My America is like a poemwhisperer

 

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http://www.huffingtonpost.fr/sabine-aussenac/scarlett-for-ever_b_2072059.html

My America is like a poemwhisperer

 My America is like a rising sun

 Twin Towers tempest and Walden woods

 Desert gospels and Harlem as a temple

 Oh give me the time of grace

 Even frozen hearts can touch this marigold summer of love

 

My America is like a bright harvest

 Gone with the dubious wind

 Suzanne is singing sadly

 And Johnny Cash feels hurt

 But sandpipers are waiting for the mermaid of their dreams

 

My America is like a poemwhisperer

 Tender is her night

 Captain oh my Captain can you feel this dusty wonderland

 Vermont greens and Texas spleen

 Over the rainbow she’s a dancing queen

 

My America is like a gentle hurricane

 Slate grey children play lonesome and lost

 Scarlett is crying rivers

 But bluebell hope will never die

 Can you smell the colors of our spicy apple pie

 

My America is like a blowing prayer

 Chestnut drums and sunflowers fields

 Many helpless rivers to cross

 A thing of beauty is a joy forever

 Poets and words swim in strawberry winds

 

My America is like a milky honeymoon

 Cherry blossoms whistles

 Cristal cities flying forests

 Moonwalks in purple rains

 Sound of silence or smiling Babylons

 

My America is like a genesis

 Ocean’s stars crossing hearts

 From the Golden Gate to Big Apple

 Sitting Bull sharing peace pipe with Marilyn

 Windmills in the secret of thousand golden roses.

 

Sabine Aussenac

Et découvrez la superbe musique de mon ami Silvanus Slaughter, talentueux jazzman:

http://www.youtube.com/watch?v=yqBbxdn1sTA

***

http://www.best-poems.net/editors/1293

Born from a german mother and from a french father between Rhine and Garonne, Sabine Aussenac is a child of Europe. She grew up between mediterranean lights and dark pine forests, Verlaine and Heine, Hugo and Celan.
German teacher, she was a graduate of the poetry of the Holocaust and has also written many poems, essays and short stories. Her first novel, British Kiss, is currently in peer review. Mom of three kids, she lives in Gasconny.

***

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il me faudrait mille ans…Nos bonnes résolutions!!

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 Il me faudrait mille ans 

 

Il me faudrait mille ans.

 

Pour rester une enfant et devenir adulte, pour vivre intensément et être catapulte, pour savoir la douceur d’un couchant apaisé, découvrir la Toscane ou avoir mes bébés.

Comment faire le tour de cette vie immense, comment trouver le temps des danses et décadences, être mère et amante, lire Dante, prendre tous ces trains et les avions qui chantent ? Frissonner  au matin lorsque le jour poudroie, marcher en toute neige et ne pas avoir froid, savoir faire du feu et les tartes aux groseilles, comprendre le chinois et le vol des abeilles ; jouer du clavecin, et puis du violon en un bal en Irlande, découvrir les sonates et rester la rockeuse de diamants, hésiter entre arpèges et soirées de défonce. Comment apprivoiser cet infini qui gronde, ce tsunami du temps, cette mort par seconde ?

Il me faudrait mille ans.

Pour lire tous les livres, parler les langues anciennes, me faire ballerine et me mettre en cuisine, pour aller au Pérou ou aux confins des mondes, pour aimer tous ces hommes au regard d’amadou, ou bien un seul amour que je rendrais si fou. Je ne veux renoncer à l’appétit intense, je suis celle qui dit et qui vibre et qui danse, je me veux courtisane et amie et infante, je ne veux pas choisir.

Quand je ferme les yeux parfois je revois ces rayons de lumière où dansaient si graciles les infinies poussières. Je me sens particule élémentaire, de ma propre existence à peine locataire. « Si Dieu me prête vie » me disait ma grand-mère…Si Dieu me prête vie je n’aurais pas assez de ce temps dévolu pour aimer assez bien tous mes frères ici-bas, et l’indienne en sari et le clochard d’en bas, pour adopter chinoise jetée aux détritus, pour élever mes enfants au regard ingénu, pour aider mes amis en chaque coin de rue. Comment trouver la route ? Eviter nos déroutes ? Est-ce que j’aime Brahms ? Pourquoi dois-je choisir entre Bach et Johnny, pourquoi ne puis-je être Janis et Dame de Fer, mettre un jour un tailleur le lendemain pattes d’eph ? Pourquoi choisir la route et grandes découvertes plutôt que coin du feu et cultiver ma vigne ? Quand aurai-je le choix ? Je me voudrais sereine et vraiment accomplie, je ne suis que vilaine aux sabots d’infinis, jamais en paix des braves, toujours dans la bravade et l’éternel regret…

Il me faudrait mille ans.

