Émilie de Villeneuve et les ailes du futur

Émilie de Villeneuve et les ailes du futur

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Ma mamie aurait été ravie. Je suis certaine, d’ailleurs, qu’elle aurait pris place dans le bus qui a véhiculé soixante-dix Castrais vers la Place Saint-Pierre, à l’occasion de la canonisation, en ce 17 mai 2015, d’Émilie de Villeneuve ; certes, mamie fréquentait plutôt les sœurs du couvent du Saint-Sacrement, dont elle fut, après la mort de son époux, la voisine. C’est aussi auprès d’une certaine Sœur Agnès, de cette même congrégation, au dynamisme contagieux et au joli visage rond, que j’avais fait ma communion « privée », avec un retard de quelques années, à treize ans, tandis que mes parents se décidaient enfin à faire baptiser mon dernier petit frère, déjà âgé de trois ans…

Mais c’est bien à Notre-Dame de la Platé, au cœur de Castres, et auprès de sœurs de « L’Immaculée Conception », les « sœurs bleues », que ma grand-mère allait souvent prier…Elle m’amenait avec elle, déjà, lorsque j’étais enfant et en vacances au Pesquier, chaque dimanche. Nous laissions papi dans sa 4L blanche et retrouvions les parfums et gestes immuables, et mamie me donnait de belles images de Saints et de Saintes au liseré doré, que je devais ranger dans mon « Missel ». Le soir, c’est à genou sur le plancher de la petite chambre que je devais « dire mes prières », les mains jointes.

Tous ces rituels catholiques agaçaient profondément ma mère, qui, protestante luthérienne, avait d’autres habitudes : elle nous lisait une Bible pour enfants et nous apprenait qu’en Allemagne, au temple, on priait en croisant les doigts sur le dessus des mains. Tout ce tumulte au sujet des « prétendus » Saints l’horripilait, tout comme le culte marial auquel mamie était si attachée. Mon père, lui, ayant été lycéen au « Petit Séminaire », à Barral, nous expliquait avoir mis le religion « en conserve » et ne plus en avoir besoin…

Alors aujourd’hui, c’est à la foi du charbonnier de ma grand-mère que j’ai beaucoup pensé, à la foi de nos aïeux paysans, à leur vie presque rythmée encore par Vêpres et Mâtines, à ces éducations simples et bienveillantes chapeautées, certes, par l’œil impitoyable de la morale et de la religion, mais somme toutes éclairées, aussi, par la fabuleuse lumière des évangiles. Oh, elle n’était pas partout, cette religion catholique, elle n’était pas hors les murs sous forme de vêtements ostentatoires ou de prières de rue, mais en même temps elle régissait les cœurs et les âmes, en ces temps où, de l’Angélus de l’aube à l’Angélus du soir, les journées s’écoulaient dans une France sur laquelle veillaient encore clochers et cathédrales…

C’est d’une de ces petites villes de province que Jeanne-Émilie de Villeneuve décida de créer une nouvelle congrégation, et c’est aussi à Castres qu’elle mourra du choléra, après une vie dédiée aux plus démunis et à l’évangélisation.

http://www.lasemainedecastres.fr/emilie-de-villeneuve-le-charisme-dune-sainte-sociale/

Quelle fierté pour notre ville que de pouvoir présenter cette nouvelle Sainte en terre vaticane, et quel bonheur d’être associée en cette journée à la canonisation de deux religieuses palestiniennes, les premières de l’époque moderne ! Le pape François a d’ailleurs fait remarquer que l’une d’elles, Mariam Bawardi, avait été «instrument de rencontre et de communion avec le monde musulman». Elle avait fondé à Bethléem le premier couvent carmélite de Palestine ;  quant à Marie-Alphonsine Ghattas, elle est à l’origine de la congrégation du Très Saint Rosaire de Jérusalem. Au risque de froisser mes amis juifs, dont certains refusent la reconnaissance de l’état palestinien, je me réjouis infiniment de cette journée qui aura vu le Saint-Père qualifier Mahmoud Abbas d’ «ange de paix » en insistant sur la nécessité du dialogue interreligieux…

Quelle différence avec l’ambiance de désolation qui régnait à Castres il y a quelques semaines, lors de la profanation de centaines de croix du cimetière, et avec le choc ressenti aujourd’hui par les habitants de Portet en découvrant leur église vandalisée…

http://www.ladepeche.fr/article/2015/05/17/2106149-indignation-apres-le-saccage-de-l-eglise.html

En cette journée où les folies de prétendus musulmans s’apprêtent à détruire l’antique cité de Palmyre et ses colonnades qui avaient pourtant résisté à tant d’invasions, au nom d’un Dieu dont ils scandent le nom en oubliant ses véritables préceptes, il m’a semblé une fois de plus que la seule réponse aux inepties de ces contempteurs d’idoles, nouveaux iconoclastes, était la force de la bienveillance. Une douce jeune fille tarnaise l’a démontré avec l’infinie volonté de sa foi, n’en déplaise à ceux qui ne croient pas au ciel, comme dit le poète, et je ne doute pas qu’elle faisait partie des lumières accueillant les jeunes filles chrétiennes assassinées à Garissa il y a quelques semaines…

http://www.refletsdutemps.fr/index.php/thematiques/actualite/politique/monde/item/ubi-et-orbi-a-garissa?category_id=10

La barbarie est à nos portes, chassant des milliers d’innocents sur des radeaux de la Méduse, décapitant, violant, brûlant, égorgeant, mais aujourd’hui comme il y a deux siècles des jeunes filles osent tenir tête à la maladie, à la mort et aux insanités des hommes, venant en aide aux malheureux, ne renonçant pas à leur foi, et cette lumière de la bonne intelligence fait de chaque être qui sait aimer « son prochain » un « Saint » du quotidien, un appelant à la béatification. Chaque enfant sauvé des flots de Mare nostrum devient miracle, chaque femme aidée après un viol se fait tabernacle, chaque accolade entre juifs, chrétiens, musulmans et athées a valeur d’éternité.

Aimons-nous les uns les autres, oui. Et laissons aussi à notre France son histoire, faite d’humbles vitraux de petites églises romanes et de splendides flèches de cathédrales ; laissons à notre pays son histoire, faite de gueux et de Grands, d’inquisitions et de Jacqueries, afin que les soubresauts médiévaux continuent à appeler les Lumières, et qu’en chaque commune de France on sache qu’autrefois, les registres de l’état civil étaient tenus par les curés.

N’en déplaise aux impies, il est toujours bon de savoir d’où l’on vient : cela éclaire le présent et assoie l’avenir, en racine fondatrice des ailes du futur.

 http://www.cicressources.net/la-fondatrice/

 

Je dédie ce petit texte à Annie et Antonin qui croyaient au ciel, et à mon amie Corinne, dont Paul, le papa, vient de nous quitter.

