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Au-dessus d'un million de toits roses, Sabine Aussenac
Pour dire le monde…par Sabine Aussenac, professeur agrégée d'allemand et écrivain.
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Nos chers départements
Nous guettions les voitures du haut du muret de pierres sèches, lorsqu’elles foulaient le thym et les herbes folles du sentier, serpentant jusqu’à notre toit du monde tarnais. Lorsqu’elles tournaient, au coin de la source, ce sont les plaques que nous regardions en premier, tout en écoutant les joyeux coups de klaxon. Le 33 annonçait les cousins de Bordeaux, le chat Titus et des semaines de rires et chatouilles, de confidences et de promenades ; le 31, c’était une plaque rare, celle des cousins de Vacquiers, les quatre frères farceurs qui nous tiraient les tresses et nous poursuivaient jusqu’au ruisseau ; un été, j’en vins à guetter le 08, car nous avions repris contact avec ces amis des Ardennes, où mon père était un temps allé civiliser le Nordiste, et j’avoue que les beaux yeux de Franck me semblaient couleur de Meuse : je savais que nous évoquerions la Place Ducale, nos enfances et Rimbaud…
Nos départements. Nos chers départements. Ceux dont nous apprenions, les doigts pleins d’encre violette, la liste interminable que nous n’utilisions qu’assis, sans ceinture, dans la 404 qui nous menait vers les plages, l’été, ou vers l’autre côté de moi, là-haut, en terre rhénane…Je les revois, les jeux de nos enfances sans game boy, ni IPod, ni smartphone, quand seuls les paysages et les voitures croisées ou dépassées égayaient nos trajets : il y avait le 11, qui nous faisait passer la Montagne Noire et nous offrait, à peine dépassée Labastide-Rouairoux, le concert des cigales et cette belle odeur de garrigue…Et puis le 34, tellement festif, tellement estival, l’apercevoir au dos d’une DS nous amenait d’un coup d’un seul à sentir la brûlure du sable sous nos pieds nus, il nous guidait vers Sète, vers sa digue et son cimetière marin…En « montant » vers l’outre-Rhin, on en croisait, des 75, et l’immanquable « Parisien, tête de chien » résonnait dans la Peugeot, tandis que notre père nous reparlait de ses années à l’ENSET de Saint-Cloud et que notre mère nous racontait l’année où elle avait été fille au pair chez Piem.
Plus tard, j’ai grandi. Sans passer jamais mon permis, mais je sillonnais notre belle région en vélo, et rêvais, là aussi, en voyant passer les 12 qui fleuraient bon le Roquefort, les 46 aussi éblouissants que le Quercy Blanc, les 09 aux allures de névés et de torrents…Parce que les départements, et leurs fameux numéros, pour moi qui détestait les maths, c’était le repère de cette France que j’aimais tant, joli découpage aussi précieux que les dentelles de l’Histoire, aussi logique et attachant que les spécialités qui faisaient et font toujours leurs renommée…Pensez-donc, à Toulouse, ma chère ville rose, impossible de trouver un « poumpet » (prononcer « poummpètt » ), ce délicieux étouffe-chrétiens au parfum inimitable, pourtant fabriqué à quelques encablures du Capitole…
http://lesfeesmaisons.canalblog.com/archives/2012/09/21/25151273.html
Vous ne pourrez pas non plus acheter de « Melsat », ce boudin blanc tarnais, pourtant si apprécié passé Revel ou Lavaur…
http://www.keldelice.com/produits-du-terroir/vente/melsat
C’est que si nos régions ont du talent, comme dit la Réclame, nos départements en ont encore plus, chaque commune recelant en ses recoins la véritable couleur de la France…Et c’est aussi de cela qu’il sera question dimanche, lorsque vous irez, bien sûr, voter !
