Bouquet final…À Jean Jaurès et à Rosa Luxemburg…

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Bouquet final

 

Le muguet au bois fou ce matin carillonne,

Ses clochettes enivrées qui bourdonnent et fredonnent,

Comme autant de rappels de nos luttes passées,

Fratricides et victoire contre l’ordre emmuré.

 

Les voilà qui défilent, ceux qui croient au lilas,

Klaxons gais et paroles en immense fracas,

Et l’on entend Jaurès marteler que les Grands

Ne devront plus jamais exploiter les perdants.

 

La sais-tu la beauté de ce Temps des cerises,

Lorsque de ville en ville barricades effrontées

Se levaient pour crier libertés insoumises ?

 

Garde au cœur la beauté de la rose au sang noir,

Qui au soir fraternel de la paix retrouvée

Fleurira sur les tombes de tous nos fols espoirs.

http://www.oasisdesartistes.com/modules/newbbex/viewtopic.php?topic_id=98872&post_id=944871&order=0&viewmode=flat&pid=0&forum=2#forumpost944871

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L’autre côté de moi

L’autre côté de moi

 

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Je n’ai aucune réelle légitimité pour évoquer le 19 mars 2012 et les autres meurtres commis par Mohamed Merah.

Je ne suis pas juive, je ne suis pas militaire, je n’ai pas été touchée par l’antisémitisme. Ou, en fait, si, mais à contrario : parce que je suis, par ma mère, d’origine allemande. Parce que je sais que si mes grands-parents n’ont pas eu la carte du parti, mon grand-père était cependant soldat de la Wehrmacht ; il a fait le Front de l’Est, est resté des mois prisonnier.

C’est lui qui, un jour, m’a mis le roman « Exodus » entre les mains, sans un mot. J’avais 13 ans, je lisais à peine l’allemand, et pourtant j’ai lu, et compris. La même année, j’avais lu le Journal d’Anne, et, là aussi, ouvert les yeux. Mon pays adoré, ma deuxième patrie, mon Allemagne des contes de Grimm, des longues promenades le long du Rhin, de mes grands-parents chéris, avait donc aussi été le pays de l’Indicible.

L’autre côté de moi

L’autre côté de moi sur la rive rhénane. Mes étés ont aussi des couleurs de houblon.

Immensité d’un ciel changeant, exotique rhubarbe. Mon Allemagne, le Brunnen du grand parc, pain noir du bonheur.

Plus tard, les charniers.

Il me tend « Exodus » et mille étoiles jaunes. L’homme de ma vie fait de moi la diseuse.

Lettres du front de l’est de mon grand-père, et l’odeur de gazon coupé.

Mon Allemagne, entre chevreuils et cendres.

 Bien sûr, les Allemands ont souffert : ma mère encore ne peut entendre un avion sans frémir, et je sais que la blondinette de 4 ans a eu peur, faim, froid.

Mais quelque part, je suis la seule de ma famille à, en quelque sorte, « porter la Shoah ». La Shoah par balles de mon grand-père, que personne n’a jamais encore osé évoquer avec moi. Et surtout la Shoah tout court.

Alors depuis mon adolescence, je cherche, je regarde, je réfléchis…Ces amis chez lesquels j’avais été jeune fille au pair, qui, chaque année, partaient dans un kibboutz pour « racheter la Faute », m’avaient donné des livres sur le judaïsme…Et puis un jour j’ai trébuché sur Rose Ausländer, « ma » poétesse juive de la Shoah, et, bien tard, à 44 ans, je lui ai consacré un mémoire de DEA…J’ai même, un temps, flirté avec une idée de conversion…

Les miens se moquaient de moi : « Mais qu’est-ce-que tu as encore, avec tes juifs ? » Pourtant, oui, il y a cette étrange proximité, et puis mes larmes d’enfants lorsque j’entendais du Chopin ou des valses tziganes, et puis mon profond dégoût à mélanger par exemple du fromage et du poisson…

Mais au-delà de l’anecdote, je me suis juré de témoigner. De dire, toujours. Ainsi je parle de la Shoah lors de mes cours, bien entendu, lorsque je fais mon métier de prof…d’allemand. Même quand on m’envoie en terre d’Islam, dans les Quartiers où les élèves ricanent au seul nom de « juif », dans ces classes où, une année, j’ai été obligée de faire noter dans le carnet de correspondance :

« Je ne prononcerai plus le nom du Führer en cours sans y avoir été invité », tant les élèves adoraient parler d’Hitler et du gazage des juifs…

Alors en ce beau matin de mars 2012, quand un élève, dans mon lycée de campagne, a reçu un sms de son père policier à l’interclasse, un sms qui lui parlait du massacre à l’école juive de Toulouse, j’ai immédiatement écrit, à la récréation, une phrase sur le tableau d’affichage devant la salle des profs; au feutre, j’ai noté simplement :

« Premier attentat antisémite en France depuis la rue des Rosiers. »

Et j’ai dessiné une petite étoile juive.

Puis je suis retournée en salle des profs. Moi, je tremblais. Entre temps, j’avais allumé l’ordinateur. J’avais lu les dépêches, les récits des faits.

J’avais lu qu’un homme fou avait abattu de sang-froid un père et ses deux enfants, dont j’apprendrais plus tard qu’il s’agissait du jeune Jonathan Sandler et de ses petits Gabriel, 4 ans, et Arieh, 5 ans, devant l’école Ozar Hatorah de ma ville rose, à quelques kilomètres de la bourgade où j’enseignais. J’avais lu que cet homme ensuite avait pénétré dans l’enceinte de l’école et blessé d’autres personnes, et surtout qu’il avait tiré une balle dans la tête de la petite fille qu’il tenait par les cheveux. Plus tard, on me dira qu’elle s’appelait Myriam Monsonegro, qu’elle avait 7 ans et était la fille du directeur de l’école : ce dernier avait vu mourir sa fille.

