Little girl from Manchester…

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Little girl from Manchester,

Come with me and take my hand:

You have to listen to the rainbow,

Just become light, forget the shadow!

Our song so glad like a funny big band…

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Come with me, the sun is waiting,

Don’t be afraid, the night is shining.

**

Little girl from Manchester,

All your dreams a blossom in the night…

Your sweet laugh like butterfly’s dancing,

Stay like a princess in roses, so charming,

Whisper of gold calming your soul, so bright.

**

Come with me, the sun is waiting,

Don’t be afraid, the night is shining.

**

Little girl from Manchester,

The entire world is singing with you

And you can be sure we’ll never forget:

In the raindrop, in the smiles forever and yet,

In every second: eternity will come true.

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Come with me, the sun is waiting,

Don’t be afraid, the night is shining.

Rassemblement à Albert Square, mardi 23 mai.

Rassemblement à Albert Square, mardi 23 mai. BEN STANSALL / AFP
En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/europe/article/2017/05/24/a-manchester-il-s-en-est-pris-a-des-enfants-avec-des-serre-tetes-en-forme-d-oreilles-de-chat_5132927_3214.html#Oveo5sYsRCayGE3y.99

Dédié à Saffie Rose Roussos et à toutes les victimes…

Dedicated to Safie Rose Roussos and to all the victims…

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Le luth s’est brisé…#Jesuis Lahore

Allemagne, 8 mai 1945 // France, 8 mai 2019

Allemagne, 8 mai 1945 // France, 8 mai 2019

Ma mère et l’un de ses petits frères.

 

 

Allemagne, année zéro.

Dans Berlin dévastée, privée d’eau, de gaz, d’électricité, des milliers d’êtres hagards errent parmi les ruines.

De nombreuses autres villes, petites bourgades ou grandes agglomérations, se trouvent dans le même état. Dresde, qui avait subi le déluge de feu des « bombardements tapis » du 14 février 1945 et n’était plus que béance incendiée, Cologne, qui déjà en 1942 avait subi le premier raid aérien engageant plus de 1000 bombardiers, tant de cités énuclées, réduites à néant et à reconstruire…

Bientôt, des millions d’Allemands seront à nouveau jetés sur les routes, prenant la suite de toutes les populations déplacées par le régime national-socialiste et de tous les habitants du Reich ayant fui devant l’avancée des troupes soviétiques.

Ce qui reste de l’Allemagne est exsangue. Ma mère me parle souvent de la faim qu’elle a cruellement connue, petite fillette aux nattes blondes, née en été 1938, ayant grandi dans un pays devenu fou. Elle me parle aussi des bombes qui la terrifiaient lorsqu’avec ses trois frères et sœurs elle devait se jeter dans les fossés en allant à l’école. Aujourd’hui encore, elle frémit en entendant un avion, 72 ans après la fin de la guerre.

Dresde bombardée…

Partout, des familles sont démantelées, exilées, séparées. Les hommes, souvent, sont morts, ou ont été blessés, ou resteront des mois, voire des années en captivité. Mon propre grand-père, officier de la Wehrmacht, qui avait été envoyé sur le front de l’Est, ne rentrera que très tard, après un périple de plusieurs milliers de kilomètres faits à pied. Ma grand-mère avait un temps été évacuée dans le « Westerwald », à la campagne, pour quitter Duisbourg, l’une des capitales de la Ruhr si souvent visée par les bombardements alliés. Elle a monnayé ses bijoux auprès des paysans pour un demi-litre de lait.

La population civile a payé un immense tribut au Reich. Et lorsque j’entends aujourd’hui les médias parler de la « célébration de la victoire contre l’Allemagne nazie », j’aimerais aussi avoir une pensée pour les Allemands qui, à l’époque, comme ma mère, ses frères et sœurs et ses amis, n’étaient que des enfants. Des enfants, comme les enfants dont nous déplorons chaque jour la mort atroce en Syrie, comme les enfants qui fuient la terreur en Afghanistan, comme les enfants qui fuient la famine au Soudan.

Ces « enfants blonds de Göttingen », nous les oublions trop souvent. Ils ont été la génération sacrifiée, à la fois par les sbires du régime hitlérien et par les bombardements alliés souvent, puis, à l’est, dans ce qui était devenu la RDA, par la dictature soviétique…

Très vite, après la capitulation du 8 mai 45, la vie a repris ses droits. Dénazification dans les quatre zones occupées, mise en place rapide des administrations, reprise des cours, de la vie culturelle, de la presse, pendant que les millions de « Trümmerfrauen », littéralement, « femmes de ruines » déblayaient ce qui était à reconstruire, fichu sur la tête et courage au cœur.

Les enfants, en ces temps où l’on ne parlait pas de traumatisme ni de pédospychiatrie, ont dû réapprendre à vivre, au-delà de ce qui était jusqu’en ce 8 mai la simple survie. Il a fallu oublier l’emprise des Jeunesses Hitlériennes, la terreur sous les bombardements, la faim des années de privations, l’uniforme des pères et les bruits de bottes de la soldatesque nazie, et, je ne l’oublie pas, les fumées des camps d’extermination et les barbelés de tous ces camps de concentration et/ou de travail qui parsemaient le territoire et qu’aucun Allemand, n’eut-il été qu’un enfant, ne pouvait ne PAS avoir vu.

Cette génération-là est celle de nos parents, celle qui a eu le courage de faire table rase de la haine pour re-construire notre Europe.

Cette même Europe que de nombreuses voix, en ces temps d’élections, voudraient détruire, avec la même hargne presque qu’autrefois, lorsque notre monde entier était à feu et à sang, du Japon sacrifié aux bataillons de tirailleurs sénégalais, des plaines d’Ukraine aux familles désespérés des Boys venus nous délivrer de la barbarie.

Notre Europe. Mon Europe. Celle que mes parents ont eu le courage, en se mariant, le 9 août 1959, si peu de temps après la fin de la guerre, de sceller à leur façon par leur union. La fille d’un officier de la Wehrmacht et le fils d’un Résistant. Ensemble, envers et contre tous, dans l’insouciance de leur jeunesse aux allures de Rock’n Roll et de voyages en cette Europe enfin pacifiée, entre Paris, Duisbourg et Londres, malgré les remarques perfides contre la « fille de Boches » et les craintes justifiées de la famille de ma mère, ils ont osé ces noces improbables, mais si importantes, résilientes et d’espérance.

Puisse retentir longtemps l’ode à la joie européenne, et en ce 8 mai, commémorant ce qui aurait pu sonner le glas de l’Europe, faisons aussi rappel de nos racines communes en ce terreau fertile, mais si fragile encore.

N’oublions jamais. N’oublions jamais les enfants de ceux qui ont capitulé sans condition et qui, innocentes victimes de l’Histoire, ont, avec nos parents, des deux côtés du Rhin, osé dépasser la barbarie, leurs traumatismes, leur passé, donnant naissance à une autre génération qui vient d’accueillir sur le territoire allemand des millions de nouveaux réfugiés.

N’oublions jamais les millions de victimes de la Shoah et de la guerre, toutes ces familles juives et tziganes, toutes ces victimes homosexuelles et handicapées, tous ces combattants tombés au combat et/ou déportés, et ces millions de victimes civiles dans les deux camps.

N’oublions jamais que notre Europe a réussi à se relever, et prouvons au monde que les populismes n’ont pas encore gagné!

Vive la France, vive l’Allemagne, vive l’amitié franco-allemande, vive l’Europe, vive la Paix.

(texte remanié, écrit le 8 mai 2017…
Toulouse, le 8 mai 2019)

Mes grands-parents allemands.

Pour aller plus loin dans nos chiasmes familiaux:

http://sabineaussenac.blog.lemonde.fr/2016/02/26/de-lorelei-a-marianne-duisbourg-le-18-juillet-1958/

Voter blanc, c’est noyer un migrant #FNjamais #pasmaprésidente

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Voter blanc, c’est noyer un migrant.

Voter blanc, c’est regarder des noirs de Louisiane, lynchés par des blancs.

Voter blanc, c’est aimer la balle qui a tué Lennon, JFK ou Martin Luther King.

Voter blanc, c’est comme une quenelle.

Voter blanc, c’est tenir le lance-flamme qui tue Romy dans « Le Vieux Fusil. »

Voter blanc, c’est dénoncer Anne Franck.

 

Votre blanc, c’est noyer un migrant.

Voter blanc, c’est violer Jeanne d’Arc.

Voter blanc, c’est interdire Woodstock.

Voter blanc, c’est faire assoir Rosa Parks et couper les cheveux d’Angela Davis.

Voter blanc, c’est porter des galons de Waffen SS.

Voter blanc, c’est passer le 93 au karcher.

 

Voter blanc, c’est noyer un migrant.

Voter blanc, c’est brûler l’église d’Oradour.

Voter blanc, c’est conduire les enfants du Vel d’Hiv jusqu’au train.

Voter blanc, c’est dessiner un cochon sur une mosquée.

Voter blanc, c’est apprendre à son chien à mordre les Arabes.

Voter blanc, c’est rêver de gégène et d’Algérie Française.

 

Voter blanc, c’est noyer un migrant.

Voter blanc, c’est tenir le fouet du kapo dans le camp.

Voter blanc, c’est penser que les noirs sont inférieurs aux blancs.

Voter blanc, c’est risquer une France 100% bleu marine.

Voter blanc, c’est oublier 68, les pavés et la plage.

Voter blanc, c’est traiter les homos de « pédés » et les lesbiennes de « gouines ».

Voter blanc, c’est faire du « triangle rouge » un triangle des Bermudes où les libertés seront oubliées.

Voter blanc, c’est conspuer Jaurès, Brecht et Mandela.

 

Voter blanc, c’est noyer un migrant.

Voter blanc, c’est battre une femme, et aussi des enfants.

Voter blanc, c’est interdire la pilule, et la PMA, aussi.

Voter blanc, c’est regretter le Ku Klux Klan, l’apartheid et Louis Seize.

Voter blanc, c’est jeter les Arabes à la Seine.

Voter blanc, c’est préférer Pétain à De Gaulle, et Hitler à Churchill.

Voter blanc, c’est noyer un migrant.

 

Le 7 mai, par pitié, votez!

 

http://www.huffingtonpost.fr/sabine-aussenac/la-chienlit-ou-comment-dire-non-au-fn/

Douce France : une fable contre le FN

Les trois lumières…Une fiction qui recoupe tant de réalités…#migrants

 – texte écrit à l’été 2015 pour le Prix Hans Bernhard Schiff…Le thème était:  » Tout ce qui nous a animés a disparu. »

Je n’ai pas gagné ce prix… Mais tant de Migrants continuent de traverser mers et frontières… Accueillons-les!

La petite Mercy, une heure après sa naissance.
http://www.varmatin.com/faits-de-societe/mercy-37-kg-est-nee-ce-mardi-matin-a-bord-de-laquarius-123339

Trois lumières. Trois lumières avaient guidé leurs pas depuis des millénaires : car les habitants de Lalesh, « le levain », au cœur de la vallée de Ninive, racontaient fièrement qu’ils vivaient au centre du monde, dans ce creuset où s’embrassaient la vieille Europe, l’Asie millénaire et les effluves du golfe arabo-persique…Et ils accueillaient les pèlerins yézidis avec une immense bienveillance, les guidant vers la grotte sacrée sise au fond du temple, vers ce lieu saint où il convient de se laver à l’eau lustrale de la source avant de jeter un tissu sur la roche et d’allumer la torche de vie.

