Le jour où j’ai vendu Rimbaud

Il fait un beau soleil d’automne, les asters fleurissent tendrement.

Nous sommes le deux, et mon compte est déjà à découvert, comme toujours depuis trois ans. Avez-vous déjà goûté à un colis de la Banque Alimentaire ?

Mes enfants m’ont demandé pourquoi il était écrit « Interdit à la vente », sur ces drôles de boîtes qui ressemblent à des raviolis pour chiens….

Déjà, il faut démarcher l’assistante sociale du Rectorat…Elle n’est pas débordée, a plutôt l’air de bailler aux corneilles dans son joli bureau placardé d’affiches vantant les méfaits du tabac. Poliment, elle daigne me taper un courrier à destination de l’épicerie sociale, et j’ai l’impression d’être Gérard Jugnot dans « Une époque formidable », c’est assez grisant. Un peu comme si j’allais passer à la télé pour la soirée des Enfoirés, sauf que je ne fais pas partie des bénévoles, mais des nécessiteux, ce qui est tout de même assez paradoxal avec un salaire d’enseignante…

Mon appartement se vide peu à peu des biens nécessaires, mais pas obligatoires…Le lave vaisselle est parti discrètement, tout comme le piano, ou encore les vieux vinyles de Dylan ou de Bécaud. Je garde sous le manteau, pour les jours de vraie disette, un trente trois tours des Chœurs de l’Armée Rouge et un quarante-cinq tours de Bill Haley et ses « Comètes »! Ils nous feront au moins un panier du Lidl…Surtout, ne pas dire à mes parents que ces reliques vont être vendues…

Pour mon bureau en chêne blond, récupéré dans les locaux de la CGT de la SNCF où travaillait mon premier mari, lorsque j’avais vingt ans, et qui, après des générations de fonctionnaires puis de révolutionnaires zélés, a vu passer toutes mes dissertations sur les Affinités Electives ou sur Bismarck, j’hésite…Le vendre serait un véritable crève cœur, car il est comme l’extension de mon âme, comme un fidèle compagnon d’infortune…

Ce matin, une jeune fille a découvert mon annonce placardée à la fac, et va venir fouiller dans ce que j’ai décrit comme « Les Puces au chaud » et « Une Bibliothèque de rêve ».

Je n’ai jamais classé mes livres, hormis quelques rayons spécifiques, comme les « beaux livres » ou les médecines douces. Depuis toujours, Hugo voisine avec Charlotte Link, Agatha Christie avec Platon, et, miracle de la mémoire visuelle, je suis capable de retrouver mes « petits » en cinq minutes, connaissant le recoin où se cachent Werther et Raskolnikov, ou encore les endroits où j’ai glissé photos, notes d’agreg, mots doux…

On sonne. Elle s’appelle Anna, est étudiante en Lettres Modernes, et elle est d’emblée émerveillée par l’abondance, le fouillis, le rangement à la diable, les vieux policiers qui épaulent les classiques et cette ambiance « quais de Seine »….

Soudain, elle le prend.

« Mon » Rimbaud. Mon recueil nrf de « Poésie/Gallimard », celui qui me suit depuis la Première quand, avec Marie-Claude, nous déclamions Ophélie sur les pelouses du lycée…

« -et l’infini terrible effara ton œil bleu ! »

Petite fille, j’ai vécu cinq ans à Charleville-Mézières, et l’un de mes premiers souvenirs, c’est ce petit pont qui mène au Musée Rimbaud, ce sont les arcades de la Place Ducale : atavisme, gémellité artistique ? Je me suis toujours senti une étrange sororité avec l’éphèbe rebelle.

Anna sourit, me demande si « je l’ai lu » …Les gens qui viennent à la maison demandent d’ailleurs souvent si « je les ai tous lus »…! Question étrange, si déplacée, incongrue, illicite, ridicule, que je ne peux qu’y répondre gentiment, en éludant la vérité…On ne va pas monter un Café Philo juste pour cette question, mais elle est pourtant extrêmement symptomatique du respect et de la crainte que la plupart des gens ont devant les livres et devant ceux qui les fréquentent…Non, justement, je n’ai pas « tout » lu, et c’est une de mes premières questions existentielles que je me posais, enfant…Comment trouver ce temps ?

Oui, Anna, j’ai lu Rimbaud. Non pas une fois, mais des centaines, des milliers de fois. J’en connais chaque vers, chaque parcelle d’émotion. C’est grâce à lui, à ses mots, que j’ai aimé la poésie, que j’ai compris que jamais je ne tenterais de transformer le monde, mais plutôt que je changerais la vie, ma vie…Portée par les couleurs et les illuminations d’Arthur, j’ai descendu des fleuves impassibles et embrassé des centaines d’aubes d’été. Ses voyelles m’ont aidé à comprendre les méridiens célaniens et les méandres proustiens, son portrait d’adolescent rageur et rêveur est toujours posé sur mon bureau, fragile icône qui m’aidé à traverser tant de saisons en enfer.