En ce matin du 19 mars 2012, vers 10 h, je tremblais. Parce que déjà j’avais lu certains détails, et parce qu’il me semblait intolérable qu’un tel attentat se produise, en France, si longtemps après la Shoah. Après la Shoah.

Dans la salle des profs qui bruissait et papotait, les conversations, certes, s’étaient quelques minutes orientées vers la nouvelle de l’attentat, mais, bien vite, le quotidien avait repris le dessus ; on parlait des devoirs surveillés, du bac blanc, de telle classe à problèmes…Je me souviens du rire presque hystérique de cette collègue, qui déchirait l’espace et me vrillait indécemment ce décalage dans les oreilles.

En passant pour remonter en cours, un collègue, posté devant le tableau blanc portant mon inscription, m’interpella :

–         C’est toi qui as écrit ça ? Mais c’est n’importe quoi ! Comment affirmes-tu qu’il s’agit d’un attentat antisémite ? Tu te bases sur quoi ?

Interloquée, je le regardai, sans comprendre. Je lui répétai alors ce que j’avais lu et entendu, je lui parlais du nom de ce lycée juif, et de la balle tirée à bout portant dans la tête de Myriam.

Il souriait, ricanait presque. Il me répéta que cette action pouvait aussi être celle d’un déséquilibré, ce ne serait pas la première fois. Il monta en cours, presque guilleret. J’avais envie de vomir.

Mon inscription a disparu très vite. Quelques jours plus tard, « on » m’a convoquée, « on » m’a expliqué que mes activités d’écriture avaient déjà été « repérées » par « les autorités », et puis la loi sur la laïcité, et qu’est-ce-que c’était que ce dessin d’étoile juive, mais je me croyais où ? Entre temps, j’avais en effet écrit sur le Huffington Post ma « Lettre à Myriam », qui avait fait le tour du monde, qui avait été reprise sur d’autres blogs, mais…le fait que j’y évoque mon métier, et l’autre établissement où j’enseignais cette année-là, avait dérangé…

http://www.huffingtonpost.fr/sabine-aussenac/myriam_1_b_1371928.html?just_reloaded=1

« On » me parla du « devoir de réserve », qui, j’ai vérifié, n’existe pas pour les enseignants. Et puis durant quelques jours, alors même que Toulouse pleurait, organisait des Marches Blanches, alors même que la terre d’Israël accueillait les victimes, alors même que Éva Sandler, la veuve et maman des petites victimes, impressionnait la terre entière par sa dignité, alors même qu’une autre maman extrêmement courageuse commençait son combat pour la mémoire de son fils assassiné, son combat pour la paix et la fraternité qui lui a valu encore récemment de recevoir un prix à Toulouse, lors du repas du CRIF, car je n’oublie pas ici la mémoire des soldats tués à Montauban et Toulouse, Abel Chennouf, Mohamed Negouad et Imad Ibn Ziaten, moi, je tremblais à nouveau, mais de peur :

Car « on » m’avait parlé de représailles administratives, « on » m’avait mise en garde, « on » m’avait expliqué que certaines choses n’étaient pas bonnes à dire, que je devais tenir ma langue, mon rang, au lieu de tenir tête…

Je me souviens de mes mails à des amis en Israël, de quelques contacts avec des avocats…

C’est si loin…C’est si dérisoire, aussi. J’ai presque honte de m’être inquiétée, quand les parents des victimes pleuraient encore leurs morts, quand les balles des forces de l’ordre eurent raison de la Bête.

Je pensais que la France serait forte. Je pensais sincèrement que cet acte odieux serait le dernier, que jamais, plus jamais de telles abjections se produiraient.

Mais j’étais naïve. Car depuis, dans cette même ville rose, il y a quelques semaines, des quolibets et des insultes ont empêché la délégation juive de manifester après que des tags antisémites aient souillé notre brique rose. Car depuis, dans tout l’hexagone, un prétendu humoriste à la solde de l’Iran et des néonazis a libéré la parole en reprenant le salut hitlérien sous la forme de cette ridicule quenelle.

Je ne suis pas juive. Je ne suis pas militaire.

Je n’ai pas été victime de Mohamed Merah.

À Toulouse, le printemps est là, les forsythias ensoleillent les jardins, nous guettons presque les onyx des hirondelles qui bientôt reviendront. J’entends quelque part les voix de ceux qui me soufflent « Mais qu’est-ce-que tu fais encore avec tes histoires de juifs ? Reste tranquille, fais ton travail, c’est tout…Qui es-tu, pour prétendre t’exprimer sur ces sujets-là ? »

Rien. Je ne suis rien, je ne suis personne.

Simplement une prof d’allemand en deuil de la démocratie.

Damit kein Licht uns liebe

Sie kamen

mit scharfen Fahnen und Pistolen

schossen alle Sterne und den Mond ab

damit kein Licht uns bliebe

damit kein Licht uns liebe

 

Da begruben wir die Sonne

Es war eine unendliche Sonnenfinsternis

Pour qu’aucune lumière ne nous aime

Ils sont venus

portant drapeaux acérés et pistolets

ont abattu toutes les étoiles et la lune

pour qu’aucune lumière ne nous reste

pour qu’aucune lumière ne nous aime

 

Alors nous avons enterré le soleil

Ce fut une éclipse sans fin

 

(in Blinder Sommer / Été aveugle)

Rose Ausländer

http://www.sabineaussenac.com/cv/portfolios/document_rose-auslander-une-poetesse-juive-en-sursis-d-esperance

 

 

 

The piano

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Dédié aux révolutionnaires d’Ukraine…Dedicated to the free Ukraine!

