Des Michelines, et autres TGV…

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Des Michelines, et autres TGV…

 Ils n’ont pas eu de chance. Étant au mauvais endroit, au mauvais moment, et en bien mauvaise posture à l’instant du crash.

Que nenni : je ne vous parle pas des 298 victimes de l’avion de ligne abattu au-dessus de l’Ukraine, même si je m’incline devant leurs innocentes mémoires…

Je voulais revenir sur notre « petite » catastrophe hexagonale, qui a eu la malchance de survenir le même jour que cette tragédie internationale ; nos médias préférant bien sûr, comme à l’ordinaire, la flamboyance des éditions spéciales à cette « petite » information locale, laquelle ne bénéficia, le premier soir, que de photos –ben oui, pensez donc, les Pyrénées, c’est quand même plus loin que l’Ukraine, non ?

Je voudrais donc revenir sur le sort de nos pauvres passagers français, ceux du TER de Pau et du TGV, dont certains se trouvent en ce 19 juillet encore en réanimation, tandis que plus personne déjà ne parle de cet accident qui, Dieu et la SNCF soient loués, n’a pas fait de morts et bien peu de blessés, une broutille donc en comparaison du sort des enfants néerlandais, des chercheurs se rendant à un congrès sur le SIDA ou des étudiants rentrant chez eux pour l’Aïd, tous perdus dans les plaines d’Ukraine…

C’est que les langues ne se sont pas vraiment déliées sur les ondes ou dans la presse…Un vague ministre des transports par-là, un court discours du big boss de la SNCF par ici, une histoire de feu rouge, de TER parti trop vite, enfin bref, la France, Mesdames et Messieurs, la France dans toute sa splendeur, pas celle du Grand Charles, ni celle du défilé du 14 juillet, quand tout est réglé comme du papier à musique, non, celle de la « Chienlit », des désordres avoués, du quart d’heure toulousain, celle des à peu près, celle qui part à vau l’eau…

Il se trouve que je l’ai pris, celle année, le train ralliant la Ville Rose à Pau. Plusieurs fois par semaine, à six heures du matin. Bon, je confesse ne jamais être allée jusqu’au bout, car l’Éducation Nationale, au bout de 30 années de bons et loyaux services, m’avait cette année envoyée civiliser l’Ariégeois : je m’arrêtais donc dans la charmante localité de Boussens, après m’être levée à quatre heures et pris le bus de cinq heures, puis le métro, puis le TER, pour emprunter encore un autocar des plus charmants et donner, à huit heures, deux heures de cours d’allemand. (PS : elle est pas belle, la vie d’un TZR ?)

Donc, systématiquement, mais je n’exagère pas, vraiment, une fois sur deux, le dit train de six heures …n’était pas « mis en place » à temps. Une fois il manquait le conducteur, le lendemain le contrôleur, une autre fois une machine…Bref, lorsque nous allions, en larmes, nous, les travailleurs de l’aube, demander à l’homme à la casquette de « prévenir afin que le bus attende » (ce sans quoi, moi, personnellement, je serais arrivée au lycée après la récré de dix heures…), il nous était répondu : « Zinquiétez pas, on va rattraper !! »

Et voilà mon TER lancé dans les blancheurs et les frimas de l’aurore gasconne à très, très vive allure, bien au-delà de la vitesse normale, qui, oui, parfois, rattrapait le quart d’heure manquant-et d’autres fois, non.

Déjà, ça, ce n’est pas normal.

Tout comme n’est pas normale l’inimaginable somme d’irrégularités que je vis depuis mes années de travailleuse itinérante et totalement dépendante des transports publics, n’ayant pas le permis. En miscellanées de mémoire :

  • Les deux pauvres wagons complètement insuffisants qui, matin et soir, nous faisaient voyager dans des conditions dignes du tiers-monde entre Auch et Toulouse.
  • Les « autocars de substitution » qui, au moindre vol de cuivre, au moindre souci, remplaçaient systématiquement, et plus seulement durant les INNOMBRABLES grèves, les trains à l’arrêt…Bus qui mettaient, par exemple, trois heures pour faire 80 kilomètres !!
  • Les libertés que prennent ces conducteurs de TER avec les vitesses autorisées, souvent, bien souvent dépassées pour « rattraper »…
  • Les conducteurs et/ou contrôleurs qui fument en travaillant, bon, c’est un détail, mais de taille ! Parfois sans gêne dans la cabine, et, si souvent, sur le quai…
  • Les tarifs totalement prohibitifs auxquels sont assignés les travailleurs, qui, pour une centaine de kilomètres, bénéficient certes d’un « illimité travail » permettant de faire autant d’A/R qu’ils le souhaitent, mais pour des sommes astronomiques, jusqu’à 300 euros, quand on trouve des billets « prem’s » à 30 euros pour faire de longues distances en TGV…Travailler coûte plus cher que les vacances, sic !

En règle générale, et c’est un scandale en ces temps où l’on parle tant de la réforme territoriale, il me semble évident que l’argent du contribuable est, très largement, mis dans les grandes infrastructures et les grandes lignes, quand nos pauvres régions, déjà engluées dans leurs soucis et en passe de disparaître dans le Fourzytout de la Réforme, se retrouvent avec des petites lignes soi-disant non rentables, parents pauvres de la SNCF et de RFF, et bien peu dotées de moyens !

Et nous voilà, quand les cadres franciliens se prélassent dans quelque TGV, nous, les travailleurs de l’ombre, les mamies rendant visite à leurs petits-enfants, les chômeurs en fin de droit, de la Picardie aux Cévennes, à cheminer dans des tortillards qui ressemblent encore presque aux antiques « Micheline », sans clim, sans wagon-restaurant, sans prises pour nos portables, sans toilettes dignes de ce nom, à espérer atteindre notre destination…ou pas.