***

 

Celui qui croyait au ciel

 

Laurent-Nicolas a une peau de bébé.

 

C’est ce qui frappe, chez lui, de prime abord. Il y a aussi ce sourire, un sourire d’ange, doux et rêveur. C’est simple, croiser cet homme vous évite une visite à la cathédrale de Reims, puisqu’on se retrouve face à l’Ange au Sourire.

 

Et puis le regard, l’un de ces regards aux couleurs de vitrail. Il semblerait que toute la lumière du ciel passe par le prisme de cette bienveillance. Oui, le regard de Laurent-Nicolas est un regard d’amour absolu.

 

Frère Laurent-Nicolas est prieur dans l’une de ces communautés hyper tendance dont on parle même dans les médias…On est loin, certes, de la petite rediffusion de la messe à Saint-Antonin-les-oie-folles, et de ces presbytères où même les bonnes du curé se font rares, parfois seulement habités, un dimanche sur quatre, par quelque séminariste venu tout droit du Togo. (« Oh mon Dieu Madame Machin, vous avez vu le nouveau curé ? »)

 

Dans l’église über trendy de Frère Laurent-Nicolas, on est en ligne directe avec le siècle, presque à l’américaine, pas loin de l’eucharistie en ligne et de la CB qui absoudrait nos péchés…

 

Mais notre prieur, lui, ne semble pas entendre ces bruissements médiatiques ; il demeure un modèle de simplicité, un moine de l’ombre, un tâcheron des âmes. Il ressemble à ces anciens curés de village, simples et vaillants, honnêtes et protecteurs. Chez lui, on se plait à imaginer une église sans scandales pédophiles ni commerces d’indulgences, une église à mille lieues des fastes cardinaux et des perversions modernes…Lumineux comme un vitrail de Chartres, solide comme l’une de ces petites églises romanes d’Auvergne, bon et goûteux comme un miel d’abbaye, Frère Laurent-Nicolas joue les pères du désert tout en décryptant nos désirs.

 

Le cloître résonne de nos pas, et nous arpentons les allées en respirant le parfum des simples remis au goût du jour par quelque jardinier en robe de bure. Nous parlons un peu, de nos vies si différentes, de sa thèse, de mes enfants, de ses neveux. Je lui dis en souriant être sans aucun doute damnée, deux fois divorcée, et d’un pasteur, qui plus est. Il me regarde droit dans les yeux, prend ma main, et me murmure, sans affectation aucune, qu’il y aura toujours une place pour moi, dans la clairière de Notre-Seigneur…

 

Pourquoi, comment est-il si serein ? Il est censé porter tout le poids du monde sur ses épaules de semi-contemplatif, alors comment arrive-t-il à garder cette espérance, cette foi modestement triomphante et magistralement discrète, malgré toutes les barbaries du siècle ? Et ce, en toute quiétude, en portant non pas le drapeau tâché des compromissions inquisitrices et des luttes fratricides, mais simplement, habitées par la grâce des certitudes et par sa foi de charbonnier…

 

Il me propose de dire un Notre Père avec lui, et je repartirai, confiante, apaisée, ne sachant toujours pas où tourner de la tête entre la petite vierge de Lourdes toujours cachée dans mon sac, mon yoga devant un Buddha, mes convictions républicaines et mon désir de conversion au judaïsme, mais certaine que les confitures de l’abbaye et les chants grégoriens transformeraient n’importe quelle Marie-Madeleine en petite sœur du Christ.

 

Laurent-Nicolas n’est pas le Père Ralph, je ne suis pas Maggy, mais j’ai l’intime conviction, en refermant le lourd vantail au son de l’angélus, que ce nid-là m’accueillera toujours, malgré mes ailes mazoutées, que je vienne m’y cacher pour mourir, ou simplement m’y désaltérer.

 

« Ici, du monde vaste, nous retiendrons le nom de Paix. » Philippe Delaveau.

 

Retrouvez d’autres textes au sujet de la religion :

http://sabineaussenac.blog.lemonde.fr/2013/12/19/le-pere-et-le-desert/

http://sabineaussenac.blog.lemonde.fr/2013/12/24/lorsque-lenfant-parait/

Le Noël des personnels et autres crèches…

 

 

 

Le Noël des personnels et autres crèches…

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http://www.bernis.fr/fr/actualite/42965/noel-personnel-communal

Lorsque j’étais enfant, papa m’emmenait toujours au « Noël des personnels » de son lycée. Je possède encore cette photo où, inquiète, je lève les yeux vers un Père Noël qui visiblement m’impressionnait énormément. Mais je me souviens aussi des cadeaux au pied de l’immense sapin installé dans le hall, tout comme j’ai en mémoire les classes décorées d’étoiles de notre école primaire, et les beaux bricolages de mes enfants lorsqu’ils étaient en maternelle.

Et les crèches…Ma grand-mère française me prenant par la main pour me montrer les joues roses de l’enfançon couché devant l’église, et mon père, il y a quelques années encore,  emmenant mes enfants en voiture faire le tour des crèches illuminant la petite ville paisiblement blottie dans les senteurs de Noël…D’aussi loin que je me souvienne, un immense sapin a aussi toujours dominé les places des nombreuses villes dans lesquelles j’ai habité : La Place Ducale de Charleville, le Vigan, à Albi, la Place du Capitole dans ma Ville Rose, la place de Jaude à  Clermont-Ferrand…Orné d’une étoile guidant les enfants vers leurs rêves, il veillait sur cette atmosphère souvent, c’est incontestable, trop commerciale, rappelant aux petits et aux grands l’origine sacrée de cette fête millénaire…

Ça, c’était avant.

Avant que des femmes ne viennent voiler nos libertés occidentales de leurs niquabs grillageant le soleil, avant que des petites filles de sixième ne refusent d’aller à la piscine sous prétexte que les garçons de leur classe iraient aussi, avant que la religion ne devienne un enjeu sociétal et n’obsède nos gouvernants, et, je le conçois, à juste titre, car je suis la première à m’inquiéter des multiples dérives qu’implique l’islamisation à outrance de nos sociétés, entre les cantines hallal et le petit guide du patient musulman, entre l’exportation du conflit judéo-palestinien et les souffrances extrêmes des jeunes filles issues de l’immigration, soumises à des mariages forcées, à l’interdiction de la jupe, etc, etc. Mais mon propos en ce deuxième Avent n’est PAS de hurler avec les loups du FN, non, je voudrais simplement mettre en garde le Législateur.