(Ludovico Einaudi, joué devant les manifestants!)

https://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=GGaQ5BDNouM

The piano

http://www.youtube.com/watch?v=2X5EQZHCiIk

Plage, ressac, galets.

Il est posé, roche d’onyx.

 

Fragile esquif, Napoléon à Sainte-Hélène.

Les eaux montantes lui lèchent presque l’antre.

Oiseau de feu, il va se faire ode à la joie.

Nocturne, un prélude tressaille

Et la foule, béance en extase, se tait.

 

La mer se retire sur la pointe des vagues,

Les notes nagent en surface, plongent telles dauphins

Tirant enfants autistes, et l’enfant comprend, l’enfant écoute, l’enfant sourit.

 

Tel coquillage à l’oreille, le piano

Souffle chofar sons de désert et apothéoses.

La mer s’ouvre, passage et buisson ardent,

Bach allume les étoiles du ciel méditerran.

 

Au festival inachevé, des âmes passent.

Piano inopportun, sable concertiste.

Sous les portées la plage.

**

Liberté, je joue ton nom

L’air d’été bruissait de lumière. Des notes cristallines s’élevaient depuis le vantail de la petite chapelle de pierres blanches humblement dressée au milieu de ce pré tourangeau. Les Variations Goldberg de Bach semblaient se fondre au ciel d’azur et aux parfums estivaux. Les spectateurs, bien trop nombreux pour la modeste nef, couchés dans l’herbe, fermaient les yeux, bercés par la musique des anges.

Dans la douce pénombre, accueillie et protégée par les solides murs de pierre, la jeune pianiste jouait, les yeux fermés, cette partition qui l’avait à la fois hantée et soutenue de si longues années. Les images d’un autre temps se bousculaient dans sa tête. C’était la première fois qu’un public, à nouveau, l’entendait jouer. Elle devait se souvenir, une dernière fois, pour ne jamais oublier ceux qui n’étaient pas revenus. Elle jouait pour eux, et aussi pour l’insouciante petite fille qu’elle avait été, dont les yeux graves et le cœur pur avait rencontré, dans son pays du soleil levant, cette musique baroque qui s’était faite arc-en-ciel, alliance entre l’occident et l’orient, pont culturel, avant d’être brisée par les diktats insensés du Grand Timonier…

Des heures. Des jours. Des nuits. Des siècles. Au début de sa détention dans les geôles politiques chinoises, Zhu Xia Mei était arrivée à conserver une notion du temps, grâce au rapide de  Shanghai qu’elle entendait siffler chaque soir, mais depuis son transfert dans ce qu’elle supposait être les confins de la Mongolie, elle avait perdu même ce dernier repère. Elle gisait, ce matin là, au milieu d’une mare de sang. Elle était à présent bien loin du pays de l’ici bas. Sa sœur de cœur avait été tuée là, sous ses yeux, dans une infinie cruauté, et Mei entendait encore les affres de ses hurlements et les suppliques adressées à leurs tortionnaires. Elle n’avait plus qu’une envie : partir, mourir, elle aussi, fuir cette épouvante sans nom, les coups, les humiliations, cette déshumanisation qui avait fait d’elle, la jeune pianiste de renom, la belle jeune fille cultivée et lettrée, l’insouciante amoureuse des vents et des rêves, une bête apeurée, terrifiée, un squelette sans nom ni visage, qui, dans ses rares moments de lucidité, elle le savait, ressemblait à ces poètes juifs assassinés, à ces êtres englués dans la nuit et le brouillard, dont son professeur d’histoire française lui avait si bien expliqué l’atroce destin. Eluard lui revint soudain en mémoire.

« L’idée qu’il existait encore

Lui brûlait le sang aux poignets »

C’est ce que dit le condamné à mort dans « Avis »

Et Mei se récita intérieurement ce poème, les yeux mi clos. Elle se souvint du vers suivant,

«C’est tout au fond de cette horreur

Qu’il a commencé à sourire… »

Mei n’était plus dans sa geôle sordide. Elle n’entendait plus les chaînes des forçats, les gémissements des accouchées à qui l’on avait arraché leurs nouveaux nés, les rires gras et les insultes des gardiens si fiers de leurs humiliations. Mei était à nouveau cette petite écolière aux nattes sages, si pleine d’espérances et d’envies, qui ne vivait que pour la musique et la poésie. Mei était à nouveau cette adolescente passionnée de baroque et de littérature française, la plus brillante de sa promotion, toute entière bercée par la beauté du monde. A quatorze ans, elle avait fait la connaissance de Johann Gottlieb Goldberg, ce jeune prodige du clavecin qui avait enchanté le grand Kantor de Leipzig en jouant ses divines arias. Mei et Gottlieb avaient le même âge, et les quelques siècles qui les séparaient n’avaient guère d’importance. Leurs deux prénoms signifiaient « bénis des Dieux », et la jeune pianiste faisait l’admiration de publics immenses en interprétant ces Variations Goldberg qui, pour un soir, reliaient la Grande Muraille au Rhin. On l’avait surnommée la « Lorelei chinoise », elle, la petite nixe du Yang Tsé, et c’est justement cette sublime alchimie entre l’âme et la culture qui avait provoqué la hargne des dirigeants à son encontre.

