Des Michelines, et autres TGV…

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Des Michelines, et autres TGV…

 Ils n’ont pas eu de chance. Étant au mauvais endroit, au mauvais moment, et en bien mauvaise posture à l’instant du crash.

Que nenni : je ne vous parle pas des 298 victimes de l’avion de ligne abattu au-dessus de l’Ukraine, même si je m’incline devant leurs innocentes mémoires…

Je voulais revenir sur notre « petite » catastrophe hexagonale, qui a eu la malchance de survenir le même jour que cette tragédie internationale ; nos médias préférant bien sûr, comme à l’ordinaire, la flamboyance des éditions spéciales à cette « petite » information locale, laquelle ne bénéficia, le premier soir, que de photos –ben oui, pensez donc, les Pyrénées, c’est quand même plus loin que l’Ukraine, non ?

Je voudrais donc revenir sur le sort de nos pauvres passagers français, ceux du TER de Pau et du TGV, dont certains se trouvent en ce 19 juillet encore en réanimation, tandis que plus personne déjà ne parle de cet accident qui, Dieu et la SNCF soient loués, n’a pas fait de morts et bien peu de blessés, une broutille donc en comparaison du sort des enfants néerlandais, des chercheurs se rendant à un congrès sur le SIDA ou des étudiants rentrant chez eux pour l’Aïd, tous perdus dans les plaines d’Ukraine…

C’est que les langues ne se sont pas vraiment déliées sur les ondes ou dans la presse…Un vague ministre des transports par-là, un court discours du big boss de la SNCF par ici, une histoire de feu rouge, de TER parti trop vite, enfin bref, la France, Mesdames et Messieurs, la France dans toute sa splendeur, pas celle du Grand Charles, ni celle du défilé du 14 juillet, quand tout est réglé comme du papier à musique, non, celle de la « Chienlit », des désordres avoués, du quart d’heure toulousain, celle des à peu près, celle qui part à vau l’eau…

Il se trouve que je l’ai pris, celle année, le train ralliant la Ville Rose à Pau. Plusieurs fois par semaine, à six heures du matin. Bon, je confesse ne jamais être allée jusqu’au bout, car l’Éducation Nationale, au bout de 30 années de bons et loyaux services, m’avait cette année envoyée civiliser l’Ariégeois : je m’arrêtais donc dans la charmante localité de Boussens, après m’être levée à quatre heures et pris le bus de cinq heures, puis le métro, puis le TER, pour emprunter encore un autocar des plus charmants et donner, à huit heures, deux heures de cours d’allemand. (PS : elle est pas belle, la vie d’un TZR ?)

Donc, systématiquement, mais je n’exagère pas, vraiment, une fois sur deux, le dit train de six heures …n’était pas « mis en place » à temps. Une fois il manquait le conducteur, le lendemain le contrôleur, une autre fois une machine…Bref, lorsque nous allions, en larmes, nous, les travailleurs de l’aube, demander à l’homme à la casquette de « prévenir afin que le bus attende » (ce sans quoi, moi, personnellement, je serais arrivée au lycée après la récré de dix heures…), il nous était répondu : « Zinquiétez pas, on va rattraper !! »

Et voilà mon TER lancé dans les blancheurs et les frimas de l’aurore gasconne à très, très vive allure, bien au-delà de la vitesse normale, qui, oui, parfois, rattrapait le quart d’heure manquant-et d’autres fois, non.

Déjà, ça, ce n’est pas normal.

Tout comme n’est pas normale l’inimaginable somme d’irrégularités que je vis depuis mes années de travailleuse itinérante et totalement dépendante des transports publics, n’ayant pas le permis. En miscellanées de mémoire :