Pour donner naissance et allaiter bébés, pour écrire mes livres et ne pas renoncer. Découvrir Mexico et tous les Béguinages, adorer les Buddhas et prier en couvent, et puis manifester et taguer le réel, m’engager me mouiller me retrousser les manches, aider les sans papiers scier les vieilles branches, goûter tous mes fantasmes, oser en rire enfin, et revoir tous les films et relire tout Proust. Parcourir la Bretagne aller à Compostelle, construire ce chalet et restaurer la grange, planter les ipomées élaguer ce vieux chêne apprendre à faire la sauce et rester mince toujours. Pour aller en Floride et aussi à Big Sur, écouter l’opéra mais danser sur les Stones, pour ne pas oublier la jeune fille en fleur qui jamais ne voulait perdre sa vie à la gagner, pour l’enfant que j’étais si tendre et si fragile, pour la femme accomplie qui choisit ses amants, pour l’aïeule à venir qui fera confitures, ou plutôt comme Maude saura parfum de neige…

La liberté d’une île. Le désert des tartares. Les grandes pyramides. Les lagons les Grands Lacs le Mont Blanc et les chutes, ma vie me bouscule comme en Niagara, et je roule aveuglée par mes rêves en défaite ne pouvant renoncer à ce sens de la fête. Mon rêve familier me hante en comète explosive, c’est celui d’une pièce inconnue découverte en mes murs, et je crie et je chante en découvrant heureuse comme une constellation, nouvelle Belletégueuse, et je parcours la pièce en m’y rêvant joyeuse…Au matin de ce rêve récurrent et magique, je me vis en futur et me sais à venir.

Il me faudra mille ans.

Pour enfin parcourir les couleurs de la terre, connaître les musées et les peintres et leurs cieux. Pour oser m’envoler sans parcours ni repère, pour faire les bons choix en agaçant les Dieux, pour ne plus regretter, pour enfin m’apaiser, pour te surprendre un jour quand tu auras grandi et aller à nos noces en robe d’organdi, pour en rire avec toi en nos folies ultimes, pour aller tout de go aux confins des ultimes, pour devenir sérieuse et ne plus m’affoler, pour me faire hirondelle comme on construit l’été. J’apprendrai la patience. J’aurai mille impudences mais serai respectée, on lira mes intenses et je serai aimée. J’aurai droit à la plage sans me sentir coupable, et tous les murs brisés de forteresse ancienne auront capitulé devant un amour vrai. Ce sera mon noël et mon temps des cerises, ma cité de la joie bruissera de cigales, tu m’attendras debout en aimant mes silences et ne m’accuseras pas de te faire une offense.

Il y aura les voyages et le retour au port, et l’odeur des vendanges en éternel retour, et les mots ribambelles et les cœurs paradis : séculaire et légère, elle sera l’heure exquise.

Jusqu’à la dormition des vagues

Jusqu’à la dormition des vagues

Ce poème a d’abord été écrit en allemand. Je vous en livre la lecture par mon ami poète et chansonnier Volker Carl Jacoby:

https://www.youtube.com/watch?v=YKw2Tv7xS7g

Jusqu’à ce que la tempête s’apaise

le chemin sera long.

Jusqu’à la dormition des vagues,

jusqu’au sommeil du vent,

jusqu’à ce que les polychromies du

ciel colorent ma

vie nouvelle,

où l’on danse, béni.

 

Jusqu’à ce que la tempête s’apaise

les forêts seront sombres.

Cent loups voudront me

mordre, je serai la

trébuchante, perdue et

aveugle, et puis soudain la clairière,

si douce,

un cadeau.

 

Jusqu’à ce que la tempête s’apaise,

tapies, la peur, la soif,

dans l’étroitesse des recoins étouffants ;

mes nuits au cachot. Et

au matin : suffoquer. Mais vois :

il danse, le lilas, elles fleurissent, les vagues,

le pantin enfin ne gesticule plus.

Je brille, comme au matin du monde.

 ***

Bis der Sturm sich legt

 

Bis der Sturm sich legt

ist ein langer Weg.

Bis die Wellen ruhen,

bis der Wind sanft schläft,

bis der Himmel bunt

mir die Farben gibt

für ein neues Leben,

wo man tanzt im Segen.

 

Bis der Sturm sich legt

gibt es dunkle Wälder.

Da sind hundert Wölfe,

die mich beißen wild,

da muss ich nur stolpern,

bin verwirrt und blind,

und dann kommt die Lichtung,

ein Geschenk so mild.

 

Bis der Sturm sich legt

lauern Angst und Durst,

n den engen Ecken ohne Luft;

die Kerker meiner Nächte. Und

am Morgen: das Ersticken. Aber sieh:

Flieder tanzt und Wellen blühen,

endlich ruht der Hampelmann.

Ich strahle wie am Weltanfang.

Sabine Aussenac

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cher Dieudonné

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Cher Dieudonné,

 

Vous écrire ouvertement n’est peut-être pas une très bonne idée, car cela reviendra à nouveau à faire parler de vous…Mais votre présence, de toutes manières, envahit les scènes médiatiques comme des effluves pestilentielles qui s’échapperaient d’un charnier…

Car c’est bien de charniers qu’il est question, de tous ces charniers dont l’Histoire regorge, et qu’il vous plaît de nier et de conspuer. Alors voilà : nous sommes aujourd’hui des dizaines de milliers à vous demander de cesser vos délires.

