Esther, Bouchra, Hamid : pneuma de l’horreur #migrants #Autriche

Esther, Bouchra, Hamid : pneuma de l’horreur

 

(j’avais écrit la nouvelle » Esther et Bouchra » il y a quelques mois…La suite s’est imposée, en hommage à ces innocents sacrifiés…)

Esther titube, blottie contre sa mère. Sarah la serre contre elle, de ses dernières forcées émaciées par les mois de privations. Les sanglots et la puanteur sont partout, l’enfant, couverte d’abcès purulents et de vermine, tremble de faim.

Pourtant, elle sourit. Elle tient la main de sa mère, dont le visage, comme d’ordinaire, rayonne de bonté. Elle entend la douce berceuse en yiddish que la jeune femme fredonne à chaque appel, lorsque ces heures interminables voient mourir les plus faibles dans la neige noircie par le sang et les détritus qui jonchent le camp. La fillette sait pourtant que la journée sera longue, entre l’appel, la faim, les hurlements éructés et les fumées âcres qui sèment leur message de mort. Mais elle sourit, confiante. Sarah l’aime, ne la quittera pas. Sarah lui donnera le pain et les navets moisis de sa soupe claire, Sarah cherchera toute la journée des croutes de nourriture et des herbes qui calmeront sa faim, Sarah la réchauffera lorsque le vent glacial soufflera sur leur paillasse, en lui racontant des histoires de fées et d’hirondelles.

Bouchra lève un regard confiant vers Zineb. Sa grande sœur lui sourit et lui tend le petit verre ébréché, plein de lait fermenté. Elles sont les dernières à en boire, après que toute la famille ait gouté au divin breuvage, miraculeusement rapporté de Damas par leur oncle, la veille. Cela fait déjà plusieurs semaines que la faim les taraude, et la peur aussi, bien sûr.

Les bombardements ne cessent plus, les ombres noires de la mort et de la désolation hantent les ruelles dévastées de leur petite ville. Bouchra, pourtant, est apaisée, entourée par l’amour des siens. Certes, sa maman est partie il y a déjà plusieurs mois, en ce jour terrible où la maison de leur grand-mère a volé en éclats, mais Zineb, ses tantes et sa grand-mère maternelle la câlinent, la cajolent à tour de bras. Pour lui faire oublier ce drôle de quotidien, l’absence d’école, de normalité. Parfois, avec un peu de chance, elle peut regarder quelques heures les dessins animés sur Al Jazeera, ou s’amuser avec ses cousines dans la cour, en maquillant les poupées avec du khôl ou en jouant à la dînette avec du sable et des cailloux.

Hamid est épuisé, mais confiant. Du haut de ses dix ans, il est un peu le chef de la petite troupe des enfants ; ils sont quatre, lui, ses deux frères, et leur petite cousine de deux ans. Toute la famille a fui la Syrie, le chemin a été épouvantablement long, mais la dizaine de cousins ne regrette rien : ni les bombardements incessants, ni la peur, ni la mort qui grondait sans cesse au rythme des avions…

Il y a eu la longue fuite, les courses à travers champs et forêts, dans des paysages si nouveaux que l’enfant en était presque émerveillé, oubliant parfois la faim qui le taraudait, les barbelés qui griffaient les mollets, et les visages anxieux des adultes, qui souvent murmuraient entre eux en donnant de grosses liasses d’argent à des hommes hirsutes et taciturnes qui les guidaient à travers montagnes et ruisseaux.

Le lendemain matin, les soldats ont un regard étrange en pénétrant dans le baraquement d’Esther. La kapo crie en tapant dans ses mains, les chiens sont là aussi, bavant et grognant. Apparemment, il n’y aura pas d’appel pour les femmes de leur quartier, elles doivent aller à la douche. Esther lève les yeux vers Sarah, et, pour la première fois depuis leur arrivée, en janvier, elle constate que sa mère a le visage défait. Des femmes pleurent, d’autres crient, malgré la menace des soldats et des chiens.

Mais Sarah se reprend très vite. Elle soulève sa fillette de six ans dans ses bras si maigres qu’on dirait les branches du Jardin du Luxembourg en hiver. Esther, malgré son jeune âge, se souvient bien du monde d’avant depuis le Vel d’Hiv’, quand elle chantait, heureuse, dans l’atelier de fourrure de son grand-père, rue des Rosiers, quand le gefilte Fish et les gâteaux au pavot couvraient la table du Shabbes, quand elle aimait l’hiver, et aussi le printemps.

Sarah lui sourit, et elles partent, main dans la main, vers les douches. Elles entrent ensemble dans ce bâtiment sombre où d’autres femmes, si nombreuses, se pressent déjà, la plupart avec des enfants. Il y a de très jeunes filles un peu fatiguées, malades, qui toussent, terriblement maigres, et des grands-mères ; il y a Madame Rosenzweig, la femme de l’avocat qui vivait au deuxième étage, et aussi Madame Silberstein, qui tenait la pâtisserie. Papa achetait toujours les falalel chez elle, à son retour de l’hôpital, quand il avait sauvé des enfants et opéré ses malades. Papa…

Zineb réveille sa petite sœur en lui faisant des chatouilles, comme lorsqu’elles étaient plus jeunes. Il fait encore frais, et Bouchra est très fatiguée. La nuit a été courte, les bombardements ont parsemé le ciel comme une pluie d’étoiles filantes. Les cousins et cousines, les tantes, les voisines, le vieil oncle Abdel et Ibtissame, la grand-mère, se sont serrés les uns contre les autres. Le bébé de la jeune voisine pleurait, affamé, et Abdel, un peu égaré, tentait parfois de se lever et de sortir, mais finalement l’aube était arrivée, miraculeuse. Bouchra s’était assoupie sur le tapis du séjour, et avait rêvé à un grand plat de tajine fumant et à ces petits gâteaux fourrés de dattes que sa maman aimait tant, elle aussi.

Zineb lui explique qu’elles vont aller au hammam, toutes les deux, comme autrefois. Apparemment, c’est un peu plus calme ce matin, et les nouvelles de Damas sont bonnes. Pas comme en Égypte, disent les adultes, qui discutent de tous ces massacres, inquiets, dans les rues où de nombreuses femmes se dirigent vers le marché, si peu achalandé, mais où chacune espère trouver un peu de menthe, de l’agneau ou des figues… Les lourdes portes du hammam s’ouvrent, et Zineb sourit à sa petite sœur en lui racontant les délices du savon noir et de l’huile d’argan. Qu’importent les ruines, elles vont enfin pouvoir se débarrasser de cette poussière et de l’odeur de charnier qui ne les quitte plus. Ibtissame, leur aïeule, accompagnée de leurs trois tantes et de deux voisines, les rejoindront dans une heure. Si seulement papa était là, ce soir, pour sourire à ses filles chéries, il leur dirait qu’elles sont ses princesses, malgré la guerre, malgré les bombardements, et il leur raconterait une des histoires dont il a le secret, celles que ses élèves écoutent, eux aussi, les yeux écarquillés de bonheur…

Le père d’Hamid a fait monter les huit femmes en premier, et puis les enfants ont grimpé sur le marchepied en riant, heureux de cette nouvelle aventure ; les cinquante-neuf hommes leur ont emboîté le pas, et bientôt tous se sont entassés dans ce camion frigorifique qui devait les mener jusqu’en Allemagne. L’Allemagne, et puis ensuite l’Angleterre, ces terres promises dont les adultes rêvaient jour et nuit, évoquant des mots jusque-là inconnus, les mots de liberté, de démocratie, de république…

Hamid est heureux, il va revoir son grand-frère parti il y a deux ans, il les attend à Londres, et puis il espère pouvoir à nouveau jouer au foot dans la rue sans avoir peur d’un tir de roquettes, et même reprendre l’école…Il voudrait devenir médecin, il en parle parfois avec son père qui le regarde avec tendresse et fierté. Justement, son père l’appelle, il le fait se faufiler jusqu’au fond du camion, là où toute la famille a pris place, tant bien que mal. La petite cousine commence à pleurer, quelques femmes s’inquiètent de la promiscuité, du manque d’espace, elles parlent tout bas en se demandant comment elles feront pour aller aux toilettes…Mais l’homme qui conduit le camion a promis que le voyage serait court. La lourde porte claque, la paroi matelassée et blindée du camion frigorifique se referme avec un bruit sourd. Le moteur tourne, Hamid sourit : en route vers la liberté !

Il fait presque noir dans les douches. Sarah tient toujours la main de sa petite fille, et bientôt elle se baisse vers elle pour la soulever à nouveau. Les portes blindées se sont refermées, et elles sont nues, toutes les deux, comme toutes les autres femmes. Certaines essayent de cacher leurs seins ou leur sexe avec leurs mains décharnées. Sarah se souvient de ses longues après-midi au Mikve, lorsqu’elle se purifiait selon la Mitsvah, lavant longuement son corps selon les rites ; elle chuchote à l’oreille d’Esther qu’elle l’aime, qu’elle l’aime tant.

L’air commence à devenir irrespirable, car les femmes sont très nombreuses, entassées comme dans les wagons qui les ont emmenées ici depuis Drancy. Madame Silberstein se met à réciter le Kaddish, et d’autres crient, de plus en plus fort, lorsque soudain des jets de gaz s’échappent du plafond, rendant l’atmosphère, déjà lourde, complètement opaque. Les femmes se précipitent vers la porte, qu’elles griffent, frappent, lacèrent de leurs ongles cassés, d’autres tentent de monter les unes sur les autres, les plus faibles servant de marches vers le ciel à celles qui croient trouver leur salut dans l’air du plafond, un peu moins étouffant.

On crie, les yeux exorbités appellent à l’aide, les gorges se serrent, les poumons brûlent. Esther a fermé les yeux, elle ne respire plus. Mais c’est Sarah, sa mère, qui a serré très fort son petit cou, d’un coup sec et brutal, en psalmodiant le Kaddish, en demandant pardon à l’Éternel pour ce geste. Sarah la berce contre elle en pensant une dernière fois à son David et à ses baisers fous le long de la Seine qu’ils aimaient tant, en cette France en qui ils avaient une entière confiance. Puis la jeune femme sent la mort lui prendre l’air prisonnier de ses poumons en feu, elle sent le gaz brûler ses entrailles et lui voler sa vie. Elle regarde une dernière fois son enfant morte, sacrifiée juste avant sa propre fin, et s’écroule, en ce 6 mai 1945.

Les femmes rient et s’éclaboussent, après s’être enduites de savon, avant de se diriger vers le salon de massage, ou ce qu’il en reste. En fait, il n’y a plus que les murs, le toit a volé en éclats, et c’est amusant, en fait, de se retrouver à ciel ouvert. Aucun risque de faire offense à la pudeur, car les murs sont hauts et solides, et puis de toutes manières, les hommes sont presque tous partis. On discute, on se passe le plateau de thé à la menthe, on espère, on attend. Ibtissame et les tantes sont arrivées aussi, et la belle Bouchra, toute huilée et parfumée, sourit à sa grand-mère. Soudain, du dehors, des clameurs étranges parviennent aux oreilles de la petite assemblée. Pourtant, aucun bombardement n’a troublé la paix de cette belle journée d’août 2013. Un avion, oui, est passé, mais les femmes n’entendent aucun tir de mortier ou de kalachnikov. Dehors cependant des cris s’élèvent, et surtout des gémissements.

C’est la tante Safia qui s’écroule la première, portant les mains à sa gorge. Puis vient le tour de la vieille Ibtissame, qui étouffe en râlant, tandis que Zineb, prise de nausées, court vers la porte, sans se soucier du fait qu’elle ne porte ni voile, ni robe. Elle tire le lourd battant et découvre cette vision d’horreur sur la place, des dizaines de femmes et d’enfants agonisants, hurlant, étouffant. La jeune fille retourne vers le hammam, et tente de soulever sa petite sœur presque inconsciente. Ses tantes agonisent dans de terribles convulsions, et le bébé de sa voisine, tout bleu, a vomi du sang qui rougit les dalles grises.  Zineb comprend que c’est sans doute ce gaz dont son oncle a parlé, elle essaye de retenir sa respiration et rampe, sa sœur dans les bras, vers la partie couverte du bâtiment. Mais Bouchra ne respire plus, son petite visage, atrocement congestionné, a bleui lui aussi, et Zineb s’effondre, portant les mains à sa gorge, en voyant défiler les youyous du mariage avec son beau cousin Omar dont elle rêvait, et les folles nuits en boîte de nuit à Damas dont sa tante Safia avait parlé, et cette année d’études en France que son père lui avait promise. Zineb meurt en criant sa révolte devant un monde qui lui a volé non seulement sa vie, mais toute espérance, devant un monde qui l’a abandonnée. Zibeb meurt, étouffée par le gaz, en ce bel été 2013. Les sauveteurs compteront dix-sept morts dans sa famille.

Ce sont les femmes qui ont crié les premières, avec leur instinct venu sans doute du fond des âges : elles ont compris que l’air se raréfiait et que leur couvée allait mourir. La petite cousine respire déjà difficilement, blottie contre le sein de sa mère qui pleure, elle, silencieusement. Les hommes se sont alors levés, tous se précipitant vers la porte du fond pour la faire coulisser, tandis que les hurlements des femmes emplissent le tout petit espace d’une horreur venue du fond des âges.

D’autres hommes ont tenté de défoncer l’autre côté du camion, espérant que le chauffeur réagirait depuis la cabine. C’est à ce moment que le camion s’était immobilisé et que les soixante-et-onze occupants ont compris que leur fin serait proche. Dehors règne cette assourdissante solitude qui accompagne la mort, tandis que l’intérieur du camion n’est qu’une épouvantable apocalypse : certains tombent en silence, suffoquant et serrant leur gorge d’une main désemparée, quand d’autres refusent l’inexorable jusqu’à leur dernier souffle, hurlant, griffant les parois, frappant le métal, les yeux exorbités, si proches de la liberté et si seuls dans l’enfer.