Je ne vais pas dans ce petit texte vous parler des compétences dévolues à nos élus, puisque de toutes façons, elles sont encore un peu floues…Mais je peux vous dire, en tant que fille d’un Conseiller Général honoraire, le dévouement sans faille dont mon père a fait preuve durant les longues années où il a été taillable et corvéable à merci, s’impliquant jour et nuit dans la vie de son canton, œuvrant à l’amélioration du quotidien de centaines de familles, répondant au téléphone, parfois même en patois, parfois même pour un souci de bestiaux égarés, et, toujours, avec sincérité. Même si je n’ai pas toujours partagé ses opinions politiques, je peux vous assurer que les élus locaux font battre le cœur de la Nation et en sont le maillon fort, car ils occupent le terrain, car ils sont, loin des ors de la République, au plus près de ses joies et de ses peines.
Alors dimanche, votez ! Souvenez-vous de l’institutrice qui frappait vos mains tremblantes de sa règle de bois lorsque vous hésitiez à placer la Marne ou la Haute-Loire…Et, si possible, ne votez pas FN…Ne laissez pas un parti aux relents de fascisme salir nos belles provinces, ne laissez pas le Bleu Marine envahir les Lumières de la République de ses outrances populistes et de ses déviances identitaires, quand tant d’autres élus se proposent, ensemble, enfin en binômes de femmes et d’hommes égaux en droits et en devoirs, de colorier avec vous l’image de cette France que nous aimons tant !
Nous, les petits, les humbles, les sans-voix, donnons de la voix, justement, pour que les ombres du 3° Reich, du Franquisme et de l’Italie Mussolinienne ne planent pas sur nos départements. Bien sûr, des problèmes, nous en rencontrons, et je ne nierai ni l’insécurité, ni les déviances crapuleuses, ni la menace terroriste. Mais je sais aussi qu’un vote identitaire n’est JAMAIS la bonne réponse, et que seuls des élus réellement républicains, qu’ils soient du PS, de l’UMP, du Front de Gauche, du Centre, ou Verts, pourront être à la hauteur de nos attentes.
Alors dimanche, votez, votez pour la République, votez pour la belle France que nous aimons, votez pour les petits « Pays », qui, de l’Artois jusqu’au Pays Basque, au long des fleuves qui serpentent et des Nationales qui nous mènent jusqu’à la mer, font de nos départements le plus beau pays du monde !
http://www.huffingtonpost.fr/sabine-aussenac/journees-patrimoine-2012_b_1867589.html
http://www.arnoldlagemi.com/?p=836
http://www.huffingtonpost.fr/sabine-aussenac/front-national-presidentielle_b_1464158.html
http://www.oasisdesartistes.org/modules/newbbex/viewtopic.php?topic_id=152741&forum=2
Lettre à un jeune voyageur
Quitter Paris, me demandes-tu ?
Tu me dis la vitesse, et les gens, et le stress.
Tu m’écris que tu ne peux plus vivre « ici ».
Je ne sais que te dire, mon tendre et jeune ami. Si ce n’est d’écouter et ton cœur et ta vie. Parcourir ses voyages, oser prendre des trains, c’est aussi quelque part le pari d’un demain.
Il faudra découvrir, et oser, et plonger. Dans des villes inconnues, aux senteurs différentes, en des terres où les femmes seront moins insolentes.
Tu verrais à Bordeaux une ville océane, des embruns, des secrets, des voiliers immobiles. Et puis non loin de là ces vignobles aux tons roux, où l’automne vendange les soleils les plus fous.
A Toulouse les cambrures d’une Espagne affolée, tant de nuits où Garonne prend des airs d’Alhambra ; tu lirais notre histoire en mon beau Capitole, tu saurais qu’en l’Autan mes écrits caracolent…
Si tu vas à Marseille, ton passé sourira. Arme-toi de sourires plutôt que de courage, et sache qu’au-delà des rumeurs malveillantes, la blancheur algéroise est parfois bienveillante.
Lyon saurait t’accueillir en secrètes traboules, tu verrais des soieries, et quand tu serais ivre d’avoir bu tant de foules, tu irais vers les Alpes respirer en névés.
