Cette beauté du monde: le Lehmbruck Museum de #Duisbourg #musées #Allemagne #francoallemand #art

Musée Lehmbruck, Duisbourg. © Sabine Aussenac

Duisbourg.

Plus grand port fluvial d’Europe, ville-monde au cœur du bassin de la Ruhr, cœur battant des hauts-fourneaux rougeoyants dans un air autrefois en permanence chargé de scories. Une ville ouvrière brassant des dizaines de nationalités, une ville qui a accueilli des générations de travailleurs immigrés et de familles venus de Turquie, d’Italie, des pays de l’est, avant de s’ouvrir à l’immense flot des réfugiés après le « Wir schaffen das ! » d’Angela Merkel. (« Nous y arriverons ! »)

Rives du Rhin, Duisbourg, © Sabine Aussenac

Lebensretter /Sauveur de vie

Grandes oiselles fuselées

filent, fantômes de l’enfance.

Fumées au loin, vestiges

d’une Ruhr en

renaissance verte.

Mon Rhin miroite comme

mer, étincelles mémoires des

hauts-fourneaux musées.

Lifesaver, sauveur de vie: sculpture de Niki de Saint Phalle sur la fontaine de la Königsstrasse (Lifesaver Brunnen) © Sabine Aussenac

Quand je raconte que je pars en vacances à Duisbourg, j’ai droit au mieux à un regard interrogateur – le Français lambda ayant une connaissance très réduite de la géographie outre-rhénane – au pire à des quolibets moquant une mégalopole autrefois synonyme de bassin minier et industriel, aujourd’hui qui plus est terre d’asile de milliers de migrants qui auraient fait de cette capitale de la sidérurgie une réplique des Quartiers Nord de Marseille…

Pourtant, la ville de mes grands-parents maternels, celle où j’ai passé tant d’étés merveilleux durant mon enfance binationale, a su se réinventer au gré des transitions écologiques en transcendant son passé sidérurgique, créant sur d’anciennes friches industrielles de fabuleux espaces paysagers, jouant la carte de l’accueil et de la culture. L’église Saint-Sauveur et l’hôtel de ville célèbre par son ascenseur Paternoster ont été reconstruits, une sculpture de Nicki de Saint-Phalle orne la fontaine du la rue piétonne…

Salvator Kirche

immuable, écho

au Paternoster

montant et descendant à

la mairie, marée d’une

Histoire apaisée.

Rires en cascades de

petits réfugiés devant

fontaine Lebensretter bariolée :

voyages en confluences, Nicki de

Saint-Phalle et Beaubourg sauveurs de vie.

Et c’est le Lehmbruck Museum, ce musée dédié à la sculpture, sis au centre de la cité à quelques encablures de la gare, qui symbolise le mieux la vitalité artistique et sociétale de Duisbourg et la transformation phénoménale d’une ville sombre, d’une ville où le charbon et l’industrie régnaient en maîtres, en une ville-lumière.

Duisbourg, scories en printemps.

Tes jardins-musées arcs-en-ciel

enfantent avenir.

Musée Lehmbruck, © Sabine Aussenac
Site internet du musée: https://lehmbruckmuseum.de/museum-english/history/architecture/

Il faut imaginer un grand cube de verre disposé aux confins d’un écrin de verdure, ses volumes aériens s’accordant parfaitement aux joyaux artistiques qu’il héberge. Car ses parois transparentes ouvrent l’espace des arts au tout venant, porte d’entrée vers le Beau, passerelle matricielle offrant au passant tous les trésors du monde. Ici, nul besoin de débourser des cent et des mille pour accéder à des expositions ou au fonds muséal : bien entendu, toutes les œuvres ne sont pas visibles depuis l’extérieur, mais pour qui s’aventure aux abords du bâtiment, l’aventure commence même en amont.

En effet, le musée s’érige au cœur du parc Immanuel Kant et de son « jardin de sculptures », une quarantaine d’œuvres d’art disséminées au gré des allées et des plantations comme autant de cailloux qu’un Petit Poucet curieux suivrait pour arriver dans cette superbe clairière artistique formée par le bâtiment du musée. Ce bel espace de verdure, qui formait autrefois le parc privé de la « Villa Rhein » de la famille Böninger, abritait autrefois les aises d’un banquier et négociant qui fut aussi un mécène éclairé, puisqu’il fit don du célèbre globe du géographe Mercator à la ville de Duisbourg et ouvrit en 1925 son parc au public, se faisant ainsi passerelle entre les classes sociales.

https://www.deutsche-digitale-bibliothek.de/item/24T2QY4UXLW6D5QPOAU3ZCD4MJFPRA4S

À cette époque, le sculpteur Wilhelm Lehmbruck avait déjà quitté ce monde, sans savoir que c’est dans sa ville natale et justement au sein de ce parc que sa mémoire perdurerait à l’infini… Peu de temps après, lorsque la peste brune envahirait l’Allemagne, sa veuve devra batailler ferme pour se réapproprier les œuvres de cet époux dégradé par les instances national-socialistes en tant qu’artiste « dégénéré » … Ce n’est qu’à la fin des années cinquante que le propre fils de l’enfant prodige de Duisbourg, qui n’avait que six ans à la mort du sculpteur, l’architecte Manfred Lehmbruck, sera chargé de la construction d’un nouveau musée dédié à son père Wilhelm. Il évoquera un jour cet édifice en ces termes :

« L’art est le vin. L’architecture, le verre. »

Quelle idée magnifique que celle de confier la conception d’un musée dédié à un artiste au propre fils de ce dernier ! Manfred Lehmbruck, qui avait fait ses classes aux côtés de Ludwig Mies van der Rohe, chantre du modernisme et l’un des pères fondateurs du Bauhaus, avant de participer aux côtés d’Auguste Perret à la construction de l’ancien Musée des Travaux Publics parisien – aujourd’hui Palais d’Iéna –, fut très clairement inspiré par ces alliages aériens de verre et d’acier. Au sens propre comme au sens figuré, le bon mot de l’architecte autour du vin et verre s’avère exact : le verre forme en effet la matrice englobant les œuvres, les sculptures et les toiles demeurant toujours éclairées par une lumière naturelle, ces vitres monumentales étant élégamment enchâssées dans des lignes de fuite d’acier trempé rappelant la tradition sidérurgique de la région, octroyant aussi à une population ouvrière et simple un extraordinaire accès à l’art, redonnant ses lettres de noblesse à une ville souvent décriée en créant cette rupture peu conventionnelle dans un paysage ultra urbanisé.

Intérieur du musée avec certaines des sculptures les plus connues de Wilhelm Lehmbruck. À gauche, Die Kniende, 1911. © Sabine Aussenac

Mais en regard de l’héritage de van der Rohe, l’élève a dépassé le maître, transcendant avec le Lehmbruck Museum le fameux clivage goethéen entre nature et culture afin de ne pas déshumaniser l’art, ancrant ce musée entre les essences rares du parc et les nuages du ciel rhénan si changeant, construisant une sorte d’arche transparente qu’il avait déjà appelée de ses vœux dans sa thèse de doctorat en 1942, quand il écrivait que l’osmose entre un jardin et un musée prédispose le visiteur à la rencontre des créations artistiques, s’inspirant aussi des idées novatrices de Jørgen Bo et Vilhelm Wohlert, les architectes du musée Louisiana de Copenhague : les visiteurs arpentant le Lehmbruck Museum naviguent à ciel ouvert au gré des différents niveaux, ne ressentant jamais cette sorte d’enfermement élitiste parfois propre à la fréquentation muséale.