Hamid et ses deux frères mourront peu après la petite fille, serrés les uns contre les autres dans les bras de leur mère qui prie un dieu devenu fou.

 

C’était en août 2015, sur une route d’Autriche. Au même moment, en Méditerranée, soixante-dix autres migrants périssaient eux aussi, noyés.

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(Pneuma :

souffle ou esprit aérien auquel, dans l’antiquité, certains médecins attribuaient la cause de la vie, et, par suite, des maladies. Voir aussi, le terme chinois, qi ou indien, prana; Nom que les stoïciens donnaient à un principe de nature spirituelle, qu’ils considéraient comme un cinquième élément.)

Et un ancien texte sur les Migrants…:

http://sabineaussenac.blog.lemonde.fr/2015/04/16/400notjustanumber-400-migrants-et-le-silence/

 

Communiqué de presse: Sabine Aussenac n’est PAS « auteur à Riposte Laïque »

Communiqué de presse:

« Sabine Aussenac, professeur et écrivain, auteur de nouvelles et poèmes ayant remporté de nombreux prix littéraires, publiée en revues et en impression à la demande, blogueuse, engagée depuis de nombreuses années dans divers combats en faveur de la laïcité, du rapprochement entre les peuples, des droits des femmes et des opprimés, n’est PAS « auteur à Riposte Laïque », comme le prétend ce média. »

Ayant demandé depuis de nombreuses années à ce site de retirer l’un de mes textes -que je ne renie pas, car il concernait les libertés des femmes et les valeurs de la République et de la laïcité- de son portail internet, car je ne souhaite pas voir mon nom associé à ce ramassis d’insultes islamophobes et de propos haineux et déviants, je n’ai jamais obtenu gain de cause. Le 4 juillet 2015, j’ai à nouveau posé une demande, espérant acter deux mois plus tard la possibilité de déposer plainte auprès de la CNIL et de Google afin que mon nom ne soit plus associé à ce site d’extrême-droite, aux relents pétainistes et nauséabonds. En l’absence de réponse du site, j’ai fait un nouveau mail copié collé sur un réseau social, ne mâchant pas mes mots, très en colère de voir que sur les résultats de recherche en ligne ce site apparaît en première page des recherches me concernant.

Le texte écrit en 2010 est MA propriété, et je n’ai jamais demandé à ce qu’il soit mis en ligne sur ce site; l’eussé-je fait qu’il serait mon droit absolu de demander son retrait, puisque ces mots m’appartiennent et ne sont pas du domaine public. Ce texte figure encore sur l’un de mes blogs, et y a toute sa place.

En attendant l’action de la CNIL et de Google et les poursuites que je vais engager en diffamation pour injure publique, au vu de DEUX textes me concernant parus cette semaine sur le site, dans lesquels je suis publiquement insultée, vilipendée, puis traînée dans la boue dans des commentaires, textes ayant donné lieu à de nombreux mails d’insultes, où je suis, par exemple, nommés « pute socialo » ou « suceuse de muzz », je souhaite rectifier publiquement les choses et me dissocier totalement de ce site réactionnaire, fasciste et diffusant une parole de haine anti-républicaine.

Pour rappel, voici en miscellanées quelques textes écrits au fil des ans en faveur de la solidarité, du rapprochement entre les peuples et les cultures, des engagements anti-racistes et de la lutte contre tous les obscurantismes:

 http://sabineaussenac.blog.lemonde.fr/2015/04/16/400notjustanumber-400-migrants-et-le-silence/

– http://sabineaussenac.blog.lemonde.fr/2015/06/19/le-rossignol-et-la-burqa-et-lacademie-barenboim-said/

– http://sabineaussenac.blog.lemonde.fr/2015/06/21/elle-te-plait-pas-ma-chanson/

 http://sabineaussenac.blog.lemonde.fr/2013/12/03/je-porte-en-moi-souvent-mille-juifs-qui-suffoquent/

– http://sabineaussenac.blog.lemonde.fr/2015/01/20/je-me-souviens-une-fable-de-la-citoyennete/

– http://www.huffingtonpost.fr/sabine-aussenac/myriam_1_b_1371928.html

– http://www.huffingtonpost.fr/sabine-aussenac/front-national-presidentielle_b_1464158.html

– http://www.huffingtonpost.fr/sabine-aussenac/mandela-day-aux-cesars_b_1300910.html

– http://sabineaussenac.blog.lemonde.fr/2014/02/10/ilan-halimi-8-ans-deja/

– http://www.terredisrael.com/infos/les-osselets-de-la-memoire-par-sabine-aussenac/

– http://www.huffingtonpost.fr/sabine-aussenac/la-shoah-cest-has-been_b_1676229.html

– http://sabineaussenac.blog.lemonde.fr/2013/11/15/javais-des-amis-en-afrique/

– http://sabineaussenac.blog.lemonde.fr/2014/07/13/comme-de-longs-echos-qui-de-loin-se-confondentpaix/

– http://www.tribunejuive.info/france/lautre-cote-de-moi

– http://short-edition.com/oeuvre/tres-tres-court/il-s-appelle-farid

Enfin, en ce qui concerne les attaques commises envers ma plume, mes écrits, ma personne en tant qu’écrivain, je laisse les lecteurs libres d’apprécier mes productions…

De Toulouse à Tafraout

De Toulouse à Tafraout
Il n’y a qu’une seconde
Car depuis quelques jours nous partageons la route
Et grâce à toi j’ai appris à relire le monde.

Les ocres bleus de ton village
Font écho à mes pages :
J’ai trébuché une nuit d’avril sur tes mots envoûtants
Et me voilà enfin, les yeux le cour chantant

Découvrant des ailleurs, des magies, des beautés,
Ensorcelée déjà par ces roches et ces pierres
Me sentant fée des sables et câline sorcière
Et t’offrant de mon âme les fines aspérités.

Du Café St Sernin au Café des Délices
Je t’envoie folies douces et lumières stellaires.
Sans doute un jour boirons nous un pastis,
Moi la Toulousaine et toi, mon Prince des déserts.

Garonne ouvrira ses flancs ondulant d’aise
Quand le long de berges dolentes tu raconteras les braises
D’un soleil dardant ses pointes acérées
Et plongeant ses lumières dans le Drâa asséché.

Une mer nous sépare mais nos cours sont jumeaux,
Je me sens ta gazelle et tu te dis mon loup.
Mes timides violettes tu cueilleras beaucoup
Je serai ta rose des sables toute ouverte à nouveau.

Le palmier des Jacobins se penchera vers tes ruelles
Blanches. Briques rouges et chapeau de Napoléon
Danseront sarabande, ma cité gasconne se fera caravelle :
Sur l’eau verte du canal vers l’Orient nous voguerons.

Ton oasis charnue aux amandiers en fleur
Croisera en pays de cocagne le pastel aux couleurs
De tes roches azuréennes, et Mohammed Khaïr Eddine
Ecoutera le jazz de Claude en sourdine.

Au loin mes Pyrénées se profilent, grandioses et enneigées,
Tandis que ton Atlas domine en majesté
Paysages lunaires, poussières laminées
D’un vent en cousinage à mon Autan voilé.

Les sororités de nos textes en goguette
Se bousculent et se croisent à en perdre la tête.
Mes millions de toits roses se prosternent vers la Mecque,
Nos croyances et respects illuminent la fête

Elle sera belle, limpide, pure et chatoyante
Cette rencontre de deux cours du Prince et de l’Infante
Mon cour vibre de miel et je fonds, indolente,
Vers toi mon bel ami dont je serai l’amante.

Le rossignol et la burqa…et l’académie Barenboïm-Saïd

 WP_20150408_008

http://www.west-eastern-divan.org/


Le rossignol et la burqa est une petite nouvelle qui avait remporté le 3° prix du beau concours de l’Encrier Renversé de Castres, en 2012.

http://www.ladepeche.fr/…/1297774-un-joli-cru-pour-l-encrie…

Je suis heureuse d’avoir lu dans le Monde du 17 juin 2015 que le rêve de Daniel Barenboïm et de l’Orchestre du divan d’Orient et d’Occident allait devenir une réalité encore plus concrète, avec la naissance de la Daniel Barenboim Stiftung à Berlin! Et la conclusion de ma nouvelle, que je situais le 24 juin 2015, était joliment prémonitoire!

http://www.lemonde.fr/…/le-reve-israelo-arabe-de-daniel-bar…

https://www.youtube.com/watch?v=-8Ovg1v7F98

 

« 24 juin 2015.

L’avion se posa sur la piste brûlante, et Nour serra la main se son époux en souriant. Dans quelques heures, elle jouerait dans la bande de Gaza, en compagnie des autres membres de l’Orchestre pour la Paix, cet ensemble composé de musiciens juifs et arabes. Les jumeaux Sarah et Farid étaient restés à la cité, et regarderaient la rediffusion du concert avec leurs deux grands-mères, puisqu’Esther faisait officiellement partie de la famille. Ahmed ne dirait rien, mais Nour savait qu’une larme de fierté coulerait dans son cœur. Et que tard dans la nuit, peut-être vers 4 h30, un peu avant la prière, il écouterait, encore et encore, les Nocturnes que sa fille avait enregistrés avec l’orchestre. »

*

http://www.sabineaussenac.com/cv/portfolios/document_le-rossignol-et-la-burqa-3-prix-du-concours-de-l-encrier-renverse-2012

 

LE ROSSIGNOL ET LA BURQA

10 juin 2011.

Elle osait à peine respirer. Par chance, le lourd tapis du couloir amortissait ses pas. En passant devant la chambre de ses parents, elle entendit le souffle lourd de son père, cette respiration hachée par le labeur. Arrivée devant la porte d’entrée, elle déverrouilla un à un les trois loquets ; année après année, elle avait apprivoisé ces serrures, crochetant son propre logis…

 

Pieds-nus, elle se faufila sur le sol bétonné de la coursive, avant de pousser la porte de l’appartement d’en face. Elle regarda sa montre ; parfait, elle était à l’heure : exactement 4 heures 30 du matin.

 

Huit ans. Huit ans déjà que Nour se levait, pratiquement toutes les nuits, à 4 heures 25. Elle n’avait même plus besoin de réveil, réglée comme une horloge, sautant de son lit nuit après nuit, quelle que soit la fatigue accumulée durant la journée. Sa lourde tresse de petite collégienne avait cédé la place à une opulente chevelure auburn, coiffée à la diable ; ses yeux de princesse de l’Atlas s’étaient ourlés de khôl ; les rondeurs de l’enfance avaient disparu. Esther l’attendait, enveloppée dans son sempiternel peignoir rose, un bol de thé fumant à la main. Elles s’enlacèrent.

 

  • Comment va mon rossignol ce matin ? Pas trop fatiguée ?
  • J’ai fini la dissert sur Kant…je me suis couchée à une heure…
  • Ma gazelle, tu es meshugge, majnouna !!! Tu vas t’épuiser !

 

Nour éclata de rire en entendant sa vieille amie employer, comme à son habitude, ce mélange de yiddish et d’arabe. Ici, à la cité, c’était Babel, et, si les bandes s’entretuaient parfois pour un kilo d’herbe volée, les adultes, eux, avaient fini par fraterniser.

 

Puis elle souleva le couvercle du Steinway, caressa les touches, inspira profondément et s’élança, comme une enfant qui court vers sa mère. La musique lui tendait les bras. Et les premières notes des Nocturnes, le morceau qu’elle répétait pour l’audition de fin d’année, s’élevèrent dans la nuit, se heurtant aux murs capitonnés du salon d’Esther, prisonniers de cet intime, mais garants de la liberté d’expression de Nour. Car la jeune femme ne pouvait jouer qu’en secret, protégée dans l’alcôve bienveillante de sa voisine, sous l’œil aveugle de la cité  endormie.

 

12 juin 2011.

 

La petite cuisine sentait le thé à la menthe et l’amlou, cette pâte d’amandes et de miel au parfum ensoleillé. Fatima, la maman de Nour, fabriquait des pâtisseries pour les grandes surfaces de la cité.

  • Nour, ma fille, prends encore un peu de thé !
  • Maman, tu sais bien que je ne peux rien avaler le matin…Allez, je file au métro, j’ai une colle de français. A ce soir !
  • Va, ma fille, et fais attention à toi !

 

Nour dévalait déjà les escaliers quatre à quatre. Le vieil ascenseur était en panne, une fois de plus. Devant la barre HLM, la cité s’éveillait, radieuse sous le soleil toulousain, malgré les carcasses calcinées, les canettes abandonnées et les papiers gras. Sous un ciel inondé d’hirondelles, le lac de la Reynerie miroitait. Un court instant, Nour s’imagina être sur une plage tunisienne…

 

La rame bondée se frayait un chemin à travers la ville rose. Assise sur un strapontin, la jeune fille pianotait, inlassablement, sur ses genoux. Il ne restait que quinze jours avant l’audition, et à peine dix avant le concert aux Jacobins…Nour savait que sa vie entière se jouerait, là, en quelques heures, en quelques minutes, lorsque ses notes deviendraient, ou pas, un passeport pour une nouvelle liberté. Elle songea à ses cousins de Tunisie, aux cris et aux morts, mais aussi aux extases de la liberté retrouvée. Elle se sentait, elle aussi, dépositaire d’une révolution.

 

Elle revit la petite fille aux joues rondes, et David, son voisin et ami, le petit fils d’Esther. Tout étoilés de sueur, les deux enfants étaient montés boire un peu de jus de grenade ; en se régalant, Nour avait écouté jouer la vieille dame, et avait immédiatement compris que cette eau là la désaltèrerait à jamais. En un instant, elle était tombée amoureuse de la musique et du piano, tout comme elle l’était déjà de David, depuis sa plus tendre enfance, depuis ces longues vacances que le petit parisien passait chez Esther, lorsque ses parents, concertistes, partaient en tournée.

