
Ce fut un beau moment, un moment intense, à la hauteur de la personnalité du « Rossignol de la Bucovine », aussi souvent nommée la « Poétesse de ¨Düsseldorf ».
Rose Ausländer, née le 11 mai 1901 à Czernowitz, aujourd’hui située en Ukraine, a été dignement fêtée à l’occasion du 125 ème anniversaire de sa naissance, en divers lieux de Düsseldorf, ville partenaire de Toulouse.

Un colloque organisé en collaboration entre la Rose Ausländer Gesellschaft et l’Université Heinrich Heine a réuni de grandes voix internationales pour évoquer la mémoire et les œuvres de cette autrice prolifique dont les milliers de poèmes continuent à être lus et appris par des enfants, travaillés et commentés par des étudiants, postés sur les réseaux sociaux et traduits dans de multiples langues.
https://www.germanistik.hhu.de/detailansicht-news/125-jahre-rose-auslaender

Des universitaires venus entre autres d’Israël, d’Italie et… de France, dont Jacques Lajarrige, de l’UT2J de Toulouse, et moi-même, ont été accueillis le 10 mai à la Maison Gerhard Hauptmann par l’infatigable Helmut Braun, le découvreur, l’ami et l’éditeur de Rose Ausländer, avant d’assister, dans le cadre d’un riche programme entourant le colloque et ouvert à tout public, à une pièce de théâtre relatant la vie de l’écrivaine.

Barbara Mergenthaler, sur la scène de la GHH
Se sont ensuite succédé pendant trois jours des conférences passionnantes et richement documentées, sous la houlette de Frau Doktor Anja Oesterhelt, tandis que fut projeté à la bibliothèque KAP 1 un magnifique film en présence de la réalisatrice : Rose Ausländer – Der Traum lebt mein Leben zu Ende.

Les deux moments phare de cette commémoration auront été cet instant de recueillement devant la tombe de Rose Ausländer, au Nordfriedhof, tombe régulièrement fleurie par la municipalité de la ville qui avait déposé une gerbe, et surtout une superbe cérémonie au Nordpark, devant le buste de la poétesse, avec un discours émouvant d’Angelique Tracik, responsable du pole culturel de la municipalité de Düsseldorf.


https://drive.google.com/file/d/1nJKPl0UbWnRWUyth3PEsmMJeegqOjJRn/view?usp=sharing
Cliquer sur le lien ci-dessus pour voir la vidéo du discours.
Ces hommages se sont terminés en beauté devant une assistance nombreuse, lorsque Helmut Braun est revenu sur la biographie de Rose Ausländer et a fait entendre la voix si particulière de la poétesse avec des extraits d’un CD dans le cadre majestueux de la Maison Heinrich Heine, avant une lecture du premier chapitre du roman (en cours d’écriture) que je consacre à Rose Ausländer, dont je suis aussi l’une des traductrices…
La voix de la poétesse est aussi à retrouver ici:
https://www.lyrikline.org/es/poemas/bukowina-i-545
https://www.lyrikline.org/es/poemas/meine-nachtigall-547
« Rose Ausländer würde am 11. Mai 2026 ihren 125. Geburtstag feiern. Mit einer Lesung am Mittwoch, 13. Mai, um 19 Uhr begeht das Heinrich-Heine-Institut den Geburtstag der Schriftstellerin. Veranstaltungsort ist das Heinrich-Heine-Institut, Bilker Straße 12-14.
Sabine Aussenac liest im Rahmen der Veranstaltung aus ihrem biografischen Roman über Rose Ausländer. Darin verknüpft sie kunstvoll die Lebensgeschichte der Dichterin mit der Geschichte ihrer Familie. Ausgangsort ist die Kaiserswerther Straße, die am Nordpark mit dem Rose Ausländer-Denkmal nach Kaiserswerth führt, dem zeitweiligen Wohnort Aussenacs. Ihr Text ist fiktional und doch lebensnah. Helmut Braun erzählt die Biografie aus dem Erleben mit der Poetin, die er zehn Jahre lang jeden Freitag besuchte – etwa fünfhundertmal. « Ich war ihr Sekretär, war ihr Herausgeber und ihr Gesprächspartner, welcher ihre Biografie erforschte. Im Laufe der Jahre entstanden Vertrauen und Zuneigung. »
1977 las Rose Ausländer im Bett liegend ihre Gedichte. Mit dunkler, harter Stimme, in der das ganze Leben und ihre östliche Heimat mitschwang. Im Rahmen der Veranstaltung erklingen dabei entstandene Aufnahmen. »

