A l’abric de la cançon de junh #poésie #occitan #Occitanie #juin #littérature #JeuxFloraux #printemps #déconfinement

A l’abric de la cançon de junh

Al bòrd del cèl,
a l’abric de la cançon de junh,
la meuna anma canta coma los ausèls
e dança la ròda dins l’ombrum.

Aquel camin, que nos fa tornar a la sorga,
non es que cant d’amor,
fresinament d’alas e patz eternala,
ostalada e baudor.

(en occitan, ma langue d’oc…)

À l’abri de la chanson de juin

Au bord du ciel,
à l’abri de la chanson de juin,
mon âme chante comme les oiseaux
et danse la ronde dans l’ombre.

Ce chemin, qui nous fait revenir à la source,
n’est que chant d’amour,
frémissement d’ailes et paix éternelle,
maisonnée et allégresse.

Ce texte fait partie des « Mémoires d’Autan », ouvrage ayant reçu le Prix Camille Pujol lors des Jeux Floraux toulousains de 2020.

http://jeuxfloraux.fr/15.html

« * Une médaille d’Académie égalementà Mme Sabine Aussenac, de Toulouse,  pour son poème « Et les pivoines »

  * Le Prix Camille-Pujol à Mme Sabine Aussenac, de Toulouse, pour son ouvrage Mémoire d’Autan. »

https://www.thebookedition.com/fr/memoires-d-autan-p-371712.html

Mes Mémoires d’Autan sont des miscellanées poétiques entremêlées de réflexions autour de l’être-soi d’un Sud-Ouest baigné par l’Atlantique et Mare nostrum, illuminé par nos campagnes gorgées de tournesols, et bien sûr surtout, pour moi, toulousain et tarnais ; alternances de nouvelles, d’essais et de poèmes en ancrage de cette terre d’Oc qui m’est chère, ces textes vivent au gré des méandres de Garonne et de l’Histoire ancienne ou contemporaine de la Ville Rose et du Grand-Sud…

El d’Artagnan! #VicFezensac #Pentecôte #Férias #coronavirus #corrida #Gers #Prixlittéraire #Hemingway

Cette nouvelle, qui avait été écrite lors de ma première participation au Prix Hemingway, avait aussi été publiée dans le Huffington Post en 2012. Je la reposte en hommage à cette Féria de « Pentecôte à Vic » qui n’a pas eu lieu cette année… Et aux communautés gitanes du monde entier!

https://www.huffingtonpost.fr/sabine-aussenac/el-dartagnan-feuilleton-ete-_b_1745234.html

https://www.huffingtonpost.fr/sabine-aussenac/el-dartagnan-la-suite_b_1767229.html

Vic-Fezensac, juin 2011.

Des coquelicots. Rouges, bien sûr. Elle en avait rêvé toute la nuit, et elle savait pourquoi. Rouge, la couleur de la muleta. Rouge, la couleur du sang. Rouge, la couleur de la corrida. De cette corrida qui revenait, elle aussi, chaque nuit dans ses rêves.
Maria marchait le long de la route poussiéreuse et souriait. Le bus l’avait déposée non loin de la place principale, et elle allait passer sa soirée à servir des mojitos et des pastis à ces hommes un peu frustes, mais qui respectaient cette jeune fille qui venait tous les week-ends d’Auch pour gagner trois francs six sous et aider sa famille. Maria logeait au camping des bords du Gers, avec deux autres familles roms, originaires, elles aussi, d’Andalousie. Car les parents de Maria et sa grand-mère tentaient de se fixer dans le Gers pour soigner la lourde maladie de Pablo, son petit frère de onze ans. La route leur manquait, mais la santé de Pablo primait sur tout le reste. Les enfants étaient scolarisés, et Pablo, suivi à l’hôpital des enfants malades de Toulouse, surmontait lentement sa leucémie.

Maria vit l’affiche sur la porte du bar, et faillit tomber à la renverse. « Pentecôte à Vic : la Corrida du siècle ! » La photo datait de quelques années, montrant Antonio Ibáñez, alors jeune prodige des arènes, posant fièrement avec les représentants de l’empresa vicoise, avec le maire et l’équipe des organisateurs, dont elle connaissait à présent les visages. Beaucoup étaient des habitués du bistrot de Paulo. C’était lui ! C’était lui, Antonio, qu’elle voyait chaque nuit, lui avec qui elle passait des heures éblouissantes, dont elle rougissait au matin. Cette bouche avait effleuré son sexe longuement, ses mains l’avaient transportée de la poussière d’une arène aux soieries d’un lit, et elle connaissait chaque cicatrice de la peau ambrée du jeune homme, même celle sise à hauteur de la cuisse, celle où Maria posait sa bouche qu’elle faisait ensuite, très doucement, remonter vers…