  • Les deux pauvres wagons complètement insuffisants qui, matin et soir, nous faisaient voyager dans des conditions dignes du tiers-monde entre Auch et Toulouse.
  • Les « autocars de substitution » qui, au moindre vol de cuivre, au moindre souci, remplaçaient systématiquement, et plus seulement durant les INNOMBRABLES grèves, les trains à l’arrêt…Bus qui mettaient, par exemple, trois heures pour faire 80 kilomètres !!
  • Les libertés que prennent ces conducteurs de TER avec les vitesses autorisées, souvent, bien souvent dépassées pour « rattraper »…
  • Les conducteurs et/ou contrôleurs qui fument en travaillant, bon, c’est un détail, mais de taille ! Parfois sans gêne dans la cabine, et, si souvent, sur le quai…
  • Les tarifs totalement prohibitifs auxquels sont assignés les travailleurs, qui, pour une centaine de kilomètres, bénéficient certes d’un « illimité travail » permettant de faire autant d’A/R qu’ils le souhaitent, mais pour des sommes astronomiques, jusqu’à 300 euros, quand on trouve des billets « prem’s » à 30 euros pour faire de longues distances en TGV…Travailler coûte plus cher que les vacances, sic !

En règle générale, et c’est un scandale en ces temps où l’on parle tant de la réforme territoriale, il me semble évident que l’argent du contribuable est, très largement, mis dans les grandes infrastructures et les grandes lignes, quand nos pauvres régions, déjà engluées dans leurs soucis et en passe de disparaître dans le Fourzytout de la Réforme, se retrouvent avec des petites lignes soi-disant non rentables, parents pauvres de la SNCF et de RFF, et bien peu dotées de moyens !

Et nous voilà, quand les cadres franciliens se prélassent dans quelque TGV, nous, les travailleurs de l’ombre, les mamies rendant visite à leurs petits-enfants, les chômeurs en fin de droit, de la Picardie aux Cévennes, à cheminer dans des tortillards qui ressemblent encore presque aux antiques « Micheline », sans clim, sans wagon-restaurant, sans prises pour nos portables, sans toilettes dignes de ce nom, à espérer atteindre notre destination…ou pas.

Mon premier mari, cheminot, aimer à raconter cette blague : « SNCF, ça veut dire Sur Neuf Cinq Fainéants… »

Je ne suis pas d’accord. Je pense que c’est à nous, citoyens, à faire bouger les choses, en exprimant notre désaccord face à des politiques publiques désastreuses, qui, cette semaine, ont failli ôter la vie à d’innocents passagers.

Alors même si la ligne de Pau n’est pas concernée par le conflit en Ukraine : messieurs les décideurs, ouvrez les yeux ! Un train peut en suivre un autre…

https://www.facebook.com/sabine.aussenac/media_set?set=a.3727758829379.2135687.1138188420&type=3

http://plus.lefigaro.fr/note/god-save-the-gers-20100227-146825

Pensez-vous qu’il faille absolument participer à des émissions de télé réalité pour connaître des sensations fortes ? Croyez-vous encore qu’il faille voyager aux antipodes pour connaître les émotions d’un voyage à bord de ces « trains pas comme les autres » ?

Que nenni !!! La ligne de chemin de fer entre Toulouse et Auch est bien la plus vétuste de France, la plus ancienne, celle qui semble avoir été construite par les pionniers du Rail, à l’époque du grand Far West…Il y a quelques années y circulait encore la Micheline rouge et blanche de nos enfances, et l’on pouvait imaginer le souffle chaud de la « bête humaine » et des charbons rougeoyants de la « loc » poussée par un Gabin triomphant…

 Après quelques années d’hésitation, les élus ont enfin daigné signer un pacte de solidarité avec la vie du rail, et nous, modestes usagers, imaginions donc que les 80 kilomètres séparant nos cités gasconnes se feraient non pas en deux heures, mais en une heure et quelque, comme par exemple le trajet entre Toulouse et les métropoles tarnaises.

 Car la ligne devenait dangereuse : non seulement le trajet était épouvantablement long, mais il devenait absolument aléatoire…Combien de fois les passagers sont-ils restés bloqués entre brique et pierre jaune, combien de fois ont-ils étés obligés de prendre un bus, soudain, à mi-chemin, devant l’insolente et mystérieuse panne de la « machine » ?? A combien de scènes dignes des meilleurs épisodes de Koh Lanta avons-nous assisté, muets de terreur et/ou d’indignation ?