Mais peut-être veux-tu parcourir les silences, quitter ports et fracas, découvrir les absences ? La campagne saurait te donner abondance, quand les vents sont les seuls à parler au marcheur, quand les blés et les bois te seront un seul toit…
Rimbaud lui est parti, il allait vers l’Afrique, mais sa muse est restée, toute seule, en sa Meuse.
Garde, toi, tous tes mots, ils seront ton armure, ta potion, ton calice, quand des plaines du Nord aux soleils de Galice tu iras vers ta vie comme on aime une étoile.
Je t’attendrai toujours, pour te dire parfois, quand les nuits seront belles, les secrets des abeilles et des textes-soleils.
Sous la Place Pinel, la plage…

C’est la nuit dernière que je l’ai entendue pour la première fois : la chouette de la Place Pinel.
Son cri déchirait tendrement la nuit. Une fois, deux fois, trois fois. Le doute ne m’était plus permis ; il y avait bien une chouette au cœur de notre Place Pinel. Effraie ou hulotte, je l’imaginai, perchée sur la canopée de nos platanes, ou peut-être sur une branche de tilleul, douce Pythie pinélienne, annonçant la lune à notre kiosque tout ému.
Me revinrent en mémoire mes chouettes, celle de ma bonne ville d’Auch, qui me parlait chaque soir, lorsque je fermais les volets donnant sur les collines, ou celles de ma campagne tarnaise, hululant au-dessus du ruisseau tout illuminé de lucioles.
Et là, une idée me vint : il conviendrait, au plus vite, d’ensauvager notre Place Pinel. Réintroduire le blaireau et l’hermine, le renard et l’écureuil. Et pourquoi pas le lynx, l’ours et le loup ? Il s’en donnerait à cœur joie, le loup, avec tous ces Chaperons perchés sur le toboggan…Il faudrait aller quérir Mère-Grand et son pot de miel sur un banc, et éloigner le chasseur-bouliste.
L’écureuil, ce serait simple. Pas la peine de courir à Hyde Park d’un coup de Channel, il suffirait de se servir au Jardin des Plantes…J’adore, déjà, ce mot d’écureuil. Il est magnifique dans toutes les langues, s’enroule en serpentin en anglais ou en occitan, « squirrel » ou « esquirol », se complique délicieusement en allemand, avec ce fameux « Eichhörnchen » qu’aucun élève n’arrive à prononcer, et l’un de mes ex-maris m’avait appris que l’on disait « viverukas » en lituanien, ce qui, vous en conviendrez, a un charme fou.
Je les imagine, nos écureuils, pinélisant les platanes de leurs queues rousses et touffues, sautillant tels feux-follets d’un bout à l’autre de la place, grimpant le long des piliers du kiosque au rythme des rayons du soleil…
Une hermine et son pelage de neige ferait de notre square un petit Trianon. Quant au blaireau, ne doutons pas qu’il ferait fuir tous ces contempteurs de calme que sont les chiens aux truffes folles et aux excréments délétères…
Enfin, je repense à mon ex-mari number one, et aux cigales qu’il avait, depuis les hauteurs étincelantes de Sète, rapportées jusque dans les cerisiers du jardin tarnais de mes parents : voilà trente ans qu’elles nous transforment le pays de Jaurès en antichambre de la mer, éclaboussant l’été de leurs chants provençaux.
Oui, avec les cigales, sous la Place Pinel, la plage…
Soudain, les cigales
Soudain, les cigales.
La route de la mer serpentait vers les bleus.
Cézanne, ouvre-toi !
Garrigue frissonnait en femme amoureuse,
thyms et serpolets guidaient
vers les isthmes.
Mare nostrum. Phocéenne, grecque, andalouse :
ma Méditerranée
un delta du monde.
Par l’union, il brisera toutes les attaques…Adieu à Dominique Baudis
Quand j’ai lu les avis dans le Carnet du Monde, j’ai compris que je ne pourrais vous dire au-revoir. Car aujourd’hui, je suis dans votre Ville Rose, quand un hommage vous sera rendu aux Invalides, tandis que demain, lorsque votre ville vous pleurera, je serai, exceptionnellement, à Paris…
Ces quelques mots pour vous assurer, Dominique, de mon profond respect et de ma gratitude. La France perd un Juste, et Toulouse l’un de ses pères bienfaiteurs.