 

Ce jour là, Nour et sa voisine avaient scellé un pacte, malgré leur grande différence d’âge, malgré les luttes fratricides qui opposaient leurs peuples ; la musique les fit sœurs de sang. Mais ce pacte devint rapidement une alliance de l’ombre. Nour avait encore en mémoire les hurlements de son père lorsqu’il avait découvert cette arche de l’Alliance. En se rendant compte que sa fille passait désormais plus de temps chez leur voisine juive qu’à aider sa mère en cuisine, il était sorti de ses gonds et avait menacé l’enfant d’un exil au « bled » et d’un mariage arrangé.

 

Ce jour là, la musique de Nour perdit la vue. Elle devint l’Helen Keller de sa cité, une Helen Keller inversée, à qui la nuit, mystérieusement, rendait soudain la parole, la vue, l’ouïe, tous ces sens en kaléidoscope de beauté, restitués chaque matin à 4 h30…Affectueusement, Esther nommait sa jeune amie « ma princesse aux mille et une notes ». Car comme Shéhérazade, qui racontait chaque soir une histoire à son sultan pour avoir la vie sauve, Nour jouait pour sa vie. Certes, en cachette, dans l’opacité du monde cloîtré de l’appartement d’Esther, mais avec l’intime conviction que seules ces respirations là la maintenaient en vie, lui donnaient la force d’affronter son quotidien.

 

Car il lui en avait fallu, de la volonté, à la petite collégienne de banlieue, pour se hisser jusqu’en hypokhâgne, pour échapper aux terribles statistiques d’une société où la plupart de ses camarades, aujourd’hui, étaient soit déjà mariées au bled, soit en CAP de coiffure, quand elles ne restaient pas des journées entières à traîner, désœuvrées, sur les bancs de la cité. Nour avait même été pressentie par le proviseur du lycée du Mirail pour intégrer l’une de ces classes préparatoires spéciales « banlieues », mais elle avait préféré rester auprès des ses siens et fréquentait le prestigieux lycée Fermat, tout en suivant, là aussi, dans le plus grand secret, un cursus parfait au conservatoire de région. Et il semblait, aux dires de ses professeurs, et d’Esther qui la faisait répéter chaque nuit, que l’épure de son talent s’affinait au fil des ans.

 

Sa seule tristesse était ce terrible secret, qu’elle aurait tant voulu partager avec les êtres qui lui étaient les plus chers. Mais elle ne pouvait s’épanouir pleinement que durant ces heures nocturnes où ses notes se libéraient, comme ces fleurs dont le merveilleux parfum ne s’exhale qu’après le couchant…Oui, Nour était une Belle de nuit.

 

 

14 juin 2011

 

 

La classe retenait son souffle. La plupart des étudiants avaient les yeux rougis, car ils venaient juste d’entendre le texte de Salim, racontant la mort de son frère Abdel, un journaliste, lors des émeutes qui avaient ébranlé l’Egypte. Le concours était passé, et c’était par pur plaisir que les étudiants se réunissaient, en attendant les résultats de Normale. Ce jour là, les professeurs de langue étaient à l’honneur, et les élèves parlaient des ponts entre les peuples, des langues qui se font passerelles, des libertés.

Nour lisait le texte qu’elle avait préparé pour son professeur de chinois. Mademoiselle Li Wong pleurait doucement, se demandant par quelle grâce cette jeune Française pouvait percevoir les méandres de l’histoire de son peuple. Mais elle devinait. Elle devinait que ce matin là, la Garonne confluait avec le Yang Tsé, et que Nour, si elle réussissait son concours, irait bien plus loin que le café de Flore. Car la jeune littéraire ne se contenterait pas d’écrire….Nour lisait son texte « Liberté, je joue ton nom ».

L’air d’été bruissait de lumière. Des notes cristallines s’élevaient depuis le vantail de la petite chapelle de pierres blanches humblement dressée au milieu de ce pré tourangeau. Les Variations Goldberg de Bach semblaient se fondre au ciel d’azur et aux parfums estivaux. Les spectateurs, bien trop nombreux pour la modeste nef, couchés dans l’herbe, fermaient les yeux, bercés par la musique des anges.

Dans la douce pénombre, accueillie et protégée par les solides murs de pierre, la jeune pianiste jouait, les yeux fermés, cette partition qui l’avait à la fois hantée et soutenue de si longues années. Les images d’un autre temps se bousculaient dans sa tête. C’était la première fois qu’un public, à nouveau, l’entendait jouer. Elle devait se souvenir, une dernière fois, pour ne jamais oublier ceux qui n’étaient pas revenus. Elle jouait pour eux, et aussi pour l’insouciante petite fille qu’elle avait été, dont les yeux graves et le cœur pur avait rencontré, dans son pays du soleil levant, cette musique baroque qui s’était faite arc-en-ciel, alliance entre l’occident et l’orient, pont culturel, avant d’être brisée par les diktats insensés du Grand Timonier…

Des heures. Des jours. Des nuits. Des siècles. Au début de sa détention dans les geôles politiques chinoises, Zhu Xia Mei était arrivée à conserver une notion du temps, grâce au rapide de  Shanghai qu’elle entendait siffler chaque soir, mais depuis son transfert dans ce qu’elle supposait être les confins de la Mongolie, elle avait perdu même ce dernier repère. Elle gisait, ce matin là, au milieu d’une mare de sang. Elle était à présent bien loin du pays de l’ici bas. Sa sœur de cœur avait été tuée là, sous ses yeux, dans une infinie cruauté, et Mei entendait encore les affres de ses hurlements et les suppliques adressées à leurs tortionnaires. Elle n’avait plus qu’une envie : partir, mourir, elle aussi, fuir cette épouvante sans nom, les coups, les humiliations, cette déshumanisation qui avait fait d’elle, la jeune pianiste de renom, la belle jeune fille cultivée et lettrée, l’insouciante amoureuse des vents et des rêves, une bête apeurée, terrifiée, un squelette sans nom ni visage, qui, dans ses rares moments de lucidité, elle le savait, ressemblait à ces poètes juifs assassinés, à ces êtres englués dans la nuit et le brouillard, dont son professeur d’histoire française lui avait si bien expliqué l’atroce destin. Eluard lui revint soudain en mémoire.

« L’idée qu’il existait encore

Lui brûlait le sang aux poignets »

C’est ce que dit le condamné à mort dans « Avis »

Et Mei se récita intérieurement ce poème, les yeux mi clos. Elle se souvint du vers suivant,

 «C’est tout au fond de cette horreur

Qu’il a commencé à sourire… »

Mei n’était plus dans sa geôle sordide. Elle n’entendait plus les chaînes des forçats, les gémissements des accouchées à qui l’on avait arraché leurs nouveaux nés, les rires gras et les insultes des gardiens si fiers de leurs humiliations. Mei était à nouveau cette petite écolière aux nattes sages, si pleine d’espérances et d’envies, qui ne vivait que pour la musique et la poésie. Mei était à nouveau cette adolescente passionnée de baroque et de littérature française, la plus brillante de sa promotion, toute entière bercée par la beauté du monde. A quatorze ans, elle avait fait la connaissance de Johann Gottlieb Goldberg, ce jeune prodige du clavecin qui avait enchanté le grand Kantor de Leipzig en jouant ses divines arias. Mei et Gottlieb avaient le même âge, et les quelques siècles qui les séparaient n’avaient guère d’importance. Leurs deux prénoms signifiaient « bénis des Dieux », et la jeune pianiste faisait l’admiration de publics immenses en interprétant ces Variations Goldberg qui, pour un soir, reliaient la Grande Muraille au Rhin. On l’avait surnommée la « Lorelei chinoise », elle, la petite nixe du Yang Tsé, et c’est justement cette sublime alchimie entre l’âme et la culture qui avait provoqué la hargne des dirigeants à son encontre.

Elle se redresse, relève la tête, et, elle aussi, du fond de son horreur, commence à sourire. Non, elle ne mourrait pas. Elle sortirait de ce camp, de cette pénombre pestilentielle, elle témoignerait de ces abjections. Et, surtout, elle jouerait à nouveau. Il lui semble entendre toutes ces voix chères qui s’étaient tues depuis longtemps, comme dans un rêve familier. Sa maman qui lui chantait des comptines au-dessus de son berceau de jonc tressé ; les psalmodies des bonzes qui murmuraient d’apaisantes litanies dans la douceur des encens ; son vieux professeur de piano, Monsieur Tran, dont la rigueur lui avait ouvert les libertés infinies de la création.

Elle n’est plus dans ce camp de Mongolie, elle n’est plus prisonnière de la folie des hommes. En un instant, elle abroge elle-même sa peine, elle brise ses chaînes et s’évade. Elle décide d’un soleil resplendissant et d’étoiles multicolores, elle se fait démiurge, et rejoint son camarade à quatre mains, bien loin des folies communautaires et des chasses aux sorcières contre l’esprit. Zhu Xia Mei décide de vivre, et, surtout, de jouer de la musique, et, ce faisant, de parcourir le monde comme si elle en était particule élémentaire et non plus privée

Elle joue. Des heures. Des jours. Des nuits. Des siècles. Sonates, arias, concertos, cantates, elle se fait femme-orchestre, symphonie d’un nouveau monde, libérant les notes de leur gangue de mort, explorant l’infini. Ses doigts martèlent la terre nue de son cachot, la pierre rêche des murs, l’argile sèche des briques qu’elle devait transporter. La nixe du Yang Tsé façonne les notes de sa poigne de fée, indifférente aux aboiements des gardiens, aux privations, aux abjections.

Et ce sont les Variations Goldberg qui l’aident à survivre, à relever l’âme, à garder le cœur haut et l’espérance folle. Lorsqu’elle joue les douces arias du vieux Jean Sébastien, elle n’est plus au fond de son enfer, mais elle vogue au-delà du Rhin, au-dessus des sombres forêts de sapins de Thuringe. Du pays des musiciens et des philosophes, qui avait engendré l’horreur, elle ne garde que la beauté, elle devient gardienne de l’âme allemande, doublement rebelle face à tous les fascismes de l’humanité, elle devient ambassadrice d’une paix qui ne peut qu’aboutir. Elle parcourt  toujours et encore les méandres de sa mémoire, révélant chaque variation à son souvenir, aiguisant les silences, fuselant les béances. Du néant surgit un être de lumière. Zhu xia Mei, petit papillon aveugle, se cogne à toutes les vitres de son ciel plombé, mais résiste, et répète, inlassablement, cette musique muette. Ces Variations qui n’étaient, au départ, que douce récréation pour un musicien presque fatigué, elle en fait une re-création, une genèse, elle en renaît, intacte, purifiée, libérée.

Les dernières notes s’estompaient dans l’azur tourangeau, tournoyant dans le ciel comme des hirondelles ivres de printemps. Le public, fasciné, se relevait, étourdi, ébloui d’infini. La jeune femme apparut dans le vantail de la chapelle, telle une jeune mariée, portée par l’amour et le rêve, par son amour pour la musique et par cette foi inéluctable dans la beauté du monde. Elle salua son public et s’inclina cérémonieusement devant lui, avant de laisser éclater son bonheur simple. « Que ma joie demeure… », écrivait Jean Sébastien.

 

 

18 juin 2011.

 

 

Les élèves de la classe de Monsieur Leduc devaient ce jour visiter le musée de la Résistance et de la Déportation. Nour avait insisté pour qu’Esther leur serve de guide. Cette année là, la poésie de la Shoah était au programme du concours, et la jeune fille n’avait pas seulement travaillé le piano chez sa voisine. Des heures durant, assises sur le canapé de la vieille dame, elles avaient lu ensemble Rose Ausländer et Nelly Sachs, et tous ces vers dépeignant les brasiers et les camps. Et après avoir joué ses Nocturnes, encore et encore, jusqu’à la perfection, Nour se plongeait dans une autre nuit, écoutant Esther lui dire les souffrances de la petite fille du ghetto de Varsovie.

 

Elle lui avait expliqué le numéro ancré dans sa chair, et les cris de Sarah, sa maman, concertiste, elle aussi, quand les soldats avaient détruit le piano à coup de hache, et brûlé les partitions de Chopin, et puis le train, et ces nuits où les femmes continuaient, malgré tout, à se dire des poèmes, à chantonner des chants yiddish…Et puis elle avait emmené Esther  écouter Imre Kertesz au TNT, et elles avaient ri, comme toute la salle, en entendant le délicieux vieux monsieur, Prix Nobel de littérature, critiquer Adorno et dire que oui, la poésie était possible après la nuit d’Auschwitz, et la musique, et la joie. Et Nour l’avait cité dans sa dissertation de concours, aux côtés de Sophocle : « Rien qui vaille la joie ! » Elle en avait aussi parlé à sa cousine, professeur de philosophie à Tunis, et les jeunes femmes savaient que les dictatures finissent toujours par s’effondrer.

 

A midi, Nour déjeuna avec David. Il était venu de Paris, puisqu’il avait terminé lui aussi son semestre à la Sorbonne, pour le concert aux Jacobins et à l’audition de fin d’année. Les deux jeunes gens longèrent ensuite Garonne, qui ondulait d’aise en cette superbe journée, et Nour expliqua à David que ce soir, elle jouerait voilée. Elle allait emprunter le niqab de sa tante Aïcha, très pratiquante. Car la presse serait là, pour l’ouverture anticipée du festival « Piano aux Jacobins », et elle ne pouvait prendre le risque de faire découvrir son secret juste avant ses examens au conservatoire. Elle serait incognito, une cendrillon en pantoufle de vair, et son Niqab de soliste serait sa robe arc-en-ciel.