Que vous soyez assez lâche pour ne pas payer les amendes infligées depuis des années par les tribunaux, soit.

Que votre répertoire s’appauvrisse au point de revenir en boucle sur les mêmes sempiternels sujets, soit.

Mais de grâce, cessez de vous prendre pour Dieu et d’insulter publiquement la mémoire de millions de disparus.

En fait, j’ai l’impression que pour vous, la Shoah, c’est un jeu. Qui ressemblerait aujourd’hui au « Pas vu pas pris » – « Si personne ne porte plainte contre moi, je peux continuer, même à insulter le Service Public… », ou à « Colin-Maillard » – « On dirait qu’on ferait comme si les chambres à gaz n’avaient jamais existé… », ou au Monopoly : « Allez, j’achète Auschwitz pour une bouchée de pain ! »…

Car votre antisémitisme est si primaire qu’il ferait passer les fours crématoires pour un jeu de dînette des nazis ; et les pogroms, qui sévissent depuis des siècles, pour de vagues jeux du foulard dans quelque école désaffectée.

Le problème, cher Dieudonné, c’est que des gens comme vous font le jeu des extrémistes en tous genres. On commence par faire rire les foules assez connes pour payer pour aller voir un prétendu humoriste – que vous prétendiez tel doit faire vomir les Fernand Reynaud et autres Le Luron…-, et on finit par cautionner un Mohamed Merah.

Or, voyez-vous, très cher, je vis dans la ville rose. Et j’ai vu grandir les petits Mohamed Merah, ceux que je j’ai eus l’occasion d’avoir comme élèves. Ceux à qui j’ai demandé d’écrire sur leurs carnets de correspondance :

  • « Je ne prononcerai plus le nom du Führer en cours sans y avoir été invité. »

Car ces élèves-là vouent, très cher Dieudonné, un véritable culte à Adolf Hitler, et voyaient dans mes cours d’allemand un terrain de jeu illimité à leurs fantasmes d’antisémitisme.

C’est bien dans ma bonne ville de Toulouse qu’il y a bientôt deux ans, un homme est entré dans une école juive pour y loger une balle dans la tête d’une enfant, à bout portant.

Alors voyez-vous, cher Dieudonné, moi je vous dis « merde ». Et j’espère que très bientôt, la justice de mon pays que je continue à dire « des Lumières », même si des prétendus républicains comme vous osent se revendiquer de notre démocratie, saura museler vos négationnismes et vos haines.

Je ne suis pas juive. Je ne suis pas visée par vos diffamations qui se croient drôles et subversives. Mais je suis issue d’un peuple qui a gazé des millions de juifs, qui a porté en lui les germes de cet antisémitisme larvé, ou même pas, que tant des nôtres continuent à apprécier, à propager, et qui a conduit à la Solution Finale.

Je porte en moi les voix de mille juifs qui suffoquent.

Et j’ai très, très, très envie de vous faire taire.

Sabine Aussenac.

http://www.huffingtonpost.fr/sabine-aussenac/myriam_1_b_1371928.html

http://www.oasisdesartistes.com/modules/newbbex/viewtopic.php?topic_id=171705&forum=2

Je porte en moi souvent mille Juifs qui suffoquent

Je porte en moi souvent mille Juifs qui suffoquent,
Et tant de matins blancs que déchirent leurs cris.
Tous ces appels glacés, ces visages enfuis,
C’est comme un souvenir dont tant de gens se moquent.

Ceux qui me disent allons, la Shoah, c’est fini !
Regarde un peu l’Afrique, et tous les naufragés,
Et puis tous ces enfants qui sont morts en Syrie,
Sans parler de Gaza et de ses sacrifiés…

Mais très obstinément, comme un grand vent de plaine,
Je les entends mugir, vociférer leurs haines,
Et je les sens souvent, les barbares affamés,

Roder autour de nous qu’ils voient en proies faciles,
Car oui le Juif c’est nous, c’est toi, c’est le Fragile :
Celui que le Nazi pour toujours veut traquer.

 

La route du thé passe par la Ville Rose…

La route du thé passe par la Ville Rose…

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Elle déambulait, ce jour-là, sous la douce pluie d’automne, sourire aux lèvres. Poussant sa petite carriole, elle avait surgi au coin de notre beau Capitole, un chapeau vietnamien sur la tête, une vareuse en bleu de Chine et à col Mao la protégeant à peine, offrant aux passants affairés toute la douceur de l’Orient :

Ève Rastel vendait du thé. Et il me sembla incroyable de plonger soudain en baie d’Along. Je l’abordai, curieuse, pourtant habituée à cette place bigarrée, qui accueille tous les continents les mercredis de marché, pour connaitre les raisons de sa démarche, tant il me semblait étrange de proposer de la vente ambulante de thé à ces Toulousains gorgés de Madiran et autres Pastis…