Mon premier mari, cheminot, aimer à raconter cette blague : « SNCF, ça veut dire Sur Neuf Cinq Fainéants… »

Je ne suis pas d’accord. Je pense que c’est à nous, citoyens, à faire bouger les choses, en exprimant notre désaccord face à des politiques publiques désastreuses, qui, cette semaine, ont failli ôter la vie à d’innocents passagers.

Alors même si la ligne de Pau n’est pas concernée par le conflit en Ukraine : messieurs les décideurs, ouvrez les yeux ! Un train peut en suivre un autre…

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http://plus.lefigaro.fr/note/god-save-the-gers-20100227-146825

Pensez-vous qu’il faille absolument participer à des émissions de télé réalité pour connaître des sensations fortes ? Croyez-vous encore qu’il faille voyager aux antipodes pour connaître les émotions d’un voyage à bord de ces « trains pas comme les autres » ?

Que nenni !!! La ligne de chemin de fer entre Toulouse et Auch est bien la plus vétuste de France, la plus ancienne, celle qui semble avoir été construite par les pionniers du Rail, à l’époque du grand Far West…Il y a quelques années y circulait encore la Micheline rouge et blanche de nos enfances, et l’on pouvait imaginer le souffle chaud de la « bête humaine » et des charbons rougeoyants de la « loc » poussée par un Gabin triomphant…

 Après quelques années d’hésitation, les élus ont enfin daigné signer un pacte de solidarité avec la vie du rail, et nous, modestes usagers, imaginions donc que les 80 kilomètres séparant nos cités gasconnes se feraient non pas en deux heures, mais en une heure et quelque, comme par exemple le trajet entre Toulouse et les métropoles tarnaises.

 Car la ligne devenait dangereuse : non seulement le trajet était épouvantablement long, mais il devenait absolument aléatoire…Combien de fois les passagers sont-ils restés bloqués entre brique et pierre jaune, combien de fois ont-ils étés obligés de prendre un bus, soudain, à mi-chemin, devant l’insolente et mystérieuse panne de la « machine » ?? A combien de scènes dignes des meilleurs épisodes de Koh Lanta avons-nous assisté, muets de terreur et/ou d’indignation ?

 Il y a eu la fois où, après un bruit sourd précédé de quelques coups de klaxon impatients et d’un long crissement de freins, le contrôleur a pénétré triomphalement dans l’unique wagon en brandissant son trophée et en annonçant, hilare, la tête du chevreuil à la main : « Hé bé, on a tué Bambi con !!!! »

Il y a eu ce moment impressionnant où l’un des wagons a pris feu, et où le machiniste, perdu au milieu de la campagne gersoise comme au milieu d’une pampa, a commencé, tel un Florent Pagny salvateur, à taper sur les flammes muni d’un maillet en bois…

 N’oublions pas ce jour où le convoi a versé, telle une diligence poursuivie par les Indiens, tout près du fort pourtant, à Aubiet…Bien heureusement, les passagers, des étudiants quittant leur fac en grève pour un long WE d’ennui auscitain- vendredi soir : La Banque ; samedi soir : La Paillotte ; dimanche soir : La Banque -s’en sont tirés avec une belle frayeur et un récit d’ancien combattant.

 Entre Auch et Toulouse, oui, nous sommes tous des Lazare Ponticelli…

Voilà trois étés, donc, que la ligne est « en travaux »…Traduisez un remplacement par quelques autobus poussifs, conduits par des chauffeurs revêches, au gré des RTL ou autre RMC poussés à fond, et c’est donc en compagnie des Chevaliers du Fiel et des Grosses Têtes que les naufragés du rail naviguent entre Capitole et Haute-Ville…-si quelqu’un pouvait demander aux chauffeurs d’éviter « Lahaie, l’amour… » en pleins virages, ce serait bien, nous avons en effet toujours peur d’une embardée lors de récits bien sulfureux, à l’image de nos horizons rupestres… (« Alors, Marcel et Josyane, racontez-nous cette première expérience échangiste à la discothèque de Jolivet-les-Oies ? »)

Hors là, normalement, le train devrait encore circuler…Mais c’est sans compter la grève tournante des lundis-et on se lève au clairon pour attraper le bus de 6h07 et patienter une bonne demi-heure dans le mondialement fameux « bouchon de Léguevin »-les autoroutes de la banlieue parisienne n’ayant plus rien à nous envier : le Gersois, très fier de ce parisianisme d’importation, a soudain l’impression de vivre en zone pavillonnaire…A quand une carte orange ?

Vendredi, ce fut, sans nul doute, le pompon : après plus d’une heure d’attente conviviale en gare Matabiau, les usagers du 18h27 durent précipitamment quitter leur wagon en gare de Colomiers, pour atteindre trois bus affrétés pour pallier à un nouvel « incident technique indépendant de notre volonté »…(D’ailleurs, avez-vous remarqué que sur les tableaux d’affichage des gares, les malheureux usagers ont à présent la délicieuse impression de partir pour un long courrier, la SNCF ayant imité les aéroports ?! « Berlin, delate »…Là, c’est pareil, il est écrit « Paris, à l’heure » !!!!! Oui, il faut le voir pour le croire, « à l’heure » est un concept !!!!)

