#Jesuisl’Eurovision

#Jesuisl’Eurovison

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 http://fr.wikipedia.org/wiki/Concours_Eurovision_de_la_chanson

En zappant l’autre jours sur mes chaînes Numéricable, je trébuchai sur KTO, jouxtant les chaînes d’info, et tombai sur les audiences matinales : on y voyait un jeune prélat bien digne s’exprimer en français, justement, expliquant que Sa Sainteté allait accueillir et bénir une délégation francophone, venue de l’hexagone et de Côte d’Ivoire, avant la traduction italienne. Amusée, je tendis une oreille en faisant la vaisselle dans la cuisine adjacente, avant d’entendre les autres annonces faites par des men in black vanticanisés et polyglottes, en allemand, anglais, espagnol, portugais…

Et, lors de chaque intervention, je me réjouissais de tout comprendre, ou presque, puisque j’avais eu la traduction initiale en allumant mon téléviseur ; en effet, quelle beauté pour un linguiste que d’entendre ces langues qui se frôlent, se recoupent, se caressent, avec leurs sororités, leurs sonorités gémellaires, si souvent issues du latin que notre chère ministre voudrait pourtant vouer aux Gémonies…Ce mot de « Notre-Père » prononcé dans plusieurs langues européennes ne fut pas loin de m’arracher une larme, et en même temps je me préparais déjà mentalement à vous parler d’un autre moment festif et télévisuel, auquel nous assisterons ce soir, durant lequel, là aussi, Babel arrive en nos foyers : l’Eurovision !

Marianne James parlait à l’instant des « paillettes » et des franges sur France Info, et situait son attachement à cette grand-messe européenne dans un rapport au disco, à la « variétoche » et aux supers gagnants devant l’Éternel, les mangeurs de knäckebröd d’Abba. Mon propre rapport à cette compétition aux allures de cérémonie internationale relève justement plutôt de mes origines bi nationales et de ma fascination pour cette Europe qui a grandi en même temps que moi…

http://www.huffingtonpost.fr/sabine-aussenac/prix-nobel-union-europeenne_b_1960721.html

L’Eurovision, dans ma mémoire, ce n’est pas seulement la fameuse musique d’ouverture et les directs dans diverses langues, avant le score final scandé en anglais, avec les inénarrables « Germany, two points » et autres résultats faisant trembler les paillettes des candidats respectifs ; c’est aussi et surtout ces coups de téléphone que ma maman et sa propre mère se passaient, en cette époque lointaine où, pour appeler Duisburg, il fallait transiter par une standardiste en lui expliquant « D comme Daniel, U comme Ursule… » ; et ces autres appels que, des décennies plus tard, j’échangeais avec ma propre sœur, partie à son tour, mais dans l’autre sens,  civiliser le teuton outre-Rhin ; puis, mais ces coups de téléphone-là se sont hélas taris, car mes chéries ne veulent plus se ringardiser, mes échanges avec mes filles, exilés en quelques lointaines villes hexagonales. Oui, en ce samedi soir sur la terre durant lequel l’Europe pousse la chansonnette, dans ma famille bi nationale et depuis toujours européenne convaincue, on se parle, on échange, on compare, on écoute, aussi religieusement que le font des millions d’hommes lors de finales de Coupe du Monde !

https://www.youtube.com/watch?v=ejJvlA-8nXY

Alors quand, ce soir, retentira le générique de mon ex ORTF adoré, j’aurai une pensée pour cette Europe que tant d’adversaires dénigrent et conspuent. Parce que l’Eurovision va bien au-delà des paillettes et des franges, et même des chansons, qui, je vous le concède, sont bien souvent de piètre qualité et de nos jours envahies par la terrible guimauve anglo-saxonne en reléguant l’esprit originel aux oubliettes. Parce que peu me chaut que la France n’ait pas gagné depuis mes seize ans et la frange de Marie Myriam.

https://www.youtube.com/watch?v=XgqvJhII6E0

Je préfère me souvenir des premières retransmissions, quand notre Europe balbutiante apprenait ce vivre ensemble culturel qui, n’en déplaise aux pisse-vinaigre et aux grincheux (et même si quelques années plus tard il fut parfois de bon ton pour Israël de ne presque pas attribuer de points à l’Allemagne…), contribue lui aussi à l’entente plus que cordiale entre les pays membres.

Bien avant Schengen, Arte, le Channel tunnel ou l’euro, le concours de l’Eurovision a symbolisé notre Europe de paix et de partages, qui, une fois l’an, entre champagne, variétés et paillettes, transforme nos divers paysages audiovisuels en annexes bariolées et chatoyantes des austères Parlement et Commission, lorsque de plantureuses femmes permanentées énoncent joyeusement ces scores qui, à défaut de bouleverser l’ordre du monde, feront du pays élu le vainqueur pacifique de ces joutes européennes.

Et le meilleur cru de ces décennies frangées et miroitantes demeure, dans ma propre mémoire, celui de 2003, quand une féérie dansante turque amena ce pays aux portes de cette Europe tant convoitée, quand une douce mélopée hexagonale fit même tressaillir notre score, et quand la Pologne présenta une chanson en deux langues, l’allemand d’un ovni aux cheveux rouges s’accordant au polonais d’une belle pour psalmodier un véritable hymne à la paix dont je vous livre le refrain :

Keine Grenzen, keine Fahnen

Von dort oben ist die Welt einfach nur schön

Keine Länder, keine Völker

Keine Kriege kann man von dort oben sehn

 Pas de frontières, pas de drapeaux

De là-haut le monde est tout simplement beau

Pas de pays, pas de peuples

De là-haut on ne voit pas de guerres

https://www.youtube.com/watch?v=8nGZAzG429w

Et voilà la marche turque des gagnants de cette Europe de cœur :

https://www.youtube.com/watch?v=axJt-Rw2Urg

Alors ce soir : rêvez, écoutez, dansez, et…ne gâchez pas la fête à ceux qui en profitent !

 

 

Européenne…

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Quelle connerie la guerre

Qu’es-tu devenue maintenant

Sous cette pluie de fer

De feu d’acier de sang

 Prévert, Barbara

Souvent, je l’imagine, ma maman. Le visage défiguré par la terreur, les mains agrippées à celles de sa propre mère tentant sans doute de faire un rempart de son corps à ceux de ses quatre enfants, dans le vacarme assourdissant des bombardements.

Encore aujourd’hui, ma mère tressaille en entendant un avion survoler l’azur de son petit paradis tarnais. Elle est pourtant bien loin de sa Rhénanie natale, et bien de l’eau a coulé dans le Rhin depuis ces années où, petite fille aux nattes blondes et aux yeux si clairs, elle espérait le retour de son père parti sur le front russe en tremblant sous les bombes des Alliés, son ventre criant famine quand elle cherchait des épluchures de pommes de terre pour les dévorer…

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Mon père, lui, n’a de la guerre presque que des souvenirs joyeux. Ils n’étaient pas bien malheureux, son grand-frère et lui, dans le petit village de la campagne tarnaise depuis lequel mon grand-père français aidait les Maquisards, cachant des armes sous les tuiles et continuant sans doute à déguster les cochonnailles préparées par ma grand-mère.

J’ai grandi entre les récits de ces deux enfances si différentes, écartelée parfois dans ma propre mémoire, tandis qu’à l’école des petites pestes écervelées de mon école de filles me surnommaient « Hitler », quand les métissages n’étaient pas encore à la mode et que les familles respectives de nos parents, de nos courageux parents, apprenaient à se connaître et à dépasser les brûlures de l’Histoire.

http://raconterlavie.fr/recits/une-enfance-franco-allemande/#.VUzZRPntmko

Point n’est besoin d’avoir épluché les ouvrages de psycho généalogie pour comprendre que deux sangs différents couleront toujours dans mes veines, et que je suis l’humble produit d’une fabuleuse réconciliation. Toujours retentiront en moi les sirènes qui épouvantaient ma mère, mais aussi les clameurs d’allégresse de la libération de Toulouse. Et je porte encore les griffures des petits doigts des millions d’enfants sacrifiés dans les chambres à gaz, l’empreinte de la Shoah s’étant inscrite dans ma culpabilité d’enfant de la troisième génération comme un tatouage au bras d’un prisonnier…

https://www.youtube.com/watch?v=tmMsR3fZjb0

http://www.refletsdutemps.fr/index.php/thematiques/culture/histoire/item/comme-de-longs-echos-qui-de-loin-se-confondent-2

Je sens aussi le froid mordant de l’Ukraine bleuir les lèvres de ce grand-père allemand que j’ai chéri plus que tout au monde. Et j’entends d’autre part aux vacances la voix claire encore de mon oncle français me rapporter les récits de la fin de la guerre…

http://www.oasisdesartistes.org/modules/newbbex/viewtopic.php?topic_id=53927&forum=18

Alors quand des élèves  soupirent en m’entendant leur demander ce que l’Europe signifie pour eux, quand certains ne savent pas qu’il y a eu une autre guerre sur notre continent depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, quand je les sens indifférents aux mots paix, mémoire, patrie, réconciliation, Europe, mon sang mêlé ne fait qu’un tour.

