En attendant tous ces grands oiseaux blancs

En attendant tous ces grands oiseaux blancs

 en attendant tous ces grands oiseaux blancs A4 fond gris

Il nous faut arracher la joie aux jours qui filent,

En vivante étincelle, talisman de merveilles.

Des colliers de bonheur pour conjurer la bile,

Tournesols et lilas aux odorants sommeils.

 

Parce qu’il ne faut pas emprisonner le soleil

Dans ces boîtes-prisons qui font de nous des fous,

Étalons la lumière sur le mur de nos ciels :

Notre terre infinie, d’Éternité la roue…

 

La lumière viendra, océan des possibles,

Réconcilier les hommes et la vie et le temps.

Plus besoin de Torah, de Coran ou de Bible :

 

L’amour aura vaincu, la paix sera enfin.

En attendant tous ces grands oiseaux blancs

Continuons à nous regarder, même de loin.

***

Dédié à Marlon qui se reconnaîtra 🙂

***
Création de Sabine Aussenac, inspirée de ces vers de Salah Al Hamdani…

http://www.confluences.org/Printemps-des-Poetes-Concours
« Parce qu’il ne faut pas enfermer le soleil
Dans une boîte
Étalons la lumière sur le mur
Et continuons à nous regarder même de loin »

Vidéo imaginée pour le Concours Confluences, à l’occasion du Printemps des Poètes!

-crédits:
* Musiques: Einaudi
* Vidéo tournée au collège Mermoz de Blagnac par l’auteur
* photo « Je suis Charlie » à Alep: Zaina Erhaim
* Poésie et photos Sabine Aussenac.
Image de la lumière sur le mur prise au musée du Catharisme de Mazamet.

Ensemble, au cœur des arts, osons l’Insurrection poétique!

Mes mauvaises résolutions

Mes mauvaises résolutions

 

 Villa Amalia

En premier lieu, le ménage. Il est temps, puisque j’ai allègrement dépassé le quart de siècle, que mes gènes teutons fassent enfin leur digne coming out : désormais, l’appartement dans son ensemble devra briller comme une suite de palace.

Ce sera le Grand Jeu ou rien ; soupçons de poussières traqués in utero, petits savons dits d’invités dans des coupelles art déco, et même la gamelle du chat sera nettoyée régulièrement (avec une éponge réservée à cet effet, natürlich !)

A propos du chat, ces vacances d’hiver, propices à la méditation et aux illuminations existentielles, m’ont apporté la clef, le chaînon manquant à notre cohabitation : bon sang mais c’est bien sûr…Un bac se nettoie tous les jours-un peu comme on tire la chasse, in fact. Bon, soyons explicites : un bac, ce n’est rien plus que les fameuses toilettes sèches chères à nos écolos.

L’appartement, ainsi, ressemblera définitivement à ces endroits cosy qui semblent gérés exclusivement par les sept nains, ou, à défaut, par trois générations de portugaises maniaques -une pensée émue pour Dina, la seule femme de ménage que j’ai employée dans ma longue vie de labeur et qui, mélancoliquement, dans notre exil commun dans les plaines de Belgique, me murmurait:

–     Ah, Madame Chabine, la jabel, moi, ché braiment moun parfoum préféréch…

En fait, l’idée de base, c’est de rentrer après le trabail -oups, pardon, je reprends mon accent- le travail, donc, et d’avoir l’impression de revenir dans la délicieuse chambre d’hôte si chaleureusement conseillée par les guides…Oui, si vous suivez mon raisonnement, c’est tout bénef :

– Premièrement, vous économisez la femme de ménage ET la salle de gym -les escaliers du duplex patinés à la cire d’abeille, je vous jure, ça vaut deux heures de step- et vous vous refaites une sangle tout en gardant les chèques emploi service pour, je ne sais pas, un petit jardinier polonais ?

– Deuxièmement, vous économisez le dit week-end en Relais et Châteaux, puisque l’hôte, c’est vous…

Ensuite, le sport, justement. Cette année, je serai ferme. Je n’irai PAS à la Fête du sport de my little town, pour arpenter, hagarde, sous le soleil de plomb de l’été indien, une prairie desséchée où de gros gaillards s’agiteront dans tous les sens pour tenter de nous persuader, mon fiston et moi, de venir nous adonner à quelque sport à l’année…

Bon, je vous l’accorde, une telle demi-journée permet une transition visuelle agréable entre la plage et le bureau ; c’est vrai, ça et là, entre deux corps déformés par l’abus d’Armagnac et de foie gras, il reste la possibilité d’apercevoir quelque Adonis local.

Mais sinon, à quoi bon aller regarder les quinquas bedonnants du Club des Joyeux Randonneurs de Gascogne, ou les mini Pina Bausch en herbe frétillant dans leurs tutus ? Il est clair que j’ai passé l’âge heureux depuis longtemps et pas encore atteint celui de Compostelle….

Bon, ce n’est pas une raison pour racheter immédiatement du Nutella ! Je dois garder en mémoire ces lointaines heures estivales où je bravais courageusement la canicule pour arpenter les bords du Gers, en me persuadant qu’ils ressemblaient aux allées de Central Park… En plus, même en sachant que je croiserai tout au plus deux ou trois retraités gersois, je m’habillais über trendy pour mon footing, et je jure, je jure comme Scarlett devant Tara en flammes que je n’aurai plus jamais de ventre.

Mais à mon rythme.

