Je ne ferai pas les soldes…

Je ne ferai pas les soldes…

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La nausée, hier, en arrivant au centre-ville pour y retrouver fiston.
Pas une personne sans son petit sac cartonné à la main, et ces grappes humaines sans âme se pressant dans chaque boutique, chaque ruelle…Nul ne semble y échapper, on découvre toute une humanité bigarrée, qui d’ordinaire ne se croise jamais, ou si rarement : les grandes bourgeoises des beaux quartiers, leur emplettes griffées au bras, les jeunes des cités, traficotant déjà leur nouvel I Phone, de vieilles mamies qui, aujourd’hui, préfèrent, au cœur du Capitole, les Nouvelles Galeries à la castagne…

La nausée, sans trop savoir si je ressentais les premiers signes d’une agoraphobie, un sursaut identitaire altermondialiste et alternatif, ou simplement, et ce serait plus grave, une jalousie, une envie…

Et me souvenir de ce petit texte, somme toute indémodable, lui…

***

Résister.

Ne pas sortir.

Ne pas regarder, faire le singe aveugle.

Ouvrir nos placards.

On l’a déjà, le petit top noir brillant.

Ouvrir les armoires.

Ressortir les draps en lin blanc brodés, avec les initiales de nos arrières grands-parents, de mamie Marie-Louise.

Ils sont tout aussi jolis que la paire de draps tout juste sortie d’un atelier de Pékin qui nous tend ses beautés factices en mille rayons bigarrés.

Redécouvrir la simplicité du bois, des lignes d’épure. Admirer chaque objet de notre home, sweet home. S’arrêter un instant devant le vase chinois, la tapisserie de la licorne, le buddha. Les toucher, les yeux fermés.

Allumer la radio. Écouter la musique, beaucoup, souvent. Une heure de Virgin radio valent quatre séances de thérapie. On a 18 ans, on danse, on est heureux.

Demander à nos enfants comment ça marche, le téléchargement illégal-c’est quand même plus excitant, on ne va pas tout s’interdire non plus !!!

Sélectionner nos envies non plus selon les pochettes-nous qui regrettons encore les grands pochettes des vinyles (mais souvenez-vous comme c’était lourd, quand on déménageait !!!), mais en fonction des titres disponibles sur Deezer.

Aller à la bibliothèque.

D’accord, ce n’est pas là que nous rencontrerons l’homme-la femme de notre vie-moyenne d’âge, en deux tranches, 4/8 ans et 75/98 ans, selon les départements… (Quoique chez moi, la bibli ait eu la chouette idée des Book-Dating , mais je n’ai pas encore osé tester, au vu de la moyenne d’âge du café philo…)

Renoncer à flâner des heures dans les librairies. Ça, c’est sans doute le plus difficile. L’odeur du livre neuf, ce petit coup de cœur à la Delerm pour l’encre fraîche, ce plissé que nous déflorerions, les illustrations qui rivalisent de beauté ou d’audace…

Il faudra préférer le toucher usé et quelque peu collant des livres de prêt, cette couverture aussi impersonnelle que des verres de cantine, et cette idée que nous ne foulons pas une terra incognita.

Regarder dans notre bibliothèque. Se rendre compte qu’au fil des scolarités de nos enfants nous avons au moins quatre exemplaires de Phèdre et du Grand Meaulnes ! Les ouvrir. Ressentir cette pointe d’émotion lorsqu’Yvonne de Galais apparaît à Augustin, ou Hippolyte à Phèdre:

Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue :

Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue.

Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler :

Je sentis tout mon corps et transir et brûler.

S’asseoir dans le salon, si possible à même le sol. S’y sentir aussi bien que dans les rayons surchauffés de la Fnac. Prendre un petit quart d’heure et se persuader que, oui, tout a déjà été dit, écrit, pensé sur l’âme humaine, mais avoir néanmoins envie de continuer à jouer les défricheurs de terres et de mots.

Ouvrir le frigo. Se demander si il est vraiment nécessaire de ressortir pour aller dans une grande surface ou au discount. En imaginant d’heureux mariages gustatifs, il y a bien encore une semaine d’avance…Expliquer aux enfants comment mettre une barre de chocolat noir dans un quart de baguette, l’envelopper d’alu et le glisser dans le cartable, leur dire que ce sera aussi bon qu’une barre chocolatée.

Faire une citronnade. Chaude, brûlante, avec du miel, ou la servir frappée, avec des glaçons, et en humer chaque gorgée divinement acidulée.

Sortir, malgré tout. Se glisser dans une rue traversière. Atteindre la rivière, sans voir tous ces visages excités par les achats. Regarder le ciel. Y observer chaque nuage. Se pencher contre le tronc de ce saule noueux et le toucher, se faire pont entre l’eau, la terre et le ciel. Se mettre à courir. Peut-être va-t-il se mettre à pleuvoir, ce n’en sera que plus doux. Mais le soleil sera le bienvenu.

Vivre, tout simplement.

***

PS: si vraiment vous aviez la fière acheteuse, souvenez-vous de ma page Amazon:)
http://www.amazon.fr/Sabine-Aussenac/e/B00K0ILDZS/ref=ntt_athr_dp_pel_1

PS: http://www.franceinfo.fr/emission/noeud-emission-temporaire-pour-le-nid-source-713871/2012-2013/classes-moyennes-surendettees-pour-nous-c-est-ingerable

J’ai fait un rêve

 

Garonne expose, tous les dimanches d'été, Toulouse...
Garonne expose, tous les dimanches d’été, Toulouse…

J’ai fait un rêve.

D’une ville qui mettrait la moitié de son budget dans l’éducation et l’accès à la culture.

D’un département qui construirait une bibliothèque à côté de chaque collège et qui instaurerait la gratuité des livres pour tous.

D’une région qui transformerait les stades en accueils de concerts, qui multiplierait les constructions de théâtres.

D’un pays où les artistes, tous les artistes, pas seulement les peintres d’art dit « moderne » qui pour une couleur sur une toile blanche perçoivent des milliers d’euros, où les intermittents du spectacle, mais aussi les danseurs, les poètes, les acteurs, les photographes…seraient des stars, payés royalement, signant des autographes par milliers.

D’un monde qui organiserait la Coupe du monde des arts, la Arts World Cup.

J’ai fait un rêve.

D’une radio dite d’information qui, en cette période de Coupe du monde de foot, diffuserait, dans un esprit de parité, pour chaque info consacrée au sport une info consacrée à la culture.

D’une télévision où chaque soir en prime time seraient diffusés des spectacles, de l’opéra, du théâtre, des grands films, des visites de musées.

D’une école où il y aurait, de la petite section de maternelle jusqu’à la dernière année de doctorat, même en médecine ou en droit, autant de cours de culture artistique et musicale que d’heures d’EPS.

D’un pays qui organiserait des championnats de joutes poétiques, des courses musicales, des compétitions de peinture.

D’un monde où des millions, des milliards de personnes communieraient dans des stades où l’on écouterait des concerts, où des poètes déclameraient des vers, où des acteurs joueraient des grandes pièces, où des pom pom girls déchaînées danseraient sur des airs d’opéra, où des vuvuzelas siffleraient l’hymne à la joie.

J’ai fait un rêve.