 

La lune était pleine. C’était l’une de ces nuits où l’été explose en sa prime jeunesse, et le jour semblait avoir gagné pour toute éternité le combat pour la lumière. Le soleil, enfant capricieux, ne se résignait pas à quitter ce ciel encore bleuté, tandis que la lune dorait déjà les jardins du cloître des Jacobins. La presse avait mitraillé Nour, lorsque la jeune femme avait surgi en niqab sous le « palmier » de l’église, et ses professeurs l’avaient soutenue malgré les quolibets de la foule. De toutes manières, dès que les premiers accords des Variations Goldberg avaient jailli du piano installé au milieu des statues et des Simples, et que Bach s’était promené entre la sauge et le thym, et les gisants couchés sous les dalles, l’assemblée, médusée, avait oublié la burqa de la jeune fille. Ne demeurait que la musique. Déchirant la nuit comme une offrande.

 

Plus tard, presqu’au matin, les deux jeunes gens s’étaient assis sur un banc, sous les tilleuls de la promenade entourant la basilique Saint-Sernin. La ville rose dormait, Saint-Sernin sonnait matines, et David osa demander à Nour de l’épouser, lui murmurant qu’elle était, depuis toujours, sa Basherte, sa moitié. Et là, sous le clocher de la plus grande basilique romane d’Europe, au cœur de la ville refuge des républicains espagnols, une jeune française musulmane sourit en  répondant « Oui, habibi ! » à son roi David.

 

 

25  juin 2011.

 

 

Ahmed et Fatima s’étaient mis sur le trente-et-un. Nour leur avait expliqué qu’il s’agissait d’une sorte de distribution des prix, organisée par le lycée à l’occasion des résultats de Normale Sup’. La Dépêche était ouverte sur la table basse. La une titrait sur « Le rossignol et la burqa », et la photo de « la mystérieuse concertiste » s’étalait en pleine page. Toute la journée, les commérages avaient couru dans la cité. La presse nationale s’était aussitôt emparée de l’affaire, France Info avait dépêché David Abiker, France 3 avait enquêté au cœur même de la cité.

 

Madame Delpoux, le professeur principal de Nour, attendait les parents de la jeune fille sur le parvis des Jacobins. Elle les accueillit en souriant et les informa d’un petit changement de programme. La distribution aurait lieu dans les locaux voisins du conservatoire, pour des raisons pratiques. N’osant rien répliquer à ce qu’il savait être une représentante de l’autorité éducative, Ahmed suivit sans broncher la jeune femme à travers le dédale de briques roses conduisant au conservatoire. Une foule nombreuse se pressait déjà à l’entrée, des parents, des enfants et des adolescents anxieux, et puis la presse, encore, mise dans la confidence par le directeur du conservatoire et par Esther ; car cette occasion serait belle, oui, de dévoiler à la fois un talent et un secret, et dire à un pays que en pleine crise identitaire que les femmes, courageuses, volontaires, et libres, malgré toutes les entraves des religions et des haines fratricides, étaient bien l’avenir de l’homme. Les professeurs de Nour connaissaient son histoire. Il était plus que temps que sa nuit devienne un jour.

 

Ahmed et Fatima furent conduits dans le grand auditorium. Interloqués, ils assistèrent au discours du directeur, puis aux premières auditions. Fatima, elle, avait déjà compris. Elle se doutait depuis si longtemps de ce que cachaient les cernes de sa princesse…Ahmed allait se lever pour maugréer, quand le silence de fit dans l’assemblée. Une jeune silhouette en niqab s’avançait vers la scène. Le directeur se tenait à ses côtés, et raconta brièvement comment « la jeune fille », dont il n’avait pas prononcé le nom, était devenue celle que la presse avait déjà surnommée « le rossignol à la burqa ». Il raconta les années de labeur, les privations de sommeil, la volonté, et la joie, la joie indicible lorsque l’on entendait jouer cette jeune femme. Elle allait donc jouer, après ces centaines de nuits de secret, les Nocturnes, qu’elle présentait pour le premier prix du conservatoire.

 

Nour s’inclina devant son public et joua. Elle joua pour l’adolescente émerveillée qui avait découvert Chopin et l’amour infini pour la musique. Elle joua pour Esther et pour Sarah, sa maman morte à Birkenau. Elle joua pour ses camarades de classe qui partageaient Nelly Sachs et Paul Celan avec elle, pour que la fugue de la mort ne revienne jamais. Elle joua pour ses amies de la cité, pour qu’elles trouvent, elles aussi, la place qui leur revenait dans ce pays que toutes aimaient. Elle joua pour la petite Mei aux longues nattes, pour ses années de prison, pour celle qui avait su recouvrer la liberté de penser et de jouer, sans jamais quitter l’espérance. Mais elle joua avant tout pour ses parents, qui avaient quitté leur soleil et la mer miroitante, pour sa grand-mère au bled, elle joua pour la femme qu’elle était devenue, nuit après nuit, pour avoir le droit, enfin, elle aussi, de jouer au grand jour. Et surtout, elle joua pour la paix. Car elle aimait un jeune homme de confession juive, depuis toujours, et elle voulait porter ses fils. Nour, dont le prénom signifiait « lumière », voulait enfin sortir de la nuit.

 

Un silence assourdissant succéda à la dernière note. Nour se leva.

 

Elle se dirigea vers le devant de la scène, et vit, à travers la fente de son niqab, ses parents, au premier rang, et David, aux côtés d’Esther. Tous pleuraient d’émotion. Alors, lentement, elle leva son voile, et la cascade de cheveux auburn jaillit autour de son visage éclairé par la grâce. Saisissant le micro que lui tenait le directeur, elle s’adressa à son père et lui dit : « Ismahli, ya abi », « pardon, papa ».

 

La foule, alors, se leva, se déchaîna, applaudit à tout rompre, pendant que crépitaient les flashs et que les roses étaient jetées par dizaines sur la scène. Ahmed et Fatima montèrent sur la scène, et Nour se jeta dans les bras de ses parents, avant d’aller embrasser Esther, puis David.

Du voile abandonné jaillissait aube neuve, et la jeune fille, remontant sur la scène, dédia son prix à ses parents, à la Tunisie reconstruite, et à l’avenir.  Le rossignol avait gagné : son hymne à la nuit avait touché les cœurs.

 

 

24 juin 2015.

 

 

L’avion se posa sur la piste brûlante, et Nour serra la main se son époux en souriant. Dans quelques heures, elle jouerait dans la bande de Gaza, en compagnie des autres membres de l’Orchestre pour la Paix, cet ensemble composé de musiciens juifs et arabes. Les jumeaux Sarah et Farid étaient restés à la cité, et regarderaient la rediffusion du concert avec leurs deux grands-mères, puisqu’Esther faisait officiellement partie de la famille. Ahmed ne dirait rien, mais Nour savait qu’une larme de fierté coulerait dans son cœur. Et que tard dans la nuit, peut-être vers 4 h30, un peu avant la prière, il écouterait, encore et encore, les Nocturnes que sa fille avait enregistrés avec l’orchestre.

Émilie de Villeneuve et les ailes du futur

Émilie de Villeneuve et les ailes du futur

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Ma mamie aurait été ravie. Je suis certaine, d’ailleurs, qu’elle aurait pris place dans le bus qui a véhiculé soixante-dix Castrais vers la Place Saint-Pierre, à l’occasion de la canonisation, en ce 17 mai 2015, d’Émilie de Villeneuve ; certes, mamie fréquentait plutôt les sœurs du couvent du Saint-Sacrement, dont elle fut, après la mort de son époux, la voisine. C’est aussi auprès d’une certaine Sœur Agnès, de cette même congrégation, au dynamisme contagieux et au joli visage rond, que j’avais fait ma communion « privée », avec un retard de quelques années, à treize ans, tandis que mes parents se décidaient enfin à faire baptiser mon dernier petit frère, déjà âgé de trois ans…

Mais c’est bien à Notre-Dame de la Platé, au cœur de Castres, et auprès de sœurs de « L’Immaculée Conception », les « sœurs bleues », que ma grand-mère allait souvent prier…Elle m’amenait avec elle, déjà, lorsque j’étais enfant et en vacances au Pesquier, chaque dimanche. Nous laissions papi dans sa 4L blanche et retrouvions les parfums et gestes immuables, et mamie me donnait de belles images de Saints et de Saintes au liseré doré, que je devais ranger dans mon « Missel ». Le soir, c’est à genou sur le plancher de la petite chambre que je devais « dire mes prières », les mains jointes.

Tous ces rituels catholiques agaçaient profondément ma mère, qui, protestante luthérienne, avait d’autres habitudes : elle nous lisait une Bible pour enfants et nous apprenait qu’en Allemagne, au temple, on priait en croisant les doigts sur le dessus des mains. Tout ce tumulte au sujet des « prétendus » Saints l’horripilait, tout comme le culte marial auquel mamie était si attachée. Mon père, lui, ayant été lycéen au « Petit Séminaire », à Barral, nous expliquait avoir mis le religion « en conserve » et ne plus en avoir besoin…

Alors aujourd’hui, c’est à la foi du charbonnier de ma grand-mère que j’ai beaucoup pensé, à la foi de nos aïeux paysans, à leur vie presque rythmée encore par Vêpres et Mâtines, à ces éducations simples et bienveillantes chapeautées, certes, par l’œil impitoyable de la morale et de la religion, mais somme toutes éclairées, aussi, par la fabuleuse lumière des évangiles. Oh, elle n’était pas partout, cette religion catholique, elle n’était pas hors les murs sous forme de vêtements ostentatoires ou de prières de rue, mais en même temps elle régissait les cœurs et les âmes, en ces temps où, de l’Angélus de l’aube à l’Angélus du soir, les journées s’écoulaient dans une France sur laquelle veillaient encore clochers et cathédrales…

C’est d’une de ces petites villes de province que Jeanne-Émilie de Villeneuve décida de créer une nouvelle congrégation, et c’est aussi à Castres qu’elle mourra du choléra, après une vie dédiée aux plus démunis et à l’évangélisation.

http://www.lasemainedecastres.fr/emilie-de-villeneuve-le-charisme-dune-sainte-sociale/

Quelle fierté pour notre ville que de pouvoir présenter cette nouvelle Sainte en terre vaticane, et quel bonheur d’être associée en cette journée à la canonisation de deux religieuses palestiniennes, les premières de l’époque moderne ! Le pape François a d’ailleurs fait remarquer que l’une d’elles, Mariam Bawardi, avait été «instrument de rencontre et de communion avec le monde musulman». Elle avait fondé à Bethléem le premier couvent carmélite de Palestine ;  quant à Marie-Alphonsine Ghattas, elle est à l’origine de la congrégation du Très Saint Rosaire de Jérusalem. Au risque de froisser mes amis juifs, dont certains refusent la reconnaissance de l’état palestinien, je me réjouis infiniment de cette journée qui aura vu le Saint-Père qualifier Mahmoud Abbas d’ «ange de paix » en insistant sur la nécessité du dialogue interreligieux…

Quelle différence avec l’ambiance de désolation qui régnait à Castres il y a quelques semaines, lors de la profanation de centaines de croix du cimetière, et avec le choc ressenti aujourd’hui par les habitants de Portet en découvrant leur église vandalisée…

http://www.ladepeche.fr/article/2015/05/17/2106149-indignation-apres-le-saccage-de-l-eglise.html

En cette journée où les folies de prétendus musulmans s’apprêtent à détruire l’antique cité de Palmyre et ses colonnades qui avaient pourtant résisté à tant d’invasions, au nom d’un Dieu dont ils scandent le nom en oubliant ses véritables préceptes, il m’a semblé une fois de plus que la seule réponse aux inepties de ces contempteurs d’idoles, nouveaux iconoclastes, était la force de la bienveillance. Une douce jeune fille tarnaise l’a démontré avec l’infinie volonté de sa foi, n’en déplaise à ceux qui ne croient pas au ciel, comme dit le poète, et je ne doute pas qu’elle faisait partie des lumières accueillant les jeunes filles chrétiennes assassinées à Garissa il y a quelques semaines…

http://www.refletsdutemps.fr/index.php/thematiques/actualite/politique/monde/item/ubi-et-orbi-a-garissa?category_id=10

La barbarie est à nos portes, chassant des milliers d’innocents sur des radeaux de la Méduse, décapitant, violant, brûlant, égorgeant, mais aujourd’hui comme il y a deux siècles des jeunes filles osent tenir tête à la maladie, à la mort et aux insanités des hommes, venant en aide aux malheureux, ne renonçant pas à leur foi, et cette lumière de la bonne intelligence fait de chaque être qui sait aimer « son prochain » un « Saint » du quotidien, un appelant à la béatification. Chaque enfant sauvé des flots de Mare nostrum devient miracle, chaque femme aidée après un viol se fait tabernacle, chaque accolade entre juifs, chrétiens, musulmans et athées a valeur d’éternité.

Aimons-nous les uns les autres, oui. Et laissons aussi à notre France son histoire, faite d’humbles vitraux de petites églises romanes et de splendides flèches de cathédrales ; laissons à notre pays son histoire, faite de gueux et de Grands, d’inquisitions et de Jacqueries, afin que les soubresauts médiévaux continuent à appeler les Lumières, et qu’en chaque commune de France on sache qu’autrefois, les registres de l’état civil étaient tenus par les curés.

N’en déplaise aux impies, il est toujours bon de savoir d’où l’on vient : cela éclaire le présent et assoie l’avenir, en racine fondatrice des ailes du futur.

 http://www.cicressources.net/la-fondatrice/

 

Je dédie ce petit texte à Annie et Antonin qui croyaient au ciel, et à mon amie Corinne, dont Paul, le papa, vient de nous quitter.

***

 

Celui qui croyait au ciel

 

Laurent-Nicolas a une peau de bébé.