Le régime et la gym, c’est si je veux, quand je veux. Cette année, donc, j’irai au marché. Parfaitement, et je n’en ai pas honte. Je préfère me priver d’acheter mon Cosmo ou mon Marie-Claire pour offrir à fiston de vrais repas colorés. Enfin, disons que ce serait une sorte de protocole, voilà. C’est comme pour l’appart, je veux avoir l’impression de déjeuner dans le restaurant quatre étoiles de la luxueuse clinique suisse. -chut, ne dites rien ; mais moi, je me fais mes auto injections de Nutella, ça remplace complètement le Botox.

Quant aux protocoles, tout le monde sait qu’ils sont modifiables… Alors, si un soir je renonce à la petite salade de crabe au pamplemousse et que je nous commande la super Quatro d’en bas -un plaisir des yeux rien qu’en la cherchant, tant le sourire du pizzaiolo est craquant…- j’aurais juste une délicieuse impression de vacances, là aussi… Vous me suivez ?

L’idée, c’est à la fois ce lâcher prise permanent ET cette ligne de conduite pérenne. Oui, il est là, le secret des bonnes résolutions. Un petit équilibre entre notre force et nos faiblesses ; le corps est le temple de l’âme, disait mon Saint préféré, Paul. Et l’âme doit se sentir libre, elle aussi…

Enfin, les liens sociaux. Hyper importants, les liens sociaux. Ben moi, fastoche : ma rentrée sociale, j’me la fais sur Facebook. Et puis tiens, je vais enfin adhérer à un parti, puisque je veux devenir euro députée. Chouette, c’est le double effet Kiss Cool, ce petit geste civique va m’éviter de perdre une journée de salaire dès la première grève, puisque on ne peut pas être sur tous les fronts, n’est-ce-pas ? Et puis franchement, perdre ma crédibilité d’enseignante en séchant mes cours dès la rentrée, non, c’est mission impossible.

Mais je promets aussi que je vais retourner dans la vraie vie. Finies, les nuits passées à parler de René Char avec de jeunes poètes, aussi talentueux soient-ils ; terminées, les journées où je scrutais mon écran toutes les dix minutes pour intervenir dans ce petit groupe d’intellos parisiens décalés. Je serai sage ; je vais me contenter du réel, m’intégrer dans le paysage local pour revenir à de vraies valeurs. Continuer donc à apprendre les prénoms de mes collègues comme chaque année, même si je sais déjà que je changerai de crèmerie l’an prochain…

Ce que je ne ferai plus, en vrac :

Utiliser 10 mugs dans la même journée pour mes thés et tisanes.

 Corriger mes copies devant Grey’s Anatomie, c’est trop dur, je suis trop tentée de saquer quand ça rame entre Derek et Meredith ; idem pour Medium, je suis tellement guimauve quand je vois vivre la VRAIE famille D’Alison Dubois que je mets des 20 à tout le monde…

Tricher dans le train et dire « Oh, j’ai oublié mon abonnement travail». A 54 ans, je dois absolument me convaincre de cesser ce petit frisson de l’interdit.

Shooter dans le chat, même très légèrement, quand il miaule plus d’une demi-heure après avoir déjà eu sa ration de croquettes bio.

Boire plus de 25 tasses de café par jour. Investir plutôt enfin dans une vraie machine que quand tu te fais un kawa c’est Dgeorges que tu vois dans le marc virtuel, comme ces images au fond des verres de saké…

Mettre les Gipsy King à fond; il n’est pas certain que mes voisins les aiment et ils ne savent pas forcément que cela m’aide à me concentrer lorsque je vide le bac du chat.

Écouter France Info plus de 15 minutes, voire plus, jusqu’à être capable de réciter les flashs aussi bien qu’une poésie de Maurice Carême. Basculer plutôt sur « Lahaie, l’amour, la vie » en faisant la vaisselle du midi, ça m’évitera de mourir coincée et me permettra de briller dans les soirées en donnant des adresses coquines du fin fond de ma campagne.

Ne PAS m’épiler les jambes sous prétexte que je suis « hors ligne ». Oui, on ne sait jamais. Toujours être habillée comme si Karl Lagerfeld annonçait un passage en revue de ma garde-robe. M’appeler moi-même « Ma Chééérie » comme l’autre cruche et admettre enfin ma ressemblance frappante avec Sharon Stone.

Ce que je vais tenter de faire, en vrac aussi :

Mieux trier mes ordures.

Vraiment. Pas seulement de temps à autre, en visant la bonne poubelle. Ne pas mentir à mon fils en lui disant que j’ai rapporté les piles…

Lire vraiment mes classiques au lieu de me dire que je le ferai à la retraite, parce que là, comme c’est parti, quand on arrivera à la retraite, on aura du mal à distinguer Julien Sorel de Raskolnikov, avec ou sans nos progressifs.

Je relis donc Proust, Hugo, et en même temps je me mets aux « loisirs créatifs » et j’apprends enfin à tricoter : je fais des chaussettes pour les petits prématurés du Brésil.

Lire le Monde, aussi. Non, je n’ai pas dit « acheter », ça, ça m’arrive chaque jour, puisque je suis abonnée…J’ai bien écrit « Lire ».

Ne pas passer tous mes WE enfermée, sous prétexte que je n’ai pas un sou en poche, ni le permis.

Aller à Paris. Le dire, le faire, et recommencer. Parce que la vie, la vraie, se passe statistiquement aux endroits peuplés, nantis de théâtres, de librairies, de quartiers, de rencontres.

Aller à la mer.