D’une voix posée, aussi agréable que les pétales des fleurs de cerisier qui volent au vent le jour du Sakura Zenzen, elle me raconta, se raconta…

Ève, en fait, commence ce qu’elle nomme une « expérimentation étonnante », en tentant de suivre les traces d’un moine zen de l’époque Edo, dont on peut retrouver l’histoire dans le livre érudit de François Lachaud , « Le viel homme qui vendait du thé » :

http://www.franceculture.fr/oeuvre-le-vieil-homme-qui-vendait-du-the-excentricite-et-retrait-du-monde-dans-le-japon-du-xviiie-si

La jeune femme, elle aussi, veut rompre avec un passé et un quotidien pour partir à sa propre rencontre tout en rencontrant l’Autre, à qui elle va offrir ce thé, passerelle entre les âges, les cultures, les traditions…Elle m’écrira quelques jours après notre rencontre un très beau courriel :

« Sous le costume de cette femme que vous avez croisée ce soir-là sous la pluie, se cache une autre femme qui vit son idéal du thé par hommage à ce moine, qui ne sait où tout cela la mènera mais qui va au bout de son rêve. J’envisage en 2015 un voyage au Japon jusqu’en Chine, sur les routes des moines zen.

Le rythme lent de mes pas, me permet d’observer la foule autour de moi, de méditer sur la vie, les êtres, d’échanger des sourires, de partager…, quel cadeau dans cette société happée par ce tourbillon diabolique ou l’humain se perd, surtout à l’approche de cette fin d’année… »

Elle me dira encore les stages qu’elle organise autour du thé, les cérémonies d’initiation, puisqu’elle est aussi « animatrice culturelle » : le joli site www.culture-the.com reprend l’essentiel de ces offres et voyages :

« Animation culturelle sur le thé

Culture thé a pour dessein de rassembler des hommes et des femmes grâce au thé, dans la tradition issue de la Chine et souvent méconnue, par le biais de séances à thèmes sur la culture chinoise, la dégustation de thé d’origine contrôlée, la cérémonie du thé en des lieux sélectionnés ou à votre domicile. Découvrez les thèmes sur le thé et les prochaines animations. »

Plurielle et dynamique, Ève propose ainsi dégustations, stages et déambulations autour des thèmes du thé, comme ce passionnant Gong fu cha, issu des traditions chinoises, puis japonaises, un art du thé qui peut, j’en suis intimement persuadée, procurer une pause bienveillante à nos esprits occidentaux survoltés…

http://culture-the.com/ceremonie-du-the

Mais la jeune orientaliste a bien plus d’une corde à son arc : sculptrice, elle a déjà réalisé diverses pièces majeures, comme ce buste d’Alexandra David-Neel, qu’elle admire tant, offert à Madeleine Peyronnet à Digne-les-Bains, ou comme le buste du lama  Dilgo Khyentsé Rimpoché qu’elle remettra l’été prochain à un monastère, lors d’un voyage au Bhoutan que lui offre un grand fils complice.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Maison_d’Alexandra_David-N%C3%A9el

 

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Ève propose donc aussi des créations en terre cuite autour de thèmes orientaux. Et si j’affirme qu’elle a plus d’un tour dans son sac, c’est aussi que son baluchon de moussaillon des arts déborde de ses voyages : notre petite vendeuse de thé a vécu dans les quatre éléments, dans les airs, en tant qu’hôtesse et pilote de voltige aérienne, sous l’eau  comme monitrice de plongée, et sur l’eau, marin sur le « Fleur de Lampaul » de Nicolas Hulot et au Canada avec les biologistes de Mingan à observer les baleines, avant de toucher terre en nos contrées gasconnes et de nous emmener jusque vers ces cieux de la lointaine Asie…

Alors amis toulousains et touristes, si vous passez par le Capitole et que vous apercevez au loin la Dame des cerisiers en fleurs, n’hésitez pas, et plongez-vous dans un bol de découvertes parfumées et dépaysantes.

Sabine Aussenac.

 

Une petite nouvelle en prime en ce premier dimanche de l’Avent…

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Le cerisier de Sakura

Sakura marqua un temps d’arrêt, et lâcha la main de sa camarade de jeux. L’air était délicieusement pur en cette journée de mars. Elle se tenait tout près de la sortie de l’école et contemplait les cercles que le concierge venait de tracer au râteau sur le sable humide. Le cerisier du jardinet de l’école tendait ses branches vers le ciel, en promesse de bourgeons. Les rires et les clameurs enfantines semblaient faire écho au bleu de ce printemps précoce. La fillette regarda autour d’elle, et eut simplement le temps de lire la surprise dans le regard des adultes qui l’entouraient : Yoko, la jeune institutrice de la classe des petits, était déjà en train de marcher vers les enfants, en leur demandant doucement de rentrer s’abriter à nouveau. Pourtant, presque une heure s’était écoulée depuis les premières secousses, et tous pensaient que le danger majeur était écarté. On avait enfilé les anoraks par-dessus les kimonos de fête, et même répété la danse des cerisiers en fleurs sous le préau, faisant contre mauvaise fortune bon cœur, malgré l’absence de musique…Les enfants jouaient à présent, regroupés dehors, sous la houlette bienveillante des adultes rassurants. La directrice, Mei, avait maintenant saisi son téléphone et regardait nerveusement l’écran, tandis que le concierge leur faisait de grands gestes, montrant la mer, là- bas, de l’autre côté de la route.