 

C’est ce qui frappe, chez lui, de prime abord. Il y a aussi ce sourire, un sourire d’ange, doux et rêveur. C’est simple, croiser cet homme vous évite une visite à la cathédrale de Reims, puisqu’on se retrouve face à l’Ange au Sourire.

 

Et puis le regard, l’un de ces regards aux couleurs de vitrail. Il semblerait que toute la lumière du ciel passe par le prisme de cette bienveillance. Oui, le regard de Laurent-Nicolas est un regard d’amour absolu.

 

Frère Laurent-Nicolas est prieur dans l’une de ces communautés hyper tendance dont on parle même dans les médias…On est loin, certes, de la petite rediffusion de la messe à Saint-Antonin-les-oie-folles, et de ces presbytères où même les bonnes du curé se font rares, parfois seulement habités, un dimanche sur quatre, par quelque séminariste venu tout droit du Togo. (« Oh mon Dieu Madame Machin, vous avez vu le nouveau curé ? »)

 

Dans l’église über trendy de Frère Laurent-Nicolas, on est en ligne directe avec le siècle, presque à l’américaine, pas loin de l’eucharistie en ligne et de la CB qui absoudrait nos péchés…

 

Mais notre prieur, lui, ne semble pas entendre ces bruissements médiatiques ; il demeure un modèle de simplicité, un moine de l’ombre, un tâcheron des âmes. Il ressemble à ces anciens curés de village, simples et vaillants, honnêtes et protecteurs. Chez lui, on se plait à imaginer une église sans scandales pédophiles ni commerces d’indulgences, une église à mille lieues des fastes cardinaux et des perversions modernes…Lumineux comme un vitrail de Chartres, solide comme l’une de ces petites églises romanes d’Auvergne, bon et goûteux comme un miel d’abbaye, Frère Laurent-Nicolas joue les pères du désert tout en décryptant nos désirs.

 

Le cloître résonne de nos pas, et nous arpentons les allées en respirant le parfum des simples remis au goût du jour par quelque jardinier en robe de bure. Nous parlons un peu, de nos vies si différentes, de sa thèse, de mes enfants, de ses neveux. Je lui dis en souriant être sans aucun doute damnée, deux fois divorcée, et d’un pasteur, qui plus est. Il me regarde droit dans les yeux, prend ma main, et me murmure, sans affectation aucune, qu’il y aura toujours une place pour moi, dans la clairière de Notre-Seigneur…

 

Pourquoi, comment est-il si serein ? Il est censé porter tout le poids du monde sur ses épaules de semi-contemplatif, alors comment arrive-t-il à garder cette espérance, cette foi modestement triomphante et magistralement discrète, malgré toutes les barbaries du siècle ? Et ce, en toute quiétude, en portant non pas le drapeau tâché des compromissions inquisitrices et des luttes fratricides, mais simplement, habitées par la grâce des certitudes et par sa foi de charbonnier…

 

Il me propose de dire un Notre Père avec lui, et je repartirai, confiante, apaisée, ne sachant toujours pas où tourner de la tête entre la petite vierge de Lourdes toujours cachée dans mon sac, mon yoga devant un Buddha, mes convictions républicaines et mon désir de conversion au judaïsme, mais certaine que les confitures de l’abbaye et les chants grégoriens transformeraient n’importe quelle Marie-Madeleine en petite sœur du Christ.

 

Laurent-Nicolas n’est pas le Père Ralph, je ne suis pas Maggy, mais j’ai l’intime conviction, en refermant le lourd vantail au son de l’angélus, que ce nid-là m’accueillera toujours, malgré mes ailes mazoutées, que je vienne m’y cacher pour mourir, ou simplement m’y désaltérer.

 

« Ici, du monde vaste, nous retiendrons le nom de Paix. » Philippe Delaveau.

 

Retrouvez d’autres textes au sujet de la religion :

http://sabineaussenac.blog.lemonde.fr/2013/12/19/le-pere-et-le-desert/

http://sabineaussenac.blog.lemonde.fr/2013/12/24/lorsque-lenfant-parait/

Ubi et orbi à Garissa…

Ubi et orbi à Garissa…

Faith
Faith

 

Maria
Maria

 

Elisabeth
Elisabeth

 

Dadly
Dadly

 

alex
Alex
Doreen
Doreen

 

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priscilla
Priscilla
Jacintha
Jacintha
Isaac
Isaac
Veronica
Veronica

 

Pour un peu, on guetterait les hirondelles…Un ciel bleu d’azur, le lilas presque sorti du bois, et toutes ces jonquilles embrassant les timides violettes, en chaque recoin des jardins de notre Ville Rose…

Oui, ce sont de belles Pâques, les enfants iront gaiment quêter les œufs après mille agapes dominicales, et parfois même on ira à la messe pascale, ou, simplement, on allumera le poste pour regarder urbi et orbi, et le grand monsieur calotté nous parlera de Dieu, de ses ouailles et de ses Saints- et de son fiston, aussi, fraîchement revenu parmi les siens.

Étrangement, pourtant, je n’ai pas le cœur à la fête. N’allez pas me demander pourquoi je me sens plus meurtrie qu’il y a quelques mois, quand, pourtant, les chaînes d’info nous faisaient entrevoir en boucle les grands yeux noirs des enfants yazidis et des chrétiens persécutés à travers un Moyen Orient à feu et à sang… Plus encore que lors de la précédente attaque contre une école, où, pourtant, là aussi, une centaine d’étudiants avaient été massacrés par des talibans, à Peshawar…Devant les images de l’horreur souillant l’enfance, je m’étais sentie anéantie, tout comme  après la boucherie perpétrée par le barbare de Norvège…

http://www.leparisien.fr/international/pakistan-59-rebelles-tues-apres-le-massacre-de-l-ecole-de-peshawar-19-12-2014-4387063.php

Cependant, sans doute parce que la tuerie de Garissa me revoie à la fois à ma condition de chrétienne et d’enseignante, aujourd’hui, je pleure en pleine conscience ces 149 victimes de Garissa…Car en tant que professeur, je suis toujours effondrée quand des barbares s’en prennent sciemment à la jeunesse. Et en tant que chrétienne, en pleine conscience de ce qui est en train de se produire à travers le monde, je partage les mots du Saint-Père lorsqu’il harangue le peuple du monde en pointant du doigt l’Innommable : les chrétiens meurent par milliers, dans l’indifférence générale, assassinés simplement au nom de leur Foi.

Il faut lire les épouvantables récits des survivants. J’en veux énormément aux médias pour avoir, même localement, occulté dans un premier temps le paramètre ontologique du massacre, parlant simplement de la tuerie « dans une université », sans en expliquer les causes et les détails…

http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20150402081934/

Il faut lire et relire les témoignages de ces jeunes qui ont été soumis à des barbaries d’un autre âge, les femmes parfois obligées de se baigner dans le sang de leurs camarades, ou épargnées dans un premier temps, par leurs meurtriers lisant le Coran et psalmodiant qu’ils épargneraient les femmes, avant de les achever malgré tout, exactement comme lors de la tuerie de Charlie-Hebdo.

http://www.nbcnews.com/news/world/teen-survivor-garissa-kenya-college-massacre-found-alive-n335606

Il faut lire et relire les récits de  tris sélectifs auxquels ont été soumis les étudiants, dans cette file assassine ramenant l’humanité à la lie des méthodes nazies, quand sur de sombres quais de gare ont séparait, devant des bouleaux muets et blancs, les enfants de leurs mères.

http://www.france24.com/fr/20150403-attaque-universite-kenya-assaillants-methode-sarcasme-garissa-shebab-somalie/

Il faut oser regarder les images de cette salle de classe ensanglantée, où deux jeunes filles s’étreignent dans le baiser de la mort, quand nous, Européens, nous sommes affectivement identifiés des semaines durant  aux cris des victimes de l’Airbus dont les journalistes-vautours abreuvaient nos soirées ; pas question ici de sombrer dans l’immonde comparaison des souffrances, mais force est de reconnaître que là où le monde entier a, en 48 heures, pris des mesures pour éviter un nouveau carnage aérien, en changeant le fonctionnement des portes de cockpit, ce même monde est en train en ce dimanche de festoyer tranquillement, qui pour Pâques, qui pour Pessah, ignorant superbement les corps mutilés et les âmes broyées de Garissa.

À l’heure où j’écris ce texte, le Souverain Pontife prononce sa bénédiction d’urbi et orbi. « Ce n’est pas de la faiblesse, mais la force véritable. Celui qui porte en soi la force de Dieu n’a pas besoin de la violence, mais il parle et il agit avec la force de la beauté, de la vérité et de l’amour ».

J’aimerais qu’il ait raison, j’aimerais tant qu’il ait raison. De parler de pardon, de parler des souffrances à accepter, mais je doute. Oh combien je doute, de cette paix qui tarde tant à venir, et de l’intelligence des hommes. Je doute et je vous demande, vous qui me lirez, de réfléchir, chacun à votre mesure, à ce que nous pourrions faire pour que cessent les barbaries. Commençons par nous sourire, à nous comprendre, à nous respecter, ici, en Pays de France où hier encore de jeunes étudiants voulaient violenter une mosquée. Commençons par cesser de vilipender les « kébabs », à cesser de vouloir mettre au pouvoir une blonde dont les mots doucereux sont aussi dangereux que les dérapages de son connard de révisionniste de père.

Mais en même temps osons partager ouvertement et fortement le deuil de ces milliers de chrétiens persécutés à travers le monde, au lieu de simplement nous gaver d’agneau pascal et de lapins en chocolat, héritiers d’une tradition qui nous semble immuable mais qui, si nous réfléchissions un peu plus loin que le bout de notre nez déjà rougi par l’apéro pascal, est réellement menacée par les barbaries de l’EI, de Boko Haram et des immondes Shebab.

Pour les jeunes étudiants de Garissa, pour les jeunes garçons et les jeunes filles fauchés en plein bonheur, moi qui ne sais plus prier, j’écris. Je crie.

Pensez à eux.

Soyons Kenya.

https://www.facebook.com/DZ.Wall/posts/650646598370587

« À quoi pensaient-elles ??

L’image a beaucoup défilé sur nos fils d’actualité, un nouveau massacre, un nouvel acte barbare perpétré par des monstres sanguinaires, un nouveau crime contre l’humanité . Cette fois ci au Kenya.

Un détail a cependant attiré mon attention et j’ai zoomé sur les corps du fond, deux jeunes étudiantes qui s’enlacent durant leur dernier moment.

Du coup ces deux victimes ne sont plus des anonymes, des inconnues, des chiffres sans visages, des statistiques sans noms. Ce sont deux jeunes filles avec une histoire, une vie, une famille, des amis, des rêves et des envies .

Des sœurs ou des copines, les meilleures amies au monde ou de parfaites étrangères réunies l’instant où la fatalité a frappé.

À quoi pensaient-elles ??

À la vie qui se termine avant d’avoir commencé ??

À un père qui a vendu bœufs et charrue pour que sa fille étudie ??

À une mère qui ne mange peut être pas à sa faim pour que ses enfants aient un meilleur destin ??

À un jeune homme qui fait battre le cœur et d’un sourire charmeur oublier les malheurs ??

Aux rêves simples, aux grandes ambitions, aux plans du futur, aux désillusions ??

À la famille, aux amis, à leur dévastation à l’annonce de leur exécution ??

Au monde qui va probablement les ignorer, trop pauvres, trop foncées, et certainement pas des « Charlie » ??

À leurs bourreaux et leurs gourous, les monstres à folle foi et horribles lois ??

À leur humiliation, rampant dans le sang, obligées à appeler leurs parents avant l’exécution ??

Aux vacances, aux retrouvailles, à l’espoir d’un miracle qui puisse les sauver ??

Nul ne sait à quoi elles pensaient, mais ce qui est certain c’est que dans ce moment de malheur, d’horreur et d’extrême douleur elles se sont enlacées dans un dernier souffle de tendresse, dans un dernier geste de compassion, dans un dernier effort de réconfort, dans un dernier élan de solidarité. Martyres de la folie des fous d’Allah, elles sont parties dans la beauté des préceptes de leur religion, aimer et aider son prochain, avec l’image de la vierge Marie qui leur tend les bras et leur sourit, ignorant complètement la laideur des rires sadiques des obscurantistes qui criaient « joyeuses pâques » sur un ton sarcastique.

T.A »

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Il y a un an…

http://sabineaussenac.blog.lemonde.fr/2014/04/19/devenons-les-passeurs-de-lumiere/

Et en pensées encore vers cet autre génocide…:

http://sabineaussenac.blog.lemonde.fr/2014/05/07/les-mains-de-baptistin-une-nouvelle-en-memoire-aux-victimes-du-Rwanda/

 

 

 

 

 

En attendant tous ces grands oiseaux blancs

En attendant tous ces grands oiseaux blancs

 en attendant tous ces grands oiseaux blancs A4 fond gris

Il nous faut arracher la joie aux jours qui filent,

En vivante étincelle, talisman de merveilles.

Des colliers de bonheur pour conjurer la bile,

Tournesols et lilas aux odorants sommeils.

 

Parce qu’il ne faut pas emprisonner le soleil

Dans ces boîtes-prisons qui font de nous des fous,

Étalons la lumière sur le mur de nos ciels :

Notre terre infinie, d’Éternité la roue…

 

La lumière viendra, océan des possibles,

Réconcilier les hommes et la vie et le temps.

Plus besoin de Torah, de Coran ou de Bible :

 

L’amour aura vaincu, la paix sera enfin.

En attendant tous ces grands oiseaux blancs

Continuons à nous regarder, même de loin.

***

Dédié à Marlon qui se reconnaîtra 🙂

***
Création de Sabine Aussenac, inspirée de ces vers de Salah Al Hamdani…

http://www.confluences.org/Printemps-des-Poetes-Concours
« Parce qu’il ne faut pas enfermer le soleil
Dans une boîte
Étalons la lumière sur le mur
Et continuons à nous regarder même de loin »

Vidéo imaginée pour le Concours Confluences, à l’occasion du Printemps des Poètes!