Pour en savoir plus sur ce projet de roman, un lien vers un autre blog, une interview de Deutschlandfunk Kultur de 2023 et un autre extrait, lu devant le Rhin…
https://avecmavalisedesoieroseauslander.home.blog
https://www.deutschlandfunkkultur.de/rose-auslaender-roman-resilienz-aussenac-100.html
Et voici enfin ma communication, en lien avec mon sujet de thèse et deux des créatrices de Worpswede. Je l’ai présentée en allemand mais j’en ai fait une version française. Désolée de la façon étrange et un peu anarchique dont les poèmes s’agencent ici sur le blog… Une version audio et vidéo est en cours de création, à suivre! La version allemande sera mise en ligne sur mon blog allemand…
Regards croisés entre l‘œuvre poétique de Rose Ausländer et les créations de Paula Modersohn-Becker et Clara Rilke-Westhoff : chiasmes sensibles entre trois voix de femmes

| Farben I Ich werde nicht müde anzuschauen die schönen Körper weiße schwarze gelbe Bin müde anzuhören die hässliche Rede über die schönen Körper Ist dein Gedanke schwarz gelb oder weiß Ich möchte ihn malen als Regenbogenleib Meine Palette liebt alle Farben[1] | Couleurs I Je ne me lasse pas de regarder les beaux corps blancs noirs jaunes Suis lasse d’entendre le vilain discours au sujet des beaux corps Ta pensée est-elle noire jaune ou blanche Je voudrais la peindre comme incarnation de l’arc-en-ciel Ma palette aime toutes les couleurs |
Cette communication prendra la forme d’un montage, à la croisée de la recherche et de la création. Loin de se poser en tant qu’ekphrasis de l’œuvre de Rose Ausländer, elle souhaite jeter des ponts entre le verbe de la poétesse et d’autres élans créateurs que je considère comme particulièrement prégnants dans l’univers des arts.
C’est grâce à Jacques Lajarrige que j’ai fait la connaissance des textes de Rose Ausländer dans les années 90, avant d’écrire un mémoire sur son lien à la judéité en 2005, puis de lui consacrer un essai en 2022 et, aujourd’hui, de rédiger un roman à son sujet et, parallèlement, de la traduire. Entre temps, je suis aussi devenue moi-même poétesse et ai inscrit une thèse autour de la colonie d’artistes de Worpswede et de trois de ses créatrices, Paula Modersohn-Becker, Clara Rilke-Westhoff et Martha Vogeler ; j’y croise histoire de l’art, études de genre, germanistique en plaçant l’enjeu de l’émancipation par l’art et l’invisibilisation muséale des artistes femmes au cœur de ma démarche : c’est ainsi qu’a germé cette idée d’un regard multiple et de cette hybridation des arts. Ma présentation se propose donc de faire dialoguer des poèmes de Rose Ausländer avec des œuvres de Paula Modersohn-Becker et de Clara Rilke-Westhoff.

Ces trois voix majeures, issues d’horizons différents mais proches par certaines lignes de force comme la modernité, l’exil ou la marginalité esthétique, se rencontrent autour d’un même carrefour artistique entre le verbe, la toile et la forme modelée et/ou sculptée. En effet, le simple regard, déjà, de Rose Ausländer sur les paysages, les villes ou les ambiances est celui d’une peintre, souvent proche de l’impressionnisme : touche par touche, elle dessine un paysage en y retrouvant là un trait de lumière, ici un pan de couleur, faisant de nombre de ses poèmes un véritable tableau.