Soudain, une autre vibration, bien plus forte, se fit sentir, et tous se figèrent. Le visage de l’institutrice se durcit, mais elle demeura calme et maîtresse  d’elle-même, réussissant même à sourire en frappant dans ses mains.

–           Les enfants, venez, rentrons vite prendre nos petits sacs et nous mettre sous les tables ! Nous allons chanter la chanson de Totoro !

Mais la vibration reprit de plus belle, se muant en un grondement, en un mugissement. Yoko regarda ses deux collègues, qui, les yeux écarquillés, fixaient un point vers l’horizon. Elle aussi se mit à trembler, puis à crier. Elle se précipita vers les enfants en leur hurlant de la suivre, et ouvrit en grand le portail de la petite école maternelle. Elle avait compris. Ce n’était pas simplement un tremblement de terre.

C’était un tsunami. Et la vague arrivait, là, elle était toute proche, on entendait les flots qui mugissaient dans les rues de Sendai, et les cris, et les klaxons, et soudain l’eau s’engouffra dans la cour, en un seul bloc, écrasant le muret qui entourait l’école, et la fresque dessinée pour la fête de fin d’année toute proche explosa en un millier de bulles.

Le toit de la classe de Yoko fut arraché, des dizaines de petits corps se mirent à surnager, à couler, à se disloquer, et les petites bouches n’eurent même pas le temps de crier « maman » ; un enchevêtrement atroce de menottes mutilées, de pierres, de jouets, de mangas et d’eau boueuse se mit à danser devant Sakura, qui, immédiatement,  s’était accrochée au pilier central du portail et avait commencé à grimper les marches vers la terrasse de sable,  juste avant l’arrivée du torrent de flots dévastateurs.

Puis, soudain, très vite, le silence se fit.

C’était épouvantable. Comme si la vie s’était arrêtée, alors même que, çà et là, quelques enfants luttaient encore pour tenter de refaire surface et de s’extirper des débris de bois ou de ciment qui les retenaient coincés sous l’eau. Yoko, se tenant d’une seule main au pilier, elle aussi, revit ces images du film qu’elle avait tant aimé, Titanic, lorsque l’eau envahit les ponts et les cabines, brise les portes, emporte tout, et cette idée lui donna une force infinie. Elle était Rose, et elle allait survivre. Il le fallait. Son « Jack » l’attendait, et elle ne voulait pas mourir. Abasourdie, elle voyait les décorations florales dériver dans les tourbillons, et les cahiers, et puis des chaussures, des kimonos, tous ces préparatifs de fête, si incongrus dans ce monde à l’envers, et aussi des corps démantibulés, ces petits corps en uniforme, sa collègue et amie Mei, décapitée, et ces regards, immenses, pleins d’horreur et de peur, qui ne reverraient jamais le soleil. La tête presqu’entièrement sous l’eau, elle sentit soudain deux autres mains qui tenaient le pilier, et réussit à se saisir de l’enfant.

En donnant un immense coup de pied vers la surface, et en retenant fermement le petit corps si léger de Sakura, Yoko remonta vers la lumière, ne lâchant pas la fillette, ni le pilier, miraculeusement encore ancré au sol, et c’est ainsi qu’elles  demeurèrent, hagardes, crachant et s’étouffant à moitié, comme deux statues surplombant un enfer, comme ces anges de pierre qui restent parfois, seuls vestiges intacts, au vantail d’une cathédrale bombardée…

Pierre  riait de bon cœur d’une plaisanterie d’un de ses collègues au moment où le tremblement de terre frappa la Centrale. Éberlué, il senti le sol tanguer sous ses pieds et comprit immédiatement ; au bout de trois ans passés au Japon, il se considérait presque comme un vieux de la vieille, et avait senti des centaines de fois le sol de son appartement de Tokyo onduler comme un serpent…Il venait d’arriver à Fukushima, pour une mission ponctuelle d’inspection et de collaboration entre son groupe français et les autorités nucléaires nippones.

Soudain, tout s’accéléra. Une autre vibration, un texto d’alerte immédiate du consulat, l’ordre aboyé par le contremaître hurlant aux étrangers de prendre leur véhicule et de foncer vers les terres : il prit ses jambes à son cou tout en essayant de joindre Yoko. Sa Yoko, sa fleur de cerisier adorée, la princesse de ses nuits, celle dont le prénom signifiait « enfant du soleil » et pour laquelle il avait quitté Bordeaux et le domaine viticole de sa famille. Se précipitant avec ses collègues américains vers la route qui remontait vers la montagne, il comprit, en se retournant, qu’il était sans doute en train de fuir devant les cavaliers de l’apocalypse. Il en avait souvent discuté avec les cadres de l’entreprise de maintenance Tepco : que se passerait-il en cas de tsunami, si non seulement un tremblement de terre majeur frappait la côte, mais si un raz de marée venait ensuite compliquer la donne ?