La porte s’ouvrit, et le vieux Marcel sortit en rigolant de toute sa bouche édentée :
– Hé bé la pitchounette, c’est le cagnard du mois de juin qui te rend toute chose ?
Les rires fusèrent, mais Paulo, le patron, le béret vissé sur la tête, rabroua sa clientèle. Il l’adorait, sa petite serveuse, et elle était aujourd’hui comme sa fille, puisque lui et sa femme l’avaient prise sous leur aile, depuis leur rencontre dans un couloir d’hôpital, avant la guérison de leur Julie.
Maria fila derrière le bar, ses rêves de la nuit refoulés en catastrophe, et commença à servir les habitués et les touristes, de plus en plus nombreux en cette veille de week-end de Pentecôte. On arrivait de loin pour parcourir la petite cité gasconne, réputée pour cette féria printanière, et, même si certains la décriaient come une monstrueuse beuverie, elle n’en conservait pas moins un caractère festif et particulier. On attendait plus de 120 000 personnes pour ce beau week-end de juin, des passionnés de tauromachie, mais aussi des badauds, des parisiens « descendus » pour la fête, des salseros, qui s’entraînaient pour le festival Tempo Latino de l’été… Tout l’esprit de la Gascogne se retrouvait dans les ruelles joyeuses de Vic, dans les bars où le foie gras et le Tariquet côtoyaient les banderilles et le flamenco. Les effluves ibériques envahissaient les collines du Gers. Oui, l’Espagne poussait bien un peu sa corne aux portes de Toulouse, comme le chantait le grand Claude…

Les Copains d’abord joués à Vic…

La caravane était petite, mais propre et confortable. Maria, assise au coin de la table, tentait de réviser sa philo. Elle était en terminale, et espérait qu’un miracle se produirait avant la fin de l’année. Elle le savait: dans la communauté rom, personne ne faisait d’études. Son destin était tout tracé ; elle se marierait dans un an ou deux, aurait quatre ou cinq enfants, et irait parcourir les routes d’Europe, sa vie durant. Et ce n’est sûrement pas celui qui lui rendait visite en rêves qu’elle épouserait, non, car il restait un gadjo, même s’il était le plus grand des matadors du vingt-et-unième siècle. Elle serait mariée à quelqu’un de son clan. Qu’elle le veuille ou non.
Mais la jeune fille avait découvert autre chose, grâce à l’école, grâce à des rencontres avec des enseignants qui ne l’avaient jamais méprisée ou humiliée. Voilà presque cinq ans que sa famille était semi sédentarisée, et l’adolescente avait forcé l’admiration de tous ses professeurs, rattrapant son retard, s’intégrant à merveille, et faisant preuve d’une intelligence rare. Elle savait ce qu’elle voulait faire : étudier l’histoire de son peuple, puis s’engager dans la défense des siens. Elle voulait se faire passerelle entre sa communauté et cette France qu’elle aimait tant.
Et surtout, elle voulait que le petit Pablo guérisse, et qu’il puisse accéder à son rêve : Pablo voulait devenir torero, comme leur grand-père. Depuis leur enfance, abuela leur racontait les histoires de cet époux adoré, de ce matador des années trente dont la légende auréolait toujours les siens : le grand Juan Sanchez, celui que l’Espagne d’avant Franco adulait comme le Dieu des arènes, et que la communauté rom continuait de vénérer. Celui qui se faisait appeler El Gitano, oui, était encore solidement ancré dans la mémoire collective, et abuela passait des heures à raconter à ses petits-enfants comment son époux était passé de l’état de peone à celui de picador, puis comment sa dextérité et sa force avaient fait de cet anonyme un grand matador. El Gitano était tombé aux côtés des forces républicaines, dans un dernier combat, loin de l’arène, au cœur de la vie.
– Maria, montre-moi le traje de luces, s’il-te-plaît, supplia le petit Pablo, livide, allongé dans le lit au fond de la caravane.
La jeune fille soupira, le cœur serré devant les souffrances de son frère. Elle savait que sa grand-mère ne rentrerait pas tout de suite, et elle osa donc ouvrir la grande malle, et en sortir délicatement le costume de torero d’El Gitano, son « habit de lumières ». Pablo effleura les paillettes et les couleurs, fermant les yeux, et il sembla à cet instant à Maria que la vie revenait doucement rosir les joues pâles du petit, comme si la force du grand torero avait soudain redonné du courage à l’enfant.


On toqua à la porte. Maria prit le temps de ranger le costume avant d’aller ouvrir. Personne n’avait le droit de voir le seul trésor que possédait la famille Sanchez. Deux gendarmes et un huissier se tenaient sur le seuil et la saluèrent d’un air maussade. Ils lui apprirent d’un ton sec et définitif que sa famille disposait d’une semaine pour partir, sinon, ce serait la reconduite à la frontière. Et ce n’était pas la peine de discuter. Le recours présenté par l’association avait échoué, le préfet avait signé l’ordre d’expulsion. Le camping était un terrain municipal, réservé aux touristes, qui allaient commencer à affluer avant la manifestation de Vic, et puis cette situation précaire avait assez duré. Maria expliqua, cria, tempêta, parla de son bac, du traitement de Pablo, de son travail à Vic, de ses parents en passe de trouver un emploi ; rien n’y fit. Et puis ce n’était pas le moment de discuter, dit l’huissier, elle n’avait qu’à écouter les infos. La France virait au bleu marine, alors elle pouvait bien voir rouge, elle n’aurait certainement pas raison devant la loi.