Vue du musée Louisiana, https://louisiana.dk/

Cité radieuse des arts se voulant offerte à tous les publics, Dame de Fer de par ses aciers élancés, la construction imaginée par Manfred Lehmbruck en hommage à son père Wilhelm mélange les siècles et permet au Sacré et à l’esthétique de s’élancer vers l’infini, cette canopée vitrée semblant reliée au ciel tout en s’enracinant dans les humus fertiles du Kant Park que l’on aperçoit depuis tous les espaces intérieurs. C’est pourquoi l’on s’y sent tour à tour artiste primitif posant main argileuse sur parois de Lascaux, pèlerin ébloui par un retable de cathédrale ou roi du monde au sommet de l’Empire State Building, percevant au gré des allées du musée cette intense grandeur qui fait le cœur des humains créateurs.

Le ciel en canopée de l’art, © Sabine Aussenac

 « L’homme ne vit pas seulement de pain. Dans toutes nos activités, nous avons besoin d’une fenêtre ouverte sur le monde spirituel, à travers laquelle nous pouvons percevoir de manière pertinente les questionnements des meilleurs de nos pairs sur les problèmes actuels, les interprétations prophétiques de l’avenir, les signes de notre époque et les signes du passé qui nous guident vers l’avenir. »

C’est par ces mots miroirs d’une œuvre que Winfried Zehme, ingénieur responsable des travaux de la ville de Duisbourg, ouvrit son discours le jour de l’inauguration du nouveau bâtiment du musée, en juin 1964. Car le Lehmbruck Museum supporte à la fois le poids de l’Histoire et les enjeux du futur tout en s’ancrant dans les réalités actuelles de cette Allemagne résiliente depuis la fin de la seconde guerre mondiale, de ce pays ayant su, en avançant main dans la main avec l’ancien ennemi héréditaire français, reconstruire une Europe noircie par la Shoah et dévastée par les ravages du conflit. C’est sans doute en ce sens que l’architecture à la fois aérienne et ancrée dans la nature de cet écrin de verre me touche autant, car je retrouve dans les fondations de sa construction le microcosme familial, me souvenant de mes deux grands-pères, Albert, le résistant maquisard de la Montagne Noire, et Erich, l’ancien soldat de la Wehrmacht rentré moribond du Front de l’Est, qui s’entendaient comme larrons en foire.

Mon père, Yvan Aussenac, de face; à sa droite Albert, puis Erich, béret vissé sur la tête.

Limoges mes croissants

Limoges mes croissants.

La quatre-cent-quatre de papa, et presque la Belgique. Chocolat Côte d’Or en apnée frontalière.

Les gouttes se chevauchent sur la vitre embrumée.

Les briques se font brunes, Ulrike ma poupée a pris l’avion.

Au réveil, je suis au bled : mon métissage à moi a la couleur du Rhin.

Dans le jardin des grands-parents allemands, à Duisbourg

Le plus joyeux clin d’œil à cette immanence entre l’art et la vie qui permet la rencontre entre les peuples se concrétise lorsque les visiteurs du musée pensent avoir la berlue en voyant Reflexion II (Reflection II) d’Anthony Gormley, cette sculpture duelle se faisant face de part et d’autre d’une paroi vitrée, la gémellité de la fonte renvoyant à l’altérité qui nous effraie ou nous rassemble.

© Sabine Aussenac

Toute la luminosité du Lehmbruck Museum me semble ainsi faire rempart contre les heures sombres de l’histoire de ma deuxième patrie. À Duisbourg comme dans le reste de l’Allemagne, la population juive avait été décimée. L’architecture du musée trouve d’ailleurs un pendant sororal dans celle de la nouvelle synagogue s’élevant non loin de là, dans un des méandres du port intérieur, elle aussi toute en puits de lumière et au cœur d’un « Jardin du souvenir » : ce parc, perspective mêlant engazonnements et bâtiments, imaginée par l’artiste plasticien israélien Dani Karavan – qui a aussi créé le mémorial du souvenir dédié à Walter Benjamin à Port-Bou et de nombreuses autres œuvres de plein air inspirées par la mémoire des lieux –, croise les vestiges mnésiques dans lesquels le cœur battant de Duisbourg caracole au rythme des blés et d’autres céréales, emblèmes de ce quartier que l’on dénommait le « panier à pain de la Ruhr », ses lignes d’épure blanches comme autant de veines irriguant le présent de toutes les sèves ancestrales, à l’instar de cette rigole construite de conserve avec l’architecte Zvi Hecker, concepteur du centre communautaire juif, ruisselant telle eau neuve en direction de l’ancienne synagogue détruite lors de la Nuit de Cristal… Oui, la ville a su rallumer différents phares-remparts pour se protéger de nouvelles déviances.

Regain au Jardin du souvenir, © Sabine Aussenac

L’autre côté de moi 

L’autre côté de moi sur la rive rhénane. Mes étés ont aussi des couleurs de houblon.

Immensité d’un ciel changeant, exotique rhubarbe. Mon Allemagne, le Brunnen du grand parc, pain noir du bonheur.

Plus tard, les charniers.

Il me tend « Exodus » et mille étoiles jaunes. L’homme de ma vie fait de moi la diseuse.

Lettres du front de l’est de mon grand-père, et l’odeur de gazon coupé.

Mon Allemagne, entre chevreuils et cendres.

Parmi les œuvres de Wilhelm Lehmbruck reléguées au rang d’art « dégénéré », la sculpture emblématique de La femme agenouillée (Die Knieende),avait été déboulonnée une première fois dès 1927 de sa place initiale devant le théâtre de la ville par des contempteurs de l’art expressionniste, avant d’être confisquée par le régime national-socialiste.

Die Kniende, © Sabine Aussenac

Le retour de cette œuvre dans le Kant Park lors de l’ouverture du Lehmbruck Museum signa aussi une réconciliation de la cité rhénane avec son passé antérieur, adoucissant la césure de la Shoah et du nazisme. Les habitants de Duisbourg se sont très vite approprié le lieu, combinant déambulations dans le centre-ville tout proche et bien achalandé, pique-nique dans le jardin public et visites d’expositions, tandis que l’édifice accueillit au fil des ans non seulement des amateurs de sculpture, mais aussi d’architecture, tant la renommée du bâtiment se fit internationale…

Haïku des lumières

Lehmbruck Museum

Chiasmes entre l’art et le ciel

Duisbourg Or du Rhin

En pénétrant dans le sas d’entrée après avoir gravi quelques marches, après la découverte apéritive de sculptures disséminées dans le parc, les visiteurs sont d’emblée frappés par l’immédiateté, la proximité des œuvres. Le musée n’abrite pas moins de 300 peintures, 500 dessins et plus de 1000 sculptures, de très grands noms comme Magritte, Dali, Picasso, Käthe Kollwitz ou Giacometti côtoyant les sculptures de Wilhelm Lehmbruck.