Près d’une heure plus tard, Pierre était à l’abri ; il avait roulé sans s’arrêter sur la vieille route sinueuse de Bansei Tairo, en direction du mont Kuriko, puis s’était garé au milieu de la forêt et contemplait les érables et les mélèzes blottis les uns contre les autres…Cette nature grandiose, au sein de laquelle il se sentait abrité comme dans un antre tutélaire, contrastait tellement avec l’agitation de sa vie dans la capitale nippone et avec les tressaillements des entrailles de la terre…Encore une fois, il tenta de connecter son portable, et fut abasourdi en découvrant qu’un tsunami venait effectivement de frapper la côte : Sendai était anéantie, et un des cœurs du réacteur de la Centrale avait subi des dommages majeurs. Seul, adossé contre le tronc blanc d’un bouleau, il hurla son désespoir face à la montagne silencieuse ; sa vie aussi venait d’exploser.

Sur la côte, à Sendai, la fin du monde avait déjà eu lieu. Yoko avait désespérément tenté de sauver d’autres élèves, mais les quelques corps d’enfants qu’elle avait réussi à arracher aux décombres étaient dépourvus du moindre souffle de vie. Épuisée, tentant de fuir en direction des hauteurs et de s’éloigner du désastre, marchant, titubant, nageant parfois entre les décombres, elle n’avait pas lâché la main de Sakura. La fillette, indemne, semblait être en état de sidération. Elle jetait autour d’elle des regards vides, se contentant de respirer faiblement et de suivre la jeune femme. Et puis soudain, en voyant une dame âgée assise à même le toit de ce qui restait d’une maison, hagarde, Sakura sembla se réveiller d’un rêve, et se tourna vers Yoko en criant :

–           Obaasan ! Je dois retrouver Obaasan !

Yoko, qui, de son côté, se demandait où elles pourraient s’abriter, se souvint alors que la fillette, qui n’avait jamais été son élève, avait perdu ses parents dans un grave accident de train, et qu’elle était élevée par Misaki, sa grand-mère, une personnalité très importante de Sendai. La vieille dame était une ancienne geisha, très cultivée, férue de textes anciens et d’estampes, qui avait aussi survécu à l’explosion nucléaire d’Hiroshima, et qui, inlassablement, témoignait, dans les écoles, sur les plateaux télévisés, et au travers de son art…Mais Yoko, qui avait déjà participé à des sorties éducatives avec Misaki, savait aussi que la maison de Yoko et de la vieille dame se trouvait non loin de la jetée…Et là, elles étaient en train de se diriger vers la montagne, à l’exact opposé de la digue meurtrière…Elle s’agenouilla et sourit à l’enfant :

–           Je te promets que nous la retrouverons. Mais d’abord, nous devons chercher un abri pour la nuit…

–           Tu sais, Yoko, Obaasan m’avait toujours dit que si une catastrophe arrivait, nous nous retrouverions au Mont Kuriko, à l’observatoire, là où l’on célèbre le Hanami à la fin du Sakura Zensen, dans le jardin japonais…

La jeune institutrice sourit presque, malgré les larmes qui lui montaient aux yeux, en entendant l’enfant évoquer ces merveilleuses journées où un pays tout entier suivait la progression des fleurs de cerisier, comme d’autres suivent des finales de foot…Et elle comprit aussi toute la symbolique du prénom de cette fillette, qui soudain lui sembla comme un heureux présage…. « Sakura », le cerisier, cet arbre emblématique de l’empire du soleil levant, de cette nation qui toujours se relève, forte comme le soleil, belle et fragile comme la vie, comme les fleurs éphémères des cerisiers…Elle serra l’enfant dans ses bras détrempés, et lui murmura à nouveau qu’elle retrouverait sa grand-mère.

Pierre conduisait comme un fou, roulant seul sur la route cabossée, croisant les files ininterrompues de voitures fuyant la côte. Il roulait droit vers l’enfer. Et vers Yoko. Il était certain qu’elle était encore en vie. Il était tout simplement hors de question qu’elle soit morte, ou même blessée. Elle allait bien, il le sentait, il le savait, et ils allaient se marier, avoir beaucoup d’enfants, et ils allaient enfin réaliser leur rêve commun, au lieu de travailler comme des fous en se croisant simplement le dimanche : ils allaient acheter un domaine viticole au pied du mont Fuji et ils produiraient ce délicieux vin japonais, et ses parents seraient fiers de voir leur fils comme un ambassadeur des traditions françaises, et sa Yoko cuisinerait des sushis et du cassoulet en devenant une merveilleuse maman…Vivre, ils allaient vivre !