Elle se redresse, relève la tête, et, elle aussi, du fond de son horreur, commence à sourire. Non, elle ne mourrait pas. Elle sortirait de ce camp, de cette pénombre pestilentielle, elle témoignerait de ces abjections. Et, surtout, elle jouerait à nouveau. Il lui semble entendre toutes ces voix chères qui s’étaient tues depuis longtemps, comme dans un rêve familier. Sa maman qui lui chantait des comptines au-dessus de son berceau de jonc tressé ; les psalmodies des bonzes qui murmuraient d’apaisantes litanies dans la douceur des encens ; son vieux professeur de piano, Monsieur Tran, dont la rigueur lui avait ouvert les libertés infinies de la création.

Elle n’est plus dans ce camp de Mongolie, elle n’est plus prisonnière de la folie des hommes. En un instant, elle abroge elle-même sa peine, elle brise ses chaînes et s’évade. Elle décide d’un soleil resplendissant et d’étoiles multicolores, elle se fait démiurge, et rejoint son camarade à quatre mains, bien loin des folies communautaires et des chasses aux sorcières contre l’esprit. Zhu Xia Mei décide de vivre, et, surtout, de jouer de la musique, et, ce faisant, de parcourir le monde comme si elle en était particule élémentaire et non plus privée.

Elle joue. Des heures. Des jours. Des nuits. Des siècles. Sonates, arias, concertos, cantates, elle se fait femme-orchestre, symphonie d’un nouveau monde, libérant les notes de leur gangue de mort, explorant l’infini. Ses doigts martèlent la terre nue de son cachot, la pierre rêche des murs, l’argile sèche des briques qu’elle devait transporter. La nixe du Yang Tsé façonne les notes de sa poigne de fée, indifférente aux aboiements des gardiens, aux privations, aux abjections.

Et ce sont les Variations Goldberg qui l’aident à survivre, à relever l’âme, à garder le cœur haut et l’espérance folle. Lorsqu’elle joue les douces arias du vieux Jean Sébastien, elle n’est plus au fond de son enfer, mais elle vogue au-delà du Rhin, au-dessus des sombres forêts de sapins de Thuringe. Du pays des musiciens et des philosophes, qui avait engendré l’horreur, elle ne garde que la beauté, elle devient gardienne de l’âme allemande, doublement rebelle face à tous les fascismes de l’humanité, elle devient ambassadrice d’une paix qui ne peut qu’aboutir. Elle parcourt  toujours et encore les méandres de sa mémoire, révélant chaque variation à son souvenir, aiguisant les silences, fuselant les béances. Du néant surgit un être de lumière. Zhu xia Mei, petit papillon aveugle, se cogne à toutes les vitres de son ciel plombé, mais résiste, et répète, inlassablement, cette musique muette. Ces Variations qui n’étaient, au départ, que douce récréation pour un musicien presque fatigué, elle en fait une re-création, une genèse, elle en renaît, intacte, purifiée, libérée.

**

Les dernières notes s’estompaient dans l’azur tourangeau, tournoyant dans le ciel comme des hirondelles ivres de printemps. Le public, fasciné, se relevait, étourdi, ébloui d’infini. La jeune femme apparut dans le vantail de la chapelle, telle une jeune mariée, portée par l’amour et le rêve, par son amour pour la musique et par cette foi inéluctable dans la beauté du monde. Elle salua son public et s’inclina cérémonieusement devant lui, avant de laisser éclater son bonheur simple. « Que ma joie demeure… », écrivait Jean Sébastien.

 

Sabine Aussenac

 

 

Ich liebe Dich

Ich liebe Dich

Lu par Volker Carl Jacoby:

http://www.youtube.com/watch?v=1J121H-TSnk&feature=share

Ich sage es in der dünnen Luft des Morgens

Ich sage es vor dem verwaschenen Regenbogen

Ich sage es vor dem verkalkten Glück

Ich sage es in der sternenstillen Nacht

Ich sage es, auch, wenn niemand mir zuhört

Ich sage es dem Fremden, der so einsam am Lebensgitter zittert

Ich sage es meinen Kindern, jeden Morgen beim Sonnengruss

Ich sage es meinen Freunden, den urigen, den neuen, den ewigen

Ich sage es der Sonnenblume und der Tanne, der Turteltaube und den Sorgen

Ich erwarte nicht, dass der Wind es mir als Echo zurückbringt

Ich sage es wie eine Chiffre

Ich sage es wie ein Geschenk

Ich sage es wie eine Gnade

Ich sage es, auch, wenn man mich lächerlich und skurril findet

Ich sage es wie ein Frühling gegen den ewigen Winter der Welt

Ich sage es wie eine Sonne

Ich sage es wie eine Wonne

Ich sage es, weil es für mich ein Alpha und Omega des Überlebens bedeutet:

Ich liebe Dich.

**********

Je le dis dans l’air fragile des aubes

Je le dis à l’arc-en-ciel décoloré

Je le dis devant le bonheur calcifié

Je le dis dans la nuit aux étoiles muettes

Je le dis aux silences

Je le dis à l’inconnu qui tremble au portail rouillé de sa vie

Je le dis à mes enfants chaque matin en faisant ma salutation au soleil

Je le dis à mes amis, les intimes, les nouveaux, les éternels

Je le dis au tournesol et au sapin, à la tourterelle et aux ennuis

Je n’attends pas que le vent m’en rapporte l’écho

Je le dis comme un chiffre

Je le dis comme un cadeau

Je le dis comme une grâce

Je le dis même si l’on me trouve ridicule

Je le dis comme un printemps contre l’éternel hiver des mondes

Je le dis comme un soleil

Je le dis comme une merveille

Je le dis comme l’alpha et l’Omega de ma survie:

Je t’aime.