Oui, les Yézidis aimaient à se dire les gardiens de ces frontières de sable et de roche, en leur pays sans nation, eux, le peuple sans terre, passagers de ce Kurdistan irakien, absorbeurs des lumières des grandes traditions qui certes avaient produit l’Histoire, mais au prix de tant de déboires que, somme toute, ils préféraient rester ce peuple du secret, à l’image de leur temple enfoui dans la montagne…

Salim et Adi, assis dans la grande tente de la Croix-Rouge, fixaient les trois lumières des lampes torches d’un regard vide de toute expression. Les deux frères, âgés de dix et quatorze ans, avaient sombré dans le mutisme depuis plusieurs semaines. Ils regardaient les lueurs aveuglantes des plafonniers, mais ne voyaient que la nuit. Cette nuit de terreur innommable qui durait depuis que les hommes de ce pseudo-État avaient détruit tout ce en quoi ils croyaient depuis leur enfance.

Là où régnait la douceur des mains maternelles, en ce pays de l’enfance, demeurait à présent l’aspérité des sabres qui avaient décapité leur père, leurs oncles, leur grand-père et tous les hommes du hameau proche de celui de Lalesh. Là où s’élevaient les mélopées des femmes lavant les tissus chatoyants au lavoir, hurlaient dans leurs mémoires les vociférations et les insultes de ces barbares sanguinaires qui s’étaient amusés à noyer tous les nouveaux-nés du village dans l’innocence de la fontaine. Là où brillaient les lampes du savoir transmis de génération en génération par une culture millénaire, ne balbutiait plus que le souffle opaque du vent, ce vent qui n’avait pas réussi à couvrir les plaintes et les cris des jeunes filles souillées à même la terre par les hordes incultes.

Un infirmier souleva la bâche de toile et sourit aux jeunes garçons ; il s’adressa à eux en anglais, car il savait qu’ils ne parlaient pas un mot de français, et leur expliqua qu’ils allaient être transférés de Calais au Luxembourg, dans un foyer qu’il nomma « Lily Unden ». L’homme parlait lentement, tentant de fixer l’attention des jeunes gens ; il leur dit qu’ils retrouveraient des gens de leur peuple dans ce foyer, qu’ils se sentiraient moins seuls. Il leur dit aussi que ce foyer était tout neuf et portait le nom d’une femme qui avait été arrêtée pendant la deuxième guerre mondiale et torturée à Ravensbrück. Elle avait été résistante. En entendant ce mot, Salim, l’aîné des garçons, tressaillit. Il se souvenait de cet homme, un très vieux juif, qui leur avait rendu visite au hameau ; c’était un ancien professeur qui faisait des recherches sur leur religion, et Salim se remémora les récits au sujet de ces enfants brûlés, de ces femmes torturées, de ces vieillards exterminés. Il releva la tête et parla, pour la première fois, s’adressant à l’infirmier dans un anglais hésitant :

  • Daesh is like Hitler. We have to resist.

Salim et Adi ne revirent jamais leur mère ni leurs sœurs. Ils apprirent, de longs mois plus tard, par une cousine ayant réussi à s’échapper, que les trois fillettes de six, huit et douze ans avaient été violées pendant plusieurs semaines avant d’être décapitées. Ils ne purent jamais savoir ce qui était advenu de leur mère adorée. Souvent, les deux adolescents plongeaient dans la souffrance sans nom de ceux qui ont perdu jusqu’à leur ombre, orphelins même du soleil. Mais lors de leur séjour au foyer Lily Unden, juste avant leur départ pour une nouvelle vie, ils eurent la chance de prendre quelques cours d’histoire européenne tout en apprenant des rudiments de français. Et un soir, dans la petite chambre lumineuse que les deux frères partageaient, en observant les hirondelles tournoyer dans le ciel d’azur qui ressemblait tant à celui qui surplombait leur ancienne vie, Adi dit à son aîné, le dardant de ses yeux de braise qui semblaient briller à nouveau de l’incandescence de l’enfance :

  • L’Europe, l’Asie, la Perse : trois civilisations. Le Luxembourg, la Lorraine, la Sarre : trois régions.

Salim prit son petit frère dans les bras et lui chuchota à l’oreille qu’il l’aimait et qu’il ne le quitterait jamais. Sous la nuit étoilée du printemps qui berçait le Limpertsberg de ses parfums entêtants, le jeune homme sourit.

***

La frêle embarcation tangue dangereusement. Alganesh tente de s’agripper à un cordage, mais c’est presque impossible d’une seule main. Dans son bras droit, elle serre sa petite Sofia, blottie dans le pagne multicolore, sa princesse, son étoile, dont les prunelles d’un noir de jais observent le dôme immense du ciel obscurci par la tempête. Ils sont si nombreux, sur ce rafiot de misère, parqués par les passeurs de mort dans ce qui n’a de bateau que le nom, ballottés par les vagues qui se font océanes, mourant de soif, hébétés par la faim et la peur, que la jeune femme n’espère même plus une issue heureuse à sa fuite.

Pourtant, elle le sait, c’était la seule solution. Ses deux frères et son père ont péri dans les geôles érythréennes, torturés au camp d’Eiraeiro, et elle a vu mourir le père de son enfant sur la place de leur village, ne devant son propre salut qu’au sacrifice de sa mère qui s’est mise en travers des exactions de la barbaresque du régime. « Ade », a hurlé la jeune femme en voyant les coups mortels abattre celle qu’elle chérissait…Alganesh a accouché seule, dans l’immensité du mont Soira, hurlant en silence sous les roches tutélaires, avant d’embarquer pour cette Europe salvatrice en compagnie de centaines de compagnons d’infortune, son enfant accrochée à son sein et sa vie entière piétinée par la dictature.

Elle sait encore le goût des galettes tendrement confectionnées par sa sœur aînée avant que celle-ci ne soit violée et assassinée par les milices. Elle se souvient des palabres des Anciens au pied du dragonnier, et des courses folles des antilopes, gracieuses et libres, comme elle l’était quand, petite fille, elle rêvait de rejoindre les combattantes du FPLE…Elle revoit le ciel rouge de son Afrique bien-aimée, de ce continent qui n’est que pillages et destructions, comme si l’Histoire avait enchaîné les hommes aux fers d’un éternel retour de l’horreur, alors que cette terre nourricière regorge de mille richesses et des chatoyances infinies de cultures ancestrales…

Rouge, justement, la coque de ce vaisseau de pirates. Le choc frontal fait vaciller l’embarcation déjà épuisée par le poids des migrants. Noire, l’eau trouble envahie de cris et de terreurs. Jaune, la lune, dont l’incroyable placidité contemple le naufrage de ce radeau de la méduse plein de bruit et de fureur. Alganesh coule à pic, son enfant chevillée à son pagne, mère et fille suffoquent de concert ; autour d’elles des visages grimaçants s’entrechoquent sous la cale putride, et bientôt Mare nostrum sera à nouveau un cimetière.

Mais soudain une main solide perce le bois détrempé de ce vaisseau-cercueil et attrape la jeune maman par ses tresses. Elle aspire une grande goulée d’air en remontant à la surface, bientôt la petite Sofia est enveloppée dans une étoffe noire, rouge et or. Car le navire des sauveteurs bat pavillon allemand, et c’est dans un drapeau que les marins, émus, ont emmailloté le nourrisson transi.

Alganesh va bientôt partir vivre à Bruxelles, chez une cousine retrouvée par les services sociaux. Elle rêve déjà des pralines, du Gouda aux herbes qu’elle adore et des couleurs bigarrées d’Ixelles, cette corne de l’Afrique brusseloise…Aujourd’hui, elle a laissé son bébé aux joues potelées à une amie irakienne, dont le rire communicatif résonne comme une brise printanière dans la grande salle décorée de fleurs et de lapins du foyer de Saarbrücken. Car ce soir, ce ne sont pas les fossettes de son enfant qu’elle admirera, son émerveillement toujours renouvelé d’avoir réussi à quitter l’enfer. Non, cette nuit du 11 avril 2015 est celle de sa rencontre avec la musique de l’orchestre symphonique, grâce au réseau d’entraide aux réfugiés « Ankommen », qui permet à tout un groupe d’Érythréens, d’Irakiens et de Syriens de plonger dans l’univers des cordes et des cuivres…

La cinquième symphonie de Tchaïkovski emporte Alganesh loin, très loin de la Sarre ; les violons lui chantent les voix douces des ancêtres, les hautbois lui jouent les couleurs ocres des vallées, la contrebasse lui réchauffe le cœur comme un ardent soleil d’Afrique…Certes, ce qui était n’est plus. Mais ce qui adviendra sera. Alganesh est vivante, et son enfant aussi. Elle se tient bien droite, radieuse, belle comme la Reine de Saba.

***

Hassan…Hassan ne jouera plus jamais de piano. Il le sait, puisque la bombe a détruit non seulement le salon qui abritait son instrument, mais aussi ses deux bras. Il hurlera de longues, interminables heures, coincé sous les décombres, allongé près des cadavres de ses parents et de sa grande sœur, les mains, ces mêmes mains qui, quelques heures auparavant, jouaient Chopin et Ed Sheeran, atrocement mutilées. La nuit syrienne sera zébrée d’éclairs. Au matin, quand les sauveteurs déblaieront les gravats et les morts, ils pleureront tous, en voyant le fils du professeur de musique, seul survivant, mais privé de l’usage de ses bras, orphelin du monde.

Hassan n’ira pas à l’enterrement de sa famille. Il sera sur un brancard de fortune, lacéré de souffrances, éventré de désespoir. Il entendra d’autres bombes siffler sur la ville, mais aussi les hurlements des blessés et les gémissements des mourants. Il respirera l’air vicié du dispensaire et imaginera les linceuls blancs de ses proches, déposés à la hâte dans cette terre sans cesse retournée, qui n’a plus assez d’espace pour accueillir les  trop nombreuses victimes.

Le jeune garçon ne reverra aucun membre de sa famille éloignée, car dès le lendemain il sera évacué par un convoi qui le conduira au-delà des cèdres et des pierres blanches de son village. Il sera ballotté de camion en bateau, de navire en train, de camp en asile, de foyer en hôpital, quand les plaies de ses moignons se seront ouvertes mille et une fois. Il criera des nuits entières en réclamant sa mère, lui, le garçonnet de cinq ans qui jouait certes Mozart, mais qui aimait plus que tout les caresses maternelles sur son beau front intelligent et les chatouilles de son père adoré.

Il oubliera jusqu’à son prénom au fil des traumatismes, il manquera couler à Lampedusa, rencontrant, une froide nuit de décembre, une belle jeune femme portant un bébé ceint d’un drapeau allemand, mais il se souviendra longtemps du baiser très très tendre que cette maman lui fera sur ses joues mouillées de larmes, lui psalmodiant une mélopée qui le calmera le temps d’une nuit. Il arrivera à Calais, et partagera un repas avec deux garçons qui semblaient être des frères. Le plus âgé le soulèvera jusque dans un fauteuil, au centre de la tente, et le plus jeune cherchera une cuillère qu’il portera patiemment à la bouche d’Hassan, le nourrissant gentiment en lui racontant des histoires drôles en anglais pour le faire sourire.