Non loin de là, un jeune homme plantait sa tente. La belle nuit de juin serait longue, et il prenait tout son temps pour s’installer. Maria l’avait observé de loin, sans lui prêter vraiment attention, toute à sa dispute avec les représentants de l’ordre, et ne l’avait pas reconnu. Cependant, lorsqu’il se redressa et lui adressa un sourire radieux, la voyant assise sur la vieille chaise de toile, perdue dans ses pensées, le cœur de la jeune fille se mit à battre la chamade. C’était lui, à n’en pas douter. Sa fossette et son épi rebelle, ses grands yeux noirs, et ce sourire, un sourire à réveiller les morts, même lorsqu’il se contentait de l’esquisser : Antonio Ibáñez venait de planter sa tente dans la parcelle voisine.
Le jeune homme s’avança vers elle, et la regarda intensément. Il avait vu cette frêle jeune fille, vêtue pauvrement, mais aussi lumineuse que le soleil gersois, se dresser fièrement face aux gendarmes, les affronter, sans crainte. Il avait vu briller son regard de colère. Elle avait eu la dignité d’un taureau avant la mise à mort. Antonio venait de tomber éperdument amoureux de cette inconnue. Il s’arrêta devant la caravane et dit, dans un français presque parfait :
– Nous ne nous laisserons pas faire. Je vais vous aider. Je m’appelle Antonio Ibáñez de la Plata. Mon nom ne vous dit peut-être rien, mais je connais pas mal de gens, j’ai des relations dans les médias. Je vais appeler mon agent.
– Je sais qui vous êtes, répondit Maria, tentant de calmer les battements de son cœur. J’ai vu une affiche dans le bar où je travaille, à Vic. Mais… que faites-vous ici, dans ce petit camping, et à une demi-heure de Vic ? Pourquoi n’êtes-vous pas dans un hôtel ?
– J’ai besoin de calme, j’ai besoin d’être seul, et proche de la nature. Dès que je le peux, je campe, cela me rappelle mon enfance, dans les plaines mexicaines, quand mon père nous amenait, avec mes deux frères, camper dans les gorges du Sumidero. Je m’isole toujours un jour ou deux, avant la première corrida, pour réfléchir, me concentrer, prier… Venez, vous allez me raconter votre histoire, j’ai une heure avant de repartir à Vic pour la soirée.


Et les jeunes gens, profitant du retour d’abuela, qui surveillerait Pablo, partirent marcher le long des berges. Ils longèrent la rivière au soleil couchant, observèrent la Tour d’Armagnac qui se dressait fièrement aux côtés de la cathédrale Sainte-Marie, et parlèrent, dans un joyeux mélange d’espagnol et de français. Antonio raconta son enfance dans la ganaderia familiale, ses premières corridas, les cris et le silence, la puissance et la passion. Maria raconta les chemins de poussière, le soleil andalou, les feux de camp, et puis l’ancrage forcé dans la sédentarité gersoise. Ils s’arrêtèrent sur le pont de la Treille, et, au moment même où elle leva la main pour lui montrer les Pyrénées qui se profilaient à l’horizon, Antonio la saisit et la porta à ses lèvres.
– Querida, tu es si forte. Je veux que tu viennes me voir après-demain. Tu me porteras chance.

Vic était en fête. Les bandas jouaient depuis le matin, les ruelles bondées de rires et de cris, les mojitos coulaient à flots. Des nuées d’enfants se poursuivaient en criant « toro, toro », tandis que quelques vieilles mamies dodelinaient de la tête en souriant sur leur bancs, devant les maisons en pierre jaune du Gers. Maria se sentait à la fois épuisée et heureuse. Elle devait retrouver Antonio à la fermeture du bar, il lui avait proposé de la ramener à Auch, et elle termina donc son service dans une sorte d’état second. La lune était pleine. Les ruelles commencèrent à se vider. Au loin, un chien aboyait, et de délicieux parfums printaniers faisaient chavirer la nuit.


