d’aujourd’hui, tolérante, ouverte, engagée, humaine.

 

  • 15 Il faudrait aussi former TOUS les écoliers au fait européen, et ne pas réserver cette matière à une vague option destinée à quelques lycéens… Car c’est dès l’école primaire que devrait s’accomplir la certitude que notre Europe, loin d’être une entité impalpable, se doit d’être soutenue, connue de tous les citoyens, parcourue par un esprit de solidarité qui, forcément, passe aussi par la connaissance des langues de l’Autre. Et qui mieux que le « couple franco-allemand » pourra porter loin ce flambeau européen ?

 

  • 16 Ainsi, il faudrait que la « semaine de l’Europe » devienne enfin un événement visible, et pas seulement une action axée vers les milieux éducatifs et politiques. À quand une semaine de l’Europe maillant tous les territoires, intégrant par exemple l’associatif, les domaines médicaux, juridiques, commerciaux ? Pourquoi ne pas imaginer des partenariats en ce sens ?

 

  • 17 De même, la fameuse « semaine franco-allemande » demeure trop souvent un domaine réservé, se lovant par conséquent dans l’intra-muros du giron de l’EN… Tous les acteurs du système éducatif, su MEN aux établissements, se démènent pour célébrer l’anniversaire du Traité de l’Élysée, mais souvent les actions, pourtant superbes, restent cantonnées aux établissement, et c’est un peu « les franco-allemands parlent aux franco-allemands » : l’impact est minime. Cette semaine se devrait d’être réellement médiatisée et portée sur le devant de la scène.

 

  • 18 D’ailleurs, pourquoi toujours réduire l’enseignement de l’allemand à ce partenariat franco-allemand ? Les autres pays de langue allemande gagneraient aussi à être davantage mis en lumière dans les programmes, du collège au supérieur… J’ai cette année construit ma séquence « Mythes et héros » autour de l’Autriche, et il y aurait mille et une façons d’intégrer la Suisse, l’Autriche, et pourquoi pas la région germanophone de la Belgique dans des programmes d’échanges ou dans les manuels scolaires.

 

  • 19 Bien entendu, afin que l’enseignement des langues vivantes soit profitable, il faut aussi se donner les moyens de la réussite… Et franchement, avec deux heures par semaine en première et en terminale et avec si peu d’heures dès le collège, c’est tout simplement une gageure que de vouloir espérer que nos élèves atteignent un jour le niveau attendu par PISA ou simplement la réelle capacité de s’exprimer, oralement et à l’écrit, dans une langue étrangère. Cessons de nous voiler la face : ce n’est pas en mettant chaque année nos exigences au rabais (j’ai failli pleurer en corrigeant le bac blanc cette année, tant les items linguistiques étaient négligés au profit de la « compréhension » … ) que nos élèves, avec des heures de cours qui se réduisent comme peau de chagrin, parleront allemand, anglais ou arabe correctement !

 

  • 20 Il importe donc de revoir les dotations horaires à la hausse, et urgemment, afin que nous puissions enfin consacrer le temps nécessaire à la transmission. Et il serait intelligent, je trouve, de revenir, en langues aussi, aux fondamentaux prônés par Monsieur le Ministre de l’éducation en primaire… Et ces fondamentaux passeraient sans doute par une révision de nos exigences, car franchement, là, on lâche après le baccalauréat des élèves qui, souvent, se contentent d’un bagage minimum… Peut-être faudrait-il aussi réhabiliter la traduction… Oh, je ne demande pas que nous traduisions tous nos textes, mais enfin, il faut savoir raison garder et demeurer cohérents : La traduction est un exercice qui sera demandé dans la majorité des concours que nos étudiants passeront après le baccalauréat. La traduction est aussi un art, un moyen de transmission merveilleux, permettant à des milliards d’êtres humains de lire les ouvrages de l’Autre, de voir des films des autres cultures… Par quel miracle est-elle …interdite en cours de langue ?!

 

  • 21 Apprendre à parler allemand ne peut se résumer à savoir commander un coca à l’aéroport de Berlin, à pouvoir lire un extrait de Die Zeit ou à passer la « certification » pour déterminer si l’on a le niveau A2 ou B1. Non, apprendre une langue, c’est plonger vers l’Autre, se colleter avec son altérité qui fait aussi notre richesse, et c’est bien au travers de l’art, de toutes ces dimensions artistiques, culturelles et patrimoniales que l’élève se sentira apte à comprendre la langue du pays partenaire. J’espère ainsi que le rapport « Comment rénover l’enseignement des langues vivantes en France ? », dont seront en charge Madame l’Inspectrice Générale Chantal Manes Bonnisseau et Monsieur Alex Taylor nous ouvrira de vastes perspectives de réussite au service de nos apprenants. Certes, ce sont deux anglicistes qui ont été choisis pour mener à bien cette mission, mais je ne doute pas de leur objectivité.

 

Je précise que j’ai rédigé ces mesures il y a quelques semaines, après la sortie du rapport de Cédric Villani dans la presse, et que je ne comptais pas les publier sur mon blog avant la fin de l’année scolaire, afin de ne pas interférer dans une décision très attendue, mais que je profite de la nomination des responsables du rapport pour publier ce petit article, comme cela m’a été demandé par de nombreux collègues après une intervention sur un réseau social.