Un jour, Hassan sortira de l’hôpital avec des prothèses, car il aura pu profiter des soins d’une association qui, depuis des décennies, soigne les blessés de guerre. Il aura repris du poids, il aura appris de nombreuses phrases en français, il sera hébergé dans un centre de rétention messin, grâce à l’Ordre de Malte. Sa première rentrée se fera dans un cours préparatoire de primo arrivants, et il deviendra vite la coqueluche de l’école en jouant du piano avec ses prothèses. On le surnommera « Hassan aux mains d’argent » …

Les nuits seront difficiles, de longues années durant, même lorsqu’Hassan vivra en famille d’accueil. En rêve, il reviendra vers la lumière aveuglante d’Alep, et toujours respirera le parfum des oliviers et des cèdres du Liban. Souvent, il se réveillera en larmes, juste avant d’avoir pu jouer Chopin avec ses véritables mains, ou juste avant le baiser de sa maman.

Mais peu à peu il deviendra un grand garçon, un bel adolescent aux yeux de braise, un étudiant brillant, un pianiste de renom, un homme politique engagé, un père de famille épanoui, un citoyen français fier de ses origines, un européen convaincu, et un habitant heureux du Sarr-Lor-Lux. Il épousera une jeune fille nommée Sofia, d’origine érythréenne. Et se liera d’une amitié indéfectible avec deux frères venus du Kurdistan irakien, retrouvés lors d’un concours de piano à Bruxelles, qui, eux, se souviendront de leur première rencontre, alors qu’Hassan aura occulté ce souvenir. Bien après le repas partagé à la friterie de l’avenue Louise, ils seront ses témoins de mariage.

***

Ce jour-là, dans l’éblouissante lumière estivale, comme si le ciel de Bruges fredonnait d’allégresse, on a entendu des chants africains chantés par la chorale de la mère de la mariée. Puis sont récitées des prières yézidies venues du fond des temps et du cœur intime des hommes. Enfin, avant de se lever pour rejoindre la mariée sous les youyous des invités, Hassan jouera, au piano, l’Hymne à la joie.

http://www.pfaelzischer-merkur.de/kultur/Saarbruecken-Cellokonzerte-Eritrea-Geige-Orchester;art448935,5708761

http://www.varmatin.com/faits-de-societe/mercy-37-kg-est-nee-ce-mardi-matin-a-bord-de-laquarius-123339

Esther Ada

 Un seul nom

 demeure sur les tombes

 de Lampedusa. Elle avait dix-huit ans

 et la grâce des gazelles.

 Tant de mains suppliciées

 disparues au charnier azuréen

 des poissons avides. Mare nostrum,

 un cimetière.

Je te nomme, seule, Esther Ada,

 rescapée des fosses communes du silence,

 je t’adoube immortelle.

Une survivante du Titanic portait ce même nom.

#400notjustanumber! Le silence de l’amer…

Ich bin eine Berlinerin!

Ich bin eine Berlinerin !

 

La Gedächtniskirche de Berlin, l’Église du souvenir, porte en ses pierres à la fois le linceul des victimes de la seconde guerre mondiale et l’espérance de l’Europe. Détruite, son clocher écimé par les bombardements, elle a été en partie laissée en cet  état testimonial, et en partie reconstruite : ses vitraux ont été réalisés par un maître-verrier de Chartres, Gabriel Loire, tandis que l’une de ses croix est constituée de clous provenant de la cathédrale de Coventry, elle-même détruite par les bombardements nazis ; et cette dernière avait été consacrée, après sa restauration, le même jour que la Gedächtniskirche, le 15 mai 1962. Enfin, l’église abrite aussi une croix iconique de l’église orthodoxe russe et surtout la « Madone de Stalingrad », peinte pendant la bataille éponyme par un lieutenant de la Wehrmacht, médecin et pasteur…

Chorale d’une église baptiste devant l’église du Souvenir, Berlin, été 2016

 

Il est évident que le ou les auteurs de l’attentat du 19 décembre 2016 commis au pied de l’église, sur le marché de Noël de la Breitscheidplatz ne connaissaient peut-être pas la puissance de ce symbole. lls ont sans doute voulu frapper l’Allemagne et l’Occident au cœur d’un autre symbole, éventrant les lumières d’un marché de Noël. Cependant, encore toute meurtrie par les images découvertes hier soir, après une nuit blanche passée à me remémorer mon été berlinois, durant lequel je logeais à quelques encablures du « Kudamm » et de la Gedächtniskirche, je tenais à replacer cet attentat dans son contexte historique d’autant plus frappant qu’il représente la paix retrouvée et l’espérance d’une Europe où les anciens belligérants sont parvenus à vivre ensemble, transcendant la barbarie nazie et les crimes de guerre commis par toutes les parties.

Cette Europe, défi permanent et fragile, Angela Merkel l’a voulue ouverte, faisant de l’accueil des nouvelles victimes des atrocités commises de par le monde, de l’Afghanistan à la Syrie, de la Somalie au Pakistan, l’un des chevaux de bataille de ses mandats successifs. Il faut avoir voyagé outre-Rhin pour se rendre compte de l’ampleur du phénomène, bien différent de ce qui s’est passé dans l’hexagone où, hormis dans la Jungle de Calais et dans les quelques villes et villages ayant accueilli des réfugiés et migrants, et bien à sûr Paris, avec les campements sauvages, le citoyen lambda a rarement l’occasion de croiser ces regards de braise, ces enfants amaigris et ces femmes apeurées…

En Allemagne, « ils » sont partout. La télévision française a beaucoup relayé les images de l’enfer de la nuit du réveillon 2015 à Cologne, mais il faut aussi comprendre que le moindre village de Bavière, la moindre petite ville des îles de la Baltique regorge de migrants…Si un pays a osé le fameux « vivre-ensemble » dont nous, champions de la laïcité, des Lumières, de la devise républicaine « Liberté, égalité, fraternité », nous gaussons à longueur de discours électoraux, c’est bien l’Allemagne. Et ce malgré les ruades populistes de l’AFD et de Pegida, ces deux mouvements rassemblant les forces obscures de l’extrémisme et de la haine.

Hier soir, comme en juillet dernier, lorsque des attaques terroristes avaient déjà frappé l’Allemagne au cœur, la barbarie s’est invitée au milieu des lumières de la Nativité, frappant Berlin, carrefour de notre Europe, métissée et joyeuse, engagée et polyphonique, au milieu des effluves de cannelle et de vin chaud, faisant de la liesse un cauchemar, comme lorsque la France avait été anéantie au milieu de sa fête nationale, à Nice. J’étais d’ailleurs partie à Berlin le lendemain du 14 juillet, et j’avais été très émue de voir la devanture de l’ambassade de France, à quelques encablures de la majestueuse Porte de Brandebourg, regorgeant d’hommages et de messages envers nos compatriotes endeuillées. J’avais même, à ma descente du train, découvrant pour la première fois ce Berlin tant rêvé, été guidée vers le Kudamm par une Berlinoise abordée au hasard, qui avait séjourné à …Nice dont elle se sentait solidaire et si proche…

Devant l’ambassade de France, été 2016

Et c’est cela qui m’a frappée, à Berlin, et aussi dans toutes les villes et dans tous les paysages allemands traversés l’été dernier : cette solidarité incroyable dont les Allemands font preuve envers tous ces migrants et réfugiés, malgré les différences culturelles, malgré les attentats, malgré les craintes. C’est aussi cela qu’a souligné le ministre de l’Intérieur dans son discours ce matin : qu’il fallait continuer à « vivre ensemble », avec toutes ces différences culturelles, religieuses, et ne pas attiser les haines.

« Ils » ne gagneront pas. Il est hors de question que nous nous laissions intimider par ces hordes de fanatiques venues d’un autre âge, d’un âge où l’on lapide les femmes, égorge les mères et les enfants, viole les fillettes et brûle vifs les récalcitrants. L’Europe a eu son lot d’atrocités, et Dieu sait que j’avais cela en tête, l’été dernier, trébuchant sur les « Stolpersteine » qui parsèment les trottoirs -de petites plaques de laiton clouées au sol et comportant des épitaphes de victimes du nazisme ; j’ai même vu des Stolpersteine de Témoins de Jéhovah sur l’île de Rügen…-, traversant des forêts de hêtres –« Buchenwald »…-, me recueillant au Mémorial de la Shoah non loin du Bundestag, visitant le Musée Juif (avec une collègue polonaise quelque peu antisémite…)

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Stoplerstein, île de Rügen.

Mais nous avons suffisamment appris de l’Histoire pour vouloir la paix. Oui, « si vis pacem, para bellum » …Il faudra être vigilant, et organiser les défenses, et ne pas céder d’un pouce, mais cela ne doit pas se faire au détriment du « vivre-ensemble » et du respect.

J’ai beaucoup douté, en traversant l’Allemagne. Douté car j’ai eu peur, dans des trains de nuit, bondés de réfugiés, souvent des hommes seuls que l’on sent à la lisière de la malveillance ; douté car j’ai vu, comme en France, énormément de femmes voilées de pied en cap, même des petites filles voilées, et aussi beaucoup d’affiches de ces partis d’extrême-droite ; douté après une discussion avec une femme pasteur de l’île de Rügen qui nous racontait les jets de pierre sur les vitraux de l’église après l’accueil des migrants ; douté devant ces modes de vie si différents, devant cette soudaine collision des mondes dont l’Allemagne n’avait pas encore la longue habitude que nous possédons, nous, anciens colons, même si la population turque avait aussi apporté son lot de difficultés d’intégration…

Et puis au dernier jour de mon voyage, dans la zone piétonne de la ville de mon enfance, Duisbourg, j’ai observé cette foule bigarrée, tous ces Allemands attablés ou debout devant les stands où, à toute heure du jour, ils dégustent des saucisses et boivent de la bière, et j’ai vu des femmes voilées et souriantes qui servaient de gros sandwichs pas hallal du tout à des Allemands bedonnants à l’air jovial ; j’ai vu des enfants blonds, bruns, noirs, qui couraient ensemble devant la fontaine ; et je me suis dit, comme Angela : « Wir schaffen das » : Nous y arriverons.

Car Berlin est à l’image de l’Allemagne d’aujourd’hui, celle qui a osé la paix et la dénazification, celle qui a su s’engager dans la voie de l’écologie avant tout le monde, celle qui a su prendre l’Europe par la main et en devenir l’un des symboles forts. Berlin, ville verte, ville où je me suis trouvée nez à nez avec un renard dans l’une des forêts qui parsèment la ville, ville où les plus grandes avenues regorgent de vélos et non pas de voitures, ville d’avenir, ville où j’ai vu ma première gay pride, dansante et délurée, ville d’artistes, ville d’intellectuels qui refont le monde jour après jour, ville de tous les contrastes, entre les façades élégantes de la Fasanenstraße et les chatoiements alternatifs d’un Hackescher Markt, Berlin se relèvera.

Entrée du « Jardin des Princesses », un parc alternatif de Berlin

Alors ce matin, j’aurais pu vous parler de la mort, des corps d’enfants écrasés, des sourires éventrées par l’horreur, de l’odeur du sang qui a recouvert celle des épices du marché de Noël.

http://sabineaussenac.blog.lemonde.fr/2016/07/15/jaurais-voulu-te-parler-de-la-france-nice/

Mais je préfère penser à ce qui me semble indispensable après la colère, le déni, la souffrance, la tristesse et le deuil : à Berlin, en Allemagne, en France, dans le monde, Noël doit rester, même conspué par des bêtes immondes, le symbole de l’espérance et de la réconciliation. Il faudra continuer à aller au marché de Noël, et penser à nos proches, et même aux inconnus. Le ministre de l’Intérieur a dit qu’il avait été bouleversé par le nombre de messages et d’appels qui, hier soir, ont déferlé sur les  réseaux téléphoniques et sociaux, tant les gens ont pris soin les uns des autres en demandant des nouvelles.

