Nativités #Noël #Migrants #Roms #SDF #Chrétiens #Christianisme #attentats

Vienne, KHM, Vierge allaitante

https://sabineaussenac.blog/2015/12/17/il-faudrait-ne-pas-aimer-noel-noel-chretiens-fete-nativite-enfance/

Elle marchait dans la nuit noire, son ventre pointant vers le ciel sans lune. Il se tenait près d’elle, portant leur balluchon. Il observait la silhouette gracile, mais vacillante, et admirait la force et le courage dont elle faisait preuve malgré l’adversité. Nul ange cette nuit pour veiller sur leur route, nulle comète au ciel pour effacer leurs doutes. Ils étaient seuls dans la belle campagne entourant Bethléem, seuls, sans abri, alors même que Marie ressentait déjà les souffrances de l’enfantement.

La jeune femme s’accrochait au bastingage crasseux de ce qui se prétendait barque mais n’était qu’un rafiot sordide. Elle tremblait, non de peur, mais de froid, malgré la couverture moisie que son compagnon avait jetée sur son épaule. Elle pouvait sentir les petits coups de pied au creux de son ventre, et n’espérait qu’une chose : qu’elle soit sur la terre ferme avant l’arrivée de cet enfant…

Elle se tenait près du cadre du salon, devant la photo où ils se souriaient, heureux, dans ce jardin ensoleillé où s’égayaient leurs noces…Elle faisait rouler l’alliance autour de son doigt amaigri et ses larmes coulaient, silencieuses mers de sel, tant elle avait peur de partir vers l’hôpital sans lui à ses côtés. Leur enfant allait naître et ne connaîtrait pas le visage de son père, de ce père martyrisé en pleine allégresse musicale par un soir de novembre…

Quelques heures plus tard, elle hurlait, défigurée par la tristesse autant que par la souffrance. Mais chaque cri lui semblait délivrance, elle qui n’avait pas réussi à pleurer depuis les événements…Et lorsqu’enfin la sage-femme lui tendit sa petite fille, encore rosie et poisseuse, qui déjà de sa bouche avide cherchait le sein gonflé de sa mère, elle se sentit apaisée et libre, et comprit qu’elle serait forte pour deux, pour lui, pour leur fille qui grandirait heureuse, cadeau de la vie, malgré la mort. Elle la nommerait Nour, un prénom arabe qui signifie « lumière », pour dire au monde que la nuit n’y tomberait pas.

Elle avait vu couler la barque et se noyer des dizaines de gens, dans cette nuit infernale où les vagues devenaient ouragans, quand les enfants hurlaient et que leurs mères se débattaient en vain. Elle ne savait pas comment elle avait réussi à nager jusqu’au sable gris de cette plage déserte. Elle s’arc-bouta sous la lune et poussa, de ses dernières forces, et eut la joie d’entendre vagir son nouveau-né avant de jeter un dernier regard, déjà terni, vers des étoiles aveugles. La secouriste qui trouva l’enfant, encore accroché au ventre de sa mère, glacé mais vivant, le nomma « Moïse ». Sa mère fut enterrée dans l’immense fosse commune où gisaient les Migrants, sans même un nom pour marquer sa sépulture.

Il faisait presque nuit dans la grange, et si froid. Mais le souffle des bêtes apaisait la jeune femme, qui berçait l’enfançon dans ses bras tremblants. Joseph était parti chercher de l’eau à la rivière. Soudain, une lanterne vacilla à l’entrée de la hutte, et trois silhouettes se découpèrent dans le ciel bleuté de l’aube. Marie aperçut aussi une grande lumière, en deçà du Levant. Elle leva les yeux vers les trois hommes et respira le parfum de leurs présents, toute éblouie par les odeurs de l’Orient.  Elle sourit et leur présenta, heureuse, l’Enfant au nom de Dieu.