Rose Ausländer a développé une sensibilité profonde à l’art et ce dans différents domaines, que ce soit la musique, la peinture, la danse… Nul doute que l’imprégnation profonde de l’enfant solaire qu’elle fut par le bouillonnement artistique de Czernowitz a modelé cette destinée toute bordée de chants, de couleurs et danses… Ce leitmotiv artistique transparaît dans de très nombreux poèmes évoquant tableaux et grands maîtres, et la poétesse a consacré nombre de ses voyages à travers l’Europe à visiter des musées, comme Le Louvre qu’elle avait vu en 1957 avec Celan, ou le Prado, en Espagne où elle a découvert Goya (elle forgera même l’adjectif « goyaschwarz »), sans oublier un voyage en Provence où elle s’éblouira devant Cézanne – d’où son « cezanneblau » -, et ses visites au MOMA, documentées par des notes dans un carnet, en 1968… De nombreux articles ont d’ores et déjà documenté ces liens forts entre art et poésie, comme par exemple « „Durch Bilder gehen“. Rose Ausländers Malergedichte. Ein Werkstattbericht aus der Arbeit am Nachlass » de Harald Vogel, ou encore « Rose Ausländer dans l’atelier des peintres », dans lequel Jacques Lajarrige revient sur les mises en perspectives osmotiques entre ces regards croisés.
Paula Modersohn-Becker, en miroir inversé de cette démarche picturale d’une poétesse, a produit énormément d’écrits autour de sa propre démarche artistique puisqu’elle est aussi l’autrice d’une œuvre littéraire dense, composée d’un journal monumental, de lettres et de de réflexions essayistiques profondes autour des arts.

«Ich sah heute eine Ausstellung altjapanischer Malereien und Skulpturen.
Die große innere Merkwürdigkeit, die diese Dinge haben! Mir scheint unsere Kunst noch viel zu konventionell. Sie drückt sehr mangelhaft jene Regungen aus, die unser Inneres durchziehen. Das scheint mir in der altjapanischen Kunst mehr gelöst. Der Ausdruck des Nächtlichen, des Grauenhaften, des Lieblichen, Weiblichen, des Koketten, alles dies scheint mir auf eine kindlichere, treffendere Weise gelöst zu sein als wir es tun würden. Auf das Hauptsächliche das Gewicht legen!! …(…)
Und nun komme ich zu der anderen Erkenntnis, die mir gestern in der Rue Lafitte kam: dieses Schaffen aus dem Moment heraus, was die Franzosen in so hohem Maße besitzen. Es ist ihnen einerlei, ob es gerade ein Bild wird, was sie schaffen, und ob das Publikum sie immer versteht. Die Hauptsache ist ihnen, daß es Kunst ist[2]. »
Quant à Clara Rilke-Westhoff, elle n’est pas en reste non plus, comme en témoignent un goût prononcé pour la spiritualité, ou encore nombre de courriers passionnés et poétiques comme cet extrait d’une lettre à son époux :

„(…) es sieht ein ruhiger Winterhimmel durch ihre kahlen Ranken. Heute Morgen standen viele Goldbäume leer. Es war eine so kalte Nacht, (…) und der Mond glitzerte auf gereiften Ranken und Gestrüpp[3].“
Rainer Maria Rilke, justement, à la fois proche de Clara Westhoff et de Paula Modersohn-Becker et présent plus tard dans l’horizon poétique de Rose Ausländer, constitue un autre point de convergence entre leurs trois univers.
Il incarne toutefois une tension fondamentale, révélatrice d’une histoire littéraire et artistique qui a durablement privilégié certaines voix au détriment d’autres, notamment féminines.