Soyons bouleversés, exprimons nos émotions, mais surtout ne nous trompons pas d’adversaires.

Wir schaffen das, nous y arriverons.

Ich bin eine Berlinerin.

Comme nous tous.

Berlin

Etincelante

Radieuse

Lumineuse

Illuminée

Noël

L’image contient peut-être : ciel, nuage et plein air
Première rencontre avec la Porte de Brandebourg, été 2016.

 

Épouser Meaulnes…Mon premier livre…Et les autres…

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Tu avais cinq ans, un visage rond comme la lune qui éclairait Charleville. Tu ne savais des arcades de la Place Ducale que les voussures patinées, ne te doutais pas qu’un jour tu imaginerais tes pas d’enfants ayant marché sur les Siens, toute illuminée par les Voyelles.

Tu m’as prise dans ta menotte potelée, admirant l’image de cette fillette rousse patinant sur un lac. Tu ne pouvais deviner que l’accident t’enfermerait dans ta peur du monde, et qu’alors tu te réfugierais auprès de tant de Petits Choses, rêvant d’avoir le courage d’une Sophie, au lieu de vivre par procuration tes journées de petite fille modèle.

Tu as déchiffré mes premières lignes, émerveillée. Tu ne savais pas encore qu’un jour tu voudrais séduire Julien Sorel, épouser Meaulnes, sauver Anne Frank, que tu nommerais ta maison Tara.

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En me lisant, tu es aussi devenue écrivain. Je suis toujours sur ton bureau, rouge et or, comme une flambée en l’automne de ta vie. Tu dis de moi que « Susy sur la glace »  est ta meilleure amie.

***

Il faut aimer l’enfant qui vit en nous…

 

Elle s’appelait « Caramel »
Une petite fille ronde
Bille de clown yeux mappemonde
Ses joues avaient un goût de sel
Elle me regardait dans le miroir
Me souriait matin et soir
Déjà si seule un peu perdue
Mon double de rêve portait aux nues
La Pastorale de Beethoven
Se prenait pour Lili Marleen
Entre sapins ombres et lumières

Un jour on lui parla d’Hitler
Soudain son monde bascula
Elle compris qu’elle serait paria
Elle s’appelait « Anne Franck »
Celle par qui l’immense manque
Surgit telle infinie comète
Au cœur de la mini Colette
Si jeune elle se jura d’écrire
De devenir celle qui saurait dire
Vérités orgueils et préjudices
Car ce monde est loin d’être lisse
Oh bien sûr qu’elle fut heureuse
Entre prairies et vertes vallées
Même si son corps la fit lépreuse
L’obèse souvent clochette portait

Elle s’appelait « La grosse »
Ils ne sont pas tendres les gosses
Mais dans sa tête elle écrivait
Déjà ses jours ses nuits ses vies rêvés
Et puis souvent l’imaginaire
Accule même les pervers
Peut-être a-t-elle enfin gagné
Le droit à l’infinie beauté
Elle manquait déjà tant d’amour
Qu’elle croit encore et pour toujours
Que tout le monde doit l’aimer
Et qu’un sourire vaut un baiser

Elle s’appelait « Ophélie »
Rimbaud lui a ouvert la vie
L’adolescence fulgurance
Ne lui montra que des intenses
Passion devint son maître mot
Elle serait femme de mille héros
Il lui faudra passer frontières
Et toujours rester guerrière
La paix des braves devra attendre
Elle sera longue et douce et tendre

On l’appelle « Scarlett o’Hara »
Car sans cesse elle reconstruit Tara
Nord et sud sont ses patries
Elle y tournoie à l’infini
En crinoline et robe verte
Malgré les fracas et les pertes
Elle ne fera jamais sécession
De ses rêves et de ses passions
Pour vous elle s’offre radieuse
A qui saura la rendre heureuse.

***

Et en allemand…

Petite nixe sage

Cabane du jardinier. Petite nixe sage, je regarde
les images.

Les lettres prennent sens. La langue de Goethe, bercée à mon cœur, pouvoir soudain la lire.

Allégresse innommable du bilinguisme. L’Autre est en vous. Je est les Autres.

Cet été là mon Hymne à la joie…

***

J’ai dix ans.

Je suis dans le jardin de mes grands-parents allemands, à Duisbourg. Plus grand port fluvial d’Europe, cœur de la Rhénanie industrielle, armadas d’usines crachant, en ces années de plomb, des myriades de fumées plus noires les unes que les autres, mais, pour moi, un paradis…

J’adore la grande maison pleine de recoins et de mystères, la cave aménagée où m’attendent chaque été la poupée censée voyager en avion tandis que nous arrivons en voiture-en fait, la même que chez moi, en France !-, la maison de poupées datant de l’enfance de ma mère, avec ses petits personnages démodés, les magnifiques têtes en porcelaine, la finesse des saxes accrochés dans le minuscule salon… J’aime les tapis moelleux, la Eckbank, ce coin salle à manger comportant une table en demi lune et des bancs coffre, les repas allemands, les mille sortes de pain, les charcuteries, les glaces que l’on va déguster chez l’Italien avec mon arrière-grand-mère… Je savoure avec un infini plaisir les trajets dans la quatre cent quatre familiale, les maisons qui changent d’allure, les briquettes rouge sombre remplaçant peu à peu notre brique toulousaine et la pierre, les seaux de chocolat Côte-d’or achetés à Liège, les petites barrières en croisillon de bois, les longues formalités à la Douane- c’est surtout au retour que mon père cachait des appareils Grundig et le Schnaps !

J’aime aussi les promenades au bord du Rhin, voir défiler les immenses péniches, entendre ma grand-mère se lever à cinq heures pour inlassablement tenter de balayer sa terrasse toujours et encore noircie de scories avant d’arroser les groseilliers à maquereaux et les centaines de massifs… J’adore cette odeur d’herbe fraîchement coupée qui, le reste de ma vie durant, me rappellera toujours mon grand-père qui tond à la main cette immense pelouse et que j’aide à ramasser le gazon éparpillé… Et nos promenades au Bigger Hof, ce parc abondamment pourvu de jeux pour enfants, regorgeant de chants d’oiseaux et de sentes sauvages, auquel on accède par un magnifique parcours le long d’un champ de blés ondoyants… C’est là tout le paradoxe de ces étés merveilleux, passés dans une immense ville industrielle, mais qui me semblaient azuréens et vastes.

Je parle allemand depuis toujours, puisque ma mère m’a câlinée dans la langue de Goethe tandis que mon père m’élevait dans celle de Molière. Ce bilinguisme affectif, langagier, culturel, me fonde et m’émerveille.

C’est une chance inouïe que de grandir des deux côtés du Rhin…

J’aime les sombres forêts de sapins et les contes de Grimm, mais aussi les lumières de cette région toulousaine où je vis et les grandeurs de cette école de la République dont je suis une excellente élève, éduquée à l’ancienne avec des leçons de morale, les images d’Épinal de Saint-Louis sous son chêne et tous les affluents de la Loire… Ma maman a gardé toutes les superbes traditions allemandes concernant les fêtes, nos Noëls sont sublimes et délicieux, et elle allie cuisine roborative du sud-ouest et pâtisseries d’outre-Rhin pour notre plus grand bonheur, tandis que même Luther et la Sainte Vierge se partagent nos faveurs, puisque ma grand-mère française me lit le Missel des dimanches et ma mère la Bible pour enfants, ce chiasme donnant parfois lieu à quelques explications orageuses…

2012-10-12-Capturedcran2012101216.30.06.pngBien sûr, il y a les autres. Les enfants ne sont pas toujours tendres avec une petite fille au visage un peu plus rond que la normale, parfois même habillée en Dindl, ce vêtement traditionnel tyrolien, qui vient à l’école avec des goûters au pain noir et qui écrit déjà avec un stylo plume- je serai je pense la première élève tarnaise à avoir abandonné l’encrier…

Un jour enfin viendra où l’on m’appellera Hitler et, inquiète, je commencerai à poser des questions…Bientôt, vers onze ans, je lirai le Journal d’Anne Franck et comprendrai que coule en moi le sang des bourreaux, avant de me jurer qu’un jour, j’accomplirai un travail de mémoire, flirtant longtemps avec un philosémitisme culpabilisateur et avec les méandres du passé. Mon grand-père adoré, rentré moribond de la campagne de Russie, me fera lire Exodus , de Léon Uris, et je possède aujourd’hui, trésor de mémoire, les longues et émouvantes lettres qu’il envoyait depuis l’Ukraine, où il a sans doute fait partie du conglomérat de l’horreur, lui-même bourreau et victime de l’Histoire… Il écrivait à ma courageuse grand-mère, qui tentait de survivre sous les bombes avec quatre enfants, dont le petit Klaus qui mourra d’un cancer du rein juste à la fin de la guerre, tandis que ma maman me parle encore des avions qui la terrorisaient et des épluchures de pommes de terre ramassées dans les fossés…

Cet été là, je suis donc une fois de plus immergée dans mon paradis germanique, me gavant de saucisses fumées et de dessins animés en allemand, et je me suis cachée dans la petite cabane de jardin, abritant des hordes de nains de jardin à repeindre et les lampions de la Saint-Martin. J’ai pris dans l’immense bibliothèque Le livre de la jungle en allemand, richement illustré, et je compte en regarder les images. Dehors, l’été continental a déployé son immense ciel bleu, certes jamais aussi limpide et étouffant que nos cieux méridionaux, mais propice aux rêves des petites filles binationales… Le Brunnen, la fontaine où clapote un jet d’eau, n’attend plus qu’un crapaud qui se transformerait en prince pour me faire chevaucher le long du Rhin et rejoindre la Lorelei. Je m’apprête à rêver aux Indes flamboyantes d’un anglais nostalgique…

2012-10-12-Capturedcran2012101216.30.30.pngJe jette un coup d’œil distrait à la première page du livre et, soudain, les mots se font sens. Comme par magie, les lettres s’assemblent et j’en saisis parfaitement la portée. Moi, la lectrice passionnée depuis mon premier Susy sur la glace, moi qui ruine ma grand-mère française en Alice et Club des cinq , qui commence aussi déjà à lire les Pearl Buck et autres Troyat et Bazin, je me rends compte, en une infime fraction de seconde, que je LIS l’allemand, que non seulement je le parle, mais que je suis à présent capable de comprendre l’écrit, malgré les différences d’orthographe, les trémas et autres SZ bizarroïdes…

Un monde s’ouvre à moi, un abîme, une vie.

C’est à ce moment précis de mon existence que je deviens véritablement bilingue, que je me sens tributaire d’une infinie richesse, de cette double perspective qui, dès lors, ne me quittera plus jamais, même lors de mes échecs répétés à l’agrégation d’allemand… Lire de l’allemand, lire en allemand, c’est aussi cette assurance définitive que l’on est vraiment capable de comprendre l’autre, son alter ego de l’outre-Rhin, que l’on est un miroir, que l’on se fait presque voyant. Nul besoin de traduction, la langue étrangère est acquise, est assise, et c’est bien cette richesse là qu’il faudrait faire partager, très vite, très tôt, à tous les enfants du monde.

Parler une autre langue, c’est déjà aimer l’autre.

Je ne sais pas encore, en ce petit matin, qui sont Novalis, Heine ou Nietzsche. Mais je devine que cette indépendance d’esprit me permettra, pour toujours, d’avoir une nouvelle liberté, et c’est aussi avec un immense appétit que je découvrirai bientôt la langue anglaise, puis le latin, l’italien… Car l’amour appelle l’amour. Lire en allemand m’aidera à écouter Mozart, à aimer Klimt, mais aussi à lire les auteurs russes ou les Haïkus. Cette matinée a été mon Ode à la joie.