Car lorsque j’entends toutes ces polémiques autour des crèches qui n’auraient plus leur place dans l’espace public, je m’inquiète. Tout comme je ris sous cape en voyant fleurir, aux quatre coins de l’Hexagone, des manifestations autour de la Nativité qui, elles, ne semblent pourtant déranger personne…

http://www.letelegramme.fr/morbihan/lanester/marche-de-noel-le-personnel-municipal-en-fete-samedi-13-06-12-2014-10452162.php

Et il suffit de regarder en arrière pour se souvenir de l’harmonie et de la quiétude dans lesquelles nous vivions, en bonne entente avec les autres communautés religieuses. Force est de constater que la communauté juive, par exemple, n’a jamais interféré d’une quelconque façon sur le « Noël » français. Il existait même une connivence autour de nos sacralités communes, Noël et Hanoukka étant célébrés à quelques semaines d’intervalle. Les bouddhistes, attendant joyeusement leur Nouvel An chinois, n’ont jamais non plus omis de réserves au sujet de la fête de la Nativité. Quant aux athées, je ne pense pas qu’ils soient nombreux à « boycotter » Noël…Il est évident, même, que la plupart des citoyens français considèrent cette fête comme une simple « tradition » et empiètent le pas à ces réflexes commerciaux et familiaux, ayant bien souvent oublié le fameux « esprit de Noël » au profit des orgies gustatives et dépensières qui, entre chapon farci et IPhone 6, ont depuis longtemps relégué l’histoire de la naissance de Jésus dans cette modeste paille au rang de vague légende presque effacée des mémoires…

Longtemps, en témoignent les joutes joyeusement relayées par la littérature et le cinéma, les Pepone et  les Don Camillo se sont livrés à de petites querelles de clocher bon enfant, la figure tutélaire du Curé et celle de l’Instituteur à la Pagnol organisant théâtralement une France aux deux visages, dans laquelle les « Laïcards » bouffaient du curé tandis que ce dernier veillait sur des fidèles de plus en plus clairsemés, de l’Angélus de l’aube à l’Angélus du soir ; le Français en avait pris son parti , jonglant lui aussi avec la tradition, Janus d’un jour lorsqu’il s’agissait de faire bonne  figure catholique en traînant ses sabots devenus  Louboutins à la Messe de Minuit avant de plonger dans le foie gras et les huitres…Aucune polémique ne venait entacher l’espace public, hormis celle des contempteurs de fêtes qui en appelaient à l’ascèse et critiquaient les dérives commerciales, mais qui ne pesaient pas lourd face aux yeux brillants des enfants du monde entier !

Car Noël, n’en déplaise à ses détracteurs, est bien célébré aux quatre coins de la planète, et ce depuis plus de 2000 ans. Des bikinis australiens relevés par un joli bonnet de Père Noël aux chants sacrés du Noël orthodoxe, des gospels des petites églises baptistes aux cadeaux offerts par les familles musulmanes françaises à leurs enfants « pour qu’ils puissent eux aussi profiter de la tradition », -du vécu, je vous le promets-, la fête explose, illuminant les cœurs des hommes. Et en France, avant cette fameuse –et indispensable- loi sur la Laïcité, nous fêtions Noël, laissant nos amis juifs construire leurs cabanes pour Souccot, et nos amis musulmans égorger leur mouton pour l’Aïd, et les rayons des grands magasins se gorgeaient de cornes de gazelles à ce moment-là, et, l’un dans l’autre, tout le monde y trouvait son compte.

Je souhaiterais que la loi sur la Laïcité reste à sa place.

C’est bon, nous avons compris son message essentiel : pas de voile sur les photos de passeport, pas de crucifix dans les salles de cours, pas de buddha géant sur les places- euh…il y en a eu, un jour ?- c’est simple, direct et efficace.

Toute dérive supplémentaire devrait être honnie.

Les maires FN s’appuyant éhontément sur ce texte pour exclure des enfants musulmans des cantines devraient être voués aux gémonies électorales. Mais les maires Front de gauche ou prétendument dans l’air du temps en exigeant de bouter les crèches hors du Royaume de Navarre en arguant qu’elles n’y ont plus leur place exercent un abus de pouvoir ; ils confondent tradition et religion, et, si on écoute leur discours sectaire, dans quelques années, ils demanderont aussi l’abolition des « illuminations » de Noël, voire la suppression des jours fériés, voire même l’abandon des traditions culinaires.

Sus à la bêtise liberticide de quelques élus confondant tradition séculaire et rites religieux, élus qui sont les premiers à se taire lorsque une jeune femme juive est violée et rançonnée parce qu’appartenant à la communauté israélite ou à demander que les associations juives ne puissent pas manifester à Toulouse-du vécu- aux côtés des associations antiracistes…Élus qui sont les premiers à exiger des droits pour les étrangers issus de l’immigration, élus qui depuis 30 ans martèlent « touche pas à mon pote ! » tout en sapant les traditions culturelles françaises, élus qui accueillent à bras ouvert la « diversité » mais ne luttent pas contre l’antisémitisme et se taisent devant les massacres de chrétiens.

Cette année, les deux établissements scolaires dans lesquels j’exerce, l’un en tant que « personnel rattaché », l’autre en tant que professeur, organisent un « Noël des personnels ». Sont-ils hors-la-loi ? Comme les millions de Français qui emmèneront leurs bambins aux joues rosies par l’excitation au « Noël des impôts », ou au « Noël de la Mairie » ? Ouvrez les yeux, Monsieur le Législateur, et laissez-nous chanter les cantiques de nos enfances, et pas seulement dans le silence feutré des églises ! Laissez les sapins se dresser, pleins d’étoiles, laissez les gens se prendre dans les bras, laissez les marchés de Noël scintiller de gourmandises, et laissez les santons avancer vers la Sainte-Nuit de Noël ! Hier, à Toulouse, devant mon majestueux Capitole, une chorale baptiste était là, en accord avec la Municipalité, au cœur du vin chaud et des badauds ravis, applaudissant les gospels : était-ce un crime ?

Non. Car si vous interdisez les crèches, il faudrait AUSSI interdire :

  • Les Marchés de Noël envahissant l’espace public
  • Les « Arbres de Noël » des personnels
  • Les décorations des villes

http://www.luchonmag.com/VIDEO-Debut-des-Pastorales-de-Nadau–ce-week-end_a480.html

 Etc, etc…

Et, à ce compte-là, il faudrait aussi interdire les prédicateurs qui arpentent les places en brandissant des versets du Coran et demandent de l’argent pour des Mosquées-tous les dimanches, aux Puces de Saint-Sernin et, j’imagine, partout en France…

Nul n’a le droit de nous priver de Noël.