Car ces trois créatrices ont entre autres aussi en commun d’avoir été, chacune à leur manière, partiellement invisibilisées. Rose Ausländer après la césure de la Shoah, durant sa période de mutisme poétique, avec son auto invisibilisation lié à son traumatisme. Paula Modersohn-Becker lors de la période du nazisme, puis dans les milieux de l’art hors champ germanique jusqu’à sa reconnaissance internationale, et Clara Rilke-Westhoff…encore aujourd’hui.
(Pour en savoir plus sur la période de silence de Rose Ausländer:
https://hal.science/hal-04268815v1 )
C’est en sens que j’ai voulu tracer des lignes de force entre leurs œuvres, ces chiasmes sensibles mettant en lumière des échos entre les mots ausländeriens et les réalisations des deux créatrices.
Paula Modersohn-Becker (1876–1907) incarne aujourd’hui la rupture picturale, puisqu’elle est considérée comme une pionnière de la modernité avec la simplification des formes réduites à leur essence, s’appuyant sur l’intensité d’une intériorité et proposant un cheminement autour de la thématique d’une maternité archaïque. Dans ses toiles le corps apparaît comme massif, frontal, parfois presque hiératique. Sa palette s’organise aussi sur des tons plutôt sombres et avec une texture épaissie, quasi charnelle.

Clara Rilke-Westhoff (1878–1954), travaille la matière dans une tension entre tradition et modernité. Le monde a oublié en grande partie l’existence artistique de celle qui fut l’épouse du poète, et qui est encore aujourd’hui dans son ombre. Le corps sculpté est ramassé, intériorisé, presque silencieux. Elle peindra, en seconde partie de vie, des paysages apaisés et silencieux.

Rose Ausländer héritera pour sa part d’un monde déjà fracturé : celui de l’exil, de la Shoah, de la perte de langue. Dans la poésie ausländerienne le corps disparaît comme forme visible, mais devient corps de langue, traversé par la mémoire et la blessure. Son langage épuré, réduit à l’os, semble en contrepoint des corps incarnés in situ par Modersohn-Becker et Rilke-Westhoff, dans une sorte d’Eucharistie inversée.
Le fil conducteur entre ces trois œuvres s’articule ainsi entre une image de corps visible en peinture, passant par le corps sculpté tangible au corps invisible de la poésie, participant à une déconstruction progressive du regard classique vers plus de densité, de vérité intérieure. Exister, au-delà de l’Invisible. Donner à voir, dépasser l’aveuglement.

Cette déambulation synesthésique pourrait se diviser en trois actes fondateurs si l’on compare l’aesthesis des trois parcours artistiques :
** Apparaître et s’incarner en explorant les formes d’émergence du sujet : visage, corps, et matière. Chez Paula Modersohn-Becker comme chez Clara Westhoff, il s’agit d’arracher la figure à la représentation décorative pour lui donner densité et présence.
Les poèmes de Rose Ausländer entrent en résonance avec ce geste, en faisant du langage lui-même un lieu d’incarnation.
** Se retirer et se souvenir : ce deuxième mouvement est celui du retrait et de l’invisible. On y observe une fermeture progressive des formes : visages intériorisés, corps retenus, parole fragmentée. Ce retrait ne relève pas d’une absence, mais d’une transformation : ce qui a été historiquement invisibilisé devient ici une esthétique de l’intériorité et du silence.
** Créer, puis simplement être, exister : ce dernier mouvement conduit vers la trace comme présence ontologique. Après la perte et la mémoire, le sujet se reconfigure dans l’acte de création. La poésie ausländerienne affirme alors une forme d’existence minimale, où le souffle, la voix et le présent deviennent les derniers lieux de résistance.
L’enjeu ici n’est pas de commenter des œuvres, mais de les mettre en présence, afin de faire apparaître ce qui circule entre elles : une même recherche de densité, de retrait et d’intériorité. Il ne s’agit pas d’une progression narrative, mais d’un cheminement sensible, qui interroge les modalités d’émergence d’une voix — et, plus largement, d’une présence — dans un contexte d’effacement puis d’ancrage. Dans ce dispositif, la lecture des poèmes de Rose Ausländer ne vise pas à illustrer les œuvres, mais à en déplacer le regard. Inversement, les images ne viennent pas éclairer les textes, mais leur offrir un espace de résonance.
J’ai choisi de taire à présent ma propre voix afin de laisser se déployer une expérience d’écoute et de regard, où le silence joue un rôle structurant.
Je vous propose donc d’entrer dans ce montage comme dans une traversée.
(Les traductions des poèmes sont de moi.)
[1] Ausländer, R. (1984). „Farben I“, in Gedichte und Prosa 1966-1975; Gesammelte Werke in acht Bänden, Band 3. Fischer. p.89.
[2] Modersohn-Becker, P. (1979), Paula Modersohn-Becker in Briefen und Tagebüchern. Hrsg. von Günter Busch und Liselotte von Reinken. Fischer. S. 399-400
[3] Rilke-Westhoff, C. (1900). in Bohlmann-Modersohn, M. (2015). Clara Rilke-Westhoff Eine Biografie. Btb-Verlag. S. 85.
Paris II