Cet été là, je devins une enfant de l’Europe.

 

Je vous salue, ma France…

Je vous salue, ma France…

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Il se leva lentement.

Encore quelques minutes, et tout serait terminé.

Comme il regrettait de ne pas être pape, ou empereur… Cette douce pérennité, ces ors apaisants, ces certitudes. Comme il en rêvait, de ce lit de mort où seule la Faucheuse aurait mis fin à une vie de hautes fonctions et de fastes…

En guise de baldaquin, cet écran où s’alignaient déjà les chiffres venus, oiseaux de mauvais augure, de l’étranger. Point de fumée blanche pour annoncer l’avènement de son successeur, point d’héritier, non plus, agenouillé devant un père affaibli, reconnaissant en lui un maître et un Seigneur…

Je vous salue ma France, arrachée aux fantômes !

Ô rendue à la paix ! Vaisseau sauvé des eaux…

Pays qui chante : Orléans, Beaugency, Vendôme !

Cloches, cloches, sonnez l’angélus des oiseaux !

Il leva la tête et regarda ce plafond qu’il lui semblait connaître par cœur. Et le moelleux des lourds tapis, et les clapotis des fontaines… Comment allait-il faire, pour vivre, pour respirer ailleurs ? Bien sûr, il en avait rencontrés, des visages angoissés, il en avait consolés, des regards inquiets, lorsqu’il leur répétait, serrant de ses mains gantées leurs mains calleuses, qu’il n’y avait pas de problèmes, seulement des solutions… Il le leur assurait : demain sera un autre jour, vous verrez, vous allez en retrouver, de l’emploi, je serai là.

Mais qui serait là, pour lui ? Il les voyait bien, les regards fuyants, il les sentait bien, ces mains moites, il les connaissait par cœur, les dérobades des perdants. Des rats fuyant le navire.

Seul. Il était seul. Il serait seul.

Se lèverait-il lentement de sa chaise, au son d’une vieille Marseillaise un peu rouillée, pour tourner le dos à une France qui ne voudrait plus de lui ?

Je vous salue, ma France aux yeux de tourterelle,

Jamais trop mon tourment, mon amour jamais trop.

Ma France, mon ancienne et nouvelle querelle,

Sol semé de héros, ciel plein de passereaux…

Irait-il ensuite par les rues et les places, fantôme en pardessus râpé, revenu du Royaume des Grands pour errer parmi les morts vivants, telle une âme politique égarée ?

Comment imaginer un quotidien lorsque durant cinq années on a vécu d’extraordinaire ? Bien sûr, il le savait bien : il ne passerait pas de l’avion supersonique privé au métro, ni des palaces au camping des Flots Bleus.

Mais malgré tout, cette question le taraudait, tandis qu’il pianotait nerveusement sur son iPhone, un œil sur l’écran géant, un autre sur les twitts de Guéant, bien plus que ne l’inquiétait le destin de sa France.

Je vous salue, ma France, où les vents se calmèrent !

Ma France de toujours, que la géographie

Ouvre comme une paume aux souffles de la mer

Pour que l’oiseau du large y vienne et se confie.

Car d’elle, il ne doutait pas. Jamais, jamais il ne lui avait retiré sa confiance. Même dans les dernières heures, lorsque tout semblait joué, il avait souri, parlé, aimé. Comme on reste mutin devant un grand malade. Inversant les rôles, se laissant cajoler par celui qui va partir. Il ne mentait pas, non. Il ne pouvait simplement pas envisager de la quitter, cette France à qui il avait, il en était persuadé, tout donné.

Et puis elle s’en sortirait. Même sans lui. Il prendrait le maquis, voilà tout. De Londres, il aviserait. Il leur parlerait, comme le Général leur avait parlé. Et comme il serait si doux d’être enfin dans l’Opposition… Un frisson d’aise le parcourut, presque orgastique, en songeant aux manifestations qu’il allait éviter. Ciel, il n’osait même pas imaginer comment aurait réagi le corps enseignant, si…

Je vous salue, ma France, où l’oiseau de passage,

De Lille à Roncevaux, de Brest au Montcenis,

Pour la première fois a fait l’apprentissage

De ce qu’il peut coûter d’abandonner un nid !

Oui. Voilà. Lentement, un sourire éclaira son visage fatigué. Un rire, même, le secoua, tant et si bien qu’un conseiller livide passa ses traits tendus par l’embrasure de la porte. Agacé, il le congédia d’un geste sec. Il était encore maître à bord, non ?

Se souvenant des dernières scènes du film Titanic, il repensa à ce second qui, seul parmi tous les membres d’équipage, avait osé braver la vindicte de la populace aristocratique pour tenter d’aller sauver les malheureux passagers de la troisième classe. Qui peut prédire comment réagissent les braves et les couards ?

Fièrement, il redressa la tête. Quoiqu’en pense la foule, il n’avait pas faibli. Il était resté quelqu’un de bien dans la tempête, et il survivrait, en marin ou en capitaine. Il ne serait jamais empereur, non. Mais… peut-être un jour tiendrait-il la barre à nouveau, loin des icebergs et des courants contraires.

Patrie également à la colombe ou l’aigle,

De l’audace et du chant doublement habitée !

Je vous salue, ma France, où les blés et les seigles

Mûrissent au soleil de la diversité…

Et puis somme toute, quelle merveille que la démocratie ! Cette invention des Lumières, qui fait de tout individu un souverain potentiel, maître de sa vie. Cette beauté des temps qui permet aux idées d’avancer, de se chevaucher, de se croiser, de s’embrasser. La démocratie, c’est quand un pays fait l’amour. Il soupire, il gémit, il crie, il ferme les yeux d’aise, il rêve, il fantasme, il transpire, il jouit. Il est libre.

Libre aussi de changer de partenaire.

Et puis de recommencer.

En voyant un autre visage que le sien apparaître sur tous les écrans, dans le kaléidoscope de la défaite annoncée, juste avant le camembert, le Président éclata de rire à nouveau.

Il sortit du bureau en dansant, attrapa sa fille et la fit voltiger en l’air.

Heureuse et forte enfin qui portez pour écharpe

Cet arc-en-ciel témoin qu’il ne tonnera plus,

Liberté dont frémit le silence des harpes,

Ma France d’au-delà le déluge, salut !

 

(vers extrait d’un poème de Louis Aragon, Je vous salue, ma France.)

Texte écrit en 2012 et paru dans le Huffington Post…

http://www.huffingtonpost.fr/sabine-aussenac/je-vous-salue-ma-france_b_1433136.html

Un médecin sans histoire peut devenir un Mengele: défense de la filière L!

Chers élèves de troisième, germanistes ou pas, voici quelques pistes de réflexion pour ne pas vous priver d’une magnifique orientation !

Il n’ y a pas que la filière S dans la vie, quoi que puissent en dire certains !!

Je suis chagrinée de voir que la plupart d’entre vous semblent se destiner à de diverses orientations certes toutes prometteuses, mais sans aucune envie d’intégrer un jour une filière littéraire. Ce serait vous priver d’une réflexion passionnante que de ne pas réfléchir à toutes les possibilités offertes et à tous les métiers envisageables…

NON, la section L n’est pas une section « poubelle » ni une « voie de garage » !

NON, la section L n’est pas réservée aux « fumistes », aux « glandeurs », à ceux qui n’ont pas d’autres possibilités car trop faibles en maths ou en sciences économiques ! Et même si ce type de profil se rencontre, oui, mais pas plus qu’ailleurs, on trouve heureusement de « véritables littéraires » et des élèves et étudiants enthousiastes, brillants et cultivés.

NON, on ne devient pas « que prof » en préparant un bac L ! On devient aussi journaliste, employé-e de collectivités locales ou territoriale, rapporteur au Sénat, avocat, infirmière, communiquant, manager, patronne de PME, notaire, courtier en assurances, agent de voyage, guide touristique, traducteur, énarque, élève à Normale Sup ou à Sciences Po, cadre, préfet, artiste, intermittent du spectacle, producteur, acteur, directeur de maison de retraite, directrice d’hôpital, chauffeur de bus, psychologue, kiné, orthophoniste, routière, ministre, président de la république, architecte, commerçant…

Cette liste à la Prévert n’est pas exhaustive, mais soyez certains qu’elle est EXACTE, car un bac L mène certes à de classiques études littéraires, mais aussi au droit et aux sciences économiques, aux écoles d’arts et d’architecture, aux écoles de commerce ou aux filières de tourisme et de l’hôtellerie, voire même aux écoles d’infirmières, à tous les concours de la fonction publique, de gardien de la paix à l’ENA, et à mille autres voies plus variées les unes que les autres ! En effet, il existe en première et en terminale différentes options et spécialités, comme « droit et grands enjeux du monde contemporain », art, histoire des arts,  maths…Certaines écoles, comme les grandes écoles de commerce, recherchent depuis quelques années des candidats issus de la filière littéraire, justement au vu de leurs profils atypiques…

Je sais que nombre d’entre vous ont d’ores et déjà en tête de préparer un bac S ou ES ensuite… C’est une erreur pour certains d’entre vous, pour tous ceux qui, spontanément, aiment le monde de la littérature, des arts, pour tous ceux qui adorent l’histoire et la politique, qui aiment les langues, qui se plaisent à réfléchir au sujet du monde, de la société, de la culture… Ne vous laissez pas influencer par les diktats des maths, des sciences ou de l’économie – et d’ailleurs, on peut fort bien intégrer HEC ou Sciences PO après le bac L !

Songez aussi que si vous êtes déjà des musiciens ou des artistes et que vous baignez dans la culture depuis des années, vous êtes déjà empreints de cette sensibilité littéraire dont le monde et la société, à notre époque de « pertes de valeurs », ont plus que jamais besoin ! Comme je l’ai dit à certains de mes propres élèves, qui prétendaient par exemple que le recrutement en classes préparatoires littéraires favorisait les élèves issus de S  -ce qui est entièrement faux, bien entendu ! -, même les médecins reçoivent ENFIN une (petite) formation de psychologie et de sciences humaines, justement pour à nouveau « humaniser » leur métier qui fait de certains « pontes » des savants, certes, mais dénués de cœur !

Songez aussi que tous les régimes dictatoriaux du monde ont, depuis toujours, commencé par museler la culture et les sciences humaines, justement afin d’éradiquer la pensée et les libertés.

Bref : réfléchissez avant de vous faire embrigader par les sacro-saintes mathématiques. 🙂

Et je ferai bientôt un autre article de blog au sujet des filières technologiques et techniques, voire même des CAP, si décriés dans notre pays qui voudrait faire de chaque élève de collège un futur étudiant en oubliant que nous avons aussi besoin d’artisans et de spécialistes, d’agriculteurs, de bijoutiers…

Je repense à cet autre article, écrit il y a quelques années sur Le Post, lorsqu’il était question de qupprimer l’histoire en TS…

Souviens-toi du Vase de Soissons!

Moi, je trouve qu’on devrait aussi supprimer la philo, en S.

Et les lettres.

Et puis les langues, aussi.

Pour ce qui est des arts et de la musique, on est tranquilles, c’est déjà fait.

Parce qu’entre nous soit dit, ça commençait à bien faire, cette manie de vouloir faire de nos futurs médecins et/ou entrepreneurs des penseurs et des philosophes, qui plus est mélomanes, dotés du sens du Beau et accessibles aux brûlures de l’histoire!!!