Voici venir le temps des assassins. Oh, ce n’est pas « Le choix de Sophie », il n’y a pas mort d’homme, mais juste cette reculade, cette petite prostitution. Vendre « mon » Rimbaud, ce serait véritablement vendre mon âme au diable, renoncer à ma dignité.

Je redresse la tête et, doucement, je lui reprends le livre, tout tâché, tout corné, plein de sable, de rêves, d’amour. Il ne partira pas, il restera auprès de nous quand les huissiers viendront saisir l’ordinateur et la télé, il me suivra encore dans le HLM où je vais sans doute devoir aller m’installer, moi qui rêvais d’une grande maison au milieu des tournesols, d’une véranda gorgée de soleil et ivre de passions, où j’aurais écrit mes romans fleuves…Il sera parmi mes derniers fidèles, avec mon exemplaire de l’Idiot présentant Gérard Philipe en couverture, avec mon Journal d’Anne Franck quadrillé de bleu et la méthode Boscher de mon père…

 Celui là n’est pas à vendre. 

Elle est retrouvée !

-Quoi ?- l’Eternité 

***

Ce petit texte a été écrit dans ces années où, entre divorce international et surendettement, j’ai goûté aux joies des « classes moyennes surendettées »…

LE PAYS DES SANS FEU (nouvelle retravaillée pour un concours du Secours Populaire)

LE PAYS DES SANS FEU

 

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 « Plus de tenailles

Plus d’ombres noires

Plus de craintes

Il n’y en a plus trace

Il n’y a plus à en avoir

Où était peine, est ouate

Où était éparpillement, est soudure

Où était infection, est sang nouveau

Où étaient les verrous est l’océan ouvert

L’océan porteur et la plénitude de toi

Intacte, comme un œuf d’ivoire.

 

J’ai lavé le visage de ton avenir. »

Henri Michaux

 

Les murs, d’abord, s’étaient vidés. Et puis le reste de l’appartement avait suivi.  Elle avait vendu d’abord sur Ebay, et puis, lorsque sa carte bleue avait été bloquée, dans Le Bon Coin.

Somme toute, cette assiette en Bleu de Delft, souvenir de ses années de belgitude, n’était pas indispensable à sa survie. Le vélo d’appartement non plus, puisqu’elle n’avait plus du tout le temps ni l’envie de pédaler ou d’aller courir.

Peu à peu, les menus objets, souvenirs d’une vie, avaient disparu. Ce tapis, un Kilim hérité de sa grand-tante, et puis le samovar rapporté de Russie. Les jouets des enfants se perdaient dans les vide-greniers, les livres, ses livres chéris, partaient, semaine après semaine, dans la revente de cette librairie étudiante…

Au fur et à mesure que l’espace s’agrandissait autour d’elle, il lui semblait pourtant que son univers rapetissait.

Et puis ce silence…Cet assourdissant silence. C’était comme si le monde se taisait. Peu à peu, elle en oubliait les clameurs et les chants. Cela avait commencé au sein même de son foyer, lorsqu’elle avait vendu successivement le lave-vaisselle, puis  la machine à laver, et enfin la stéréo. Les ronronnements apaisants de ce quotidien normé avaient fait place à la peur du frigo vide.

Bien sûr, il lui restait cette étagère de CD, et elle rêvait, parfois, devant U2 ou La Traviata. Bien sûr, elle chantonnait, encore, sous la douche ou en rangeant. Mais plus question de hurler à tue-tête Se bastasse une bella canzone en s’imaginant à la Nouvelle Star. Une Susan Boyle aphone, voilà ce qu’elle était devenue.

Elle avait aussi cessé de fréquenter les grandes surfaces. Terminées, les annonces vantant les rudesses d’un fromage de pays ou les douceurs gouleyantes d’un vin ; ne demeurait que le cliquetis saccadé de la caisse du discount. Voire même, de plus en plus souvent, cette torpeur fatiguée de la salle d’attente emplie de tristesse et de surpoids, lorsqu’elle se mêlait, ombre timide et rougissante, aux nécessiteux faisant la queue au Secours Populaire. Elle avait appris à les aimer, ces sourires édentés, et se laissait bercer par la tendresse silencieuse des modestes mamies et des femmes voilées discrètes, murmurant des remerciements.

Lui manquaient, en fait, les bruits de la vie, les clameurs du monde, tous ces flonflons de la normalité.

Depuis combien de temps n’avait-elle pas pris un café en ville ? Elle ne savait plus. Mais elle se souvenait de tout. Le bruit de la porte que l’on pousse, cet imperceptible glissement d’un brouhaha citadin vers un kaléidoscope de voix croisées et de tintements de verres ; ce n’était pas l’œuf de Prévert, mais ça y ressemblait…

Et les brasseries…Comme elle les avait aimées, les brasseries parisiennes, avec leurs chaleurs et leurs excès. Les cliquetis affairés des couverts gourmands, les « chaud devant ! » souriants, les pressions et les machines à expresso. Elle se souvenait des tablées de collègues, et puis des repas de famille, bruissants de gaieté et de partages.