Participation au Printemps des Poètes d’un élève de collège

Exposé fait par un élève de seconde

Exposé d’un élève de première

« Je jette un coup d’œil distrait à la première page du livre et, soudain, les mots se font sens. Comme par magie, les lettres s’assemblent et j’en saisis parfaitement la portée. Moi, la lectrice passionnée depuis mon premier « Susy sur la glace », moi qui ruine ma grand-mère française en « Alice » et « Club des cinq », qui commence aussi déjà à lire les Pearl Buck et autres Troyat et Bazin, je me rends compte, en une infime fraction de seconde, que je LIS l’allemand, que non seulement je le parle, mais que je suis à présent capable de comprendre l’écrit, malgré les différences d’orthographe, les trémas et autres « SZ » bizarroïdes…

Un monde s’ouvre à moi, un abîme, une vie. C’est à ce moment précis de mon existence que je deviens véritablement bilingue, que je me sens tributaire d’une infinie richesse, de cette double perspective qui, dès lors, ne me quittera plus jamais, même lors de mes échecs répétés à l’agrégation d’allemand…Lire de l’allemand, lire en allemand, c’est aussi cette assurance définitive que l’on est vraiment capable de comprendre l’autre, son alter ego de l’outre-Rhin, que l’on est un miroir, que l’on se fait presque voyant. Nul besoin de « traduction », la langue étrangère est acquise, est assise, et c’est bien cette richesse là qu’il faudrait faire partager, très vite, très tôt, à tous les enfants du monde. Parler une autre langue, c’est déjà aimer l’autre.

Je ne sais pas encore, en ce petit matin, qui sont Novalis, Heine ou Nietzsche. Mais je devine que cette indépendance d’esprit me permettra, pour toujours, d’avoir une nouvelle liberté, et c’est aussi avec un immense appétit que je découvrirai bientôt la langue anglaise, puis le latin, l’italien…Car l’amour appelle l’amour. Lire en allemand m’aidera à écouter Mozart, à aimer Klimt, mais aussi à lire les auteurs russes ou les Haïkus. Cette matinée a été mon ode à la joie. Cet été là, je devins une enfant de l’Europe. »

 http://plus.lefigaro.fr/note/le-jour-ou-jai-su-lire-en-allemand-20100310-151834

** Quelques textes au service de l’enseignement de l’allemand ici:

http://www.sabine-aussenac.com 

https://www.huffingtonpost.fr/sabine-aussenac/professeur-allemand-la-grande-vadrouille-des_b_1252919.html

** Poésie allemande:

http://sabine-aussenac-dichtung.blogspot.fr/2015/04/komm-lass-uns-nach-worpswede-wandern.html

http://lallemagnetoutunpoeme.blogspot.fr/

** Textes autour de l’Allemagne et du franco-allemand:

Ich bin eine Berlinerin!

http://sabineaussenac.blog.lemonde.fr/2018/03/01/duisbourg-ma-jolie-ville-en-barque-sur-le-rhin/

http://raconterletravail.fr/recits/une-enfance-franco-allemande/#.WuTS4qSFPIV

http://sabineaussenac.blog.lemonde.fr/2014/07/20/nos-voisins-ces-inconnus-la-famille-klemm/

Lorelei et Marianne, j’écris vos noms: Duisbourg, le 18 juillet 1958

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Printemps de Pinel, #Printempsdespoètes

http://www.poesie-sabine-aussenac.com/cv/portfolios/ich-liebe-dich

Amis toulousains et d’ailleurs,  venez  partager des poèmes dans le kiosque de la Place Pinel à l’acoustique unique au monde!
Apportez vos textes, je lirai les miens, vous direz les vôtres, ce sera le Printemps de Pinel!
Contact:

www.poesie-sabine-aussenac.com

ou https://www.facebook.com/kiosqueenpoesie/

Inspiré par le thème du Printemps des Poètes 2018, l’Ardeur…

Quand l’Ardeur devient folle au renouveau de mars…

Quand l’Ardeur devient folle au renouveau de mars,
Elle rayonne en nos villes en une immense farce,
Fait des nuits des soleils, des étoiles des jours,
Et en cent poésies elle déclame l’Amour.

Quand l’Ardeur se réveille, primevère en rosée,
Après tous ces hivers qui nous laissent agacés,
Elle transcende joyeuse les fusils et les peines,
Nos envies hirondelles s’y élancent en vraies reines.

Quand l’Ardeur se réveille, au Printemps des Poètes,
On entend des clameurs, des youyous, des silences…
C’est la mer qui déferle en nos pavés offerts,

C’est la neige qui fond, de New-York à la Mecque,
Et tant de mots qui crient qui résonnent et qui dansent
Que les Hommes enfin se regardent en frères.

PS: une alternative au kiosque sera aussi d’écouter la poésie en appartement…Ce Printemps des poètes sera le vôtre!
Je serai-s ravie de venir dire mes textes chez vous, en lecture seule ou en partage musical, et ces lectures peuvent être suivies d’une conférence autour de la poésie.

Sabine Aussenac.