**********

میگویم: در نازک هوای شفاف صبح گاهی

میگویم: به رنگین کمان شسته شده از رنگ

میگویم: به شادکامی از دست رفته

میگویم: در سکوت ستاره ای شبانگاهی

میگویم: حتا اگر کسی نخواهد گوش کند

میگویم: به غریبی که پشت میله های زندان زندگی میلرزد

میگویم: به فرزندانم، هر بامداد، با سلام روشن خورشید

میگویم: به دوستانم، دوستان دیروزیم، امروزیم، ابدیم

میگویم: به گلهای آفتاب گردان، به درختان صنوبر

میگویم: به قمری های غمگین، به تپشهای مضطرب قلبم

میگویم: بی آنکه از باد انتظار پژواکی داشته باشم

میگویم: همچون کلامی رمزآلود

میگویم: همچون سوغاتی از راه دور

میگویم: همچون رحمتی نابهنگام

میگویم: حتا اگر به من بخندند، مسخره ام کنند

میگویم: همچون بهاری که به مصاف زمستان جاوید زمین میرود

میگویم: همچون خورشیدی که میدرخشد

میگویم: همچون لذتی جان بخش

میگویم: چون این کلام الفبای زندگی من است، دلیل زنده ماندنم:

دوستت دارم.

Traduit par Hossein Mansouri

Sabine Aussenac

 

 

 

Et j’ai honte quand la France perd la tête…

http://medias.lepost.fr/ill/2011/03/28/h-20-2448926-1301339884.jpg

 Un ancien texte, écrit alors que je vivais encore en Gascogne et que des insultes diverses-déjà- pleuvaient sur le net…

-au vu de certaines réactions au sujet de mon texte « Jehanne », m’accusant tantôt d’être au PS, tantôt au PCF, alors qu’ailleurs on me traite de frontiste, je reposte ce petit texte paru il y a quelque temps en voyant une affiche où » Not’Président » était comparé à Adolf…-

http://archives-lepost.huffingtonpost.fr/article/2011/03/23/2443233_elle-s-appelait-jehanne.html


***

Franchement, je ne sais plus.

A sept ans, j’ai raté 68.
Pire, je n’en garde aucun souvenir, planquée que j’étais dans une douce école de la République du Tarn.

A quinze ans, découvrant Kerouac, Rimbaud et James Dean, j’ai décidé que je serais à gauche-surtout parce que j’en avais marre de coller les affiches et les enveloppes que mon conseiller général RPR de père m’obligeait à assimiler de façon subliminale…


http://www.oasisdesartistes.com/modules/newbbex/viewtopic.php?topic_id=69484&forum=2


A dix-neuf ans, par ennui et par dépit, j’ai épousé un cheminot cégétiste: nous nous crépions le chignon, je défendais déjà la non-violence et Gandhi, me rêvais post beatnik, lui criait  » union-action, avec la CGT! ».
Pêle-mêle, j’ai ensuite milité à la LCR et chez Arlette, allant jusqu’à prendre, un soir de folie, ma carte au PCF, le lendemain du premier gros score de JMLP. J’en avais, du mérite, à l’époque: je peux vous dire que les dirigeants de ces groupuscules étaient moins glamour que nos actuels facteurs…Oui, les réunions étaient poussiéreuses et mortifères…

http://www.oasisdesartistes.com/modules/newbbex/viewtopic.php?topic_id=55162&forum=2


J’ai aussi fait partie de la première liste « verte » des Municipales de Toulouse. Face au clan Baudis, à l’époque enfieffé dans la ville rose, nous ne fîmes pas le poids. Je me souviens avoir remboursé la campagne, sous les quolibets de mon ex-mari et de ses camarades cégétistes…

A la fac du Mirail, le monde s’est arrêté en 75. Aujourd’hui encore, ce sont les mêmes barbus un peu crassoux qui m’arrêtent, quand par hasard je tente de repasser une agrégation, et qui me demandent: « Tu connais l’UNEF? »

Et puis la petite étudiante à lunettes devint prof.
Des années d’affiches du SNES plus tard, épuisée par le militantisme de pacotille et les revendications franchouillardes et frileuses de mes collègues, de tous ces enseignants vivotant dans un hors-monde de privilèges et d’inaction, je glissais imperceptiblement à droite.

Un jour, je votai Chirac. Pire, je suis allée l’applaudir, dans une salle des fêtes aux allures de stade de France, au coeur de l’Auvergne-j’avoue que VGE m’avait toujours laissée indifférente-, et les frissons ressentis à l’écoute de la Marseillaise -je concède aussi être allée m’assoir au rang des VIP, avec mon sésame « Sabine Aussenac, fille de conseiller général… »-m’ont convaincue: j’étais à droite.

Pas la droite des pourris, pas la droite des compromissions FN, non, la belle droite, celle des intelligences, des réflexions. Bien sûr, toute une partie de moi continuait à chanter l’Internationale et à vouer un culte à Rosa Luxemburg-déjà à la fac, on me nommait « die rote Rosa », mais j’avais grandi. Un proverbe ne dit-il pas qu’on est fou si l’on n’est pas de gauche à vingt ans, mais fou encore si on le reste à trente?

En gros, je crois que je symbolisais le parfait cliché: le coeur à gauche, et la raison à droite.