Sans rien. Aller à la plage en maillots et en tongues, même sans serviette, et si possible sans enfants, panier, goûter, crème solaire, ballon, livre, portable, monnaie pour les beignets, maillot de rechange, parasol, couche de rechange-bon, ok, je n’ai plus de nourrisson, c’est dans l’absolu-, bouteille d’eau, petits jus.

Juste aller à la plage, regarder, nager, se coucher à même le sable, sentir.

Aller à la montagne.

Sans rien. Aller à la montagne avec une bonne paire de chaussures, une carte et un chapeau-un bonnet selon la saison. Et surtout sans enfants, sacs, deux mille barres de survie, bâtons que je porte, guide des GR, pique-nique débordant…

Optimiser ce site de Couch Surfing sur lequel je me suis récemment inscrite, aussitôt harcelée par dix célibataires de villes de mon propre département voulant venir visiter la Gascogne ; aller voir les fiches des Finlandais, plutôt. Ou des Ibères, c’est plus près (et puis je ramènerai du Moscatel et du Touron-très bien, aussi, pour les injections, le Touron)

Travailler cette idée du lancement d’un MAXI SEXY CENTER dans mon ancien département d’adoption.

Car le foie gras, c’est has been, non?

Faire faire des cartes de visites ciblées, les garder dans des petites pochettes et les distribuer.

Sur la carte pro, bien mettre un titre ronflant et une super photo, et la donner le plus souvent possible, ne pas oublier les liens internet, et ne pas hésiter à aller au-devant des possibles. Bien sûr que ça existe, des profs qui quittent l’Education Nationale…

L’autre carte, celle où il est écrit « I’m free, what else? », je la donne comme ça, au feeling, je la tends à cet inconnu croisé au parc et qui a un si beau regard, je la dépose sur le siège de mon voisin de train qui est plongé dans la lecture de Baudelaire-si si, ça existe, aussi!!!-, et je m’épargne ainsi les 39,90 euros de l’abonnement Meetic.

Tiens, à propos Meetic, je blackliste illico toute personne faisant plus de 5 fautes d’orthographe par ligne et je me mets à faire des recherches par mots-clefs.

La quête de l’Homme doit se pratiquer avec la rigueur d’une recherche universitaire.

Je regarde les émissions intelligentes.

Je ne zappe pas quand je vois Arlette Chabot ou Yves Calvi.

Ils sont aussi respectables que Cauet et ont DROIT à leur part d’Audimat.

D’ailleurs j’arrête de regarder » Miss Swann », de toutes manières je n’aurai JAMAIS le courage de m’attaquer chirurgicalement à ma ptose abdominale, et il est HORS DE QUESTION que je me transforme en Barbie.

Et surtout :

J’admets que ma PREMIERE OPERATION esthétique a été une erreur, et j’assume enfin la joie de ma transformation:

Avant, j’étais blonde à forte poitrine, aux yeux bleus, 95/60/95, je mesurais plus d’un mètre 75 et je chaloupais des hanches et du regard.

Aujourd’hui, je porte de grosses lunettes, je mesure un mètre 60 pour 60 kilos, mais je dois être heureuse avec ce nouveau corps et cesser cette nostalgie ridicule. J’ai droit à ma différence.

En fait, cette année 2015 et mes bonnes résolutions, je voudrais les vivre comme un discours de notre ex-Ségolène, droite dans ma robe de bure blanche, lumineuse et habitée par la grâce :

Ensemble, nous serons ! Ensemble, nous agirons !

Oui, ensemble, c’est tout.

 

My american mum : Bobbi Katz !

My american mum : Bobbi Katz !

 

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https://www.youtube.com/watch?v=Hq2KWbiV6js

 Connaissez-vous Bobbi Katz? Cette délicieuse poétesse et auteur de livres pour enfants nous a rendu visite en septembre, et je voulais, en ce jour de Noël 2014, lui rendre hommage et vous parler de ce petit bout de femme bouillonnante d’énergie positive et de créativité, malgré ses …très nombreux printemps !

http://www.bobbikatz.com/bio.htm

Elle est née en 1933 mais possède encore une grâce et une allure de jeune fille !

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Souriante, elle m’est apparue dans le hall de la gare Matabiau et nous sommes tombées dans les bras l’une de l’autre, puisque nous nous connaissions, par l’intermédiaire de son fils Josh, depuis…1979 ! Nous avions longuement échangé, depuis la disparition tragique de Josh, par lettres, mails, mais ne nous étions jamais vues.

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Nous avons visité Toulouse, Albi, longuement échangé autour des courages de sa vie, puisqu’elle a traversé de nombreuses épreuves tout en gardant cette incroyable optimisme! Bobbi nous a enchantés par son dynamisme et sa joie de vivre.