Elle attendit presqu’une heure, et puis elle pensa qu’il l’avait oubliée. Il fallait absolument qu’elle rentre, sa mère devait commencer à s’inquiéter. Normalement, Anne, l’une des serveuses du restaurant de la place, la raccompagnait en voiture, et elle était toujours de retour au camping avant une heure du matin. Elle partit donc, seule, sur la petite route de campagne. Tant pis, elle ferait du stop. Quelques voitures passèrent sans s’arrêter, pleines de jeunes gens déjà bien éméchés, trop, sans doute, pour la remarquer. Elle avait déjà parcouru plusieurs kilomètres au milieu des collines et des champs de tournesols lorsque la BM noire freina brutalement.
Ils étaient trois. Elle avait eu le temps de voir que ce n’était pas des gars de la région, avant de respirer leurs haleines plus qu’avinées. Celui qui semblait être le chef, casquette vissée sur un crâne rasé, ordonna aux deux autres de la plaquer contre le capot. Il ricanait. La lune éclairait la scène, et Maria, qui n’avait jamais peur, se mit à hurler lorsque le cran d’arrêt déchira son tee shirt. Sa poitrine nue jaillit comme une biche sous des phares, et les chasseurs avides poussèrent des exclamations de joie.
– On va te planter nos banderilles, pétasse !
– Toro, toro ! Allez, tu veux courir ? On va t’attraper, salope! C’est pour ça qu’on est venus de Paris ! Juste pour picoler et baiser des meufs de ploucs !
Le gros skin s’approcha et commença à lui lécher les seins en reniflant comme une bête fauve. Maria était terrorisée. Mais soudain, elle se dégagea en criant « hijo de puta ! », donna un énorme coup de genou dans les corones du gros porc et partit en courant sur la route déserte, sous les yeux médusés de ses agresseurs. La voiture d’Antonio arriva précisément à cet instant, et le jeune homme comprit instantanément la gravité de la situation. Il sauta à terre, prit Maria par la main et lui cria de monter. D’un coup d’œil, il s’assura qu’elle n’était pas blessée, que ces salauds ne l’avaient pas touchée.
Mais le skin s’était très vite remis du choc infligé par la belle en furie. Antonio n’eut pas le temps de remonter en voiture. Les trois voyous commencèrent à le tabasser, malgré les suppliques de la jeune fille. Elle eut le réflexe d’appeler des secours depuis le portable d’Antonio, qu’elle trouva sur le siège, et assista, impuissante, à la bagarre inégale. L’agilité et la force du torero ne pourrait avoir raison du nombre et des armes. Antonio faisait face aux trois fauves, le visage déjà couvert d’hématomes, mais debout, malgré les lames qui brillaient dans la nuit. Et il ne cessait de penser qu’il se trouvait à présent tel un taureau dans une arène, face aux banderilles qu’on voulait lui planter dans le corps, et qu’il lutterait, vaillamment, jusqu’à son dernier souffle. Le matador était devenu le taureau. Mais cette arène là était sordide.
La police arriva à ce moment là. Le skin bouscula Antonio démarra en trombe la dans la voiture du jeune homme : les clefs étaient restées sur le contact. Ses deux comparses avaient filé dans la BM, en apercevant les gyrophares dans le tournant, sans demander leur reste. Maria pleurait, cachant son torse avec ses bras. Soudain, Antonio se jeta à genoux et se mit à implorer la vierge. Le policier courut vers lui, pensant qu’il avait peut-être été grièvement blessé. Mais le jeune homme tourna vers Maria un visage défait en murmurant dans un souffle :
– Le costume. J’ai perdu mon costume…Mon habit de lumières…

Ils étaient assis dans la caravane, et la mère de Maria leur servait un verre de Moscatel, pendant que son père discutait avec les policiers. Maria tremblait encore, et Antonio avait le regard vide. Il avait fallu expliquer, encore et encore, passer au commissariat d’Auch pour déposer une double plainte, Maria avait même été conduite à l’hôpital pour un examen. Un interne avait badigeonné le visage tuméfié du jeune homme. Antonio n’avait plus décroché un mot. Et Maria pleurait. Elle ne pouvait plus s’arrêter de pleurer.
– C’est ma faute. Tout est de ma faute. Si je n’étais pas rentrée seule, ils ne m’auraient pas attaquée, et tu n’aurais pas été blessé…et ton costume…
– Arrête, Mariacita, lui souffla sa mère. Les victimes ne sont jamais les coupables, jamais. Tu l’as appris en philo, rappelle-toi.
– Mais comment il va faire, demain ? Comment ? Sans le costume !
La jeune fille avait crié, réveillant même Pablo, qui sortit de son lit en maugréant. En apercevant le matador, il écarquilla ses mirettes et se précipita vers lui. Ce sourire enfantin sembla soudain réveiller Antonio, qui sortit enfin de son mutisme. Il se tourna vers Maria et lui prit doucement les mains.
– Maria, j’aurais donné ma vie pour toi. Je suis si heureux d’être arrivé à temps, je ne me le serais jamais pardonné, s’il t’était arrivé quelque chose. En plus, tu sais bien que tout est de ma faute ; je ne pouvais pas deviner que les aficionados avaient tant de choses à me dire : Vic est une ville merveilleuse, nous avons mangé dehors, on a préparé la novillada… La soirée s’est prolongée, et… tu n’y es pour rien, Maria, pour rien.
– Mais, ton costume, alors ? balbutia Maria.
– Je vais repartir. Un torero ne peut pas combattre sans son costume. C’est impossible. Et puis il m’a été donné par ma mère, c’était celui de son oncle, le grand Balderas. Perdre cet habit, c’est perdre l’âme de ma famille, l’âme du Mexique. Je ne combattrai pas. Je suis nu, tu comprends. Sans mon costume, je suis une ombre.
– Non, pequeño, tu ne partiras pas.
Abuela se tenait devant eux, toute courbée, dans sa robe de chambre effilochée. Elle serrait contre son cœur le traje de luces de son mari, et elle le tendit au jeune homme, souriant de toute sa bouche édentée.
– Tiens, mon fils, c’est pour toi. Et tu seras le premier gadjo à toucher ce costume, et aussi le premier gadjo à épouser une fille de notre famille. Mais El Gitano aurait été fier de te connaître.
Un silence religieux se fit dans la caravane. Maria fut la première à le rompre, osant prendre la main d’Antonio, et en défiant son père du regard.
– Papa, ne t’énerve pas. Il ne m’a même pas embrassée. Abuela exagère, comme toujours. Par contre, Antonio a déjà parlé de nous au maire de Vic et à la presse ; ils vont voir ce qu’ils peuvent faire pour nous aider.
Antonio s’était levé. Il s’approcha de la vieille dame et l’enlaça longuement. Il lui chuchota quelque chose à l’oreille en espagnol, avant de se relever, le costume dans les mains, comme une offrande. Le petit Pablo se mit alors à applaudir de toutes ses forces. La caravane venait d’être transformée en arène, et Antonio venait d’y gagner une première fois, contre le sort.