Paris II
Wo die Luft flimmerndes Silber
im Regen und Sonnennebel
die Gassen aus bunten Stimmungen
Wo Poesie eine Kapelle eine Kathedrale,
wenn du Legenden suchst
geh zu ihren Fenstern
Gleichmütig fällt die Zeit
in die Seine
heftet sich behutsam an Gemäuer
das alternd schön ist
Wo Springbrunnenmünder
singen mit Lust
Wo der Riese
aus Filigranstäbchen
gehäkelt
die Küsse in Seitengassen
umarmt
wirklich verrückt wie er
Paris festhält
und verschenkt
Ausländer, R. (1984). „Paris II“, in Gedichte 1980-1982; Gesammelte Werke in acht Bänden, Band 2. S. 354.
Là où l’air est argent scintillant
sous la pluie et en brume ensoleillée
les ruelles en clameurs colorées
Où Poésie est une chapelle une cathédrale
si tu cherches des légendes
va vers leurs vitraux
Impassible tombe le temps
dans la Seine
se tient précautionneusement empierré
en belle vieillesse
Là où des bouches fontaines
chantent avec entrain
Où la géante
tricotée
de fins filigranes
enlace
les baisers en ruelles adjacentes
c’est vraiment fou
comme elle soutient Paris
et le couvre de cadeaux
Offener Brief an Italien

Italien
mein Land der Terrassen und Trauben
von Sonne geliebt
deine Haut ist blau wie die Blume
die der Dichter sich einst
an die Stirn steckte
In deine Geschichte taste ich mich
von Marmor zu Marmor
aus brüchigen Schichten schäle ich Glanz
höre den Pulsschlag deiner Paläste
durch deine Portale betret ich die sieben Dante-Himmel
Vivaldi hat meinen Traum vertont
Bei Leonardo lernte ich fliegen
Ich frage Raffael nach der sanftesten Madonna
Michelangelo nach dem mächtigsten Mann
Mein Italien
ich schreibe dir aus Amerika
daß ich dir huldige
Ich huldige deinen Ruinen im Blau
deinen traumäugigen Bettlerkindern
deinen gesprächigen armen sanften singenden stolzen Menschen
der unerschöpflich dich liebenden Sonne im Blau
Ausländer, R. (1981). „Offener Brief an Italien“, in Im Atemhaus wohnen. Fischer. S. 28.
Mon Rossignol
Ma mère fut un jour une biche
Les yeux mordorés
la grâce
lui étaient restés de sa vie de biche
Elle se tenait là
mi ange mi humaine –
au milieu était ma mère
Lorsque je lui demandais ce qu’elle aurait aimé devenir
elle répondait : un rossignol
Maintenant elle est un rossignol
nuit après nuit je l’entends
dans le jardin de mon rêve sans sommeil
Elle chante la Sion des ancêtres
elle chante la vieille Autriche
elle chante les monts et les bois de hêtres
de la Bucovine
ce sont des berceuses que
nuit après nuit me chante
mon rossignol
dans le jardin de mon rêve sans sommeil
Meine Nachtigall