 A Colomiers, nous assistâmes au départ de « Pékin Express » ! C’était à qui monterait le plus vite dans le bon car, l’un d’entre eux ralliant directement la « capitale » gersoise-lol- sans passer par les villages…Nous nous retrouvâmes donc coincés à l’étage d’un…autobus à impériale, oui, avec micro, un car de tourisme, les parents d’un malheureux bébé en couffin ne trouvant même plus de place et devant voyager dans la « soute » du bas…

 Imaginez : les petites routes collinaires, les travaux qui jonchent cette portion de voie depuis…-depuis quand, d’ailleurs ???- le susdit bouchon de Léguevin…Le bus penchait, dangereusement…Surcharge ? Pluie ? Stress du chauffeur ? Certains passagers, blêmes, appelèrent leur famille, d’autres envoyèrent des SMS, on se serait cru à bord d’un avion détourné par Al Quaïda…

 Certes, la vue était magnifique, il nous sembla participer au tournage de « Home » dans l’hélico de Yann Arthus Bertrand lorsque les premières collines et les vastes cieux gersois furent en vue ; et puis cette délicieuse impression de visiter la City…Nous pouvions presque humer le fumet d’un Darjeeling qui nous attendrait à Auch, en guise d’Armagnac…

 God save the Gers ! 

 

Scarlett for ever: hommage aux disparus du 11 septembre.

 

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Enfant, déjà, je l’ai rêvée. Cette Amérique des séries télévisées et des dessins animés, qui offrait à la petite provinciale que j’étais tant d’imaginaires… Je me souviens avoir écrit dans une rédaction que l’un de mes souhaits était de rencontrer Walt Disney! Puis vinrent les innombrables films que la télévision des Seventies nous proposait, sans le filtre des chaînes payantes… J’ai grandi avec Capra et Minnelli, j’ai dansé avec Cyd Charisse, chanté avec Marilyn, chevauché avec John Wayne. Même avant Little Big Man, je savais que les Indiens n’étaient pas tous des arracheurs de scalp, car la Captive du désert m’avait montré les richesses d’une culture qui longtemps, elle aussi, me fit voyager…

Je l’avoue, je me sentais pionnière. Bien avant Laura Ingalls et ses tresses, je regardais déjà Les Monroe, une famille où les parents avaient disparu et où les cinq enfants se débrouillaient seuls dans l’Ouest américain. Mais les villes aussi me semblaient merveilleuses, des bourgades endormies comme Peyton Place aux rumeurs du Bronx ou de L.A.

https://www.youtube.com/watch?v=bEw4ZUtiYBA

La télévision m’avait enchantée, le cinéma passionnée, la littérature fit de moi une inconditionnelle. Mes seize ans eurent le goût des grands espaces et des gratte-ciels; A l’Est d’Éden, la jeune fille en fleur que j’étais perdit toutes ses illusions, et aujourd’hui encore je m’endors avec Paul, Nancy et d’autres contempteurs du temps.

En grandissant, j’avais constaté que si l’Amérique avait envahi nos quotidiens, des Cornflakes au Coca, en passant par l’ouverture des premiers MacDo -je me souviens encore du délicieux frisson éprouvé en mordant dans ce primo-burger; il me sembla alors être assise aux côtés de Fonzie de Happy Days…-, mon entourage, lui, était plutôt enclin à conspuer l’Oncle Sam… Car à mes côtés, au MacDo, se tenait mon premier époux, un cheminot communiste dont l’anti-impérialisme farouche annonçait celui que je retrouverai, mon CAPES en poche, dans tant de salles des profs dédiés au marxisme léninisme primaire…

Je n’en eus cure. Car mon Amérique à moi n’était pas seulement celle des vilains blancs et du KKK; j’avais aussi entendu Jane Fonda haranguer les boys au Vietnam, écouté Bobbie qui chantait dans le vent, et mon plus grand regret, à cette époque, était d’avoir raté Woodtsock de quelques années… Il me suffit d’écouter With a little help from my friendspour me revoir dans ma petite chambre d’hypokhâgneuse, buvant un thé au jasmin, croquant dans un Chamonix -bon, ok, tirant sur un pétard- et regardant les yeux brillants de Frédéric qui me parlait des communautés de Big Sur…

https://www.youtube.com/watch?v=3xJWxPE8G2c

Tant d’autres moments américains ont jalonné ma vie qu’il serait difficile de les évoquer tous. Des rencontres, comme celles que je fis vers dix-huit ans, quand j’abordais les étudiants US sortant de la bibliothèque américaine de la rue du Taur, à Toulouse ; leurs yeux indescriptiblement bleus me rappelaient ceux de Paul Newman, leurs rires francs m’emportaient over the ocean, leur ouverture d’esprit me montrait que la vie était ailleurs, loin de nos frilosité hexagonales…
Aujourd’hui encore, au gré des rencontres planétaires des réseaux sociaux, il m’arrive de trouver des perles, comme mon ami le cow boy jazzy Silvanus Slaughter ; écoutez, vous m’en direz des nouvelles…

https://www.youtube.com/watch?v=sWFEzxeOIDE

Des films, comme The Sandpiper, qui, entre la liberté princière de cette artiste magistralement interprétée par Liz Taylor et ce pasteur tiraillé entre les conventions et ses désirs, a sans doute guidé toute ma vie de femme, puisque j’ai fini par épouser un pasteur (véreux !) avant d’oser devenir une artiste. Des livres, comme Autant en emporte le vent, dont les milliers de pages ont, elles aussi, façonné mes combats.

https://www.youtube.com/watch?v=66RIjBHtEco

Puis vint le 11 septembre. L’horreur sans nom de l’indicible injustice. Et, très vite, les rires gras et les sourires fielleux des « ils l’ont bien cherché, ces Ricains! »