Le soleil, de plomb. Le ciel, d’azur. Et le taureau, de jais. Sur les gradins bondés, le public s’était déchaîné. A midi, le paseo avait commencé pour la foule des Vicois et des aficionados venus de tous les horizons, et Antonio avait défilé, vêtu du costume sacré d’El Gitano. Il avait réussi à faire assoir Maria et sa famille dans la tribune d’honneur ; en passant, il jeta un regard de feu à la jeune fille, tel un chevalier saluant sa dame avant le tournoi. Le spectacle fut grandiose, et le jeune homme séduisit tout le public avec une superbe Manoletina, avant de porter l’estocade, sous le soleil gascon qui aurait pu être celui de Mexico, de Madrid ou de Nîmes. Car la corrida rassemble les peuples en rapprochant les hommes de leur destin. Antonio avait combattu un adversaire aussi noble que la vie elle-même.
Il créa la surprise en restant debout, au milieu de l’arène, après avoir couru vers les gradins pour s’emparer du micro du journaliste de La Dépêche. Face à un public médusé devant cette entorse au rituel, alors que le sable était encore brûlant du combat mené, il se mit à parler de la famille Sanchez, de l’abuela qui venait de lui sauver la mise en le revêtant du costume du célèbre El Gitano. En entendant ce nom, la foule se mit à murmurer comme un champ de tournesols sous l’Autan. Puis il évoqua le courage de Maria, ses projets, et surtout la maladie du petit Pablo, qu’il désigna du doigt. L’enfant, fièrement, se mit debout en souriant. Et puis l’expulsion. La reconduite à la frontière. L’errance, alors que les Sanchez souhaitaient justement ancrer leur histoire en terre gersoise, en terre taurine. Soudain, le maire se leva, descendit vers l’arène, et saisit à son tour du micro :
– Au nom de l’hospitalité gersoise et au nom de la solidarité taurine, je m’engage solennellement à accueillir cette famille à Vic.

La Dépêche, Sud-Ouest, mais aussi Libération et Le Figaro furent unanimes : l’esprit de la Corrida avait conquis même ses détracteurs. Antonio fit la une de nombreux quotidiens, tandis que la presse s’emparait de l’incroyable histoire du costume volé et de l’intervention d’un torero en faveur d’une famille rom. En quelques jours, c’est un pont d’or que la municipalité de Vic fit aux parents de Maria, leur attribuant une petite maison en cœur de ville et une carte de transports gratuite, pour qu’ils puissent se rendre aussi souvent que nécessaire à Toulouse pour y soigner Pablo. Le père de Maria fut embauché par l’association vicoise de tauromachie, tandis que le conseil général offrait une bourse à la jeune fille, afin qu’elle puisse en toute quiétude commencer ses études.
Antonio Ibáñez, que la presse avait surnommé « El d’Artagnan », avait remporté, en mousquetaire des temps modernes, cette double victoire : il avait combattu brillamment le taureau, mais aussi porté l’estocade à la frilosité administrative et politique.

Vic-Fezensac, juin 2021.