D’un monde où le culte du corps irait de pair avec le culte de l’Esprit, où les petites filles ne deviendraient pas anorexiques, où les petits garçons auraient le droit, même sans être transgenres, d’aimer le ballet, où les top models seraient intelligentes et où l’on apprendrait aux membres de l’équipe de France de foot à parler en bon français.

D’un monde où l’argent sale du Qatar, souillé par l’esclavagisme et les dérives sexistes et islamistes, ne dominerait plus la marche des choses.

D’un univers où la Coupe du monde de foot n’existerait pas, mais où les gens se passionneraient, de l’Alaska aux îles du Pacifique, pour la beauté, le partage, la philosophie.

D’une terre où les femmes auraient le droit de vivre libres, d’aller à l’école sans être enlevées ou qu’on leur tire des balles dans la tête, d’une terre où les enfants ne seraient plus assassinés par leurs pères devenus fous, d’une terre qui ne serait plus dominée par la force, la violence, la compétition, mais par le désir de faire le Bien et par l’envie de respecter l’Autre.

J’ai fait un rêve.

D’une Coupe du Monde différente.

Aiguiser les crayons de nos avenirs pour colorier les océans et tracer les mandalas du bonheur.

Amadouer les vigiles en diffusant Mozart dans les entrepôts nocturnes ; imaginer un casse-croûte entre les cambrioleurs et les dobermans devenus teckels de porte.

Regarder le vent, sentir le pourpre d’une aube, goûter les notes de la Traviata, respirer les caresses de l’amant, mélanger toutes les ivresses ; Dieu reconnaîtra les nôtres.

Compter à l’envers, courir en arrière, remonter les rivières, arrêter le temps ; laver le visage de notre avenir à l’eau claire des sources de l’enfance. Laisser Peter Pan conduire la Porsche de James Dean, lancer Jack Sparrow à l’abordage de nos rêves, devenir passage du Groix : ouvrons toutes les Mers Rouges !

Débouter les tristesses, faire jurisprudence de toutes nos imprudences, attaquer les malheurs, défendre les impossibles, mander un légataire des allégresses : Mesdames et Messieurs, la Mour !

Aérer les églises ; planter des croix de grands chemins, refleurir les calvaires. Oser un encens au patchouli pour Pâques, ressusciter Sainte-Blandine, faire des panurges en assemblées des lions missionnaires. Rugir de plaisir en priant, et remplacer les silences par des gospels. Halleluya !

Paris-Plage toute l’année, fragrances de monoï diffusées dans le métro, que la montagne vienne à Mahomet ! Si les voies sur berges appartenaient au peuple de Paris, la Seine se ferait estivale.

À quand un Salon de la Cité au cœur du Berry ou au fin fond de l’Auvergne ? Inauguré en grandes pompes par un président en salopette, chemise à carreaux et bottes de caoutchouc qui goûterait à toutes les spécialités locales et s’arrêterait à tous les stands : dégustation de tableaux de Maîtres, déambulations sans fins dans librairies de plusieurs étages, métissages humains, concerts géants…

Allumer le feu dans l’intimité des chaumières. Faire de chaque samedi soir sur la terre un happening unique. Printemps de Bourges en toutes saisons, Francofolies hexagonales : qu’il soit interdit d’être en anorexie culturelle.

Nuits des musées et des bibliothèques à volonté, Picasso en flux continu, que les escalators de Beaubourg descendent jusqu’à Marseille.

Mais aussi : solidifier les calmes, importer les clochers en terres de banlieue. Oser une transhumance humaine, délocaliser les HLM en Corbières, offrir des champs de lavande aux coursives. Que nos villes soient Cités Radieuses. Se souvenir des lavoirs et des rires, des vieux-oui, osons les appeler les vieux, ce n’est pas moins tendre que l’AOC «Personnes du 3° âge »…- méditant sur les bancs.

Refleurir les treilles et oublier les treillis.

Spectacle du Cercle Laïque Jean Chaubet au Centre Culturel des Mazades, 14/06/14
Spectacle du Cercle Laïque Jean Chaubet au Centre Culturel des Mazades, 14/06/14

Comme en instance d’orage

Comme en instance d’orage

L’air, un peu différent. Comme en instance d’orage.

La pluie, cette pluie presque d’été, qui pourrait annoncer un arc-en-ciel.

Qui pourrait, oui. Mais sera-t-elle capable de laver l’affront fait hier, en ce 25 mai 2014, à la Démocratie ?

Prendre le bus, croiser tous ces visages. En apparence, rien n’a changé. Ce sont les mêmes personnes qui rentrent du travail, ce sont les mêmes enfants qui reviennent en chantonnant de l’école. Il y a les SDF fatigués devant la boulangerie, les Roms qui mendient, on se presse, on court dans les couloirs du métro, on prend RV chez le dentiste.

Contemplant cette vie qui gronde, je me demande si, au lendemain du 30 janvier 1933, les Allemands eux-aussi ont vaqué à leurs occupations, comme si de rien n’était. Si les visages, comme dans Toulouse ruisselante aujourd’hui, sont demeurés les mêmes, inchangés, n’entendant ni le souffle de l’Histoire, ni les hurlements des enfants juifs et Roms dans les Camps, ni les bombes des bombardements tapis qui bientôt souilleraient, à jamais, le pays des Penseurs et des Philosophes.

Je vous écoute, dans vos radios, vos télés, par écrans interposés. Tout un pays anéanti, ou presque. Presque, car, aussitôt, en lieu et place d’une réelle interrogation sociétale et profonde, voilà que les panem et circenses médiatiques nous servent un nouveau scandale, une de ces affaires tonitruantes qui tombent, vous l’avouerez, à pic. Histoire de ne pas se passer la patate chaude de ce vote dont les autres médias européens et internationaux se repaissent, histoire de plutôt faire de la bouillie sarkoziste, grâce à ces financement occultes étrangement révélés ce jour, que de poser les véritables questions.

Et moi j’ai honte. Honte pour mon propre pays dont le monde se gausse, honte pour cette mémoire outragée. Et surtout, je souhaiterais que « nos » responsables, enfin, se remontent les manches, pour désamorcer la bombe du populisme et de la xénophobie.

Il ne devrait pas être très compliqué de contenter les petites gens, de se rendre compte que personne ne peut, décemment, vivre avec une misérable retraite inférieure au SMIC. Il ne devrait pas être très compliqué d’oser enfin prendre l’argent là où il dort scandaleusement, pour aider les Petits et les Humbles, mais aussi ces classes moyennes engorgées, surendettées, prises entre le marteau et l’enclume, gagnant trop pour recevoir de l’État Providence, mais pas assez pour sortir de la spirale des découverts et des dettes. Il ne devrait pas être très compliqué, que l’on soit gaulliste ou socialiste, voire même centriste, de se retrousser les manches pour sortir de la Crise, pour rassurer ces ouailles électorales qui, ne sachant plus à quel Saint se vouer, ont fini par voter pour le Diable…

Ce qui sera plus difficile, ce sera de lutter contre le racisme, la xénophobie, la peur de l’Autre, de cet « autre » que d’aucuns stigmatisent par un voile ou un minaret tandis, mais parfois aussi en évoquant ce fameux « complot judéo-maçonnique »…Car l’électeur bleu Marine mélange allègrement les phobies et les dérives, idolâtrant la « Quenelle » libre, conspuant d’une main la « Shoah-ananas » et jetant joyeusement de l’autre du sang de porc contre la Mosquée de quartier…

Comme il est fragile, l’équilibre de la Démocratie…Comme elle est fine, cette ligne de crêtes qui slalome au gré de notre Histoire, des pogroms aux ratonnades, de l’Affaire Dreysfus à la gégène…Et comme il est aveugle, celui qui croit voter pour la France Libre quand il offre sa voix au démon du protectionnisme et de la Peur.