-crédits:
* Musiques: Einaudi
* Vidéo tournée au collège Mermoz de Blagnac par l’auteur
* photo « Je suis Charlie » à Alep: Zaina Erhaim
* Poésie et photos Sabine Aussenac.
Image de la lumière sur le mur prise au musée du Catharisme de Mazamet.

Ensemble, au cœur des arts, osons l’Insurrection poétique!

Un conte…

 

 

Prémonition? En tous cas, comme une …première scénarisation (très lointaine) du livre de Houellebecq -que je n’ai pas lu…Et comme un terrible écho aux sombres desseins des contempteurs de liberté!

Première parution de ce texte en 2010:

http://www.oasisdesartistes.com/modules/newbbex/viewtopic.php?topic_id=94630&forum=10

A mes soeurs iraniennes et afghannes.

Un conte…Le réveil sonne. Oh non, pas déjà…De toutes façons, je ne dormais plus, l’appel du Muezzin m’avait déjà tirée de mon rêve.
Mais il faut se lever, et, bien sûr, commencer par la prière. Oh, ce n’est pas vraiment obligatoire, mais les enfants nous surveillent de près, et, les rares fois où j’ai essayé de couper à ce moment, Elisabeth, enfin Rachida -je me trompe encore souvent…- est allée aussitôt le raconter à l’Imam, qui m’a ensuite battue froid pendant deux bonnes semaines… Non, pas envie d’avoir de problèmes…C’est trop embêtant ensuite, ça retombe sur les notes des enfants…Il est aussi leur prof de religion à l’école, et leur prof principal…Si mon grand-père savait ça, il se retournerait dans sa tombe, lui qui avait tellement milité, un vrai Peppone, dans notre petit village où il était le plus grand « bouffeur de curés » que la terre ait jamais portée…
J’ouvre ensuite mon armoire, et regarde avec un petit pincement au cœur mes belles tenues bariolées d’avant…D’avant les « événements »…Oh, pas longtemps, juste un instant…Je ne peux pas me résoudre à les jeter, et puis, les donner au Secours catho… -oups, ma langue a encore fourché, au service d’aide sociale de la Mosquée ne changerait rien, personne ne pourrait plus les porter-…Je me souviens de ce petit haut, mon préféré…Oh, comme je me sentais belle est sexy dedans, un peu effrontée, prête à dévorer le monde, tout en étant dévorée du regard par les garçons que je croisais…Les larmes me montent aux yeux. Mais j’attrape ma burqa, et me contente de mettre mon soutien-gorge mauve, mon p’tit secret à moi…
Paul, enfin Ahmed, est déjà prêt à partir pour l’école, mais il ne m’embrasse plus, me demande juste de cet air un peu impérieux qui m’accompagnera aujourd’hui pour aller jusqu’au marché. Depuis que son père est parti au camp d’entraînement de Kaboul faire son rappel de service obligatoire, notre aîné prend sa tâche d’homme de la maison très au sérieux. Je le rassure. J’allume la télé, et tombe justement sur une rétrospective publicitaire des années 2010…Oui, je me souviens, c’est là que tout avait commencé, c’était l’époque de la pub « Zakia Hallal »…L’année du vote sur la burqa aussi, et puis tout était allé très vite, l’interdiction du monokini, l’obligation du burkini dans certaines piscines de banlieue, la généralisation du Hallal dans les cantines, et puis dans les Quick, les Mac Do, et puis ces pubs à la télé, au cinéma…
Je laisse le poste allumé pendant que je fais la vaisselle, de toutes façons, après, il y aura mon feuilleton préféré, celui qui est diffusé depuis Dubaï, j’aime bien, et puis, que faire d’autre de mes journées, maintenant que je ne peux plus ni enseigner, ni lire, puisque toutes mes lectures sont contrôlées par mes propres enfants… ? Et dire qu’à une époque, j’avais failli m’engager dans ce mouvement « Riposte laïque », avant de me dire que c’était excessif, rétrograde, non, j’avais décidé de faire confiance à nos gouvernants, et puis tout le monde avait tellement peur d’une guerre civile, de dérapages…
Somme toute, la révolution était venue de l’intérieur, si simplement, tout doucement…Lorsque le président de la république avait annoncé sa conversion, et la création de l’état religieux, il était trop tard, « ils » avaient tout muselé, tout préparé, la loi était de leur côté, et puis personne ne souhaitait d’effusion de sang. Je me souviens encore de la femme de notre ancien président, Carla, si belle, même âgée, encore si digne malgré sa canne, elle avait tenu à montrer l’exemple et s’était présentée à un meeting toute de noir vêtue, en burqa, main dans la main avec la femme de notre nouveau président.
Tout s’était fait naturellement, par étapes ; pour nous, les femmes, cela avait été extrêmement douloureux, mais nous n’avions aucune marge de manœuvre. Les interdictions s’étaient multipliées à la vitesse de l’éclair. Plus le droit de s’habiller « à l’occidentale» -mais ce terme avait-il encore un sens, puisque les différents pays d’Europe avaient tour à tour basculé vers l’islam ?-, interdiction d’aller seule au cinéma, de fréquenter les salles de sport, les stades, puis, sournoisement, la remise à l’honneur de ces « trois K » que nous pensions dévolus à cette période pétainiste dont nous avaient parlé nos grands-mères…Jusqu’aux hôpitaux, qui, dès la fin des années 90, lorsque circulait déjà ce petit « Guide du patient musulman », avaient peu à peu commencé à traiter les femmes différemment.
Ne parlons pas de l’école, de tout le système scolaire complètement noyauté par une refonte progressive des programmes…Elis, pardon Rachida n’avait jamais entendu parler de Voltaire ou de Rimbaud, d’ailleurs, elle n’avait pas eu le temps d’arriver jusqu’en terminale, la pauvre, quant à son frère, même s’il n’était qu’en primaire, il était déjà plus incollable en Sourates qu’en sciences…
Mais mon feuilleton va commencer…Je me sers un verre de thé à la menthe et quelques cornes de gazelles, tant pis pour mes kilos, et puis demain j’irai au hammam avec Anne et Françoise, enfin, avec Fatima et Aïcha, et on papotera comme au bon vieux temps, quand nous faisions nos soirées pyjamas en surfant sur meetic, avant de sortir danser ou de regarder de vieux épisodes de Desperate Houswifes…Tiens, encore la pub de « Zakia Hallal ». Décidément, les années 2010 ont la côté sur Muslim TV !!!!http://www.dailymotion.com/video/xaajfm_pub-zakia-halal-tv-france-tf1-m6_news

Sabine Aussenac.

Les 17 victimes de la barbarie conspuées à Toulouse

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Ce soir, dans ma Ville Rose, le sieur Dieudonné maintient son spectacle, et les autorités l’ont approuvé, malgré les événements tragiques de ces derniers jours, de ces journées où notre Pays des Lumières a été frappé en son cœur par une indicible barbarie.

Ce soir, au Zénith de Toulouse, les 17 victimes des attentats terroristes vont être assassinées une deuxième fois, par le pseudo spectacle d’un homme qui, depuis des années, conspue et la République et les juifs, qui, depuis des années, se moque des valeurs fondamentales de fraternité et d’égalité, pactise avec des dictateurs, se moque ouvertement des millions de morts de la Shoah, et qui a déjà été condamné plusieurs fois.

Ce soir, j’ai encore plus de tristesse et de gêne, en sachant que 17 personnes sont mortes dans des conditions atroces, épouvantables, ayant été abattues comme des chiens, avec des gestes rappelant ceux des criminels nazis, par des hommes habités par une haine définitive et totale de la République, commandités par des bourreaux sanguinaires, incultes, engagés dans une guerre contre une civilisation qu’ils espèrent éradiquer, comme ils éradiquent déjà toute liberté dans les contrées où ils sévissent, conspuant par là-même l’Islam, les valeurs sacrées du Coran et tous les musulmans.

Ce soir, dans ma Ville Rose, je me souviendrai que Cabu, Charb, Wolinski, Tignous, Honoré, Michel, Bernard, Elsa, Moustapha sont morts debout, en scène, comme Molière, défendant les idées de notre République quand Dieudonné les roule dans la boue de ses infâmes quolibets. Les idées de la liberté, alors que le pseudo « humour » de ce prétendu comique ne s’en prend qu’à de mêmes cibles. Je me souviendrai de la barbarie de ces armes de guerre faisant exploser notre jeunesse et nos convictions, notre insouciance et nos rires.

Ce soir, dans ma Ville Rose, je me souviendrai que l’innocent Frédéric, qui veillait à la maintenance d’un journal, a été tué par les bouchers dont Dieudonné a souvent fait, dans ses spectacles, l’apologie.

Ce soir, dans ma Ville Rose, je me souviendrai que Ahmed, un musulman achevé, à terre, par un prétendu porteur de la parole d’Allah, tout comme Franck, son collègue policier, tout comme Clarissa, abattue, de dos, policière municipale, sont mort au service de notre République, les armes à la main, morts pour que nous puissions vivre libres, nous tous, citoyens de France. Ils sont morts sous les balles de ceux avec lesquels Dieudonné a pactisé en se rendant dans des pays où cette apologie du crime est ouvertement diffusée, tout comme il diffuse depuis des lustres une parole haineuse, incitant à la guerre civile et aux débordements.

Enfin, je me souviendrai tout particulièrement, dans ma Ville Rose, des quatre victimes dont nous ne connaissons pas encore le prénom, mortes simplement car elles faisaient des courses dans un hypermarché Casher et qui, comme l’écrit la Dépêche, « étaient sans doute juives ». Ne le seraient-elles pas, le problème reste le même : elles sont mortes, assassinées, par un individu ayant délibérément ciblé un symbole de la communauté juive pour y commettre ses crimes, tout comme un certain Mohamed Merha a froidement abattu, dans ma Ville Rose, en mars 2012, quatre enfants juifs et un rabbin, tirant une fillette de 8 ans par les cheveux avant de lui mettre une balle dans la tête. Dieudonné, ce prétendu humoriste que moi, Sabine Aussenac, simple professeur d’allemand et écrivain du dimanche, je considère comme un terroriste, a, depuis des années, fait l’apologie d’un antisémitisme primaire et violent, conspuant la Shoah et l’ensemble de la communauté juive.

 

Oui, ce soir, dans ma Ville Rose, 17 victimes du terrorisme vont mourir une deuxième fois.

Ce soir, je serai Charlie, je serai Ahmed, Franck, Clarissa, et je serai juive, moi qui ne le suis pas.

Dieudonné était déjà venu à Toulouse il y a quelques mois, j’avais écrit ce texte qui a été repris dans la Voix du Midi :

http://www.voixdumidi.fr/dieudonne-a-toulouse-tribune-libre-dune-toulousaine-revoltee-25908.html

 

« Toulousain, souviens-toi ! Souviens-toi de ce 19 août 1944, quand ta Ville Rose a été libérée du joug de l’Occupant nazi. Souviens-toi du ciel bleu et de ta France aux yeux de tourterelle, au sol semé de héros. Car ils s’étaient levés, les Forain-François Verdier, les Alain Savary, pour dire non à l’ogre brun, celui qui dévorait nos enfants juifs déportés vers les Camps.

Toulousain, souviens-toi ! Souviens-toi de ta ville qui, au fil des siècles, ouverte comme une paume aux souffles de la mer, a su, passerelle entre les peuples et les civilisations, se dresser contre le mal et les obscurantismes. Dame Carcasse et toutes les Esclarmonde ont lutté, depuis leurs remparts, contre les contempteurs de cathares, et tu étais là, toi, Toulousain, pour dire ce qui, alors, te semblait juste. Plus tard Jean Calas criera son innocence, et ta brique rose tremble encore de l’injustice et des procès.

 

 » Toulousain, ton histoire mûrit au soleil de la diversité… «    

Toulousain, souviens-toi ! Souviens-toi de ta culture, de l’audace et du chant doublement habitée ! Toi, dont la ville a accueilli la première Académie, l’Académie des Jeux floraux, dans cette terre d’Oc riche de nos troubadours et de l’inaliénable Aliénor. Toi que Garonne a bercé de ses ondulations de femme libre, toi qui sait aller, grâce à Riquet, des effluves océanes jusqu’aux garrigues aux cent cigales, le long du Canal aux eaux vertes que Pagnol a si bien chantées, toi dont l’histoire mûrit au soleil de la diversité, souviens-toi que tu es un homme libre.

Toulousain, souviens-toi ! Souviens-toi que l’on vient de loin saluer dans ta ville tes audaces, tes richesses, tes intelligences, quand les grands avions volent vers l’avenir et que le peuple est habile à ces travaux qui font les jours émerveillés…Toulousain, ta patrie c’est Airbus, c’est ce partage entre les nations, quand l’Europe s’unit pour oublier les armes, c’est cette ville arc-en-ciel, aux couleurs du partage, ce témoin qu’il ne tonnera plus, plus jamais.

 

 » Toulousain, souviens-toi que nous sommes des juifs toulousains depuis ce 19 mars 1962 «    

Toulousain, souviens-toi ! Souviens-toi qu’il y a deux ans un homme a tiré des enfants juifs et leur père comme des palombes s’envolant dans l’Autan, avant de faire éclater la tête d’une fillette aux boucles bondes qui s’appelait Myriam. Souviens-toi du soudain silence des harpes, quand notre Ville Rose devint blême à nouveau, blême de honte, noire de colère, quand nous fûmes des milliers à dire notre indignation et nos tristesses de voir que la paix avait abandonné à nouveau notre nid ! Souviens-toi que nous sommes tous des juifs toulousains depuis ce 19 mars 2012.