Car cette année, à Toulouse, au lendemain de ce 8 mai où le monde entier commémore de concert la fin des années de barbarie et de violences, nous inaugurerons le 9 mai, journée de l’Europe, cette semaine de l’Europe qui fêtera les 65 ans de la déclaration de Robert Schuman :

http://esl.ut-capitole.fr/semaine-de-l-europe-a-toulouse-516478.kjsp

http://www.europe-toulouse.eu/?p=2400

Et il me semble capital de sensibiliser les jeunes à l’importance de notre Union Européenne, symbole du pouvoir de la Paix. Je ne veux pas aujourd’hui polémiquer autour de la crise, de la dette grecque, de la pseudo nouvelle hégémonie de l’Allemagne, d’éventuelles sorties de l’Euro. Je tairai les innombrables critiques des eurosceptiques et des empêcheurs de construire en rond, et puis les phrases perfides de ceux qui, encore aujourd’hui, me disent parfois que « dans le sud-ouest, il est encore difficile de pardonner, c’est pour cela que l’allemand est en perte de vitesse… »

Non, je voudrais m’incliner devant ceux qui ont su, malgré les outrages et les horreurs, redonner du sens à la fraternité et au pardon, osant faire du paysage dévasté de nos contrées européennes un nouveau tableau de prospérité et de partages. Je voudrais remercier mes quatre grands-parents d’avoir osé se réunir à la table d’un mariage en août 1959, quelques années à peine après que la botte de l’occupant nazi ait dévasté notre pays, pour festoyer ensemble malgré les millions de victimes, pour s’assoir ensemble sur les bancs d’une petite chapelle et dans un hôtel de ville, osant ainsi faire partie des pionniers de l’esprit européen.

http://www.poesie-sabine-aussenac.com/cv/portfolios/image_je-suis-la-sourciere

Mon grand-père allemand dans son hameau tarnais; et une tablée familiale avec mes grands-parents français...
Mes deux grands-pères..

Je voudrais remercier nos parents qui nous ont élevés avec bon sens et respect des traditions, nous permettant de grandir dans la richesse de deux cultures, dans le bilinguisme et l’ouverture d’esprit, entre foie gras et pâtisseries allemandes, entre Goethe et Hugo, nous prouvant chaque jour que leur choix avait été le bon, puisque leur couple a lui aussi résisté à l’usure du temps, comme le couple franco-allemand, toujours et encore « le moteur de l’Europe ».

Ainsi je me sens  Tarnaise, Toulousaine, française, mais aussi Rhénane, allemande, et, encore et toujours, européenne.

J’ai l’Europe chevillée au corps et au cœur, de l’Hymne à la joie au jingle de l’Eurovision, des discours de Schuman aux libertés de l’espace Schengen, petite occitane rêveuse et blondinette en « Dirndl », et, surtout, avec la certitude que la paix durable n’est le fruit que des combats, de ces combats des Grands qui signent les traités et prononcent les discours, mais aussi de ces millions de combats quotidiens des humbles qui osent la fraternisation et qui se retroussent les manches pour que plus jamais ne retentisse l’alarme.

Faites que jamais ne revienne

Le temps du sang et de la haine

Car il y a des gens que j’aime

A Göttingen, à Göttingen.

https://www.youtube.com/watch?v=s9b6E4MnCWk

Je m’incline ainsi ici devant ces milliers de collègues qui, de part et d’autre du Rhin, ont organisé tant d’échanges scolaires bien avant les superbes organisations actuelles et qui, depuis des décennies, ont permis aux enfants de nos deux pays de découvrir le pays de l’Autre !

http://www.education.gouv.fr/pid25535/bulletin_officiel.html?cid_bo=88421

Vive la paix, vive l’Europe, et vive le couple franco-allemand !

https://www.youtube.com/watch?v=GBaHPND2QJg

http://www.huffingtonpost.fr/sabine-aussenac/prix-nobel-union-europeenne_b_1960721.html

Ma mère et sa belle-mère...
Ma mère et sa belle-mère…

Curricumum vitae…

Rhénane

Pour les étés de mon enfance
Bercés par une Lorelei
Parce que née de forêts sombres
Et bordée par les frères Grimm
Je me sens Romy et Marlène
Et n’oublierai jamais la neige

Rémoise

Pour un froid matin de janvier
Parce que l’Ange au sourire
A veillé sur ma naissance
Pour mille bulles de bonheur
Et par les vitraux de Chagall
Je pétille toujours en Champagne

Carolopolitaine

Pour cinq années en cœur d’Ardennes
Et mes premiers pas en forêt
Pour Arthur et pour Verlaine
Et les arcades en Place Ducale
Rimbaud mon père en émotion
M’illumine en éternité

Albigeoise

Pour le vaisseau de briques rouges
Qui grimpe à l’assaut du ciel bleu
Pour les démons d’un peintre fol
Et ses débauches en Moulin Rouge
Enfance tendre en bord de Tarn
D’une inaliénable Aliénor

Tarnaise

Pour tous mes aïeuls hérétiques
Sidobre et chaos granitiques
Parce que Jaurès et Lapeyrouse
Alliance des pastels et des ors
Arc-en-ciel farouche de l’Autan
Montagne Noire ma promesse

Occitane

De Montségur en Pays Basque
De la Dordogne en aube d’Espagne
Piments d’Espelette ou garigues
De d’Artagnan au Roi Henri
Le bonheur est dans tous les prés
De ma Gascogne ensoleillée

Toulousaine

Pour les millions de toits roses
Et pour l’eau verte du canal
Sœur de Claude et d’Esclarmonde
Le Capitole me magnétise
Il m’est ancre et Terre promise
Garonne me porte en océan

Bruxelloise

Pour deux années en terre de Flandres
Grâce à la Wallonie que j’aime
Parce que Béguinage et Meuse
Pour Bleus de Delft et mer d’Ostende
En ma Grand Place illuminée
Belgique est ma troisième patrie

Européenne

Pour Voltaire Goethe et Schiller
Pour oublier tous les charniers
Les enfants blonds de Göttingen
Me sourient malgré les martyrs
Je suis née presqu’en outre-Rhin
Lili Marleen et Marianne

Universelle

Pour les mots qui me portent aux frères
Par la poésie qui libère
Parce que j’aime la vie et la terre
Et que jamais ne désespère
Pour parler toutes les langues
Et vous donner d’universel.

Lorsque Sète scintille et regarde au Levant

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Lorsque Sète scintille et regarde au Levant

Lorsque Sète scintille et regarde au Levant,
La mer clame innocence et caresse soleil
De reflets azurés charmant l’astre vermeil,
Quand au loin s’éparpillent mille grands oiseaux blancs.

Les pêcheurs se reposent, la criée bat son plein,
Des enfants aux joues pâles font au sable une offrande :
Coquillages et palourdes danseront sarabande,
Et les vagues moutonnent comme un blé en levain.

Vers le Môle endormi un fantôme sourit,
C’est le bel Exodus qui découvre Arcadie.
En chemin de Saint-Clair on entend tourterelles.

Les genêts et les roses en fauvisme éclatant
Y conduisent nos pas vers un ciel d’hirondelles
Qui survolent d’onyx les tombeaux des plus grands.

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http://www.oasisdesartistes.org/modules/newbbex/viewtopic.php?topic_id=194676&forum=2

Colzas…

Crédits Anne-Lorraine Guillou-Brunner, https://horscadre.ovh/

Les champs de colza

 

Les champs de colza,

d’or jaune fruité,

un soleil presque, au gris

du printemps,

troupeau d’étoiles là,

en aube et rosée.

 

Les champs de colza,

Une promesse si furtive.

Comme clair de lune en plein

champs.

Feux-follets, rêve d’huile, parfums,

voilà l’été qui vient au vent.

 

Les champs de colza,

ma brillance, ma danse.

Je file comme en lisière de

monde. Assise dans le train, apprendre à

étinceler.

L’étincelle de vie brûle comme drapeaux.

Crédits Anne-Lorraine Guillou-Brunner, https://horscadre.ovh/

Die Rapsfelder

http://sabine-aussenac-dichtung.blogspot.fr/2015/04/die-rapsfelder.html

Die Rapsfelder

Gold gelb fruchtig,

eine Sonne wie

im Frühlingsgrau,

ganze Sterne da im

Morgentau.

Die Rapsfelder

ein Versprechen so flüchtig.

Fast ein Mondlicht in

den Feldern.

Irrlicht, Traum, Ölduft,

da kommt der Sommer mit seinem Wind.

Die Rapsfelder

mein Glanz, mein Tanz.

Ich sause wie am Rande

der Welt, sitze im Zug

und lerne strahlen;

der Funke Leben brennt wie Fahnen.

Je me souviens souvent du granit du Sidobre

 

Je me souviens souvent du granit du Sidobre

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 Je me souviens souvent du granit du Sidobre,
Des sentes oubliées comme un soleil d’octobre.
Comme au matin du monde les rochers s’élevaient,
Beaux géants tutélaires, immobiles guerriers.