Bien sûr que j’ai voté Sarko. N’en déplaise à tous mes amis, bien évidemment de gauche. Mon Président, je le trouvais intelligent, brillant et offensif. J’aimais son idée de rassembler les forces vives, de débaucher des éléphants. Ma fracture politique intérieure battait l’amble du rassemblement de la Nation.( Et puis Ségo, la Dame Blanche,excusez-moi, mais je la trouvais tarte.) Enfin, un vrai problème personnel, dont je me relève à peine, n’a pu être réglé que par divers appuis, écoutes, conseils, et je demeure persuadée qu’ ELLE y est pour beaucoup. Parce que je n’ai pas honte de dire que quelqu’un a dit à quelqu’un d’autre de m’écouter…

Bon. Bien sûr, du fin fond de ma belle province, avec mon âge canonique, même si je pensais un jour pouvoir prendre la relève de Guaino et écrire les discours à la place du scribe du Calife, j’ai déchanté. La permanence de l’UMP locale ressemble à un squat, tant elle est vétuste. Mon militantisme UMP s’est contenté d’une galette des rois toulousaine où la moyenne d’âge frisait les soixante-dix ans. Et puis j’ai trouvé que not’ Président faisait pas mal de bêtises. Voire même que j’allais peut-être repasser à gauche.

Parce que somme toute, la déception n’est pas réservée à cette dernière, et, s’il existe des déçus du socialisme, pourquoi ne pourrais-je pas me revendiquer comme une déçue de la droite? Entre les expulsions arbitraires et les suppressions de postes, entre les fermetures de maternités et les dérapages de nos ministres, entre les compromissions et les bavures, flûte, je ne sais plus sur quel bulletin danser.

Et puis je me disais que maintenant que mes soucis de vie sont enfin réglés, je pourrais me lancer enfin en politique, militer en my little town, faire bouger les Gersois en dehors du nomansland culturel et du triangle des Bermudes Rugby-Tariquet-Cirque (ne me demandez pas pourquoi, mais la principale activité de ma ville est axée autour du CIRQUE…) Hélas, je suppose que je suis grillée; monsieur le Maire n’a JAMAIS répondu à mes demandes de rendez-vous, alors que franchement, que ce soit au niveau des investissements culturels ou économiques, voire même architecturaux, j’aurais des idées pour extirper Auch de l’immobilisme-oui, ma Gascogne s’est arrêtée à Henri IV. Mais bon. Monsieur le Maire ne sait pas, par exemple, que j’ai eu un échange de mails persos avec le big boss de super U, Serge Papin, que j’ai contacté un jour de rage, voyant que le centre ville ne comportait plus aucun commerce de proximité. Mais bon.

Il faudrait donc pour prétendre à une place au soleil politique local prendre une carte au PS…

Hors, là, voyez-vous, je ne sais pas si je pourrai-s: car il est HORS DE QUESTION que je me mette à militer dans un parti qui ose, rassuré par nos libertés démocratiques, comparer notre Président à Hitler. Et c’est bien ce qui se passe sur cette récente affiche ayant fait scandale à l’UMP…

Souvent, déjà, j’ai arraché des tracts de nos salles des profs. J’ai osé, entre deux récrés, quand personne ne regardait, enlever des papiers outranciers, des bavures démocratiques, qui encombraient nos tableaux d’expression de toutes sortes d’insultes envers nos gouvernants. Eussé-je été encore « de gauche », j’aurais fait la même chose: je ne supporte pas les outrages à dirigeants. Je trouve que lorsque l’on a la chance de vivre en démocratie, on doit laisser la part belle à l’alternance et au respect. Nos jeunes ne sont pas obligés de courir sous des tirs à balles réelles ou sous des bombardements pour changer de gouvernement, que je sache…

Et puis je suis d’origine allemande, et j’ai travaillé sur la poésie de la Shoah.

Alors j’ose dire publiquement, quitte à me griller définitivement sur la carte politique, que cette affiche des Jeunes Socialistes est une insulte gravissime à l’ordre public, à Monsieur le Président de la République et aux millions de morts et victimes de la barbarie nazie.

La Shoah et le nazisme ne sont pas des non événements.Ce n’est pas la première fois que je lis ou vois de tels amalgames, et, lors des présidentielles de 2007, nombre de mes collègues, justement, osaient de tels parallèles.

J’en ai la nausée. Non, Nicolas Sarkozy n’est PAS Adolf Hitler.

Quelles que soient nos idées politiques, ayons la décence de les exprimer dans la dignité, dans le respect de l’Histoire et de notre nation. J’ai honte pour ces jeunes, qui ont oublié le sens de l’Histoire. J’ai honte pour les publicitaires, qui ont laissé ces vomissures s’afficher.

Et j’ai honte quand la France perd la tête, et ne sait plus ce que signifie le mot RESPECT.

Sabine Aussenac, en recherche de parti.

Last minute :

Texte plus que jamais d’actualité, même si, voir :

 http://www.huffingtonpost.fr/sabine-aussenac/le-jour-ou-jai-vote-pour-_b_1422271.html

…j’avais fini par voter Bayrou !!

Par contre, Dieudonné, lui, me fait, mais alors FURIEUSEMENT, penser aux années trente, aux réunions miteuses d’un parti naissant, aux discours paranoïdes d’un fou, et aux suites…

J’en profite pour louer le civisme et le courage de ceux qui ont appelé au boycott de ce fou, et aux politiques qui, d’ores et déjà, ont agi.

Et pour dire ma conviction, une fois de plus, que c’est ensemble, et non pas séparément, que nous lutterons pour un monde meilleur.