Photos Philippe Hoch. Vierge allaitante, église Saint Martin à Metz

Ce texte a été écrit en 2015; je rajoute un paragraphe…

Elle respirait de plus en plus fort, lovée dans son abri de fortune. Ses deux autres enfants la fixaient de leurs grands yeux sombres, effrayés et incrédules. Son compagnon était parti depuis de longues heures déjà, en lui promettant de prévenir un bénévole du Samu social… Soudain, l’un des pans crasseux de la tente se souleva, et une vieille tête avinée et burinée lui sourit; elle lui sourit en retour, se souvenant que Jeff, avant d’arpenter les rues des alentours de la gare, toujours une bière à la main, avait été infirmier. Ils se comprirent sans bruit, puisque de toutes manières le vieil homme n’aurait pas déchiffré un mot de roumain, et qu’elle ne savait dire que « merci »… Son mari, qui parlait français, lui avait parlé de la vie tragique de Jeff, qui ressemblait à toutes les destinées qu’ils croisaient depuis des mois…

Quand l’ambulance se gara près du canal, un petit cri décidé déchirait déjà la nuit. La neige tombait de plus en plus fort, mais Jeff tournoyait devant la tente en essayant d’attraper les flocons, faisant rire les deux aînés de la petite famille, tandis que la jeune femme allaitait paisiblement un beau bébé. Elle savait qu’il serait français. En le tendant fièrement à son mari, elle murmura un prénom: Jean-François.

https://www.aufeminin.com/news-societe/la-naissance-de-bebes-dans-la-rue-augmente-de-maniere-alarmante-s4007876.html

Vienne, KHM, Vierge allaitante

« un trou dans la nuit

subitement envahi par un ange »

Alejandra Pizarnik

(Arbre de Diane)

http://femmeactuelle.fr/actu/news-actu/aurelie-silvestre-matthieu-giroud-bataclan-attentats-33925

Crédits Joël Arpaillange

Donnez et prenez !

Donnez et prenez !

 

En me promenant dans mon nouveau quartier, au cœur de la Ville Rose, j’ai découvert l’été dernier deux étranges écriteaux, et un rebord de fenêtre toujours curieusement « achalandé ». Sur l’une des avenues très fréquentées de ma belle « Côte Pavée », par ailleurs si huppée, s’affichaient donc ces deux messages écrits à la craie sur le fond rose de l’embrasure :

« Donnez et prenez ! » et « Espace de gratuité ».

Sur le chambranle bétonné, un peu tristounet, comme on dit par ici, de cette fenêtre, devant cette maison de rue qui ne paye pas de mine, le passant trouve ainsi presque chaque jour de nouveaux objets : vêtements, ustensiles de cuisine, livres, chaussures, et même parfois des lampes, des outils…

Curieuse comme une pie, et déjà vieille routarde des « Puces » et autres brocantes et vide-greniers, j’ai immédiatement trouvé l’idée formidable. Au vu de l’aspect extérieur de la maison, j’ai d’abord pensé à quelque vieux papé toulousain, que je visualisais un peu révolutionnaire, béret vissé sur la tête et nostalgique du Front pop’…Que nenni : un jour, ayant osé sonner, j’ai découvert que l’initiative venait d’une bande de joyeux colocs, qui non seulement ont donc ouvert cet espace de gratuité, mais vivent aussi dans l’un des hauts-lieux des colocations toulousaines (à « La Soupière », on partage un lieu de vie, mais aussi, par exemple, des paniers de légumes venus d’une AMAP, etc…)

Parfois fleurit aussi une citation, affichée sur la porte. « Ne racontez pas des salades, cultivez-les ! »…

Bref. Quelle bonne idée ! Oui, quelle belle et bonne idée que de transcender les frontières sociétales et commerciales, que d’oser proposer en dehors de tout cadre officiel, que ce soit un vide-grenier ou un site internet dédié au troc, ce partage simple comme bonjour, de la main à la main, au gré de nos passages… « Donnez et prenez », cela semble simple au premier abord, et pourtant, si peu de gens pratiquent ces échanges qui pourtant nous ramènent aux tous premiers temps de nos sociétés humaines, lorsque l’on échangeait soieries et sel, céréales et métaux…

Car pourquoi avoir toujours ce besoin de tout encadrer, alors que ce serait si simple, dans l’absolu ? Ne plus porter ses vêtements au Secours Populaire, mais les offrir à des SDF ou à des Roms, alors que les grands froids arrivent…Proposer dans chaque quartier, chaque village, un espace de ce style, tous genres confondus, accessible à tous…Aller dans les « quartiers » et banlieues difficiles et distribuer des livres et des feutres aux enfants, qui, même s’ils ont des IPad et des écrans plats, ne lisent pas…

Juste en face de cette colocation, une moyenne surface, certes bien sympathique, mais dont les employés sont sans doute obligés, comme partout, chaque soir, de détruire des stocks en les javellisant…

Quand ouvrirons-nous les yeux devant ce nouvel impératif catégorique qu’est la solidarité, essentielle, évidente, primordiale ? Je ne rêve pas, ne vais pas vous parler de Thomas Moore, d’utopie, de kibboutz ou de kolkhozes…Mais je pense que de tout petits gestes constitueraient déjà une immense avancée.