Toulousain, souviens-toi ! Souviens-toi de ta ville fière depuis des siècles, de toutes nos églises et de leurs angélus, des ouvriers d’Espagne accueillis en héros, de cette brique rouge qui sonne les révoltes, de Garonne qui gronde comme un peuple debout. Souviens-toi de cela, le 22 février, lorsque tu auras cette envie d’aller voir Dieudonné. »

 

http://sabineaussenac.blog.lemonde.fr/2015/01/09/je-suis-pays-de-france-et-je-me-tiens-debout/

 

Je suis Pays de France,

 

et je me tiens debout.

 

 

Je suis la passerelle

 

entre peuples lointains,

 

un creuset des sourires,

 

un infini destin.

 

Je suis le garde-fou

 

contre l’intolérance,

 

ce grand phare qui brille,

 

un flambeau qui jaillit.

 

Je suis la vie qui danse

 

en immense rivière

 

de nos espoirs dressés.

 

 

 Je suis Pays de France,

 

et je me tiens debout.

 

 

Je suis l’enfant qui joue

 

à ses mille marelles,

 

regardant ces ballons

 

aux éclats d’arc-en-ciel.

 

Je suis l’aïeul qui tremble,

 

son regard ne faiblit

 

quand mémoire caresse

 

les fiertés de sa vie.

 

Je suis femme au beau ventre

 

palpitant d’espérance.

 

Tout enfant en son sein

 

sera nommé Français,

 

elle est la Marianne,

 

et elle nous tient la main.

 

 

Je suis Pays de France,

 

et je me tiens debout.

 

 

Tu as voulu salir

 

tous nos siècles de lutte,

 

croyant que de tes fers

 

tu ôterais le jour.

 

Tu as en vrai barbare

 

conspué l’innocence,

 

éventrant d’un seul geste

 

une nation de paix.

 

Mais nulle arme ne peut

 

gommer nos insolences,

 

nul canon ne saurait effacer

 

ces couleurs, ces dessins magnifiques,

 

ces libertés qui dansent,

 

et nul boucher ne fera de nos cœurs

 

des agneaux.

 

 

Je suis Pays de France,

 

et je me tiens debout.

 

 

Tu es ce porc ignoble qui

 

attend les cent vierges

 

en violant tant de femmes

 

dont tu voiles les corps.

 

Tu es coupeur de têtes,

 

tu es sabre levé, tu es balle qui tue,

 

mais tu ne comprends pas

 

que tout ce sang versé ne devient que lumière.

 

Tu attends paradis

 

mais iras en enfer,

 

car ton Dieu punira toute ta route impie.

 

 

Je suis Pays de France,

 

et je me tiens debout.

 

 

Je suis le poing levé,

 

quand de douleur intense

 

d’un pays tout entier le cœur

 

s’est arrêté.

 

Je suis la place immense,

 

un vaisseau de courage,

 

un grand galion qui vole,

 

en espoir rassemblé.

 

Je suis la dignité, le partage et l’audace,

 

je suis mille crayons

 

qui dessinent soleils,

 

je suis cette ironie au devoir d’insolence,

 

je suis million de pages,

 

et le feutre qui offre

 

ces immenses fous-rires,

 

je suis l’impertinence,

 

comme une encre jetée

 

pour amarrer demain.

 

 

Je suis Pays de France,

 

et je me tiens debout.

 

 

Dédié à Cabu, Wolinski, Charb, Frédéric, Ahmed, Franck, Elsa, Michel, Bernard, Honoré, Tignous, Moustapha, Clarissa, et aux victimes dont j’entends parler à l’heure où j’écris ce texte, dans l’épicerie casher…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je suis Charlie ou l’Invincible été #Charlie #CharlieHebdo #attentats #Paris

Ce texte a été repris par « Opinion Internationale » suite à l’entretien avec Pascal Galinier, médiateur au Monde…

« « Je suis Charlie ou l’invincible été »

Opinion Internationale publie un des commentaires des lectrices(eurs) du Monde : Sabine Aussenac, professeure d’allemand à Toulouse, a posté sur son blog du Monde le 8 janvier 2015 le texte « Je suis Charlie ou l’invincible été », véritable appel à la solidarité et à la fraternité, un appel à la réunion plutôt qu’à la division. »

https://www.opinion-internationale.com/2015/07/15/qui-est-vraiment-charlie-lexigence-de-retisser-le-vivre-ensemble-entretien-avec-pascal-galinier_35968.html

 

L’image contient peut-être : une personne ou plus, foule et plein air

Il paraît que demain Notre-Dame sonnera le glas pour eux. Et que Pape François lui-même aurait condamné l’attentat…

Le Pape, le glas !! Imaginez la tête de Wolinski et Cabu en voyant ça !! Avec la dernière Une de Charlie-Hebdo montrant l’accouchement très peu glamour de la Vierge…

Pas plus tard qu’avant-hier, fiston et moi avions repéré un attroupement de jeunes des Quartiers devant une colonne Morris. Ils riaient très fort, montraient un dessin, et, intrigués, nous sommes donc allés voir l’objet de leur hilarité : la Une de Charlie ! Visiblement, cette attaque-là ne « les » dérangeait pas…

Comme j’eusse aimé en voir, des amis des Quartiers, au Capitole, ce soir…Si tous les kébabs de Toulouse avaient fermé pour venir témoigner leur solidarité…Si tous les gamins de nos cités étaient « descendus en ville »…

Heureusement nous étions déjà très, très nombreux. Superbe slogan que celui que Charlie vient de publier sur les réseaux sociaux : « 12 morts, 66 millions de blessés. » Oui, le pays tout entier s’est relevé, au lieu de s’agenouiller devant la barbarie. Les gens se sont parlé, spontanément, au-delà même des milliers de relais et de partages sur les réseaux sociaux. Ce petit garçon qui m’a interrogée en déchiffrant ma pancarte « Je suis Charlie » dans le bus, à qui j’ai expliqué que des Méchants avaient tué des Gentils et que j’allais soutenir les Gentils ; ce jeune Manouche qui a attendu une heure devant la caméra de France 3, espérant passer aux infos, tout en m’expliquant les différences entre Roms et Manouches, prétendant être le cousin de Kenji machin et en avouant avoir peur d’une guerre ; des « contacts » Facebook ou Tweeter, que je n’avais jamais rencontrés « in real life », et qui m’ont reconnue…

L’image contient peut-être : 2 personnes

Je me demandais, en entendant la foule frapper dans les mains lorsque des journalistes ont accroché une bannière au balcon de la Mairie, en découvrant ensuite, aux infos, les immenses rassemblements dans les autres villes, si les choses auraient été différentes si, après les atrocités innommables commises par Merah en 2012, le pays tout entier avait réagi avec une telle ampleur. Car je n’oublie pas que notre Ville Rose a déjà vu, hélas, des hommes et des enfants tués à bout portant par un barbare, et que nous sommes particulièrement sensibles à cette répétition de l’Histoire…Peut-être a-t-il fait défaut, cet élan de solidarité, après les attentats de Toulouse et Montauban, lorsque certains ont stigmatisé la « Communauté » en faisant de maladroits amalgames entre sionisme et judaïsme, en banalisant ces attaques qui pourtant, déjà, avaient frappé la République au cœur…

http://www.huffingtonpost.fr/sabine-aussenac/myriam_1_b_1371928.html

Et ce soir, c’est bien plus qu’une communauté religieuse qui a été visée, c’est l’âme de notre France des Lumières, c’est le fameux « esprit français », c’est l’héritage des gazettes et des caricatures de Daumier alliés au courage des Jaurès, de Gaulle, Jean Moulin… Oui, nous sommes tous des Charlie, des Français attachés à nos libertés, à notre libre-arbitre, à nos droits. Bien sûr, certains plus que d’autres…Traversant le centre commercial, ma pancarte maladroitement serrée contre le manteau, essuyant au passage quelques quolibets de jeunes désœuvrés, (« Et moi je suis Paul », « Moi je suis Ahmed »…), je me suis aussi demandé comment certains ont pu avoir le cœur de faire les soldes…J’ai pensé aux années trente, à mes élèves que je dois demain amener voir « Les Héritiers », et à ces millions d’Allemands qui, eux aussi, peut-être, vaquaient tranquillement à leurs occupations quand des juifs et des communistes prenaient des balles dans la tête au coin de la rue…

L’image contient peut-être : 1 personne, debout

Mais il est clair que toutes les tendances politiques, de l’extrême-gauche à l’extrême-droite, ont compris la gravité de la situation. Une nuit noire est tombée sur les lumières de la démocratie, et nous pleurons notre propre mémoire, celle qui nous rappelle nos fous-rires devant les planches désopilantes de Cabu et Wolinski, quand nous achetions des BD que nous lisions ensemble…C’est mon ex-mari que j’ai appelé dans l’après-midi, après avoir éclaté en sanglots en apprenant le nom des victimes. Malgré des années de divorce, de déchirements, d’insultes, de guerre autour de nos enfants…Parce que c’est bien ensemble que nous lisions ces bulles de bonheur, de légèreté, de dérision, pas toujours politiques, mais tellement anticonformistes, tellement libres…Soudain, j’ai eu 20 ans, et c’est cela que j’ai expliqué à mon fils ce soir, ce lien quasi familial qui nous liait à ces dessinateurs : ils faisaient  partie de nos vies depuis si longtemps, et nous avaient appris le devoir d’insolence…Je lui ai demandé d’imaginer sa réaction si, dans 30 ans, il apprenait que des terroristes avaient abattu un Yann Barthes, un Maxime Musca, ou une des voix des Guignols qu’il aime tant…

Certes, c’est loin d’être le premier attentat meurtrier qui défigure notre liberté. J’ai eu l’honneur de rencontrer Françoise Rudetzki au dernier dîner du CRIF, et parlé aussi à Latifa, la maman d’un des soldats tués à Montauban, si engagée dans le rapprochement entre les communautés. Mais les tueurs, aujourd’hui, ont eu des gestes rappelant réellement ceux des pires dictatures, comme celui de demander le nom des victimes avant de les abattre sciemment, comme ont pu faire les nazis en désignant des juifs, ou des terroristes dans des avions en éliminant des Américains ou des Israéliens…Et cet attentat dont les témoins ont dépeint les véritables « blessures de guerre » fait de chaque Français un soldat.

Un soldat de la liberté. Un soldat de la paix. Un soldat de la République. Nous devons devenir des Veilleurs, des Gardiens du phare de la Démocratie, des porteurs de flambeau. Car comme le proclamait fièrement et crânement Charb, « mieux vaut mourir debout que de vivre à genoux ». Cependant, n’oublions pas qu’il disait aussi qu’il n’avait pas l’impression « d’égorger quelqu’un avec un feutre »…

http://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2012/09/20/je-n-ai-pas-l-impression-d-egorger-quelqu-un-avec-un-feutre_1762748_3236.html

Alors dessinons, nous aussi, le visage de la liberté et de l’humour. Osons rire, parler, nous moquer, faire face. Car le moment est venu, vraiment, de tenir chaudes les braises du courage et de l’honneur, afin de ne pas céder au feu des émotions et de la vengeance. Ne stigmatisons pas les innocents, mais réfléchissons à des solutions qui permettront un vivre-ensemble pacifié. En même temps, ouvrons aussi les yeux sur les dérives si multiples que nous ne les voyons plus, sur les cités devenues des poudrières à islamistes, sur les femmes avilies et soumises aux diktats d’un pseudo Islam prônant le mépris du corps de la Femme, sur les brèches de plus en plus nombreuses qui permettent à des zones de non droit de polluer les règles de la République.

Il convient, avant tout, d’éduquer, d’intégrer, de pacifier. Le ver est dans le fruit, mais chaque dessin de presse, chaque écrit, chaque discussion est comme une fleur de cerisier qui s’envole dans le vent, à la rencontre du soleil.

N’en doutons pas un seul instant : il reviendra, le temps des cerises, des merles moqueurs de Charlie-Hebdo et des gais rossignols qu’étaient ces papys qui faisaient, de la pointe de leur humour, cette incroyable résistance !

J’aurai enfin une dernière et infinie tendresse pour vous tous: pour vous, mes Cabu, Wolinski et Charb adorés, et pour aussi Tignous et Honoré, les dessinateurs de talent,  pour Elsa, la psy chroniqueuse, pour Bernard, le Toulousain à l’économie déjantée, pour Michel, l’Auvergnat qui aimait les voyages, pour Mustafa, le correcteur qui venait de recevoir la nationalité française, pour cet « agent de maintenance », Frédéric, qui est mort en soldat inconnu, et surtout pour Franck et Ahmed, les deux policiers dont je salue le courage.

« Au milieu de l’hiver, j’ai découvert en moi un invincible été ».

Albert Camus.

Le Noël des personnels et autres crèches…

 

 

 

Le Noël des personnels et autres crèches…

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http://www.bernis.fr/fr/actualite/42965/noel-personnel-communal

Lorsque j’étais enfant, papa m’emmenait toujours au « Noël des personnels » de son lycée. Je possède encore cette photo où, inquiète, je lève les yeux vers un Père Noël qui visiblement m’impressionnait énormément. Mais je me souviens aussi des cadeaux au pied de l’immense sapin installé dans le hall, tout comme j’ai en mémoire les classes décorées d’étoiles de notre école primaire, et les beaux bricolages de mes enfants lorsqu’ils étaient en maternelle.

Et les crèches…Ma grand-mère française me prenant par la main pour me montrer les joues roses de l’enfançon couché devant l’église, et mon père, il y a quelques années encore,  emmenant mes enfants en voiture faire le tour des crèches illuminant la petite ville paisiblement blottie dans les senteurs de Noël…D’aussi loin que je me souvienne, un immense sapin a aussi toujours dominé les places des nombreuses villes dans lesquelles j’ai habité : La Place Ducale de Charleville, le Vigan, à Albi, la Place du Capitole dans ma Ville Rose, la place de Jaude à  Clermont-Ferrand…Orné d’une étoile guidant les enfants vers leurs rêves, il veillait sur cette atmosphère souvent, c’est incontestable, trop commerciale, rappelant aux petits et aux grands l’origine sacrée de cette fête millénaire…

Ça, c’était avant.