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Elle a donné la réplique à son « french Grandson » :

https://onedrive.live.com/redir?resid=8DAAE5B306BE4C6!10423&authkey=!AL7VrsvJUxUt4kQ&ithint=video%2cmp4

En effet elle chante et danse, fait de chaque instant une comédie musicale à l’américaine, tout en étant capable de discuter de sujets graves avec une belle profondeur : et c’est là que l’on perçoit le mieux cet état de grâce qui permet à un adulte de toucher des cœurs d’enfants…

http://www.encyclopedia.com/doc/1G2-2697000049.html

La liste de ses ouvrages est longue…Poésies, albums, car Bobbi est surtout connue pour ses poèmes, dans lesquels elle met le monde et son âme à la portée de l’enfance :

« My poetry always comes from inside—from my deep need to express a feeling. The child in me writes picture books. My fiction is almost not mine. The characters emerge and seem to tell their own stories. Even when writing within rigid boundaries that editors sometimes set, I find the characters become very real to me. I care what happens to them. »

« I write only for children because I desperately want to return childhood to them, » Katz added. « I hope to join those writers and artists who delight, sensitize, and give hope to children. »

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Elle décrit, mais embellit aussi, et danse avec les mots comme elle danse la vie:

http://www.poetryfoundation.org/poem/241878

October

BY BOBBI KATZ

October is

when night guzzles up

the orange sherbet sunset

and sends the day

to bed

before supper

            and

October is when jack-o’-lanterns

grin in the darkness

            and

            strange company crunches

across the rumple of dry leaves

to ring a doorbell.

October is

when you can be ghost,

            a witch,

                        a creature from outer space…

almost anything!

And the neighbors, fearing tricks,

            give you treats.

https://onedrive.live.com/redir?resid=8DAAE5B306BE4C6!10424&authkey=!ALYOj4ahHE8DWlQ&ithint=video%2cmp4

Alors si vous avez encore un cadeau de dernière minute à faire, ou des étrennes pour la belle année nouvelle, n’hésitez pas : offrez un  livre de …Bobbi Katz !!!

Merry Xmas, Bobbi!!

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(Et vous trouverez la mémoire de Josh à la fin de mon texte sur Udo Jürgens, dans ce même blog, ou ici:

http://www.huffingtonpost.fr/sabine-aussenac/fete-des-morts-toussaint_b_2034157.html )

  

 

 

 

Le Noël des personnels et autres crèches…

 

 

 

Le Noël des personnels et autres crèches…

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http://www.bernis.fr/fr/actualite/42965/noel-personnel-communal

Lorsque j’étais enfant, papa m’emmenait toujours au « Noël des personnels » de son lycée. Je possède encore cette photo où, inquiète, je lève les yeux vers un Père Noël qui visiblement m’impressionnait énormément. Mais je me souviens aussi des cadeaux au pied de l’immense sapin installé dans le hall, tout comme j’ai en mémoire les classes décorées d’étoiles de notre école primaire, et les beaux bricolages de mes enfants lorsqu’ils étaient en maternelle.

Et les crèches…Ma grand-mère française me prenant par la main pour me montrer les joues roses de l’enfançon couché devant l’église, et mon père, il y a quelques années encore,  emmenant mes enfants en voiture faire le tour des crèches illuminant la petite ville paisiblement blottie dans les senteurs de Noël…D’aussi loin que je me souvienne, un immense sapin a aussi toujours dominé les places des nombreuses villes dans lesquelles j’ai habité : La Place Ducale de Charleville, le Vigan, à Albi, la Place du Capitole dans ma Ville Rose, la place de Jaude à  Clermont-Ferrand…Orné d’une étoile guidant les enfants vers leurs rêves, il veillait sur cette atmosphère souvent, c’est incontestable, trop commerciale, rappelant aux petits et aux grands l’origine sacrée de cette fête millénaire…

Ça, c’était avant.

Avant que des femmes ne viennent voiler nos libertés occidentales de leurs niquabs grillageant le soleil, avant que des petites filles de sixième ne refusent d’aller à la piscine sous prétexte que les garçons de leur classe iraient aussi, avant que la religion ne devienne un enjeu sociétal et n’obsède nos gouvernants, et, je le conçois, à juste titre, car je suis la première à m’inquiéter des multiples dérives qu’implique l’islamisation à outrance de nos sociétés, entre les cantines hallal et le petit guide du patient musulman, entre l’exportation du conflit judéo-palestinien et les souffrances extrêmes des jeunes filles issues de l’immigration, soumises à des mariages forcées, à l’interdiction de la jupe, etc, etc. Mais mon propos en ce deuxième Avent n’est PAS de hurler avec les loups du FN, non, je voudrais simplement mettre en garde le Législateur.

Car lorsque j’entends toutes ces polémiques autour des crèches qui n’auraient plus leur place dans l’espace public, je m’inquiète. Tout comme je ris sous cape en voyant fleurir, aux quatre coins de l’Hexagone, des manifestations autour de la Nativité qui, elles, ne semblent pourtant déranger personne…

http://www.letelegramme.fr/morbihan/lanester/marche-de-noel-le-personnel-municipal-en-fete-samedi-13-06-12-2014-10452162.php

Et il suffit de regarder en arrière pour se souvenir de l’harmonie et de la quiétude dans lesquelles nous vivions, en bonne entente avec les autres communautés religieuses. Force est de constater que la communauté juive, par exemple, n’a jamais interféré d’une quelconque façon sur le « Noël » français. Il existait même une connivence autour de nos sacralités communes, Noël et Hanoukka étant célébrés à quelques semaines d’intervalle. Les bouddhistes, attendant joyeusement leur Nouvel An chinois, n’ont jamais non plus omis de réserves au sujet de la fête de la Nativité. Quant aux athées, je ne pense pas qu’ils soient nombreux à « boycotter » Noël…Il est évident, même, que la plupart des citoyens français considèrent cette fête comme une simple « tradition » et empiètent le pas à ces réflexes commerciaux et familiaux, ayant bien souvent oublié le fameux « esprit de Noël » au profit des orgies gustatives et dépensières qui, entre chapon farci et IPhone 6, ont depuis longtemps relégué l’histoire de la naissance de Jésus dans cette modeste paille au rang de vague légende presque effacée des mémoires…