Personnellement, déjà avant un grave « accident de la vie », j’évitais les grandes surfaces, leur agressivité, leurs étalages indécents. Aujourd’hui, alors que malgré un salaire tout à fait correct de fonctionnaire je continue à manger de la vache enragée, au vu des séquelles de mes ennuis sociaux, j’ai entièrement changé ma façon de vivre, de consommer et d’être au monde.

Et je ne peux que saluer la belle initiative de ces jeunes Toulousains !

Donnons !

 Sabine Aussenac

Et un ancien article, paru dans le Huff Post:

Résister. Ne pas sortir. Ne pas regarder, faire le singe aveugle. Ouvrir nos placards. On l’a déjà, le petit top noir brillant. Ouvrir les armoires.

Ressortir les draps en lin blanc brodés, avec les initiales de nos arrières grands-parents, de mamie Marie-Louise. Ils sont tout aussi jolis que la paire de draps tout juste sortie d’un atelier de Pékin qui nous tend ses beautés factices en mille rayons bigarrés. Redécouvrir la simplicité du bois, des lignes d’épure. Admirer chaque objet de notre home, sweet home. S’arrêter un instant devant le vase chinois, la tapisserie de la licorne, le buddha. Les toucher, les yeux fermés. Allumer la radio. Ecouter la musique, beaucoup, souvent. Une heure de Virgin radio valent quatre séances de thérapie. On a 18 ans, on danse, on est heureux. Demander à nos enfants comment ça marche, le téléchargement illégal-c’est quand même plus excitant, on ne va pas tout s’interdire non plus !!! Sélectionner nos envies non plus selon les pochettes-nous qui regrettons encore les grands pochettes des vinyles (mais souvenez-vous comme c’était lourd, quand on déménageait !!!), mais en fonction des titres disponibles sur Deezer. Aller à la bibliothèque.

D’accord, ce n’est pas là que nous rencontrerons l’homme-la femme de notre vie-moyenne d’âge, en deux tranches, 4/8 ans et 75/98 ans, selon les départements… (Quoique chez moi, la bibli ait eu la chouette idée des Book-Dating , mais je n’ai pas encore osé tester, au vu de la moyenne d’âge du café philo…) Renoncer à flâner des heures dans les librairies. Ca, c’est sans doute le plus difficile. L’odeur du livre neuf, ce petit coup de cœur à la Delerm pour l’encre fraîche, ce plissé que nous déflorerions, les illustrations qui rivalisent de beauté ou d’audace… Il faudra préférer le toucher usé et quelque peu collant des livres de prêt, cette couverture aussi impersonnelle que des verres de cantine, et cette idée que nous ne foulons pas une terra incognita. Regarder dans notre bibliothèque. Se rendre compte qu’au fil des scolarités de nos enfants nous avons au moins quatre exemplaires de  Phèdre  et du  Grand Meaulnes  ! Les ouvrir.

Ressentir cette pointe d’émotion lorsque Yvonne de Galais apparaît à Augustin, ou Hippolyte à Phèdre:

Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue : Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue. Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler : Je sentis tout mon corps et transir et brûler.

 

S’asseoir dans le salon, si possible à même le sol. S’y sentir aussi bien que dans les rayons surchauffés de la Fnac. Prendre un petit quart d’heure et se persuader que, oui, tout a déjà été dit, écrit, pensé sur l’âme humaine, mais avoir néanmoins envie de continuer à jouer les défricheurs de terres et de mots.

Ouvrir le frigo. Se demander si il est vraiment nécessaire de ressortir pour aller dans une grande surface ou au discount. En imaginant d’heureux mariages gustatifs, il y a bien encore une semaine d’avance…Expliquer aux enfants comment mettre une barre de chocolat noir dans un quart de baguette, l’envelopper d’alu et le glisser dans le cartable, leur dire que ce sera aussi bon qu’une barre chocolatée.

Faire une citronnade. Chaude, brûlante, avec du miel, ou la servir frappée, avec des glaçons, et en humer chaque gorgée divinement acidulée.