Savez-vous que nous avons été en opposition politique, lorsque, jeune étudiante, on m’avait demandé d’occuper la fin de la toute première liste verte, il y a mille ans, quand notre score a été si ridicule que nous, modestes militants de la première heure, avons été obligés de rembourser la campagne ? La petite étudiante rêveuse, qui ne connaissait de la politique que les cartes de vœux du RPR que son Conseiller Général de père l’obligeait à mettre sous enveloppe en famille s’était émancipée, portant des Birkenstocks bien avant l’heure et achetant des graines de sésame au Marché du Capitole à la sortie de Fermat…Mon hypokhâgne ratée, pleine de lectures de Kerouac et de rêves américains, ressembla bien peu à votre brillant parcours étudiant, mais quelque part, déjà, nous avions les mêmes ambitions : changer la vie, ou peut-être même transformer le monde…
C’est que votre regard, toujours, a su voir au-delà de Garonne les méandres de l’Histoire. Vous aimiez les hommes, leur passé, leur avenir, vous aimiez aussi nous dire le monde. Vos activités de grand reporter ont, tout naturellement, convergé vers la fenêtre du petit écran lorsque, au gré des JT, vous donniez aux Français des nouvelles de notre terre. C’est qu’elle vous était précieuse, notre planète, et vous l’aimiez, de ces terres méditerranéennes que vous avez su magnifier lors de votre présence à l’Institut du Monde Arabe jusqu’à vos engagements européens…Oui, le Cèdre du Liban a été comme un emblème de tous vos chiasmes et métissages, car comme lui vous avez, toujours, défendu la paix et la conscience.
C’est Toulouse qui a, avant vos futurs engagements, profité la première de vos clairvoyances. Quelle différence entre la modeste bourgade presque ensommeillée que j’ai découverte en arrivant de ma campagne tarnaise et la métropole européenne qui rutile de mille feux, quand non seulement le soleil berce le clocher de St Sernin en rougeoyant sur la brique, mais fait miroiter les ailes de nos avions et fusées…Vous avez su, Dominique, participer à cette naissance, et faire de Toulouse l’Occitane une capitale européenne. Vous avez fait, pour notre ville, l’habile transition entre tradition et modernité, et la Croix du Capitole se souvient de la liesse des soirs d’élection…Les petits quartiers sont aujourd’hui toujours là, Toulouse reste un grand village, avec ses marchés de plein vent, ses tilleuls qui embaument autour de St Sernin et la faconde de ses habitants ; mais on y parle à présent aussi, au-delà des annonces en occitan dans le métro, la langue du futur.
L’homme parfois est faible, ingrat et lâche. Mais comme Calas l’avait fait en son temps, vous n’avez pas, lorsque la vindicte populaire vous a jeté aux lions, courbé l’échine, car vous saviez que la vérité éclaterait. J’ai eu honte pour ma ville lorsque je l’ai vue vous maltraiter, et je vous sais gré d’avoir su pardonner aux Toulousains leur manque de foi. C’est justement au cœur des injustices que Nicolas Sarkozy a placé, en vous, sa confiance, vous nommant premier Défenseur des Droits. Merci, Dominique, de votre lucidité, et de vos courages.
Parfois, j’ai quémandé votre aide, et toujours vous m’avez répondu. Perdue dans la terre lointaine d’Auvergne, je me souviens vous avoir sollicité pour un appui en vue d’une mutation, tant ma Ville Rose me manquait…Récemment, je n’oublie pas vos courriers dans cette douloureuse affaire internationale de pension alimentaire qu’un ex-conjoint allemand me doit, lorsque vous avez fait intervenir Madame la Défenseur des Droits des enfants…
Nous, Toulousains, sommes aujourd’hui quelque peu orphelins. Les « Motivés », les écolos, les partisans de Pierre Cohen et ceux de Jean-Luc Moudenc, ceux qui croyaient au ciel et ceux qui n’y croyaient pas, nous sommes tous unis dans un dernier hommage.