Cette fête est une fête du PATRIMOINE CULTUREL français. Et je demande dès aujourd’hui son classement au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Suis-je bête : Noël est…déjà classé au patrimoine mondial !!

http://www.unesco.org/culture/ich/index.php?lg=fr&pg=00011&RL=00865

PS: ce vieux texte, écrit dans « Le Post »…

http://archives-lepost.huffingtonpost.fr/article/2011/12/23/2666816_bon-anniversaire-p

Le ventre tendu de la femme faisait encore ressortir sa maigreur. Son visage émacié, défiguré par la peur, ressemblait à quelque masque antique. Les soldats entouraient le petit groupe de réfugiés, parlaient fort, hurlaient en faisant des mouvements brusques avec leur kalachnikovs. Deux fillettes avaient déjà disparu depuis la veille. Tout le monde savait ce qu’il était advenu d’elles, jetées en pâtures aux mercenaires assoiffés de vengeance…

Elle recula à petits pas. Son compagnon, qui avait réussi à échapper à la vigilance des soldats, embusqué derrière un buisson desséché, lui faisait de petits signes. Elle parvint à le rejoindre, et ils quittèrent le camp, passant de tente en tente.

Le lendemain, l’homme réussit à trouver un abri. Une case abandonnée, dans un village fantôme. Il avait même récolté quelques feuilles de bananier, qu’il déposa délicatement sur une couche de terre. La famine et la guerre avaient décimé toute vie. Mais lorsque la jeune femme revint, après s’être longuement accroupie sous l’unique arbre du village, seule, sans un mot, serrant l’enfant dans ses bras minces comme des fétus, l’homme sourit.

Il coucha le nouveau-né sur les feuilles, et vit soudain arriver trois enfants, les mains chargées de présents : une bouteille d’eau pour sa compagne épuisée ; un linge pour recouvrir le bébé ; une galette de mil pour lui.

Au ciel d’ébène si pur du Soudan dévasté, une étoile soudain se mit à scintiller. Aminata commença à chanter une douce mélopée. Sur le chemin qui menait vers la brousse, des dizaines de villageois étaient déjà rassemblés, sans peur et sans haine. La vie était revenue.***

La ville hurlait et bruissait et criait et grondait. On avait l’impression de vivre dans quelque cauchemar. Ou plutôt d’y mourir.

Mary gémit. Elle errait depuis des jours et des jours, de foyer en foyer. Jo, son ami, à bout de forces, lui aussi, toussait à perdre haleine. Ils avaient épuisé toutes leurs réserves, et la jeune femme sentait que sa délivrance était proche.

Soudain, elle eut une idée, et enjamba simplement une balustrade. Voilà. C’était là. Elle accoucherait dans Central Park. Elle eut le temps de demander de l’aide à une passante bienveillante, puis s’enfonça dans la nuit, suivie de son compagnon et de leurs chiens.

Jo réussit à crocheter la serrure de la vieille cabane de l’abri aux oiseaux. Il était temps. Mary s’effondra à même le sol, prise de douleurs. Leurs deux chiens se postèrent près d’elle, et il sembla à Jo que leurs corps efflanqués faisaient comme un rempart de dignité à son épouse.

Lorsqu’il tint le nouveau-né dans ses bras, au-dessus du braséro de fortune, alors que Mary se reposait un peu, il vit soudain comme un arc-en-ciel se dessiner dans la nuit new-yorkaise. Et cette lumière se confondit avec celle des phares de l’ambulance des services sociaux.

La neige avait déjà recouvert leurs traces, mais l’infirmier noir lui sourit en le félicitant. Il raconta en riant qu’une foule étrange s’était rassemblée devant les grilles, agenouillée et recueillie. « Hey, men, it’s amazing ! Is this boy the Lord ? My goodness, hey, I’m a muslim ! Shit ! »***

La mer, la mer allait revenir. C’était ce que sa grand-mère criait toutes les nuits, dans ses cauchemars. Mais Mako savait bien que ce n’arriverait plus. Elles étaient parties bien loin de la côté dévastée et de la Centrale…

Jôgo n’allait pas tarder. Mais Mako savait que les nouvelles seraient mauvaises ; elle avait entendu le poste. La radioactivité ne laissait pas de répit à leur avenir.

Et pourtant son ventre était rond comme un bol de thé retourné. Et elle sentait que le bébé allait naître, aussi sûrement que reviennent les fleurs de cerisier au printemps…

Jôgo et sa jeune compagne avaient perdu tous les leurs. Ils étaient seuls, et veillaient sur leur ancêtre. Cette nuit là, alors que la lune rouge éclairait le paravent, Mako poussa de toutes ses forces, comme le vent avait poussé la mer. Mais cette fois, c’est la vie qui revenait.

Des voisines arrivèrent au matin, en soques de bois et kimonos traditionnels, offrant à la jeune mère du riz parfumé, une branche de cerisier et un cerf-volant.

Elles racontèrent que des villageois s’étaient rassemblés durant la nuit, guidés par une étrange étoile. Il se murmurait que l’Empereur du Ciel était de retour. Au somment du mont Fuji, une neige immaculée berçait l’aube de ses tendresses.

Et de pays en pays, de ville en ville, de solitude en désert, de détresse en souffrance, la vie va et vient, en dépit des guerres et des hostilités ; et depuis plus de deux mille ans, des souffles chauds et des présents sont échangés au-dessus des couches de misère, et depuis plus de deux-mille ans, des étoiles guident les hommes vers des espoirs de paix.

Celui qui croit au ciel et celui qui n’y croit pas restent frères. De Fukushima au pays d’Obama, au Sodan, en Corée ou à New York,  et ce depuis la nuit des temps…Les femmes font des enfants, au plus profond des camps et des barbaries, et les hommes élèvent et protègent ces petits êtres, et tant que des bébés naîtront, envers et contre tout, au plus noir d’une nuit de décembre, au cœur des haines et des persécutions, alors des étoiles nouvelles apparaîtront dans le ciel de nos terres.

Il est né, le Divin Enfant.

Happy Birthday, Djéseuss !!!!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

24 poèmes pour l’Avent!

Venez partager le calendrier de l’Avent poétique!

Dix décembre:

 

A4 Je me souviens du Petit Chose

 

Neuf décembre:

A4 Elle sera

 

Huit décembre (en retard, fiston malade!)

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Sept décembre, deuxième Avent!

 

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Six décembre, Saint-Nicolas!

A4 la peau douce A4

Cinq décembre!

L’enlèvement au sérail A4

Quatre décembre:

 

4A Je suis ta petite Françoise Sagan

Trois décembre:

A4 prends soin mon amour de la beauté du monde

Deux décembre:

A4 Cent roses blesséesmini

sainte lucie A4

Retrouvez-moi chaque jour, à partir du premier décembre, pour partager le calendrier de l’Avent poétique! Je posterai un texte et serai ravie d’y lire les vôtres! Je lirai tous les jours les commentaires et afficherai vos textes!!