Elle passait devant les vitrines et regardait manger les gens, et elle se sentait comme au spectacle, souriant parfois comme une enfant en se souvenant des Profiteroles ou du Sauternes, cent madeleines en bouche, en mémoire de goût.

L’été, elle allait dans les parcs. Cela au moins, on ne le lui prendrait pas. Oui, il lui restait cette liberté-là, d’arpenter encore et encore les jardins de sa ville, et elle regrettait d’avoir quitté la ville rose pour cette petite cité gasconne. Car en dehors des bords de rivière et d’un square étroit, la ville embourgeoisée manquait cruellement d’allées et de marronniers.

Elle regardait courir les petits Hollandais en vacances, et se souvenait des plages languedociennes et des déferlantes de Biarritz. Elle n’avait qu’à fermer les yeux pour s’étourdir de cigales ; au parfum de l’ambre solaire de l’enfance se mêlaient les cris des mouettes, au souvenir brûlant du sable que l’on foulait au midi s’ajoutait le mugissement du vapeur partant vers les îles.

Orpheline. Elle était orpheline du monde. Elle avait peu à peu glissé vers une surdité sociale, lorsque les ennuis familiaux, potentialisés par des soucis financiers majeurs, lui avaient retiré ses marqueurs environnementaux. Comme un détenu privé de ses droits civiques, elle avait fait le deuil de toutes ces petites habitudes sociales qui cimentent le quotidien et vous amarrent à la normalité. Elle avait changé de lieu, de territoire, passant sur l’autre rive, celle des sans feu.

Elle n’était pas pauvre, loin de là. Elle travaillait, même. Mieux : elle était fonctionnaire.

Mais comment expliquer à des collègues déjà tellement enferrés dans leur ronronnement qu’elle mangeait grâce à des colis alimentaires ? Alors elle se taisait, observant de loin les rituels banalisés de leurs soucis ridicules – allait-on avoir un lecteur de DVD dans la salle 14 ?-, quand elle ne savait pas si les huissiers lui laisseraient sa télévision…

Le mardi après-midi était devenu son rituel : quand d’autres avaient rendez-vous chez le coiffeur ou l’esthéticienne, elle, elle retrouvait Josette et son énergie inépuisable, et toutes les autres bénévoles qui remplissaient son caddy de boîtes et de gâteries, entre le café devenu denrée rare et les chocolats pour les enfants…Germaine, elle, du haut de ses quatre-vingt printemps, œuvrait à la distribution de vêtements, à l’étage du dessus, dans cette grande pièce sombre où défilait la misère nue.

Parfois, agacée, honteuse, mais déterminée, elle volait, d’ailleurs. Le papier toilette dans le train qu’elle ne payait pas ; des barquettes à la fraise dans le placard de la salle des profs ; un magazine dans une salle d’attente. Elle ne parlait plus de sa situation, même au dentiste, étonné par l’état de sa bouche. Non, elle n’avait pas les moyens de se payer des couronnes. Non, elle n’avait pas droit à la CMU. Oui, il lui manquait à présent cinq dents en haut.

Car elle l’avait déjà tellement racontée, son histoire. Dans les cabinets des avocats et dans les prétoires, aux assistantes sociales et aux juges, au rectorat et à ses amis, à des inconnus dans des squares, en riant, en plaisantant, en accusant, en s’énervant, en s’obstinant. Elle leur expliquait cette situation bancale des classes moyennes surendettées, en évoquant toutes ces femmes perdues entre le tout et le rien, encombrées par des vies qui s’effilochent, piétinant en vain dans un nomansland angoissant, n’ayant pas droit aux aides réservées aux plus démunis, devant se contenter de colis alimentaires, mais ne pouvant prétendre à plus…

Elle était même passée à la radio, faisant de sa propre vie un cheval de bataille, ne voulant pas écouter cette juge qui lui conseillait de se mettre en invalidité pour pouvoir payer peu à peu, sa vie durant, les dettes laissées par un autre, cet ex-mari ayant fui à l’autre bout de l’Europe…Mais c’était inimaginable de renoncer à aider ses enfants, de dire adieu à la vie, aux projets, de devenir une ombre parmi les ombres…

Et puis elle s’était tue.

Personne ne la croyait, de toutes façons. Son horizon se rétrécissait de mois en mois, le responsable de ses maux coulait donc des jours heureux à l’étranger, on allait sans doute finir par l’obliger à payer pour cet autre jusqu’à la fin de ses jours. Son chant du cygne avait été de passer LE concours, mais elle n’était pas arrivée au « grand oral ». Silencieuse, elle feuilletait les brochures des collectivités territoriales comme on parcourt des catalogues de voyages.

Ce qui lui manquait le plus, c’était la joie. Rien qui vaille la joie, lui avait répété Sophocle dans son adolescence. Le calme carcéral de son quotidien ricochait sur les souvenirs des jours heureux ; et ce silence dont l’opacité redoublait au fil du temps projetait en sa mémoire les ombres chinoises des bonheurs d’autrefois.