Nous ouvrons les fougères comme on peigne une femme,
En marchant sur des mousses aux murmures secrets.
La source, serpentine, un grelot à nos âmes,
Toute ourlée de cresson, en attente de fées.

Tous ces noms aux symboles, Roc de l’Oie qui étonne,
Trois Fromages empilés par les siècles amusés,
Et puis le Lac du Merle aux fraîcheurs empesées :

Nous foulons en silence le Chaos qui résonne…
Je reviendrai bientôt, Autanette rêveuse,
Vers la Quille du Roy qui me rendait heureuse.

http://www.montredon-labessonnie.fr/fr/tourisme/sentiers_33.html

http://short-edition.com/oeuvre/nouvelles/lo-roc-tremolant

Lo ròc tremolant…

Il se dressait, seul, imposant, terrible.
L’orage déchirait la nuit, les grands sapins ployaient sous la neige. Un sanglier passa en humant l’air chargé d’éclairs, puis ce fut le silence.
Cela faisait si longtemps. Les nuées avaient laissé la place au soleil, et puis les grands animaux avaient parcouru les terres et les vents. L’eau s’était retirée bien des siècles auparavant, laissant non loin de lui ce lac entouré par ses frères, et ce coulis qui faisait grisonner la montagne.
Ils étaient apparus ensuite ; nus, apeurés, affamés. Seuls ou en groupes, ils l’évitaient, enjambant de leurs pattes velues les ronces et les fougères, grognant et rugissant. Il devinait que ces animaux-là n’étaient pas comme les renards, les belettes et les loups ; leurs regards lui parlaient, et lorsqu’ils commencèrent à enterrer les cadavres de leurs tribus, il comprit que la terre avait trouvé ses maîtres.
Il les avait vus grandir, se redresser au fil des ans, des siècles. Les fronts s’étaient aplanis, les poils avaient laissé la place à des torses moins fournis, les sexes s’étaient couverts de fougères.
Un soir, tout près, sous la grotte voisine, elle avait jailli, miracle de beauté, étincelle de vie : la première flamme. Peu après les chants avaient commencé, et puis les psalmodies. Il avait vu les mains ornées de la boue rouge des bois se poser sur les pierres, et même un jour observé la jeune fille qui, penchée au-dessus du lac, souriait à son reflet paré d’une couronne de fleurs.
La neige ne cessait pas de tomber, elle recouvrait déjà l’humus et les souches. Toute la journée, un combat avait opposé deux clans qui se disputaient la vallée. Les hurlements, le sang, ces lances de bois qui sifflaient… Il s’était tenu coi, se contentant de garder sa position, veillant jalousement sur celle qui dormait sous ses formes.
C’était la même jeune fille. Depuis quelques mois, son flanc s’était arrondi, et elle avançait plus lourdement vers l’onde. À chacun de ses passages, elle posait une main sur lui, s’appuyant sur sa force pour atteindre la rive proche. La veille, quelques heures avant le début du combat, elle avait rampé jusqu’à la cavité moussue qui sous-tendait le géant.
Elle se mit à gémir. Les autres avaient disparu, morts, sans doute, ou déjà dévorés par les bêtes. Elle était seule, entièrement seule, la dernière de sa tribu, peut-être. Il entendait ses halètements, il sentait le souffle animal de la femme en gésine. Bientôt elle hurla, ses cris résonnant sous la voûte, et seul l’Autan lui répondit. Il sentait la main griffer ses aspérités, il percevait l’odeur musquée de sa peur et de ses douleurs, il voyait le ventre se déchirer, s’offrir à la nuit et au temps.
L’enfant parut à l’aube, lorsque les premiers rayons du soleil dissipèrent les brumes sur le lac gelé. La femme hurla de joie et rampa jusqu’aux fougères proches, emmaillota le petit d’homme en lui murmurant des douceurs ; elle avait croqué dans le cordon elle-même, puis gratté sous la neige afin d’enterrer une dernière partie de ses entrailles. Le sang rouge illuminait la neige blanche de la couleur de la vie.
Il se sentait fier. Elle lui confia l’enfant une journée entière, et il commençait à se demander comment il le nourrirait quand elle réapparut. Un homme debout marchait à ses côtés, et la soutenait. Ensemble, ils se penchèrent et prirent le nourrisson qui se jeta avidement sur les seins gonflés de sa mère.
Cette dernière s’accroupit dans ce qui restait de la caverne. L’homme, lui, s’agenouilla devant lui, en déposant trois pierres taillées l’une sur l’autre. Il marmonna en se prosternant, encore et encore. Il passa ensuite ses mains sur la roche en répétant « granit, granit ».
C’est ainsi qu’il apprit son propre nom, après des millénaires.

Les siècles avaient passé. Ils avaient poli ses flancs et boisé la forêt. Les mêmes animaux hantaient les buissons et les rives, mais les hommes avaient changé. Il devinait à leurs odeurs que leur vie se poliçait. Un village était apparu à l’autre bout du lac. Il se souvenait des premières grottes, puis des peaux de bêtes tendues au-dessus des branchages, et admirait la dextérité de ceux qui savaient à présent parler, rire et prier.
Les enfants surtout l’amusaient. Il les entendait pleurer lorsque les mères les accrochaient aux branches en allant à la cueillette, puis, des siècles plus tard, en cultivant les champs. Et puis il les voyait ramper vers lui au-milieu des herbes folles, apprendre à l’escalader, se cacher dans sa cavité, rire de leur écho… Bien sûr, ils disparaissaient rapidement, trop souvent. Il savait qu’il ne devait pas s’attacher. Toutes ces fillettes aux joues roses et au regard de braise, tous ces garçonnets hardis, tant d’entre eux mourraient des fièvres du lac, ou simplement de faim, les années où même les glands ne tombaient plus dans la chênaie…
Il se sentait moins seul lorsque les rires fusaient à ses pieds. Certes, ses frères se dressaient, eux aussi, dans toute la vallée, dans cette Montagne Noire aux couleurs aussi sombres que ce Moyen-Âge tourmenté. Les villageois avaient oublié que leurs ancêtres honoraient certains rochers, lorsqu’ils en avaient fait des dolmens et menhirs sacrés, mais ils respectaient ces géants tutélaires. Cependant, il était le seul à dominer le lac.
Elle venait souvent s’asseoir à ses côtés, cette belle jeune femme rousse que les autres appelaient « la sorcière ». Il voyait la jolie rouquine prélever l’eau noire et la faire chauffer dans son grand chaudron en y jetant toutes sortes de simples. Il voyait les femmes qui venaient boire les potions, les boiteuses qui ne boitaient plus, les aveugles qui ne titubaient plus, les vierges qui devenaient grosses. Il voyait aussi les hommes qui grattaient à la porte de sa cabane, perchée sur le monticule dominant le lac, et la femme qui les repoussait.
Elle s’offrait à la lune les soirs de grand vent, dénudant sa peau laiteuse sous les étoiles glacées. Elle ôtait un à un les oripeaux qui couvraient son beau corps de déesse, et baignait ses formes rondes sous la lueur de la lune grosse. Il voyait ses seins balancer joyeusement, quand elle poussait de grands cris en caressant la mousse de son dos, offerte devant l’astre, les cuisses écartées pour recevoir tous les rayons, avant de se relever et de chanter de plus en plus fort, en caressant son Mont de Vénus palpitant contre la pierre chaude de son ami le géant. Il sentait les battements de son cœur s’accélérer, il respirait le parfum musqué de sa peau de rousse, il entendait les gémissements de sa gorge enivrée de plaisir.
C’est un de ces soirs qu’ils arrivèrent du village, toute une troupe de paysans excités. Ils portaient des gourdins et des fourches, leurs visages boursouflés par les disettes étaient rouges et mauvais.
La diablesse, comme ils l’appelèrent en l’attachant à ce grand saule pleureur, à quelques pas de lui, se débattit et lança des imprécations, les menaçant de l’enfer s’ils ne la lâchaient pas. Mais ils étaient les hommes et elle était la femme, et ce qu’il voyait depuis la nuit des temps arriva, potentialisé par leur rage d’avoir été délaissés par celle qui vivait libre. Oh, oui, il en avait vu, des viols, des viols terribles, quand les soudards poursuivaient les petites paysannes en sabots, quand elles pleuraient et suppliaient en patois, et qu’ils riaient, insensibles, trousseurs de vierges et d’innocence. Il avait tant de fois abrité des horreurs sous sa robe grise, ne pouvant se mouvoir d’un millimètre pour sauver ces enfants…
Ce soir-là, l’un après l’autre, les rustres violèrent la sorcière, enfonçant leur rage et leur pauvreté dans le corps de celle qui avait osé leur résister. Les longs cheveux cuivrés ondulaient telles des flammes, et la jeune femme avait fermé ses yeux émeraude, sachant ce qui allait suivre.
Le plus vieux des paysans alluma lui-même le bûcher. D’autres villageois, attirés par le vacarme, s’étaient massés devant le lac, les femmes jacassaient, les enfants riaient. Il enrageait tellement de ne pouvoir intervenir qu’il eut l’impression de bouger, de se mettre à trembler de rage, mais peut-être était-ce simplement dû à l’une des secousses telluriques qui agitaient parfois la montagne…
Car la terre sans doute partageait sa colère, quand elle entendit les hurlements de douleurs de la jeune suppliciée ; les flammes cuivrées de ses boucles rousses se confondaient à présent avec l’ocre du bûcher, et sa nudité bientôt ne fut plus que suie noire et braises crépitantes.
Au petit matin, un garçonnet approcha un bâton de peuplier des cendres, avant de s’amuser à tracer des signes noirs sur le granit du géant du lac. C’est exactement à ce moment que, pour la première fois, en plaçant le bâton à l’angle de la cavité, un petit d’homme comprit que le rocher pouvait faire mine de basculer. Dans la nuit, celui qui était immobile depuis la nuit des temps avait bougé. En communion avec ce qui restait des lambeaux de vie de sa rouquine, la pierre s’était animée.
C’est à compter de ce jour qu’on le nomma « le rocher tremblant ». En langue d’oc, le patois disait « lo rôc tremolant ».