Maria reposa le combiné en souriant. Elle venait de recevoir un appel du responsable du Prix Hemingway. On réclamait son torero de mari pour qu’il accepte d’être le parrain de la manifestation de l’année suivante. El Gitano avait croisé l’écrivain dans les rues de l’Espagne en lutte… Bouleversée, mais ravie, elle sortit dans le jardin de la belle « gasconne » et s’installa à l’ombre de la terrasse, admirant les volets qu’elle venait de repeindre en bleu de Lectoure. Elle était heureuse de pouvoir à présent profiter de son congé de maternité, après ces années virevoltantes, passées à étudier le droit à Paris et à Barcelone, puis à exercer comme avocate dans un grand cabinet parisien. Elle avait bien mérité cette pause. Son I Phone la tira de sa rêverie : un MMS de son petit frère, à présent bel et bien guéri, et installé au Mexique chez les parents d’Antonio, où il se formait à la corrida.


Antonio n’allait pas tarder. Même si sa ganaderia gersoise l’occupait beaucoup, il faisait toujours en sorte de rentrer tôt. Et puis le festival allait commencer, la soirée serait belle. Mojitos, rires, courses dans les ruelles, et, pour elle, juste un petit verre de jus de raisin, dans le bistrot de Paulo. Madame l’avocate n’avait rien changé à ses habitudes, et Antonio Ibáñez de la Plata non plus. Le Gers les avait réunis, et ils en appréciaient avant tout la douce simplicité. Les paillettes, ils ne les aimaient que sur le costume de torero d’El Gitano, qui était accroché dans leur chambre, près du baldaquin. A cette seule évocation, le rouge monta aussitôt aux joues de la jeune femme. Les nuits du jeune couple étaient autant de ferias. Ils s’adoraient, comme au premier jour.
– Maman, regarde, je t’ai ramassé des coquelicots.
Maria observa la fillette qui venait vers elle, un énorme bouquet de coquelicots pressé dans la main, et un sourire à renverser le monde. Oui, Marie-Sara était bien la fille de son père !

https://actu.fr/nouvelle-aquitaine/bayonne_64102/sud-ouest-plus-belles-ferias-2019-ne-pas-manquer_23897689.html

…Et à l’année prochaine à Vic Fezensac?!

https://www.tf1.fr/tf1/jt-13h/videos/feria-de-pentecote-a-vic-fezensac-un-rendez-vous-manque-a-cause-du-covid-19-52869672.html

http://www.tourismedartagnanenfezensac.com/

La nostalgie des sirènes

Cette nouvelle a obtenu le premier prix au « Prix de la nouvelle Rotary-Charles Batut 2016-2017 du Rotary Club de Bourges.

Et bravo à Ninon Amey, auteur de « La vie en rose » pour le 2ème Prix!

https://rotarybourges.fr/category/prix-de-la-nouvelle-rotary-bourges/

 

http://www.20minutes.fr/monde/129280-20061226-deux-ans-apres-tsunami-lasie-recueille-silence

 

Dix ans. Dix ans déjà… Comme le temps est farceur, ce grand géant aux ailes de soie, qui nous pétrit dans ses filets d’argent comme un menu fretin… Je sais encore le goût de cette mangue sucrée et du sel sur ta peau que j’embrassais en regardant le large, au matin de décembre, si loin de notre Armorique, là-bas, dans les lointains…

Tu m’avais demandé de garder la surprise, et je n’avais rien dit. Tes yeux bandés jusqu’à l’aéroport, et puis l’interdiction d’écouter les annonces, je t’avais pris ton caban bleu en souriant, et puis Salomé qui riait de toutes ses petites dents cristallines, en s’écriant :

  • Maman, maman, moi je sais, mais je garde le secret !

Le caban bleu était sagement rangé dans la valise, et Salomé nous rapportait chaque matin des poignées de coquillages enchantés, toute heureuse de sa complicité avec la petite marchande de jus de fruits. Tu me fixais de tes grands yeux pervenche et me nommais ton Breton adoré, me répétant à l’envie que ce voyage était un cadeau formidable.

Ce jour-là, nous devions arpenter les collines à dos d’éléphant, et j’étais parti téléphoner au bar, le seul endroit où j’arrivais à capter correctement. J’ai appelé Bernard, à la pêcherie, et lui ai demandé des nouvelles. Tout allait bien, les hommes étaient en mer, le temps à l’orage, mais rien d’anormal en cet hiver breton qui disputait à la houle quelques accalmies. Nous avons plaisanté, j’ai raconté à mon frère les exploits de mes deux sirènes, toutes dorées du soleil des tropiques, et en parlant je vous voyais, au loin, qui observiez la mer depuis la piscine de l’hôtel. Tu étais belle, mon amour, les mains sur tes hanches déjà rebondies par ta grossesse, et tu tenais Salomé par l’épaule.

Vous sembliez fixer l’horizon, et d’autres touristes s’étaient approchés de vous. J’ai écourté la conversation, demandant à Bernard d’embrasser nos parents, quand il irait à Noirmoutier pour Noël, et j’ai raccroché en pensant aller chercher le cornac derrière la terrasse.