C’était ce rire absolu des grandes cousinades, quand au soir on jetait les nappes sur les tables au jardin, quand s’allumaient les lampions et les yeux des jeunes gens, et que les mains disaient que l’été était bon. Et puis tous les pétards et les accordéons, et tous les festivals et encore les flonflons, et les feux d’artifice et les bals de quartier, quand on court vers Garonne, mais pas pour s’y jeter.

Comme ces aveugles qui gardent en mémoire les couleurs, elle se souvenait. De la liesse joyeuse des tablées familiales, de l’hystérie des concerts de ses groupes préférés, du chuchotis qui précède les trois coups au théâtre, du bruit des réacteurs avant l’atterrissage ; et certains bruits, en synesthésie de vie, l’accompagnaient plus que d’autres.

Il y avait l’appel aux marrons chauds qui précédait la brûlure douce et l’éclat mordoré des châtaignes en bouche. Quand elle passait des après-midi entières à gâter ses princesses dans les grands magasins, et qu’elles s’arrêtaient pour partager ce trésor, les bras chargés de colifichets de chez Claire’s, les sacs pleins d’échantillons Yves Rocher, avant de renter faire de joyeux essayages en écoutant ensemble le dernier CD de Céline Dion.

Elle en avait lu, depuis, des pages rassurantes de magazines de vulgarisation psy, où de savants thérapeutes expliquaient que l’amour passe simplement par l’écoute et la joie, mais on ne lui ôterait pas de l’idée que sa décroissance involontaire, l’empêchant d’assurer la poursuite des études de ses amours et de jouer pleinement son rôle de maman, était aussi partiellement responsable du silence qui s’était instauré entre elles…

Ce qui lui manquait aussi terriblement, c’était ce crépitement des bûches accompagnant le chant régulier du balancier de la vieille comtoise, dans la maison de famille. Car il était le marqueur affectif de tant d’autres joies tribales, des rires sous la cascade, des voitures d’amis lointains klaxonnant à la montée du chemin, des longues discussions jusqu’aux étoiles, lorsqu’on refait le monde à grands coups de rosé. C’est qu’elle l’avait fatiguée, sa famille, avec ses histoires et ses ennuis, tant et tant que la cellule rassurante avait fini par faire place à des sourires de courtoisie, inutiles et glacés.

Et puis les surprises, elle aimait tant les surprises…Son téléphone ne sonnait plus pour annoncer un bouquet de fleurs. Ses nuits ne bruissaient plus de caresses impromptues. Au contraire, elle en était venue à redouter certains bruits, comme celui de la sonnette, quand s’invitaient les huissiers. Elle avait accroché de petites pancartes partout :

  • Ce tableau appartient à ma mère
  • Ce service en porcelaine est la propriété de ma fille

Calfeutrée dans ses souvenirs, elle glissait ainsi peu à peu vers une surdité affective, comme si un mal mystérieux, à l’instar de quelque inexorable atteinte virale, l’avait irrémédiablement coupée des sons et du sens de la vie.

C’est plus par habitude que par enthousiasme pédagogique qu’elle proposa aux élèves d’écouter Beethoven, par un doux matin de janvier. Il fallait préparer la semaine franco-allemande,  et certains réciteraient quelques lignes du texte de Schiller, pour ponctuer le traditionnel happening culturel qu’elle organisait dans son collège. Elle n’allait pas en plus tenter de didactiser quelque chanson de Tokio Hotel, elle n’avait pas vraiment la tête à ça.

Comme toujours, dans son établissement de banlieue, elle s’apprêtait à jouer les Super Nanny, avant de réussir à faire établir le calme dans sa petite classe bigarrée et agitée. Mais le silence se fit, comme par miracle. Dès les premières notes de l’Hymne à la joie, les réponds des cordes et des cuivres semblèrent faire miracle sur le brouhaha habituel ; Farid la regarda et sourit, posant le cutter qu’il avait déjà sorti de sa trousse. Bien sûr, la classe avait déjà travaillé le sujet, ils avaient regardé ensemble des vidéos, où fanfares présidentielles et classe de primaire se disputaient l’âme européenne. Mais aujourd’hui, c’était leur tour. Ils allaient chanter.

Et au fil de l’heure, le silence se fit, au rythme de la musique. Elle emportait tout, elle dissolvait les rancœurs des quartiers, elle éteignait les feux de voitures, elle soulevait les voiles et les niqabs. A ce moment-là, en regardant Abdelaziz sourire à David, en voyant la petite larme couler sur la joue de son grand baraqué d’Omar, la jeune femme eut soudain l’impression d’entendre à nouveau le chant du monde.

Et lorsque les voix aux accents bariolés entonnèrent les paroles de l’hymne, lorsque la porte s’ouvrit doucement et que les élèves des  classes voisines vinrent, bouche bée, écouter Zohra et Abdelkader chanter la paix, devant les grandes affiches de Berlin tentant de cacher la misère des murs de leur petit collège de ZEP, elle eut soudain l’impression que la surdité de Beethoven avait été la sienne, mais que la joie était revenue. Enfin.