La politique curatoriale fait graviter au fil des ans de nombreuses expositions dédiées à divers artistes tout en consacrant toujours une exposition annuelle à Lehmbruck lui-même, et la part belle est faite à l’ouverture vers le grand public et à l’éducation.

  • Papa, papa, regarde !
  • Oui, Nour, quoi ?
  • Les dames, là, dans la maison : elles sont toutes nues !!
  • Ferme les yeux, ferme les yeux, Nour, viens, ma chérie, donne la main à ton frère, on va jouer plus loin…

La petite famille de réfugiés syriens, venue se reposer dans le grand parc au centre de Duisbourg après des démarches administratives, se détourne pudiquement des grandes baies vitrées à travers lesquelles le bronze de statues hiératiques scintille dans la belle lumière d’automne…

C’est ainsi que divers projets ont été consacrés à l’intégration via l’art des migrants et réfugiés, la municipalité et la direction du musée s’unissant dans une perspective commune, comme lorsqu’en 2017 l’exposition „Frauen(T)räume“, au titre doublement signifiant puisqu’il peut être lu comme « Rêves de femmes » ou comme « Espaces de femmes », a permis à des femmes issues de la nouvelle immigration de s’approprier la dimension culturelle du musée, l’ancrant une fois de plus dans une cosmologie sociétale pluri citoyenne : l’art, passerelle entre les mondes, fait sens en permettant à des populations meurtries par des conflits de redécouvrir la paix de l’âme.

https://www.waz.de/staedte/duisburg/article212846783/patchwork-projekt-im-museum-ueber-identitaet-und-flucht.html

Les femmes, les femmes sculptées, ce sont elles qui me bouleversent le plus lorsque je flâne et me perds entre les niveaux du musée. La statue de celle qui se nomme justement La Duisbourgeoise (Die Duisburgerin), qui a été la seule sculpture vendue du vivant de l’artiste, offre un corps voluptueux aux regards mais porte sur son visage les stigmates de toutes ces mères-courage ayant traversé l’histoire de la ville, emblème de ces femmes ayant parfois perdu tous leurs fils lors de la première guerre mondiale, comme la grand-mère paternelle de mon grand-père allemand dont les quatre fils étaient tombés dans la Somme, de ces Trümmerfrauen (littéralement femmes des décombres) qui, fichu sur la tête, ont déblayé pierre après pierre les ruines fumantes de la ville éventrée par les bombardements alliés, ceux qui faisaient hurler de terreur ma propre mère qui n’était qu’une enfant innocente… Wilhelm Lehmbruck a façonné à sa Duisbourgeoise un visage aux traits un peu moins anonymisés que ceux des autres sculptures, permettant aux visiteurs d’y reconnaître des émotions précises.

Die Duisburgerin, 1910/12, © Sabine Aussenac

Quand leur bronze sourit

En colombes furtives apaisées de réel,
Les poitrines se galbent, élancées en plein ciel.
Tourterelles subtiles, telles oiselles endormies,
Elles frémissent en rêve, quand leur bronze sourit.

Souvent pourtant il brouillera les pistes et façonnera des visages empreints de la quintessence de l’humanité auxquels chaque visiteuse et chaque visiteur du musée peuvent s’identifier, d’âme à âme, sur le modèle de sa Grande penseuse (Große Sinnende) qui toise les visiteurs de ses grands yeux à peine ébauchés, les incitant à la réflexion du haut de son corps hiératique et pré nubile. Cette statue-là m’évoque invariablement la jeune sœur de ma mère et la meilleure amie de cette dernière, toutes deux devenues sculptrices et ayant aussi modelé des corps de femmes, sans nul doute inspirées par la fréquentation du musée du temps de leur adolescence, et elles-mêmes si inspirantes puisque je leur dois mon amour de l’art…

https://www.ludvanvorstenbosch.nl/edirector.html (le site de ma marraine, meilleure amie de ma mère.)

Große Sinnende, 1913, photo Andreas Hofmann

Émouvantes rondeurs de ces seins martelés,
Qui se donnent impudiques en leurs corps dévoilés.
Et la pierre respire, le burin la caresse,
Toute femme est lumière, la statue une messe.

C’est d’ailleurs toute une lignée familiale qui m’interpelle lorsque je contemple cette Mère à l’enfant (Mutter mit Kind) : cette mère agenouillée enveloppant de ses bras un nourrisson, le couvant du regard tandis qu’il lève les yeux sur elle m’évoque tout un héritage rhénan, avec mes arrière-grands-mères allemandes, Wiebke et Sofie, ma grand-mère Anneliese et ma propre mère dans ce geste de pure tendresse maternelle si intemporel et précieux. Qu’un homme soit capable de modeler cette ode à la maternité m’ancre dans la certitude que l’art n’est pas vain, tant cette œuvre respire la vie.

Mutter mit Kind, 1907, © Sabine Aussenac
Mutter mit Kind, 1907, © Sabine Aussenac

Au musée endormi le visiteur frissonne,
Il découvre égaré les langueurs des Madones
Qui lui offrent ce sein comme au matin du monde,

Cette statue trouve un immense écho dans la bouleversante sculpture de Käthe Kollwitz que l’on peut aussi admirer au musée Lehmbruck : sa Mère aux deux enfants (Mutter mit zwei Kindern), qui les tient serrés contre elle, mère-louve face au monde, fait pendant à la maternité vue par Lehmbruck.

Käthe Kollwitz, Mutter mit zwei Kindern, 1923/1937, © Sabine Aussenac

Plus loin, je pars à la rencontre des hommes de ma famille allemande, croisant un Garçonnet assis (Sitzender Knabe) qui m’évoque mon oncle Klaus, que je n’ai jamais connu puisqu’il est mort tout jeune, quelques années après la fin de la guerre, d’un cancer, Klaus dont la joyeuse mémoire a accompagné ma grand-mère jusqu’à la fin de ses jours…

Sitzender Knabe, 1910, © Sabine Aussenac
Klaus Neuhoff

Enfin, en me figeant devant Celui qui est tombé (Der Gestürzte), je me replonge dans une réflexion autour des guerres meurtrières qui ont ensanglanté notre Europe et qui perdurent hélas aujourd’hui aux quatre coins du globe, me souvenant des silences de mon grand-père autour de ce passé difficile.

Der Gestürzte, 1915/16, © Sabine Aussenac
Mes grands-parents allemands, Anneliese et Erich, peu après la fin de la guerre.

Mais au détour d’un autre étage je fais face à L’Avenir des statues, de Magritte, et le masque mortuaire de Napoléon que l’artiste a recouvert de nuages me réconcilie illico avec l’espérance, en m’ancrant dans la certitude que la fugacité de nos modestes vies humaines est bel et bien embellie par l’art. Regarder ces sculptures en observant leurs ombres projetées sur les murs par la lumière naturelle tombant des grandes parois vitrées, ou en accrochant justement distraitement son regard à quelque nuage cheminant au-dessus du musée ou aux grands arbres du parc, c’est aussi se sentir doublement vivant grâce aux inspirations croisées de l’esthétique et de la nature.