Avant que des femmes ne viennent voiler nos libertés occidentales de leurs niquabs grillageant le soleil, avant que des petites filles de sixième ne refusent d’aller à la piscine sous prétexte que les garçons de leur classe iraient aussi, avant que la religion ne devienne un enjeu sociétal et n’obsède nos gouvernants, et, je le conçois, à juste titre, car je suis la première à m’inquiéter des multiples dérives qu’implique l’islamisation à outrance de nos sociétés, entre les cantines hallal et le petit guide du patient musulman, entre l’exportation du conflit judéo-palestinien et les souffrances extrêmes des jeunes filles issues de l’immigration, soumises à des mariages forcées, à l’interdiction de la jupe, etc, etc. Mais mon propos en ce deuxième Avent n’est PAS de hurler avec les loups du FN, non, je voudrais simplement mettre en garde le Législateur.

Car lorsque j’entends toutes ces polémiques autour des crèches qui n’auraient plus leur place dans l’espace public, je m’inquiète. Tout comme je ris sous cape en voyant fleurir, aux quatre coins de l’Hexagone, des manifestations autour de la Nativité qui, elles, ne semblent pourtant déranger personne…

http://www.letelegramme.fr/morbihan/lanester/marche-de-noel-le-personnel-municipal-en-fete-samedi-13-06-12-2014-10452162.php

Et il suffit de regarder en arrière pour se souvenir de l’harmonie et de la quiétude dans lesquelles nous vivions, en bonne entente avec les autres communautés religieuses. Force est de constater que la communauté juive, par exemple, n’a jamais interféré d’une quelconque façon sur le « Noël » français. Il existait même une connivence autour de nos sacralités communes, Noël et Hanoukka étant célébrés à quelques semaines d’intervalle. Les bouddhistes, attendant joyeusement leur Nouvel An chinois, n’ont jamais non plus omis de réserves au sujet de la fête de la Nativité. Quant aux athées, je ne pense pas qu’ils soient nombreux à « boycotter » Noël…Il est évident, même, que la plupart des citoyens français considèrent cette fête comme une simple « tradition » et empiètent le pas à ces réflexes commerciaux et familiaux, ayant bien souvent oublié le fameux « esprit de Noël » au profit des orgies gustatives et dépensières qui, entre chapon farci et IPhone 6, ont depuis longtemps relégué l’histoire de la naissance de Jésus dans cette modeste paille au rang de vague légende presque effacée des mémoires…

Longtemps, en témoignent les joutes joyeusement relayées par la littérature et le cinéma, les Pepone et  les Don Camillo se sont livrés à de petites querelles de clocher bon enfant, la figure tutélaire du Curé et celle de l’Instituteur à la Pagnol organisant théâtralement une France aux deux visages, dans laquelle les « Laïcards » bouffaient du curé tandis que ce dernier veillait sur des fidèles de plus en plus clairsemés, de l’Angélus de l’aube à l’Angélus du soir ; le Français en avait pris son parti , jonglant lui aussi avec la tradition, Janus d’un jour lorsqu’il s’agissait de faire bonne  figure catholique en traînant ses sabots devenus  Louboutins à la Messe de Minuit avant de plonger dans le foie gras et les huitres…Aucune polémique ne venait entacher l’espace public, hormis celle des contempteurs de fêtes qui en appelaient à l’ascèse et critiquaient les dérives commerciales, mais qui ne pesaient pas lourd face aux yeux brillants des enfants du monde entier !

Car Noël, n’en déplaise à ses détracteurs, est bien célébré aux quatre coins de la planète, et ce depuis plus de 2000 ans. Des bikinis australiens relevés par un joli bonnet de Père Noël aux chants sacrés du Noël orthodoxe, des gospels des petites églises baptistes aux cadeaux offerts par les familles musulmanes françaises à leurs enfants « pour qu’ils puissent eux aussi profiter de la tradition », -du vécu, je vous le promets-, la fête explose, illuminant les cœurs des hommes. Et en France, avant cette fameuse –et indispensable- loi sur la Laïcité, nous fêtions Noël, laissant nos amis juifs construire leurs cabanes pour Souccot, et nos amis musulmans égorger leur mouton pour l’Aïd, et les rayons des grands magasins se gorgeaient de cornes de gazelles à ce moment-là, et, l’un dans l’autre, tout le monde y trouvait son compte.

Je souhaiterais que la loi sur la Laïcité reste à sa place.

C’est bon, nous avons compris son message essentiel : pas de voile sur les photos de passeport, pas de crucifix dans les salles de cours, pas de buddha géant sur les places- euh…il y en a eu, un jour ?- c’est simple, direct et efficace.

Toute dérive supplémentaire devrait être honnie.

Les maires FN s’appuyant éhontément sur ce texte pour exclure des enfants musulmans des cantines devraient être voués aux gémonies électorales. Mais les maires Front de gauche ou prétendument dans l’air du temps en exigeant de bouter les crèches hors du Royaume de Navarre en arguant qu’elles n’y ont plus leur place exercent un abus de pouvoir ; ils confondent tradition et religion, et, si on écoute leur discours sectaire, dans quelques années, ils demanderont aussi l’abolition des « illuminations » de Noël, voire la suppression des jours fériés, voire même l’abandon des traditions culinaires.

Sus à la bêtise liberticide de quelques élus confondant tradition séculaire et rites religieux, élus qui sont les premiers à se taire lorsque une jeune femme juive est violée et rançonnée parce qu’appartenant à la communauté israélite ou à demander que les associations juives ne puissent pas manifester à Toulouse-du vécu- aux côtés des associations antiracistes…Élus qui sont les premiers à exiger des droits pour les étrangers issus de l’immigration, élus qui depuis 30 ans martèlent « touche pas à mon pote ! » tout en sapant les traditions culturelles françaises, élus qui accueillent à bras ouvert la « diversité » mais ne luttent pas contre l’antisémitisme et se taisent devant les massacres de chrétiens.

Cette année, les deux établissements scolaires dans lesquels j’exerce, l’un en tant que « personnel rattaché », l’autre en tant que professeur, organisent un « Noël des personnels ». Sont-ils hors-la-loi ? Comme les millions de Français qui emmèneront leurs bambins aux joues rosies par l’excitation au « Noël des impôts », ou au « Noël de la Mairie » ? Ouvrez les yeux, Monsieur le Législateur, et laissez-nous chanter les cantiques de nos enfances, et pas seulement dans le silence feutré des églises ! Laissez les sapins se dresser, pleins d’étoiles, laissez les gens se prendre dans les bras, laissez les marchés de Noël scintiller de gourmandises, et laissez les santons avancer vers la Sainte-Nuit de Noël ! Hier, à Toulouse, devant mon majestueux Capitole, une chorale baptiste était là, en accord avec la Municipalité, au cœur du vin chaud et des badauds ravis, applaudissant les gospels : était-ce un crime ?

Non. Car si vous interdisez les crèches, il faudrait AUSSI interdire :

  • Les Marchés de Noël envahissant l’espace public
  • Les « Arbres de Noël » des personnels
  • Les décorations des villes

http://www.luchonmag.com/VIDEO-Debut-des-Pastorales-de-Nadau–ce-week-end_a480.html

 Etc, etc…

Et, à ce compte-là, il faudrait aussi interdire les prédicateurs qui arpentent les places en brandissant des versets du Coran et demandent de l’argent pour des Mosquées-tous les dimanches, aux Puces de Saint-Sernin et, j’imagine, partout en France…

Nul n’a le droit de nous priver de Noël.

Cette fête est une fête du PATRIMOINE CULTUREL français. Et je demande dès aujourd’hui son classement au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Suis-je bête : Noël est…déjà classé au patrimoine mondial !!

http://www.unesco.org/culture/ich/index.php?lg=fr&pg=00011&RL=00865

PS: ce vieux texte, écrit dans « Le Post »…

http://archives-lepost.huffingtonpost.fr/article/2011/12/23/2666816_bon-anniversaire-p

Le ventre tendu de la femme faisait encore ressortir sa maigreur. Son visage émacié, défiguré par la peur, ressemblait à quelque masque antique. Les soldats entouraient le petit groupe de réfugiés, parlaient fort, hurlaient en faisant des mouvements brusques avec leur kalachnikovs. Deux fillettes avaient déjà disparu depuis la veille. Tout le monde savait ce qu’il était advenu d’elles, jetées en pâtures aux mercenaires assoiffés de vengeance…

Elle recula à petits pas. Son compagnon, qui avait réussi à échapper à la vigilance des soldats, embusqué derrière un buisson desséché, lui faisait de petits signes. Elle parvint à le rejoindre, et ils quittèrent le camp, passant de tente en tente.

Le lendemain, l’homme réussit à trouver un abri. Une case abandonnée, dans un village fantôme. Il avait même récolté quelques feuilles de bananier, qu’il déposa délicatement sur une couche de terre. La famine et la guerre avaient décimé toute vie. Mais lorsque la jeune femme revint, après s’être longuement accroupie sous l’unique arbre du village, seule, sans un mot, serrant l’enfant dans ses bras minces comme des fétus, l’homme sourit.

Il coucha le nouveau-né sur les feuilles, et vit soudain arriver trois enfants, les mains chargées de présents : une bouteille d’eau pour sa compagne épuisée ; un linge pour recouvrir le bébé ; une galette de mil pour lui.

Au ciel d’ébène si pur du Soudan dévasté, une étoile soudain se mit à scintiller. Aminata commença à chanter une douce mélopée. Sur le chemin qui menait vers la brousse, des dizaines de villageois étaient déjà rassemblés, sans peur et sans haine. La vie était revenue.***

La ville hurlait et bruissait et criait et grondait. On avait l’impression de vivre dans quelque cauchemar. Ou plutôt d’y mourir.

Mary gémit. Elle errait depuis des jours et des jours, de foyer en foyer. Jo, son ami, à bout de forces, lui aussi, toussait à perdre haleine. Ils avaient épuisé toutes leurs réserves, et la jeune femme sentait que sa délivrance était proche.

Soudain, elle eut une idée, et enjamba simplement une balustrade. Voilà. C’était là. Elle accoucherait dans Central Park. Elle eut le temps de demander de l’aide à une passante bienveillante, puis s’enfonça dans la nuit, suivie de son compagnon et de leurs chiens.

Jo réussit à crocheter la serrure de la vieille cabane de l’abri aux oiseaux. Il était temps. Mary s’effondra à même le sol, prise de douleurs. Leurs deux chiens se postèrent près d’elle, et il sembla à Jo que leurs corps efflanqués faisaient comme un rempart de dignité à son épouse.

Lorsqu’il tint le nouveau-né dans ses bras, au-dessus du braséro de fortune, alors que Mary se reposait un peu, il vit soudain comme un arc-en-ciel se dessiner dans la nuit new-yorkaise. Et cette lumière se confondit avec celle des phares de l’ambulance des services sociaux.

La neige avait déjà recouvert leurs traces, mais l’infirmier noir lui sourit en le félicitant. Il raconta en riant qu’une foule étrange s’était rassemblée devant les grilles, agenouillée et recueillie. « Hey, men, it’s amazing ! Is this boy the Lord ? My goodness, hey, I’m a muslim ! Shit ! »***

La mer, la mer allait revenir. C’était ce que sa grand-mère criait toutes les nuits, dans ses cauchemars. Mais Mako savait bien que ce n’arriverait plus. Elles étaient parties bien loin de la côté dévastée et de la Centrale…

Jôgo n’allait pas tarder. Mais Mako savait que les nouvelles seraient mauvaises ; elle avait entendu le poste. La radioactivité ne laissait pas de répit à leur avenir.

Et pourtant son ventre était rond comme un bol de thé retourné. Et elle sentait que le bébé allait naître, aussi sûrement que reviennent les fleurs de cerisier au printemps…

Jôgo et sa jeune compagne avaient perdu tous les leurs. Ils étaient seuls, et veillaient sur leur ancêtre. Cette nuit là, alors que la lune rouge éclairait le paravent, Mako poussa de toutes ses forces, comme le vent avait poussé la mer. Mais cette fois, c’est la vie qui revenait.

Des voisines arrivèrent au matin, en soques de bois et kimonos traditionnels, offrant à la jeune mère du riz parfumé, une branche de cerisier et un cerf-volant.

Elles racontèrent que des villageois s’étaient rassemblés durant la nuit, guidés par une étrange étoile. Il se murmurait que l’Empereur du Ciel était de retour. Au somment du mont Fuji, une neige immaculée berçait l’aube de ses tendresses.

Et de pays en pays, de ville en ville, de solitude en désert, de détresse en souffrance, la vie va et vient, en dépit des guerres et des hostilités ; et depuis plus de deux mille ans, des souffles chauds et des présents sont échangés au-dessus des couches de misère, et depuis plus de deux-mille ans, des étoiles guident les hommes vers des espoirs de paix.

Celui qui croit au ciel et celui qui n’y croit pas restent frères. De Fukushima au pays d’Obama, au Sodan, en Corée ou à New York,  et ce depuis la nuit des temps…Les femmes font des enfants, au plus profond des camps et des barbaries, et les hommes élèvent et protègent ces petits êtres, et tant que des bébés naîtront, envers et contre tout, au plus noir d’une nuit de décembre, au cœur des haines et des persécutions, alors des étoiles nouvelles apparaîtront dans le ciel de nos terres.

Il est né, le Divin Enfant.

Happy Birthday, Djéseuss !!!!