Mais pour moi, il n’y a pas de Ricains. Le conglomérat dont se gaussent ceux qui méprisent la Country, évoquant les bouseux du Middle West, encensant le jazz new yorkais, (comme c’est à la mode dans mon département, le Gers, avec son clivage socioculturel entre les bobos de Jazz in Marciac et les paysous de la Kountry de Mirande) me semble absurde, tout comme cet anti américanisme dont se targuent encore quelques Mélanchoniens, sans doute nostalgiques du Vietcong et des goulags…

J’ai toujours seize ans. Je suis encore capable de réciter les Etats américains, de rêver les neiges du Vermont et les grandes plaines du Wyoming, je pleure chaque fois que je revois la scène finale du Horsewhisperer, j’écoute CNN en boucle à chaque ouragan et j’attends ce grand type qui aurait l’humour et les muscles de Bruce Willis, la voix de Josh Groban et l’intelligence de Woody (NB: il pourrait aussi ressembler à Will Smith !!). Il m’offrirait mon premier vol transatlantique et me montrerait les Appalaches et le Bayou, avant de me faire danser dans un club de la cinquième avenue. Puis nous fêterions noël à NY.

https://www.youtube.com/watch?v=p3DdZemY2jU
Je suis Scarlett, for ever.
***

Independance Day
J’ai fait un rêve
D’une Amérique libre et grande
D’un peuple uni aux mille visages
Des Twins Towers ressuscitées
D’une Statue de la Liberté
Qui dévisage
Une nation toute redressée
J’ai rêvé les tribus Comanches
Et Sitting Bull en calumet
Des turquoises et de belles femmes blanches
Qui enlacent de fiers guerriers
J’ai descendu le vieux fleuve impassible
Et plongé dans de noirs bayous
Un très vieux noir se balance sur rocking chair
Et un gospel infini s’élève dans les airs
J’ai rêvé Sunset boulevard
Et croisé James Dean en Porsche intacte
Mes tramways se nommeront toujours désir
Et ma fièvre dans le sang ne s’apaisera pas
A l’est d’Eden je cueille raisins de ma colère
Il est grand temps de partager la terre
J’ai fait un rêve
De séquoias de Grand Esprit
Little big man part à Woodstock
La country a soudain oublié le Klan
Et Scarlett danse au gré du vent
La soul d’Aretha et d’Otis
Rejoint le rock du vieil Elvis
J’ai rêvé New York
Et un matin de noël blanc
Au-delà des arc-en-ciel Judy l’étoile est née lumière
A Harlem tout le monde s’appelle « Brother »
Nous venons tous d’Ellis Island
Et sommes de la même bannière
Mon Amérique à moi
A le parfum de rouges érables
Et des vagues de Big Sur
Des tipis et indiens vénérables
Y côtoient l’Oncle Tom libéré
C’est l’Amérique des engagés
Des Boys venus sauver vieille Europe
Des idéaux de fraternité
Mon Amérique à moi
Murmure à l’oreille des chevaux
Sur la route de Madison
C’est la voix tendre de Marilyn
Mêlée aux éclats noirs d’une trompette
J’ai fait un rêve
D’un Président qui aimerait
Les mille vies de ces naufrages
La barre il redresserait
Et son sourire aux métissages
Sa vie durant il donnerait.

***

My America is like a poemwhisperer

My America is like a rising sun
Twin Towers tempest and Walden woods
Desert gospels and Harlem as a temple
Oh give me the time of grace
Even frozen hearts can touch this marigold summer of love

My America is like a bright harvest
Gone with the dubious wind
Suzanne is singing sadly
And Johnny Cash feels hurt
But sandpipers are waiting for the mermaid of their dreams

My America is like a poemwhisperer
Tender is her night
Captain oh my Captain can you feel this dusty wonderland
Vermont greens and Texas spleen
Over the rainbow she’s a dancing queen

My America is like a gentle hurricane
Slate grey children play lonesome and lost
Scarlett is crying rivers
But bluebell hope will never die
Can you smell the colors of our spicy apple pie

My America is like a blowing prayer
Chestnut drums and sunflowers fields
Many helpless rivers to cross
A thing of beauty is a joy forever
Poets and words swim in strawberry winds

My America is like a milky honeymoon
Cherry blossoms whistles
Cristal cities flying forests
Moonwalks in purple rains
Sound of silence or smiling Babylons

My America is like a genesis
Ocean’s stars crossing hearts
From the Golden Gate to Big Apple
Sitting Bull sharing peace pipe with Marilyn
Windmills in the secret of thousand golden roses.

Droit dans la nuit…À Marie Trintignant…

 

 

30 septembre 1948 : inauguration de l’exposition « Hitler, un bourreau, un artiste », avec une rétrospective des meilleures toiles de l’artiste méconnu, ou plutôt connu pour ses méfaits…

30 septembre 2020 : la mère de la petite Fiona reçoit les palmes académiques pour son travail en tant que professeur des écoles ; on se souvient que l’infanticide avait pourtant été victime de la vindicte populaire, après le meurtre de  sa fille, en 2013.

30 septembre 2016 : le conducteur de train ayant causé la mort de plusieurs dizaines de passagers, en Espagne, devient directeur de la Renfe.

30 septembre 2008 : Marc Dutroux reçoit les clefs de l’internat mixte qu’il dirigera désormais à Liège. Certains journaux évoquent encore cependant l’affaire Julie et Mélissa, qui avait fait grand bruit peu d’années auparavant.

 

Je dis n’importe quoi ? Ah oui, vraiment ? Vous êtes sûrs ?