Ne conviendrait-il pas enfin d’éduquer ce petit peuple de France, qu’il soit dans les cités où l’on n’ose plus se mettre en jupe ou dans les zones pavillonnaires où des milices se créent ? Ne conviendrait-il pas enfin de regarder la vérité en face, de ne plus occulter les véritables problèmes, d’oser prendre les difficultés liées à l’immigration et aux dérives islamistes, qui elles-mêmes engendrent l’islamophobie, à bras le corps, afin de ne pas attiser la flamme du FN ?

Il conviendrait que les médias fassent, par exemple, devoir de mémoire, pour rapidement rappeler, par quelques pages choc, par quelques émissions tonitruantes, comment les populismes ont, toujours, mené les nations à leur perte.

Mais il conviendrait aussi d’éduquer et de canaliser « celui par qui le scandale arrive », à savoir ce bouc  émissaire de « l’Étranger », qu’il soit à mendier devant nos grilles ou à brûler les voitures un soir de désœuvrement…

Il est temps, plus que temps, de semer à nouveau la parole démocratique, laïque et pacifique de notre État de droit dans l’anarchie liberticide des banlieues.

Il est temps, plus que temps, de redonner leur liberté à ces filles grillagées derrière leurs voiles d’un autre temps, et de trouver des solutions intelligentes pour faire de nos cités des démocraties participatives, et non plus des zones de non droits.

Plutôt que de nous lamenter sur la ghettoïsation, permettons par exemple à de grandes enseignes de travailler là où même la police ne se rend plus…Une médiathèque et quelques projets culturels ne suffisent pas à oxygéner des univers devenus coercitifs, où il n’y a plus de brassage social. Il faudrait, dans nos banlieues, des FNAC, des librairies, et pas seulement des échoppes diffusant de la littérature coranique ; il faudrait, dans nos « Quartiers », des Monoprix, des Séphora, et pas simplement des boutiques vendant du thé vert et des babouches ; il faudrait, dans nos cités, faire advenir une normalité qui jamais n’a eu cours, quitte à être un peu dirigiste, quitte à prendre quelques mesures radicales pour évincer les Mohamed Merah en puissance des coursives où ils rêvent d’en découdre en Syrie, alors que notre économie a besoin de leur force, de leur dynamisme, de leur richesse !

Hier, les Français ont dit, ont hurlé, ont craché leurs peurs, leurs phobies, leurs hantises. Mais je refuse de baisser les bras. Il n’y a pas, m’a appris mon père, de problèmes : il n’y a que des solutions.

Alors au-delà de ma colère contre ces électeurs qui n’ont pas vu plus loin que le bout de leur nez, je vous demande, mesdames et messieurs nos dirigeants, et mesdames et messieurs de l’opposition, et mesdames et messieurs les nouveaux élus, de réfléchir à ce qui se cache derrière ce camouflet, et de vous battre.

La France mérite mieux que de vivre la peur au ventre. La France mérite que nous nous engagions pour sa démocratie. La France mérite d’accueillir, mais aussi d’éduquer et d’intégrer ces populations qui ont d’infinies richesses à nous offrir, si nous leur permettons de ne pas rester à la marge, mais de devenir partie intégrante de notre système qui, s’il n’est pas parfait, a le mérite de reposer sur des siècles de tolérance et de diversité.

Le problème, ce soir, ce n’est pas seulement sur ce vote pour un parti populiste et d’extrême-droite, mais c’est la genèse de cette action rétrograde et indigne.

Je compte sur vous, je compte sur nous. La France a besoin de nous tous.

http://archives-lepost.huffingtonpost.fr/article/2011/12/22/2666216_le-principal-porte-un-costume.html

Sabine Aussenac.

Je devins une enfant de l’Europe

 

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Vous savez, moi non plus, je ne sais pas encore très bien pour qui je voterai, dimanche. Peut-être pour cette liste féministe, même s’il faut imprimer le bulletin de chez soi. Ou sans doute Modem, parce que leur clip de campagne est sublime, ainsi que leur « Faites l’Europe, pas la guerre »…

Parce que « mon » Europe est celle de l’émerveillement de la paix. Mon Europe existe car mes parents, une sublime Romy rhénane et un jeune Castrais beau comme un camion, qui s’étaient rencontrés dans une auberge de jeunesse,  qui lisaient Prévert en écoutant Mouloudji, qui s’écrivirent des cartes et des lettres des mois durant, entre Londres, l’Allemagne et le pays tarnais, ont eu le culot de traverser les frontières de la haine et d’oser braver les regards obliques des anciens résistants. Mon Europe est celle d’une enfance binationale incroyablement exotique, et, oui, j’aime mes deux patries, mais encore plus cette idée d’être issue de la paix, de la tolérance, de la résilience des nations.

Et puis il y a tous mes souvenirs incroyablement « kitsch », de l’Eurovison –la vraie, l’unique, celle où ma mère et sa sœur (qui a…aussi épousé un Français !) s’appelaient pour commenter, tout comme ma sœur (qui vit…en Allemagne et qui a épousé un Allemand !) et moi nous appelions aussi…- aux hurlements de joie poussés, dès septembre en découvrant, au LIDL, puisque la mondialisation touche aussi nos nourritures terrestres, les premiers « Marzipan » de Noël, et, inversement, cette fierté d’être « Française » en traversant hors des clous outre-Rhin, pour le plaisir de montrer mon esprit si différent, si rebelle, si libre…

Parce l’Europe, c’est ça, aussi, au-delà de la PAC et du Parlement : cette certitude que, oui, nous sommes des dizaines de pays différents, mais qui avons le pouvoir et surtout la LIBERTÉ d’avancer ENSEMBLE, en fédérant nos richesses.

Alors dimanche : votez !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

 

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(Mes grands-parents, Anneliese et Erich, Allemagne année zéro…Vivre, à nouveau…)

J’ai dix ans.

 Je suis dans le jardin de mes grands-parents allemands, à Duisbourg. Plus grand port fluvial d’Europe, cœur de la Rhénanie industrielle, armadas d’usines crachant, en ces années de plomb, des myriades de fumées plus noires les unes que les autres, mais, pour moi, un paradis…

J’adore la grande maison pleine de recoins et de mystères, la cave aménagée où m’attendent chaque été la poupée censée voyager en avion tandis que nous arrivons en voiture-en fait, la même que chez moi, en France !-, la maison de poupées datant de l’enfance de ma mère, avec ses petits personnages démodés, les magnifiques têtes en porcelaine, la finesse des saxes accrochés dans le minuscule salon… J’aime les tapis moelleux, la Eckbank, ce coin salle à manger comportant une table en demi-lune et des bancs coffre, les repas allemands, les mille sortes de pain, les charcuteries, les glaces que l’on va déguster chez l’Italien avec mon arrière-grand-mère… Je savoure avec un infini plaisir les trajets dans la quatre cent quatre familiale, les maisons qui changent d’allure, les briquettes rouge sombre remplaçant peu à peu notre brique toulousaine et la pierre, les seaux de chocolat Côte-d’or achetés à Liège, les petites barrières en croisillon de bois, les longues formalités à la Douane- c’est surtout au retour que mon père cachait des appareils Grundig et le Schnaps !