Donnez aussi les liens vers vos œuvres, puisque Noël approche à grands pas! Ainsi, nous aurons une belle vitrine poétique comme autant de flocons de mots…

N’hésitez pas à diffuser cette farandole, et retrouvez-nous aussi sur la page Facebook de l’événement:

https://www.facebook.com/events/341852362684164/?fref=ts

Premier Avent!

Il est venu le doux temps de l’Avent

Humez frissons oyez clochettes

Joues cramoisies des petits enfants

Soleil timide tapi en sa cachette

Il est venu le doux temps du sapin

Piqué au vif par mille boules mises

Au gré des rires de tant de beaux lutins

Tout juste descendus de leur blanche banquise

Il est venu le doux temps des bougies

Lumignons vacillants à fenêtre embuée

Que la lumière soit en nos cœurs assagis

Et que nos mains tendues soient fête partagée

Il est venu le doux temps des parfums

Vin chaud cannelle sombre cardamone et gingembre

Mon marché de Noël ma maison aux embruns

Le pain d’épice aura sa belle couleur d’ambre

Il est venu le doux temps des vœux

Cartes anglaises dentelées étoiles scintillantes

Ressortons nos stylos faisons pause un peu

Amis perdus ou très chers retrouvons les ententes

Il est venu le doux temps des cantiques

Chérubins carillons angelots glorifiés

Lançons alléluias dans toutes les boutiques

Ecouter Sinatra c’est le jazz sanctifié

Il est venu le doux temps des Rois Mages

Et puis le Père Noël et le Saint-Nicolas

Rudolf le petit renne sage comme une image

C’est l’anniversaire du p’tit Jésus et ils seront tous là

Il est venu le doux temps de Noël

Ors profonds flocons fous et guirlandes

Emmitouflés dans douce ribambelle

Aimons-nous sans faiblir faisons fleurir Sahel.

 

 

 

« …le portail gauchi des étés oubliés » : à propos du Grand Concours de poésie de Hildesheim 2014

« …le portail gauchi des étés oubliés » : à propos du Grand Concours de poésie de Hildesheim 2014

 http://lyrik-bestenliste.de/sites/wettbewerb.htm

Imaginez toute une ville réunie autour de la poésie, d’un évêché, et d’un projet.

Peu probable en notre république laïque, férue de sa sacro-sainte séparation de l’Église et de l’État, très occupée actuellement à régenter les voiles et autres cantines hallal, et toujours prête à d’interminables querelles…de clochers.

Chez nos voisins d’outre-Rhin, tout est différent. Et c’est bien en partenariat avec l’évêché de la ville de Hildesheim, non loin de Hanovre, que c’est concrétisé le quatrième concours de poésie de la ville, le Hildesheimer Lyrik-Wettbewerb 2014, qui a réuni 1200 participants du monde entier, puisque les auteurs ont écrit, en allemand, depuis les USA, le Brésil, la Hongrie…, dont le plus jeune a 6 ans, et le doyen 88 !

Il suffisait de s’inscrire sur un forum et de poster un texte, et ce ne sont pas moins de 80 000 « clics » qui ont fait de cette manifestation un véritable portail de la poésie, en démontrant une fois de plus l’actualité, la modernité et la nécessité.

Certes, ici, nous avons le Printemps des Poètes. Mais avouons qu’en dehors de ces manifestations pré-estivales ponctuelles, qui plus est noyautées par un gouvernement central poétique aux lois d’airain (j’en suis par exemple exclue, le président, Monsieur Siméon, m’ayant écrit que ma poésie était « démodée, peu adaptée aux exigences actuelles… ») la poésie se terre dans ses petits souliers, réservée soit à des élites lisant des poètes morts publiés par de grandes maisons, soit à de poussiéreux concours rétribuant leurs lauréats en « médailles », alors que le peuple, pourtant, réclame à hauts cris, en plus du pain et du cirque, des vers ! Car en France aussi, les forums de poésie font florès, on s’y bouscule, s’y rencontre, s’y exprime, et ce hélas dans le plus grand silence médiatique et éditorial…

C’est pourquoi il me paraît important d’exposer cette belle initiative, qui a su mettre en avant la vitalité de la poésie, en acceptant sur ce forum d’expression toutes les formes, ne clivant pas ce concours en « forme classique » et autres « vers libres », donnant simplement, cette année encore, un thème de réflexion, qui était : « Was mir heilig ist », « Ce qui pour moi est sacré ». L’affiche du concours dénotait elle aussi d’une belle modernité, avec cette croix recouverte d’un billet de 50 euros et les mots « hab und sein » (avoir et être), tandis que se bousculaient pêle-mêle des photos du Dalaï Lama, de Jimmy Hendrix, d’un ballon de foot et…d’un postérieur féminin bien encadré par un mini short !

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001-Was-mir-heilig-ist__-Bi

Car la poésie, c’est aussi le vivant. On écrit et on lit de la poésie depuis que le monde est monde, et rien n’est plus triste que notre époque qui l’a reléguée à cette place de sous-fifre littéraire, et que notre pays dont les ministres de l’éducation ont privé des enfants de « récitation » et dont les éditeurs ont privé les lecteurs de vers !

À Hildesheim, toute une ville a mis la main à la pâte. Les sponsors se sont bousculés, des mécènes privés aux différentes institutions, de la Sparkasse au Landkreis, et la brochure rassemblant les poètes lauréats est à présent distribuée gratuitement dans le réseau de bus, où circulent quotidiennement 50 000 passagers, tout en s’affichant dans les rues de la ville. La page web www.lyrik-bestenliste.de permet aussi de lire les poèmes primés par le jury et les 99 poèmes choisis par les lecteurs. Car que seraient la vie et le quotidien sans la poésie ?

« Les choses essentielles de la vie demeureraient imperceptibles- indicibles, s’il n’y avait pas la littérature, la poésie. Les poèmes peuvent consoler er adoucir, éveiller et donner courage. Un poème ne pose pas de frontières, ne vous coupe pas des autres, au contraire, il élargit l’horizon et ouvre une fenêtre vers un autre monde. », dit ainsi Jo Köhler, responsable du Vorstand des Forum-Literaturbüro.

(„Die wesentlichen Dinge des Lebens sind unfassbar- unsagbar, gäbe es nicht die Literatur, die Poesie. Gedichte können trösten und besänftigen, aufrütteln und Mut machen. Ein Gedicht tröstet nicht aus und ab, sondern weitet den Horizont und öffnet ein Fenster in eine andere Welt.“)

Vous retrouverez les membres du jury sur le site internet dédié, et je voudrais simplement traduire quelques vers parmi les poèmes retenus…Il n’est pas facile de traduire la poésie, je m’emploie donc modestement, tentant de mêler ma propre sensibilité poétique et mon bilinguisme. Je suis cependant persuadée que la poésie est aussi universelle que l’art, et qu’une langue étrangère peut émouvoir. Ainsi, hier soir, mon fils m’a fait découvrir un groupe de musique islandaise, et j’ai été bouleversée par la musicalité de ces paroles qui pourtant m’étaient totalement étrangères…

https://www.youtube.com/watch?v=eS3XtJUSJTs

Voici donc en miscellanées de vers quelques extraits poétiques du concours de Hildesheim.