Le silence était rompu.

Elle se souvint du compositeur, à moitié fou, vagabondant devant ses pianos sans pieds, chassant ses amis pour mieux sentir les soubresauts de sa propre création ; elle vit tomber le Mur de Berlin, elle regarda cet étudiant arrêter les chars à Tienanmen, elle entendit se construire l’Europe, au son même des cordes et des hautbois faisant écho aux merveilleuses paroles de Friedrich Schiller ; et elle se rappela que c’est en surdité quasi-totale que le Maître avait dirigé la première représentation de sa symphonie, continuant à battre la mesure alors même qu’un tonnerre d’applaudissements s’élevait à sa gloire.

Dès les jours suivants, ils revinrent. Tous les petits sons qu’elle avait oubliés. Un à un, comme si une fée les reposait nuit après nuit dans son berceau, ils reprirent possession de sa vie. Lentement, elle recouvra la mémoire du quotidien et des bonheurs. L’amnésie auditive dont elle avait été si longtemps frappée fit peu à peu place à la légèreté retrouvée. Elle osa répondre au marchand qui la hélait et acheter un cornet de marrons chauds au coin de la place du Capitole. Elle promit à ses filles qu’elle irait les voir, on se débrouillerait. Elle appela une nouvelle avocate. Elle réserva une location à Arcachon, d’ici l’été, on verrait ; il lui sembla entendre déjà le bruit des vagues et voir miroiter l’océan du haut de la dune du Pyla. Elle irait faire des ménages après ses cours, et peu à peu l’escarcelle se remplirait de sable et de beignets ; ses vacances, elle les prendrait.

Cela avait commencé par le crissement de la plume sur le papier, soir après soir. Et par le bruit régulier des touches de son ordinateur. Elle avait réussi à le garder, négociant cette survie avec l’âpreté d’un détenu quémandant la dernière cigarette. Il ronronnait à présent toutes les nuits, tel un chaudron magique concoctant potion.

Et puis les feuilles rejetées une à une par le ventre de son imprimante qui cliquetait frénétiquement, et la voix de la postière, demandant si elle désirait un recommandé. Elle fit tous les concours de nouvelles et de poésie. En quelques mois, elle écrivit deux romans. Devint blogueuse.

Le bruit. Le bruit était là, dans sa tête. Tous ces mots qui s’entrechoquaient, comme des galets au fil d’un ressac. Ils se bousculaient, joyeux, insouciants, heureux. Elle les entendait rire et s’interpeller, et il lui suffisait de s’asseoir à son bureau pour qu’ils lui arrivent. Les mots. Les mots étaient de retour.

Car elle savait désormais qu’elle devait dire le monde pour en entendre à nouveau les sons. Et chaque poème qui naissait dans son âme était comme un écho aux joies de l’antan, chaque nouvelle qu’elle couchait sur le papier comme une pastorale nouvelle. Elle savait aussi que désormais elle dirait le monde, ses misères et ses horreurs, mais aussi ses bonheurs et ses éclaircies ; elle serait la diseuse des vents, des gens et des tempêtes, elle parlerait à la place de tous les taiseux, elle hurlerait les silences. Pour toujours. Elle se fichait bien d’être éditée. Elle n’avait cure des brasseries parisiennes et des simagrées du Goncourt. À ceux qui s’étonnaient de sa boulimie d’écriture et du fait qu’elle soit poète et blogueuse, elle expliquait que les migrants et les alexandrins avaient, chacun à leur façon, voix au chapitre.

Elle serait la bénévole des mots.

Là où auparavant elle était couchée, elle marchait, debout, vers l’inconnu. Là où était la nuit, se tenait cette lumière, qu’elle croyait avoir perdue. Le chant du monde était revenu : et elle en deviendrait la soliste. Sa pauvreté se ferait hymne à la joie, et du silence, de l’assourdissant silence des tristesses, elle composerait une symphonie. Elle deviendrait écrivain.

Du pays des sans feu, elle ramènerait la lumière.

 

„Freude, schöner Götterfunken

Tochter aus Elysium,

Wir betreten feuertrunken,

Himmlische, dein Heiligtum!

Deine Zauber binden wieder

Was die Mode streng geteilt;

Alle Menschen werden Brüder,

Wo dein sanfter Flügel weilt.“

 

« Joie ! Joie ! Belle étincelle divine,

Fille de l’Elysée,

Nous entrons l’âme enivrée

Dans ton temple glorieux.

Ton magique attrait resserre

Ce que la mode en vain détruit ;

Tous les hommes deviennent frères

Où ton aile nous conduit. »

 http://archives-lepost.huffingtonpost.fr/article/2009/11/08/1780578_le-jour-ou-j-ai-vendu-rimbaud.html

http://www.franceinfo.fr/emission/noeud-emission-temporaire-pour-le-nid-source-713871/2012-2013/classes-moyennes-surendettees-pour-nous-c-est-ingerable

 

 

 

 

 

Lettre ouverte à Madame la Garde des Sceaux

 Lettre ouverte à Madame la Garde des Sceaux

Madame la Garde des Sceaux, je suis très inquiète, et j’en appelle à votre lucidité, à votre clairvoyance, à votre bienveillance.