Et la pierre s’éveille, jeune fille en printemps,
Sa douceur auréole une valse à mille temps.
Les tétins si mutins aux grincheux font la fronde.

Détail de la sculpture Die Kniende, © Sabine Aussenac

Le Lehmbruck Museum respire. Au sein de son architecture aérienne, l’art n’est pas simplement accroché comme une collection de papillons épinglée aux murs, mais en transit entre les peuples et les siècles. Les cloisonnements habituels entre l’œuvre et sa réception ont été déverrouillés grâce à la transparence offerte par le riche imaginaire de Manfred Lehmbruck : lors des festivités autour du cinquantenaire du musée, sa fille raconta qu’il avait conçu une maquette de verre dans laquelle il agença les œuvres miniaturisées de son père, les faisant miroiter au soleil. Grâce au génie architectural de ce visionnaire, l’art et la lumière ont offert à la ville ce pneuma où les yeux brillants des visiteurs font écho aux rayons de lumière baignant les œuvres et aux scintillements des eaux du Rhin, là « où bat mon cœur », comme le chante Philipp Eisenblätter dans son ode à Duisbourg reprenant par ces paroles l’hymne sportif de la ville (“Mein Herz schlägt numa hier“).

À Duisbourg, ville plurielle, on aime le football et la sculpture, et on est fier d’un passé ouvrier et d’un présent multiculturel. Dans le « quartier des poètes » à Hamborn furent plantés plusieurs arbres en hommages à des auteurs turcs, comme celui dédié à la poétesse Gülten Akım qui affirme : « En chaque réfugié pousse un buisson de roses » (« Her mültecinin içinde bir gül ağacı boylanır »).

Les miroitements infinis du Lehmbruck Museum reflètent cette beauté du monde.

**

Jeux d’ombres et de lumière au musée:

Torso des Mädchens, sich umwendend (auch: Torso der Schreitenden), um 1914, © Sabine Aussenac (Torse de jeune fille en rotation, ou Torse de la marcheuse)

https://www.duisburg.de/

D’autres textes sur Duisbourg sont à retrouver au gré de mes blogs ou sites internet.

Phlipp Eisenblätter interprétant sa chanson sur Duisbourg lors de la tournée littéraire de 2023 organisée avec la Rose Ausländer Gesellschaft et la société franco-allemande de Duisbourg, un projet soutenu par le Fonds Citoyen franco-allemand. Lieu: DPaN

https://www.dasplusamneumarkt.de/

NB: Cette beauté du monde a participé au prix d’architecture Le Même en 2025:

Ce texte écrit il y a quelques mois pour ce prix d’architecture est mis en ligne en ce 28 février 2026; hier, une guerre a éclaté entre le Pakistan et l’Afghanistan. Aujourd’hui, c’est tout le Proche et Moyen-Orient qui sont à feu et à sang. Puisse la paix advenir, puissent les réconciliations se faire un jour, comme cela a été le cas entre mes deux patries

https://www.facebook.com/1138188420/videos/a.10209969198003385/214478808230746

Un #haïku pour les #Bibas: ronde poétique autour du monde #7octobre #paix

En hommage à la famille Bibas, symbole des massacres du 7 octobre 2023, nous organisons une « ronde poétique » en proposant une traduction d’un haïku dans le plus de langues possibles. Le texte initial (de Sabine Aussenac) et les premières traductions dans diverses langues sont d’ores et déjà à retrouver ici.
Nous invitions les poétesses et poètes du monde entier à nous écrire pour nous proposer leurs traductions du haïku, en donnant leur nom et leur lieu de résidence. Les textes seront rajoutés au fil de leurs réceptions. 

Lorsque nous aurons réuni suffisamment de traductions, nous ferons aussi une création digitale audiovisuelle et organiserons un relai sous la forme d’une ou plusieurs émissions de radio.

Cette démarche s’inscrit dans un Devoir de Mémoire et se veut aussi appel à la PAIX; nous pensons à tous les enfants juifs morts dans le massacre, mais aussi à tous les enfants palestiniens disparus. 

Cet événement est répertorié sur le site du « Printemps des Poètes ».

( permalien à retrouver prochainement)

Notre souhait est de faire voler le souvenir de la famille Bibas tout autour du monde, en envol de partages, afin de transcender les haines…

Le haïku:

Terreur absolue
leurs rousseurs nos espérances
tous les trois sont morts

En anglais, traduction par moi-même:

Absolutely scared
their red flammes image of hope
and now they are dead

En allemand, traduction par moi-même:

Die schreckliche Angst
rote Haare der Hoffnung
und nun sind sie tot

En russe, par Evelyne Amoursky, grande traductrice de nombreux auteurs russes, et mon amie grâce à un beau réseau social:

Беспредельный ужас

их рыжесть — наша надежда

мертвы все трое

https://www.racontemoilaterre.com/livre/9782940701599-la-sonate-a-kreutzer-a-qui-la-faute-romance-sans-paroles-le-prelude-de-chopin-leon-tolstoi-sophie-tolstoi/

Parce que nos sensibilités sont multiples, voici une autre version du haïku, traduit en russe toujours par mon cher ami Pierre Lochak, mathématicien et philosophe:

Абсолютный ужас

их рыжеволосость — надежды наши

все трое умерли

Et en hébreu, aussi traduit par Pierre Lochak:

אימה מוחלטת

הג’ינג’יות שלהם תקוותינו

שלושתם מתים

https://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Lochak

En malgache, traduit par ma chère amie Angéline Ranaivoarinosy:

‘Ndrisy fa maty

Tandra fanantenana

nihorohoro

https://www.instagram.com/ranaivoarinosy/

En tamazight et en arabe, traduit par le merveilleux poète Mohamed Farid Zalhoud, rencontré en 2008 sur le forum Oasisdesartistes, grâce auquel j’ai retrouvé la poésie:

ⵜⴰⵡⴷⴰ ⵜⴰⵎⴳⴷⵓⵍⵜ

ⵜⴰⵣⵓⵖⵉ ⵏⵙⵏ ⴰⵏⴰⵔⵓⵣ ⵏⵖ

ⴰⴼⵓⴹⵏ ⴰⴽⴽⵯ ⵙ ⴽⵕⴰⴹ

رعب مطلق

نمشهم رجاؤنا

كلهم الثلاثة ماتوا

https://fr.wikipedia.org/wiki/Mohamed_Farid_Zalhoud

En chinois, par la talentueuse doctorante en histoire et créatrice digitale Wanling Xu:

极度的恐惧

他们火焰般的头发,是我们的希望

如今三人皆陨落

En danois, traduit par le magnifique compositeur Anders Nordentoft, qui a aussi consacré une de ses œuvres à Rose Ausländer et que j’ai le bonheur de connaître grâce à Facebook:

Fuldstændig angst

deres røde flamme var et billede på håb

og nu er de døde

https://www.wisemusicclassical.com/composer/1138/Anders-Nordentoft/

En occitan, traduit par mon ami Bernard Vernières, docteur ès lettres et professeur de lettres et d’occitan:

 Terror absoluda

lors rojors esperança nòstra

totes tres son mòrts…

https://www.ladepeche.fr/article/2010/01/05/748877-lavaur-decouvrir-les-pays-occitans-avec-bernard-vernieres.html