Longtemps, en témoignent les joutes joyeusement relayées par la littérature et le cinéma, les Pepone et  les Don Camillo se sont livrés à de petites querelles de clocher bon enfant, la figure tutélaire du Curé et celle de l’Instituteur à la Pagnol organisant théâtralement une France aux deux visages, dans laquelle les « Laïcards » bouffaient du curé tandis que ce dernier veillait sur des fidèles de plus en plus clairsemés, de l’Angélus de l’aube à l’Angélus du soir ; le Français en avait pris son parti , jonglant lui aussi avec la tradition, Janus d’un jour lorsqu’il s’agissait de faire bonne  figure catholique en traînant ses sabots devenus  Louboutins à la Messe de Minuit avant de plonger dans le foie gras et les huitres…Aucune polémique ne venait entacher l’espace public, hormis celle des contempteurs de fêtes qui en appelaient à l’ascèse et critiquaient les dérives commerciales, mais qui ne pesaient pas lourd face aux yeux brillants des enfants du monde entier !

Car Noël, n’en déplaise à ses détracteurs, est bien célébré aux quatre coins de la planète, et ce depuis plus de 2000 ans. Des bikinis australiens relevés par un joli bonnet de Père Noël aux chants sacrés du Noël orthodoxe, des gospels des petites églises baptistes aux cadeaux offerts par les familles musulmanes françaises à leurs enfants « pour qu’ils puissent eux aussi profiter de la tradition », -du vécu, je vous le promets-, la fête explose, illuminant les cœurs des hommes. Et en France, avant cette fameuse –et indispensable- loi sur la Laïcité, nous fêtions Noël, laissant nos amis juifs construire leurs cabanes pour Souccot, et nos amis musulmans égorger leur mouton pour l’Aïd, et les rayons des grands magasins se gorgeaient de cornes de gazelles à ce moment-là, et, l’un dans l’autre, tout le monde y trouvait son compte.

Je souhaiterais que la loi sur la Laïcité reste à sa place.

C’est bon, nous avons compris son message essentiel : pas de voile sur les photos de passeport, pas de crucifix dans les salles de cours, pas de buddha géant sur les places- euh…il y en a eu, un jour ?- c’est simple, direct et efficace.

Toute dérive supplémentaire devrait être honnie.

Les maires FN s’appuyant éhontément sur ce texte pour exclure des enfants musulmans des cantines devraient être voués aux gémonies électorales. Mais les maires Front de gauche ou prétendument dans l’air du temps en exigeant de bouter les crèches hors du Royaume de Navarre en arguant qu’elles n’y ont plus leur place exercent un abus de pouvoir ; ils confondent tradition et religion, et, si on écoute leur discours sectaire, dans quelques années, ils demanderont aussi l’abolition des « illuminations » de Noël, voire la suppression des jours fériés, voire même l’abandon des traditions culinaires.

Sus à la bêtise liberticide de quelques élus confondant tradition séculaire et rites religieux, élus qui sont les premiers à se taire lorsque une jeune femme juive est violée et rançonnée parce qu’appartenant à la communauté israélite ou à demander que les associations juives ne puissent pas manifester à Toulouse-du vécu- aux côtés des associations antiracistes…Élus qui sont les premiers à exiger des droits pour les étrangers issus de l’immigration, élus qui depuis 30 ans martèlent « touche pas à mon pote ! » tout en sapant les traditions culturelles françaises, élus qui accueillent à bras ouvert la « diversité » mais ne luttent pas contre l’antisémitisme et se taisent devant les massacres de chrétiens.

Cette année, les deux établissements scolaires dans lesquels j’exerce, l’un en tant que « personnel rattaché », l’autre en tant que professeur, organisent un « Noël des personnels ». Sont-ils hors-la-loi ? Comme les millions de Français qui emmèneront leurs bambins aux joues rosies par l’excitation au « Noël des impôts », ou au « Noël de la Mairie » ? Ouvrez les yeux, Monsieur le Législateur, et laissez-nous chanter les cantiques de nos enfances, et pas seulement dans le silence feutré des églises ! Laissez les sapins se dresser, pleins d’étoiles, laissez les gens se prendre dans les bras, laissez les marchés de Noël scintiller de gourmandises, et laissez les santons avancer vers la Sainte-Nuit de Noël ! Hier, à Toulouse, devant mon majestueux Capitole, une chorale baptiste était là, en accord avec la Municipalité, au cœur du vin chaud et des badauds ravis, applaudissant les gospels : était-ce un crime ?

Non. Car si vous interdisez les crèches, il faudrait AUSSI interdire :

  • Les Marchés de Noël envahissant l’espace public
  • Les « Arbres de Noël » des personnels
  • Les décorations des villes

http://www.luchonmag.com/VIDEO-Debut-des-Pastorales-de-Nadau–ce-week-end_a480.html

 Etc, etc…

Et, à ce compte-là, il faudrait aussi interdire les prédicateurs qui arpentent les places en brandissant des versets du Coran et demandent de l’argent pour des Mosquées-tous les dimanches, aux Puces de Saint-Sernin et, j’imagine, partout en France…

Nul n’a le droit de nous priver de Noël.