J’ai la sinistre impression que, dans cette affaire bi nationale, il y a deux poids et deux mesures…

Différend franco-allemand au sujet d’un enfant bi national (droit de visite et d’hébergement et pension alimentaire)

Madame la Ministre,

 

Professeur d’allemand d’origine allemande, fonctionnaire de la République depuis 1984, j’ai aussi passé l’écrit du concours interne de l’ENA en 2010 et de l’ENM de 2012, par conviction, par besoin de reconversion –nous n’avons plus d’élèves- et par passion. Je suis au service de mes élèves, de mon pays, de la République.

Récemment, je suis aussi intervenue plusieurs fois publiquement via mes écrits -écrivain du dimanche, je blogue au Monde et au Huffington Post-,  pour VOUS défendre lors des immondes attaques racistes à votre encontre, et au sujet de l’affaire Dieudonné.

Divorcée depuis 2008 d’un ressortissant allemand dont je suis séparée depuis 2003, j’ai vécu dix longues années d’un calvaire juridique et social, le divorce ayant traîné en longueur, mon ex-mari m’ayant laissé 50 000 euros de dettes (il était pasteur de l’ERF, puis de l’EPUB en Belgique, avait perdu deux fois son emploi avec interdiction de prêche nationale, puis dégradé un presbytère ; procès, dégringolade, 2 ans de chômage, jusqu’à cette séparation.). Je me suis battue, avec deux filles d’un premier lit, les ai amenées au bac et au brevet, ai repris mes études  (DEA sur la poésie de la Shoah, concours…), ai surmonté ces années grâce à mon obstination, ai réussi à obtenir de haute lutte un effacement des dettes, qui, jamais évoquées lors du divorce, étaient montées à 80 000 euros avec les frais de justice. À la juge qui m’avait dit (j’étais en CLD pour dépression) de me mettre en invalidité et de ne pas continuer à pousser mes filles vers les études, j’ai répondu « non ». Je refusais de payer pour un autre, et de faire payer mes enfants.

Je suis encore fichée, mais j’ai repris bien sûr mon travail, ai toujours fait face malgré un lourd accident de trajet l’an passé. À présent, c’est la pension alimentaire qui, depuis 2008, fait défaut. Notre fils adore son papa, je n’ai jamais, au grand jamais, noirci cet homme qui demeure le père de mon enfant, j’ai tenté de protéger celui-ci des noirceurs et manipulations en lui offrant, même au pire de notre situation, un quotidien décent : notre fils, 15 ans et demi, est un brillant élève, un garçon bien dans sa peau, qui va régulièrement voir sa famille allemande, qui a déjà de beaux projets professionnels. J’assure entièrement seule son quotidien ; chez son père, depuis 10 ans, il n’a ni chambre, ni lit, il dort dans le lit de son père qui dort dans la même pièce sur un canapé. Mais ce père lui offre de belles vacances, l’emmène à la mer, à l’étranger –ils sont allés, sans m’en informer, un mois entier en Lituanie…Et somme toute c’est bien ainsi, puisque de mon côté, malgré mes vacances d’enseignante, je n’ai pas emmené mon fils en vacances depuis des années…

Et alors que depuis QUATRE ans je tente de récupérer les 11 000 euros de pension, avec une inertie incroyable du MAE chargé du dossier et de l’Allemagne  qui n’a même pas encore terminé l’exéquatur de notre divorce-donc non reconnu…,- et malgré la condamnation ici au pénal de mon ex-mari pour abandon de famille, hier, mon fils et moi avons été auditionnés plusieurs heures, à la « demande de  la Chancellerie et de Monsieur le Procureur adjoint au TGI de Toulouse » , à la PJ, dans une affaire décrite comme « très urgente et venant d’en haut »…

Le père de mon fils a réussi par le biais du bureau d’entraide à faire bouger toute la machine judiciaire très rapidement, avec sa énième plainte mensongère pour non présentation d’enfant, dans un délire de manipulation incroyable, et on m’a même, tout en me servant du « rappel à la loi » pour deux plaintes qui ne sont que des dénonciations calomnieuses, demandé si « je ne privais pas mon fils de sa culture allemande »…Monsieur le Procureur adjoint, pourtant autrefois magistrat de liaison européen, n’a apparemment pas fait le lien avec les nombreux courriers que j’ai pourtant adressés au magistrat de liaison en poste à Berlin…

Madame la Garde des Sceaux, je suis très inquiète, et j’en appelle à votre lucidité, à votre clairvoyance, à votre bienveillance.

J’ai la sinistre impression que, dans cette affaire bi nationale, il y a deux poids et deux mesures.