En yoruba, l’une des langues les plus parlées en Afrique puisqu’elle est parlée au Bénin, le pays du traducteur, mon ami le grand poète Victor Hountondji, mais aussi au Nigéria:

Ìbẹ̀rù pátápátá 

Irun pupa wọn, ìrètí wa, 

Gbogbo àwọn mẹ́tẹ̀ẹ̀ta ti kú

https://www.editions-harmattan.fr/catalogue/auteur/victor-mawuton-hountondji/23631?srsltid=AfmBOord5CcsdFZLB5-QROWXvo13y6USSjE-pXBjYOHOqWjLoiiRhL8U

En pular (peul), traduit par Ousmane Mballo, brillant doctorant en philosophie:

Bone

Boɗowol maɓɓe woni ɗaminare men

Kamɓe tato fof ɓe maayi

En vietnamien, traduit par ma chère amie FB ThuNguyen Ton Nu:

Quá sợ hãi ngọn lửa đỏ của họ

hình ảnh của hy vọng và bây giờ

chúng đã chết

En italien, traduit par Enzo Santese, écrivain, poète et critique d’art, rencontré aussi via FB:

Orrore vero

nei loro tratti sogni

tutti tre morti

En italien toujours, traduit par l’une de mes plus chères amies « virtuelles », mais pas que, celle que je nomme ma « fée », O.D.F:

Pure terrore

La loro lentiggine, la nostra speranza

Tutti tre sono morti

En mooré, la langue principale du Burkina Faso, traduit par mon cher ami Jean-Paul Wendpuiiré Kedrebeogo, enseignant et chercheur en philosophie:

Rabeem kãsenga

B zoobdã ra yãagda ne tõnd tẽebo

La b tãabã maana kaalem

En alsacien, traduit par un philosophe, traducteur et écrivain de talent, mon ami Marc Chaudeur:

Schrecklichi Angst

Rote Hoor vun d’r Hoffnung

un jetzt sin se tot

Marc Chaudeur nous propose aussi une traduction en danois:

Skrækkelig raedsel

Håbets rød har 

og nu er de døde

#GivePeaceAChance #acrostiche pour la #paix, un projet de Walter Pobaschnig

Quel honneur m’a fait Walter Pobaschnig en m’invitant à rédiger un acrostiche autour de la paix sur son superbe blog littéraire autrichien (Literatur outdoors – Worte sind Wege) autour du projet #GivePeaceAChance!

Je vous invite à découvrir son travail et les centaines de rendez-vous littéraires et artistiques sous la forme d’interviews poétiques, de textes divers et de superbes photos !

https://literaturoutdoors.com/

Son « Insta » vous fera rêver aussi:

https://www.instagram.com/w_pobaschnig/?hl=fr

Voici le lien vers mon texte, rédigé en deux langues :

Und diese Chiffre

**

Gestern die Rosen, ruhig und sanft,

im Garten fast fliegend

vor Freude und Glanz. Heute kahle

Erde, die Gräber so viel,

**

Puppen so einsam, in Ruinen

erstarrt, als seien die Kinder

auf einmal verschwunden.

Chöre des Schweigens walten durch verwüstete Wiesen.

Entfernte Gegend, Zypresse und Zitronenduft…

**

Auch das Meer blutet, Fische fressend Kinderleichen,

**

Chaos, Schreie, man floh vor Krieg und

Hunger und nun ertrinkt die Hoffnung im Morgenrot.

An allen Ecken der Welt eine einzige

Nation des Leidens und diese

Chiffre: Frieden, die Urantwort,

Erbe, Zukunft und Traum: Give Peace A Chance!

***

***

Et cette clef

**

Garder, autrefois, les roses calmes et tendres,

imaginer au jardin leur

vol en allégresse et éclat. Aujourd’hui terre brûlée

envahie de tombes si nombreuses,

**

poupées si esseulées dans les ruines,

en état de sidération, comme si les enfants

avaient disparu tout d’un coup.

Chorégies du silence parcourant des prairies dévastées.

En terres lointaines cyprès et parfums de citrons… Là

**

aussi, la mer saigne, poissons dévorant des cadavres d’enfants,

**

chaos, cris, on a fui la guerre et la faim :

horizon rougi d’une aurore où l’espérance se noie.

Alliance des nations en souffrance

nichées en chaque coin du monde, et cette

clef : paix, ontologique réponse, héritage

en avenir et en rêves : Give Peace A Chance !

Guirlandes poétiques #poésie #noël #pastiches #haikus #SergePey #Proust #anticapitalisme

https://sabineaussenac.blog/2015/12/17/il-faudrait-ne-pas-aimer-noel-noel-chretiens-fete-nativite-enfance/

Haikus

sapin éclatant

joues rosies de lumière

les enfants sourient

**

Un âne et un bœuf

Marie rit en gésine

Rois Mages en chemin

**

Neige odorante

cannelle brille en cuisine

rouge vif le houx

Poésie classique revisitée

Nos Noëls seventies

Lorsqu’aux temps d’autrefois nous allions à la messe,
Nos gros sabots aux pieds et le cœur à confesse,
Nous savions qu’en rentrant, les joues rosies de froid,
L’enfançon sourirait en sa crèche de bois.

Mais non, n’importe quoi ! Le divan explosait…
Un sous-pull à paillettes, et un sac au crochet !
Et puis l’électrophone, et un jean peau de pêche !
L’intégrale de Troyat, des vinyles de Delpech…

En pantalon pattes d’eph’, dans son costume orange,
Petit frère plongeait dans ses tas de légos.
Le sapin débordait sous de lourds cheveux d’ange,

A la télé heureuse nous admirions Clo-Clo.
Qu’ils étaient innocents, nos Noëls seventies,
Gouleyants de cadeaux en ces temps d’avant Crise.

Aphorismes…

Noël…


Comme une aube mariée au crépuscule de
l’année.

Oublier les nuits tombées sur notre monde vacillant sous les folies des hommes. Inspirer cette paix. Oser aimer.

Sourire aux inconnus et pardonner à son ennemi.

Entourer ses soucis de bolduc, décorer le malheur de mille cheveux d’ange, faire de chaque tristesse une boule de verre coloré.

S’aimer enfin. Se souvenir de nos sourires d’antan, aimer l’enfant qui veille en nous, comprendre l’adolescent en révolte et ses noirceurs devenues scories de l’usure des temps.

Imaginer le printemps, murmurer l’espérance, bénir le jour.

Voir l’étoile des bergers, bercer le divin contre son cœur.

Tu ES Dieu. Et NOUS sommes HUMAINS, ensemble.

Sonnet anticapitaliste

Qu’ils se gorgent de bile, tous ces bourgeois frileux !

Qu’ils étouffent de fiel en leurs habits de fête

Étranglés de bolduc en sanglantes paillettes :

Leur noël mascarades offensant tous les gueux !

*

Qui est-il, ce Jésus, pour ordonner bombances

Quand l’univers entier hurle révolution ?

Comment peut-on encore prêter dévotion

À ce charpentier fou générant tant d’outrances ?