Cependant, son optimisme fut mis à rude épreuve au fur et à mesure qu’il redescendait vers Sendai. Et lorsqu’il arriva au premier barrage, où le sens de l’organisation nipponne avait déjà repris le dessus sur la fatalité, et où les réfugiés étaient orientés vers les quelques abris de fortune, il ne put s’empêcher de frémir en apprenant les premiers chiffres de la bouche du policier…Il se disait que sur la centaine d’enfants de l’école d’Ishinomaki, plus des deux tiers étaient déjà portés disparus…Enfin, en prenant la mesure du spectacle de désolation qui régnait au loin, et de cette eau saumâtre qui recouvrait tout, et surtout lorsqu’il commença à se repasser en boucle les images de la vague sur son téléphone, il comprit que ce serait un miracle si sa princesse, dont l’école était située, elle aussi, non loin de la jetée, était encore en vie…

Pierre passa les trois journées suivantes à arpenter les villages, les villes, les rues dévastées. Il avait rassuré sa famille et le consulat, mais refusé catégoriquement de quitter les lieux, et ce malgré les risques liés à l’explosion de la Centrale. Méthodiquement, il fouillait les décombres, tentant de retrouver l’emplacement de la maison de Yoko, mais cherchant surtout son nom sur les listes qui commençaient à s’afficher un peu partout. Il parlait couramment japonais, et s’épuisait à répéter toujours les mêmes phrases en montrant la photo de Yoko, celle qu’il conservait toujours dans son portefeuille. Sur le cliché, la jeune femme souriait, face à un autre océan, assise sur le promontoire du Rocher de la Vierge, à Biarritz…Pierre avait perdu son téléphone le premier soir, en se penchant inlassablement pour soulever des amas de poutrelles et de meubles…Il avait pu joindre ses proches depuis un cybercafé, mais n’avait plus aucun moyen d’entrer en contact avec Yoko…Il ne mangeait plus, dormant dans sa voiture, se nourrissant de quelques bols de riz, et croyait reconnaître son amie à chaque coin de rue dévastée, dans chaque centre d’hébergement…Personne n’avait revu la jeune femme. Elle faisait peut-être partie des centaines de disparus.

À quelques kilomètres de là, Yoko, elle aussi, allait de centre en centre, la petite Sakura blottie contre elle. Elle avait pu rassurer sa famille, à Tokyo, mais n’avait pas réussi à joindre Pierre. Son téléphone ne répondait plus, et elle ne se souvenait plus du numéro de ses parents, si loin, à Bordeaux. Elle imaginait sans cesse le pire, même si elle connaissait les procédures d’évacuation de la Centrale…Elle espérait qu’il avait été mis à l’abri au plus vite, avec les autres étrangers. Et puis sa priorité était de retrouver Misaki. Chaque fois qu’elle évoquait son nom, un beau sourire se dessinait sur les visages des survivants ; c’était comme si cette seule évocation suffisait à faire renaître l’espoir. Mais la vieille dame demeurait introuvable.

Au troisième jour, et sur l’insistance de Sakura, Yoko se mit à la recherche d’un moyen de transport. Elle voulait tenter de gagner la montagne. Sakura était tellement persuadée que sa grand-mère avait réussi à se rendre à leur point de ralliement…Elle chantonnait, assise dans le bus qui avait repris la liaison vers les hauteurs, fixant, comme sans les voir, les terribles vestiges de la catastrophe. Elle chantonnait une très ancienne mélodie, où il était question de grues cendrées et de cerisiers en fleurs. Yoko, elle aussi, regardait par la vitre du bus et admirait malgré elle cette nature qui venait pourtant de ravir des milliers de vies aux hommes. Au fur et à mesure que le véhicule s’engageait vers le col, la forêt se densifiait, et les mélèzes, ployant sous le poids de la neige fraîchement tombée, semblaient s’agenouiller au passage du bus, comme des gardes s’inclinant devant l’Empereur…

Une équipe de télévision française était du voyage, et Yoko entendait des bribes de conversation, le cœur meurtri à l’écoute de cette langue française qui lui était si chère…Un poème de Victor Hugo lui revint en mémoire, ce poème où il va vers la tombe de sa chère Léopoldine…

Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,

Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.

J’irai par la forêt, j’irai par la montagne.

Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

 

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,

Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,

Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,

Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

Le véhicule se gara juste devant l’entrée du jardin japonais. La neige avait recommencé à tomber, de gros flocons tournoyaient autour des cerisiers…On se serait cru au dernier jour du Hanami, lorsque le « front des cerisiers en fleurs » a atteint les montagnes, et que les derniers cerisiers du Japon se parent de leurs fleurs délicatement irisées…Comme la neige ce jour-là, les pétales tourbillonnent alors joyeusement, tandis que des milliers de Japonais se promènent dans les campagnes, en hommage au rituel millénaire…

Les journalistes français avaient déjà allumé leurs caméras et filmaient cette scène surréaliste de beauté, admirant les brumes se mêlant à la neige et les bourgeons prêts à fleurir, comme un improbable défi après l’horreur sans nom du tsunami…Un guide leur expliquait l’histoire du Sakura zensen. Et il leur disait aussi qu’une  grande artiste japonaise immortalisait cette scène printemps après printemps, mais que cette année elle était en avance et refusait de quitter le site. C’est lui qui avait alerté les chaînes de télévision, se disant qu’un tel sujet remettrait un peu de baume au cœur de tous les survivants…

Sakura, la bien nommée, courait de toutes ses jambes vers la fin du promontoire, là où le plus gros cerisier élevait ses branches vers l’infini.