Sortir, malgré tout. Se glisser dans une rue traversière. Atteindre la rivière, sans voir tous ces visages excités par les achats. Regarder le ciel. Y observer chaque nuage. Se pencher contre le tronc de ce saule noueux et le toucher, se faire pont entre l’eau, la terre et le ciel. Se mettre à courir. Peut-être va-t-il se mettre à pleuvoir, ce n’en sera que plus doux. Mais le soleil sera le bienvenu.

Vivre, tout simplement.

L’une chante, l’autre pas

C’est curieux comme elles se ressemblent. Non seulement elles ont presque le même âge, mais on retrouve aussi quelques similitudes au niveau des traits du visage, de la teinte des cheveux, noirs de jais, de la taille…

Toutes les deux voulaient aller à l’école. Toutes les deux en ont été empêchées.

Mais ne vous méprenez pas, chers amis idolâtres, non, je ne vais pas, surtout pas vous servir un parallèle en forme de panégyrique autour de deux « icônes » actuelles.

Non, non et non : Leonarda n’est pas Malala ! Et j’aimerais infiniment que cesse rapidement cette idolâtrie autour d’une adolescente somme toute vraiment ordinaire…

Certes, elle et sa famille ont été raccompagnées hors de nos frontières, et, dans son cas précis, cela s’est maladroitement passé dans le cadre à présent « sanctuarisé » de l’école. Certes, cette adolescente était « intégrée », puisque scolarisée (vous aurez comme moi noté cependant le nombre de ses absences…), et l’argument phare que nous sert la soupe médiatique, autour des manifestations de ces lycéens affamés de révolte, serait son retour au bercail de l’Éducation Nationale.

Mais il convient quand même de raison garder : avant de faire de cette enfant notre nouvelle Marianne, avant de l’ériger en passionaria des cours d’école et d’en stigmatiser une république qui, soudain, semble presque Vichyssoise, il conviendrait de séparer le bon grain de l’ivraie et de revenir à la réalité.

Malala, j’en appelle à toi pour ouvrir les yeux de mes concitoyens sur la réalité d’un monde où, oui, souvent, les enfants, à 99% des filles, sont privés du droit fondamental à l’éducation. Ce combat, ton combat, Malala, ne devrait pas être souillé, vilipendé, manipulé par des thèses simplistes et des combats douteux.

Il y a des écoles au Kosovo. Que ce soit bien clair pour tout le monde : si Leonarda et sa fratrie le souhaitent, elles pourront être scolarisées et reprendre une vie normale. Le problème n’est pas là, pas du tout.

Le problème réside dans le fait que cette famille, comme tant d’autres, n’a absolument pas « manifesté de désir d’intégration », entre les rapines et les actes de violence du père et l’absentéisme scolaire des enfants, contrairement aux autres familles kosovardes tout à fait intégrées dans la petite ville, et appréciées par les habitants –source : interview de France-Info.

Alors oui, je vous le concède : l’arrachement de Leonarda à ce bus scolaire a été d’une maladresse crasse, j’ai été la première à m’en indigner.

Mais de là à faire de la France un état fascistoïde –je n’ose imaginer les réactions si nous étions encore sous l’ère sarkozyste…-, de là à stigmatiser notre pays depuis les coulisses de Bruxelles ou dans l’intra-muros des FDG et autres extrêmes, et à prétendre que Leonarda serait la nouvelle Anne Franck, boutée hors de sa cachette et livrée aux hordes nazies sans scrupules de la police de Valls,  il y a un pas que je me refuse à franchir.

Il suffit d’ailleurs de lire des extraits de ce compte Twitter ouvert par l’adolescente-j’ose espérer que c’est un fake, tant il regorge d’agressivité envers notre pays…- pour se rendre compte que nous sommes loin du Journal d’Anne…

Ne faites pas de cette jeune fille une icône. Cessez de l’instrumentaliser en l’obligeant à témoigner si gauchement devant les caméras du monde entier.

Personne n’a tiré une balle dans la tête de Leonarda, et personne ne lui interdit d’aller à l’école…Ailleurs.

Par contre, il y a presque deux ans, un homme a tiré une balle dans la tête d’une enfant de ma Ville Rose. Elle se nommait Myriam.

Et les lycéens, là, ne sont PAS descendus dans la rue.

Je mélange tout ? Sans doute. Parce que je suis lucide. Parce que je suis enseignante, et que je défends depuis près de trente ans le droit à l’éducation, et le Devoir de Mémoire.

Anne, Malala, Myriam, voilà le nom de MES icônes.

Sabine Aussenac

http://www.huffingtonpost.fr/sabine-aussenac/myriam_1_b_1371928.html