J’aime aussi les promenades au bord du Rhin, voir défiler les immenses péniches, entendre ma grand-mère se lever à cinq heures pour inlassablement tenter de balayer sa terrasse toujours et encore noircie de scories avant d’arroser les groseilliers à maquereaux et les centaines de massifs… J’adore cette odeur d’herbe fraîchement coupée qui, le reste de ma vie durant, me rappellera toujours mon grand-père qui tond à la main cette immense pelouse et que j’aide à ramasser le gazon éparpillé… Et nos promenades au Biegerhof, ce parc abondamment pourvu de jeux pour enfants, regorgeant de chants d’oiseaux et de sentes sauvages, auquel on accède par un magnifique parcours le long d’un champ de blés ondoyants… C’est là tout le paradoxe de ces étés merveilleux, passés dans une immense ville industrielle, mais qui me semblaient azuréens et vastes.

http://www.duisburg.de/micro2/duisburg_gruen/oasen/parks/102010100000253135.php

Je parle allemand depuis toujours, puisque ma mère m’a câlinée dans la langue de Goethe tandis que mon père m’élevait dans celle de Molière. Ce bilinguisme affectif, langagier, culturel, me fonde et m’émerveille.

C’est une chance inouïe que de grandir des deux côtés du Rhin…

J’aime les sombres forêts de sapins et les contes de Grimm, mais aussi les lumières de cette région toulousaine où je vis et les grandeurs de cette école de la République dont je suis une excellente élève, éduquée à l’ancienne avec des leçons de morale, les images d’Épinal de Saint-Louis sous son chêne et tous les affluents de la Loire… Ma maman a gardé toutes les superbes traditions allemandes concernant les fêtes, nos Noëls sont sublimes et délicieux, et elle allie cuisine roborative du sud-ouest et pâtisseries d’outre-Rhin pour notre plus grand bonheur, tandis que même Luther et la Sainte Vierge se partagent nos faveurs, puisque ma grand-mère française me lit le Missel des dimanches et ma mère la Bible pour enfants, ce chiasme donnant parfois lieu à quelques explications orageuses…

Bien sûr, il y a les autres. Les enfants ne sont pas toujours tendres avec une petite fille au visage un peu plus rond que la normale, parfois même habillée en Dindl, ce vêtement traditionnel tyrolien, qui vient à l’école avec des goûters au pain noir et qui écrit déjà avec un stylo plume- je serai je pense la première élève tarnaise à avoir abandonné l’encrier…

Un jour enfin viendra où l’on m’appellera Hitler et, inquiète, je commencerai à poser des questions…Bientôt, vers onze ans, je lirai le Journal d’Anne Franck et comprendrai que coule en moi le sang des bourreaux, avant de me jurer qu’un jour, j’accomplirai un travail de mémoire, flirtant longtemps avec un philosémitisme culpabilisateur et avec les méandres du passé. Mon grand-père adoré, rentré moribond de la campagne de Russie, me fera lire Exodus, de Léon Uris, et je possède aujourd’hui, trésor de mémoire, les longues et émouvantes lettres qu’il envoyait depuis l’Ukraine, où il a sans doute fait partie du conglomérat de l’horreur, lui-même bourreau et victime de l’Histoire… Il écrivait à ma courageuse grand-mère, qui tentait de survivre sous les bombes avec quatre enfants, dont le petit Klaus qui mourra d’un cancer du rein juste à la fin de la guerre, tandis que ma maman me parle encore des avions qui la terrorisaient et des épluchures de pommes de terre ramassées dans les fossés…

Cet été-là, je suis donc une fois de plus immergée dans mon paradis germanique, me gavant de saucisses fumées et de dessins animés en allemand, et je me suis cachée dans la petite cabane de jardin, abritant des hordes de nains de jardin à repeindre et les lampions de la Saint-Martin.

https://www.google.fr/maps/@51.3852866,6.7505207,41m/data=!3m1!1e3?hl=fr

J’ai pris dans l’immense bibliothèque Le livre de la jungle en allemand, richement illustré, et je compte en regarder les images. Dehors, l’été continental a déployé son immense ciel bleu, certes jamais aussi limpide et étouffant que nos cieux méridionaux, mais propice aux rêves des petites filles binationales… Le Brunnen, la fontaine où clapote un jet d’eau, n’attend plus qu’un crapaud qui se transformerait en prince pour me faire chevaucher le long du Rhin et rejoindre la Lorelei. Je m’apprête à rêver aux Indes flamboyantes d’un anglais nostalgique…

Je jette un coup d’œil distrait à la première page du livre et, soudain, les mots se font sens. Comme par magie, les lettres s’assemblent et j’en saisis parfaitement la portée. Moi, la lectrice passionnée depuis mon premier Susy sur la glace, moi qui ruine ma grand-mère française en Alice et Club des cinq, qui commence aussi déjà à lire les Pearl Buck et autres Troyat et Bazin, je me rends compte, en une infime fraction de seconde, que je LIS l’allemand, que non seulement je le parle, mais que je suis à présent capable de comprendre l’écrit, malgré les différences d’orthographe, les trémas et autres SZ bizarroïdes…

Un monde s’ouvre à moi, un abîme, une vie.

C’est à ce moment précis de mon existence que je deviens véritablement bilingue, que je me sens tributaire d’une infinie richesse, de cette double perspective qui, dès lors, ne me quittera plus jamais, même lors de mes échecs répétés à l’agrégation d’allemand… Lire de l’allemand, lire en allemand, c’est aussi cette assurance définitive que l’on est vraiment capable de comprendre l’autre, son alter ego de l’outre-Rhin, que l’on est un miroir, que l’on se fait presque voyant. Nul besoin de traduction, la langue étrangère est acquise, est assise, et c’est bien cette richesse là qu’il faudrait faire partager, très vite, très tôt, à tous les enfants du monde.

Parler une autre langue, c’est déjà aimer l’autre.

Je ne sais pas encore, en ce petit matin, qui sont Novalis, Heine ou Nietzsche. Mais je devine que cette indépendance d’esprit me permettra, pour toujours, d’avoir une nouvelle liberté, et c’est aussi avec un immense appétit que je découvrirai bientôt la langue anglaise, puis le latin, l’italien… Car l’amour appelle l’amour. Lire en allemand m’aidera à écouter Mozart, à aimer Klimt, mais aussi à lire les auteurs russes ou les Haïkus. Cette matinée a été mon Ode à la joie.

Cet été-là, je devins une enfant de l’Europe.

 

Limoges mes croissants

 

Limoges mes croissants.

La quatre-cent-quatre de papa, et presque la Belgique. Chocolat Côte d’Or en apnée frontalière.

Les gouttes se chevauchent sur la vitre embrumée.

Les briques se font brunes, Ulrike ma poupée a pris l’avion.

Au réveil, je suis au bled : mon métissage à moi a la couleur du Rhin.

 

***

L’autre côté de moi

 

L’autre côté de moi sur la rive rhénane. Mes étés ont aussi des couleurs de houblon.