C’est vrai quoi, pour remettre un os en place ou pour fermer une usine, pour vacciner un bébé ou pour vendre des avions à des chinois, il est totalement inutile de savoir qu’en Chine, on tue les petites filles et les citoyens tibétains.

Et puis pour aller faire des injections le WE dans quelque gymnase de banlieue, ou pour construire des autoroutes en Afrique, franchement, quel besoin aurait-on de savoir que bouana a colonisé Banania il y a quelques siècles, ou qu’un certain Pasteur a inventé un vaccin contre la rage?

Ne parlons même pas des idées. De la réflexion. De l’éducation aux valeurs. De ce qui fonde un peuple, une nation. Des passerelles entre les cultures…

Petite prof d’allemand de province, épuisée par d’incessants trajets-puisque nous n’avons plus d’élèves, je dois aller à leur rencontre, et ainsi éparpiller mes savoirs et mes forces, je me souviens pourtant de ce PDG d’un grand groupe international qui, lorsque je tentais encore de faire du bouche à bouche à ma discipline moribonde, m’assurait qu’il était INDISPENSABLE de connaître la langue d’un pays pour finaliser véritablement des contrats.

Certes, la langue de Shakespeare suffira pour commander du chien ou des sushis. Mais pas pour deviner les subtilités de ce qui se mumure derrière les tatamis ou les chars entourant une place…

Et la musique…Souvenons-nous de ces orchestres jouant dans les Camps, sous le regard bienveillant des officiers SS…Ils ne savaient plus faire la différence entre le Bien et le Mal, devenus inaccessibles à l’art “dégénéré”, mais émus, toujours, par ces violons du bal joués par des morts vivants.

L’homme, nous le savons bien, redevient bien vite un loup pour l’homme.

Dépourvu de son vernis social, mais surtout des valeurs qui fondèrent toutes nos civilisations – il n’est qu’à regarder deux excellents films récents, “Le Ruban Blanc” ou “La Route”, pour se convaincre des atrocités ordinaires -, il retourne, toutes griffes dehors, vers les sauvageries primitives.

Enfants soldats d’une Afrique déculturée, Talibans sanguinaires, oh vous, peuples soumis aux dictatures, que n’avez-vous pu entendre Mozart, que n’avez-vous pu découvrir les arts…

Nous avons tant de chance, en France.

En ces heures où l’identité nationale fait rage, souvenons-nous du Vase de Soissons.

Et de Saint-Louis sous le chêne, et des prises de nos Bastilles, et de Jaures et autres Jean Moulin…

Je ne comprends pas, mais alors pas du tout, comment un gouvernement si attaché au tricolore veuille subitement décolorer nos écoles et en effacer les traces vives!

Je suis tres en colère!

Nicolas disait qu’il avait pleuré, à Yad Vashem… Qu’il avait changé, à Yad Vashem!!!

Où sont donc passées les larmes de son devoir de mémoire?!!!

Alors ce matin, quelqu’un m’a dit de vous réciter Aragon…

“Je vous salue, ma France aux yeux de tourterelle,

Jamais trop mon tourment, mon amour jamais trop!

Ma France, mon ancienne et nouvelle querelle,

Sol semé de héros, ciel plein de passereaux…

Je vous salue, ma France où les vents se calmèrent!

Ma France de toujours, que la géographie

Ouvre comme une paume aux souffles de la mer

Pour que l’oiseau du large y vienne et se confie!

(…)

Heureuse et forte enfin qui portez pour écharpe

Cet arc-en-ciel témoin qu’il ne tonnera plus,

Liberté dont frémit le silence des harpes,

Ma France d’au-delà le déluge, salut!”

Laissons nos élèves libres de leurs opinions, offrons leur, en cette année de terminale où ils se feront terreau de nos avenirs, la possibilité de devenir des hommes et des femmes libres.

Un médecin sans histoire peut devenir un Mengele.

***

Je vous mets ci-dessous un article tiré d’un journal lycéen, le « Pépin », écrit par Julie Briot, une élève de TL qui vient d’être admissible à Sciences Po Paris sans même passer les écrits, juste sur son brillant dossier.

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« DÉFENSE DE LA FILIÈRE LITTÉRAIRE

Les a priori sur la série littéraire sont nombreux. Dans l’imaginaire collectif lycéen, la L, c’est la filière, au choix : des drogués, des nuls, des glandeurs, ou alors des ‘‘artistes’’ (ce qui correspond en fait aux trois autres à la fois). Tandis que la S représente le travail, la rigueur, l’intelligence, le sérieux, et puis bien sûr la réussite professionnelle.

Mais d’où sortent ces préjugés ? Alors qu’en Italie, par exemple, le bac de lettres est considéré comme celui de l’excellence ?

Malheureusement, cela remonte à bon nombre d’années. L’esprit français a, depuis le XVIIème siècle, toujours privilégié la raison sur la sensibilité, ce qui est dans l’absolu constructif dans la formation intellectuelle ; mais, depuis le siècle dernier, on a considéré que les mathématiques et, par extension, les sciences exactes, étaient les seules disciplines faisant preuve de rationalité, de rigueur, et donc devaient être la valeur de référence de sélection des meilleurs élèves. Il s’ensuit que les parents ont poussé leurs enfants à aller dans les classes scientifiques, même si leurs prédispositions étaient littéraires, parce qu’elles étaient considérées comme celles de l’élite.

De plus, cette dynamique a été accentuée ces dernières années par certains politiciens de tous bords prêchant, par idéologie, sans l’avouer, la suppression de la transmission culturelle.

Ainsi, à cause de cette propagande, la série L a été désertée par les élèves. Et parce que de moins en moins de bacheliers sortent de cette série, les universités ou autres formations traditionnellement réservées aux littéraires ont été obligées d’ouvrir des enseignements aux S et ES, comme par exemple les prépas hypokhâgnes.

De là, on nous a répété que la série L offrait moins de débouchés, avec des enseignements inutiles qui ne produisent rien, que « les S conçoivent les cartons, les ES les fabriquent, et les L dorment dedans ». La suffisance de certains, qui se croient sérieusement l’élite de la nation, n’a d’égal que leur mépris pour les littéraires.

Mais, vous qui lisez ces lignes, je vous en supplie, NE CROYEZ PAS À TOUT CELA ! C’est tout simplement faux !

En aucune façon il ne faut considérer que les cours sont moins bons, moins intéressants ou moins utiles, que les bons élèves se trouvent en S et que les L sont mauvais ! La première chose que nous a dite notre professeur de français en première, c’est que, pour réussir, nous devions être plus rigoureux que les scientifiques.

Aucune filière n’est supérieure aux deux autres ; chacune privilégie une approche du monde différente. Les S favoriseront une vision analytique et expérimentale des phénomènes naturels ; les ES s’intéresseront à la société, de façon économique et sociologique ; et les L se préoccuperont de visions philosophiques et littéraires de l’homme.

Et la formation intellectuelle la moins riche n’est sans doute pas celle de la philosophie, du français, de l’art, de l’histoire, et des langues ; elle est peut-être d’ailleurs celle qui élargit le plus l’esprit, qui fait le plus grandir, et qui permet véritablement de dépasser nos présomptions de lycéens.

Chacun doit trouver sa voie dans la société. Et si la vôtre est l’étude des matières littéraires, la rédaction, l’analyse des textes qui ont fait notre culture et notre mode de pensée, en un mot la compréhension de ce que nous sommes aujourd’hui, eh bien, ne vous réfrénez pas ! Ne cédez pas à ceux qui vous diront que votre choix n’est pas réaliste et qu’il ne servira à rien.

Toutes les écoles valoriseront bien plus un bon candidat de L qu’un candidat moyen de S ou ES. Car ce que les recruteurs cherchent, ce sont des gens compétents, passionnés, enthousiastes, déterminés, et pour être de ceux-là, il vous faut aimer ce que vous faites. Ne choisissez pas votre série en fonction du métier que vous voulez faire, car s’il faut subir pour cela une formation qui ne vous plaît pas, il y a de grandes chances pour que le métier ne vous plaise pas non plus.

Si vous êtes vraiment littéraires et que vous vous dites ‘‘j’irai en S ou ES parce que je ne sais pas ce que je veux faire et que je ne veux pas me fermer de portes’’, eh bien, vous êtes dans l’erreur ; si ce que vous aimez est enseigné en L, alors vous voudrez opter pour des formations qui sont dans la ligne des cours de cette série, et donc que vous pourrez suivre avec un bac L en poche. En plus, si vous êtes polyvalent, vous pouvez continuer si vous le voulez les mathématiques en L.

Et si vous optez finalement pour une série S ou ES, que ce soit en toute connaissance de cause, en sachant que non, vous ne serez pas meilleurs que les autres. Que vous choisissez simplement de vous engager dans une filière spécifique, tout comme la L, et qui a ses avantages et ses inconvénients. Que si les L se détournent parfois des sciences, vous vous détournez de l’apprentissage intellectuel extrêmement riche des matières littéraires.

Alors, pour votre propre bien, dépassez vos préjugés sur la série littéraire ! Soyez libres, soyez les auteurs de vos choix, ne laissez pas les idées reçues décider pour vous. C’est là une attitude de vie que je vous propose : être acteur plutôt que spectateur.

Julie Briot, élève de terminale L  »

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Quelques liens et idées trouvés au hasard du net:

Halte aux idées reçues, les filières littéraires ne mènent pas « nulle part ». Si elles peuvent conduire à l’enseignement ou la recherche, elles façonnent un esprit d’analyse et de synthèse, couplé à une grande culture générale et des qualités rédactionnelles recherchées par d’autres secteurs : communication, édition, journalisme…

Les débouchés

Les Lettres Classiques et Modernes orientent généralement vers la recherche ou l’enseignement. Cependant, d’autres débouchés sont possibles : la communication, l’édition, la documentation, les concours de l’administration… Les sciences du langage permettent aussi de travailler dans la communication, l’orthophonie, les industries de la langue. Vous pouvez aussi envisager de passer des concours de grandes écoles de journalisme ou de communication après la licence. Les CPGE, elles, préparent à certains concours de grandes écoles de journalisme ou encore l’École Normale Supérieure et les Instituts d’Études Politiques (IEP).

Les formations

À l’université, après le bac, les formations en lettres se décomposent en trois spécialités : les Lettres Modernes, les Lettres Classiques et les Sciences du Langage. Les deux premières sont consacrées à la littérature et la dernière à l’étude de la linguistique. Pour réussir en Lettres Classiques, il faut essentiellement connaître les langues anciennes telles que le latin et le grec. Les sciences du langage concernent l’étude du langage en termes scientifiques. Une bonne maîtrise des mathématiques est recommandée.
Les classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE) proposent une très bonne formation littéraire avec des spécialités en histoire, géographie, littérature ou en langue. Vous pouvez donc acquérir une très bonne culture générale.

Après un bac L (littéraire), l’université reste la voie privilégiée d’accès aux études supérieures pour les littéraires. Mais ils choisissent également d’autres débouchés, plus surprenants, comme les écoles de commerce !