J’avais hâte de vous prendre par la main, vous, les femmes de ma vie, pour vous montrer les cheminements secrets des paysages de ce bout du monde, si différents de nos noroîts et de nos granits, et je m’apprêtais à vous appeler par la fenêtre du bar quand j’ai entendu le mugissement.

Plus fort qu’une corne de brume. Plus âpre que le vent dans les gréements des chalutiers. Plus sombre que la nuit quand elle parcourt les landes. Le bruit semblait déferler sur Pukhet comme un grain quand il saisit nos hommes au plus fort de l’océan, il emportait les peurs des serveurs soudain affolés et les rires des jeunes Thaïs qui chantaient dans l’arrière-salle.

Tu t’es retournée. J’ai vu par la vitre ouverte que tu me cherchais du regard, ta main avait saisi la menotte de Salomé et j’ai vu que ta bouche formait mon prénom. Notre fille, les yeux exorbités, hurlait « papa » en s’élançant vers l’hôtel, et la vague est arrivée au moment où je me suis précipité vers vous.

Tu as disparu, aussitôt, et Salomé avec toi.

Le mur d’eau saumâtre avait tout emporté sur son passage, les chaises pliantes, les arbres, les bungalows, et les touristes.

Quelques fractions de secondes plus tard, la vague avait atteint l’hôtel, et je m’étais retrouvé à nager sous cet océan fétide et épouvantable, avalant des algues, suffoquant, me cognant à des corps éventrés, reprenant ma respiration lors de mes rares remontées à la surface de ce cauchemar, jusqu’à ce que j’arrive à agripper le montant de la rampe et à me hisser jusqu’aux étages supérieurs en hurlant vos deux noms…

La violence des flots m’avait presqu’entièrement dévêtu. Je grelottais d’effroi et me tins un moment immobile derrière la balustrade de stuc, apercevant ce couple de Belges enlacés, accrochés au pilier central de la terrasse, le vieil homme donnant un dernier baiser à sa compagne avant de lâcher prise, hébété. Un bébé hurlait, seul, dans une poussette, sa mère l’avait mis en sécurité avant de plonger vers le centre de la pièce pour chercher un autre enfant, elle m’avait jeté un coup d’œil implorant en me confiant ce Moïse qui serait sans doute orphelin.

J’entendais aussi des barrissements affolés, et je me rendis compte que de l’autre côté de l’hôtel les pachydermes se débattaient en tous sens et semblaient s’être détachés de leurs énormes chaines. Je voyais par les baies vitrées déchiquetées que les éléphants s’enfuyaient vers les collines, suivis par des hordes de survivants couverts de boue.

Toute cette scène n’avait pas duré plus de cinq minutes, et c’est à ce moment-là que je décidai de plonger vers vous, mes chéries adorées, mes amours, mes étoiles. Il fallait que je vous retrouve. Tu avais sans doute nagé en tenant notre petite Salomé par la main, toi, ma sirène, celle que je surnommais mon Ariel bretonne, tant tu nageais bien…

J’avais foi en toi, en vous. Je me souvenais soudain de ce premier été, quand tu m’avais bousculé sur le ponton en courant avec ta sœur pour te jeter dans les vagues glacées, et quand du haut de tes sept ans tu m’avais affirmé que jamais je ne te battrai à la course… Il y en avait eu, des étés de grand vent, et des nuits aux étoiles, et des feux de la Saint-Jean, et des galets gardés comme autant de talismans… Nous nous étions promis l’un à l’autre par une nuit d’orage, tes yeux clairs me disaient que jamais aucun autre ne toucherait ta peau douce, et ma main guidait la tienne le long du chemin des douaniers, et nos vingt ans nous donnèrent raison, quand nos familles ont dansé sous les chênes et que nous nous aimions à perdre la raison…

Ma sirène… Tu l’avais traversée, ta Manche, me laissant comme un fou en arpentant la grève, et puis tous ces trophées, ces coupes… Ma nageuse, ma belle océane, seule notre Salomé t’avait un peu gardée loin des houles et de notre côte aux dentelles, et puis la petite maison aux ardoises argentées, nos roses trémières, et la pêcherie qui te faisait rire, quand je te montrais les navires et que tu me jurais que tu nageais plus vite que le bel Erwan ne guidait nos bateaux hors du chenal… Tu étais mon phare et j’étais ta boussole, et quand nous nous promenions dans Brocéliande je te nommais ma fée.

J’étais certain de te retrouver. Et j’ai plongé.

J’ai nagé à contre-courant, j’ai revu le Belge qui flottait à l’envers, et puis la mère de famille, sa fille accrochée contre son sein, toutes les deux les yeux grands ouverts vers le soleil de cette Thaïlande épouvantée. J’ai bu l’eau chaude du large mêlée aux pourritures des égouts, j’ai vu ces cadavres jonchant les rues, j’ai avalé le monde et l’univers et ma vie, j’ai prié, oh, comme j’ai prié.