Immensité d’un ciel changeant, exotique rhubarbe. Mon Allemagne, le Brunnen du grand parc, pain noir du bonheur.

Plus tard, les charniers.

Il me tend « Exodus » et mille étoiles jaunes. L’homme de ma vie fait de moi la diseuse.

Lettres du front de l’est de mon grand-père, et l’odeur de gazon coupé.

Mon Allemagne, entre chevreuils et cendres.

 

***

Petite nixe sage

 

Cabane du jardinier. Petite nixe sage, je regarde

les images.

Les lettres prennent sens. La langue de Goethe, bercée à mon cœur, pouvoir soudain la lire.

Allégresse innommable du bilinguisme. L’Autre est en vous. Je est les Autres.

Cet été-là mon Hymne à la joie.

Garder les yeux ouverts

 

 

Garder les yeux ouverts

Ne jamais toucher terre

Ne jamais renoncer

Toujours folies garder

Tu t’en souviendras bien

De ne pas t’immoler

Sur l’autel des médiocres

Et des compromissions

Je te veux révolté jusqu’à ton dernier souffle

Je te veux passionné et toujours des plus beaux

Tu ne t’occiras point en vile pacotille

Tu ne resteras pas au carrefour des gris

Toujours tu hanteras le cœur de mille filles

Je te veux fier et fort et toujours dans ma vie

Garder tes yeux ouverts

Voir le beau et la terre

Aimer l’art la passion

Les amours les maisons

Et reconstruire encore

Même après les tempêtes

Pour savoir redresser et ton âme et la tête

Hauts les cœurs mon amour

Je serai là toujours

Garder les yeux ouverts

Ne pas baisser les bras

Savoir que la lumière luit tout au fond des bois

Te faire feu follet

Et luciole aiguisée

Hanter les nuits toujours mais savoir éveiller

Des aubes aux crépuscules tous nos sens à aimer

Tu resteras celui qui veille et qui attise

Les feux dans l’âtre tendre malgré tourments et bises

Garder nos yeux ouverts

Nous comprendre sans voix

Etre là à l’instant traverser les immenses

Ne jamais se quitter se haïr se fêler

Nous serons immortels comme neige au sommet

Nos tendresses infinies nous vaudront mille transes

Garder les yeux ouverts

Etre celui qui lutte

Ne pas se contenter de palais ou de hutte

Faire ce long chemin

Avancer

Découvrir

Ne jamais vivre au coin d’un feu inachevé

Battre tant de campagnes

Que l’esprit devient fou

Nos châteaux en Espagne

N’appartiendront qu’à nous

Nous garder des malheurs

Toujours aimer la peur

Savoir que l’étincelle

Est ce qui nous distille

Je serai l’ambroisie de tes soirs enivrés

Et tu te feras miel au coin de bouche tendre

Je le dis je le hurle

A ceux qui veulent entendre

Aimons-nous

Soyons fous

Regardons-nous

Voyons-nous

Ne faiblis non jamais

Ne deviens pas médiocre

Ne te compromets pas

Reste le loup des steppes

Et garde au loin la horde

Des faibles et des gueux

Qui sèment les discordes

Que l’amour soit ton guide

Que la vie te soit force

Gardons les yeux ouverts

Aimons-nous en lumière

Que ça brûle en plein jour

Que l’infinie tendresse

Nous soit incandescence

Regardons nos soleils

Brûlons nos ailes immenses

Je nous veux en Icare

Toujours recommencés

Soyons ceux qui éveillent

Soyons monts et merveilles.

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Dear Time Magazine

Dear Time Magazine,

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A full cover. A friendly face. Millions of people will see and read your sentences about Marine le Pen and the Front National.

Thank you, dear Time Magazine. Really, thanks for making such an incredible publicity to such a dangerous person. To such a dangerous party.

You say that this political party could be compared to the american Tea Party. You seems to consider that Marine le Pen could be an usual, banal, normal leader.

Thanks for this brilliant conclusion.

I’m sure that the young norwegian victims from Anders Breivik would have appreciate your way to describe our little frenchie Iron Lady: you know, Breivik’s ideas are so close to Madame le Pen’s war against Muslim power in Europe…

http://www.huffingtonpost.com/2012/07/22/anders-behring-breivik-attacks-norway-massacre-anniversary_n_1692813.html

Yes, I agree with you, we have not to ask us if the Front National is dangerous, and I sure that the many turkish victims of german neo Nazis could have share your these: burning houses with lots of Turkish and black children is not a crime, it’s just …

http://en.wikipedia.org/wiki/Solingen_arson_attack_of_1993

Yes, in fact, how do you call this?

And how do you call “Shoah”, in english? Oh, yeap, I remember, I think you say “Holocaust”, isn’t it? This old european story, a few million people burning and dying and a man, a certain Hitler, such a respectable politician, full of legality and proud to be the Führer of a new world order, on this 30 January 1933…

You think I’m crazy? You think I’m dreaming? You think I’m just a german teacher and not a journalist or essayist, not able to give a sense to history and politics?

Perhaps you’re wright. And perhaps it’s true, that certain liberal ideas from Marine le Pen about Europe, about health care reform or ecology can be compared to the program from the Tea Party.

But in France, you know, two years ago, in my “pink city” Toulouse, a man shout jewish kids down, in their jewish school, just because they were jewish. A few years ago, a yong man called Ilan Halimi was tortured weeks along, before being murdered and burned. Just because he was jewish. But in France, last autumn, a man called Dieudonné, pretending he was an humorist, invented a new way to say “hi”, making a inversed nazi salutation with this arm, called “quenelle”. In all his shows, this man made a joke about the “Shoah”, singing “Shoah- ananas”, as if the holocaust could be a funky fucking good song and joke about fruits.

http://www.veteranstoday.com/2014/01/04/the-courage-of-the-quenelle/

I don’t know if you know that Marine le Pen’s father, Jean-Marie le Pen, often made this sort of jokes about the holocaust.

http://mondediplo.com/1998/05/08igou

I don’t know if you know that Marine le Pen herself often speaks and laugh with persons of the neo nazi circles.

http://forum.doctissimo.fr/viepratique/politique/compagnie-skinheads-neonazis-sujet_11432_1.htm

 

Dear Time Magazine, I always learned and thought that YOU were one of the best, brilliant, neutral, impartial, respectable and intelligent newspaper of the world.

Today I’m sad, I feel upset and I ask you to apologize for your apology of non-sense.

 

Sabine Aussenac.

http://www.best-poems.net/editors/1293

http://www.amazon.fr/Sabine-Aussenac/e/B00K0ILDZS/ref=ntt_athr_dp_pel_1

C’est ce jeune en colère, qui apprend le mot « Mai »…

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C’est ce jeune en colère, qui apprend le mot « Mai »…

C’est cette radio qui se met à danser, musicale et nouvelle, sans les flashs mortifères des infos répétées.

C’est cet enfant joyeux, un ballon à la main, qui commence à sourire en voyant les drapeaux.

C’est cette femme âgée, qui dodeline de la tête, qui en quelques instants se revoit en 36 : lorsque la joie au cœur et les jupes légères on partait à la mer comme on quitte un hiver, les mollets bien trempés et la fleur au sourire.