L’université après un bac L

64,7% des bacs L se dirigent vers l’université. Avec un filière phare : lettres et langues. Les lettres classiques pour les férus de langue ancienne, lettres modernes pour les accros aux analyses de textes. Souvent, ces études mènent à l’enseignement, par le biais du CAPES ou de l’agrégation, manquant de candidats dans ces spécialités, ou à une poursuite en master Métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation. Mais d’autres secteurs s’ouvrent également aux bacs L : métiers du patrimoine et du livre, journalisme et communication… Pour les polyglottes, les langues peuvent se mêler à une autre filière, ce sont les doubles cursus, lettres-langues, histoire-langues…, mais également s’étudier à temps complet. La licence langues, littératures et civilisations étrangères (LLCE) permet au bac L d’approfondir sa connaissance de la langue, de la culture, de la civilisation, pour l’enseigner, la traduire, l’étudier, ou exercer dans le tourisme. Quant à la filière langues étrangères appliquées (LEA), il s’agit d’étudier des langues étrangères en relation avec une discipline, commerce, économie…

En droit, les bacs L représentent 20% des inscrits en première année. Volume horaire important, nouvelles matières, il faudra s’accrocher dès la rentrée, et surtout, ne pas choisir ce cursus par hasard. À la sortie, des fonctions juridiques de prestige, mais sélectives, comme avocat, juge, notaire, et la possibilité de passer des concours administratifs (ENA, fonction publique…).

Nos bacs L se bousculent également en psychologie, mais la filière enregistre de nombreux abandons en cours de route : attention, le cursus est exigeant, et demande de bons résultats dans les matières scientifiques (beaucoup de statistiques). Et les sciences humaines et sociales offrent d’autres possibilités : sociologue, géologue, archéologue

En arts, on trouve diverses mentions pour les bacs L, arts plastiques ou du spectacle, musique, menant à l’enseignement, pour l’Éducation Nationale (postes se raréfiant), mais aussi asso, collectivités…, et aux concours des différentes écoles. Les sciences de l’éducation ouvrent la voie aux métiers du travail social, et à certains concours administratifs.
Et pourquoi pas l’économie-gestion ? La licence administration économique et sociale (AES), pluridisciplinaire, reste la plus adaptée aux L. Les débouchés : métiers de la banque, de l’assurance, des ressources humaines.

Bac L : Les classes prépas

7,9% des bacs L choisissent les classes préparatoires aux grandes écoles (7,8% CPGE lettres, 0,1% économiques, faible pourcentage s’expliquant par le niveau de maths important). Aujourd’hui, de nombreuses places restent vacantes dans ces classes : tentez votre chance ! Si le programme reste ardu, la classe prépa permet de ne pas se spécialiser immédiatement, laissant ouvertes les voies d’orientation, et de postuler pour de prestigieux concours : ENS (Écoles Nationales Supérieures), IEP (Instituts d’Études Supérieures), écoles de journalisme, Grandes Écoles, dont celles de commerce, qui apprécient de plus en plus les profils littéraires. Que ce soit en prépa lettres (A/L, la fameuse hypokhâgne puis khâgne), prépa lettres et sciences sociales (B/L), Chartres ou Saint Cyr, voire prépa commerce (mais mieux vaut passer par la voie réservée aux littéraires pour intégrer une école de commerce), il faudra s’adapter au rythme soutenu, au travail personnel important, mais rien d’insurmontable avec un peu de motivation et de passion. Filet de sécurité : la possibilité de repartir vers les bancs de la fac en cours de route.

Les filières courtes avec un bac L

Les bacs L optent surtout pour les BTS (10,5%), moins pour les DUT (2,1%). Une formation à la fois théorique et pratique en deux ans, souvent en alternance, pour une insertion immédiate sur le marché du travail, ou une poursuite à l’université (souvent en licence pro) ou en école spécialisée. Les BTS tourisme et communication attirent le plus, audiovisuel et photographie dans une moindre mesure. Certains vont même en hôtellerie et restauration, après une année de remise à niveau. Côté DUT, les bacs L sont friands d’information et communication et carrières sociales.

Les écoles accessibles après un bac L

Arts, communication (une centaine d’écoles), audiovisuel, paramédical (infirmiers, orthophonistes…), journalisme (une cinquantaine d’écoles, treize reconnues par la profession), les écoles spécialisées sont nombreuses… et ne se valent pas toutes ! Les tarifs d’inscription ne sont pas synonymes de qualité, il faudra impérativement regarder la reconnaissance du diplôme par l’État.

Quels métiers après un bac L ?

Les métiers accessibles après un bac L sont très nombreux puisque le bac L ouvre la porte à beaucoup de secteurs (le bac L est un bac général). Avant de s’intéresser à un métier, il faut donc se pencher sur un secteur qui vous intéresse. Une fois le secteur déterminé, il vous sera facile d’y trouver les métiers qui le composent ! Pour cela, vous pouvez utiliser notre « moteur de recherche métiers ».
D’une manière générale, le bac L offre des débouchés vers :
Les métiers des lettres et langues, les métiers de l’enseignement, les métiers de la communication, les métiers du tourisme, du droit, de la psychologie, des arts, de l’économie-gestion ou encore de l’audiovisuel.

Témoignage : Sandrine, 18 ans, Bac L

Littéraire dans l’âme, Sandrine a toujours souhaité étudier les lettres. «Aussi longtemps que je m’en souvienne, j’ai toujours eu une appétence pour la littérature, notamment pour les romans de Balzac, Zola ou Maupassant». C’est donc tout naturellement qu’une fois son bac L en poche, elle s’inscrit en licence de lettres modernes. «Histoire de la langue, Linguistique, Latin, Stylistique rhétorique, sciences du langage ou encore communication… les enseignements sont aussi intéressants que variés» estime Sandrine. D’ailleurs après la licence, elle se verrait bien en master communication afin d’exercer le métier de responsable communication dans une maison d’édition afin d’associer «travail et plaisir». «Promouvoir des auteurs et leurs romans et être payé pour cela, serait l’idéal» conclut Sandrine. Souhaitons-lui bonne chance.

http://www.etudes-litteraires.com/forum/forum11-la-filiere-litteraire.html

Cinq façons de ne pas devenir fou après un attentat #Bruxelles

Cinq façons de ne pas devenir fou après un attentat

(Hommage à toutes les victimes, dans tous les pays…)

 

A4 prends soin mon amour de la beauté du monde

 

  • Boire un thé. Non, pas simplement un thé préparé avec un sachet, fusse-t-il de mousseline.

Prendre sa plus belle théière, la bleue, en porcelaine du Devon, ou la transparente, qui laisse voir éclore les délicates fleurs de cerisier.

Y verser une poignée de votre meilleur thé, d’un de ceux qui vous transportent au-delà des neiges du Mont Fuji ou des sentiers escarpés du Népal. Choisir un nom prometteur, tel que « Nuit à Venise » ou « Thé des poètes », regarder les brisures délicates des feuilles venues d’Orient, les bleus sombres de quelque plante rare et les baies roses s’épanouir en corolle, calices offerts à l’éternité de cet instant.

S’assoir en silence et boire à petits gorgées, recueillie comme une Geisha, rêveuse comme une Lady regardant s’éloigner son amant à dos d’éléphant, dans le vacarme des Indes Impériales.

Oublier les hurlements des survivants et des sirènes.

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  • Aller marcher. Nul besoin de partir en treck ou sur les chemins de Compostelle. Non, simplement se diriger d’un bon pas vers le square tout proche, celui que l’on ne remarque même plus tant les ombelles familières des pissenlits et les silhouettes apaisantes des grands marronniers nous semblent faire partie du quotidien, au même titre que la machine à café ou que les jouets des enfants qui jonchent le tapis.

Lever les yeux. Observer la lumière douce qui s’ébroue entre les branches toutes frémissantes de ce vert printanier, guetter un écureuil imaginaire, avoir envie de grimper dans ce géant tutélaire, d’y jouer les barons perchés, de se blottir dans la canopée murmurante.

Baisser les yeux. Compter chaque brin de cette herbe neuve qui même en cœur de ville nous parait soudain steppe, pampa, grandes plaines du Wyoming. Un microcosmos fertile, qui bientôt s’emplira de grillons que nous « tutions » dans nos enfances, une couverture infinie sur laquelle nous pourrions presque nous allonger. S’imprégner de tout ce vert, de l’émeraude des feuilles enroulées de ce lilas, du vert mousse des petits lichens modestement agrippés au creux de la grille du parc, du vert pomme de ces bambous qui se caressent au gré de l’Autan.

Oublier le carmin et les vermillons de l’horreur.

Crédits Sylvan Hecht

  • Lire un roman. N’importe lequel, du moment que c’est un roman.

Un roman de gare, un harlequin à trois sous, dans lequel le fils d’une comtesse désargentée se fait maître d’hôtel et sera remarqué par une riche héritière ; un roman russe où s’égrènent des noms si compliqués que vous devrez prendre des notes pour ne pas confondre Natacha Anastasia Vronski et sa cousine, un roman où tintinnabulent des troïkas qui filent devant l’avancée des Rouges voulant s’emparer de la datcha, un roman de 1000 pages où Anna ou Lara embrassent passionnément la vie ; un roman japonais, figé comme l’eau dormante qui veille sur les cercles parfaits tracés dans les gravillons entourant la pagode, dans lequel seul murmure légèrement le papier de riz lorsque les paravents s’écartent pour laisser passer ce plateau délicatement orné d’un ikebana parfait ; un roman norvégien, où l’on l’entend fondre les neiges lorsque l’héroïne part pagayer sur les eaux vives du fjord, riant devant le vert étincelant des grands sapins et plongeant nue vers ces profondeurs, pour oublier ce frère qui en aime une autre.

Oublier tous ces autres personnages, ces êtres de chair et de sang que l’on vient de voir blastés ou emplis de clous rouillés.

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  • Regarder un enfant. N’importe lequel, un grand, un petit, un beau, un moche, un riche, un pauvre, un noir, un blanc, un des Cités, un de Neuilly, un fils de paysan, un intello, un costaud, un binoclard, un Migrant, un cousin. Un enfant.

Rester simplement avec lui. Si c’est un bébé, voir l’agilité sans nom avec laquelle il porte son petit pied potelé à sa bouche ; croiser son regard plein de confiance et apercevoir la perle de sa première dent lorsqu’il rit aux éclats.

Regarder jouer la fillette aux joues roses, qu’elle ait de grands yeux noirs apeurés par une longue marche depuis les Balkans ou qu’elle soit en maternelle en Vendée : observer le soin qu’elle prend de sa poupée, les câlins infinis qu’elle lui prodigue. De même, s’émerveiller de l’habileté de ce garçonnet qui empile des légos comme s’il construisait déjà sa vie, ou de l’intelligence qui pétille dans celle ou celui qui désigne du doigt des centaines d’objets qu’il reconnaît dans son imagier, avant même que de savoir parler.

Passer un peu de temps avec votre adolescent. Regardez-le parler à ses centaines d’amis et partager des #Jesuisvivant, ou lire Rimbaud à quatre heures du matin, ou dévorer une tartine de Nutella une demi-heure après un repas pantagruélique. Aimer sa faim. Aimer leur vie. Leur appétit.

Oublier la soif de mort de ces décérébrés qui ont choisi l’enfer.

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  • Parler à tout le monde. Aux amis de toujours, ceux qui se souviennent de votre bouille d’enfant ou de vos chagrins adolescents, ceux avec lesquels vous avez pris des coups de matraque ou chanté autour du feu vaillant d’un camp scout, ceux qui vous ont vu lors de votre premier rallye, ou dans votre premier job d’été ; ceux-là mêmes que vous pouvez appeler encore après minuit, ils sont rares, mais ils existent. Justement, c’est le moment de les appeler, même si vous ne les avez pas vus depuis dix ou vingt ans.