Pourtant, aujourd’hui, le 30 septembre 2013, un assassin sort un CD, et fait sa promo sur de multiples médias, encensé par une foule d’afficionados sourds, aveugles et insensibles.

Pourtant, aujourd’hui, le 30 septembre 2013, un meurtrier enchante les ondes de sa voix doucereuse, clamant « droit dans le soleil » sa vérité, sa liberté, sa soif de vivre.

Et j’entends au fil des ondes ceux qui se félicitent de ce retour en catimini de pacotille, puisque malgré un nouveau nom de groupe le chanteur explose et s’expose partout ; Anna Gavalda sur RTL, qui pense que ce retour « honore notre société », par exemple.

Madame Gavalda, non, je ne partage pas votre opinion. Elle est indécente, indigne, et manque totalement de compassion. Elle fait la part belle aux bourreaux, aux assassins d’enfants, aux maris violents, à tous ces bien-pensants qui toujours défendront le droit et la liberté aux dépens des victimes, de leurs proches, de leurs peines atroces.

Honorer  Monsieur Cantat, c’est donner à nouveau le volant à celui qui, ivre, a fauché un groupe d’enfants qui riaient à la sortie de la classe.

Permettre à cet homme de chanter, mais surtout de vendre, de se vendre à nouveau, c’est permettre à un violeur de rôder à nouveau autour des forêts et des parkings.

Penser que laisser à l’art l’ultime liberté, même après un ou des crimes, fait partie des fondements du droit, cela revient à laisser se marier à nouveau un homme qui aurait battu à mort son épouse.

Car réfléchissez, Madame Gavalda : ce n’est pas simplement un homme ivre, drogué et malade qui a tué une femme, là-bas, si loin, à Vilnius. Non, c’est bien davantage. Aux confins de la Baltique, alors qu’il aurait dû couvrir d’ambre sa bien-aimée si talentueuse, c’est un chanteur, un artiste, qui depuis longtemps frôlait le borderline, expiant par son art les excès en tout genre, qui a assassiné une autre artiste, la merveilleuse comédienne Marie Trintignant.

C’était un double meurtre, car cet homme a tué une femme, une mère, mais aussi une artiste.

Alors le simple bon sens exige la décence. Certes, vous me dites qu’il a « payé », purgé sa peine, fait de la prison, mangé son pain noir. Dont acte. Et peut-être que les proches de Marie ont réussi, entre temps, à faire un travail de deuil, oubliant les douceurs de ce rire, la tendresse de cette peau, les caresses de cette voix, la finesse de cet esprit.

Mais la décence, le respect, Madame Gavalda, Monsieur Cantat, voudraient que la voix du chanteur demeure à présent confidentielle, et que ne s’expose cet indécent vague à l’âme dont vont se repaître les fans et les aveugles.

Aveuglés par le primat de l’art sur la vie, encensant un meurtrier, un compagnon violent, un chanteur aux excès funestes, oubliant que ce geste fatal, ce meurtre, sont le reflet et le symbole d’une terrible réalité, qui voit mourir des centaines de femmes par an, chez, nous, en France, et des millions de femmes, ailleurs dans le monde…

Écouter le nouveau disque de Monsieur Cantat, c’est cautionner la violence au sein du couple, c’est adhérer non pas aux valeurs d’une société « de droit », mais à celles d’une société malade, qui, dans le monde entier, et depuis les millénaires, tue, viole, exécute, dépèce, dénigre, humilie le deuxième sexe.

Et c’est faire la part belle à l’oubli.

Pour toi, Marie, ce texte écrit sous le coup d’une grande colère. Et pour vous, Nadine, Jean-Louis, tes parents.

Je le signe sans en renier aucun mot, car il n’est pas diffamatoire que de s’indigner d’un meurtrier qui, non content d’avoir bien vite recouvré la liberté, s’en va chanter sur les routes tandis que le cadavre de sa victime pourrit dans un caveau.

Et au moment où j’écris passe sur France 2 une émission dans laquelle témoignent des victimes, décentes, bouleversantes, passées, elles, à un fil de la mort. Osez donc, Monsieur Cantat, aller leur chanter que vous allez vers le soleil.

 

Sabine Aussenac.

 

 

Douce France: mes journées du patrimoine…par Sabine Aussenac

Douce France…

http://www.lexpress.fr/culture/paris-bordeaux-lille-lyon-les-journees-du-patrimoine-2013-ville-par-ville_1281344.html

Cette impression d’être lové dans le cœur de l’Histoire, comme on l’était dans le ventre d’une mère, avant tout. Car la pierre, qu’elle soit des châteaux ou des cathédrales, rassure et protège. Le bois, au détour de ces innombrables marqueteries et meubles anciens, nous deviendra racines. Quant aux lustres et autres lumières ressuscités, ils vont faire de chaque Français, le temps de ces Journées du Patrimoine, un Roi Soleil d’un jour. Et puis cette certitude d’être le dépositaire d’un passé, d’être responsable de toute une lignée d’ancêtres, malgré nos modernités, malgré les déménagements, les précarisations de nos sociétés. Parce que ce Patrimoine , il n’appartient pas à une famille, il n’est pas l’apanage de quelques nobliaux de province, ni d’un gouvernement -même si nos chers élus et gouvernants ne se privent pas de le côtoyer de bien près, eux, ce patrimoine…- , non, il fonde toute une nation, comme en assise de nos mémoires.