*

Tout prélat est immonde et tout autel amer,

Nul besoin d’honorer et le fils et le père

Au triste anniversaire devenu une orgie

*

Où le capitalisme, tel un ogre affamé

Dévorant innocences en prétextant aimer,

Assassine les hommes d’un argent qui mugit !

Poésie contemporaine

Nocturne,

le souffle avisé des bêtes.

Le silence grelotte et la

paille gémit.

Guidés par l’étoile,

ils arriveront pour voir

sourire celui que l’on nommera

Dieu.

À la manière de …

Marcel Proust

Lorsque tante Léonie arrivait de la messe, je la guettais toujours, respirant avidement le parfum de cet encens entêtant me rappelant les longues heures passées à regarder, m’ennuyant entre deux sermons lénifiants et cantiques, le plafond et les anges de la petite chapelle du village voisin, me demandant si elle aurait peut-être croisé, en chemin, Swann qui devait justement arriver de la Capitale en cette veille de noël et si il ne lui aurait pas déjà glissé quelque anecdote savoureuse toute dorée des fastes de la ville lumière, avide que j’étais de connaître ce monde dont chaque étincelle illuminait mon quotidien d’enfant timide, et je ne manquais pas, délestant ma tante de son missel tout ourlé de cuir, tandis que notre bonne s’empressait de la délivrer de sa mantille et de son châle, de la câliner par d’innocentes questions, tentant de percer à jour le mystère de ses rencontres de parvis, et, alors que toute la maisonnée s’activait déjà dans les préparatifs de la veillée de noël, je n’avais de cesse de vouloir que tante ne me parle de Swann qui me paraissait, ce soir-là, tout aussi auréolé de gloire que le Roi dont nous fêterions bientôt l’avènement.

Georges Perec

Houx purpurins sous gui flamboyant : chantant un christmas carol, nous faisons fi du bruit, riant, jouant, ravis ! Christ surgit, un 24, à minuit !

Serge Pey

Frappe frappe frappe le sol

de ton bâton

Sois berger sois Roi-Mage sois la Vierge sois le Christ

tu es homme il est dieu

il est homme tu es dieu

sois lumière sois le feu sois l’étoile sois la paix sois noël sois le ciel

Frappe frappe frappe le sol

de ton bâton

Sois enfant sois jeune fille sois femme sois vieillard sois vivant

tu es la myrrhe il est l’encens

il est venu tu es présent

sois l’hostie sois le pain sois la vigne sois le vin

Poésie libre

Il est venu le doux temps de l’Avent

Humez frissons oyez clochettes

Joues cramoisies des petits enfants

Soleil timide tapi en sa cachette

Il est venu le doux temps du sapin

Piqué au vif par mille boules mises

Au gré des rires de tant de beaux lutins

Tout juste descendus de leur blanche banquise

Il est venu le doux temps des bougies

Lumignons vacillants à fenêtre embuée

Que la lumière soit en nos cœurs assagis

Et que nos mains tendues soient fête partagée

Il est venu le doux temps des parfums

Vin chaud cannelle sombre cardamone et gingembre

Mon marché de Noël ma maison aux embruns

Le pain d’épice aura sa belle couleur d’ambre

Il est venu le doux temps des vœux

Cartes anglaises dentelées étoiles scintillantes

Ressortons nos stylos faisons pause un peu

Amis perdus ou très chers retrouvons les ententes

Il est venu le doux temps des cantiques

Chérubins carillons angelots glorifiés

Lançons Alléluias dans toutes les boutiques

Écouter Sinatra c’est le jazz sanctifié

Il est venu le doux temps des Rois Mages

Et puis le Père Noël et le Saint-Nicolas

Rudolf le petit renne sage comme une image

C’est l’anniversaire du p’tit Jésus et ils seront tous là

Il est venu le doux temps de Noël

Ors profonds flocons fous et guirlandes

Emmitouflés dans douce ribambelle

Aimons-nous sans faiblir faisons fleurir Sahel.

**

Comme une odeur de mandarine

Comme une odeur de mandarine,

Comme un parfum de doux vin chaud,

Un souffle frais dans la cuisine,

Cannelle gingembre en fin rondeau…

Envie de mille madeleines,

De ces hivers emplis de braises,

Quand nous lisions vers de Verlaine

Ou simplement quelques fadaises.

Nos mères revenaient des marchés,

Les bras chargés de friandises,

Nous leurs gardions petits bébés

En promettant jolies surprises.

Nous voilà femmes à notre tour,

Peut-être même déjà grands-mères,

Et ce Noël revient toujours :

À nous de sublimer la terre

En accueillant en nos foyers

Les houx les rouges et les guirlandes,

Les calissons les miels dorés

Dans leurs douceurs aux tons d’amande.

https://sabineaussenac.blog/2019/12/22/nativites-noel-migrants-roms-sdf-chretiens-christianisme-attentats/

Européenne…#fêtedel’Europe #9mai #paix #réconciliation

Quelle connerie la guerre

Qu’es-tu devenue maintenant

Sous cette pluie de fer

De feu d’acier de sang (Rappelle-toi Barbara, Prévert)

Souvent, je l’imagine, ma maman. Le visage défiguré par la terreur, les mains agrippées à celles de sa propre mère tentant sans doute de faire un rempart de son corps à ceux de ses quatre enfants, dans le vacarme assourdissant des bombardements. Encore aujourd’hui, ma mère tressaille en entendant un avion survoler l’azur de son petit paradis tarnais. Elle est pourtant bien loin de sa Rhénanie natale, et bien de l’eau a coulé dans le Rhin depuis ces années où, petite fille aux nattes blondes et aux yeux si clairs, elle espérait le retour de son père parti sur le front russe en tremblant sous les bombes des Alliés, son ventre criant famine quand elle cherchait des épluchures de pommes de terre pour les dévorer.

Ma mère, Gesche, et son jeune frère, mon oncle Peter

Mon père, lui, n’a de la guerre presque que des souvenirs joyeux. Ils n’étaient pas bien malheureux, son grand-frère et lui, dans le petit village de la campagne tarnaise depuis lequel mon grand-père français aidait les Maquisards, cachant des armes sous les tuiles et continuant sans doute à déguster les cochonnailles préparées par ma grand-mère

J’ai grandi entre les récits de ces deux enfances si différentes, écartelée parfois dans ma propre mémoire, tandis qu’à l’école des petites pestes écervelées de mon école de filles me surnommaient « Hitler », quand les métissages n’étaient pas encore à la mode et que les familles respectives de nos parents, de nos courageux parents, apprenaient à se connaître et à dépasser les brûlures de l’Histoire.