En effet, d’un côté, il y a une maman qui est privée partiellement de pension alimentaire depuis 2008, et entièrement depuis décembre 2009. N’ayant pu, au plus fort du surendettement, faire appel à des avocats et à des huissiers allemands pour récupérer les sommes dues par mon ex-mari-employé comme traducteur civil par…l’Armée Française-, j’ai mandaté le Ministère des Affaires Étrangères en ce sens, en …juillet 2010. Trouvez-vous normal que nous en soyons encore au stade de l’exéquatur, alors que le divorce date de 2008 ? De plus, mon ex-mari vient de faire appel contre cette démarche…Je n’en ai été informée que parce que je me « bats » en tous sens, via des lettres ouvertes-Madame la Ministre du Droit des Femmes est au courant de mon dossier, de même que le Défenseur des Droits…-, et c’est l’ambassade de France à Berlin, et pas le MAE, qui m’a donné l’état de la situation, avant que je ne rédige une lettre d’explications au Ministère de la Justice allemand, en réponse au courrier du père de notre fils, courrier truffé de mensonges et d’inexactitudes, où il salit la justice française et prétend dépenser « 1000 euros par mois » pour notre fils tout en se plaignant de « ne jamais le voir ».

Nous en sommes là. Malgré mes lettres et courriers, voilà un dossier de pension alimentaire suite à un divorce français de 2008 non clos, notre divorce n’étant apparemment, avec une procédure en cours depuis juillet 2010, toujours pas homologué outre-Rhin ; donc pas d’exécution, donc pas de mesures conservatoires, donc pas de mise en paiement. J’ai toujours des difficultés de « parent isolé », j’ai aussi jusqu’à récemment aidé, du mieux que j’ai pu, l’une de mes grandes filles, tellement désolée de ne pas pouvoir faire plus. J’ai encore récemment sollicité l’aide sociale du rectorat en vain. Je gagne trop, Madame la Ministre, beaucoup trop, paraît-il.

Mais de l’autre côté, quand c’est l’Allemagne qui demande des comptes à la France, tout va beaucoup, beaucoup plus vite…

Voilà un père qui joue les martyrs et les victimes depuis des années, qui dépose plainte à tout bout de champ, par exemple lorsqu’Air France fait grève et que son fils part avec un jour de retard…Ses plaintes, 15, je crois, ont parfois été instruites. Et moi d’être longuement auditionnée, par exemple, en avril 2010, par la PJ de Auch, sommée de revenir sur les 7 ans passés, alors même que nous étions divorcés depuis deux ans. Combien de fois ai-je alerté vos services, TGI, bureau de Procureur…Combien d’audiences dans les tribunaux divers, entre le divorce et le surendettement, combien de temps passé dans les salles des pas perdus, et dans les commissariats ?

Voilà donc l’Allemagne, visiblement, et votre « bureau d’entraide internationale », alors même que le délit de non présentation d’enfant n’existe même pas outre-Rhin, qui exigent des comptes, et voilà que tout s’emballe, que je suis auditionnée en septembre, puis hier à nouveau, plusieurs heures, et, pire, notre fils, aussi, pour la deuxième fois –il avait déjà été entendu à Auch. On me rappelle à l’ordre, on me rappelle la Loi, et, surtout, on me pose d’étranges questions sur le fait que notre fils serait « privé de sa culture allemande ».

Tout cela, Madame la Garde des Sceaux, quand le père de mon fils dépose sciemment plainte alors même que ces plaintes ne sont que des « dénonciations calomnieuses » ! Il prétend « n’avoir vu son fils que deux fois sur cinq » en 2013. Déjà, notre jugement ( un JAF de 2010 dûment traduit et notifié, fait suite au divorce car le père harcelait le directeur du collège, lequel a exigé que je sois la seule responsable scolaire de l’enfant afin que je puisse réinscrire Sylvan après sa sixième…) ne prévoit pas de droit de visite et d’hébergement pour la Toussaint. Ensuite, le jugement prévoit que le père soit seul en charge des billets d’avions : à Pâques, il n’a PAS acheté de billets, exigeant que JE les paye, ce que je n’étais pas en état de faire ; de plus, notre fils a eu l’appendicite le premier avril, le papa savait qu’il aurait été difficile de voyager.

Par contre, il est venu voir notre fils en France, je lui ai même confié les clefs de mon appartement en mon absence, en mai dernier…Nous en sommes donc à trois droits de visite sur quatre ! Car Sylvan a passé la moitié des vacances d’été chez son père-même quelques jours de plus que prévu, sans que j’en sois informée-, et la moitié des vacances de noël.

Par contre, oui, c’est vrai, en février 2013, le droit de visite du père n’a pas été respecté. Mais cela sans aucune intention délibérée de ma part, puisque j’ai même payé le billet de retour ! Tout a déjà été longuement expliqué à vos services, le jour J auprès de la Police de l’aéroport, puis plusieurs fois à la PJ : le père n’avait pas acheté de billet de retour, alors même que le jugement le prévoit. Devant ce fait, et devant les menaces réitérées du père de « garder l’enfant en Allemagne » -des dizaines de courrier en ce sens, une inscription de plusieurs jours au collège de Villingen en 2011…- et devant les nombreux « enlèvements d’enfants » dont vos services ont largement connaissance, j’ai payé moi-même, à l’aéroport, le billet de retour, notre fils a embarqué, mais je l’ai fait débarque, car au téléphone, devant témoins, le père m’a dit qu’il ne respecterait pas la date de retour et garderait l’enfant toutes les vacances.