 Il y a eu la fois où, après un bruit sourd précédé de quelques coups de klaxon impatients et d’un long crissement de freins, le contrôleur a pénétré triomphalement dans l’unique wagon en brandissant son trophée et en annonçant, hilare, la tête du chevreuil à la main : « Hé bé, on a tué Bambi con !!!! »

Il y a eu ce moment impressionnant où l’un des wagons a pris feu, et où le machiniste, perdu au milieu de la campagne gersoise comme au milieu d’une pampa, a commencé, tel un Florent Pagny salvateur, à taper sur les flammes muni d’un maillet en bois…

 N’oublions pas ce jour où le convoi a versé, telle une diligence poursuivie par les Indiens, tout près du fort pourtant, à Aubiet…Bien heureusement, les passagers, des étudiants quittant leur fac en grève pour un long WE d’ennui auscitain- vendredi soir : La Banque ; samedi soir : La Paillotte ; dimanche soir : La Banque -s’en sont tirés avec une belle frayeur et un récit d’ancien combattant.

 Entre Auch et Toulouse, oui, nous sommes tous des Lazare Ponticelli…

Voilà trois étés, donc, que la ligne est « en travaux »…Traduisez un remplacement par quelques autobus poussifs, conduits par des chauffeurs revêches, au gré des RTL ou autre RMC poussés à fond, et c’est donc en compagnie des Chevaliers du Fiel et des Grosses Têtes que les naufragés du rail naviguent entre Capitole et Haute-Ville…-si quelqu’un pouvait demander aux chauffeurs d’éviter « Lahaie, l’amour… » en pleins virages, ce serait bien, nous avons en effet toujours peur d’une embardée lors de récits bien sulfureux, à l’image de nos horizons rupestres… (« Alors, Marcel et Josyane, racontez-nous cette première expérience échangiste à la discothèque de Jolivet-les-Oies ? »)

Hors là, normalement, le train devrait encore circuler…Mais c’est sans compter la grève tournante des lundis-et on se lève au clairon pour attraper le bus de 6h07 et patienter une bonne demi-heure dans le mondialement fameux « bouchon de Léguevin »-les autoroutes de la banlieue parisienne n’ayant plus rien à nous envier : le Gersois, très fier de ce parisianisme d’importation, a soudain l’impression de vivre en zone pavillonnaire…A quand une carte orange ?

Vendredi, ce fut, sans nul doute, le pompon : après plus d’une heure d’attente conviviale en gare Matabiau, les usagers du 18h27 durent précipitamment quitter leur wagon en gare de Colomiers, pour atteindre trois bus affrétés pour pallier à un nouvel « incident technique indépendant de notre volonté »…(D’ailleurs, avez-vous remarqué que sur les tableaux d’affichage des gares, les malheureux usagers ont à présent la délicieuse impression de partir pour un long courrier, la SNCF ayant imité les aéroports ?! « Berlin, delate »…Là, c’est pareil, il est écrit « Paris, à l’heure » !!!!! Oui, il faut le voir pour le croire, « à l’heure » est un concept !!!!)

 A Colomiers, nous assistâmes au départ de « Pékin Express » ! C’était à qui monterait le plus vite dans le bon car, l’un d’entre eux ralliant directement la « capitale » gersoise-lol- sans passer par les villages…Nous nous retrouvâmes donc coincés à l’étage d’un…autobus à impériale, oui, avec micro, un car de tourisme, les parents d’un malheureux bébé en couffin ne trouvant même plus de place et devant voyager dans la « soute » du bas…

 Imaginez : les petites routes collinaires, les travaux qui jonchent cette portion de voie depuis…-depuis quand, d’ailleurs ???- le susdit bouchon de Léguevin…Le bus penchait, dangereusement…Surcharge ? Pluie ? Stress du chauffeur ? Certains passagers, blêmes, appelèrent leur famille, d’autres envoyèrent des SMS, on se serait cru à bord d’un avion détourné par Al Quaïda…

 Certes, la vue était magnifique, il nous sembla participer au tournage de « Home » dans l’hélico de Yann Arthus Bertrand lorsque les premières collines et les vastes cieux gersois furent en vue ; et puis cette délicieuse impression de visiter la City…Nous pouvions presque humer le fumet d’un Darjeeling qui nous attendrait à Auch, en guise d’Armagnac…

 God save the Gers ! 

 

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