Point n’est besoin d’avoir épluché les ouvrages de psycho généalogie pour comprendre que deux sangs différents couleront toujours dans mes veines, et que je suis l’humble produit d’une fabuleuse réconciliation. Toujours retentiront en moi les sirènes qui épouvantaient ma mère, mais aussi les clameurs d’allégresse de la libération de Toulouse. Et je porte encore les griffures des petits doigts des millions d’enfants sacrifiés dans les chambres à gaz, l’empreinte de la Shoah s’étant inscrite dans ma culpabilité d’enfant de la troisième génération comme un tatouage au bras d’un prisonnier…

Je sens aussi le froid mordant de l’Ukraine bleuir les lèvres de ce grand-père allemand que j’ai chéri plus que tout au monde. Et j’entends d’autre part aux vacances la voix claire encore de mon oncle français me rapporter les récits de la fin de la guerre…

Alors quand des élèves soupirent en m’entendant leur demander ce que l’Europe signifie pour eux, quand certains ne savent pas qu’il y a eu une autre guerre sur notre continent depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, quand je les sens indifférents aux mots paix, mémoire, patrie, réconciliation, Europe, mon sang mêlé ne fait qu’un tour. Car cette année, à Toulouse, au lendemain de ce 8 mai où le monde entier commémore de concert la fin des années de barbarie et de violences, nous inaugurerons le 9 mai, journée de l’Europe, cette semaine de l’Europe qui fêtera les 65 ans (**voir note)de la déclaration de Robert Schuman. Et il me semble capital de sensibiliser les jeunes à l’importance de notre Union Européenne, symbole du pouvoir de la Paix. Je ne veux pas aujourd’hui polémiquer autour de la crise, de la dette grecque, de la pseudo nouvelle hégémonie de l’Allemagne, d’éventuelles sorties de l’Euro. Je tairai les innombrables critiques des eurosceptiques et des empêcheurs de construire en rond, et puis les phrases perfides de ceux qui, encore aujourd’hui, me disent parfois que « dans le sud-ouest, il est encore difficile de pardonner, c’est pour cela que l’allemand est en perte de vitesse… »

Non, je voudrais m’incliner devant ceux qui ont su, malgré les outrages et les horreurs, redonner du sens à la fraternité et au pardon, osant faire du paysage dévasté de nos contrées européennes un nouveau tableau de prospérité et de partages.

La noce, 9 août 1959: à la petite chapelle de Saint-Hippolyte, dans le Tarn.

Je voudrais remercier mes quatre grands-parents d’avoir osé se réunir à la table d’un mariage en août 1959, quelques années à peine après que la botte de l’occupant nazi a dévasté notre pays, pour festoyer ensemble malgré les millions de victimes, pour s’assoir ensemble sur les bancs d’une petite chapelle et dans un hôtel de ville, osant ainsi faire partie des pionniers de l’esprit européen. Mon grand-père allemand dans son hameau tarnais ; et une tablée familiale avec mes grands-parents français…

L’image contient peut-être : 1 personne, assis, arbre et plein air
Pique-nique européen dans les sixties: mes deux-grands-pères, l’allemand, Erich, avec le béret, et Albert, mon père et, de dos, mon oncle Peter

Je voudrais remercier nos parents qui nous ont élevés avec bon sens et respect des traditions, nous permettant de grandir dans la richesse de deux cultures, dans le bilinguisme et l’ouverture d’esprit, entre foie gras et pâtisseries allemandes, entre Goethe et Hugo, nous prouvant chaque jour que leur choix avait été le bon, puisque leur couple a lui aussi résisté à l’usure du temps, comme le couple franco-allemand, toujours et encore « le moteur de l’Europe ». Ainsi je me sens Tarnaise, Toulousaine, française, mais aussi Rhénane, allemande, et, encore et toujours, européenne.

Dans le jardin de mes grands-parents allemands à Duisbourg

J’ai l’Europe chevillée au corps et au cœur, de l’Hymne à la joie au jingle de l’Eurovision, des discours de Schuman aux libertés de l’espace Schengen, petite occitane rêveuse et blondinette en « Dirndl », et, surtout, avec la certitude que la paix durable n’est le fruit que des combats, de ces combats des Grands qui signent les traités et prononcent les discours, mais aussi de ces millions de combats quotidiens des humbles qui osent la fraternisation et qui se retroussent les manches pour que plus jamais ne retentisse l’alarme.

Faites que jamais ne revienne

Le temps du sang et de la haine

Car il y a des gens que j’aime

A Göttingen, à Göttingen.

Je m’incline ainsi ici devant ces milliers de collègues qui, de part et d’autre du Rhin, ont organisé tant d’échanges scolaires bien avant les superbes organisations actuelles et qui, depuis des décennies, ont permis aux enfants de nos deux pays de découvrir le pays de l’Autre !

Vive la paix, vive l’Europe, et vive le couple franco-allemand !

Curriculum vitae…

Rhénane :

Pour les étés de mon enfance

Bercés par une Lorelei

Parce que née de forêts sombres

Et bordée par les frères Grimm

Je me sens Romy et Marlène

Et n’oublierai jamais la neige

Rémoise :

Pour un froid matin de janvier

Parce que l’Ange au sourire

A veillé sur ma naissance

Pour mille bulles de bonheur

Et par les vitraux de Chagall

Je pétille toujours en Champagne

Carolopolitaine :

Pour cinq années en cœur d’Ardennes

Et mes premiers pas en forêt

Pour Arthur et pour Verlaine

Et les arcades en Place Ducale

Rimbaud mon père en émotion

M’illumine en éternité

Albigeoise :

Pour le vaisseau de briques rouges

Qui grimpe à l’assaut du ciel bleu

Pour les démons d’un peintre fol

Et ses débauches en Moulin Rouge

Enfance tendre en bord de Tarn

D’une inaliénable Aliénor

Tarnaise :

Pour tous mes aïeuls hérétiques

Sidobre et chaos granitiques

Parce que Jaurès et Lapeyrouse

Alliance des pastels et des ors

Arc-en-ciel farouche de l’Autan

Montagne Noire ma promesse

Occitane :

De Montségur en Pays Basque

De la Dordogne en aube d’Espagne

Piments d’Espelette ou garigues

De d’Artagnan au Roi Henri

Le bonheur est dans tous les prés

De ma Gascogne ensoleillée

Toulousaine :

Pour les millions de toits roses

Et pour l’eau verte du canal

Sœur de Claude et d’Esclarmonde

Le Capitole me magnétise

Il m’est ancre et Terre promise

Garonne me porte en océan

Bruxelloise :

Pour deux années en terre de Flandres

Grâce à la Wallonie que j’aime

Parce que Béguinage et Meuse

Pour Bleus de Delft et mer d’Ostende

En ma Grand Place illuminée

Belgique est ma troisième patrie

Européenne :

Pour Voltaire Goethe et Schiller

Pour oublier tous les charniers

Les enfants blonds de Göttingen

Me sourient malgré les martyrs

Je suis née presqu’en outre-Rhin

Lili Marleen et Marianne

Universelle :

Pour les mots qui me portent aux frères

Par la poésie qui libère

Parce que j’aime la vie et la terre

Et que jamais ne désespère

Pour parler toutes les langues

Et vous donner d’universel.

Mon grand-père allemand au hameau de la Provinquière, là où il avait acheté une maison non loin de celle de mes grands-parents français

Pour aller plus loin dans le récit binational, cette fresque dans les deux langues au gré de mes blogs, et vous excuserez l’absence des photos, elles sont souvent disparu lors de la fermeture par Le Monde de tous les blogs-lecteurs…

https://sabineaussenac.blog/2016/02/26/de-lorelei-a-marianne-duisbourg-le-18-juillet-1958/

Vous souhaiter…Bonne année 2019!