La double gagnante, porteuse du Grand Prix et aussi lauréate du vote des internautes, est Angelika Seithe, 69 ans, auteure et psychothérapeute de Wettenberg, Allemagne. Elle nous dit que l’écriture poétique fait partie de sa vie, « en tant que joie de la création, moyen de sublimation et source de jugement de valeurs »…

 Le voile du soleil

 

Des cabanes de mots nous habitons

attendant derrière la plage

Avant le coucher du soleil nous allons pêcher

jetons le filet

en espérance de pêche miraculeuse

de phrases d’argent mouvantes et miroitantes

 

Ne rapportant que le voile

du soleil dans la barque

 

Assez pour la journée

 

( Den Schleier der Sonne

 

In Worthütten wohnen wir

hocken hinter den Strand

Vor Sonnenaufgang gehen wir fischen

werfen das Netz

hoffen auf Schwärme

auf Sätze beweglichen Silbers

 

Ziehen nichts als den Schleier der

Sonne ins Boot

 

Genug für den Tag )

http://www.angelica-seithe.de/joomla/

Ma préférence personnelle va je crois au texte de Dagmar Scherf, 72 ans, de Friedrichsdorf, en Allemagne. Elle nous apprend que la poésie est « son axe de vie. Expression et approfondissement de son être au monde »

 

Un été en Franconie

 

Voilà les jours parfaits-

 

Quand derrière le soleil de juillet

dort le grand dragon,

quand la pierre et la terre se fendillent,

perceptibles,

à portée de main,

comme une peau familière.

 

Quand les buissons de sureau,

qui en hiver nous fixaient de leur désespérance,

comme si l’été était mort à jamais,

quand les buissons de sureau

fièrement tendent leurs verts éclatants

par-dessus des éboulis de murs empierrés,

en silence, vers le soleil.

 

Parfois s’ouvre alors

en grinçant doucement

le portail gauchi des étés oubliés.

Un enfant est debout derrière la grille,

dans la poche du tablier l’odeur entêtante

d’une fleur de sureau

et des grumeaux de terre entre les orteils.

 

Le grand dragon cligne des yeux vers la lumière,

étend sa peau craquelée

et s’assoupit à nouveau.

 

Voilà les jours parfaits-

 

(Fränkischer Sommer

 

Das sind die wunschlosen Tage-

 

Wenn unter der Julisonne

das Drachentier schläft,

wenn Stein und Erde rissig werden,

fühlbar,

greifbar,

wie eine vertraute Haut.

 

Wenn die Holunderbüsche,

die winters so trostlos starrten,

als käme kein Sommer mehr,

wenn die Holunderbüsche

ihr strotzendes Grün

über bröckelnde Mauern hinweg

still in die Sonne halten.

 

Manchmal öffnet sich dann

leise knarrend

das schiefe Hoftor vergessener Sommer.

Ein Kind steht am Zaun,

in der Schürzentasche den starken Geruch

einer Holunderblüte

und Erdkrummen zwischen den Zehen.

 

Das Drachentier blinzelt ins Licht,

dehnt die rissige Haut

und schläft wieder ein.

 

Das sind die wunschlosen Tage-)

http://www.dagmar-scherf.de/index.php?page=veroeffentlichungen

 

Me touchent aussi beaucoup les „Augenblicke“ (les « Instants ») de Michael Starcke, 64 ans, de Bochum, en Allemagne, qui a reçu quelques prix littéraires et a autoédité ses textes. Ils me rappellent les « Instanti » de Borges…https://schabrieres.wordpress.com/2008/11/20/jorge-luis-borges-instants/

Instants

 

Parmi tout

ce que je rencontre,

ce sont toujours seulement les

instants

qui sont pour moi sacrés.

 

celui lors duquel mon père

rompit son silence

après un passage de frontière,

pays collinaire et touffeur de l’après-midi,

regards méprisants.

 

celui qui décida

du moment de la rencontre avec

mon premier amour,

malade de passion,

en désir de mourir,

libre de toute contrainte.

 

ce moment où la fièvre monte

et cette certitude qu’il n’y aurait

qu’un chemin

pour se trouver,

la douleur,

le soleil du soir,

ma parole mise en gage.

 

ce sont toujours seulement les instants,

qui pour moi sont sacrés,

l’annonce de la paix

en quelque lointain que ce soit,

la beauté d’une Blanche-Neige,

l’amour pour une femme

qui ne s’intéresse pas

à moi.

 

ce matin le champ de maïs

en lisière de la ville.

j’ai vu le vent se perdre en lui,

mais n’entendais aucun bruissement.

 

( augenblicke

 

von allem,

was mir begegnet,

sind es immer nur

augenblicke,

die mir heilig sind.

 

der, als mein vater

sein schweigen brach

nach einem grenzübertritt,

hügelland im nachmittagsdunst,

verächtliche blicke.

 

der, der entschied,

wie ich der ersten

liebe begegnet bin,

krank vor sehnsucht,

mit der absicht zu sterben,

keinem zwang unterworfen.

 

der, wenn das fieber steigt

und die einsicht,

es gebe nur einen Weg,

um sich zu finden,

den schmerz,

die abendsonne,

mein verpfändetes wort.

 

Immer sind es nur augenblicke,

die mir heilig sind,

eine meldung vom frieden

in welcher ferne auch immer,

schneewittchenschönheit,

die liebe einer frau,

die sich nicht

für mich interessiert.

 

heute morgen das maisfeld

am rande der stadt.

ich sah, dass

der wind sich in ihm verfing.

aber hörte kein rascheln.)

http://www.michael-starcke.de/

Je prendrai peut-être le temps de traduire d’autres poèmes, et de citer plus longuement les autres auteurs. Car je ne veux pas oublier Ingeborg Brenne-Markner, Uwe Müller, Raphaela Gentemann, Maja Loewe, Anna Diouf, Christa Issinger, Flora von Bistram, ni Lara Mensen, la benjamine, ni Marlene Wieland, la doyenne des lauréats, avec ses 81 printemps !