Meine Mutter war einmal ein Reh
Die goldbraunen Augen
die Anmut
blieben ihr aus der Rehzeit
Hier war sie
halb Engel halb Mensch –
die Mitte war Mutter
Als ich sie fragte was sie gern geworden wäre
sagte sie: eine Nachtigall
Jetzt ist sie eine Nachtigall
Nacht um Nacht höre ich sie
im Garten meines schlaflosen Traumes
Sie singt das Zion der Ahnen
sie singt das alte Österreich
sie singt die Berge und Buchenwälder
der Bukowina
Wiegenlieder
singt mir Nacht um Nacht
meine Nachtigallim Garten meines schlaflosen Traumes
Ausländer, R. (1965). „Meine Nachtigall“, in Blinder Sommer. Fischer. S. 98.
Rilke

Holt ihn wieder zurück
jenen
der mit Göttern sprach
wie mit seinesglei
Ekstatisch
elegisch
heiter
atmete er
das Leben
und seine
Wandlungen
ins Gedicht
Rilke
Ramenez-le
celui
qui parlait avec les Dieux
comme avec ses semblables
Extatique
élégiaque
joyeux
il inspirait
la vie
et ses
méandres
dans le poème
Ausländer, R. (1984). „Rilke“, in Gedichte 1980-1982, op. cit., S. 316.
Stillleben I

Chrysanthemen
im Sarg der Vase
Stilles Sterben
Fäulnis
Das Wasser ist blind
die Blumen träumen nicht mehr
Die Trauben häuten sich
der Sonnenschein fault
Nur die Uhr lebt
und verzehrt die Zeit
Ausländer, R. (1984). „Stillleben I“, in Gedichte 1957-1965; Gesammelte Werke in acht Bänden, Band 2. S 287.
Verlust Perte
Meinen Namen verloren Ton nom perdu
im Dunkel dans le noir
Der Tag Le jour
ist tot est mort
Ich sammle je rassemble
die Tränen der Ahnen les larmes des ancêtres
schreibe sie les écris
auf die Klagemauer sur le Mur des lamentations
Den Namen such ich Je cherche le nom
der mir nicht gehört qui m‘appartient
dem ich gehöre auquel j‘appartiens
Ich suche Je cherche
den auferstandenen Tag le jour ressuscité
den verlornen Tempel le Temple perdu

Nachtzauber

Der Mond errötet
Kühle durchweht die Nacht
Am Himmel
Zauberstrahlen aus Kristall
Ein Poem
besucht den Dichter
Ein stiller Gott
schenkt Schlaf
eine verirrte Lerche
singt im Traum
auch Fische singen mit
denn es ist Brauch
in solcher Nacht
Unmögliches zu tun
Ausländer, R. (1998) „Nachtzauber“, in Regenwörter. Gedichte. Hg. v. Helmut Braun. Reclam. S. 5
| Magie nocturne La lune rougit de la fraîcheur souffle à travers la nuit Au ciel des éclats magiques en cristal Un poème rend visite au poète Un Dieu silencieux offre du sommeil une alouette désorientée chante en rêve et des poissons chantent en même temps car il est de coutume en une telle nuit d’accomplir l’impossible |
Ein Lied erfinden Inventer un chant
| Ein Lied erfinden heisst geborenwerden und tapfer singen von Geburt zu Geburt | Inventer un chant signifie être mis au monde et courageusement chanter d’une naissance à l’autre |