Comme elle est jolie, la France d’en bas, lorsqu’elle vient timidement toquer aux lourdes portes de chêne de la France d’en haut, de cette France d’autrefois, qui fut peuple avant de devenir nation, cette France dont chaque éclat de marbre restitue, une fois l’an, le souffle…

Comme elle est timide, la France des petites gens, lorsqu’elle s’avance à petits pas respectueux au travers des brillances vernissées de ces salons parquetés, avec quel immense respect elle parcourt préfectures et mairies, castels et églises, à la recherche d’un temps perdu et de ses Ducs de Guise…

Comme elle est émouvante, la France des simples, lorsqu’elle admire sans jalouser, elle qui souvent se saigne aux quatre veines, mais qui dans une étrange trêve des confiseurs, entre grève et scandales, va soudain sans mot dire arpenter ces hauts lieux, oubliant pour un jour cahiers de doléances et manifestations, sans penser aux nantis ou aux fractures sociales ; le temps d’un week-end, on dirait que le Patrimoine est vraiment l’affaire de tous.

Il me paraît passerelle, ce moment si précieux, quand enfin notre Histoire redevient accessible, au gré d’un long week-end qui nous rend nos beautés, lorsqu’enfin il s’entrouvre, ce grand temps des secrets. Car pour le commun des mortels, cette Histoire n’est plus qu’un souvenir de communale ou de lycée, demeurent seulement quelques dates, ou quelque événement conté par un grand-père… Nos mémoires sont certes soigneusement archivées, et nos enfants, heureusement, encore instruits par de zélés professeurs, mais pour un citoyen se passionnant pour la généalogie ou pour Napoléon, combien d’ignorances, de négligences, de mépris, même ?

Car on passe parfois toute une vie à proximité de richesses que l’on ne voit plus guère, blasé par les dorures, ou simplement exclu de ces fastes réservés, de nos jours, aux touristes ou aux Grands… Oui, ces JdP sont bien un pont-levis qui se lève vers cent châteaux perdus, enfouis sous les ronces des privilèges et des castes, puisque, reconnaissons-le, la plupart de ces lieux de mémoire demeurent réservés à nos élites, qui, elles, une fois désignées gouvernantes ou membres de collectivités territoriales ou locales, ont le droit de de venir vivre ou travailler au quotidien dans ces immeubles de sang royal…

Je demandai innocemment, lors d’une visite gersoise, pourquoi les jardins de notre préfecture n’étaient pas transformés en parc public, et ce d’autant que ma petite cité gasconne en est plus ou moins dépourvue. L’historien fort cultivé qui venait avec bonheur de nous parler à la fois de la fameuse poire du Gers et de querelles de clocher ayant abouti à la construction de la cathédrale, sourit et prit un air un peu pincé, me rétorquant que je devais me contenter de leur ouverture annuelle…

Je rentrai donc, le soir, en ma modeste demeure, justement maison natale d’un grand général napoléonien, enterré au Panthéon, dont j’avais enfin admiré le portrait dans la Salle des Illustres de la mairie-vous l’aurez deviné : je n’y suis que locataire…- , le cœur presque gros à force d’avoir aimé.

D’une part, bien sûr, je me disais que même loin de Paris, où je voudrais tant vivre, j’avais pu faire découvrir à mon fiston toute l’âme d’un peuple et d’une région, et il avait souri, lui aussi, devant le savoir truculent de cet adjoint à la culture, puits de sciences et mémoire locale, qui nous avait régalés de ses récits… Découvrir l’Histoire au travers de la vie palpitante de ses acteurs passés, trébucher sur les anecdotes murmurées par la pierre, quelle chance ! Un jour, ainsi, peut-être, des lycéens auront envie d’aller plus loin, d’explorer des archives, de prendre le relai…Car les Journées du Patrimoine sont une magnifique occasion de passer le flambeau, d’offrir la parole testimoniale à ces quidams soudain invités à cent cérémonies…

Mais d’autre part, je me disais aussi que les temps ne changent guère, que bien loin des préfets vit toujours la misère, et que si dans le monde grondent révolutions, c’est aussi car le pauvre est si loin du prospère.

Et aujourd’hui, en ces Journées du Patrimoine 2013, je songe aux enfants de Marseille, à toute cette violence urbaine, à ces cités envahies par les armes de guerre, quand nous avons le privilège, lovés au coeur d’une Europe en paix depuis des lustres, d’être, normalement, épargnés par tous les conflits qui dévastent le monde… Je songe au merveilleux patrimoine des villes et sites du Moyen-Orient, et à ces enfants morts, gazés, bombardés, qui jamais plus ne visiteront même de ruines…

Et je me dis que ces Journées devraient devenir une semaine entière, pour que des écoles puissent se rendre dans ces lieux qui s’appellent la France… Nous avons tellement de chance de posséder cette histoire, de pouvoir la décrypter, en devenir les témoins; un documentaire de France 5 a montré l’extraordinaire quête d’une équipe d’archéologues qui, ayant trouvé un minuscule morceau de métal rouillé dans un ancien village huron, au Canada, avaient, au bout d’une très longue quête, réussi à en démontrer la provenance. Car ce morceau de fer forgé ne pouvait pas avoir existé en terres d’Amérique avant l’arrivée de Christophe Colomb…

http://www.pluzz.fr/le-mystere-de-la-hache-indienne-2012-09-07-20h45.html

C’est un poinçon, un minuscule poinçon en forme de b, qui les avait finalement conduits en Pays Basque, où des baleiniers avaient, dès le 16° siècle, traversé l’Atlantique. Et le film montrait bien les limites de la TRANSMISSION de l’histoire dans les civilisations non dotées de traces écrites ou architecturales, puisque seule la modélisation par ordinateur pouvait, par exemple, donner une idée de ce qu’avait été un village huron de l’époque. Le spectateur découvrait différentes instances indiennes, les descendants des Hurons, très attachés à leur culture, et en recherche de ces traces, fragiles, enfouies dans la terre de leurs ancêtres.