Aux camarades, aux collègues, à tous ces êtres qui foisonnent autour de vous et auxquels vous ne prêtez plus attention, voire même qui vous agacent, voire même que vous détestez…Les aigris, les grincheux, les pisse-vinaigre, les fiers-à-bras, les dragueurs, les pimbêches, les pétasses, les connards. Parlez-leur. Offrez un café, apportez des chocolats, riez. Même Loana mérite qu’on s’intéresse à elle –et d’ailleurs, comment a-t-elle fait pour mincir ?

Et puis parler aux inconnus. Au chauffeur du bus qui bade devant le feu, à la vieille voisine qui vous racontera ses premiers émois pour un soldat allemand, à la factrice, à la vendeuse du LIDL, au SDF qui pourtant sent si mauvais. Lui aussi est un humain.

Oublier la déshumanisation de ceux qui ont hier conspué le Vivant.

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https://www.youtube.com/watch?v=sghdhJBUe3s

 

Amis bien aimés,

Ma Loulou est partie pour le pays de l’envers du décor, un homme lui a donné neuf coups de poignard dans sa peau douce. C’est la société qui est malade, il nous faut la remettre d’aplomb et d’équerre, par l’amour et la persuasion.

C’est l’histoire de mon petit amour à moi arrêté sur le seuil de ses 33 ans. Ne perdons pas courage ni vous ni moi. Je vais continuer ma vie et mes voyages avec ce poids à porter en plus et nos deux chéris qui lui ressemblent. Sans vous commander, je vous demande d’aimer plus que jamais ceux qui vous sont proches. Le monde est une triste boutique, les coeurs purs doivent se mettre ensemble pour l’embellir, il faut reboiser l’âme humaine.

Je resterai sur le pont, je resterai un jardinier, je cultiverai mes plantes de langage. A travers mes dires, vous retrouverez ma bien aimée, il n’est de vrai que l’amitié et l’amour. Je suis maintenant très loin au fond du panier des tristesses ; on doit manger chacun, dit-on, un sac de charbon pour aller au paradis. Ah comme j’aimerais qu’il y ait un paradis, comme ce serait doux les retrouvailles…

En attendant, à vous autres, mes amis d’ici-bas, face à ce qui m’arrive, je prends la liberté, moi qui ne suis qu’un histrion, qu’un batteur de planches, qu’un comédien qui fait du rêve avec du vent, je prends la liberté de vous écrire pour vous dire ce à quoi je pense aujourd’hui :

je pense de toutes mes forces, qu’il faut s’aimer à tort et à travers.

Julos

Nuit du 2 au 3 février 75

***

Texte dédié en particulier à tous mes amis de Belgique, ma troisième patrie.

http://www.huffingtonpost.fr/sabine-aussenac/bruxelles-belgique-division-flamand-wallon_b_1966015.html

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Lorelei et Marianne, j’écris vos noms: Duisbourg, le 22 février 2016

Lorelei et Marianne, j’écris vos noms:  autofiction sur le thème des relations croisées entre l’Allemagne et la France, des années cinquante à nos jours, par le prisme de lettres imaginaires échangées au sein d’une famille franco-allemande.  Des lettres écrites en allemand « répondent » en quelque sorte à ce panorama, sur mon blog allemand, liens en bas de texte.

 

Cinquième  partie:

Duisbourg, le 22 février 2016.

 

Ma chère maman,

 

Ce petit paquet de surprises fraîchement achetées pour toi ce matin au grand centre commercial de Duisbourg : les confitures que tu adores, un peu de salami allemand, deux pains noirs, et pleins de journaux ! Mais tu sais, c’est vraiment pour te faire plaisir, parce que j’ai l’impression que contrairement à autrefois, on trouve presque toutes ces bonnes choses aussi en France, au LIDL, et beaucoup de magazines à la Maison de la Presse!

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J’ai pris un millier de photos de la maison de Papu et Mutti, du quartier de Wannheim, du centre-ville… Il me tarde de te les montrer. Duisbourg a complètement changé, tu ne reconnaitrais rien ! Bien sûr, les usines sont encore là, mais la ville ne présente plus cet aspect grisâtre qui était lié à la pollution et au charbon.

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Les bords du Rhin ont été aménagés, une sculpture de Niki de Saint-Phalle orne la grande rue piétonne, le Lehmbruck Museum draine des touristes venus du monde entier…

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Notre quartier, par contre, si l’on excepte la disparition des Anglais, n’a pas changé, le grand parc où je me promenais avec Papu est encore plus beau, même la « Bude » du coin de la rue est encore là !

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Les nouveaux propriétaires m’ont très gentiment reçue, je suis même revenue dans le jardin, bien moins beau toutefois qu’à notre époque…En buvant le café dans le salon, au pied de la baie vitrée donnant sur la terrasse que Papu aimait tant, je me suis souvenue de toutes les merveilleuses vacances que nous passions à Duisbourg : jamais nous ne vous remercierons assez de nous avoir fait grandir entre ces deux cultures, avec la richesse de deux langues, de deux regards sur le monde…J’ai essayé de raconter tout cela aux voisins, qui m’ont reçue avec émotion ; quelle chance cela a été pour nous que d’avoir pu vivre cette double appartenance, puisque nous aimions autant le soleil de notre Sud-Ouest que les cieux agités de ta chère Rhénanie, puisque nous étions choyés par ces grands-parents si différents et pourtant si aimants, qui ont su passer outre la guerre qui les avait opposés, puisque nous avons dès l’enfance chanté les comptines des deux pays et dégusté les spécialités culinaires respectives de la France et de l’Allemagne…

Bien sûr, et j’en ai parlé chez ton frère qui m’a accueillie avant-hier, nous avons aussi souffert parfois des différences qui opposaient nos deux cultures… Nous avons évoqué mamie qui te gourmandait quand toi, la protestante, voulait nous lire la Bible, puisque la catholique fervente qu’elle était ne jurait que par le Missel ; nous nous sommes souvenus des « bourdes » commises de part et d’autre du Rhin, de cette anecdote souvent racontée de Mutti demandant des pommes de terre lors de votre repas de noces, à Castres, ou des plaisanteries douteuses des voisins de papi et mamie évoquant la belle-fille « boche »… Mais ton frère, lui aussi, garde surtout en mémoire les repas de famille dans nos maisons de campagne, lorsque, dans l’une des trois maisons de la Provinquière, les langues se déliaient, en patois comme en allemand, au gré des verres de rosé et des belles tranches de gigot !

Papu au hameau de la Provinquière
Papu au hameau de la Provinquière

Papi et mamie, les grands-parents français
Papi et mamie, les grands-parents français

Nous pouvions presque entendre encore le bruit des boules de pétanque lorsque, à la nuit tombée, mes deux grands-pères jouaient, béret sur la tête, devant le lavoir, deux anciens ennemis réconciliés par la bonne chère et par leurs quatre petits-enfants bilingues, si heureux de ces étés au hameau où s’élevaient les maisons de campagne de leurs grands-parents français et allemands et de leur oncle !

Je ne saurai jamais, je pense, si je me sens davantage Française ou Allemande. En fait, je crois qu’en France, j’aime à revendiquer mon origine allemande, fière de mon deuxième pays qui a su surmonter les brûlures de l’Histoire, de ce pays qui a inventé l’écologie, qui a ouvert des bras aux Migrants, de ce « pays des Penseurs et des philosophes » que je dépeins avec passion à mes élèves…Mais dès que je suis en Allemagne, je redeviens «la Française », l’héritière notre pays des Lumières, me sentant d’une part obligée de faire preuve de l’élégance naturelle des Parisiennes, et rejetant d’autre part tous ces côtés maniaques qui me hérissent outre-Rhin : moi, traverser au vert quand toute l’avenue est dégagée ? Jamais !

Quoi qu’il en soit, j’ai été extrêmement heureuse de ce retour aux sources, même si je n’ai pas retrouvé la tombe de Papu. Tu sais, en parlant de tombes, il y a ici quantité de Migrants, ceux qui ont échappé à une mort certaine en fuyant leur pays en guerre, et je suis extrêmement reconnaissante à la Chancelière d’avoir ouvert ses bras à ces milliers de gens en détresse, à tous ces enfants qui, comme toi autrefois, étaient obligés de se coucher dans les fossés pour échapper aux bombes…Notre Allemagne rayonne aujourd’hui, au cœur de notre Europe, comme un phare bienveillant. Je vous remercie, mes chers parents, d’avoir été parmi les artisans de la paix et de la reconstruction !

Je t’envoie ce paquet accompagné de toute ma tendresse bi-nationale, embrasse papa de ma part, dis-lui que je lui rapporte du Schnaps !

 

Ta fille, Sabine.

 

Curriculum vitae

Rhénane

Pour les étés de mon enfance
Bercés par une Lorelei
Parce que née de forêts sombres
Et bordée par les frères Grimm
Je me sens Romy et Marlène
Et n’oublierai jamais la neige

Rémoise

Pour un froid matin de janvier
Parce que l’Ange au sourire
A veillé sur ma naissance
Pour mille bulles de bonheur
Et par les vitraux de Chagall
Je pétille toujours en Champagne

Carolopolitaine

Pour cinq années en cœur d’Ardennes
Et mes premiers pas en forêt
Pour Arthur et pour Verlaine
Et les arcades en Place Ducale
Rimbaud mon père en émotion
M’illumine en éternité

Albigeoise

Pour le vaisseau de briques rouges
Qui grimpe à l’assaut du ciel bleu
Pour les démons d’un peintre fol
Et ses débauches en Moulin Rouge
Enfance tendre en bord de Tarn
D’une inaliénable Aliénor

Tarnaise

Pour tous mes aïeuls hérétiques
Sidobre et chaos granitiques
Parce que Jaurès et Lapeyrouse
Alliance des pastels et des ors
Arc-en-ciel farouche de l’Autan
Montagne Noire ma promesse

Occitane

De Montségur en Pays Basque
De la Dordogne en aube d’Espagne
Piments d’Espelette ou garigues
De d’Artagnan au Roi Henri
Le bonheur est dans tous les prés
De ma Gascogne ensoleillée

Toulousaine

Pour les millions de toits roses
Et pour l’eau verte du canal
Sœur de Claude et d’Esclarmonde
Le Capitole me magnétise
Il m’est ancre et Terre promise
Garonne me porte en océan

Bruxelloise

Pour deux années en terre de Flandres
Grâce à la Wallonie que j’aime
Parce que Béguinage et Meuse
Pour Bleus de Delft et mer d’Ostende
En ma Grand Place illuminée
Belgique est ma troisième patrie

Européenne

Pour Voltaire Goethe et Schiller
Pour oublier tous les charniers
Les enfants blonds de Göttingen
Me sourient malgré les martyrs
Je suis née presqu’en outre-Rhin
Lili Marleen et Marianne

Universelle

Pour les mots qui me portent aux frères
Par la poésie qui libère
Parce que j’aime la vie et la terre
Et que jamais ne désespère
Pour parler toutes les langues
Et vous donner d’universel.

Première partie :

http://sabineaussenac.blog.lemonde.fr/2016/02/26/de-lorelei-a-marianne-duisbourg-le-18-juillet-1958/

Deuxième partie :

http://sabine-aussenac-dichtung.blogspot.fr/2016/02/von-der-lorelei-bis-zu-marianne-castres.html

Troisième partie :

http://sabineaussenac.blog.lemonde.fr/2016/02/26/de-lorelei-a-marianne-reims-le-8-juillet-1962/

Quatrième partie :

http://sabine-aussenac-dichtung.blogspot.fr/2016/02/lorelei-und-marianne-albi-den-12oktober.html