C’est cette enfant timide, aux lunettes carrées, qui soudain oui se lève et suit les révoltés : elle dit non à son prof, elle dit non à son père. Aujourd’hui elle sera révolutionnaire.

C’est ce jeune en colère, qui apprend le mot « Mai », qui ne savait pas jusqu’à hier qu’on pouvait résister.

C’est la femme épuisée, qui se lève aux aurores, dont les aubes sont blanches et ont goût de charnier, qui rejoint au soleil ses amies qui défilent ; aujourd’hui on verra même les sans papiers.

C’est le temps des cerises même au cœur des chantiers, quand on a en mémoire les Communes et les chants : ce pays se souvient qu’il a su exister.

C’est pour tous nos grands-pères qui arpentaient les mines, pour les foules en colère, pour les arbres de Mai. Pour nos vies en Bastilles qui enferment les rêves, pour ces jours guillotines qui nous fauchent en chemin.

C’est pour dire aux enfants que la rue peut descendre, que les peuples ensemble sont plus fort que les Grands, et qu’il faut à présent oser dire et comprendre, parce que souvent ancêtres ont souffert dans leur sang.

C’est pour Rosa la Rouge malgré tous les goulags, pour Gavroche et Arlette, malgré lourdes erreurs, et pour tous les lilas enlacés à vos roses, car jamais ne pliera le roseau des espoirs.

C’est un matin qui chante, en mémoire de hier. Quand demain se prépare en action, mais sans guerres.

C’est la quinqua pimpante aux enfants allaités, qui devrait oublier qu’elle a nourri la France, c’est celui qui travaille depuis l’adolescence, c’est l’écrivain debout qui ne veut pas s’assoir.

C’est cette liberté de rester ou de vivre, de garder un métier si passion nous anime, ou d’aller profiter d’une vie qui s’enfuit, quand le corps déjà faible demande juste répit.

C’est l’essence qui manque, c’est le train qui s’ennuie, c’est l’usine assoupie au plus fort des cadences, c’est la classe oubliée car le maître est parti : c’est la Grève générale.

Et aujourd’hui j’en suis.

Sabine Aussenac, professeur titulaire « TZR », certifiée depuis 1984, ayant son poste fixe depuis 1995.

En poste « hors zone » avec plus de 6 heures de trajets par jour.

 

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http://www.huffingtonpost.fr/sabine-aussenac/les-tzr-ces-roms-de-l-education-nationale_b_1852799.html

 

Les mains de Baptistin: une nouvelle en mémoire aux victimes du Rwanda…

Les mains de Baptistin 

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Elle sentait encore parfois les petites mains douces qui jouaient avec ses cheveux. La nuit, souvent, lorsqu’elle tentait de s’assoupir, il lui semblait aussi entendre son babil, lorsqu’au creux de ses seins généreux il souriait, apaisé.

Les quatre autres aussi lui manquaient. Les tresses folles d’Euphrasie lorsqu’elle gambadait en rentrant de l’école ; les grands yeux sombres d’Amédée, et cette façon qu’il avait de lui prendre la main à l’église, en murmurant qu’il serait prêtre, un jour. Prudence, son rire aussi étincelant que l’eau de la rivière, Prudence déjà presqu’une femme, minaudant avec ses amies et imitant Beyoncé. Et puis la jumelle d’Amédée, Félicité, la bien nommée, une allégresse dans chacun de ses gestes, Félicité qui dès l’âge de quatre ans racontait des histoires si extraordinaires que le vieux griot l’appelait « belle mémoire » en Kinyarwanda…

Mais les petites mains tendres de Baptistin, qui de son incroyable force de nourrisson se tendaient vers le ciel pour en décrocher les étoiles, ces mains-là, elle les sentait, presque chaque fois qu’elle sortait de la maison. Elle revoyait le nuage de poussière devant le petit jardin, elle entendait les hurlements de Prudence, qui venait de voir leur voisin décapiter d’un seul trait Félicité après avoir égorgé Amédée et démembré Euphrasie. Elle sentait les liens qui tranchaient sa peau alors qu’elle essayait de se lever et de courir vers eux, mais pour Prudence aussi il était trop tard, puisque le voisin venait de lui trancher la tête à son tour.

Il la fixait, la regardait dans les yeux. Elle n’était plus qu’un cri, elle vomissait et s’étouffait en hurlant, et lui il souriait en la traitant de chienne, puisqu’elle avait engendré ces enfants de Tutsi, elle la Hutu qui avait épousé un Tutsi. Et puis lentement, il avait contourné la femme attachée au portail et avait d’un geste brusque arraché le bébé qu’elle portait dans son dos. Elle sentit encore les petites mains de Baptistin qui griffaient son dos lacéré, et puis plus rien.

Lorsqu’elle s’était réveillée plusieurs heures plus tard, une voisine l’avait détachée et mise à l’ombre. La nuit était tombée. Espérance s’agenouilla péniblement puis réussit à se lever. La courette n’était qu’une mare de sang, les essaims de mouches tournoyaient dans l’odeur atroce, aucun bruit ne s’élevait. Elle pria, pria soudain comme une possédée, dans une transe aveugle, implorant ce Dieu impie d’avoir au moins épargné son puîné. Mais elle retrouva les restes de Baptistin éparpillés dans le jardin, une de ses petites menottes serrant encore une mèche des cheveux d’ébène de sa mère. Alors, sous l’immense lune rouge de l’Afrique défigurée, Espérance voulut mourir. Elle courut vers la rivière, enjamba les corps de ses voisins et amis, courut pour ne plus vivre, mais au moment où elle allait se jeter du petit pont de briques, une main puissante la retint.

–          Attends, Espérance. N’oublie pas qu’il te reste un fils. Attends. Ne leur fais pas ce plaisir. Reste parmi les vivants, même si ton âme est aussi morte que la poussière du désert.

Le griot parlait ainsi, lui qui était issu de l’ethnie des Twa, les « artisans », qui n’étaient ni éleveurs comme les Tutsis, ni agriculteurs comme les Hutu…Le griot qui avait choisi la voie de la parole et de la sagesse, et que les folies des hommes avaient épargné.

Oui, si Espérance était encore debout, vingt ans après cette journée, c’était grâce à Placide, son fils aîné. Elle avait, dans le peu de lucidité qui lui restait, prié pour son retour. Placide, qui avait douze ans à cette époque, avait été envoyé chez l’un de ses oncles paternels à la capitale, pour fréquenter un établissement scolaire réputé. Car le fils aîné d’Espérance et de Gratien était une graine de génie, aux yeux malicieux et à l’intelligence exacerbée. Certes, Placide avait vu son père enlevé en pleine nuit avec son oncle, mais il avait couru à travers les rues grouillantes d’atrocités, et su se faire passer, de par son physique métissé, magnifique mélange des deux ethnies ennemies, pour un jeune Hutu. Il s’était ensuite réfugié à l’ambassade de France, grâce à son professeur de français, et avait donc été miraculeusement épargné.

Espérance revoyait encore son fils, qui, tel un revenant, lui avait soudain été rendu, entier, sain et sauf, avec tous ses membres, ses deux yeux, et son sourire de prince. Il vacilla en pénétrant dans le carré de tombes fraîchement creusées, mais se tint droit auprès de sa mère dont les cheveux avaient blanchi en une nuit, en lui promettant qu’il deviendrait un homme, et qu’il garderait la mémoire des siens. Les mille collines teintées du sang fratricide palpitaient encore de la douleur des survivants. Espérance et Placide, hébétés de tristesse, se devaient de ne pas sombrer.