 

My America is like a poemwhisperer

 

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http://www.huffingtonpost.fr/sabine-aussenac/scarlett-for-ever_b_2072059.html

My America is like a poemwhisperer

 My America is like a rising sun

 Twin Towers tempest and Walden woods

 Desert gospels and Harlem as a temple

 Oh give me the time of grace

 Even frozen hearts can touch this marigold summer of love

 

My America is like a bright harvest

 Gone with the dubious wind

 Suzanne is singing sadly

 And Johnny Cash feels hurt

 But sandpipers are waiting for the mermaid of their dreams

 

My America is like a poemwhisperer

 Tender is her night

 Captain oh my Captain can you feel this dusty wonderland

 Vermont greens and Texas spleen

 Over the rainbow she’s a dancing queen

 

My America is like a gentle hurricane

 Slate grey children play lonesome and lost

 Scarlett is crying rivers

 But bluebell hope will never die

 Can you smell the colors of our spicy apple pie

 

My America is like a blowing prayer

 Chestnut drums and sunflowers fields

 Many helpless rivers to cross

 A thing of beauty is a joy forever

 Poets and words swim in strawberry winds

 

My America is like a milky honeymoon

 Cherry blossoms whistles

 Cristal cities flying forests

 Moonwalks in purple rains

 Sound of silence or smiling Babylons

 

My America is like a genesis

 Ocean’s stars crossing hearts

 From the Golden Gate to Big Apple

 Sitting Bull sharing peace pipe with Marilyn

 Windmills in the secret of thousand golden roses.

 

Sabine Aussenac

Et découvrez la superbe musique de mon ami Silvanus Slaughter, talentueux jazzman:

http://www.youtube.com/watch?v=yqBbxdn1sTA

***

http://www.best-poems.net/editors/1293

Born from a german mother and from a french father between Rhine and Garonne, Sabine Aussenac is a child of Europe. She grew up between mediterranean lights and dark pine forests, Verlaine and Heine, Hugo and Celan.
German teacher, she was a graduate of the poetry of the Holocaust and has also written many poems, essays and short stories. Her first novel, British Kiss, is currently in peer review. Mom of three kids, she lives in Gasconny.

***

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il me faudrait mille ans…Nos bonnes résolutions!!

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 Il me faudrait mille ans 

 

Il me faudrait mille ans.

 

Pour rester une enfant et devenir adulte, pour vivre intensément et être catapulte, pour savoir la douceur d’un couchant apaisé, découvrir la Toscane ou avoir mes bébés.

Comment faire le tour de cette vie immense, comment trouver le temps des danses et décadences, être mère et amante, lire Dante, prendre tous ces trains et les avions qui chantent ? Frissonner  au matin lorsque le jour poudroie, marcher en toute neige et ne pas avoir froid, savoir faire du feu et les tartes aux groseilles, comprendre le chinois et le vol des abeilles ; jouer du clavecin, et puis du violon en un bal en Irlande, découvrir les sonates et rester la rockeuse de diamants, hésiter entre arpèges et soirées de défonce. Comment apprivoiser cet infini qui gronde, ce tsunami du temps, cette mort par seconde ?

Il me faudrait mille ans.

Pour lire tous les livres, parler les langues anciennes, me faire ballerine et me mettre en cuisine, pour aller au Pérou ou aux confins des mondes, pour aimer tous ces hommes au regard d’amadou, ou bien un seul amour que je rendrais si fou. Je ne veux renoncer à l’appétit intense, je suis celle qui dit et qui vibre et qui danse, je me veux courtisane et amie et infante, je ne veux pas choisir.

Quand je ferme les yeux parfois je revois ces rayons de lumière où dansaient si graciles les infinies poussières. Je me sens particule élémentaire, de ma propre existence à peine locataire. « Si Dieu me prête vie » me disait ma grand-mère…Si Dieu me prête vie je n’aurais pas assez de ce temps dévolu pour aimer assez bien tous mes frères ici-bas, et l’indienne en sari et le clochard d’en bas, pour adopter chinoise jetée aux détritus, pour élever mes enfants au regard ingénu, pour aider mes amis en chaque coin de rue. Comment trouver la route ? Eviter nos déroutes ? Est-ce que j’aime Brahms ? Pourquoi dois-je choisir entre Bach et Johnny, pourquoi ne puis-je être Janis et Dame de Fer, mettre un jour un tailleur le lendemain pattes d’eph ? Pourquoi choisir la route et grandes découvertes plutôt que coin du feu et cultiver ma vigne ? Quand aurai-je le choix ? Je me voudrais sereine et vraiment accomplie, je ne suis que vilaine aux sabots d’infinis, jamais en paix des braves, toujours dans la bravade et l’éternel regret…

Il me faudrait mille ans.

Pour donner naissance et allaiter bébés, pour écrire mes livres et ne pas renoncer. Découvrir Mexico et tous les Béguinages, adorer les Buddhas et prier en couvent, et puis manifester et taguer le réel, m’engager me mouiller me retrousser les manches, aider les sans papiers scier les vieilles branches, goûter tous mes fantasmes, oser en rire enfin, et revoir tous les films et relire tout Proust. Parcourir la Bretagne aller à Compostelle, construire ce chalet et restaurer la grange, planter les ipomées élaguer ce vieux chêne apprendre à faire la sauce et rester mince toujours. Pour aller en Floride et aussi à Big Sur, écouter l’opéra mais danser sur les Stones, pour ne pas oublier la jeune fille en fleur qui jamais ne voulait perdre sa vie à la gagner, pour l’enfant que j’étais si tendre et si fragile, pour la femme accomplie qui choisit ses amants, pour l’aïeule à venir qui fera confitures, ou plutôt comme Maude saura parfum de neige…

La liberté d’une île. Le désert des tartares. Les grandes pyramides. Les lagons les Grands Lacs le Mont Blanc et les chutes, ma vie me bouscule comme en Niagara, et je roule aveuglée par mes rêves en défaite ne pouvant renoncer à ce sens de la fête. Mon rêve familier me hante en comète explosive, c’est celui d’une pièce inconnue découverte en mes murs, et je crie et je chante en découvrant heureuse comme une constellation, nouvelle Belletégueuse, et je parcours la pièce en m’y rêvant joyeuse…Au matin de ce rêve récurrent et magique, je me vis en futur et me sais à venir.