Misaki était là. Droite comme un i, enveloppée dans trois couvertures, elle peignait. Face à la montagne. Face à cette nature insupportablement belle. Elle ne pleura pas en se retournant et en faisant tournoyer sa petite-fille dans les airs, elle ne pleura pas, ni de joie, ni d’émotion. Elle lui murmura simplement qu’elle était fière d’elle, qu’elle savait qu’elles se retrouveraient, et qu’elle aussi, lorsqu’elle était enfant, elle avait retrouvé sa grand-mère, devant l’aloé véra qui l’avait sauvée de ses brûlures et de ses irradiations. Et Sakura riait, riait, riait à gorge déployée, ses petites nattes volant dans le vent, en criant qu’elle savait que son prénom la protégerait.

En bas, dans la vallée, ayant enfin trouvé refuge chez un ancien collègue disposant d’une télévision câblée, Pierre regardait distraitement une chaîne française. Et c’est là qu’il aperçut soudain une jeune femme d’une incroyable beauté. Elle marchait derrière une enfant qui courait à travers les allées d’un jardin japonais, entourée de mélèzes, de bouleaux, de brumes et de neige. Et surtout de cerisiers, de centaines de cerisiers enveloppés d’une aura de flocons duveteux comme des fleurs de printemps. Tout au bout du promontoire se tenait un peintre. Entouré de couvertures.

Et lorsque l’enfant se jeta dans les bras de cette vieille dame en houppelande, et que la jeune femme se mit à sourire, face à la caméra, le visage inondé de larmes, Pierre tomba à genoux. Lui aussi souriait. De toute son âme.

**

** Chaque année, l’Agence météorologique du Japon et l’ensemble de la population suivent le sakura zensen (桜前線?, front des fleurs de cerisier). Tous les soirs, les prévisions à ce sujet suivent le bulletin météorologique du journal télévisé. La floraison commence dans l’archipel Okinawa en janvier et atteint généralement Kyōto et Tōkyō à la fin du mois de mars ou en début d’avril. Puis, elle progresse vers le nord pour atteindre Hokkaidō quelques semaines plus tard. Les Japonais prêtent une grande attention à ces prévisions. Ils pourront ainsi aller dans les parcs, les autels et les temples en famille ou entre amis pour « contempler les fleurs » (花見, hanami?), manger et boire. Les festivals du hanami célèbrent la beauté des cerisiers en fleurs et sont, pour beaucoup, une occasion de se reposer et de profiter du paysage.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Sakura

** Des arbres morts et des tonnes de boue entravent toujours la cour de récréation de l’une des écoles élémentaires d’Ishinomaki, une ville située dans la préfecture sinistrée de Miyagi. Sur les 108 enfants de cette école, 74 sont décédés et seul un professeur a survécu.

C’est dans un climat sinistre que les enfants vont reprendre les cours cette semaine. Cette école élémentaire étant trop endommagée pour les accueillir, une école épargnée des environs leur prête quatre salles de cours.

http://downtowntokyo.canalblog.com/archives/2011/04/19/20929687.html

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Te souviens-tu des ipomées?

 

Te souviens-tu des ipomées, leurs ailes bleues de mandolines ?
Nos soirées étaient douces, en attente de vent, et l’été sentait bon comme femme qui aime.
Au ruisseau je riais en voyant les truitelles ; leurs nageoires argentées louvoyaient en chantant. Les orties nous griffaient de leurs feuilles amères, mais nous courions joyeux, ignorant les piquants.
Le pommier. Sa tente verte, le tronc noueux, et nos rires toujours. Quand la nuit chuchotait jusqu’au cœur des étoiles, le parfum des fruits mûrs nous guidait vers nos lits.
Il y avait la charpente, tous ces sons de la terre, les outils d’autrefois, et le jardin déjà qui bousculait le temps.
Le granit de l’enfance, et les pierres moussues. Nous avions oublié le béton et les autres. Seuls, comme nus, nous vivions en Éden.
Terrassé au zénith, quelque gros hanneton titubait de bonheur. Les grillons essoufflés, que nous tutions de paille, dévoraient nos salades et déchiraient le soir.
Et les murets d’antan, façonnés de labeur…Bienveillance des ancêtres. Au hameau le lavoir résonnait, cendres gaies des battoirs envolées dans l’Autan.
Les phalènes caressaient  le taffetas des nuits ; au matin glorieux, la buse criait victoire.
Nous étions les voleurs de lumière.


Sabine Aussenac