Cette fête est une fête du PATRIMOINE CULTUREL français. Et je demande dès aujourd’hui son classement au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Suis-je bête : Noël est…déjà classé au patrimoine mondial !!

http://www.unesco.org/culture/ich/index.php?lg=fr&pg=00011&RL=00865

PS: ce vieux texte, écrit dans « Le Post »…

http://archives-lepost.huffingtonpost.fr/article/2011/12/23/2666816_bon-anniversaire-p

Le ventre tendu de la femme faisait encore ressortir sa maigreur. Son visage émacié, défiguré par la peur, ressemblait à quelque masque antique. Les soldats entouraient le petit groupe de réfugiés, parlaient fort, hurlaient en faisant des mouvements brusques avec leur kalachnikovs. Deux fillettes avaient déjà disparu depuis la veille. Tout le monde savait ce qu’il était advenu d’elles, jetées en pâtures aux mercenaires assoiffés de vengeance…

Elle recula à petits pas. Son compagnon, qui avait réussi à échapper à la vigilance des soldats, embusqué derrière un buisson desséché, lui faisait de petits signes. Elle parvint à le rejoindre, et ils quittèrent le camp, passant de tente en tente.

Le lendemain, l’homme réussit à trouver un abri. Une case abandonnée, dans un village fantôme. Il avait même récolté quelques feuilles de bananier, qu’il déposa délicatement sur une couche de terre. La famine et la guerre avaient décimé toute vie. Mais lorsque la jeune femme revint, après s’être longuement accroupie sous l’unique arbre du village, seule, sans un mot, serrant l’enfant dans ses bras minces comme des fétus, l’homme sourit.

Il coucha le nouveau-né sur les feuilles, et vit soudain arriver trois enfants, les mains chargées de présents : une bouteille d’eau pour sa compagne épuisée ; un linge pour recouvrir le bébé ; une galette de mil pour lui.

Au ciel d’ébène si pur du Soudan dévasté, une étoile soudain se mit à scintiller. Aminata commença à chanter une douce mélopée. Sur le chemin qui menait vers la brousse, des dizaines de villageois étaient déjà rassemblés, sans peur et sans haine. La vie était revenue.***

La ville hurlait et bruissait et criait et grondait. On avait l’impression de vivre dans quelque cauchemar. Ou plutôt d’y mourir.

Mary gémit. Elle errait depuis des jours et des jours, de foyer en foyer. Jo, son ami, à bout de forces, lui aussi, toussait à perdre haleine. Ils avaient épuisé toutes leurs réserves, et la jeune femme sentait que sa délivrance était proche.

Soudain, elle eut une idée, et enjamba simplement une balustrade. Voilà. C’était là. Elle accoucherait dans Central Park. Elle eut le temps de demander de l’aide à une passante bienveillante, puis s’enfonça dans la nuit, suivie de son compagnon et de leurs chiens.

Jo réussit à crocheter la serrure de la vieille cabane de l’abri aux oiseaux. Il était temps. Mary s’effondra à même le sol, prise de douleurs. Leurs deux chiens se postèrent près d’elle, et il sembla à Jo que leurs corps efflanqués faisaient comme un rempart de dignité à son épouse.

Lorsqu’il tint le nouveau-né dans ses bras, au-dessus du braséro de fortune, alors que Mary se reposait un peu, il vit soudain comme un arc-en-ciel se dessiner dans la nuit new-yorkaise. Et cette lumière se confondit avec celle des phares de l’ambulance des services sociaux.

La neige avait déjà recouvert leurs traces, mais l’infirmier noir lui sourit en le félicitant. Il raconta en riant qu’une foule étrange s’était rassemblée devant les grilles, agenouillée et recueillie. « Hey, men, it’s amazing ! Is this boy the Lord ? My goodness, hey, I’m a muslim ! Shit ! »***

La mer, la mer allait revenir. C’était ce que sa grand-mère criait toutes les nuits, dans ses cauchemars. Mais Mako savait bien que ce n’arriverait plus. Elles étaient parties bien loin de la côté dévastée et de la Centrale…

Jôgo n’allait pas tarder. Mais Mako savait que les nouvelles seraient mauvaises ; elle avait entendu le poste. La radioactivité ne laissait pas de répit à leur avenir.

Et pourtant son ventre était rond comme un bol de thé retourné. Et elle sentait que le bébé allait naître, aussi sûrement que reviennent les fleurs de cerisier au printemps…

Jôgo et sa jeune compagne avaient perdu tous les leurs. Ils étaient seuls, et veillaient sur leur ancêtre. Cette nuit là, alors que la lune rouge éclairait le paravent, Mako poussa de toutes ses forces, comme le vent avait poussé la mer. Mais cette fois, c’est la vie qui revenait.

Des voisines arrivèrent au matin, en soques de bois et kimonos traditionnels, offrant à la jeune mère du riz parfumé, une branche de cerisier et un cerf-volant.

Elles racontèrent que des villageois s’étaient rassemblés durant la nuit, guidés par une étrange étoile. Il se murmurait que l’Empereur du Ciel était de retour. Au somment du mont Fuji, une neige immaculée berçait l’aube de ses tendresses.

Et de pays en pays, de ville en ville, de solitude en désert, de détresse en souffrance, la vie va et vient, en dépit des guerres et des hostilités ; et depuis plus de deux mille ans, des souffles chauds et des présents sont échangés au-dessus des couches de misère, et depuis plus de deux-mille ans, des étoiles guident les hommes vers des espoirs de paix.

Celui qui croit au ciel et celui qui n’y croit pas restent frères. De Fukushima au pays d’Obama, au Sodan, en Corée ou à New York,  et ce depuis la nuit des temps…Les femmes font des enfants, au plus profond des camps et des barbaries, et les hommes élèvent et protègent ces petits êtres, et tant que des bébés naîtront, envers et contre tout, au plus noir d’une nuit de décembre, au cœur des haines et des persécutions, alors des étoiles nouvelles apparaîtront dans le ciel de nos terres.