Il me faudra mille ans.

Pour enfin parcourir les couleurs de la terre, connaître les musées et les peintres et leurs cieux. Pour oser m’envoler sans parcours ni repère, pour faire les bons choix en agaçant les Dieux, pour ne plus regretter, pour enfin m’apaiser, pour te surprendre un jour quand tu auras grandi et aller à nos noces en robe d’organdi, pour en rire avec toi en nos folies ultimes, pour aller tout de go aux confins des ultimes, pour devenir sérieuse et ne plus m’affoler, pour me faire hirondelle comme on construit l’été. J’apprendrai la patience. J’aurai mille impudences mais serai respectée, on lira mes intenses et je serai aimée. J’aurai droit à la plage sans me sentir coupable, et tous les murs brisés de forteresse ancienne auront capitulé devant un amour vrai. Ce sera mon noël et mon temps des cerises, ma cité de la joie bruissera de cigales, tu m’attendras debout en aimant mes silences et ne m’accuseras pas de te faire une offense.

Il y aura les voyages et le retour au port, et l’odeur des vendanges en éternel retour, et les mots ribambelles et les cœurs paradis : séculaire et légère, elle sera l’heure exquise.

Jusqu’à la dormition des vagues

Jusqu’à la dormition des vagues

Ce poème a d’abord été écrit en allemand. Je vous en livre la lecture par mon ami poète et chansonnier Volker Carl Jacoby:

https://www.youtube.com/watch?v=YKw2Tv7xS7g

Jusqu’à ce que la tempête s’apaise

le chemin sera long.

Jusqu’à la dormition des vagues,

jusqu’au sommeil du vent,

jusqu’à ce que les polychromies du

ciel colorent ma

vie nouvelle,

où l’on danse, béni.

 

Jusqu’à ce que la tempête s’apaise

les forêts seront sombres.

Cent loups voudront me

mordre, je serai la

trébuchante, perdue et

aveugle, et puis soudain la clairière,

si douce,

un cadeau.

 

Jusqu’à ce que la tempête s’apaise,

tapies, la peur, la soif,

dans l’étroitesse des recoins étouffants ;

mes nuits au cachot. Et

au matin : suffoquer. Mais vois :

il danse, le lilas, elles fleurissent, les vagues,

le pantin enfin ne gesticule plus.

Je brille, comme au matin du monde.

 ***

Bis der Sturm sich legt

 

Bis der Sturm sich legt

ist ein langer Weg.

Bis die Wellen ruhen,

bis der Wind sanft schläft,

bis der Himmel bunt

mir die Farben gibt

für ein neues Leben,

wo man tanzt im Segen.

 

Bis der Sturm sich legt

gibt es dunkle Wälder.

Da sind hundert Wölfe,

die mich beißen wild,

da muss ich nur stolpern,

bin verwirrt und blind,

und dann kommt die Lichtung,

ein Geschenk so mild.

 

Bis der Sturm sich legt

lauern Angst und Durst,

n den engen Ecken ohne Luft;

die Kerker meiner Nächte. Und

am Morgen: das Ersticken. Aber sieh:

Flieder tanzt und Wellen blühen,

endlich ruht der Hampelmann.

Ich strahle wie am Weltanfang.

Sabine Aussenac

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je porte en moi souvent mille Juifs qui suffoquent

Je porte en moi souvent mille Juifs qui suffoquent

shoah

Je porte en moi souvent mille Juifs qui suffoquent,

Et tant de matins blancs que déchirent leurs cris.

Tous ces appels glacés, ces visages enfuis,

C’est comme un souvenir dont tant de gens se moquent.

 

Ceux qui me disent allons, la Shoah, c’est fini !

Regarde un peu l’Afrique, et tous les naufragés,

Et puis tous ces enfants qui sont morts en Syrie,

Sans parler de Gaza et de ses sacrifiés…

 

Mais très obstinément, comme un grand vent de plaine,

Je les entends mugir, vociférer leurs haines,

Et je les sens souvent, les barbares affamés,

 

Rôder autour de nous qu’ils voient en proies faciles,

Car oui le Juif c’est nous, c’est toi, c’est le Fragile :

Celui que le Nazi pour toujours veut traquer.

 

 

Sabine Aussenac

Comme un ange éperdu

Comme un ange éperdu

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Comme un ange éperdu, errant en bord de ciel,

Comme un matin frileux aux yeux ensommeillés,

Apatride et fragile, mes rêves tout élimés :

Je voudrais toucher terre mais vis à temps partiel.

On m’a promis un temps des châteaux des saisons,

Mais je l’ai trop jouée cette bonne chanson.

Me voilà sur la route et clocharde céleste,

Iphigénie toujours en attente d’Oreste.

J’ai trop cru aux lilas, les roses me fatiguent :

Ma maison aux esprits ne hante plus ma vie.

J’ai jeté tous mes meubles: seul le mot me ravit.

Si reviens au port où nos ombres naviguent,

Je lèverai mon ancre jusqu’aux confins des temps,

Je serai ta corneille devenue goéland.

Sabine Aussenac