L’une chante, l’autre pas

C’est curieux comme elles se ressemblent. Non seulement elles ont presque le même âge, mais on retrouve aussi quelques similitudes au niveau des traits du visage, de la teinte des cheveux, noirs de jais, de la taille…

Toutes les deux voulaient aller à l’école. Toutes les deux en ont été empêchées.

Mais ne vous méprenez pas, chers amis idolâtres, non, je ne vais pas, surtout pas vous servir un parallèle en forme de panégyrique autour de deux « icônes » actuelles.

Non, non et non : Leonarda n’est pas Malala ! Et j’aimerais infiniment que cesse rapidement cette idolâtrie autour d’une adolescente somme toute vraiment ordinaire…

Certes, elle et sa famille ont été raccompagnées hors de nos frontières, et, dans son cas précis, cela s’est maladroitement passé dans le cadre à présent « sanctuarisé » de l’école. Certes, cette adolescente était « intégrée », puisque scolarisée (vous aurez comme moi noté cependant le nombre de ses absences…), et l’argument phare que nous sert la soupe médiatique, autour des manifestations de ces lycéens affamés de révolte, serait son retour au bercail de l’Éducation Nationale.

Mais il convient quand même de raison garder : avant de faire de cette enfant notre nouvelle Marianne, avant de l’ériger en passionaria des cours d’école et d’en stigmatiser une république qui, soudain, semble presque Vichyssoise, il conviendrait de séparer le bon grain de l’ivraie et de revenir à la réalité.

Malala, j’en appelle à toi pour ouvrir les yeux de mes concitoyens sur la réalité d’un monde où, oui, souvent, les enfants, à 99% des filles, sont privés du droit fondamental à l’éducation. Ce combat, ton combat, Malala, ne devrait pas être souillé, vilipendé, manipulé par des thèses simplistes et des combats douteux.

Il y a des écoles au Kosovo. Que ce soit bien clair pour tout le monde : si Leonarda et sa fratrie le souhaitent, elles pourront être scolarisées et reprendre une vie normale. Le problème n’est pas là, pas du tout.

Le problème réside dans le fait que cette famille, comme tant d’autres, n’a absolument pas « manifesté de désir d’intégration », entre les rapines et les actes de violence du père et l’absentéisme scolaire des enfants, contrairement aux autres familles kosovardes tout à fait intégrées dans la petite ville, et appréciées par les habitants –source : interview de France-Info.

Alors oui, je vous le concède : l’arrachement de Leonarda à ce bus scolaire a été d’une maladresse crasse, j’ai été la première à m’en indigner.

Mais de là à faire de la France un état fascistoïde –je n’ose imaginer les réactions si nous étions encore sous l’ère sarkozyste…-, de là à stigmatiser notre pays depuis les coulisses de Bruxelles ou dans l’intra-muros des FDG et autres extrêmes, et à prétendre que Leonarda serait la nouvelle Anne Franck, boutée hors de sa cachette et livrée aux hordes nazies sans scrupules de la police de Valls,  il y a un pas que je me refuse à franchir.

Il suffit d’ailleurs de lire des extraits de ce compte Twitter ouvert par l’adolescente-j’ose espérer que c’est un fake, tant il regorge d’agressivité envers notre pays…- pour se rendre compte que nous sommes loin du Journal d’Anne…

Ne faites pas de cette jeune fille une icône. Cessez de l’instrumentaliser en l’obligeant à témoigner si gauchement devant les caméras du monde entier.

Personne n’a tiré une balle dans la tête de Leonarda, et personne ne lui interdit d’aller à l’école…Ailleurs.

Par contre, il y a presque deux ans, un homme a tiré une balle dans la tête d’une enfant de ma Ville Rose. Elle se nommait Myriam.

Et les lycéens, là, ne sont PAS descendus dans la rue.

Je mélange tout ? Sans doute. Parce que je suis lucide. Parce que je suis enseignante, et que je défends depuis près de trente ans le droit à l’éducation, et le Devoir de Mémoire.

Anne, Malala, Myriam, voilà le nom de MES icônes.

Sabine Aussenac

http://www.huffingtonpost.fr/sabine-aussenac/myriam_1_b_1371928.html