Nous avons, nous, notre histoire et notre patrimoine à portée de regard. Il faudrait y songer plus souvent, en tirer leçons… Il faudrait partager, encore et toujours, éduquer, toujours plus, expliquer, patiemment ; il faudrait que nos villes soient castels en lumières, que les banlieues sordides redeviennent jardins, il faudrait que nos bourgs, nos ruelles, nos palaces, au lieu de devenir proies de bandits de grand chemin, jamais du passé ne fassent table rase, mais en gardent le Beau et construisent un demain.

http://www.huffingtonpost.fr/sabine-aussenac/poeme-de-sabine-aussenac-au-14-juillet-ton-histoire-est-la-mienne_b_1669859.html?just_reloaded=1

Scarlett for ever: hommage aux victimes du 11 septembre

Enfant, déjà, je l’ai rêvée. Cette Amérique des séries télévisées et des dessins animés, qui offrait à la petite provinciale que j’étais tant d’imaginaires… Je me souviens avoir écrit dans une rédaction que l’un de mes souhaits était de rencontrer Walt Disney! Puis vinrent les innombrables films que la télévision des Seventies nous proposait, sans le filtre des chaînes payantes… J’ai grandi avec Capra et Minnelli, j’ai dansé avec Cyd Charisse, chanté avec Marilyn, chevauché avec John Wayne. Même avant Little Big Man, je savais que les Indiens n’étaient pas tous des arracheurs de scalp, car la Captive du désert m’avait montré les richesses d’une culture qui longtemps, elle aussi, me fit voyager…

Je l’avoue, je me sentais pionnière. Bien avant Laura Ingalls et ses tresses, je regardais déjà  Les Monroe, une famille où les parents avaient disparu et où les cinq enfants se débrouillaient seuls dans l’Ouest américain. Mais les villes aussi me semblaient merveilleuses, des bourgades endormies comme Peyton Place aux rumeurs du Bronx ou de L.A.

La télévision m’avait enchantée, le cinéma passionnée, la littérature fit de moi une inconditionnelle. Mes seize ans eurent le goût des grands espaces et des gratte-ciels; A l’Est d’Éden, la jeune fille en fleur que j’étais perdit toutes ses illusions, et aujourd’hui encore je m’endors avec Paul, Nancy et d’autres contempteurs du temps.

En grandissant, j’avais constaté que si l’Amérique avait envahi nos quotidiens, des Cornflakes au Coca, en passant par l’ouverture des premiers MacDo -je me souviens encore du délicieux frisson éprouvé en mordant dans ce primo-burger; il me sembla alors être assise aux côtés de Fonzie de Happy Days…-, mon entourage, lui, était plutôt enclin à conspuer l’Oncle Sam… Car à mes côtés, au MacDo, se tenait mon premier époux, un cheminot communiste dont l’anti-impérialisme farouche annonçait celui que je retrouverai, mon CAPES en poche, dans tant de salles des profs dédiés au marxisme léninisme primaire…

Je n’en eus cure. Car mon Amérique à moi n’était pas seulement celle des vilains blancs et du KKK; j’avais aussi entendu Jane Fonda haranguer les boys au Vietnam, écouté Bobbie qui chantait dans le vent, et mon plus grand regret, à cette époque, était d’avoir raté Woodtsock de quelques années… Il me suffit d’écouter With a little help from my friends pour me revoir dans ma petite chambre d’hypokhâgneuse, buvant un thé au jasmin, croquant dans un Chamonix -bon, ok, tirant sur un pétard- et regardant les yeux brillants de Frédéric qui me parlait des communautés de Big Sur…

Tant d’autres moments américains ont jalonné ma vie qu’il serait difficile de les évoquer tous. Des rencontres, comme celles que je fis vers dix-huit ans, quand j’abordais les étudiants US sortant de la bibliothèque américaine de la rue du Taur, à Toulouse ; leurs yeux indescriptiblement bleus me rappelaient ceux de Paul Newman, leurs rires francs m’emportaient over the ocean, leur ouverture d’esprit me montrait que la vie était ailleurs, loin de nos frilosité hexagonales… Aujourd’hui encore, au gré des rencontres planétaires des réseaux sociaux, il m’arrive de trouver des perles, comme mon ami le cow boy jazzy Silvanus Slaughter ; écoutez, vous m’en direz des nouvelles…

Des films, comme The Sandpiper, qui, entre la liberté princière de cette artiste magistralement interprétée par Liz Taylor et ce pasteur tiraillé entre les conventions et ses désirs, a sans doute guidé toute ma vie de femme, puisque j’ai fini par épouser un pasteur (véreux !) avant d’oser devenir une artiste. Des livres, comme Autant en emporte le vent, dont les milliers de pages ont, elles aussi, façonné mes combats.