Vous souhaiter…

L’amour, celui qui vibrionne et carillonne en chantant, par les beaux soirs d’été lorsqu’on part aux étoiles…

La joie, celle qui donne les joues roses aux petiots et les larmes aux creux des yeux délavés des Anciens.

Le rire, celui qui fait glousser les corsages et tressaillir les salles obscures, sonore et pimpant, tout ourlé de fous-rires.

La paix, celle qui clame en grandes plaines que le front a cédé et que les vareuses bleu de sang pourront rentrer au pays.

Le temps, celui qui coule paresseusement comme la Loire en châteaux, s’étirant femme fière de ses atours éternels, sans savoir qu’elle va à la mer.

La folie, celle qui, douce et guillerette, rend les femmes amoureuses et les hommes à passions.

Le courage, celui qui soulève le métro pour arrêter la bombe et qui offre à la femme battue les ailes de sa fuite.

La bonté, celle qui donne aux escarres l’impression d’être roses ou jasmin, quand un sourire éclaire les nuits longues des errants de la vie.

Le rêve, celui qui crée les mondes et dessine l’envie, quand le cancre devient premier violon et que nos nuits outremarines se piquètent d’étoiles.

L’invention, celle qui océane les déserts ensablés ou rend à cet enfant ce cœur qui bat l’amble.

Le désir, celui qui crépite, incendiaire, dans les corps des aimants, dévorant les ivresses comme un grand soleil rouge.

La beauté, celle qui peint les toiles en oranges sanguines et délie les corps des ballerines éternelles.

Le détachement, celui qui berce les solitudes toutes brodées d’ipomées, cheminant vers montagnes en offrandes de vie.

La volonté, celle qui guide l’égaré vers les sentes odorantes, là où mille tilleuls ombragent sources claires.

Le plaisir, celui qui se partage sous les pommiers tout enivrés d’abeilles ou dans un lit froissé qui frémit sous le vent.

La fraternité, celle qui se rencontre quand on n’a plus rien et qui met l’homme d’équerre malgré de lourds chagrins.

Le voyage, celui qui comme un père vous guide et vous élève, ou comme mère aimante vous embrasse en folies.

L’espérance, celle qui jamais ne cèdera d’un pouce aux idées sombres des pisse-vinaigre, car toujours nous resterons debout.

Le savoir, celui qui déchire les voiles de mille  obscurantismes et lève l’ancre pour de nouvelles découvertes.

La douceur, celle qui prend la main ou caresse satin ou embrasse carmin et embrase matins.

 

Je vous embrasse et vous aime!

Cent vers pour un centenaire #14/18 #commémoration #11novembre

Cent vers pour un centenaire

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Groupe de poilus. Archives municipales d’Orléans

 

Quand la fleur au fusil ils quittaient leurs village

Une joie sans pareille leur riait au visage :

Les enfants jubilaient, les anciens sur les bancs

Leur criaient de tuer chaque sang allemand.

Mais les mères en larmes, effondrées et sans voix

Les suivaient par les prés et les routes et les bois,

Caressant jusqu’au bout de tendresse infinie

Ces conscrits si souvent à l’orée de la vie,

Des fiancées serrant sur leurs corsets lacés

Les photos dentelées aux sourires lissés.

Et là-bas dans les plaines et vallées d’outre-Rhin

Mêmes scènes de liesse appelaient le destin…

L’uniforme était beau au regard des Poilus,

Képis rouges brodequins contre casques pointus,

Quand garance faisait de tous ces pantalons

Un écho innocent de tant de garnisons

Qui bientôt baigneraient dans carnage carmin

Des tranchées carnassières aux barbaries sans fin.

Fièrement on marchait en promenant musettes,

Cartouchières au repos et calmes baïonnettes,

Sans savoir que la guerre, qu’on nommait « der des der »

Deviendrait pour quatre ans synonyme d’enfer.

Ils quittaient berge tendre où sommeillait Garonne,

Traversant mille ponts, découvrant Loire et Rhône,

Pour venir tels oiseaux de sombres migrations

S’échouer dans les boues en agitant fanions,

Marionnettes sans fils tenues par dirigeants

Qui sans pitié aucune condamnaient leurs enfants,

Quand le riche et le pauvre, cordonnier, avocat,

Médecin ou tailleur s’égorgeaient au combat.

Ils pensaient à leurs champs ou à leur cour d’usine,

Aux seins tout en blancheur de leur fée Mélusine,

En serrant sur leur cœur les vélins violets

Parfumés d’écritures de tant de fiancées…

Ils rêvaient de pain chaud et de vins capiteux

En rongeant leur pitance en leurs habits pouilleux,

Ils songeaient aux bouillons, aux poulardes garnies,

Aux fourneaux ruisselants de tant de mets rôtis,

Et quand les canons fous leur tonnaient aux oreilles

Ils hurlaient, rugissaient, et les balles abeilles

Piquaient vies au hasard en un ballet sordide,

En un cri effroyable quand tant de corps candides

Devenaient la charpie, la bouillie, la curée

Dont seuls quelques chanceux revenaient rescapés.

Et la boue de la Meuse accueillait sans vergogne

Bordelais Berlinois Albigeois Autrichien,

Quand un monde en folie faisait des orphelins

Au fil des méridiens, pères morts en héros

Pour les mères patries dont mille maréchaux

Confisquaient le futur, rendant les éclopés,

Dont les gueules cassées effrayaient les passants,

Aux villages endeuillés de Gascogne ou Brabant.

Mais certains tirailleurs aux yeux doux d’amadou

Venaient d’autres océans pour défendre debout

Cette France affamée de la chair à canon,

Jamais rassasiée des massacres aux clairons,

Les peaux noires et blanches reposant de concert,

Les espoirs en lambeaux revenus à la terre.

Qui dira les assauts à main nue, en plein vent,

De mitraille ennemie qui vous glaçait les sangs,

Le courage infini, les sacrifices vains

De tous ces appelés fauchés par le Destin,

Mais aussi la vaillance des briseurs de combats,

Des mutins audacieux réclamant sans fracas

Paix des armes et des corps en amour fraternel,

Qui souvent périront d’avoir bravé l’appel.

Les femmes se levèrent pour remplacer les pères,

Retroussant les jupons, jeunes filles ou grands-mères,

Labourant les sillons délaissés par époux,

Gagnant l’indépendance avec ces quelques sous,

Veuves dignes, mères seules, fiancées éplorées

Gardant toute une vie la mémoire fanée

D’un bien-aimé parti, comme on veille un bouquet.

Cent années ont passé depuis cet Armistice,

Des Noëls et des Pâques et puis tant de solstices,

Une autre guerre atroce a déchiré les âmes

Quand pourtant toute paix devrait être la flamme

De cette éternité qui se nomme espérance,

Qu’elle habite Allemagne ou notre douce France.

Cet hommage en corolle à tous les beaux soldats,

Aux vaillants aux mutins aux enfants morts là-bas,

Pour que cent ans plus tard plus jamais ne résonne

Autre cri que la PAIX que mille frères entonnent.

 

Sabine Aussenac.

 

Comme par un orage de coquelicots #commémoration #14/18

Am Geist… #11novembre #itinérancemémorielle #GrandeGuerre