Vous allez nous manquer. Permettez-moi de lancer sur Garonne quelques fleurs de corail que le soleil arrose, en mémoire de vous.
« Un cèdre toujours vert, c’est un peuple toujours jeune en dépit d’un passé cruel. Quoiqu’opprimé, jamais conquis, le cèdre est son signe de ralliement. Par l’union, il brisera toutes les attaques ».
( Proclamation du Grand Liban, 1920)
Une journée particulière….
Ce sourire, fatigué avant même que ne se lève le jour… Dans le bus de 5 h 21, nous sommes les deux seules passagères. Il ne nous a fallu que quelques brefs trajets pour entrer en conversation, naufragées de l’aube…
Je l’écoute, surtout. Elle fait des ménages dans deux bars- restaurants différents, l’ouverture, aussi. Elle n’a pas loin de soixante ans, se sent fatiguée.
Le chauffeur écoute distraitement, nous sourit. Ce matin, elle est guillerette, toute jeune fille, et claironne qu’elle va déménager, qu’elle ne prendra plus le bus, c’est formidable. Puis elle me lance l’estocade, en défi à cette vie qui la prive de sommeil depuis si longtemps :
– Et puis vous savez, ma fille est aux États-Unis ! Elle n’a que seize ans, elle me manque beaucoup, mais c’est bien pour elle !
Les fleurs sont là, partout. Elles se bousculent sur la grille du collège comme si elles venaient chercher des résultats de bac ou de brevet. Il y a des dessins, aussi, plein de petits cœurs, et puis des petits mots, le terme « ange » revient souvent.
Il n’avait pas treize ans. Lundi dernier, il est parti manger chez lui, mais n’est jamais revenu au collège. Un homme a tiré au fusil de chasse dans sa peau de bébé, avant, ou après, je ne sais pas, avoir tué sa maman.
Cet homme, c’était son père, qui a ensuite retourné l’arme contre lui. Le journal a encore parlé de « drame familial », comme d’habitude, évitant le terme de « familicide ». Et puis sur de longues colonnes, on a fait l’éloge de ce « bon père de famille, un paisible chasseur de palombes »…Des victimes, pas un mot.
L’enfant s’appelait Sébastien, il était en cinquième dans mon collège.
Ils sont assis dans la salle des profs et se parlent en occitan. Oh, c’est sympa, l’occitan. Moi, j’écoute toujours Radio Occitanie en faisant ma vaisselle, quand je rentre de mes cinq heures de trajets, parce que cela fait 20 ans que j’ai perdu mon poste et que le rectorat m’envoie civiliser l’Ariégeois, faute d’élèves toulousains. J’aime bien, ça me fait toujours rire d’entendre le présentateur annoncer « los Dafto pounkos ».
Oui, dans mon établissement, il y a deux, j’ai bien dit deux profs d’occitan, et une seule prof d’allemand. Moi. Je les entends et je comprends à peu près tout, vu que l’occitan, c’est un mélange de français, d’espagnol et de latin, enfin je crois.
– Los ségoundous quatre foun oun peu lé bourdel, nou ?
– Et l’espreube dou bac oral, l’as préparat ?
J’ai honte pour eux, je les trouve encore plus ridicules que la dame qui annonce les stations en occitan dans le métro toulousain…Ils me renvoient, dans leur dialogue qui n’est qu’un monologue, puisque personne, hormis quelques élèves qui le passeront au bac, quelques mamies édentées sur les marchés et trois pelés et un tondu dans un bal de musique trad’ du fin fond du Lot et Garonne, ne PARLE plus l’occitan, à cette mascarade qu’est devenue la gestion des langues de l’Éducation Nationale, quand on ne prend plus les mesures nécessaires pour diffuser correctement ce qui reste la deuxième langue du commerce international et de l’internet, le teuton, et qu’on préfère favoriser le patois…Qui, vous en conviendrez, est bien utile pour postuler chez Airbus ou pour travailler sur les nouvelles technologies.