Il est né, le Divin Enfant.

Happy Birthday, Djéseuss !!!!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Noël en cours d’allemand:) Un avant-goût depuis la Ville Rose…

Frohe Weihnachten! Bientôt Noël, la plus grande fête allemande!


Dimanche, ce sera le premier dimanche de l’Avent: en effet, en Allemagne et dans les pays de langue allemande, on est déjà dans l’atmosphère de Noël, la fête la plus importante de l’année, dès ce jour-là. On fabrique une couronne en sapin, ornée de quatre bougies qui seront allumées une à une, chaque dimanche, jusqu’à Noël:
Le 6 décembre, on fêtera aussi la célèbre « Saint-Nicolas »! Les enfants mettront leurs chaussures devant la porte de leur chambre, et, s’ils ont été sages, ils recevront des sucreries et des cadeaux. Attention, ce n’est pas comme en Belgique, où l’on célèbre Noël par anticipation ce 6 décembre; mais c’est une tradition importante, et parfois, même, les enfants recevront une petite surprise tous les matins…http://gfvimoutiers.pagesperso-orange.fr/Coutumes/noel.de/nikolaus.html
Mais…ce n’est pas tout! Les enfants allemands adorent aussi ouvrir les petites fenêtres de leur Calendrier de l’Avent: der Adventskalender. Ainsi, chaque matin, on ouvre une petite fenêtre derrière laquelle se cache un chocolat!
Nous partagerons bien sûr cette ambiance festive au collège! Je vous ai déjà acheté quatre calendriers, un par classe, et, dès lundi, nous terminerons chaque cours (si vous avez « été sages »!!) par un quizz; et les chocolats seront distribués…Attention, si la classe a un comportement dérangeant… le chocolat du jour sera offert…à un professeur wink!smiley
Les thèmes des quizz:
– En troisième: savoir donner des noms de pays en allemand
– En quatrième: trouver des villes allemandes
– en cinquième: trouver des noms d’animaux, d’arbres, de fleurs
– en sixième, puisque vous l’avez appris avec notre assistante, les aliments!
Nous préparerons aussi une petite fête de fin d’année -une par classe!- mais attention, seulement si VOUS apportez des pâtisseries de Noël faites maison, les fameux « Plätzchen »!
Je vous donnerai bientôt de délicieuses recettes! Comme:
Bien sûr, nous apprendrons aussi un chant de Noël, comme:
Enfin, pourquoi ne décorerions-nous pas notre belle salle , déjà enrichie par vos exposés, de quelques touches de couleurs, avec des guirlandes, ou même une couronne d’Avent?
Pour terminer, je vous signale que vous trouvez, de nos jours, des sucreries de Noël allemandes dans de nombreux magasins, comme le « Marzipan » -pâte d’amandes entourée de chocolat-ou le « Stollen », (le gâteau de Noël), ou comme des pains d’épices. Vous en trouverez à très bon prix dans la chaîne de magasins LIDL-d’origine allemande- mais aussi d’excellente qualité dans la boutique « Heimat », à Toulouse, qui offre, dans un très joli cadre familial, de superbes choix de gâteries de Noël, en plus de toutes les denrées en provenance d’outre-Rhin!
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À l’école du Colonel Teyssier…

 

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Colette, elle s’appelait Colette. Lorsqu’un entrefilet dans le journal annonça son décès, et qu’on parla de de sa famille, de ses enfants, comme me le raconta ma mère, je refusais de le croire.
Car pour moi, Colette avait dix ans. C’était une petite fille vive, espiègle et enjouée, notre modèle à toutes, à l’école de filles Colonel Teyssier…

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C’est qu’il n’y avait pas de garçons, rue du Colonel Teyssier, non, juste une bande de petites chipies à longue frange, qui, en cette fin de sixties de province, plongeaient encore studieusement les porte-plumes dans les encriers au teint d’albâtre. J’adorais plus que tout la cérémonie de fin d’année, lorsque les meilleures d’entre nous étaient autorisées à baigner les dits récipients comme en un sacre : il fallait voir l’eau lustrale dépouiller les encriers des derniers vestiges de l’encre violette, et tous les petits ruisselets au parfum de Mont Gerbier de Jonc couler vers l’été, vers les « grandes vacances »…

Notre année était rythmée par les saisons. La rentrée sentait les vendanges et les pommes, déjà un peu suries ; nous étions là, toutes endimanchées en ce jour de grand peur, tenant la main de nos mères. Les pères, en ce temps là, restaient à l’usine, au fournil, au bureau. Nous écoutions nos mamans se raconter leur été, Saint-Trop’ ou La Bourboule, ou, simplement, la ferme des grands-parents…

Nos pieds bronzés portaient encore la marque des méduses, celles que nous ne quittions pas, voltigeant sur les pierres au-dessus des rivières. Nos peaux de bébés Cadum, embaumant l’Ambre Solaire, étaient cachées sous nos tabliers à carreaux ; heureusement, car la mode enfantine des années soixante était une pure horreur ! Mais nous n’en avions cure, pas fashionitas pour deux sous, ignorant, en ce temps béni où les seules « marques » étaient celles de la « réclame » alimentaire ou cosmétique, que nos petites-filles vendraient un jour leur âme pour un caleçon Freegun…

Et puis « elle » tapait dans ses mains, et nous nous envolions comme des oiseaux dociles, toutes gaiettes de retrouver nos tables à casiers et les grandes cartes où languissait la France.