Ils commencèrent à dépecer ses frères après la Grande Guerre. Le bruit était atroce. Les hommes coupaient, taillaient, tranchaient dans le vif de la pierre, sans entendre ses hurlements silencieux et sans prendre en compte les soubresauts de son âme. Car c’est l’âme même du Sidobre qu’ils saccageaient allègrement, au gré des pierres tombales qu’ils fabriquaient à la chaîne, avides de ce granit tels vautours devant chair éventrée. Dans leur affreuse curée, ils égorgeaient les cous graciles des menhirs qui se dressaient comme des vierges offertes à des vainqueurs, ils souillaient de leurs outils les dolmens impassibles, ils faisaient crisser leur avidité au rythme de leurs engins.
Il contemplait ces contempteurs de paix comme un prêtre assiste à un massacre. Le bruit des dépeceurs couvrait à présent les sons de la forêt. Les sangliers, les hermines et autres faisans s’étaient fait la belle, tandis que ce qu’ils nommaient la « civilisation » avait éventré son royaume. Les fougères pleuraient, tandis que le lac, que l’on nommait à présent « du Merle », ne chantait plus de ses eaux vives qui sourdaient de la Montagne Noire.
Lui, le géant, était épargné. Sa singularité lui valait, depuis plusieurs siècles, la bonté des paysans et des promeneurs du dimanche. Les cartes postales jaunies montrant quelque gamin qui, armé d’un simple morceau de bois, faisait trembler les tonnes de granit, ornaient les manteaux des cheminées des fermes, aux côtés des calendriers des postes couverts de chiures de mouches et des Rameaux se desséchant sur le crucifix cloué au mur. Il faisait partie des meubles, comme quelque souvenir que l’on se transmettrait de génération en génération.
Le bruit de leurs bottes cependant le tira, un dimanche de Pâques, de sa torpeur printanière. Ce bruit-là différait de celui des semelles des carriers. Il martelait en rythme la campagne tarnaise, comme auparavant il avait martelé les allées de Birkenau, comme bientôt il martèlerait les ruelles d’Oradour-sur-Glane. La forêt pourtant rayonnait de cette splendeur de mousses et de jonquilles, et le lac miroitait entre deux averses comme aux temps de l’ancien monde, quand des femmes encore venaient enfanter en ses combes.
Il sursauta presque quand la fillette chuchota en se glissant dans la cavité ancienne. Elle lui demandait de se taire, en lui murmurant un secret qu’il fallait garder, ce sans quoi les « méchants soldats » l’attraperaient pour lui faire du mal. Ils avaient déjà fait du mal à sa maman, elle avait tout vu, quand, au camp de Rivesaltes, on l’avait battue jusqu’à la mort, avant que Michel et Louise ne la cachent dans les Monts de Lacaune, là-haut. Et puis tout avait recommencé, les chiens, les cris, les coups de feu, et Louise pleine de sang lui avait dit de courir dans la forêt, de se cacher dans le « rôc tremolant », là où elles s’étaient promenées avant le Carême.
Il se fit tout petit. Il aurait voulu disparaître, enfin, avec l’enfant. Il tenta de se faire encore plus gris qu’il n’était, essayant de toutes ses forces de ne faire qu’un avec le ciel minéral de ce mois de mars un peu pluvieux, espérant que les soldats n’iraient pas jusqu’à fouiller ses entrailles. L’enfant se nommait Sarah, « Princesse des eaux », et elle ressemblait à un ange. Il aimait tant les enfants, lui dont la légende disait qu’il avait été le fiancé d’Autanette, une fée que l’amour aurait égarée et dont le père l’aurait punie en la transformant en menhir de la « Quille du Roy », tandis que son amoureux était devenu le Prince du Sidobre…
Les Allemands juraient et pestaient, leurs sons rauques résonnaient dans la vallée et tranchaient avec le silence des bois. Ils étaient une dizaine d’hommes, certains jeunes encore, blonds comme les blés et pourtant noirs au-dedans comme le charbon des mines de Carmaux. Soudain, l’un d’entre eux remarqua un pan de la robe de la fillette, qui dépassait de la roche tel un fanion joyeux. Il poussa un hurlement de triomphe, pour un peu il aurait entonné du Wagner en faisant le salut nazi. Sarah sortit alors, très dignement, de son antre, aussi grise que le granit de sa cachette, ses yeux brillants pourtant comme les étoiles que les chiens avaient décrochées du ciel pour salir l’âme de son peuple.
Il n’hésita pas une seconde. Il attendit que l’enfant soit assez loin de lui pour soudain vaciller sur son socle. Comme si elle avait su ce qui se tramait, Sarah plongea dans les fourrés à la vitesse de l’éclair, tandis que les soldats, effrayés par ce qui leur sembla surnaturel, tournaient leurs regards bleus en direction du colosse ébranlé. Profitant de cette seconde d’inattention, un groupe de jeunes maquisards de Burlats, prévenus par les villageois de la fuite de Sarah et en patrouille dans la forêt, mitrailla les « Boches ».
La légende raconte que le capitaine allemand mourut un peu plus tard. Il était allé se soulager dans les fourrés et fut piqué par cinq jeunes vipères qui rêvaient, lovées dans leur antre de granit. Il recueillit son dernier soupir, pierre tombale de cette guerre abjecte après avoir été le Juste d’un instant. Un arc-en-ciel déchira la forêt, et Sarah revint chaque année, une fois la guerre terminée, embrasser son rocher, son roc, son Sinaï.