Je vous laisse aussi le soin d’aller flâner sur le site et de lire des poèmes… http://lyrikwettbewerb.forumieren.de/f13-gedichte-2014-zur-abstimmung-durch-autor_innen

Le mot de la fin sera celui de l’Évêque de Hildesheim, Monseigneur Norbert Trelle, qui cite Peter Handke :

« Mais  nous- oui, nous- ne renoncerons pas à cela : à la poésie, cette trouée vers le Divin. »

http://www.sabineaussenac.com/cv/portfolios/prix-de-poesie-de-hildesheim-2014

http://www.sabineaussenac.com/cv/portfolios/ein-aprikosensommer-prix-de-hildesheim-2014

Un été d’abricots attend devant la porte

 

 

 

Une hirondelle aux douceurs de lavande attend ciel neuf.

 

L’arc-en-ciel fait claquer ses couleurs à travers le désert, une pluie de chants nouveaux abreuve la terre.

 

Jouer à colin-maillard dans le désastre des bonheurs perdus: viens, et trouve mes soleils.

 

Rouillé, l’air de notre amour étouffe devant la grille de la vie. Je le peins de couleurs bariolées, jusqu’à la résurrection.

 

J’entends ton coeur en larmes et te brode en tendresse angélique de nouvelles ailes pour la vie. Crois-moi: tu apprendras à voler.

 

Un été d’abricots attend devant la porte. Oh, comme le jour est juteux, et la nuit sucrée!

 

Chercher des étoiles en pays de déserts, et y trouver de l’eau. La source miroitante a un goût d’infinis, notre peur disparaît à la vitesse d’une comète.

 

 

(Ein Aprikosensommer wartet vor der Tür

 

Lavendelsanft wartet die Schwalbe auf einen neuen Himmel.

 

Der Regenbogen knallt seine Farben durch die Wüsten, es regnen neue Lieder auf die Erde.

 

Blinde Kuh spielen im Desaster der verlorenen Wonnen; komm und finde meine Sonnen.

 

Verrostet erstickt unsere Liebesluft am Gitter des Lebens. Ich male sie kunterbunt, bis zur Auferstehung.

 

Ich höre dein weinendes Herz und sticke engelssanft dir neue Flügel fürs Leben. Glaube mir: Du wirst fliegen lernen.

 

Ein Aprikosensommer wartet vor der Tür. Oh wie saftig der Tag, wie süss die Nacht!

 

Im Wüstenland Sterne suchen, und dabei Wasser finden. Die blizende Quelle schmeckt himmlisch, kometenhaft verschwindet unsere Angst.)

http://lyrik-bestenliste.de/sites/links.htm

*** Bientôt Noël…:)

http://www.amazon.fr/Prends-Soin-Amour-Beaut%C3%A9-Monde/dp/1447629868/ref=la_B00K0ILDZS_1_4?s=books&ie=UTF8&qid=1414416053&sr=1-4

http://www.thebookedition.com/fiat-lux-sabine-aussenac-p-116155.html

et mon blog de poésie allemande:

http://sabine-aussenac-dichtung.blogspot.fr/

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les oiseaux se cachent Place Pinel pour mourir…

Les oiseaux se cachent Place Pinel pour mourir…

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Décidément, ces temps-ci, je vous parle beaucoup de la Place Pinel. Peut-être parce qu’elle est importante, cette place-cœur d’un monde, cette place qui m’accueillit dans mon nouveau quartier avant même que je ne m’y installasse, charmée par son kiosque unique au monde, à la coupole retentissante et aux piliers aux murmures…- un écho extraordinaire résonne lorsque vous vous trouvez au centre du kiosque, non perçu par l’extérieur, et donc antithèse de l’idée-même du « kiosque à musique », tandis que lorsque vous chuchotez devant un pilier, votre voix sera perçue devant le pilier d’en face, claire et aussi radieuse que les petits matins sur l’herbe aux platanes…

http://mariuspinel.over-blog.com/article-jean-montariol-concepteur-du-kiosque-pinel-1892-1966-49776868.html

Hier, donc, essayant mes bâtons de Nordic Walking à l’heure où blanchit à nouveau la campagne (en fait, des faux bâtons, juste des bâtons de randonnée, mon escarcelle étant frileuse et Décathlon peu achalandé…), je marchais le long de nos allées, écoutant le vacarme gracieux des merles et des enfants perchés qui dans le faite des tilleuls, qui en haut du toboggan, lorsqu’il vint vers moi, sautillant et blessé, vilainement amoché par quelque Raminagrobis ou Médor affamé…Il tremblait, mais pas de peur, juste de mal, de détresse, et j’ai eu envie de lui dire ce que le Maître dit à Jane Eyre :

–          Venez, Jane, petit oiseau blessé, dans ma main… »

( « – Jane, be still; don’t struggle so, like a wild frantic bird that is rending its own plumage in its desperation.

_I am no bird; and no net ensnares me; I am a free human being with an independent will, which I now exert to leave you. »)

Je m’arrêtai, le regardai, incapable de l’aider. Lorsque je suis repassée par la place, plus tard, je vis un homme en vélo, distrait, lui rouler sur le bec, avant de stopper, et de courir, lui aussi, vers l’oiseau qui ne s’était pas écarté…Le crépuscule enveloppait les platanes de sa pénombre apaisante, mais nous pouvions encore lire cette étrange demande dans les yeux noirs de l’oiseau, qui venait vers nous, les hommes, vers ces grands prédateurs, en quémandant notre aide.

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J’ai alors tenté en vain de joindre la LPO, tandis qu’une dame, accompagnée de trois chiens qui auraient pris un petit apéro, m’a dit que c’était inutile, que ce petit allait mourir.

Et ce matin, alors que j’allais vider mon verre, puisque je suis nantie d’un ado altermondialiste qui pratique la police du tri avec une main de fer, je le vis, dans le fourré, les pattes en l’air et l’âme disparue par-dessus nos millions de toits roses…

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J’ai alors décidé de l’enterrer. En pensant aux leçons de choses de notre ami Yves le Pestipon, éminent professeur de khâgne et féru de littérature –je vous recommande chaudement la lecture de son passionnant « Oublier la littérature ? »

http://www.fabula.org/actualites/yves-le-pestipon-oublier-la-litterature_62875.php _, mais aussi pinélisateur en diable et grand maître du mouvement dont même la Novela s’est entiché :

http://www.fete-connaissance.fr/yves-le-pestipon

Récemment, une conférence a même réuni les afficionados au Vieux Temple, et on y a appris les fondements du rite de la « pinélisation », quand il s’agit de disséminer poétiquement la terre de notre Place Pinel…

http://www.fete-connaissance.fr/de-la-terre-pour-toute-la-terre

Je suis dit que j’allais, rebelle que je suis, faire une anti pinélisation, emmenant du terreau à cette terre poétique, offrant à la terre pinélienne le corps de ce bel oiseau en lui accordant aussi une digne sépulture, et en lui évitant de finir dévoré…

Ce faisant, je pensais aussi à l’enfance, d’autant que j’avais fait pèlerinage à Albi dimanche, et revu ma voisine Monique, avec laquelle nous enterrions grillons, tortues et canaris sous les laurines du jardinet, leur confectionnant de jolies tombes avec des morceaux de mosaïques, apprivoisant ainsi et le temps et la vie…

Et me voilà rentrer, ramener sur la place un petit linceul aux couleurs de l’Afrique, creuser une petite tombe avec une cuillère en bois et déposer délicatement l’oiseau en sa dernière demeure.