En se dirigeant vers l’autobus qui devait l’emporter à la capitale, Espérance, en cette semaine de commémoration, se souvint de l’année 2003, quand des milliers de prisonniers avaient été relâchés et étaient simplement revenus dans leurs villages, avant d’être jugés pour certains devant les « gacacas »…En passant devant la maison de son voisin, qui était assis devant sa porte, elle se redressa et détourna la regard. Car le meurtrier de ses cinq enfants faisait partie des Hutu revenus vivre dans leurs terres. Il n’avait pas nié. Il avait même osé soutenir son regard devant le tribunal, sur cette terre sèche de l’esplanade où d’autres enfants jouaient et riaient tandis que les adultes tentaient de mettre des mots sur l’Indicible. Oui, avait-il convenu, il avait bien égorgé, décapité et démembré les enfants de sa voisine, car elle portait des enfants Tutsi. Il avait beaucoup bu pour se donner du courage, et il n’avait fait que suivre les consignes diffusées par la radio des mille collines…

D’autres avaient pardonné, mais Espérance ne le pouvait pas. Chaque nuit, chaque nuit depuis bientôt vingt ans, elle rêvait qu’elle se détachait et qu’elle arrivait à empoigner chacun de ses enfants et à courir avec eux vers la rivière d’argent. Chaque nuit, elle les cachait dans la forêt luxuriante, chaque nuit elle les entendait rire et chanter. Et chaque matin elle se réveillait en ayant envie de hurler et de traverser la rue pour assassiner son voisin.

Pourtant la vie avait repris. Des enfants étaient nés à nouveau, des jeunes gens s’étaient unis, à l’école on les entendait psalmodier des mots nouveaux, des mots qui parlaient de réconciliation, d’oubli, de pardon. Espérance était devenue institutrice, et chaque sourire d’enfant l’aidait à rester humaine. Avec sa belle-sœur, qui était revenue de la capitale, elles avaient créé aussi une association pour aider les veuves, si nombreuses, grâce à des micro-crédits. Une maison communautaire abritait un atelier de couture, et c’est Espérance qui avait lancé la mode des pagnes imprimés avec des photos des victimes. Sa petite Prudence aurait si fière de voir sa photo sur de magnifiques pagnes multicolores, que sa maman avait offert aux membres survivants de leur famille… Les rires et les chants des femmes résonnaient comme autrefois, et parfois on peinait à croire que le sang avait coulé dans leur vallée si verte…Euphrasie non plus n’était pas oubliée, puisque la coiffeuse du village avait décidé de donner des noms à des coiffures ; une tresse particulièrement savante portait ainsi le nom de la fillette.

Peu à peu, l’idée avait germé de conserver les mémoires tout en accordant le pardon. Le griot, de plus en plus ridé, mais toujours le pilier du village, avait instauré une soirée spéciale pour les enfants et les adolescents, qu’il nommait « la nuit de Félicité », en mémoire de l’enfant rayonnante qu’il ne voulait pas oublier. Dans certaines maisons on avait inscrit les prénoms des victimes en lettres de couleurs vives sur les murs, dans d’autres on avait appelé les nouveaux enfants du nom de leurs frères ou sœurs disparus…Le curé citait souvent Amédée dans ses sermons, rappelant la foi si pure de celui qui s’était senti si jeune appelé par Jésus et qui n’avait pas eu le temps de prononcer ses vœux.

Mais Espérance savait aussi que personne, plus personne, ne pensait à son Baptistin. Il était si jeune, il tétait le sein de sa mère lorsque les démons l’en avaient arraché…Alors Espérance berçait son âme en secret, l’imaginant faisant ses premiers pas, marchant sur les traces de son grand frère, qui l’attendait, dans la tribune des officiels puisque Placide jouait un rôle important dans le nouveau gouvernement. Parfois, elle oubliait un peu les traits de son visage, mais jamais la douceur des petites mains qui caressaient le dos de la maman lorsqu’elle chantonnait en jardinant ou en rangeant la maison…

Soudain, un cri s’éleva de la maison qui avait été construite derrière celle de son voisin. Un hurlement, même, et il résonna dans le village déserté par la majorité de ses habitants, qui s’étaient rendus en masse aux cérémonies de commémoration. Espérance ne se retourna pas, elle ne voulait pas rater son bus, et puis les problèmes de ce voisin ne la concernaient plus depuis longtemps…Mais l’homme sortit en courant du jardinet et se précipita vers Espérance.

–          Ma fille…Ma fille accouche, alors qu’elle est bien loin de la lune prévue. Aide-nous. Aide-la. Tout le monde est parti, le docteur ne peut pas venir avant demain, et la sage-femme est dans un autre village.

Espérance le regarda, pour la première fois depuis des années. Elle posa sur lui le regard insondable de l’éternité. Elle le darda de ses yeux qui n’avaient plus de larmes, tant l’océan de sa douleur avait noyé sa vie. Elle le fixa d’un œil à la fois méprisant et menaçant.

–          Pourquoi devrais-je t’aider ? Donne-moi une seule bonne raison. Dis-le-moi.

De la maison s’éleva un autre hurlement, et les gémissements d’une toute jeune femme. Espérance se souvint que la fille aînée de leur bourreau avait l’âge de Placide et avait été tuée par représailles, quelques semaines après les exactions, alors qu’un autre de ses enfants venait, comme son Baptistin, de naître, et que leur mère était morte en couches.

Son voisin se tordait les mains. Il lui expliqua que sa fille était tout ce qui lui restait, puisqu’il n’avait jamais pu se remarier. Elle avait été gardée à l’orphelinat durant ses années de captivité, puis il avait tenté de l’élever et lui avait construit cette maison. Sa fille avait été violée il y a six mois, par un Tutsi aujourd’hui en prison. Ses choses-là arrivaient encore fréquemment…Il lui dit encore un mot, ce mot qu’elle avait vainement attendu en 2003, lors du tribunal villageois : il lui dit « Pardonne-moi. »

–          Je n’ai que faire de tes suppliques. Mais je vais aider ta fille. Laisse-moi passer.

Dans la chambre où la femme en gésine se tordait de douleur, accroupie dans un coin, Espérance comprit que la situation était grave. Elle savait que les femmes africaines laissaient rarement libre cours à leur douleur lors d’une naissance. Il devait y avoir un souci important. Elle ordonna à son voisin de faire bouillir de l’eau, puis de chercher le griot, et de courir vers le village voisin, où une guérisseuse âgée aidait autrefois les femmes à mettre au monde leurs petits soleils. Elle s’agenouilla auprès de la jeune femme et la rassura, puis, la main désinfectée, elle comprit que le bébé ne s’était pas retourné. Il fallait agir vite. Sinon, il ne naîtrait pas, et sa mère risquait la mort. Elle demanda à la jeune femme de s’allonger, puis entreprit de lui masser le ventre, de l’extérieur et de l’intérieur. Elle chantait doucement, une de ces mélopées ancestrales qui parlent de collines et de joies, des enfants qui dansent dans la savane et des pères qui aiment leurs familles. Elle sentit que le bébé bougeait, c’était étrange, cela faisait si longtemps qu’elle n’avait pas eu ce sentiment de vie, de maternité. Elle leva les yeux et croisa le regard affolé de la jeune femme, belle et palpitante comme une gazelle aux abois, et lui sourit.