Les hélicoptères tournoyaient au-dessus des bois comme de grands oiseaux égarés. Il s’amusait de leur ballet si incongru, si différent de celui des hirondelles qui criaient de joie dans l’azur, ou de celui des buses faisant le Saint-Esprit. Parfois, il se sentait fatigué, érodé tout au fond de lui, tant les siècles avaient ruisselé de leurs guerres, famines et pestes tandis que lui, géant immobile, ne pouvait qu’accueillir l’humanité. Il lui semblait que les excès des granitiers s’étaient quelque peu estompés. Des chevelus et des filles aux seins nus égayaient parfois la forêt de leurs joyeuses banderoles, et il aimait leurs outrances, leurs feux de camp et leurs chansons.
Ces hélicos, par contre, ne lui disaient rien de bon. Un incendie, peut-être ? Ou au contraire un barrage qui aurait cédé ? La réponse arriva toute seule, quand la grosse BM pila brutalement sur le parking du lac. Ils étaient trois, jeunes comme des enfants, énervés comme des tigres affamés, beaux comme des dieux. À leurs dires confus, il comprit très vite qu’ils s’étaient fait la belle depuis la prison de Seysses, et qu’ils comptaient récupérer un magot que l’un d’entre eux prétendait caché dans le lac.
S’il avait pu, il aurait sursauté. Mais cela faisait bien longtemps qu’il ne pratiquait plus la kinesthésie, sauf pour amuser David et Esther, les petits-enfants de Sarah, lorsqu’ils venaient de Tel Aviv, chaque été… Car franchement, si quelqu’un était bien placé pour connaître tous les secrets de la forêt, c’était lui. Et malgré son grand âge, non, il n’était pas encore en train de radoter, et il gardait toute sa tête. Non, c’était très clair : le type qui prétendait avoir caché un trésor au lac du Merle mentait comme un arracheur de dents.
Il venait d’ailleurs de décrocher un pédalo de l’embarcadère et de forcer ses deux compagnons à monter dessus, malgré les protestations du plus jeune, Ahmed, qui hurlait ne pas savoir nager. Profitant d’un passage des hélicos juste au-dessus du lac, le jeune homme fonça d’ailleurs en direction de son antre, et se réfugia dans la chaleur de la pierre matricielle, caché par les fougères qui entouraient la combe. Il tremblait comme les faons qui parfois traversaient la clairière de leurs flancs palpitants, poursuivis par les meutes aboyantes de chiens de chasse aussi fatigués que leur proie.
Ahmed s’adossa contre la pierre et se mit à pleurer. Il pensait à la cité, à sa mère qui lui avait fait confiance, toujours, aux allées de ce Mirail bétonné, enclave purulente d’une Ville Rose encore traumatisée par l’affaire Merah. Il pensait au beau regard pur de la doctoresse qui soignait son père, à l’hôpital de Purpan, et qui lui avait un jour proposé de l’aider dans ses révisions pour le bac. Il pensait à la vie de ses grands-parents, au bled, à leurs espoirs déçus, à cette France qui les avait accueillis avant de les rejeter. Il toucha le roc de ses mains d’enfant qui jouaient à l’homme, et il pria, silencieusement, comme s’il touchait la Pierre Noire de la Mecque. Il voulait vivre.
Quand la police de Castres arriva à la nuit, les deux malfrats de pacotille, perdus au milieu du lac comme deux idiots de village à la foire, dépités et vaincus, se laissèrent arrêter sans problème. Le rocher tremblant se dressait sous la lune comme depuis toute éternité, semblant ce soir-là un gendarme vengeur symbolisant la République. Le chef de la bande eut beau lui faire un doigt, le rocher conserva toute sa dignité, tandis que le jeune Ahmed, penaud et terrifié, se terrait au fond des mousses tutélaires.
Au matin, quand la doctoresse se gara sur le parking, un peu frigorifiée elle aussi d’avoir roulé après sa garde de nuit, ayant immédiatement répondu à l’appel angoissé que le jeune Ahmed avait passé depuis le téléphone procuré par un cousin lors du dernier parloir, elle sourit. Le lac du Merle… Cela faisait si longtemps qu’elle ne s’était pas promenée sur ses berges envahies de joncs et de ronces. Elle se souvenait du rôc tremolant et des histoires que son grand-père lui racontait en taillant des bâtons de son opinel ; elle se rappelait le parfum des oreillettes que sa grand-mère préparait dans la minuscule cuisine du hameau de la Provinquière, et du café de Saint-Salvy de la Balme où des hommes jouaient aux cartes tandis que le fête du village battait son plein. Elle savait encore le goût des cèpes et celui des gâteaux de ce miel de montagne qui coulait dans sa bouche comme une sève originelle, lorsque son papi, apiculteur, lui en offrait en souriant sous son béret.
Il n’avait pas bougé, bien sûr. Elle s’approcha du rocher et se souvint de la fillette joyeuse qui sautait de roc en roc dans le Chaos de la Balme, et de la forêt qui chantait. Il se dressait de toute sa force tel un colosse apprivoisé, doux comme l’agneau à qui savait le prendre, néanmoins menaçant tel un forçat mené aux fers. Prisonnier de cette terre, enraciné dans cette glèbe mémorielle. Et pourtant si libre. Si seul.
Ahmed surgit devant elle, tête baissée, comme un prisonnier qui se rendrait à la police. Elle prit ses mains et les embrassa, puis serra le jeune homme contre son cœur. Elle le rassura, lui expliqua, lui raconta ce qu’elle savait de la justice. Ils y arriveraient. Elle ne le laisserait pas tomber.
Il les regarda s’éloigner, la belle et le prisonnier, l’enfer et le paradis. Il savait tout des hommes, et pourtant ces deux-là l’étonnèrent, lorsque quelques saisons plus tard ils vinrent lui présenter leurs jumeaux, nés encore durant la captivité d’Ahmed, malgré le scandale engendré par leur différence d’âge et par leurs dichotomies sociales. Ils riaient, les petits diablotins, en glissant sur ses flancs argentés comme sur un toboggan, et le gros ventre de la jeune femme rebondissait lui aussi lorsqu’elle se cognait doucement contre la pierre moussue et tendre, toute joyeuse devant les rires des petits, attendant en beauté cette nouvelle naissance. Ahmed, ou plutôt monsieur le docteur Houmir, soupirait d’aise en repensant à cette nuit où il s’était juré, blotti dans le sein de la pierre, d’honorer désormais la terre qui le portait.
Lorsque la nuit tomba sur le lac, le souvenir de la petite tribu rappela au rôc tremolant cette toute première nuit où une autre jeune femme, grosse elle aussi, s’était abritée en son sein. Et il soupira d’aise, lui aussi.
Les hommes avaient beau être fols, la terre, oui, tournait toujours autour du soleil, et les femmes enfantaient, et leurs fils et filles riaient.
Et le granit du Sidobre, comme en ces temps immémoriaux où la nature était libre et vierge, veillait sur cette terre comme on veille un enfant, la berçant sous l’Autan comme on danse au printemps.

 

 

Théâtre …à l’italienne! Les Journées du Théâtre Lycéen au TNT.

 

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Elle était là, l’Italie, le 10 avril, sur la grande scène du TNT. Vibrionnante de soleil, éclatante de rêves, foisonnante comme une rue de Naples, fébrile comme une scène de Fellini, embaumant l’atmosphère « comme un parfum de basilic dans l’assiette du monde »…

La centaine d’élèves issus de neuf lycées de notre académie, ayant pratiqué le théâtre au sein de leur établissement, étaient venus présenter à un public conquis leurs créations autour du thème de L’Oiseau vert de Carlo Gozzi, en écho à la création de Laurent Pelly, dans le cadre du partenariat entre le TNT et l’académie de Toulouse.

Cette magnifique manifestation, qui s’inscrit superbement aux côtés de « Jeunes au cinéma », du Prix d’écriture Claude Nougaro ou des « Projets d’Avenir », était donc la septième édition de ces Journées du Théâtre Lycéen qui transforment la scène du TNT en une pépinière de jeunes talents plus éblouissants les uns que les autres !

Il fallait les voir, nos jeunes, faisant mine d’être décontractés avant le spectacle, dansant nonchalamment au son des accords du groupe Down Jacket dans le hall, comme on danse à seize ans, pleins de grâce et d’innocence…

https://www.facebook.com/pages/Down-Jacket/298938433449965?fref=ts

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Mais j’ai pu aussi accompagner les lycéennes de Saint-Sernin cachées derrière la porte avant leur entrée en scène, tremblantes comme des biches aux abois à l’idée de la lumière, toutes inquiètes et pétrifiées de trac… C’est qu’il en fallait, du courage, pour monter sur cette scène qu’ont magnifiée les plus grands…

Le résultat des mois d’intense préparation a été à la hauteur de leurs espérances. Le public ne s’est pas ennuyé une minute, applaudissant à tout rompre. C’est le lycée Gabriel Fauré de Foix qui a ouvert le bal, avec un habile montage de la Divine Comédie et d’autres pièces. Mêlant airs culinaires et saveurs théâtrales, les lycéens ont, dans un déferlement de couleurs et d’audaces, restitué la belle ambiance festive de cette Italie dont ils scandèrent le nom.

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Le lycée Maréchal Soult de Mazamet, lui, avait choisi de présenter de façon plus classique les Cancans, de Goldoni, nous offrant dans une mise en scène colorée le portrait des rumeurs qui nous semblèrent étrangement actuelles… Les ragots des lavandières s’entrechoquaient aux rires des marchands de Venise dont le bel accent tarnais emporta le public…

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Vint ensuite, avec le lycée Clémence Royer de Fonsorbes,  un amusant mélimélo de deux pièces enchevêtrées, l’Oiseau vert parodié et Six personnages en quête d’auteur se disputant le premier rôle dans un fracas de gags et dans un joyeux désordre très applaudi.

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Le lycée du Caousou, de Toulouse, avait choisi de revisiter le Baron perché d’Italo Calvino, évoquant les soubresauts de révolte de l’adolescence face à l’immuable marche du monde. Il était beau, Côme, épris de liberté du haut de son arbre, ne cédant jamais au conformisme de ses aînés…

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Le lycée agricole d’Auzeville avait travaillé dix séquences de la Fête, de Spiro Simone, nous emportant dans les gestes répétés d’un quotidien entrecoupé par la fête, virevoltant dans cette ronde inachevée et burlesque.

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Au lycée Saint-Exupéry de Blagnac, on s’était approprié l’âme de Fellini, mêlant les scènes les plus époustouflantes de la Dolce Vita et d’autres chefs d’œuvres qui soudain transformèrent le TNT en grand écran… Nous aurions presque cru apercevoir le visage de Marcello et de Monica…

Le lycée Pierre d’Aragon de Muret, lui, nous offrit Dario Fo et son Apocalypse différée, facétie experte d’un imaginaire bien proche du réel, nos jeunes mimant les illusions perdues d’un monde à la dérive.

La grande surprise nous vint du lycée Saint-Sernin de Toulouse, quand soudain quatre groupes de jeunes se postèrent à différents angles de la salle, dans une scène éclatée, obligeant le public à de savantes contorsions pour entendre leur balade du jeune Jean Baptiste, librement adaptée de Bruits d’eaux de Marco Martelli, en écho bouleversant des centaines de migrants s’échouant et périssant dans les eaux de mare nostrum et de l’Adriatique… Même leurs chuchotements, si audibles malgré le seul murmure, figèrent la salle dans une émotion quasi cathartique…

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Enfin, en véritable apothéose de cette soirée inoubliable, le lycée du Castella de Pamiers nous offrit une composition chorale et fantaisiste de la vie de Silvio B., régalant les spectateurs de divers délires colorés et décalés.