Oh, « elle » ne savait pas ce qu’était un « référentiel bondissant », ni ne nous donnait des cours d’éducation sexuelle. C’est qu’en ces temps-là, voyez-vous, si quelques-uns de nos parents s’éclataient dans de rares  communautés libérées des diktats de la bourgeoisie, la plupart d’entre eux vivaient sagement dans une France à la Chabrol, étouffée encore par le poids des bien-pensances…La contrepartie positive pour nous, fillettes rêveuses, était qu’hormis de sombres Bruay-en-Artois, nos retours de classe étaient sûrs : les pédophiles n’attaquaient pas à tous les coins de rue, et les affiches de hardcore se terraient dans l’ombre des revues spécialisées…

Nos maîtresses, donc, s’appelaient encore des « demoiselles des écoles » ; parfois toutes jeunettes, elles-mêmes presque des enfants, cueillies par l’Ecole Normale, ce Couvent des Temps Modernes. Leurs idées étaient simples comme une règle de trois ; il fallait obéir, apprendre et respecter.

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Elle me semble loin, l’école du Colonel Teyssier, mais je connais encore le nom de toutes mes maîtresses, tant leur empreinte a marqué mon vécu d’écolière…
Le CP, je l’avais fait dans les Ardennes, petite sœur d’un Rimbaud évadé, dans la sombre Charleville. J’ai encore sur mon bureau la carte que Madame Michelet, ma maîtresse du cours préparatoire, m’avait ensuite envoyée dans le Tarn. Puis la douce Mademoiselle Fabre m’enseigna l’addition et le passé composé, avant que la terrible Madame Séguré, revêche comme une craie séchée, ne me fasse mourir sous les robinets et les trains. Madame Carayon, au CM1, était connue dans tout le département pour ses fessées mémorables : elle déculottait les récalcitrantes en les faisant monter sur une chaise au milieu de la cour… Qui subissait son ire une seule fois marchait droit jusqu’au bachot, marqué par l’humiliation et les quolibets…Enfin, Madame Fouillade nous guidait vers la sixième : « Ma petite Sabine, disait-elle, un jour, tu nous écriras des livres, je le sais… » Elle aimait tant mes « rédactions » que j’ai compris grâce à elle que j’avais le droit de détester les maths…

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Notre école ressemblait à s’y méprendre à celle du Grand Meaulnes. Le temps s’y était arrêté, comme emprisonné dans ces pupitres griffonnés, leçon de choses immuable, égrené simplement par la marche des saisons.

Venaient d’abord les marronniers et leurs fruits tout polis, qui nous servaient de billes ; leurs rousseurs annonçaient les premières neiges. Les guirlandes de Noël ensuite osaient s’afficher aux côtés du sapin, en une époque où la laïcité s’accommodait encore des traditions ; notre cantine, par contre, n’était pas hallal. Rares étaient les fillettes qui y déjeunaient, d’ailleurs…Nous rentrions sagement pour la pause méridienne, entre Danièle Gilbert et le martinet tapi sous la commode, si nous ne filions droit…
Puis le grand tilleul se mettait à embaumer toute la cour, tant et si bien que nous en ramassions même les fleurs, dont nos maîtresses se confectionnaient sans doute des infusions miellées, le soir, en corrigeant nos cahiers de compositions.

Enfin, quand les hirondelles revenaient tournoyer sur les classes, nous savions que l’ennui serait bientôt de retour, ce long ennui de nos deux mois d’été, quand, du 14 juillet aux douceurs de septembre, nous n’aurions plus le droit de copier au tableau…
La cour résonnait de nos modes enfantines ; je me souviens de rondes ânonnées à l’infini, le fermier dans son pré battait sa femme, et entre les deux, mon cœur balançait. Le facteur ne passera jamais, chantions-nous en riant, bien loin du « Jeu du foulard » et du « Petit pont massacreur »…Oh, certaines filles étaient pestes, et s’arrachaient les cheveux, mais personne, non, personne n’est mort étranglé avec son écharpe, ou piétiné par ses pairs…
Quant à nos journées, bien loin de la semaine des quatre jeudis, elles semblaient infiniment longues, tant nous apprenions de choses, entre la phrase de morale du matin et les tables, et puis le subjonctif, et Louis, dit le Hutin…

À l’école du Colonel Teyssier, j’ai appris comment poussent les pommes et pourquoi meurent les rois ; j’ai empli des cahiers de mes pleins et de mes déliés, tandis qu’Emile Verhaeren et Prévert débroussaillaient mon âme. Un jour, j’ai même récité Aragon, et depuis ce jour-là je me sais patriote, et j’emmerde tous ceux qui hurlent au FN lorsque je dis aimer « ma France où les vents se calmèrent ».

Je vous salue, ma France, tu n’es pas à le Pen, ni aux politiciens qui salissent nos vies, tu es à notre Histoire, et tu es l’avenir ; et surtout tu es européenne, aujourd’hui, et c’est bien…
Et puis tous ces enfants qui, dans ce monde nouveau où les règles ont changé, ne savent plus pourquoi on écoute un adulte, il faut leur raconter que la vie est jolie, il faut leur faire apprendre les tables et des poèmes, et puis les rassurer : oui, on peut être heureux, à l’école.
À l’école du Colonel Teyssier, j’ai été une petite fille heureuse.