Puis vint le 11 septembre. L’horreur sans nom de l’indicible injustice. Et, très vite, les rires gras et les sourires fielleux des « ils l’ont bien cherché, ces Ricains! »

Mais pour moi, il n’y a pas de Ricains. Le conglomérat dont se gaussent ceux qui méprisent la Country, évoquant les bouseux du Middle West, encensant le jazz new yorkais, (comme c’est à la mode dans mon département, le Gers, avec son clivage socioculturel entre les bobos de Jazz in Marciac et les paysous de la Kountry de Mirande) me semble absurde, tout comme cet anti américanisme dont se targuent encore quelques Mélanchoniens, sans doute nostalgiques du Vietcong et des goulags…

J’ai toujours seize ans. Je suis encore capable de réciter les Etats américains, de rêver les neiges du Vermont et les grandes plaines du Wyoming, je pleure chaque fois que je revois la scène finale du Horsewhisperer, j’écoute CNN en boucle à chaque ouragan et j’attends ce grand type qui aurait l’humour et les muscles de Bruce Willis, la voix de Josh Groban et l’intelligence de Woody (NB: il pourrait aussi ressembler à Will Smith !!). Il m’offrirait mon premier vol transatlantique et me montrerait les Appalaches et le Bayou, avant de me faire danser dans un club de la cinquième avenue. Puis nous fêterions noël à NY.

Je suis Scarlett, for ever.

***

Independance Day

J’ai fait un rêve

D’une Amérique libre et grande

D’un peuple uni aux mille visages

Des Twins Towers ressuscitées

D’une Statue de la Liberté

Qui dévisage

Une nation toute redressée

J’ai rêvé les tribus Comanches

Et Sitting Bull en calumet

Des turquoises et de belles femmes blanches

Qui enlacent de fiers guerriers

J’ai descendu le vieux fleuve impassible

Et plongé dans de noirs bayous

Un très vieux noir se balance sur rocking chair

Et un gospel infini s’élève dans les airs

J’ai rêvé Sunset boulevard

Et croisé James Dean en Porsche intacte

Mes tramways se nommeront toujours désir

Et ma fièvre dans le sang ne s’apaisera pas

A l’est d’Eden je cueille raisins de ma colère

Il est grand temps de partager la terre

J’ai fait un rêve

De séquoias de Grand Esprit

Little big man part à Woodstock

La country a soudain oublié le Klan

Et Scarlett danse au gré du vent

La soul d’Aretha et d’Otis

Rejoint le rock du vieil Elvis

J’ai rêvé New York

Et un matin de noël blanc

Au-delà des arc-en-ciel Judy l’étoile est née lumière

A Harlem tout le monde s’appelle « Brother »

Nous venons tous d’Ellis Island

Et sommes de la même bannière

Mon Amérique à moi

A le parfum de rouges érables

Et des vagues de Big Sur

Des tipis et indiens vénérables

Y côtoient l’Oncle Tom libéré

C’est l’Amérique des engagés

Des Boys venus sauver vieille Europe

Des idéaux de fraternité

Mon Amérique à moi

Murmure à l’oreille des chevaux

Sur la route de Madison

C’est la voix tendre de Marilyn

Mêlée aux éclats noirs d’une trompette

J’ai fait un rêve

D’un Président qui aimerait

Les mille vies de ces naufrages

La barre il redresserait

Et son sourire aux métissages

Sa vie durant il donnerait.

***

My America is like a poemwhisperer

My America is like a rising sun

Twin Towers tempest and Walden woods

Desert gospels and Harlem as a temple

Oh give me the time of grace

Even frozen hearts can touch this marigold summer of love

My America is like a bright harvest

Gone with the dubious wind

Suzanne is singing sadly

And Johnny Cash feels hurt

But sandpipers are waiting for the mermaid of their dreams

My America is like a poemwhisperer

Tender is her night

Captain oh my Captain can you feel this dusty wonderland

Vermont greens and Texas spleen

Over the rainbow she’s a dancing queen

My America is like a gentle hurricane

Slate grey children play lonesome and lost

Scarlett is crying rivers

But bluebell hope will never die

Can you smell the colors of our spicy apple pie

My America is like a blowing prayer

Chestnut drums and sunflowers fields

Many helpless rivers to cross

A thing of beauty is a joy forever

Poets and words swim in strawberry winds

My America is like a milky honeymoon

Cherry blossoms whistles

Cristal cities flying forests

Moonwalks in purple rains

Sound of silence or smiling Babylons

My America is like a genesis

Ocean’s stars crossing hearts

From the Golden Gate to Big Apple

Sitting Bull sharing peace pipe with Marilyn

Windmills in the secret of thousand golden roses.

 Sabine Aussenac.

 

 

 

 

 

 

 

Te souviens-tu des ipomées?

 

Te souviens-tu des ipomées, leurs ailes bleues de mandolines ?
Nos soirées étaient douces, en attente de vent, et l’été sentait bon comme femme qui aime.
Au ruisseau je riais en voyant les truitelles ; leurs nageoires argentées louvoyaient en chantant. Les orties nous griffaient de leurs feuilles amères, mais nous courions joyeux, ignorant les piquants.
Le pommier. Sa tente verte, le tronc noueux, et nos rires toujours. Quand la nuit chuchotait jusqu’au cœur des étoiles, le parfum des fruits mûrs nous guidait vers nos lits.
Il y avait la charpente, tous ces sons de la terre, les outils d’autrefois, et le jardin déjà qui bousculait le temps.
Le granit de l’enfance, et les pierres moussues. Nous avions oublié le béton et les autres. Seuls, comme nus, nous vivions en Éden.
Terrassé au zénith, quelque gros hanneton titubait de bonheur. Les grillons essoufflés, que nous tutions de paille, dévoraient nos salades et déchiraient le soir.
Et les murets d’antan, façonnés de labeur…Bienveillance des ancêtres. Au hameau le lavoir résonnait, cendres gaies des battoirs envolées dans l’Autan.
Les phalènes caressaient  le taffetas des nuits ; au matin glorieux, la buse criait victoire.
Nous étions les voleurs de lumière.


Sabine Aussenac