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N’oublions pas non plus les intermèdes, assurés par des jeunes de différents lycées dans une joyeuse créativité annonçant les divers tableaux.

https://onedrive.live.com/redir?resid=8DAAE5B306BE4C6!17984&authkey=!ABaWOmvsFqzNmmQ&ithint=video%2cmp4

La salle applaudit longuement les acteurs en herbe, vedettes d’un soir et héros d’une vie, portant en eux les germes d’un talent certain et les promesses de tous ces avenirs bariolés que nous leur souhaitons tant…

https://onedrive.live.com/redir?resid=8DAAE5B306BE4C6!17973&authkey=!AIUDrYwiJsjtGBQ&ithint=video%2cmp4

Et comme l’avaient souligné en introduction Laurent Pelly, accompagné de Madame la Rectrice et de la représentante de la Région, chacun a eu conscience du rôle capital que le théâtre et, par là-même, les arts, peuvent jouer dans la construction de toutes ces identités lycéennes et citoyennes…

C’est bien ces promesses de l’aube, d’ailleurs, dont nous regrettons tant la mort annoncée, avec ces réformes successives qui peu à peu érodent les richesses de notre système scolaire, quand la réforme si contestée du collège supprime les dotations dédiées aux clubs, aux chorales, aux activités diverses, quand les heures de latin ou d’allemand sont menacées de disparition, comme ont été mises à mort tant d’options au lycée… Oui, la blogueuse du Monde est aussi (et avant tout !) prof d’allemand, et je sais bien que jamais mes futurs élèves n’auront l’occasion de jouer une quelconque scène de Schiller ou de Brecht, quand presqu’aucune école primaire de l’académie ne propose de l’allemand en initiation, quand deux heures suffiront à peine pour apprendre les rudiments de la langue de Goethe…

C’est bien l’inverse qu’il conviendrait de mettre en place : l’art au service de l’école, le théâtre dès la maternelle, et pourquoi pas, un jour, les Journées de la Poésie Lycéenne au TNT… Car nos jeunes ont aussi besoin de s’exprimer, d’apprendre autrement que dans les livres, ces livres qu’ils ne lisent plus, et surtout de réinvestir la réalité, pour échapper à la dictature des écrans… Et cette réalité, ne la trouveraient-ils pas avant tout dans le rêve qu’offrent l’art, la culture et la création ?

« On enseigne tout aux gens, sauf à vivre. » Marcelle Auclair.

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Et le 28 mai , les lycéens du Caousou ont à nouveau joué…dans le Cloître du lycée!

https://onedrive.live.com/redir?resid=8DAAE5B306BE4C6!20475&authkey=!AI_jlB-UJ7l7Ku8&ithint=video%2cmp4

 

http://www.oasisdesartistes.org/modules/newbbex/viewtopic.php?topic_id=69555&forum=2

http://archives-lepost.huffingtonpost.fr/article/2009/12/08/1829601_souviens-toi-du-vase-de-soissons.html

 

 

 

 

 

Kiosque en poésie: Printemps des Poètes!

Le kiosque de la Place Pinel a une acoustique unique au monde: on entend les murmures d’un pilier de béton à l’autre, et, du centre, le son se fait écho captif, immense!

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J’y dirai mes textes à la demande, aux chandelles le soir, ou les WE! Performances toulousaines pour ce dix-septième Printemps des Poètes dont le thème est « L’insurrection poétique »!

Vous trouverez mon annonce sur le site du Printemps des Poètes, dans les « événements » du département de la Haute-Garonne…

http://www.printempsdespoetes.com/

Pour découvrir notre bijou :

http://mariuspinel.over-blog.com/article-jean-montariol-concepteur-du-kiosque-pinel-1892-1966-49776868.html

http://www.lastree.net/fragmentslog/fragments/MVI_3970.AVI

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Contact via mon blog , performances à la demande!

Page facebook de l’événement:

https://www.facebook.com/kiosqueenpoesie/timeline

 

Mes mauvaises résolutions

Mes mauvaises résolutions

 

 Villa Amalia

En premier lieu, le ménage. Il est temps, puisque j’ai allègrement dépassé le quart de siècle, que mes gènes teutons fassent enfin leur digne coming out : désormais, l’appartement dans son ensemble devra briller comme une suite de palace.

Ce sera le Grand Jeu ou rien ; soupçons de poussières traqués in utero, petits savons dits d’invités dans des coupelles art déco, et même la gamelle du chat sera nettoyée régulièrement (avec une éponge réservée à cet effet, natürlich !)

A propos du chat, ces vacances d’hiver, propices à la méditation et aux illuminations existentielles, m’ont apporté la clef, le chaînon manquant à notre cohabitation : bon sang mais c’est bien sûr…Un bac se nettoie tous les jours-un peu comme on tire la chasse, in fact. Bon, soyons explicites : un bac, ce n’est rien plus que les fameuses toilettes sèches chères à nos écolos.

L’appartement, ainsi, ressemblera définitivement à ces endroits cosy qui semblent gérés exclusivement par les sept nains, ou, à défaut, par trois générations de portugaises maniaques -une pensée émue pour Dina, la seule femme de ménage que j’ai employée dans ma longue vie de labeur et qui, mélancoliquement, dans notre exil commun dans les plaines de Belgique, me murmurait:

–     Ah, Madame Chabine, la jabel, moi, ché braiment moun parfoum préféréch…

En fait, l’idée de base, c’est de rentrer après le trabail -oups, pardon, je reprends mon accent- le travail, donc, et d’avoir l’impression de revenir dans la délicieuse chambre d’hôte si chaleureusement conseillée par les guides…Oui, si vous suivez mon raisonnement, c’est tout bénef :

– Premièrement, vous économisez la femme de ménage ET la salle de gym -les escaliers du duplex patinés à la cire d’abeille, je vous jure, ça vaut deux heures de step- et vous vous refaites une sangle tout en gardant les chèques emploi service pour, je ne sais pas, un petit jardinier polonais ?

– Deuxièmement, vous économisez le dit week-end en Relais et Châteaux, puisque l’hôte, c’est vous…

Ensuite, le sport, justement. Cette année, je serai ferme. Je n’irai PAS à la Fête du sport de my little town, pour arpenter, hagarde, sous le soleil de plomb de l’été indien, une prairie desséchée où de gros gaillards s’agiteront dans tous les sens pour tenter de nous persuader, mon fiston et moi, de venir nous adonner à quelque sport à l’année…

Bon, je vous l’accorde, une telle demi-journée permet une transition visuelle agréable entre la plage et le bureau ; c’est vrai, ça et là, entre deux corps déformés par l’abus d’Armagnac et de foie gras, il reste la possibilité d’apercevoir quelque Adonis local.

Mais sinon, à quoi bon aller regarder les quinquas bedonnants du Club des Joyeux Randonneurs de Gascogne, ou les mini Pina Bausch en herbe frétillant dans leurs tutus ? Il est clair que j’ai passé l’âge heureux depuis longtemps et pas encore atteint celui de Compostelle….

Bon, ce n’est pas une raison pour racheter immédiatement du Nutella ! Je dois garder en mémoire ces lointaines heures estivales où je bravais courageusement la canicule pour arpenter les bords du Gers, en me persuadant qu’ils ressemblaient aux allées de Central Park… En plus, même en sachant que je croiserai tout au plus deux ou trois retraités gersois, je m’habillais über trendy pour mon footing, et je jure, je jure comme Scarlett devant Tara en flammes que je n’aurai plus jamais de ventre.

Mais à mon rythme.

Le régime et la gym, c’est si je veux, quand je veux. Cette année, donc, j’irai au marché. Parfaitement, et je n’en ai pas honte. Je préfère me priver d’acheter mon Cosmo ou mon Marie-Claire pour offrir à fiston de vrais repas colorés. Enfin, disons que ce serait une sorte de protocole, voilà. C’est comme pour l’appart, je veux avoir l’impression de déjeuner dans le restaurant quatre étoiles de la luxueuse clinique suisse. -chut, ne dites rien ; mais moi, je me fais mes auto injections de Nutella, ça remplace complètement le Botox.

Quant aux protocoles, tout le monde sait qu’ils sont modifiables… Alors, si un soir je renonce à la petite salade de crabe au pamplemousse et que je nous commande la super Quatro d’en bas -un plaisir des yeux rien qu’en la cherchant, tant le sourire du pizzaiolo est craquant…- j’aurais juste une délicieuse impression de vacances, là aussi… Vous me suivez ?

L’idée, c’est à la fois ce lâcher prise permanent ET cette ligne de conduite pérenne. Oui, il est là, le secret des bonnes résolutions. Un petit équilibre entre notre force et nos faiblesses ; le corps est le temple de l’âme, disait mon Saint préféré, Paul. Et l’âme doit se sentir libre, elle aussi…

Enfin, les liens sociaux. Hyper importants, les liens sociaux. Ben moi, fastoche : ma rentrée sociale, j’me la fais sur Facebook. Et puis tiens, je vais enfin adhérer à un parti, puisque je veux devenir euro députée. Chouette, c’est le double effet Kiss Cool, ce petit geste civique va m’éviter de perdre une journée de salaire dès la première grève, puisque on ne peut pas être sur tous les fronts, n’est-ce-pas ? Et puis franchement, perdre ma crédibilité d’enseignante en séchant mes cours dès la rentrée, non, c’est mission impossible.