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Il est donc retourné à la terre, celui qui ne savait plus voler. Humble parmi les humbles, solitaire, enterré comme un soldat inconnu, dans la belle fosse commune  de notre Place Pinel. Pas d’honneurs militaires, ni d’articles dans les journaux, pas de deuil national, juste une mise en bière, puis en terre, comme pour tous ces hommes qui passent, naissent, vivent et meurent sans bruit, dans l’assourdissant silence des sans voix.

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Je pensais à ce grand patron dont le pays pleure les milliards, je pensais aux victimes de toutes ces calamités qui tuent les Africains quand l’Occident en tremble, je pensais à toutes ces femmes et à ces enfants innocents que la folie des hommes détruit, et je me disais que ce petit animal avait, lui aussi, mérité sépulture.

Que sa mémoire vole vers cent mille soleils. Et notre Place Pinel, elle demeure.

http://www.oasisdesartistes.com/modules/newbbex/viewtopic.php?topic_id=185267&forum=2

L’oiseau livre

L’oiseau lyre

L’oiseau libre

L’oiseau livre

Ses secrets

Ses ailes déployées

 Bruissent dentelles éventées

Il frissonne au bord du nid

S’élance en ciel immense

L’oiseau nu danse

Et livre sarabandes

Aux éclairs zébrés

Torride il panse

Ses ailes déchirées

L’oiseau lyre

L’oiseau libre

L’oiseau livre

Ses pensées

Il offre étincelles denses

Et surtout mille regrets

Aigle il a été

Aujourd’hui tourterelle

Il se sent en colombe

Et ne veut que la paix

Rimes traversières

Et nidations manquées

Il migre en terres vierges

Et espère amitiés

L’oiseau lyre

L’oiseau libre

L’oiseau se livre:

 

Délivré.

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Devenons les passeurs de lumière

Devenons les passeurs de lumière

 

Pourquoi ne pas croire aux miracles ? Osons, osons, avec les chrétiens du monde entier, nous réjouir de cette fête où un prophète et se disant fils de Dieu ressuscita d’entre les morts. Croyants et impies, athées et religieux, toute foi confondue, réjouissons-nous de ce moment qui peut devenir inspirant.

La nature nous donne l’exemple. En ce printemps, tout n’est qu’explosion de vie et d’allégresse…Les journées qui rallongent après les grisailles de l’hiver, les lilas et les roses, les nuées de pétales dont le duvet volète d’arbre en arbre quand les merles s’époumonent…Des sous-bois aux jardins, notre terre palpite, tout n’est qu’éclosion et renouveau.

Osons, nous aussi, cette espérance pascale. Ne baissons pas les bras dans la nuit qui gronde, malgré nos douleurs, nos peines, nos angoisses. Oui, le monde est fou, entre les dictateurs et les diktats, entre les massacres des Innocents syriens et les naufrages de centaines de lycéens coréens, entre les incendies qui dévorent Valparaiso et les avions fantômes, entre les injustices, les maladies, les scandales. Et puis nous la tuons, notre planète, notre trésor, nous en vilipendons les moindres recoins de paradis pour en faire vil usage, aveugles devant le précipice qui, béant, guette une humanité toute entière.

Mais nos rites religieux peuvent nous aider, malgré nos différences, à regarder la vie différemment et à tenter d’autres expériences…Les juifs viennent de fêter Pessah, leurs offrandes commémorant une autre espérance, « L’an prochain à Jérusalem » et la rédemption de l’Exode. Les chrétiens, eux, se réjouiront dimanche en se saluant du traditionnel « Il est ressuscité ». Même si nous ne partageons pas ces idées et ces traditions, nous pouvons, dans le monde entier, nous associer à ces partages, et à ces ancrages dans la renaissance et l’avenir.

Le bébé luttant pour son premier souffle de vie, le « pneuma », nous donne l’exemple : jusqu’au sourire rayonnant des « Seigneurs », ces aïeuls emplis de grâce malgré leurs vies de tourmentes, comme les Germaine Tillon qui sont revenues d’entre les morts de la Shoah, ou emplis de sagesse et d’intelligence, comme les Michel Serres, les Jean d’Ormesson, l’Homme lutte pour rester debout et pour croire à cette vie qui le porte…

http://fr.wikipedia.org/wiki/Germaine_Tillion

Sachons, en cette veille de Pâques, reconnaître, nous aussi, le miracle de la vie. Il est là, partout, chez les puissants et les humbles, dans la larme de joie de la mère retrouvant son enfant sain et sauf après un naufrage en Corée, dans le tressautement de la paupière de « Schumi », dans l’annonce de la libération des journalistes en Syrie…

https://fr.news.yahoo.com/lib%C3%A9ration-des-quatre-journalistes-fran%C3%A7ais-otages-en-syrie-091602735.html

Jésus, disent les chrétiens, est sorti de son tombeau. Nos vies, si souvent, sont déjà de lugubres caveaux, lorsque nous étouffons sous la terre de nos soucis, lorsque le morne quotidien nous enterre vivants, lorsque peu à peu le silence se fait dans nos existences sans joie. Osons pousser les pierres, nous aussi, osons respirer enfin la vie qui est là, à nos côtés, cette vie que nous ne voyons plus, ne sentons plus, tant nous sommes engluées dans nos tristesses ou nos horreurs. Soyons la main tendue, le sourire offert, devenons les passeurs de lumière.

Il suffirait de peu pour que les femmes ne soient plus emmurées derrière les grilles de l’absurde, ni violées, éventrées, lapidées. Il suffirait de peu pour que la misère ne pousse plus des enfants innocents à se noyer en Méditerranées, pour que les frères ennemis du Moyen-Orient enterrent les siècles de guerre. Il suffirait de peu pour que nous arrêtions de souiller cette planète qui accueille nos passages et que nous transformons en poudrière et en enfer.

Nous ne pouvons rien contre le fatum, contre le destin qui fait chavirer les navires et trébucher les sportifs de haut niveau, aussi aguerris soient-ils. Mais nous, tous ensemble, nous, les frères et sœurs humains, nous devrions écouter l’espérance et commencer à nous relever, à sortir de nos tombeaux, et à partager nos espaces.

« Il est miraculeux qu’il reste la lumière. » Claude Vigée