Non, ce n’était pas une « np ». C’était une fois de plus une terrible manipulation d’en père défaillant, manipulateur et dont les intentions malveillantes sont manifestes, comme pour ce mois de décembre 2010 où, oui, j’ai été condamnée pour non présentation, alors même que le billet d’avion avait été pris pour le samedi à 8 h alors que nous vivions à 80 km, que je n’avais ni de quoi payer une nuit d’hôtel, ni un taxi pour rallier Blagnac à 6h30 du matin. Dont acte. J’accepte le fait de la condamnation, qui d’ailleurs n’a pas été inscrite au casier, à ma demande, Monsieur le Substitut près le TGI d’Auch ayant compris l’enjeu de ma situation, puisque je souhaite encore passer des concours de la Fonction Publique.

Mon ex-époux a lui aussi été condamné, par le même TGI, pour abandon de famille, à de la prison avec sursis, à une amende et à des dommages et intérêts ; il a fait appel, ce sera jugé le 14 mars à Agen.

Madame la Garde des Sceaux, comprenez mon inquiétude. Il   me semble que ces dernières années, les pères sont « montés au créneau », et que leur voix se fait entendre, depuis les hauts des grues, dans les prétoires, dans les médias. Alors même que nous, mamans isolées, nous battons comme des lionnes, pour notre survie et celle de nos enfants, souvent dans l’indifférence. Je remercie infiniment Madame la Ministre des Droits des Femmes pour avoir compris l’ampleur du problème, et je vous demande aussi de nous écouter, de m’écouter. Ce n’est pas le parent qui se pose en victime et en martyr et qui, réclamant ses droits à grands coups de porte-voix, est celui qui respecte ses devoirs. Souvent, hélas, c’est l’inverse.

Je me sens ce jour doublement flouée, doublement inquiète. Inquiète face à une Justice qui, il me semble, prête souvent une oreille complaisante aux pères, comme c’est le cas pour ces dénonciations calomnieuses qui deviennent à mon encontre des plaintes instruites et traitées rapidement, alors même que mes plaintes-trois- pour «appels malveillants » et que ma plainte de 2010 pour « délit de violence psychologique » ont été classées sans suite…

Inquiète face au comportement de la République face au « pays partenaire », ma chère Allemagne, ma deuxième patrie, celle que je défends becs et ongles dans le cadre de mon travail, mais qui, semble-t-il, est en passe de faire en sorte que mon histoire se transforme en fait divers. À quoi rimait cette question sur la culture allemande dont je « flouerais notre fils », sinon à mettre en place ce faisceaux de preuves qu’un Jugendamt aurait tôt fait d’utiliser afin de rapter notre fils et de le rendre à sa germaine patrie ?? Alors même que lors de l’audition –j’ai eu connaissance du PV- notre fils a clairement exprimé son bien-être de jeune lycéen français, son désir de voir les plaintes de son père cesser, et surtout le fait qu’il ne me juge pas responsable de cette situation conflictuelle…

Je vous demande, Madame la Ministre, d’être vigilante, et de protéger la mère et la citoyenne que je suis, au lieu de me laisser en pâture aux investigations, et, surtout, je vous demande de faire en sorte que le droit français et le droit européen soit enfin respectés. Je suis une enfant de cette Europe que mes parents ont construite en osant braver les noirceurs et les rancœurs de l’après-guerre, et je vous demande de ne pas décevoir cette enfant qui, les yeux brillants, voyageait dans la 404 de son papa vers le pays des contes de Grimm de sa maman. Je vous demande, Madame la Ministre, de faire cesser le cauchemar que mon fils et moi-même vivons depuis trop longtemps, en faisant respecter la loi.

 

Bien à vous,

 

Sabine Aussenac.

 

L’autre côté de moi

 

 

 

L’autre côté de moi sur la rive rhénane. Mes étés ont aussi des couleurs de houblon.

 

Immensité d’un ciel changeant, exotique rhubarbe. Mon Allemagne, le Brunnen du grand parc, pain noir du bonheur.

 

Plus tard, les charniers.

 

Il me tend « Exodus » et mille étoiles jaunes. L’homme de ma vie fait de moi la diseuse.

 

Lettres du front de l’est de mon grand-père, et l’odeur de gazon coupé.

 

Mon Allemagne, entre chevreuils et cendres.

http://sabine-aussenac-dichtung.blogspot.fr/2014/01/ich-liebe-dich.html

http://www.huffingtonpost.fr/sabine-aussenac/allemagne-audessus-des-lois-najat-vallaud-belkacem_b_3639293.html

http://www.huffingtonpost.fr/sabine-aussenac/prix-nobel-union-europeenne_b_1960721.html