Mais je promets aussi que je vais retourner dans la vraie vie. Finies, les nuits passées à parler de René Char avec de jeunes poètes, aussi talentueux soient-ils ; terminées, les journées où je scrutais mon écran toutes les dix minutes pour intervenir dans ce petit groupe d’intellos parisiens décalés. Je serai sage ; je vais me contenter du réel, m’intégrer dans le paysage local pour revenir à de vraies valeurs. Continuer donc à apprendre les prénoms de mes collègues comme chaque année, même si je sais déjà que je changerai de crèmerie l’an prochain…

Ce que je ne ferai plus, en vrac :

Utiliser 10 mugs dans la même journée pour mes thés et tisanes.

 Corriger mes copies devant Grey’s Anatomie, c’est trop dur, je suis trop tentée de saquer quand ça rame entre Derek et Meredith ; idem pour Medium, je suis tellement guimauve quand je vois vivre la VRAIE famille D’Alison Dubois que je mets des 20 à tout le monde…

Tricher dans le train et dire « Oh, j’ai oublié mon abonnement travail». A 54 ans, je dois absolument me convaincre de cesser ce petit frisson de l’interdit.

Shooter dans le chat, même très légèrement, quand il miaule plus d’une demi-heure après avoir déjà eu sa ration de croquettes bio.

Boire plus de 25 tasses de café par jour. Investir plutôt enfin dans une vraie machine que quand tu te fais un kawa c’est Dgeorges que tu vois dans le marc virtuel, comme ces images au fond des verres de saké…

Mettre les Gipsy King à fond; il n’est pas certain que mes voisins les aiment et ils ne savent pas forcément que cela m’aide à me concentrer lorsque je vide le bac du chat.

Écouter France Info plus de 15 minutes, voire plus, jusqu’à être capable de réciter les flashs aussi bien qu’une poésie de Maurice Carême. Basculer plutôt sur « Lahaie, l’amour, la vie » en faisant la vaisselle du midi, ça m’évitera de mourir coincée et me permettra de briller dans les soirées en donnant des adresses coquines du fin fond de ma campagne.

Ne PAS m’épiler les jambes sous prétexte que je suis « hors ligne ». Oui, on ne sait jamais. Toujours être habillée comme si Karl Lagerfeld annonçait un passage en revue de ma garde-robe. M’appeler moi-même « Ma Chééérie » comme l’autre cruche et admettre enfin ma ressemblance frappante avec Sharon Stone.

Ce que je vais tenter de faire, en vrac aussi :

Mieux trier mes ordures.

Vraiment. Pas seulement de temps à autre, en visant la bonne poubelle. Ne pas mentir à mon fils en lui disant que j’ai rapporté les piles…

Lire vraiment mes classiques au lieu de me dire que je le ferai à la retraite, parce que là, comme c’est parti, quand on arrivera à la retraite, on aura du mal à distinguer Julien Sorel de Raskolnikov, avec ou sans nos progressifs.

Je relis donc Proust, Hugo, et en même temps je me mets aux « loisirs créatifs » et j’apprends enfin à tricoter : je fais des chaussettes pour les petits prématurés du Brésil.

Lire le Monde, aussi. Non, je n’ai pas dit « acheter », ça, ça m’arrive chaque jour, puisque je suis abonnée…J’ai bien écrit « Lire ».

Ne pas passer tous mes WE enfermée, sous prétexte que je n’ai pas un sou en poche, ni le permis.

Aller à Paris. Le dire, le faire, et recommencer. Parce que la vie, la vraie, se passe statistiquement aux endroits peuplés, nantis de théâtres, de librairies, de quartiers, de rencontres.

Aller à la mer.

Sans rien. Aller à la plage en maillots et en tongues, même sans serviette, et si possible sans enfants, panier, goûter, crème solaire, ballon, livre, portable, monnaie pour les beignets, maillot de rechange, parasol, couche de rechange-bon, ok, je n’ai plus de nourrisson, c’est dans l’absolu-, bouteille d’eau, petits jus.

Juste aller à la plage, regarder, nager, se coucher à même le sable, sentir.

Aller à la montagne.

Sans rien. Aller à la montagne avec une bonne paire de chaussures, une carte et un chapeau-un bonnet selon la saison. Et surtout sans enfants, sacs, deux mille barres de survie, bâtons que je porte, guide des GR, pique-nique débordant…

Optimiser ce site de Couch Surfing sur lequel je me suis récemment inscrite, aussitôt harcelée par dix célibataires de villes de mon propre département voulant venir visiter la Gascogne ; aller voir les fiches des Finlandais, plutôt. Ou des Ibères, c’est plus près (et puis je ramènerai du Moscatel et du Touron-très bien, aussi, pour les injections, le Touron)

Travailler cette idée du lancement d’un MAXI SEXY CENTER dans mon ancien département d’adoption.

Car le foie gras, c’est has been, non?

Faire faire des cartes de visites ciblées, les garder dans des petites pochettes et les distribuer.

Sur la carte pro, bien mettre un titre ronflant et une super photo, et la donner le plus souvent possible, ne pas oublier les liens internet, et ne pas hésiter à aller au-devant des possibles. Bien sûr que ça existe, des profs qui quittent l’Education Nationale…

L’autre carte, celle où il est écrit « I’m free, what else? », je la donne comme ça, au feeling, je la tends à cet inconnu croisé au parc et qui a un si beau regard, je la dépose sur le siège de mon voisin de train qui est plongé dans la lecture de Baudelaire-si si, ça existe, aussi!!!-, et je m’épargne ainsi les 39,90 euros de l’abonnement Meetic.

Tiens, à propos Meetic, je blackliste illico toute personne faisant plus de 5 fautes d’orthographe par ligne et je me mets à faire des recherches par mots-clefs.

La quête de l’Homme doit se pratiquer avec la rigueur d’une recherche universitaire.

Je regarde les émissions intelligentes.

Je ne zappe pas quand je vois Arlette Chabot ou Yves Calvi.

Ils sont aussi respectables que Cauet et ont DROIT à leur part d’Audimat.

D’ailleurs j’arrête de regarder » Miss Swann », de toutes manières je n’aurai JAMAIS le courage de m’attaquer chirurgicalement à ma ptose abdominale, et il est HORS DE QUESTION que je me transforme en Barbie.

Et surtout :

J’admets que ma PREMIERE OPERATION esthétique a été une erreur, et j’assume enfin la joie de ma transformation:

Avant, j’étais blonde à forte poitrine, aux yeux bleus, 95/60/95, je mesurais plus d’un mètre 75 et je chaloupais des hanches et du regard.

Aujourd’hui, je porte de grosses lunettes, je mesure un mètre 60 pour 60 kilos, mais je dois être heureuse avec ce nouveau corps et cesser cette nostalgie ridicule. J’ai droit à ma différence.

En fait, cette année 2015 et mes bonnes résolutions, je voudrais les vivre comme un discours de notre ex-Ségolène, droite dans ma robe de bure blanche, lumineuse et habitée par la grâce :

Ensemble, nous serons ! Ensemble, nous agirons !

Oui, ensemble, c’est tout.

 

Merci, Chéri(e)…Udo, Joe, et les autres…

Merci, Chéri(e)…

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 « Ich will alles sein, nur niemals brav und bieder, bis ans Ende meiner Lieder »: Je veux être tout, mais jamais sage ni bourgeoisement ennuyeux, jusqu’au bout de mes chants »

Bien sûr, ce soir, nous avons appris le départ de Joe Cocker. Et il y en aurait tant, des rivières à traverser, et des amis à aider, et des chanteurs à pleurer…

Mais je viens vous parler d’un autre « vieux chanteur », en ces périodes un peu étranges où certains font de tonitruants come back en montant sur scène ou en sortant des albums comme si les années n’avaient pas de prise sur leurs voix éternelles – comme notre icône Johnny, comme nos chers Stones, comme ce bon vieux Leonard qui languit toujours sa Suzanne…- quand d’autres bataillent pour survivre, comme mon si cher Michel Delpech, qui a arpenté les plateaux télé avec sa voix éraillée et son cancer en bandoulière, qui dispute à sa foi nouvelle ce retour discret et si bouleversant…

https://www.youtube.com/watch?v=k53cRAkDuII

Hier, c’est Udo qui est parti, Udo Jürgens. Oui, je sais, ce nom ne vous dit peut-être pas grand-chose, amis lecteurs, qui de la variété allemande connaissez tout au plus Camillo et son « Sag warum » – si vous êtes de la génération Camping des Flots Bleus-bettitte hallemande draguée dans les Tunes de zable…- ou Nena et ses « 99 Luftballons » – si vous êtes de la génération 80, la dernière ayant connu des classes d’allemand normales, avec plus d’élèves que de professeurs…

Mais si, souvenez-vous…Il en avait, de l’endurance, notre Udo, qui s’y est pris à trois fois pour remporter, en représentant l’Autriche, le concours de l’Eurovision, avant de tirer le gros lot avec l’inénarrable Merci, chérie, en 1966…

https://www.youtube.com/watch?v=DQZZJIIt9tA

L’orchestre, toujours. Udo était symphonique. Il a su, au long de son immense carrière, attirer jusqu’à 220 000 spectateurs pour son concert de Vienne, en 1992, toujours lui-même au piano, éternel crooner nordique, son charisme à la Julio s’alliant à son internationalisme, puisque comme notre Grand Charles il a chanté avec les plus grands, en toutes les langues.

https://www.youtube.com/watch?v=QATTrK4h5Nc

Mais surtout en allemand. Et c’est important de savoir que la « variété » occupe aussi une place importante outre-Rhin, avec de grands chanteurs à la carrière aussi internationale et puissante que nos Henri Salvador ou Charles Aznavour.