–          Il va vivre. Et toi aussi.

L’enfant naquit une heure après, juste à l’arrivée du griot et de la guérisseuse. La vieille femme fit boire une potion de simples à la jeune accouchée, et Espérance, qui avait lavé et emmailloté le nourrisson tandis que le griot recueillait le placenta qui serait enterré dans le jardin, présenta le bébé au voisin qui pleurait.

–          Je me souviens du prénom de chacun de tes enfants, Espérance. Je me souviens. Tous les jours, toutes les nuits, je me souviens. Ce bébé s’appellera Baptistin. Et si tu l’acceptes tu seras sa marraine, et ton Placide son parrain.

À ce moment l’enfant ouvrit un regard d’onyx sur le soleil d’Afrique qui perçait par la porte entrebâillée. Dans l’un de ses réflexes si attendrissants des nouveaux-nés, sa petite main se referma sur la main douce d’Espérance. Elle sourit et lui murmura :

–          Bienvenue, Baptistin, dans notre pays des mille collines.

 https://www.youtube.com/watch?v=UjnBsOhEP-8

Bouquet final…À Jean Jaurès et à Rosa Luxemburg…

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Bouquet final

 

Le muguet au bois fou ce matin carillonne,

Ses clochettes enivrées qui bourdonnent et fredonnent,

Comme autant de rappels de nos luttes passées,

Fratricides et victoire contre l’ordre emmuré.

 

Les voilà qui défilent, ceux qui croient au lilas,

Klaxons gais et paroles en immense fracas,

Et l’on entend Jaurès marteler que les Grands

Ne devront plus jamais exploiter les perdants.

 

La sais-tu la beauté de ce Temps des cerises,

Lorsque de ville en ville barricades effrontées

Se levaient pour crier libertés insoumises ?

 

Garde au cœur la beauté de la rose au sang noir,

Qui au soir fraternel de la paix retrouvée

Fleurira sur les tombes de tous nos fols espoirs.

http://www.oasisdesartistes.com/modules/newbbex/viewtopic.php?topic_id=98872&post_id=944871&order=0&viewmode=flat&pid=0&forum=2#forumpost944871

Si vous aimez ma poésie, plusieurs recueils sont déjà disponibles, téléchargeables aussi sur PC, Mac, tablettes, smartphones, et en version papier là et chez lulu.com…

http://www.amazon.fr/Prends-beaut%C3%A9-po%C3%A8mes-Sabine-Aussenac-ebook/dp/B00E8D9V0K/ref=la_B00K0ILDZS_1_2?s=books&ie=UTF8&qid=1398937464&sr=1-2

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Ma page « auteur »:

http://www.amazon.fr/-/e/B00K0ILDZS

Devenons les passeurs de lumière

Devenons les passeurs de lumière

 

Pourquoi ne pas croire aux miracles ? Osons, osons, avec les chrétiens du monde entier, nous réjouir de cette fête où un prophète et se disant fils de Dieu ressuscita d’entre les morts. Croyants et impies, athées et religieux, toute foi confondue, réjouissons-nous de ce moment qui peut devenir inspirant.

La nature nous donne l’exemple. En ce printemps, tout n’est qu’explosion de vie et d’allégresse…Les journées qui rallongent après les grisailles de l’hiver, les lilas et les roses, les nuées de pétales dont le duvet volète d’arbre en arbre quand les merles s’époumonent…Des sous-bois aux jardins, notre terre palpite, tout n’est qu’éclosion et renouveau.

Osons, nous aussi, cette espérance pascale. Ne baissons pas les bras dans la nuit qui gronde, malgré nos douleurs, nos peines, nos angoisses. Oui, le monde est fou, entre les dictateurs et les diktats, entre les massacres des Innocents syriens et les naufrages de centaines de lycéens coréens, entre les incendies qui dévorent Valparaiso et les avions fantômes, entre les injustices, les maladies, les scandales. Et puis nous la tuons, notre planète, notre trésor, nous en vilipendons les moindres recoins de paradis pour en faire vil usage, aveugles devant le précipice qui, béant, guette une humanité toute entière.

Mais nos rites religieux peuvent nous aider, malgré nos différences, à regarder la vie différemment et à tenter d’autres expériences…Les juifs viennent de fêter Pessah, leurs offrandes commémorant une autre espérance, « L’an prochain à Jérusalem » et la rédemption de l’Exode. Les chrétiens, eux, se réjouiront dimanche en se saluant du traditionnel « Il est ressuscité ». Même si nous ne partageons pas ces idées et ces traditions, nous pouvons, dans le monde entier, nous associer à ces partages, et à ces ancrages dans la renaissance et l’avenir.

Le bébé luttant pour son premier souffle de vie, le « pneuma », nous donne l’exemple : jusqu’au sourire rayonnant des « Seigneurs », ces aïeuls emplis de grâce malgré leurs vies de tourmentes, comme les Germaine Tillon qui sont revenues d’entre les morts de la Shoah, ou emplis de sagesse et d’intelligence, comme les Michel Serres, les Jean d’Ormesson, l’Homme lutte pour rester debout et pour croire à cette vie qui le porte…

http://fr.wikipedia.org/wiki/Germaine_Tillion

Sachons, en cette veille de Pâques, reconnaître, nous aussi, le miracle de la vie. Il est là, partout, chez les puissants et les humbles, dans la larme de joie de la mère retrouvant son enfant sain et sauf après un naufrage en Corée, dans le tressautement de la paupière de « Schumi », dans l’annonce de la libération des journalistes en Syrie…

https://fr.news.yahoo.com/lib%C3%A9ration-des-quatre-journalistes-fran%C3%A7ais-otages-en-syrie-091602735.html

Jésus, disent les chrétiens, est sorti de son tombeau. Nos vies, si souvent, sont déjà de lugubres caveaux, lorsque nous étouffons sous la terre de nos soucis, lorsque le morne quotidien nous enterre vivants, lorsque peu à peu le silence se fait dans nos existences sans joie. Osons pousser les pierres, nous aussi, osons respirer enfin la vie qui est là, à nos côtés, cette vie que nous ne voyons plus, ne sentons plus, tant nous sommes engluées dans nos tristesses ou nos horreurs. Soyons la main tendue, le sourire offert, devenons les passeurs de lumière.

Il suffirait de peu pour que les femmes ne soient plus emmurées derrière les grilles de l’absurde, ni violées, éventrées, lapidées. Il suffirait de peu pour que la misère ne pousse plus des enfants innocents à se noyer en Méditerranées, pour que les frères ennemis du Moyen-Orient enterrent les siècles de guerre. Il suffirait de peu pour que nous arrêtions de souiller cette planète qui accueille nos passages et que nous transformons en poudrière et en enfer.

Nous ne pouvons rien contre le fatum, contre le destin qui fait chavirer les navires et trébucher les sportifs de haut niveau, aussi aguerris soient-ils. Mais nous, tous ensemble, nous, les frères et sœurs humains, nous devrions écouter l’espérance et commencer à nous relever, à sortir de nos tombeaux, et à partager nos espaces.

« Il est miraculeux qu’il reste la lumière. » Claude Vigée