Je ne t’ai pas trouvée. Alors j’ai marché. Trois jours durant, la boue séchée collant à mon corps blessé et suintant la peur, j’ai marché dans les ruelles enchevêtrées par l’horreur et dans la jungle des corps qui béaient dans l’effroi de la catastrophe. J’ai soulevé chaque sari, chaque morceau de tissu dans les morgues, j’ai erré dans les hôpitaux de fortune, j’ai hurlé ton nom et celui de notre fille, j’ai laissé des petits mots à la façade de chaque pan de mur encore debout. Je n’étais plus qu’un mort-vivant, je ne m’alimentais pas, je marchais sans me rendre compte que ma jambe était gangrenée, sans comprendre que j’avais perdu l’usage de mes oreilles, car je n’entendais presque plus rien, tant l’eau et les effluves sordides avaient attaqué mes sens, et j’étais pourtant persuadé que vous étiez quelque part au milieu de cet enfer. Tu étais si forte, mon amour, et tu nageais si bien, il m’était une évidence que tu avais survécu, et que tu m’attendais quelque part, bien vivante, notre enfant grandissant en ton sein et la petite Salomé, la mini sirène, comme je l’appelais, en train de jouer dans le sable de quelque baie protégée.

Non ?

C’est Bernard qui est venu me chercher. La police et deux médecins m’ont maîtrisé, j’ai eu plusieurs piqures, et ne me suis réveillé qu’à l’arrivée du long courrier à Orly. Il paraît que j’ai crié si fort dans le hall d’arrivée que les douaniers ont cru à un attentat, et ensuite j’ai passé de longues semaines dans cette grande maison aux allures de château, errant dans un parc sous de beaux marronniers en fleurs, et je haïssais ce printemps quand toi et nos enfants vous pourrissiez au bout du monde. Je me souviens du sourire triste de maman, et de tous ces regards de nos hommes, ces fiers-à-bras qui, les larmes aux yeux, m’ont accueilli à mon retour, eux qui avaient si souvent vaincu les lames sournoises de notre Atlantique en furie et qui eussent tant aimé que la mer t’épargne, toi aussi…

 

Dix ans. Dix ans, et me voilà à nouveau sur le sable de Pukhet… Rien n’est plus pareil, presque tous ceux avec qui nous avions lié amitié ont disparu… La petite marchande de jus de mangue n’est plus, ni la famille du cornac, ni le patron de l’hôtel, ni ses cinq filles qui babillaient comme des oiselles exotiques en riant avec nous quand le soleil ourlait la plage…

Dieu que c’est difficile de revoir ces paysages où le paradis est devenu enfer. Mais je le devais à ce pays en deuil, je le devais à tous ces courages, aux mémoires des disparus, à cette maman dont je sais aujourd’hui le prénom et dont j’ai protégé le bébé, et à nos amis du bout du monde… Je voulais être présent lors des commémorations du tsunami, pour dire mon admiration devant ce pays reconstruit. Chaque marin de nos équipages a donné de sa personne pour aider ces inconnus soudain si proches, Erwan est revenu quatre étés de suite pour former des pêcheurs, et Bernard a créé cette association d’aide aux orphelins… Oui, il y a eu comme un pont de bonté entre nos côtes du bout du monde, et chaque tempête bretonne nous rappelle la violence de ce tsunami meurtrier. La terre est ronde et les hommes doivent s’y entraider…

Un rire cristallin m’appelle, et je tourne la tête vers la plage où, sur ce ponton de bois tressé, notre grande Salomé pousse ton fauteuil. La petite Nour court derrière vous, et je me souviens.

Je me souviens de cet appel du consulat deux mois après mon retour. Je me souviens de ta voix chaude au téléphone, quand tu m’as appris ton amnésie, et aussi que Salomé n’avait rien, mais que tu avais perdu le bébé. Je me souviens de tes grands yeux pervenche quand tu es apparue sur le tarmac de l’aéroport, toi, ma sirène, ma chérie à présent dépourvue de l’usage de tes jambes, mais vivante, oh, si vivante… Je me souviens de la naissance de notre Nour, notre « lumière », la petite sœur de notre belle Salomé, notre renaissance.

Nous voulions revenir ensemble à Pukhet, pour dire à la vie que nous ne lui en voulions pas, puisque nous étions ensemble. Là-bas, en Bretagne, chez nous, tu t’occupes à présent de ces enfants polytraumatisés dans un centre, et tu leur murmures chaque jour qu’eux aussi, ils nageront à nouveau vers la lumière.

Je te souris. Je vous souris. Je vous aime, mes sirènes.

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En hommage à tous les disparus et aux victimes de ce tsunami du 26 décembre 2004…

https://fr.wikipedia.org/wiki/S%C3%A9isme_et_tsunami_de_2004_dans_l%27oc%C3%A9an_Indien

http://www.lefigaro.fr/cinema/2014/12/26/03002-20141226ARTFIG00012-tsunami-de-2004-comment-la-culture-s-en-est-emparee.php