Udo avait soufflé tout récemment ses 80 bougies, en grandes pompes, sur la chaîne ZDF. Hélène Fischer avait repris le célèbre tube qui l’avait propulsé sur la scène internationale :

https://www.youtube.com/watch?v=VOEAANdAN8g

Il présentait beau, notre Udo, grand seigneur encore, plein de projets et de prestance…

https://www.youtube.com/watch?v=Sv_thtzoebg

« I can, I will », tout à l’inverse du dernier opus si sombre d’un Johnny Cash portant sur sa vie un regard tout en désespérance dans « Hurt »…

https://www.youtube.com/watch?v=3aF9AJm0RFc

Je m’étais souvenue, en regardant l’émission, des disques écoutés sur le canapé de mes grands-parents allemands, et du sourire de mon grand-père en reprenant « Griechischer Wein », ce tube louant les métissages d’une Allemagne ayant enfin dépassé les années de plomb…( La chanson  parle d’une belle soirée dans un restaurant grec…Et elle est d’une telle portée symbolique en ces heures noires où « PEGIDA », le mouvement populiste, proche du FN, est en train d’envahir l’outre-Rhin en écho à la terrible peste brune…)

https://www.youtube.com/watch?v=55HcPt_pcGc

Udo Jürgens est mort hier, et Joe Cocker le lion est mort ce soir.

Nous pleurons deux étoiles.

https://www.youtube.com/watch?v=EyTzBnk3ilg

« Many rivers to cross

 

 

Hypokhâgne, janvier 1978.

Un bar enfumé, quelque part dans le vieux Toulouse.

Nous sommes en mai…

« Encore un printemps de passé, je me souviens de ce qu’il y eut de tendre »…

Véronique et moi sommes assises en face l’une de l’autre, un peu jeunes encore, agnelles presque effarouchées devant tous ces loups de la nuit toulousaine, perdues au milieu du bruit et de la fumée…Téléphone hurle dans l’hygiaphone, nous découvrons les « tapas » et faisons semblant d’aimer ce drink obligé qu’est la vodka orange. Nos amis de la clique des « bagnérais » en sont à leur troisième tournée, les blagues se font lourdes…

Je suis atrocement triste. D’un côté de la table, Pierre. Je viens de le rencontrer, je ne sais pas encore qu’il va devenir mon premier mari et le père de mes deux princesses. J’ai à peine dix-huit ans. Nous sommes sur le point de « sortir ensemble »…Nous sommes tombés doucement amoureux, au hasard d’une colocation, j’aime ses cheveux d’ange et ses grands yeux mordorés, et il craque sur mon look d’étudiante rebelle- longues robes indiennes, patchouli, et même Birkenstocks, bien avant Madonna !-

De l’autre côté de la table, Joshua, Josh, mon bel amant américain…Enfin, amant est un grand mot ! A l’époque, mes amoureux avaient droit à quelques furtives étreintes, à un petting genre banquette arrière de Chevrolet, et dormaient sur le tapis, au pied de mon lit de virginale hypokhâgneuse.

Josh venait de Dartmouth, je l’avais abordé en pleine rue. Juif bouddhiste, il jouait divinement du saxo, pratiquait la méditation transcendantale et citait Rimbaud et Heine dans le texte. Vers Noël, nous avions métissé nos désirs et j’avais goûté à ses charmes Californiens, me rêvant à Big Sur et me sentant prête à partir pour Ellis Island…Josh était incroyablement tendre et respectueux, je peux encore sentir la douceur de sa main se posant, telle une plume, sur la mienne…

Il était parti outre-Rhin, et, Pénélope volage, je n’avais pas su l’attendre…En fait, j’avais si peur de son « autre » départ, de son retour aux USA, que je m’étais réfugiée dans la banale certitude d’un amour intra muros, aux couleurs de brique rose…

Ai-je senti, ce soir-là, que mon destin basculait ? Que j’étais en train de choisir entre le Pacifique et Mare Nostrum, entre les communautés bohèmes de Greenwich Village et un lotissement en banlieue Toulousaine, entre les Rocheuses et la douceur du Lauragais ? Ai-je aussi pressenti que, sous le vent, quel que soit mon choix, ma vie ne serait qu’ouragans et naufrages ? Car je divorcerais, après 12 ans d’une union difficile, et Josh s’est ôté la vie quelques années plus tard, seul et épouvanté…

Toujours est-il que, soudain, quand Jimmy Cliff s’est mis à chanter de sa belle voix rocailleuse ses « many rivers to cross », ce sont des torrents de larmes qui ont jailli de mes yeux, à brûle pourpoint et sans raison apparente…J’avais dix-huit ans et je descendais soudain des fleuves impassibles, je plongeais dans l’eau froide des chalands et je voyais, comme Ophélie, l’infini terrible effarer mon innocence et casser mes espoirs…

Je me souviens de mes larmes, de Véro qui pleurait aussi, de nos sourires tout embrumés. Je me souviens de Véro qui m’a pris la main et l’a caressée doucement, sous les rires glauques et vulgaires des bagnérais. Je me souviens du regard lointain de Pierre, qui ne comprenait pas grand- chose, et, surtout, du regard intensément bleu de Josh, qui ne me quittait plus, de son sourire, de notre souffrance et de sa dignité, car il avait compris qu’il repartirait seul outre-Atlantique.

Grandir, c’est apprendre à choisir. Ce soir-là, j’ai préféré l’autoroute balisée au sentier de traverse, j’ai choisi la banalité alors que l’infini me tendait les bras…Ce soir-là, j’ai traversé seule la rivière, refusant la main de Josh, qui pourtant me tendait la vie, la vraie.

Je le regrette encore aujourd’hui. »

 

 

 

 

 

 

24 poèmes pour l’Avent!

Venez partager le calendrier de l’Avent poétique!

Dix décembre:

 

A4 Je me souviens du Petit Chose

 

Neuf décembre:

A4 Elle sera

 

Huit décembre (en retard, fiston malade!)

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Sept décembre, deuxième Avent!

 

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Six décembre, Saint-Nicolas!

A4 la peau douce A4

Cinq décembre!

L’enlèvement au sérail A4

Quatre décembre:

 

4A Je suis ta petite Françoise Sagan

Trois décembre:

A4 prends soin mon amour de la beauté du monde

Deux décembre:

A4 Cent roses blesséesmini

sainte lucie A4

Retrouvez-moi chaque jour, à partir du premier décembre, pour partager le calendrier de l’Avent poétique! Je posterai un texte et serai ravie d’y lire les vôtres! Je lirai tous les jours les commentaires et afficherai vos textes!!

Donnez aussi les liens vers vos œuvres, puisque Noël approche à grands pas! Ainsi, nous aurons une belle vitrine poétique comme autant de flocons de mots…

N’hésitez pas à diffuser cette farandole, et retrouvez-nous aussi sur la page Facebook de l’événement:

https://www.facebook.com/events/341852362684164/?fref=ts

Premier Avent!

Il est venu le doux temps de l’Avent

Humez frissons oyez clochettes

Joues cramoisies des petits enfants

Soleil timide tapi en sa cachette

Il est venu le doux temps du sapin

Piqué au vif par mille boules mises

Au gré des rires de tant de beaux lutins

Tout juste descendus de leur blanche banquise

Il est venu le doux temps des bougies

Lumignons vacillants à fenêtre embuée

Que la lumière soit en nos cœurs assagis

Et que nos mains tendues soient fête partagée

Il est venu le doux temps des parfums

Vin chaud cannelle sombre cardamone et gingembre

Mon marché de Noël ma maison aux embruns

Le pain d’épice aura sa belle couleur d’ambre

Il est venu le doux temps des vœux

Cartes anglaises dentelées étoiles scintillantes

Ressortons nos stylos faisons pause un peu

Amis perdus ou très chers retrouvons les ententes

Il est venu le doux temps des cantiques

Chérubins carillons angelots glorifiés

Lançons alléluias dans toutes les boutiques

Ecouter Sinatra c’est le jazz sanctifié

Il est venu le doux temps des Rois Mages

Et puis le Père Noël et le Saint-Nicolas

Rudolf le petit renne sage comme une image

C’est l’anniversaire du p’tit Jésus et ils seront tous là

Il est venu le doux temps de Noël

Ors profonds flocons fous et guirlandes

Emmitouflés dans douce ribambelle

Aimons-nous sans faiblir faisons fleurir Sahel.