Quant à moi cette année, j’ai entre autres des 3° mélangés à des secondes. Nous ne sommes pas loin de la classe unique, avec un poêle où je jetterais des bûches après être venue en sabots…
Il est 15 h. Je repars dans l’autre sens, et, comme la ligne du TER est en travaux, la micheline est remplacée par un bus, que nous attendons, bloqués en gare de B…. Je rentre dans la jolie guinguette de la gare, qui se révèle être l’inverse d’un TARDIS, pour ceux qui connaissent Doctor Who, c’est-à-dire plus petite à l’intérieur qu’à l’extérieur. Mais c’est charmant. Il y a des affiches Suze, le PMU et un adorable autochtone qui se propose de me payer un café suspendu, car je ne pensais pas avoir assez de monnaie, et le village n’a pas de distributeur. –je vous épargne les rires gras quand j’ai demandé si le cabaretier prenait la Carte Bleue…
Je fuis au moment où un énorme « tas de barbaque » est déposé quasiment à même le comptoir, ils vont apparemment manger cette viande crue, après moult plaisanteries sur du cheval et le PMU. Vite, Toulouse ! (je repense à Alphonse Allais : « À la campagne, le jour, on s’ennuie. La nuit, on a peur. ») –mais non, je rigole, ils étaient charmants.
Devant la gare presque désaffectée, une sorte de camping-car affublé de l’inscription « CE cheminots ». Ben mazette, ils ont intérêt à profiter, les cheminots, parce que si le gouvernement veut leur sucrer les voyages gratuits, les bibliobus non plus ne vont pas faire long feu…Beau moment de partage avec la femme intéressante qui tient la boutique, passionnée et cultivée. Oui, Aristote et Marc Levy étaient aujourd’hui en gare de B…, et c’est tant mieux.
16 h, dernier TER avant le métro et le bus pour rentrer chez moi, après ma journée de « banlieusarde ». En face de moi, une dame de couleur, qui n’arrête pas de bailler, visiblement épuisée, et qui le dit. « Mais que je suis fatiguée, fatiguée… »
Je lui demande pourquoi, elle me raconte : le ménage, les ménages. Mais il faut bien vivre, travailler. C’est de plus en plus dur…Et pourtant elle voit de l’argent…Je lui narre ma traversée de Toulouse, la veille, pour trouver le magasin ALDI, et y dépenser les dernières pièces du mois. Nous convenons toutes les deux que nous dépensons une énergie folle pour ne pas nous laisser déborder. Elle trouve que j’ai une peau de bébé et que je ne fais pas mon âge. Je lui donne mon secret : du miel et de l’huile d’olive, en masque, tous les dimanches.
17 h. Une douche, parce que j’ai l’impression, après les huit transports en commun empruntés depuis le matin, d’être partie en Inde. Un peu de yoga. Le bac du chat attendra. Et puis aller courir, pour la première fois depuis mon grave accident de trajet du 18 avril. Tiens, ça fait juste 10 mois…10 mois qu’après 7 h de cours et 5 h de trajets, à l’époque entre Toulouse et Auch, je chutais lourdement face contre terre, avec une double fracture du nez, un trauma labial et crânien, un écrasement du trijumeau. Il me reste 3% d’incapacité, mais je ne m’abaisserai pas à « faire reconnaître mon handicap », comme m’y invite la grande annonce qui m’accueille chaque matin en salle des profs. Non, je me sens assez placardisée comme ça, et puis à quoi bon ? Après un CLD il y a quelques années, en lieu et place d’un poste fixe espéré avec le sésame des « 1000 points » pour la mutation, j’ai juste obtenu un autre poste de « titulaire remplaçante »…
Les oiseaux sont déchaînés, l’accalmie après ces semaines de de déluge et les premières violettes leur donnent des ailes ! Je cours, accompagnée par des merles moqueurs et joyeux.
C’est magnifique. Et bientôt je rentrerai, préparer un bon repas à fiston.